mardi 19 février 2019

LA BLANCHISSERIE DU LAC MARION À BIARRITZ EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1900 (première partie)


LA BLANCHISSERIE DU LAC MARION À BIARRITZ EN 1900.


C'est en 1899 que M. Saint Martin décide d'établir sa blanchisserie moderne au Lac Marion à Biarritz.

pays basque 1900
LAC MARION BIARRITZ
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta la Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-Luz dans trois articles, 

dont voici le premier, le 28 décembre 1900 :


"La Blanchisserie du Lac Marion.



Biarritz et la gare de la Négresse, près de la route, à l’extrémité d’un sentier aux buissons touffus, qui s’en détache à gauche, dort le petit lac de Marion. 



Le paysage est d’une grâce sévère, d’une poésie intime, profonde, mélancolique, qui rappelle l’Ecosse. Sur les hauteurs, autour du cirque, des chênes aux puissants rameaux et des pins, à travers lesquels la grande voix de l’Océan qui se brise, en modulant. 



Le joli lac, sans ride et calme, repose loin des tempêtes, uniquement alimenté, selon toute apparence, par les eaux pluviales. En effet, aux alentours, pas de sources. Les fouilles pratiquées en déchirant à une profondeur de 18 mètres, un sol compact.


pays basque 1900
LAC MARION BIARRITZ
PAYS BASQUE D'ANTAN



De tous côtés, de ces collines élevées, les eaux viennent doucement se perdre dans le beau lac, tranquille royaume où s’ébattent tanches et brochets, gardons et anguilles. 




C’est là, sur le côté nord, qu’est située la "Blanchisserie modèle du Lac Marion", fondée, en 1889, par M. Saint-Martin. 



pays basque autrefois
PUBLICITE POUR LA BLANCHISSERIE MODELE DU LAC MARION BIARRITZ
PAYS BASQUE D'ANTAN


Entrons. Dans une grande salle, très aérée au milieu de machines à vapeur, de repasseuses-calendreuses, de grands cuviers, d’accortes basquaises aux yeux vifs, aux mouvements agiles, travaillant dans un silence parfait. Dans une seconde pièce, à côté, se fait le triage du linge. Ici, point d’égalité comme dans le code républicain. Dans une salle, le linge d’hôtel ; ailleurs, dans des endroits distincts, le linge de cuisine et celui du corps. Des femmes procèdent à la division par maisons, par catégories, séparant les nappes aux couronnes héraldiques les serviettes damassées, douces, ainsi que du satin, des draps grossiers et des ordonnes, rugueuses comme les mains des rustiques enfants du peuple. 




Le même ordre, la même division sont observées dans les grands cuviers où s’opère la lessive. Rien n’est mêlé ni confondu. Les catégories, le linge des différentes maisons se touchent et restent distincts. 




Toutes ces pièces sont ensuite jetées dans cinq grands cuviers, deux spécialement réservés au linge de cuisine, les trois autres consacrés aux nappes et serviettes des hôtels. Au linge du corps est consacré une machine américaine spéciale. 



lessive pays basque autrefois
PUBLICITE BLANCHISSAGE LINGE HYATT



De l’eau fraîche est versée avec abondance dans les cuviers. A partir de ce moment, l’eau chaude devient nécessaire. Elle est fournie par deux grandes chaudières ou générateurs placés dans une autre partie de l’édifice. 




Au centre du cuvier, s’élève verticalement un injecteur surmonté d'un tourniquet horizontal percé de trous d’un bout à l’autre. Un robinet est ouvert. De la vapeur s’introduit alors dans l’injecteur, réchauffe, entraîne l’eau du cuvier vers le tourniquet qui, sous cette impulsion, tourne, tourne rapidement, avec une vitesse de 50 tours à la minute. 




Au moment voulu, la lessive Phénix, bien connue de toutes les ménagères, est introduite dans le cuvier par un passage ménagé dans la paroi intérieure et se mêle à l’eau chaude. Les prospectus indiquent la quantité de Phénix qui doit être employée. 



lessive pays basque autrefois
LESSIVE PHENIX
PAYS BASQUE D'ANTAN



Ici, se révèle l’intelligente initiative de M. Saint-Martin. 




Par des combinaisons que l’expérience lui a fait découvrir, combinaisons exclusives de toute drogue nuisible, le directeur de la blanchisserie est arrivé à n’employer que la moitié réglementaire de la matière Phénix, déjà bien inoffensive, et à remettre aux clients leur linge dans un état si parfait de conservation que la réputation de rétablissement s’est solidement établie et étendue. 




lessive linge pays basque autrefois
LESSIVE PHENIX
PAYS BASQUE D'ANTAN





blanchisserie pays basque autrefois
LESSIVE PHENIX
PAYS BASQUE D'ANTAN

L’eau, arrivant au tourniquet, se réchauffe peu à peu et arrive à la température de 100 degrés indispensable à une bonne lessive. 




Sauf à la blanchisserie Marion, et dans quelques établissements similaires, l’opération s’arrête ici... 




Qu’arrive-t-il ? Les taches de vin et de fruits, qu’aucun savonnage ne peut enlever, restent à la surface. Nos bonnes blanchisseuses mettent de côté ce linge récalcitrant et puis c’est bien simple, en avant le chlore ! Le linge sera brûlé, bientôt détruit, qu’importe ! il est blanc, il est propre ; les ménagères vivent au jour le jour, sans souci de l’avenir. 




Continuons de suivre l’opération du blanchissage à l’établissement du lac Marion. 




Quand l’eau atteint les 100 degrés, on arrête le tourniquet : un second robinet est ouvert, la vapeur s’introduit, et, par cette nouvelle attraction, le linge, soulevé par couches, est pénétré jusqu’à entière dissolution des corps étrangers.




La première opération, la lessive, est terminée. 



La surface du linge contient encore quelques impuretés : le savonnage va les faire disparaître.



Des femmes saisissent le linge par brassées et l’introduisent dans les tonnes laveuses, au nombre de trois où, constamment, elles l’inondent d’eau chaude. Cette eau est fournie par un échappement de vapeur qui, sortant de la machine motrice, passe dans un réservoir à travers des appareils (serpentins, bouteilles), servant à développer la surface de chauffe. 



Du savon que l’on a préparé en faisant fondre dans des baquets du "Payan" et du savon "Vierge" est jeté dans les laveuses qui tournent horizontalement. Une disposition intérieure des laveuses arrête, à la moitié de sa course, le linge qui est, non pas roulé, mais peloté, et par ce procédé, imbibe, pénètre sur toutes ses faces la matière onctueuse, légère comme une crème battue. 


lessive pays basque autrefois
SAVON "LA VIERGE"


Plus de savonnage à la pierre, à la brosse, au battoir, moyens primitifs et un peu grossiers qui usent le linge. 



L’eau chaude, on l’a remarqué, est toujours employée. Pourquoi ? 



Parce que, si le linge, sortant tout chaud des cuviers, était immédiatement soumis à l’action de l’eau froide, sa matière textile se resserrerait et les impuretés emprisonnées dans ses fibres contractées échapperaient à l’action du savon. 



Dans les tonnes laveuses, l’eau se refroidit graduellement et'descend à un tel degré de température que le linge peut, sans danger, être rincé à l’eau fraîche. Il va être soumis à l’action des machines rinceuses ou pompes centrifuges.



Les pièces savonnées sont renversées sur un chariot, puis introduites dans les rinceuses. 



Ces appareils, destinés à faire disparaître toute trace de savon, sont percés de petits trous sur toute leur surface. 



Soumis à un double mouvement de bascule ils se meuvent, par rotation ; dans un récipient cylindrique où aboutit un fort courant d’eau, abondant et continu, qui baigne, arrose le linge savonné. Deux grandes pompes, puisant 25 000 litres à l’heure, amènent cette eau dans un vaste réservoir intérieur, d’où elle est transmise aux machines rinceuses. 



Le trop plein du récipient s’écoule par un déversoir et fait place à l’eau propre qui, continuellement, jaillit. 



L’eau qui s’écoule du récipient vient-elle à sortir claire et pure ? L’opération du rinçage est alors terminée. 



La matière textile ne contient plus un atome de savon. 



Disons un mot maintenant d’une très heureuse disposition des rinceuses. Ces machines sont divisées en deux compartiments. 



Double avantage: l’un pour les ouvriers qui peuvent charger et décharger le linge à hauteur d’appui, l’autre pour le linge lui même. Les pièces vieilles, usées, fragiles, auraient à souffrir du roulement continu d’une trop grande masse. 



Dans chaque phase du blanchissage, nous retrouvons la même précaution, le même souci : protéger le linge contre toute cause d’usure. 



Le linge est rincé. Voici le moment de le confier à des ouvrières nommées azureuses



Dans ce but, il est placé sur des wagonnets puis passé au bleu dans deux cuves à azurer. La première contient de l’eau simplement bleuie ; elle est réservée au linge qui ne souffre pas d’apprêtage ; tels que les draps de lit, les serviettes de toilette, etc. 



Là seconde cuve renferme aussi de l’eau bleuie à laquelle a été ajouté un léger apprêt destiné à donner plus de lustre au linge qui va être soumis au repassage-calandrage. 



Ainsi azuré, doux et flattant le regard, le le linge est déposé sur des tréteaux, prêt à être essoré.



Mais avant de décrire cette très importante opération, demandons-nous ce qu’est devenu ce plébéien, le linge de cuisine ? il n’a été ni rincé, ni azuré. Pour lui a été construit une machine spéciale, un épurateur.


Si bonne que soit la lessive à laquelle a été soumis le linge de cuisine, si consciencieux le savonnage, quelques parcelles de graisse restent encore attachées à sa surface. 



Le rincera-t-on comme les blanches et fines serviettes? Ce rustique laisserait des impuretés dans la rinceuse, et encore malpropre, malgré son bain, il salirait le beau feutre qui entoure les cylindres de la repasseuse.



Le linge de cuisine est donc plongé dans une cuve d’eau chaude constamment renouvelée passé entre les deux cylindres caoutchoutés d’un épurateur d’où il retombe dans une seconde cuve, contenant celle-ci de l’eau froide. 



Décrivons ces différents appareils Au mi lieu de ces deux cuves, se remarque un tuyau en tôle galvanisé qui vient s’adapter à un trou pratiqué au fond de la cuve. L’excédent de l’eau chaude, coulant sans cesse, s'échappe par l’orifice de l’extrémité supérieure du tuyau, qui sert ainsi de déversoir. 



Entre les deux cuves est placé un épurateur, sorte de laminoir dont les deux cylindres entourés de caoutchouc, tournent en sens inverse. 



Voilà les appareils ; examinons le travail des ouvrières. 



L’une se tient en face de la cuve d’eau chaude. Elle saisit le linge pièce par pièce et l’engage dans le laminoir d’où il tombe dans la cuve d’eau fraîche en passant sur un tablier roulant. 



Dans son passage à travers le laminoir, le linge de cuisine a-t il souffert ? Nullement, puisqu’il était protégé par deux matelas de caoutchouc qui, de plus, grâce à leur élasticité, pénétrant dans toutes les anfractuosités du linge, en chassant les matières graisseuses. Ces impuretés retombent, dans la cuve d’eau chaude où elles surnagent et sont expulsées avec le trop plein par l’orifice supérieur du tuyau. 



Cette fois, le linge de cuisine est blanc, très propre, digne de passer, ainsi que les pièces aristocratiques, sur le beau feutre de la machine à repasser. 



Avant de subir ce dernier traitement, le linge doit être essoré, c’est-à-dire séché."




A suivre...





Merci ami lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans ce 1699ème article.

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