François-Xavier-Marie-Jules Gieure, né le 2 mai 1851 à Castets (Landes) et mort le 23 avril 1837 à Messanges (Landes), est un prélat français, évêque de Bayonne (Basses-Pyrénées) de 1906 à 1934.
MGR GIEURE PAYS BASQUE D'ANTAN
Voici ce que rapporta à ce sujet l'hebdomadaire La Frontière du Sud-Ouest, le 24 décembre 1911 :
"Au Pays Basque.
Les tournées épiscopales. — Un vieux dicton fait de "Halsou eta Jatxou, biac berdintsou", ce qui signifie que ces deux villages ne font que zéro.
La dernière visite de M. Gieure s’inscrit désormais en faux contre ce discrédit injuste. L'auto pontificale, la 626 B-3 — offerte par quelque sainte Madeleine pour garantir de la fatigue les pieds de l’illustre prélat, — le déposa, en effet, dimanche dernier, sur le territoire de Jatxou. Il y avait 45 ans que pareil honneur n’était échu à la petite paroisse. Ce fut un grand tralala.
Les éléphants en moins, on eût pu se croire à Delhi pour le couronnement de l’empereur-roi.
Si l’on ne se fit pas écraser sous ses pas, en tous cas La prosternation fut générale. Un protocole savant avait réglé la fête en détails. A Ustaritz, un peloton de fringants cavaliers vint faire cortège à la voiture pontificale. A la limite même de Jatxou, MM. le maire et l'adjoint, la poitrine barrée de l’écharpe municipale, hissés eux aussi sur leurs palefrois, firent les honneurs de leur territoire. La premier arc-de-triomphe avait été élevé à cette place. Un second attendait au carrefour principal, devant l’église. Là, la voiture s’arrêta et Sa Grandeur daigna descendre sur la jonchée fleurie qui couvrait les pierres du chemin.
Clairons et tambours sonnent et battent aux champs, la, garde nationale présente les armes : Monseigneur répand ses bénédictions, les femmes baisent son anneau, une fillette récite un compliment. Monseigneur est heureux, cette minute est charmante.
Puis, comme midi sonnait au beffroi, tout le monde s’empressa vers les repas. Le dîner pontifical fut servi au nouvel orphelinat. Cette partie du programme fut sans doute la meilleure. A 3 heures, on y était encore. Ce fut la cérémonie la plus considérable.
Déjà, la garde d’honneur était sur les armes. Elle accompagna, les bons dîneurs jusqu’à l’église, où après une confirmation de quelques enfants, le chant des vêpres s’éleva sous les voûtes enflammées de lumières. Nouveau défilé, avec l’air de circonstance :
"V'là le Grand Seigneur qui passe..." et, au presbytère, le temps de prendre congé de M. le curé qui avait bien fait les choses. L’auto qui trépignait d’impatience reçut son auguste voyageur et disparut dans un nuage de poussière et dans un relent de pétrole ; c’était la bénédiction suprême.
ARMOIRIE 64 JATXOU
Nous n’aurions point parlé de cette manifestation qui fût ce qu'elle pouvait être, si quelques jours auparavant, dans ce même Jatxou, une scène d’un tout autre caractère ne s’était produite.
Ce soir-là, l'air retentissait de clameurs encore plus bruyantes. C’était un concert de sauvages. Des coups de fusil éclataient dans l’air. Tout ce bruit n’était qu’un prétexte à chantage, pour avoir de l'argent et pour aller le boire.
Passa un brave homme qui, de Villefranque, se rendait chez lui, à Halsou. Sur la place, à vingt pas d’une auberge, à trente pas du presbytère, un coup de feu retentit, le passant tomba, sa cheville trouée d’une balle.
Ces braves gens étaient tous, sans doute, dans le cortège qui vous fit fête, Monseigneur !"
(Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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Le 22 décembre 1840, est créée à Mions (Rhône) la première mutuelle agricole locale "incendie".
BLASON 64 ARANCOU BASSE-NAVARRE D'ANTAN
Voici ce que rapporta à ce sujet l'hebdomadaire L'Argus, le 5 février 1911 :
"Le but électoral et politique des Caisses locales.
Un journal des Basses-Pyrénées nous donne des détails sur la constitution d'une Caisse locale incendie à Arancou. Le but politique et électoral poursuivi par les promoteurs de ces Caisses n'avait jamais mieux transpiré.
Voici, en effet, en quels termes il est rendu compte de cette création :
"Dimanche, 22 janvier, M. Roger Malère, le sympathique directeur de la Fédération départementale Mutuelle-Incendie, s'est transporté à Arancou pour y faire une conférence en vue de la constitution d'une Caisse d'assurance mutuelle-incendie. Reçu avec un accueil cordial et béarnais par son compatriote et ami M. Etienne Laplace, instituteur de la commune, le distingué directeur de la Fédération, a tenu un nombreux auditoire de 40 propriétaires sous le charme de sa parole éloquente et persuasive pendant près d'une heure. A l'issue de cette concluante causerie, les braves électeurs d'Arancou l'ont soulignée de longs applaudissements frénétiques, et, sur l'heure, ils ont ainsi constitué leur bureau : président, M. Bordes, Dominique, maire ; Vice-président, M. Mamouret, J.-B., adjoint ; trésorier, M. Sallahart Calixte, conseiller municipal ; secrétaire, M. Castérés, Pierre, conseiller municipal ; membres : MM. Castérés, Jacques ; Mamouret, Victor ; Bordes, Pierre ; Lacau, Jean ; Bruno, Jean-Baptiste ; Lespiaucq, Arnaud ; Sallahart, Séverin.
Nous espérons et souhaitons vivement que le bel exemple donné par Arancou, Bergouey, Viellenave, sera suivi par les communes limitrophes, et toutes les localités, en somme. Les instituteurs du département, la plupart secrétaires de mairie, outre la noble mission d'éducateurs de l'enfance, ont aussi le devoir de stimuler la floraison, l'expansion de ces oeuvres mutualistes et démocratiques. Ils mériteront d'une République franchement laïque, et avec la certitude d'avoir un auxiliaire tel que M. Roger Malère, ils sont sûrs de suivre la voie du bien, du devoir et d'une unité sociale qui rapprochera les coeurs entre tous les citoyens !"
On se demande ce que vient faire la "laïcité" dans les questions d'assurances, comme si les Compagnies et les Mutuelles déjà existantes étaient des oeuvres confessionnelles !"
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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Rien de plus judicieux que le conseil que nous donne la Société protectrice des animaux : "Soyez bons pour les bêtes". Mais ce conseil nous vient tard, très tard. Quelles sont les bêtes que les Parisiens doivent protéger ? Les moutons, les boeufs, les veaux ? Ce sont leurs victimes. Terriblement omnivore, personne dans le département de la Seine ne songerait à donner un asile de tout repos aux gigots et aux filets dont nous nourrissons. La race porcine ? Nous demandons à messieurs les porcs, tout au contraire, d'être bon pour nous sous forme d'appétissantes saucisses et de succulents boudins ; c'est une vertu très différente de celle qu'on veut nous prêcher. Quant aux chevaux, hélas ! que vont-ils devenir à brève échéance ? La plus noble conquête de l'homme est sur le point de disparaître de nos rues et de nos écuries. L'omnibus cède la place à l'autobus, le fiacre au taxi, et l'aristocratique landau à la quarante et à la soixante ! Les termes sont renversés : Soyez bons pour les animaux. Est-ce aux chauffeurs que la bonne parole s'adresse ? Est-ce la protection des piétons que l'on veut recommander ? C'est possible, mais ce ne sont pas des termes d'une politesse exquise d'appeler les passants des animaux, vis-à-vis desquels les chauffeurs doivent exercer leur bonté !
AFFICHE SPA 1904 PAR LEON CARRE
Enfin, passons ; il y a moyen de tout arranger : qu'on dévisse des réverbères les plaques qui n'en sont pas un ornement de haut goût, et qu'on les expédie à Nîmes, à Bayonne, à Dax. Alors la Société protectrice des animaux aura fait une ouvre pie et une oeuvre urgente. Un excellent journal que dirige une femme de grand mérite, Mlle Dumangin, consacre dans le Biarritz thermal un article courageux parce que, si l'on parle dans le Midi de la France de la suppression des courses de taureaux, on se fait des ennemis, et qu'une grande effervescence se produit aussitôt chez les nombreux amateurs de ce spectacle sanguinaire s'ils sont menacés d'en être privés.
Les jours de courses de taureaux, les arènes de Bayonne regorgent de spectateurs. Ah ! qu'on leur crie à ces gens qui aiment la vue des horribles tueries, le conseil dont nous n'avons que faire à Paris : "Soyez bons pour les animaux". Mais ils protestent contre la pitié, contre la bonté, ce n'est pas leur affaire, et en fait ils ont résisté, et jusqu'à aujourd'hui ils ont obtenu gain de cause, en dépit des efforts de l'honorable M. Barthou, député du département, qui voudrait que force restât à la loi, car la loi condamne les courses sanglantes. Il ne faut pas oublier qu'en 1900 la Chambre des députés vota, par 414 voix contre 69, la défense absolue des courses et mise à mort de taureaux et de chevaux dans les arènes sur le territoire français.
ARRIVEE AUX ARENES BAYONNE PAYS BASQUE D'ANTAN
Il y a environ une vingtaine d'années que des arènes ont été construites à Bayonne, et excepté deux courses données sous Napoléon III, ce scandale avait été épargné au pays basque et béarnais.
Les taureaux espagnols sont des animaux domestiques et dans leurs prairies ne s'attaquent jamais à qui que ce soit, témoins ceux de Veragua, qui ont leurs herbages le long de la route qui va de Madrid à Tolède, ce qui n'empêche pas les piétons, les voitures, les ânes et les mulets de parcourir ces routes. Dans le Biarritz thermal nous lisons ces lignes, où nous retrouvons le coeur compatissant de notre excellente collègue, Mlle Dumangin, et nous l'en félicitons :
"Le taureau, animal domestique, souffre d'une façon cruelle. D'abord, par la pique du picador, qui parfois traverse le cuir, s'y brise, et l'animal court en poussant des hurlements de douleur, emportant ce morceau de bois qui lui traverse les chairs ; d'autres fois il a l'os de l'épaule mis à nu ; s'il est trop moi, on lui pose des banderilles de feu, fusées et pétard, qui lui brûlent les chairs ; même simples, les six banderilles de rigueur qui sont accrochées sur son cou par des harpons de fer, ne sont-elles pas un supplice affreux ! — Voilà l'épée, sera-ce la délivrance ? — Oui, quelquefois, si l'homme est adroit, sinon un, deux, trois, quatre lardasses qui pénètrent, et l'animal vomit le sang à pleine bouche ; est-ce fini ? — Mais non, vous avez le cachetero qui, avec son court et épais cachete, donne nombre de coups dans la nuque de l'animal couché, que la douleur fait parfois se relever sur ses pattes, et, s'il le peut, embrocher celui qui se trouve en face de lui ; c'est ainsi que mourut Espartero !
MORT DU MATADOR ESPARTERO 27 MAI 1894
Voici pour le taureau, mais le cheval, lui, pauvre animal à qui l'on bande les yeux et que l'on présente de force au taureau ? Comment admettez-vous que des milliers de Français voient cela sans en être écoeurés ! La mort est hideuse : il est éventré, tous ses intestins sortent, le foie pend et ballotte, et il continue à trotter ; quand il tombe, on le force à se relever, on l'emmène, et si l'on peut recoudre, il reparaît au taureau suivant. Un taureau, s'il est bon, tue au moins 3 ou 4 chevaux, et comme à chaque course il y a 6 taureaux, vous voyez l'hécatombe !"
CHUTE D'UN PICADOR ARENES DE BAYONNE PAYS BASQUE D'ANTAN
Il paraît qu'aucun Bayonnais ne consent à vendre ses vieux chevaux pour le cirque, et qu'on est obligé de les amener d'Espagne. Ainsi au fond la conscience proteste. Mais c'est une question d'argent, comme toute question qui est solidaire de démoralisation et de mort. On démoralise et on pratique la destruction parce que les industries qui exploitent le vice rapportent et permettent aux criminels d'édifier de belles fortunes. Là est toute l'explication, la clef de choses inhumaines et incompréhensibles. Cherchez l'argent, vous trouverez le motif secret de tant de scandales qui vous révoltent profondément.
Voir couler le sang d'animaux pour le seul plaisir malsain de la foule, est un acte de barbarie indigne d'un peuple civilisé ; en conséquence, la seule chose à faire, c'est de supprimer les courses de taureaux.
Quelquefois, assez souvent, c'est le toréador que le taureau éventre de ses cornes redoutables ou qu'il blesse grièvement. Nous avons déjà assez de sang sur nos mains, lavons-nous entre Français de celui des courses de taureaux. Toutes les religions s'accordent pour les flétrir. Le regretté pasteur de Bayonne, M. Nogaret, avait pris, il y a de longues années de cela, l'initiative de faire circuler une pétition qui demandait leur interdiction. L'Eglise catholique les interdit ; un mandement de 1885, de Mgr Besson, évêque de Nîmes, sur les combats et les courses de taureaux, les a stigmatisés. Avant lui, Mgr Plantier, également évêque de Nîmes, s'éleva contre ces spectacles. Eh bien, nous n'hésitons pas à renouveler notre proposition. Si la Société protectrice des animaux veut faire quelque chose d'utile et de bon, qu'elle nous débarrasse, nous bourgeois de Paris, de son injonction intempestive, et qu'elle la transporte à Nîmes, à Bayonne, à Biarritz, où véritablement le mal se fait avec une impunité par trop audacieuse. Souhaitons que M. Barthou, qui a entrepris cette campagne salutaire, réussisse pour celle-ci et pour les autres, auxquelles son succès attacherait, à son grand honneur, son nom respecté."
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Au début du 20ème siècle, le Pays Basque, des deux côtés de la frontière, est le but de nombreux voyages d'études et de loisirs.
IVe CONGRES DE BIARRITZ-BAYONNE 1911
Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien La Petite Gironde, le 6 août 1911 :
"IVe Congrès de l'Union historique et archéologique du Sud-Ouest.
(De notre envoyé spécial).
Le Congrès terminé, des excursions devaient avoir lieu à Fontarabie et à Roncevaux.
A Fontarabie, la "muy noble", "muy leal", "muy valorosa", les promeneurs peuvent admirer les remparts, la calle Mayor, les petites rues pittoresques, le château, l'église. Don Julio de Urquijo avait bien voulu prévenir l'archiviste de la Ville pour qu'il en fit les honneurs. Mais, et l'on peut le dire, l'organisation n'a pas été bien préparée à Bayonne et à Biarritz ; chacun est un peu parti de son côté, a visité à son gré. Don Julio de Urquijo n'est pas arrivé pour rejoindre ses collègues ; il leur a manqué don Xavier de Cardaillac.
XAVIER DE CARDAILLAC
Don Xavier de Cardaillac appartenait, en effet, à l'équipe valeureuse qui, méritoirement, entreprit l'excursion de Roncevaux. Assemblés à six heures sur la place de la mairie de Biarritz, une trentaine de congressistes poussaient leur première étape jusqu'à Cambo, à travers une campagne fertile, agréable, point trop brûlée du soleil. Dans cette délicieuse station balnéaire, on admire le cours sinueux de la Nive, baignant le pic ombreux sur lequel se dressent l'église pittoresque avec son retable aux riches torsades et le champ du repos. Les propriétaires de la maison Falgade font à chacun l'offre d'un viatique de route bien apprécié. Puis, en route pour Saint-Jean-Pied-de-Port, où l'on arrivait à dix heures.
Sous la conduite de M. Louis Batcave, qui naguère publia un intéressant mémoire du dix-huitième siècle sur cette ville, on fait le tour des remparts, on monte jusqu'auprès de la citadelle, puis par l'étroite rue on descend jusqu'à l'église, en regardant les curieuses inscriptions des rues. M. le marquis de Fayolle, avec sa compétence érudite, explique les caractères particuliers de ce monument, de la vieille porte de ville au bord de la Nive, aujourd'hui surmontée du clocher.
Quelques instants ensuite, le déjeuner pris à l'hôtel Central avait plein succès. Simple, bon, frais, arrosé d'un vin d'Irouléguy qui ne le cédait à nul cru du Bordelais, déclarèrent les Bordelais.
PLACE DU MARCHE SAINT-JEAN-PIED-DE-PORT 1910 PAYS BASQUE D'ANTAN
A midi, en route pour Roncevaux ! Mais un manque d'organisation singulier se fait sentir. Les personnes qui avaient pris soin ou dû prendre soin d'organiser cette excursion auraient dû aviser à ce que ne se glissassent pas des excursionnistes qui n'ont pas fait connaître leur identité, lesquelles, bien entendu, ont voulu témoigner sur terre que les derniers sont les premiers, mais ont éprouvé aussi, à Roncevaux, que : qui prend la première place sera mis à la dernière. Il n'en est pas moins profondément regrettable de voir d'honorables personnalités obligées de stationner à Valcarlos sans pouvoir aller plus loin.
Un premier convoi arrivait, à une heure et demie, à la chapelle d'Ibregneto, ruinée, en débris, où l'on se propose d'exécuter des fouilles intéressantes en 1912. Les plus zélés — ils étaient rares ! — vont avec M. de Cardaillac reconnaître sur le haut d'Altabiscar le chemin dont M. Colas les a entretenus lundi dernier. Les plus pacifiques se dirigent sur le monastère.
C'était un lieu de rafraîchissement, où le cardinal-archevêque de Saragosse et l'évêque de Pampelune fuyaient la chaleur torride qui brûle leurs villes.
L'office achevé, les vénérables chanoines montrent avec une fort courtoise amabilité leur trésor : la Vierge du sanctuaire ; une petite Vierge en argent du seizième siècle ; la Pieta dolorosa, et, dans la sacristie, les chaussures aussi célèbres que fausses de Turpin, des ornements sacerdotaux et des mitres du seizième siècle. Voici le beau retable adorné de statues multiples, au style rocaille, chantourné. Un peu plus loin, une belle chapelle réparée, en bon état d'entretien, présente les restes de sépultures de rois navarrais. L'un d'eux, le vainqueur de Las Nievas, dont une statue colossale recouvrait le cadavre, mesurait deux mètres cinquante. Fort aimablement, et quoique non prévenus, les chanoines font les honneurs de leur belle et vaste bibliothèque aux incurables curieux.
TABLEAU DE LA BATAILLE DE LAS NAVAS DE TOLOSA 1212 Par Francesc de Paula van Halen — Museo del Prado, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=75231086
En descendant du monastère, visite à la chapelle del Espiritu-Santo, qui conserve les restes des preux francs et vascons, et pour lesquels les chanoines de Saint-Augustin prient avec une égale charité.
Ceci est un coin sacré pour des Français ! Si l'épopée de la chanson de Roland invite à y pleurer des victimes, les volontaires des Basses-Pyrénées s'y illustrèrent au début de la Révolution, et les sans-culottes inscrivirent glorieusement de nombreuses victoires sur leur nouveau drapeau.
Mais les convois se succédaient petit à petit. Le programme était cependant catégorique. Les premiers s'en allaient, que le troisième convoi arrivait à peine, vers quatre heures et demie, alors que le quatrième convoi devait se contenter du récit de ce qui avait été vu. Le départ général de Roncevaux était fixé à sept heures, et la rentrée à huit heures à Biarritz. On arrivait à neuf heures et demie.
C'est une grave responsabilité qu'a assumée le comité local organisateur, dont on peut dire que le programme a été élaboré de telle façon que presque rien ne n'est accompli à l'heure dite. Il y a cependant inconvénient en Gascogne d'être trop Gascon.
Le comité central de l'Union est composé de personnalités trop intelligentes, trop soucieuses de faire de ces réunions des lieux d'assemblées amicales pour ne pas aviser à ce que pareils faits ne se reproduisent pas. C'est le voeu qu'émet quelqu'un assez de leurs amis pour leur dire une vérité sincère et leur rapporter les plaintes de ceux qui ne voudraient pas les formuler plus haut.
Les congressistes qui ont pu exécuter la promenade dans tout son charme ne peuvent que compatir aux regrets de ceux qui en ont été frustrés en partie ou en totalité."
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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Edmond Rostand a conçu la villa Arnaga, à Cambo-les-Bains, dans tous ses détails intérieurs et extérieurs. Elle a été construite en 3 ans entre 1903 et 1906, avec l'aide de l'architecte Albert Tournaire.
ALLEE DES CHÊNES CAMBO-LES-BAINS 1911 PAYS BASQUE D'ANTAN
Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien Les Annales Politiques et Littéraires, le 14 mai 1911,
Cambo, que les Rostand habitent toute l'année, se réveilla, en 1729, pour la visite que lui fit Marie-Anne de Neubourg. La princesse partie, le sommeil retomba sur ce village qu'enveloppent de hauts arbres et qu'attriste un parc aux allées usées ; ce sommeil devait durer cent soixante et onze ans. Le village eut un second réveil quand, un soir d'octobre de 1900, s'arrêta, devant la villa Etchégorria, le landau qui portait celui dont le nom venait d'être ensoleillé par la gloire. Quelques jours après, comme je passais devant Etchégorria, la porte s'ouvrit. Rostand descendit l'escalier d'un perron, fit les cent pas ; il avait des gants blancs, une fourrure et une canne en bois clair. Son élégance, son monocle, une certaine façon de cligner les yeux, lui donnaient un air hautain et railleur. On le sentait distant, inabordable. Il s'arrêta pour regarder le jardin que l'automne défaisait lentement, puis disparut.
MAISON ETCHEGORRIA CAMBO-LES-BAINS PAYS BASQUE D'ANTAN
J'habitais alors chez des Basques avec mon ami Louis de Robert, qui, épuisé par une sensibilité toujours à vif et par un excès de travail, était venu se réfugier dans la paix profonde de Cambo. Il ne sortait pas ; et le soir, quand je rentrai, je lui dis mon impression : ce poète qui nous remplissait d'enthousiasme avait une attitude qui le faisait lointain ; évidemment, la gloire l'avait isolé ; il nous faudrait renoncer à notre désir de lui exprimer notre admiration. Or, le lendemain, l'espèce de pâtre qui nous servait de domestique vint annoncer à mon ami que "quelqu'un l'attendait en bas". Je descendis le premier, et je crus mal voir, quand j'aperçus, debout, pianotant contre la vitre, celui qui, la veille, m'avait semblé inaccessible. Eternelle précipitation de notre esprit à juger les autres sur une allure fugitive ! Rostand, ayant su qu'un écrivain se reposait sous le toit d'une maison voisine, était venu le voir, bien qu'il ne le connût que de nom ; il revint le lendemain, le surlendemain, et chaque matin de l'automne et de l'hiver. Rien, en ce poète chargé de célébrité, ne sentait le sceptre et la couronne. On eût dit qu'en entrant, il se débarrassait des rayons de la gloire ; il ne gardait que ceux que mettait constamment autour de sa parole et de son regard son admirable intelligence.
Qui n'a entendu dire cent fois, et surtout à Paris :
— Comment Rostand peut-il se résoudre à vivre là-bas, dans ce village perdu !
Exclamation significative. Elle prouve, chez ceux qui la poussent, une intelligence qui a besoin, pour donner des étincelles, d'être constamment battue, battue et frottée à l'aide des salons, des spectacles, des potins, de toutes les petites électricités dont est chargée l'atmosphère des villes. Rostand peut vivre dans ce village perdu.
Et qu'on ne croie pas, comme je l'ai lu souvent, qu'il est un amateur des amusements de la campagne, des jeux de la chasse. Rien de tout cela. Il va et vient sur sa colline d'Arnaga, qu'il a bordée de massifs et de parterres ; sa vie est une promenade dans un jardin. Il est vrai, et c'est là sa chance, qu'il trouve chez lui le milieu qui convient à l'éclosion de sa pensée. Personne des siens n'a la disgrâce d'être quelconque. Son fils aîné a des mouvements de langage, qui manifestent le lyrisme et l'abondance ; et le voilà déjà donnant l'essor aux poèmes que lui a dictés, dans des éclairs, sa verve de dix-huit ans. Son frère, plus jeune, Jean, se promène si aisément à travers les plus difficiles chemins de la science qu'il peut causer avec n'importe quel savant. Et puis, il y a celle qui est la lumière de cette maison, l'étoile de cette vie, la serre de ce cerveau. De quelles auréoles ceindre Mme Edmond Rostand, quels mots effeuiller à ses pieds !... Ainsi, Rostand, allant habiter la province, n'eut pas à craindre les atteintes de la nostalgie de Paris ; il s'enveloppa de plus de prestige, en se dérobant tout à coup aux yeux de ses enthousiastes, et en choisissant, comme socle à sa demeure, l'éperon d'une colline dressée au seuil des Pyrénées lointaines.
MAISON ARNAGA CAMBO-LES-BAINS PAYS BASQUE D'ANTAN
Cette colline, qui était, il n'y a pas longtemps encore, un sommet aride, il l'a couverte de jardins, qui lui font comme un revêtement de tapis précieux. Arnaga est le poème de pierres et de fleurs qu'il composa patiemment, le tableau émouvant qu'il donna au cadre sublime de la montagne ; jardins aux portes fermées, les pèlerins venus à Cambo ne les voient pas, mais ils les devinent, aux parfums que les massifs passent par-dessus les clôtures. Cependant, un soir, Rostand voulut les montrer à Loti, qu'il alla chercher dans sa maison de la Bidassoa. Celui qui vit le Gange et le Bosphore, les forêts de l'Inde et de Tahiti, les grèves du Nil et les plages de toutes les mers, les chrysanthèmes du Japon et les asphodèles du Maroc, celui dont les yeux sont rassasiés de beauté, eut des gestes d'émerveillement, quand de verts feux de Bengale colorèrent les ténèbres et révélèrent le profond jardin où apparurent, furtivement, de doux escaliers, des arceaux blancs, reliés par des chaînes, qui, perpétuellement balancées, donnent aux roses qui les enrubannent un air de voltiger, des bancs enclos dans des murailles végétales, des vases offrant au ciel leurs hauts bouquets dont les fleurs retombent en ferme de ruissellement, des cyprès effilés, des gazons d'où jaillissent d'étranges rosiers, pareils à de rouges fontaines, une pergola aux piliers enfoncés dans des lis et aux poutres étreintes par des sarments de vigne, un bassin au lit de mosaïques, écrin où dort une eau tachée de nénuphars. Loti regardait, s'efforçait de saisir tous les détails, à mesure que l'imagination les dévêtait de l'ombre ; mais les feux de Bengale rétrécirent leurs flammes, ne furent bientôt plus que des lueurs de vers luisants et ces choses se dissipèrent.
JARDINS D'ARNAGA CAMBO-LES-BAINS PAYS BASQUE D'ANTAN
Ainsi apparut, un soir, un paysage qui pouvait être de Florence ou de Corfou, et qui était un jardin que cisela Rostand, dans la terre du pays basque."
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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DEUX JOURS CHEZ PIERRE LOTI À HENDAYE EN FÉVRIER 1911.
Pierre Loti, nommé au commandement de la station navale d'Hendaye, s'installe dans une modeste maison de la cité frontalière en décembre 1891, maison que de nombreux touristes veulent connaître.
MAISON DE PIERRE LOTI HENDAYE - HENDAIA PAYS BASQUE D'ANTAN
Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien Le Figaro, le 16 février 1911 :
"Deux journées chez Pierre Loti.
La princesse Lwoff, de Moscou, dont on connaît la haute situation en Russie et qui possède, avec la plus complète connaissance de notre langue, un vrai talent d'écrivain, nous adresse ces jolies impressions de journées qu'elle passa chez Pierre Loti, pendant ses séjours en France.
La trop rare présence, en ce moment, à Paris de l'illustre auteur de Madame Chrysanthème donne une agréable actualité à cet article qui nous arrive.
La première fois que je vis Pierre Loti, ce fut à Hendaye, dans sa petite maison, au bord de la Bidassoa, où il habitait alors avec sa femme et son fils.
Que de moments délicieux j'ai vécus dans cette maisonnette blanche aux volets verts, couverte de plantes grimpantes, dont les terrasses sont suspendues au-dessus de l'eau et dont le petit jardin aux fouillis de verdure sombre devient mystérieux à la nuit.
MAISON DE PIERRE LOTI HENDAYE - HENDAIA PAYS BASQUE D'ANTAN
C'est là qu'un soir Loti me fit entendre les chants basques si originaux, si mélancoliques, et le cri de ralliement si sauvage de ces contrebandiers aux bérets crânement posés sur l'oreille, aux bons visages hâles, aux yeux vifs, que je revois encore.
Loti écoutait attentivement ces chants qu'il aime et parlait à ses "camarades", les pelotaris, leur langue étrange.
Loti, quand on le connaît, est simple, cordial et charmant, plein de gaieté et de verve à ses heures, amusé d'un rien, comme un enfant, comme quelqu'un qui n'aurait pas vu tous les pays du monde, et tant de choses ; souvent, profondément mélancolique aussi ; et sa devise : "Mon mal j'enchante", est vraiment bien choisie.
J'ai toujours eu l'impression qu'il y avait en lui un mal complexe fait d'aspirations, de désirs, de vagues inquiétudes, qu'il tâchait d'"enchanter" en prenant à la vie ce qu'elle offre d'agréable et, parfois, d'imprévu.
Ce qui m'a toujours infiniment charmée en Loti, c'est que je n'ai jamais senti entre nous ces maintes petites choses dissemblables qui, d'ordinaire, mettent une gêne dans les relations de personnes d'origine et de pays différents.
Son merveilleux sens intuitif lui permet de s'acclimater aussi bien aux pays de neige et de froid qu'au midi ardent et langoureux, à l'existence nerveuse des cités qu'à la vie calme de la campagne. Mais ce sont surtout les âmes naïves, humbles, primitives, qui l'attirent. Il les dépeint avec cette simplicité d'expression qui fait la force et le charme de son merveilleux talent.
Un simple fait, un personnage qui à première vue ne présente aucun intérêt, un paysage incolore et monotone décrits par lui se parent aussitôt d'on ne sait quel attrait de fine et exquise poésie. Et quelle extraordinaire puissance de suggestion il a !...
Il y a dans sa manière de raconter quelque chose de si vivant et de si frais qu'il me semble avoir connu et aimé telle ou telle de ses parentes ou avoir assisté à tel ou tel événement de son enfance.
Un jour, j'ai trouvé sur ma table, en rentrant, une enveloppe à larges bords noirs, et reconnaissant l'écriture de Loti, je me suis demandé avec angoisse : "Quel deuil, quelle tristesse est encore venue troubler sa vie?" Il a déjà si souvent eu la douleur de perdre des êtres qui lui étaient chers !
La lettre m'annonçait la mort de sa sœur, Mme Marie Bon. Et en un instant le visage si sympathique, encadré de bandeaux blancs, la taille un peu voûtée de la défunte se sont évoqués à ma mémoire.
MME BON MARI SOEUR DE LOUIS-MARIE-JULIEN VIAUD DIT PIERRE LOTI Anonyme, Marie Viaud posant en pied, n° Inv. MPL 2011.0.36 MAISON DE PIERRE LOTI ROCHEFORT BÂT
Anonyme, Marie Viaud posant en pied, n° Inv. MPL 2011.0.36
J'ai cru entendre sa voix douce me dire, quand j'entrais chez elle, pour la première fois ; "Vous êtes une amie de Loti, madame, je suis heureuse de vous recevoir."
Je me suis retrouvée en pensée dans le petit salon de la modeste demeure qu'elle habitait, à Rochefort, tout à côté de celle de son frère. Malgré la pittoresque élégance de celle-ci, elles forment un ensemble harmonieux, ces deux maisons, séparées seulement par une voûte enguirlandée de plantes grimpantes.
MAISON DE PIERRE LOTI 17 ROCHEFORT-SUR-MER
Le. petit salon, plein de souvenirs du temps passé, était bien le cadre qui convenait à cette charmante vieille dame si jeune de sentiments, qui semblait vivre plus dans le passé que dans le présent. Je ne connaissais pas encore sa famille, et pour moi elle était surtout la sœur de Loti.
Depuis, j'ai rencontré Mme Bon à Paris, mais toujours, quand je pense à elle, c'est à Rochefort, dans ce petit salon que je la revois, ou à côté, dans la maison de Loti ; cette maison où tous deux sont nés, lui, dix-sept ans après la naissance de sa sœur. C'est là qu'elle-même, peintre de talent, admirait les premiers dessins enfantins de son frère, dont le grand plaisir était de rester dans son atelier ; c'est là qu'elle voyait grandir son talent pour la musique, c'est de là qu'ils partaient tous deux pour les petits voyages dans le Midi qu'ils faisaient chaque été. C'est avec elle qu'il a vu pour la première fois la mer et les montagnes, et c'est elle, cette tendre sœur, qui, pressentant le grand avenir de son frère, prise d'une rêverie inquiète, s'est demandé : "Que sera cet enfant ?"
J'ai là, devant moi, l'une de ses lettres reçues d'elle l'année dernière, quand j'écrivais un article sur Loti pour un journal russe. Elle me dit : "J'ai consacré une partie de ma jeunesse à élever ce petit frère adoré... Je m'en occupais sans cesse, comme s'il eût été mon fils, et pour seconder ma mère, dont la vie était très prise".
Et toujours, quand elle parlait de lui, son visage s'illuminait de cette tendre affection qu'elle avait eue pour lui toute sa vie, et, chaque mot se rapportant à lui, son nom prononcé par elle n'était que charme et poésie.
Il l'aimait bien, lui aussi, il l'avait toujours aimée ; mais il était, lui, le gâté, l'adoré, qui avait rempli ses moindres pensées jusqu'à son mariage et qu'elle avait continué à aimer tendrement jusqu'à sa mort.
Je voudrais dire encore bien des choses sur la sœur de Loti. Hélas ! je l'ai vue trop peu à mon gré, assez pourtant pour l'apprécier et pour comprendre que tout dans cette noble vie n'a été que douceur, dévouement et bonté.
C'était il y a trois ans. J'étais venue passer quelques jours chez Loti, à Rochefort, dans cette maison où il a su, malgré la magnificence des trésors rassemblés là, mettre tout le charme, toute la poésie que l'on retrouve dans ses livres.
En regardant toutes les choses rapportées de ses lointains voyages, j'ai involontairement pensé à ces cailloux, à ces coquillages, à ces menus objets-souvenirs qu'enfant il emportait, de partout où son cœur s'était donné, où sa sensibilité avait vibré, et j'ai compris que ce n'était pas seulement l'amour des choses belles, mais surtout le désir de se voir entouré des témoins de ses jouissances, de ses rêves, de ses tristesses même, qui l'a fait réunir là tous ces trésors.
Dans tous ces objets groupés, non avec un art étudié, mais avec le sentiment inné de la beauté et de l'harmonie, on sent la présence de Loti, son âme.
J'ai eu du plaisir à voir ces collections sans pareilles choisies avec un goût sûr et exquis.
J'ai admiré la grande salle gothique, les chambres : arabe, chinoise, japonaise, la mosquée où la tombe d'Azyadé est toujours parée de fleurs, où l'eau coule doucement dans un bassin de marbre blanc, où tout est authentique : tapis, chandeliers, lampions de couleur éclairant mystérieusement les colonnes légères, l'or des ornements, les pierreries et les tissus étranges.
SALLE GOTHIQUE MAISON PIERRE LOTI 17 ROCHEFORT
CHAMBRE MAISON PIERRE LOTI 17 ROCHEFORT
CHAMBRE ARABE MAISON PIERRE LOTI 17 ROCHEFORT
MOSQUEE AILE DROITE MAISON PIERRE LOTI 17 ROCHEFORT
MOSQUEE AILE GAUCHE MAISON PIERRE LOTI 17 ROCHEFORT
J'ai admiré tout cela, mais c'est surtout la partie ancienne de la maison, la vieille cour, le jardin, qui m'ont le plus touchée.
PIERRE LOTI DANS SON JARDIN 17 ROCHEFORT
Pour moi, toutes ces choses, vieux meubles, modestes aquarelles aux murs, étroit escalier en bois foncé, lucarne d'où l'on voit tout Rochefort et le lointain, chaque pierre de cette cour si pleine de souvenirs, ces roses qui tombent en grappes parfumées le long du mur, ce lierre touffu couvrant la maison, plein de nids d'hirondelles, les gargouilles grimaçantes se détachant de sa sombre verdure, — tout cela a gardé pour moi un inoubliable charme.
En écrivant ces lignes, j'entends le cri aigu et frais des hirondelles, je vois leur vol léger dans l'air pur à l'heure du crépuscule, quand la nuit descendait doucement sur le jardin où nous étions assis, Loti, sa femme, son fils et moi, sous un vieux berceau de verdure.
De loin, dans le calme mélancolique du soir, on entendait d'étranges appels de fanfares, le tintement d'une cloche.
Puis un silence se fit. Cloche, fanfare, hirondelles s'étaient tues. De temps en temps, la cigarette de Loti éclairait ses grands yeux rêveurs ; puis sa figure rentrait dans l'ombre.
Et moi, encore sous le charme de cette soirée et de cette exquise demeure, où l'un des écrivains les plus chers de notre époque revient chercher le repos, vivre dans ses souvenirs, je souhaitais de conserver en mon cœur, comme à jamais gravés, les moindres détails de ce séjour, comme je voudrais maintenant trouver des mots touchants et doux, pour dire toute l'émotion délicieuse, tout l'enchantement que j'y ai ressentis.
Impressionnés par cette heure de rêves, nous nous taisions tous... Alors, sur le mur, au-dessus du fouillis de roses, le profil imposant d'un gros chat blanc se dressa. Il venait à nous lentement, marchant d'un air digne sur la crête du mur, laissant traîner sa belle queue, comme sûr d'être bien reçu. Il rompit le charme ; il fut joyeusement accueilli et fêté ; il avait son histoire, et l'on en parla.
PIERRE LOTI ET SON CHAT PAYS BASQUE D'ANTAN
Le lendemain, comme nous déjeunions dans la petite salle à manger très simple, après avoir dîné, la veille, dans la superbe salle gothique, un chat, un autre chat, est venu se mettre sur l'appui de la fenêtre, nous observant seulement, ne demandant rien, très digne celui-là aussi, et sûr de ne pas être oublié...
Puis, deux tortues nous firent visite ; il paraît qu'elles ne vivent pas en très bonne intelligence et Loti les punit en les mettant en pénitence, chacune dans une caisse. Ce même jour nous fîmes une promenade en voiture. Loti voulut me montrer l'endroit qu'il préférait étant enfant, la maison et le jardin où avait habité son amie d'enfance, la petite Lucette, le jardin où il apprit à aimer la nature, à sonder ses mystères et à rêver. Alors, laissant la voiture à la lisière du bois, nous fîmes un tour dans la forêt de chênes où Loti passait de longues heures, enfant, dont il connaît et aime chaque arbre, chaque buisson, chaque sentier.
Dans cette forêt il y a des mousses, du lierre et du feuillage délicat ; il y pousse de jolies et naïves fleurettes, naïves comme l'enfance de Loti ; il m'en fit un bouquet que j'emportai. Je l'ai conservé.
Princesse Lwoff."
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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