L'ÉMIGRATION BASQUE EN 1914.
Des centaines de milliers de Basques, du Nord et du Sud, ont émigré, partout dans le monde, et en particulier de l'autre côté de l'Atlantique, pendant des décennies, depuis 1830 environ.
Je vous ai déjà parlé de l'émigration Basque dans trois articles précédents, le 16/08/2018, le
28/09/2018 et le 22/11/2018.
Voici aujourd'hui un quatrième article, publié le 18/01/1914, également dans la Gazette de
Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-De-Luz.
"Le passé et l’avenir de l'émigration Basque (Suite.)
EMIGRATION BASQUE NAVIRE AU DEPART DE BORDEAUX PAYS BASQUE D'ANTAN |
Ici, le Basque s'abandonne à son tempérament un peu apathique. Il vit au jour le jour, ayant beaucoup d'amour-propre, orgueilleux de sa race, de sa langue, de ses traditions. Il reste indifférent devant les méthodes et les idées nouvelles. Pour peu que sa maison ait de notoriété, il n'accepte point toutes les besognes : il ne sera ni commerçant, ni industriel, ni fonctionnaire, pas même douanier. Avoir un fils prêtre sera son suprême honneur. Le curé basque est une autorité, avec laquelle l'Evêché de Bayonne doit compter.
Ce même Basque, transplanté en Amérique, fera tout ce qu’on lui demandera. Rien ne le rebute pour forcer la fortune. Avec moins de ténacité, il arriverait en France au même résultat. Mais en Amérique, il ne ménage ni le temps ni la peine. Aucune privation ne lui coûte. Des revers ne brisent point son courage. Des émigrés, dans ce combat perpétuel, deviennent des hommes de premier ordre.
EMIGRATION BASQUE EN ARGENTINE PAYS BASQUE D'ANTAN |
A Buenos-Aires, le jeune Basque commence par être "lechero, c’est-à-dire que, garçon dans une ferme, il porte le lait, chaque matin, à la ville voisine. Quand il s’est libéré des dettes du voyage, il économise et acquiert un petit troupeau, vaches ou moutons. C’est au berger basque que l’Argentine doit l’essor extraordinaire de son élevage. Il dirige droit devant lui ses premières bêtes dans les profondeurs de la Pampa. Le troupeau décuple, centuple. Au bout de vingt ans, le berger revient à la ville. Chaque année, il a vendu les cuirs, les laines. Il liquide son stock et, si le moment est favorable, il se trouve possesseur d’une cinquantaine de mille francs. Il s’embarque, et au pays il connaîtra le bonheur d’être propriétaire et de labourer son champ. Sans ce voyage, il serait resté métayer attaché à la glèbe, en qualité de salarié.
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EMIGRATION BASQUE EN ARGENTINE PAYS BASQUE D'ANTAN |
Les plus audacieux qui tiendront à rester dans leur patrie d'adoption profiteront de leurs premiers capitaux pour se lancer dans la grande spéculation des terrains, des laines, des cuirs, etc... Ils y rencontrent souvent la ruine, mais parfois aussi la chance leur reste fidèle. Alors ils deviennent des puissances comparables à celles que se créèrent les Luro, les Sancinena, Fortabat, et d'autres. Il en est qui renoncent à leur nationalité pour remplir un rôle dans la politique argentine. Dans cette voie, les Basques sont parvenus aux plus hautes situations, voire à la Présidence.
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PIERRE LURO PAYS BASQUE D'ANTAN |
Le Basque-Argentin à qui les grandes spéculations sont interdites borne son ambition à tenir un petit commerce à Buenos-Aires. Il ouvre un commerce, un hôtel, une épicerie. C’est l’Auvergnat ou le Savoyard de l’Amérique.
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EMIGRATION BASQUE EN ARGENTINE PAYS BASQUE D'ANTAN |
Au Chili, le jeune Basque fait une évolution plus rapide. Il entre dans une maison de commerce où l'on vend de tout, où souvent les paiements s’effectuent en marchandises d'échange. Il tire de chacune de ses opérations une valeur immédiate, d’une lettre qu'il écrit pour un client d’occasion, d’un conseil d’affaire, même d'une consultation médicale. Arrivé timide, guindé, fruste, l'habitude du trafic lui donne assurance et confiance. Son patron, qui suit son développement, l'associe aux bénéfices, l'envoie fonder un nouveau comptoir.
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EMIGRATION BASQUE AU CHILI PAYS BASQUE D'ANTAN |
Il commence à avoir une situation personnelle et il songe à se marier. Alors il fait un premier voyage, aller et retour, en France.
Maintenant c'est un monsieur. Si sa famille a quelque notoriété, il n’a ici que l’embarras du choix parmi les héritières. La dot que l’élue lui apportera triplera de valeur au Chili et lui permettra de s’installer pour son compte. En moins de dix ans, ce sera la fortune, en dépit de la dépréciation du change. La piastre de 5 francs ne vaut que 1 fr. 50. I.es Basques-Chiliens ont constitué un groupement commercial qui se soutient énergiquement et qui fait concurrence à celui des Anglais et des Allemands. Grâce à cette cohésion, les chances de réussite sont bien supérieures, au Chili, à celles qu’offrent les autres pays de l’Amérique. Sur 100 retours. 80 appartiennent à l’élément chilien et donnent des hommes de valeur. Leur comité célèbre, chaque année, la fête de l’Indépendance, avec le même cœur qu’ils fêtaient là-bas le 14 Juillet.
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EMIGRATION BASQUE AU CHILI PAYS BASQUE D'ANTAN |
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