CARTES POSTALES , PHOTOS ET VIDEOS ANCIENNES DU PAYS BASQUE. Entre 1800 et 1980 environ.
Affichage des articles dont le libellé est 1897. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est 1897. Afficher tous les articles
lundi 9 décembre 2024
vendredi 6 septembre 2024
L'ÉGLISE SAINTE-EUGÉNIE À BIARRITZ EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN JUILLET 1897
L'ÉGLISE SAINTE-EUGÉNIE À BIARRITZ EN 1897.
L'église Sainte-Eugénie est placée sous le vocable de sainte Eugénie, patronne de l'épouse de Napoléon III, l'impératrice Eugénie de Montijo.
C'est une église néogothique en pierres grises qui domine le Port Vieux, dont la construction a duré de 1898 à 1903.
Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien La Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-
Luz, le 16 juillet 1897 :
"Église Sainte-Eugénie.
La question la plus importante portée dans la dernière séance du Conseil municipal est celle de l’église Ste-Eugénie.
Afin de faciliter l’exercice du culte sans construction d’église provisoire, la fabrique demande la concession de 50 centimètres de terrain de plus du côté Nord-Ouest, ce qui ferait empiéter la nouvelle église sur la route toute entière et sur 1 m. 50 de la promenade.
| EGLISE STE-EUGENIE BIARRITZ 1898 PAYS BASQUE D'ANTAN |
L’église actuelle, dans cette combinaison, resterait debout pour les besoins du culte pendant la durée des constructions.
Une longue discussion s’est engagée au sein du Conseil.
L'administration municipale soutient les conclusions de la fabrique.
M. Rongau lit l’exposé qui suit :
Messieurs,
La question si importante de la reconstruction de la Chapelle Sainte Eugénie revient encore en discussion.
Je crois de mon devoir de protester énergiquement contre les exigences du Conseil de fabrique.
Mon opinion vous la connaissez déjà. Je suis pour l’édification d’une nouvelle église, mais de proportions moins grandes et moins gênantes.
Ou m'objectera peut-être, comme on a déjà fait, que les intéressés, les prêtres de la nouvelle paroisse, sont plus qualifiés que moi pour connaître exactement les besoins du culte ; on me dira aussi que le développement extraordinaire de Biarritz commande de songer à l’avenir et qu’il serait imprévoyant de ne pas faire aussi grand que possible.
Je ne répondrai qu’un mot à ces deux objections qui pouvaient avoir leur raison d’être il y a quelques années, quand il n’y avait, pour desservir Biarritz, que deux églises.
La nouvelle chapelle des dominicains permet déjà amplement de suivre les exercices de la religion à ceux qui ne peuvent entrer dans la chapelle actuelle.
Prochainement l’église qui se construit près des Thermes Salins desservira tous ces quartiers de sorte que, avant qu’elle ne soit terminée, notre future..... cathédrale apparaîtra trop grande à ceux même qui la voudraient plus grande encore. Au reste, le quartier où elle s’élèvera a atteint tout son développement.
| EGLISE STE-EUGENIE BIARRITZ 1873 PAYS BASQUE D'ANTAN |
De plus, soyez persuadés que si l’on avait soumis au précédent Conseil, lorsqu’il vota l’aliénation des terrains de notre plus belle promenade, le plan du terrain que l’on vous présente ici, et que si on lui avait montré ce que l’on projette d’y établir, il aurait répondu par un refus formel, mais j'ajoute aussi que peut-être, en cédant aux sollicitations pressantes et intéressées, ils ont espéré que l’église ne se ferait jamais ou que le cri unanime de la population les dégagerait.
Croyez, Messieurs, que si la question des dépenses était seule à envisager, je serais le dernier à protester contre ce projet d’élever au centre même de Biarritz un bel édifice.
Les merveilles de l’art ont assurément leurs admirateurs, mais elles ne sont pas suffisantes pour attirer chez nous beaucoup de visiteurs.
On y vient pour contempler la beauté de nos plages, le pittoresque des côtes et le merveilleux des sites incomparables dont la nature nous a dotés.
Voyez à côté de nous la ville de Pau dépenser des millions pour créer des boulevards et des promenades.
Or un des plus beaux panoramas que nous ayons n’est-ce pas cette jolie place qui domine le port des pêcheurs d’où l’on découvre au loin la Barre et les côtes landaises, cette Atalaye superbe avec son sémaphore donnant l'impression d’une ville fortifiée et formant un cadre magnifique dans lequel Biarritz semble enfermé. Ne craignez-vous pas d’en borner l’horizon ?
| EGLISE STE-EUGENIE BIARRITZ 1890 PAYS BASQUE D'ANTAN |
D’autres voix plus autorisées que la mienne se sont élevées jadis pour protester énergiquement contre la complaisance coupable de la municipalité d’alors et qualifiaient d’acte de vandalisme et de crime à l'égard de Biarritz, le projet d’absorber presque toute la place au profit de la future église. Ce fut assez pour refroidir les plus enthousiastes qui n’osèrent pas assumer la responsabilité d’un sacrifice pareil ; ils jugèrent prudent d’écarter la question, persuadés qu’en agissant autrement, ils sacrifieraient l’intérêt général de Biarritz.
Or, il est bon de vous rappeler que le projet présenté à cette époque était loin d’avoir les proportions de celui que l’on vous présente aujourd'hui.
Un moyen pratique, ce me semble, de nous mettre à couvert, c’est d'en référer à la population toute entière ; consultez-la par oui ou par non, sur la question de savoir si elle veut, de gaité de cœur, étrangler ce boulevard naturel qui continue si bien la promenade de la plage et la prolonge jusqu’à la côte des Basques pour, en compensation, obtenir une grande église, dont le vide contrastera singulièrement avec les prévisions qu'on vous donne.
Et pour mieux se fixer sur les intentions des membres de la fabrique, délimitez par une forte clôture l'emplacement demandé ; indiquez la hauteur par des mâts plantés en terre, et exposez les plans déjà dressés. Dites ensuite bien haut, pour que tout le monde l'entende, que les travaux dureront trois, quatre ans et peut-être plus et que, pendant cette période de longues années, la circulation de l’endroit sera limitée à la route qui doit, au préalable, être établie par des murs de soutènement que j’appellerais plutôt des remparts plongés dans le port des pêcheurs, et qui ne remplaceront jamais, quoi que l’on fasse, la perspective de nos jolies falaises.
Si, après tout cela, la majorité vous donne raison, je m'inclinerai devant elle ; mais si elle pense comme moi, proteste et refuse d'accorder plus que jusqu'à l'axe de la route actuelle, la question sera tranchée et tous devront s'incliner devant cette décision.
La faute de tout ceci revient à l'ancien Conseil municipal, qui a aussi légèrement aliéné ce terrain, mais s'ensuit-il pour cela que nous ne devons pas poursuivre, tant qu’il en est encore temps, les moyens de réparer la faute qui a été commise.
Tout le Conseil doit tendre vers ce but, et faire connaître une fois ses désirs.
C'est pour atteindre ce but que je dépose le projet de délibération suivant :
Le Conseil municipal de Biarritz,
Considérant :
1° Qu’il a pour devoir absolu, dans l'intérêt général, de sauvegarder le pittoresque et la beauté des plages, places et falaises qui font l'admiration de tous les étrangers ;
2° Qu'il y a lieu cependant de seconder les efforts du Conseil de fabrique pour la reconstruction d'une église sur l’emplacement de la chapelle Ste-Eugénie ;
3° Mais que sans nuire au service du culte on peut construire un édifice assez vaste dont la limite nord-ouest ne dépasserait pas l'axe de la route actuelle.
Délibère :
Délimiter dans le sens ci-dessus l'emplacement concédé au Conseil de fabrique ;
Prie M. le Maire de faire connaître cette résolution aux intéressés.
Les conclusions de M. Rongau sont combattues par M. le Maire, M. Forsans, M. Garay, et rejetées par la majorité du conseil.
M. Rongau dépose alors la motion suivante :
Le Conseil municipal, résolu d'en référer à l'opinion publique dans l'importante question, (toute locale) de la reconstruction de l'église Sainte-Eugénie,
Décide de faire appel à la consultation des électeurs par voie de referendum.
La motion de M. Rongau est également repoussée.
Enfin le projet d’empiètement du Conseil de fabrique, approuvé par la Commission des travaux, soutenu par la municipalité, est voté par tous les conseillers présents, sauf quatre, MM. Staehling, Cassiau, Rongau et Dalbarade.
De ce fait, toute la route actuelle et une partie de la promenade seront occupés par la nouvelle église.
On est obligé, pour pouvoir rétablir une voie de 6 mètres (celle qui existe actuellement en a dix) de détruire les falaises pour faire les murs de remparts qui plongeront dans le port.
| EGLISE STE-EUGENIE BIARRITZ 1880 PAYS BASQUE D'ANTAN |
A ce sujet, une observation mérite d'être faite : Pour les voies créées ou à créer, aux quartiers extérieurs, Chélitz, Blbi, etc., notre commission des travaux exige que les voies aient au moins 8 mètres, ne veut pas en accepter de plus étroites. Et là, en plein centre, sur la promenade la plus fréquentée par les voitures, les piétons, les vélocipédistes, ils aliènent la route pour ne lui laisser que 6 mètres de largeur. Ce n’est pas sérieux.
N. D. L. R. — Les considérations qui précèdent ne nous sont pas personnelles. Mais, sur cette question, d’une si grosse importance on ne saurait rester indifférent.
Pour nous, nous estimons que mieux vaudrait, pour la Ville, sacrifier une grosse subvention, donner, au lieu de 25 000, 75 000 ou 100 000 francs répartis sur plusieurs budgets, pour permettre à la Fabrique d’acheter l’immeuble Broquedis ou de trouver toute autre combinaison qui sauvegarde les intérêts vitaux de Biarritz, en tant que conservation respectueuse de tous ses sites, de ses routes, de son pittoresque."
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.
Plus de 7 200 autres articles vous attendent dans mon blog :
https://paysbasqueavant.blogspot.com/
N'hésitez pas à vous abonner à mon blog, à la page Facebook et à la chaîne YouTube, c'est gratuit !!!
vendredi 23 août 2024
CRÉATION DE TRAMWAYS AU PAYS BASQUE NORD EN MAI 1897 (quatrième partie)
CRÉATION DE TRAMWAYS EN 1897 AU PAYS BASQUE NORD.
Dès 1897, le Conseil Général des Basses-Pyrénées est favorable à un projet de tramways au Pays Basque Nord.
Voici ce que rapporta à ce sujet La Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-luz, le 23
décembre 1897 :
"Conseil Municipal de Biarritz.
... Séance du 22 Décembre 1897.
Le Conseil municipal est de nouveau convoqué pour entendre et sanctionner le rapport élaboré par la Commission élue à la précédente séance.
M. Garay, rapporteur, fait l’exposé suivant :
Messieurs,
Le renoncement de la Cie du B. A. B. à l’exécution du raccordement de la Négresse a été pour la population de Biarritz une véritable déception.
Votre Commission aurait bien voulu vous soumettre un moyen d’aider la Cie à réaliser un projet qui répondait aux voeux de toute la population et qui parait n’avoir été écarté qu’à regret.
Le temps matériel faisant défaut pour trouver une solution pratique immédiate, votre commission a le devoir de vous signaler des projets qui, s’ils étalent réalisés, seraient très préjudiciables aux intérêts généraux de Biarritz.
En même temps que le renoncement du B. A. B. l’administration municipale recevait de M. Odelin, administrateur des tramways de Royan, une demande ayant pour but l'établissement d’un train de Biarritz à Saint-Jean de-Luz.
![]() |
| JOSEPH ODELIN |
La notice qui accompagne cette demande nous fait connaître que le point de départ serait au coin de la rue de France, que la ligne suivrait la route nationale n° 10 jusqu’à Guéthary et que la traction serait à vapeur.
![]() |
| TRAMWAY DE LA CORNICHE BIDART PAYS BASQUE D'ANTAN |
D’abord, il faut observer que ce projet qui parait destiné à rencontrer l’opposition de la Cie du Midi et de l’Etat dont il augmenterait les charges, a surtout pour but de faire le service de Biarritz à Saint-Jean-de-Luz ; ce n'est qu'accessoirement qu'il ferait le service des voyageurs à la gare de la Négresse et c'est ce dernier qui nous importe le plus.
D’autre part, la Ville de Biarritz ne saurait sanctionner un projet dont le but unique et la seule raison d’être sont de faciliter l'établissement hors de la commune d’étrangers qui, grâce à lui, pourront jouir des distractions qu’elle procure à ses hôtes au prix des plus grands sacrifices.
Enfin, si la ville doit se résoudre à l'occupation d'une de ses plus belles promenades par une voie ferrée, a-t-elle au moins le droit et le devoir de s'opposer à la circulation, sur une route aussi fréquentée, de machines à vapeur dont l'exemple du tramway de Bayonne à Biarritz a fait connaître les inconvénients. On a bien parlé d’un raccordement du train du B. A. B. à la gare du St-Esprit.
Outre les difficultés d’exécution que présente ce projet, il n’aurait aucun avantage pour Biarritz.
Il a été question aussi d'un raccordement du trafic à la Négresse par Chassin ; il est de notoriété publique qu’un projet dans ce sens a été étudié et que certains propriétaires intéressés auraient fait des offres très avantageuses en vue de sa réalisation.
Il a paru à la Commission qu’un tel projet serait contraire aux intérêts généraux de la Ville et qu’il ne pouvait être accueilli. Il y a lieu cependant de rechercher une solution pouvant satisfaire tous les intérêts et n’ayant pas les inconvénients des projets que nous venons de rappeler. C’est à cette étude que s’est livrée la Commission.
Les difficultés qui résultent de l’éloignement de la Gare de la Négresse sont trop connus pour qu’il soit nécessaire de les rappeler.
Une solution est désirable au plus tôt, elle est souhaitée par toute la population et après l’étude qu’elle a faite, la Commission estime qu’il y a lieu de provoquer dans la plus court délai possible la création d’un service de voitures électriques entre Biarritz et la Négresse et que cette solution doit être obtenue en prolongeant le tramway depuis la rue de France jusqu'à la gare.
Si la commission se résout à l'occupation de la route nationale n° 10 par une voie ferrée, c'est parce qu'à défaut du raccordement du B. A. B., qui ne subit, elle l’espère, qu’un léger retard, il importe d’assurer le plus tôt possible un service agréable et facile pour les voyageurs de la Négresse.
Le projet Odelin ne satisfait pas à cette condition essentielle, et c'est pourquoi la commission le repousse, et propose une solution qui, en réduisant au minimum, les inconvénients de la circulation sur la route, apportera aux voyageurs, et à la population elle-même une amélioration considérable de l'état de choses actuel...
Mais il ne faut pas perdre de vue que le projet Odelin a déjà été présenté à l’Administration supérieure et que le Conseil Général a donné un avis favorable avant même de le connaître. Il est donc nécessaire de préparer d’urgence l’étude du projet devant donner satisfaction à notre ville afin que l'autorité concédante en soit rapidement saisie et lui donne la préférence sur un projet que la commission est unanime à considérer comme dangereux pour les intérêts de notre station balnéaire.
La commission considère également qu’il est désirable de voir disparaître le plus tôt possible les inconvénients que présente la circulation des locomotives sur la route entre Bayonne et Biarritz et d’opérer une transformation qui fera de la ligne toute entière par l'emploi de la traction électrique, un service de luxe et d’agrément tel que les plus grandes villes l’admettent sur leur plus belles avenues.
| TRAMWAY BIARRITZ 1913 PAYS BASQUE D'ANTAN |
Pour tous ces motifs la commission vous propose d'adopter les conclusions suivantes :
1° Repousser le projet présenté par M. Odelin pour l’établissement d’un train de Biarritz à St-Jean-de Luz.
2° Charger M. le Maire de provoquer de la part du concessionnaire du train de Bayonne à Biarritz, l’étude et la concession dans le plus bref délai du prolongement de cette ligne depuis la rue de France jusqu’à la Négresse avec traction électrique.
Ce projet devra comprendre le service régulier de tous les trains montants ou descendants à la Négresse avec voyageurs et bagages.
Des haltes échelonnées le long du parcours permettront de desservir tous les quartiers, et tous les lieux de promenade.
3° Emettre le voeu que la traction électrique soit substituée à la traction à vapeur sur la ligne de Bayonne à Biarritz.
M. Rongau combat les conclusions du rapport et propose l’ordre du jour suivant :
"Le Conseil municipal invite l’Administration à faire les demandes et démarches nécessaires tendant à obtenir au profit de la ville de Biarritz la concession d’un tramway à traction électrique devant relier Biarritz à la Négresse."
L’ordre du Jour de M. Rongau n’est pas adopté.
M. Miremont se déclare opposé a toute combinaison de raccordement à la Négresse par le B. A .B.
M. le Maire et plusieurs conseillers estiment que la vraie solution à poursuivre, celle dont il ne faut désespérer, est le raccordement du B.-A.-B. à la Négresse, mais qu’en attendant, il y a lieu d'étudier la plus intéressante des autres combinaisons possibles.
![]() |
| TRAMWAY BIARRITZ PAYS BASQUE D'ANTAN |
Les conclusions du rapport de la Commission sont adoptées."
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.
Plus de 7 000 autres articles vous attendent dans mon blog :
https://paysbasqueavant.blogspot.com/
N'hésitez pas à vous abonner à mon blog, à la page Facebook et à la chaîne YouTube, c'est gratuit !!!
dimanche 28 juillet 2024
LE NAUFRAGE DE "L'ÉMILE" AU PAYS BASQUE EN AVRIL 1897 (première partie)
LE NAUFRAGE DE "L'EMILE" EN 1897.
"L'Emile" est un brick 2 mats, du Havre, de 250 tonneaux de jauge, parti du Verdon le 26 mars 1897, à destination de Cayenne, en Guyane.
Voici ce que rapporta à son sujet La Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-Luz, le 7 avril
1897 :
"Le Naufrage de "l’Emile".
... Cependant, l’intrépide capitaine Jarnot ne se déconcerte pas. Il revient vers le brick et, sans mesurer la portée du péril où il s’expose lui-même, où il expose son équipage, il ordonne qu’on mette à la mer la baleinière.
Mais, déjà, l’équipage de l'Emile a mis à la mer le canot du bord. Sous un ciel d’encre, parmi les bourrasques, les grondements du vent, les paquets d’eau, la minuscule barque, portant les huit hommes, qui ont fait jusqu’au bout leur devoir, qui n’ont abandonné leur navire que quand il coulait sous eux, les entraînant à l’abîme, accoste le Boucau. Des amarres sont lancées. Un à un on hisse les hommes. Et quand ils sont enfin à bord, sauvés, on leur fait fête, on les restaure, on sèche leurs vêtements, on leur fait partager les couchettes de l'équipage.
![]() |
| STEAMER LE BOUCAU VERS 1900 PAYS BASQUE D'ANTAN |
Le Boucau, après avoir, toute la journée du dimanche tenu le large, est arrivé à Saint-Jean-de-Luz lundi matin à 9 heures et demie.
De là, l’équipage de l'Emile a été dirigé par le premier train sur Biarritz, où il est allé reconnaître les épaves du navire. Enfin, le train du B.-A.-B. de 3 heures l’a ramené à Bayonne, où M. le Commissaire de la marine a reçu le capitaine Philaut, le subrécargue Le Tallec, et entendu leurs premières déclarations.
La mer étant tombée au n° 6. le Boucau a pu lui-même entrer dans le port de Bayonne, lundi après-midi à 3 heures 10."
Voici d’autre part, le rapport officiel déposé par le capitaine du Boucau :
"Pris à Barry-Dock un plein et entier chargement de charbon à destination de Bayonne. Parti le 31 mars, à 5 heures du soir, beau temps, mer houleuse.
Le 1er avril, à 8 heures du matin, passé Longships, petite brise du Nord, mer très grosse de l’Ouest.
Le 3, à 4 heures 30 du soir, étant à mi-distance de Capbreton à l’entrée de l’Adour, me dirigeant sur l’entrée, j’aperçus un brick faisant route sur nous avec son pavillon en berne (ce brick était l'Emile, du Havre, allant de Bordeaux à Cayenne, avec un chargement de diverses marchandises) ; aussitôt je me dirigeai sur lui et demandai au capitaine ce qu’il désirait.
Le capitaine me répondit que son navire faisait beaucoup d’eau, et me demanda de le remorquer à Saint-Jean-de-Luz, ce que je m’empressai de faire immédiatement.
Après bien des difficultés, nous réussîmes à lui envoyer notre remorque aussière en manille de douze pouces, et, à 5 h. 30 du soir, je commençai à faire route pour Saint-Jean-de-Luz, ayant l'Emile à la remorque.
Mais, à la nuit, le vent fraîchit et la mer grossit, retardant beaucoup notre route, lorsque, à 9 h. 45, dans un grain, la remorque filée à toute touée, cassa dans notre chomard (je relevais alors le feu de Socoa au S.-O. et le feu de Biarritz à l’E.-N.-E.). Le temps à ce moment étant très mauvais, me voyant alors dans l’impossibilité de lui envoyer une autre remorque, par la force du temps et les parages où nous nous trouvions, je me tins en observation le plus près possible, lorsque un moment après je vis par le moyen d’un fanal que l’on nous montrait qu’un canot débordait du bord.
Je manœuvrai aussitôt de manière à accoster ce canot le plus vite possible, car le vent et la mer nous drossaient à la côte. Enfin, à 10 heures 30 du soir, tout le monde était à bord, et je pus faire route pour le large ; le temps était très noir et il ventait en tempête de l’Ouest.
Resté en cape jusqu’au 4 à minuit. Alors, le temps s’étant embelli, je fis route pour Saint-Jean-de-Luz, où je mouillai le 5, à 7 h. 30 du matin.
Le même jour, à 1 heure du soir, j'appareillai pour ma destination, où j’entrai a 4 heures du soir, sans avoir rien de nouveau à signaler."
A Biarritz, une foule considérable n’a cessé de visiter les côtes pendant les journées de dimanche, lundi et mardi.
Dimanche le spectacle de la mer furieuse et démontée était admirable, surtout, comme toujours, au rocher de la Vierge et tout alentour.
![]() |
| TEMPÊTE ROCHER DE LA VIERGE BIARRITZ PAYS BASQUE D'ANTAN |
Des épaves gisaient à la Grande Plage et sur divers points de la côte. La mer en charriait de tous côtés.
Mais, comme il est dit plus haut, c’est à la côte des basques, de l’établissement des Bains à la Milady que presque tous les débris du navire, les cordages, les ancres, les marchandises, de toute sorte étaient amoncelés.
![]() |
| THERMES SALINS DE BIARRITZ-BRISCOUS PAYS BASQUE D'ANTAN |
Les douaniers montaient la garde autour des épaves. On mit en lieu sur quelques barriques de vins fins, des sacs de bouchons et diverses autres denrées recueillies en bon état.
Une nuée de gamins et même quelques autres, en parcourant la plage, faisaient ample moisson de stéarine, de bougies plus ou moins endommagées, de boites de sardines à l’huile, etc.
Quand, lundi après midi, les naufragés de l'Emile sont venus visiter les épaves, la population leur a fait fête ; des dames bienfaisantes de la Colonie Etrangère les ont obligés à accepter quelques sommes d’argent pour fêter leur sauvetage.
Très émus de cette attention les braves marins n’ont pas voulu quitter Bayonne sans remercier la population. Le second maître, au nom de tous a adressé au Courrier de Bayonne, la lettre ci-dessous :
"Monsieur,
Permettez-moi d'emprunter la voie de votre journal pour vous prier d'insérer les lignes suivantes et remplir ainsi un devoir de profonde reconnaissance :
Le capitaine, le subrécargue et l'équipage du brick Emile remercient infiniment la population de Biarritz du cordial accueil dont ils ont été l'objet de sa part lorsqu’ils se sont rendus sur la côte pour reconnaître les épaves et les débris de leur malheureux navire. Ils emportent de cette journée un inoubliable souvenir.
A tous, et au nom de tous les marins de l’équipage de l'Emile, nos plus sincères sentiments de reconnaissance.
H. Le Tallec,
Port Navalo Arzon (Morbihan)"
Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.
Plus de 5 700 autres articles vous attendent dans mon blog :
https://paysbasqueavant.blogspot.com/
N'hésitez pas à vous abonner à mon blog, à la page Facebook et à la chaîne YouTube, c'est gratuit !!!
mardi 23 juillet 2024
CRÉATION DE TRAMWAYS AU PAYS BASQUE NORD EN MAI 1897 (troisième partie)
CRÉATION DE TRAMWAYS EN 1897 AU PAYS BASQUE NORD.
Dès 1897, le Conseil Général des Basses-Pyrénées est favorable à un projet de tramways au Pays Basque Nord.
Voici ce que rapporta à ce sujet La Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-luz, le 23
décembre 1897 :
"Conseil Municipal de Biarritz.
Séance du 17 Décembre 1897.
Présents : MM. Moureu, maire ; Forsans et Cassiau, adjoints ; Peyta, Dalbarade, Lacour, Garay, Legrand, Long-Savigny, Saint-Martin, Vivié, Pavillard, Launet, Lannot, Miremont, Rongau.
Excusés : MM. Gommés, Belloc, Staelillng.
Absents : MM. Baylion, Larrebat-Tudor, Pierson, Dufourg.
Raccordement de la Négresse.
Communication de M, le Maire.
M. Forsans quitte la salle des délibérations.
M. le Maire appelle l'attention du Conseil sur cette question importante au premier chef.
Il donne lecture au Conseil de la lettre suivante, en date du 10 décembre 1897, de M. Renchet, administrateur de la Compagnie du chemin de fer B.-A.-B. : ,
Monsieur le Maire,
La Compagnie du chemin de fer de Bayonne-Anglet-Biarritz, a recherché avec le désir d'aboutir à une solution pratique, les moyens de raccorder sa ligne avec celle du chemin de fer du Midi, à la gare de Biarritz, quartier de la Négresse.
Le cahier des charges de sa concession réserve la faculté, sans lui en faire une obligation, d’exécuter ce raccordement.
Vous avez bien voulu, Monsieur le Maire, seconder la Compagnie dans ses démarches et le Conseil d’Administration tient à vous en exprimer toute sa gratitude ; mais les études et les divers avant-projets qui ont été établis ont démontré que le capital considérable d'environ 800 000 francs qu’exigerait l'établissement de cette ligne est hors de proportion avec les recettes nettes que laisserait son exploitation.
Il ne serait possible d’exécuter ce projet qu'avec une garantie d’intérêts du capital à engager ou avec une forte subvention.
En l'état actuel des choses, le Conseil d’Administration se trouve dans l'obligation de surseoir aux études et à l'exécution de ce raccordement que la Compagnie eut souhaité pouvoir réaliser dans l’intérêt de la ville de Biarritz dont la prospérité intéresse à si haut point notre Compagnie.
Nous écrivons dans le même sens à M. le Préfet des Basses-Pyrénées.
Veuillez agréer, etc., etc.
Par délégation du Conseil d’Administration,
Signé : Renchet.
Il donne ensuite lecture d’une lettre en date du 8 décembre 1897, de M. Odelin ainsi que des propositions formulées par sa société.
![]() |
| JOSEPH ODELIN |
Voici ces propositions :
Le tramway que nous proposons de construire et d’exploiter entre Biarritz et Saint-Jean-de-Luz aura son terminus à Biarritz, sur la route de la Négresse, au coin de la rue de France. Il suivra cette route de la Négresse, puis la route nationale n° 10, de Paris en Espagne, jusqu’à Guéthary d’où il rejoindra le bord de la falaise pour aboutir sur le boulevard Thiers à St-Jean-de-Luz, en passant par les hauteurs de Sainte-Barbe.
![]() |
| TRAMWAY A STE-BARBE SAINT-JEAN-DE-LUZ PAYS BASQUE D'ANTAN |
Son matériel sera analogue à celui du tramway sur route de Bayonne à Biarritz.
Son exploitation, intense pendant la saison d’été, conservera encore en hiver une certaine activité, quatre trains par jour dans chaque sens et nous croyons que le développement rapide des stations desservies comme stations d’hiver nous permettra de l’augmenter à bref délai.
La clientèle que nous espérons est avant tout utile des baigneurs et touristes et nous pensons que ce tramway constituera pour la région desservie une véritable attraction.
A Biarritz, les promenades courtes manquent presque absolument ; la gare de la Négresse est à trois kilomètres : le tramway desservira la gare et mettra à la portée du public le Bois de Boulogne, promenade merveilleuse aujourd’hui presque ignorée à cause de son éloignement.
![]() |
| LAC DU BOIS DE BOULOGNE BIARRITZ PAYS BASQUE D'ANTAN |
A Saint-Jean-de-Luz, le tramway desservira Sainte-Barbe et les petites plages d’Erramondis et de Chibau où on ne peut accéder actuellement qu’à pied, au prix de fatigues excessives, d’où on a cependant des vues splendides comparables à celles de la fameuse route de la Corniche, à Nice.
Le tramway de Biarritz à St-Jean-de-Luz, c’est la mise en valeur du splendide pays traversé, ce sont les excursions faciles, peu coûteuses, mises à la portée de tous, comme nous le disions, une véritable attraction nouvelle.
Les villes de Biarritz et de Saint-Jean-de-Luz peuvent-elles craindre que le tramway ne facilite le déplacement de leurs clientèles respectives : nous ne le pensons pas ; ces deux villes ont leurs genres particuliers, l’une plus élégante, plus animée, l’autre plus calme. Le tramway permettra des excursions de l’une à l’autre, pour le plus grand avantage des deux, il ne modifiera pas assurément les préférences des baigneurs pour l’une ou pour l’autre.
Doit-on redouter qu’il ne cause des accidents sur la route de la Négresse ? Avec le développement actuel des tramways et des automobiles on commence à s'accoutumer à les voir circuler sur les routes ; c’est une question d’habitude ; en plein Paris, à St-Etienne à Saintes, à Grenoble, à Vizille, où les locomotives circulent à travers les villes, personne ne songe à s’en effrayer ; d’ailleurs tout le matériel sera muni du frein continu qui permet des arrêts brusques.
Le tramway doit-il inspirer des craintes aux entreprises de transports, soit la compagnie des chemins de fer du Midi, soit les autres tramways de la région, soit les loueurs de voitures ?
Le rôle de la compagnie du Midi est de prendre les voyageurs à Bordeaux ou à Cette et de les conduire dans la région ; plus il y aura d’attractions dans cette région et plus le public y sera attiré ; le tramway projeté, concourant au développement de Biarritz et de St-Jean-de-Luz, ne peut-être que l’auxiliaire de la Compagnie.
Pour le chemin de fer de Bayonne à Biarritz et pour le tramway entre les mêmes points il est un affluent.
Pour les loueurs de voitures, on peut examiner les résultats produits par les deux moyens de communication créés entre Bayonne et Biarritz : les transports qui ont pu leur être enlevés d’un côté leur ont été plus que rendus de l’autre.
Bidart et Guéthary qui sont actuellement bien reliés à Bayonne et à St-Jean-de-Luz ne le sont pas à Biarritz ; le tramway projeté comblera cette lacune et fera apprécier ces localités secondaires mais charmantes.
En résumé, le tramway Biarritz-St-Jean-de-Luz présente pour la région d'importants avantages et nous espérons que l'entreprise n'y rencontrera que des partisans.
M, le Maire ajoute que si la Compagnie du B, A. B., renonce au projet de raccordement qui aurait donné satisfaction au vœu public, c'est qu’il est convaincu que l’exploitation ne donnerait pas suffisamment pour couvrir les dépenses. La question est trop importante pour être débattue séance tenante. Il demande que la question soit renvoyée à l’étude d’une commission spéciale qui devra se mettre immédiatement à l’œuvre, car l’administration des ponts et chaussées poursuit activement ses études pour la création de tramways.
M. Legrand émet l’avis que la participation de la ville soit assuré à l’exécution du raccordement par vole ferrée. Il n’y a que celle-là qui importe à Biarritz. La ville devrait accepter de donner une garantie d’intérêt qui à 3 1(2 pour 100 n’exigerait qu’une trentaine mille francs. Il est probable que la moitié de ce chiffre serait certainement procuré par les recettes. Cette garantie s’atténuerait au fur et à mesure de l’augmentation des recettes.
M. Miremont : — Et si l’exploitation arrivait à être plus chère qu’on ne le prévoit ?
M. le Maire fait observer que la question n’est pas examinée et il prie le Conseil de réserver son opinion.
M. Long-Savigny, appuie le renvoie de la question à l’examen d’une commission. M. Garay, espère que la C.ie B. A B. reviendra sur la décision qu’il a prise.
Le conseil procède à la désignation d’une commission de cinq membres :
Sont nommés : MM. Vivié, par 12 voix ; Long-Savigny et St Martin par 11 ; Pavillard, par 9. M. Garay est ensuite désigné par acclamations,
M. le Maire dit que la question est urgente. Il propose à la Commission de se réunir demain à 4 heures 1/2 pour décider des conclusions à prendre..."
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.
Plus de 7 000 autres articles vous attendent dans mon blog :
https://paysbasqueavant.blogspot.com/
N'hésitez pas à vous abonner à mon blog, à la page Facebook et à la chaîne YouTube, c'est gratuit !!!
Inscription à :
Articles (Atom)














