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dimanche 3 mai 2026

LE NAUFRAGE D'UN NAVIRE DE L'ÉMIGRATION BASQUE LA "LÉOPOLDINA-ROSA" EN SEPTEMBRE 1842 (deuxième et dernière partie)

LE NAUFRAGE DE LA "LÉOPOLDINA-ROSA" EN SEPTEMBRE 1842.


Lors de ce naufrage, plus de 230 personnes, la plupart originaires des Basses-Pyrénées périssent.




émigration basque naufrage uruguay

CARTE DU LIEU DU NAUFRAGE DE LA "LEOPOLDINA-ROSA"
4 OCTOBRE 1842




Voici ce que rapporta à ce sujet l'hebdomadaire L'Echo des Vallées, le 29 septembre 1842 :



"Naufrage de la Léopoldina-Rosa.

Demande de mise en jugement de l'équipage.


... Permettez-moi, Monsieur le Ministre, de vous signaler particulièrement le passage suivant de cette lettre : 


Montévidéo, le 8 juillet 1842.


"Je vous épargnerai les détails de notre catastrophe, les journaux que je joins à la présente vous en diront assez. Le capitaine fut jeté sur la plage vivant ; il expira peu de temps après du froid et des contusions qu'il avait reçues à bord pendant seize ou dix-huit heures que nous y sommes restés. L'équipage s'est très mal, horriblement mal conduit ; à part trois ou quatre, ils nous avaient abandonnés avant dix heures du matin, et par là tout moyen de sauvetage devenait impossible ; le lieutenant Montalivet, le maître d'hôtel Théodore et un novice sont restés jusqu'à quatre ou cinq heures de l'après-midi. Le second capitaine avait jugé à propos de suivre son équipage, après avoir promis au capitaine de le sauver ; en vain le capitaine l'appelait-il, il nageait vers la plage comme un poisson, et de là chemina vers des maisons éloignées de plus d'une lieue de la côte. Le capitaine et moi restâmes jusqu'à dix heures de la nuit, ainsi que plusieurs passagers, hommes et femmes réfugiés sur la dunette qui s'était séparée du navire, flottant et continuellement submergés par les vagues, et nous heurtés par les débris ; je dois la vie aux soins d'un homme du pays, qui me lança son lazo pour m'aider à arriver à terre, car j'étais complètement nu, et il me déposa près du feu ; j'avais le corps tout meurtri et j'étais presque sans connaissance." 



emigracion vasca uruguay
MONTEVIDEO URUGUAY 1889

L'accord qui règne entre cette relation et celle qui a été déjà publiée dans les journaux de la capitale ne laisse aucun doute sur la réalité des faits qui s'y trouvent. Il en résulte évidemment, en ce qui touche le navire proprement dit, que sa perte n'a été causée que par la violence des éléments, car il a fait assez preuve de solidité en résistant sur un rocher pendant dix-huit heures, à la fureur des vagues ; d'ailleurs, que pouvaient l'expérience et l'habileté reconnues du capitaine contre l'une de ces terribles tempêtes du Sud-Est, qui, à cette époque de l'année, convulsent ces parages et surtout contre les courants perfides qui, dans ces circonstances, y trompent les navigateurs les plus expérimentés ? Le capitaine Frappaz a fait assez en prolongeant pendant trois jours cette lutte opiniâtre durant laquelle il n'a pu déterminer la vraie position de son navire par aucune observation astronomique ! Ce drossage sur les rochers de Castillos était donc un malheur contre lequel l'homme ne pouvait rien ! 



emigracion vasca barco
BATEAU DE L'EMIGRATION
PAYS BASQUE D'ANTAN

Mais il est loin d'en être ainsi à l'égard de la perte des passagers, puisqu'il est avéré qu'il n'a tenu qu'à l'équipage de les sauver tous. En effet, il est certain que les dix-huit heures qui se sont écoulées depuis le moment où le navire a touché sur les rochers, jusqu'à celui où il s'est entièrement brisé, étaient, surtout à la petite distance qui le séparait de terre, plus que suffisantes pour sauver au moins tous les passagers, si les ordres du capitaine, si ses prières même, relativement à l'établissement d'un va-et-vient eussent été écoutés. Ce moyen de sauvetage, aussi simple qu'efficace, était indubitablement praticable en temps opportun ; et la facilité avec laquelle l'équipage et notamment le second capitaine se sont sauvés à la nage, douze heures avant la destruction complète du navire, donne à leur conduite un caractère si odieux que j'hésite à le qualifier. En présence de ces faits je supplie de nouveau Votre Excellence d'accueillir favorablement ma demande. Ce n'est pas à moi qu'il appartient de démontrer combien la marine du commerce est intéressée à ce qu'un grand et salutaire exemple soit fait en cette occasion ; je dirai seulement qu'il semble que l'honneur de cette marine s'y trouve engagé, jusqu'à un certain point, surtout aux yeux des étrangers, car le navire la Léopoldina-Rosa était étranger, et il avait été confié, avec l'autorisation de Votre Excellence, à l'équipage français qui l'a abandonné ! 




émigration basque naufrage uruguay
LISTE DE PASSAGERES ET DE PASSAGERS SURVIVANT.E.S
DU NAUFRAGE DU LEOPOLDINA-ROSA



Je ne sais pas, Monsieur le Ministre, si la loi écrite me permet de vous demander comme je le fais au nom des armateurs du navire et des familles des nombreuses victimes de ce naufrage, la mise en jugement de ces hommes. Le sentiment qui me guide trouvera, j'en suis sûr, écho dans le cœur de Votre Excellence. J'ai pensé aussi que si le gouvernement français honore et récompense les marins étrangers qui se sont distingués en disputant à la fureur des flots, les personnes et les propriétés de quelques-uns de nos compatriotes, il doit y avoir un châtiment au moins moral, pour les marins français qui, au mépris de leurs devoirs les plus sacrés, compromettent, par une conduite toute opposée, l'honneur du corps auquel ils appartiennent. 



La démarche que je fais auprès de Votre Excellence est autorisée d'abord par un sentiment d'humanité et ensuite par l'intervention que j'ai eue à Bayonne dans l'armement de la Léopoldina-Rosa en vertu d'une mission de surveillance et de sollicitude dégagée de tout intérêt matériel pour moi. J'ai accepté cette mission de la part de ses armateurs en m'associant à leur idée bienfaisante, et je continue de l'accomplir en ce moment. Il existe au bureau de la marine à Bayonne des preuves authentiques du soin que j'ai apporté dans cette affaire, car je me suis empressé de me mettre en rapport avec l'autorité maritime.  



Je prie Votre Excellence d'agréer l'assurance de mon profond respect, 

Alfred-Gustave Bellemare.



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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vendredi 3 avril 2026

LE NAUFRAGE D'UN NAVIRE DE L'ÉMIGRATION BASQUE "LA LÉOPOLDINA-ROSA" EN SEPTEMBRE 1842 (première partie)

LE NAUFRAGE DE LA "LÉOPOLDINA-ROSA" EN SEPTEMBRE 1842.


Lors de ce naufrage, plus de 230 personnes, la plupart originaires des Basses-Pyrénées périssent.



émigration basque naufrage uruguay
CARTE DU LIEU DU NAUFRAGE DE LA "LEOPOLDINA-ROSA"
4 OCTOBRE 1842



Voici ce que rapporta à ce sujet l'hebdomadaire L'Echo des Vallées, le 29 septembre 1842 :



"Naufrage de la Léopoldina-Rosa.

Demande de mise en jugement de l'équipage.



Nous ne reproduisons pas ici les détails que tous les journaux ont déjà publiés sur cette déplorable catastrophe. Nous nous contenterons de faire connaître à nos lecteurs une pétition qui vient d'être adressée à M. le Ministre de la Marine pour obtenir que l'équipage de ce malheureux navire soit mis en jugement. On y trouvera d'ailleurs l'extrait d'une lettre qui vient d'être reçue de Montévidéo du médecin de l'expédition. Elle revêt un certain caractère d'authenticité et mérite le plus vif intérêt. Ces nouveaux détails nous confirment entièrement dans l'opinion que nous avions déjà formée en lisant la première relation, à l'égard de la véritable cause de la perte des passagers ; et il nous en coûte de le dire, elle est en tout conforme à celle qui se trouve exprimée dans la pétition. Nous souhaiterions beaucoup pour la satisfaction des équipages de la marine marchande que celui de la Léopoldina-Rosa pût alléger la terrible accusation qui pèse sur lui. Nous le désirerions aussi pour la localité d'où il a été tiré, et qui, voisine de Bayonne, fournit ordinairement des marins si bons et si vaillants ! Les Basques se sont toujours montrés jaloux de la réputation maritime qu'ils ont si justement acquise, et ils s'en montreront encore plus dignes en s'associant à nous pour flétrir, comme on doit le faire, une conduite que rien ne semble pouvoir justifier. 

emigracion vasca uruguay
MONTEVIDEO URUGUAY 1889


Nous louons beaucoup la pensée nationale et humanitaire qui a présidé à la rédaction de cette pétition. Il serait en effet déplorable que l'insubordination et la lâcheté restassent impunies, surtout après avoir eu des résultats si funestes et si douloureux pour le pays. Outre que cette impunité serait du plus pernicieux exemple, elle augmenterait le douloureux sentiment qu'on éprouve en lisant les détails de ce naufrage ; car chacun s'y trouve profondément blessé dans ses sentiments d'humanité ; c'est en vain que l'on y cherche cette consolation qu'offrent souvent les grandes catastrophes, et qui consiste dans l'impuissance où l'homme se voit de leur résister ; impuissance dont le sentiment nous révèle la supériorité des décrets de la Providence et la nécessité de nous y soumettre sans murmurer. Mais ici la Providence avait laissé à l'homme une chance et des moyens de salut ! Anathème sur ceux qui, en cette occasion, ont outragé toutes les lois divines et humaines !... 


emigracion vasca barco
BATEAU DE L'EMIGRATION
PAYS BASQUE D'ANTAN

Nous faisons donc des vœux pour que M. le Ministre de la Marine puisse accéder à la demande qui lui est adressée. Cette réparation semble être due aux mânes des victimes de ce naufrage. Et nous, qui sommes entourés ici de familles qu'il plonge dans le deuil, nous pouvons assurer que cette marque de sollicitude sera reçue avec reconnaissance et enthousiasme. — Nous invitons tous nos collègues de la presse à se joindre à nous pour appuyer cette demande, puisqu'il s'y agit d'un intérêt général. 



Nous ne pouvons terminer sans payer ici un tribut bien mérité à la mémoire du brave et infortuné capitaine Frappaz ; marin habile et expérimenté, homme distingué sous beaucoup de rapports très précieux dans la société, il est mort à son poste victime de son dévouement ! il lègue à ses frères de la marine un noble souvenir ! mais sa famille reste plongée dans la douleur et dans le dénuement le plus absolu. MM. les armateurs et surtout MM. les capitaines au long cours ne resteront pas indifférents à une si grande infortune, puisqu'elle est principalement le résultat d'une conduite dont le corps auquel ils appartiennent s'énorgueillira toujours. Ils allégeront cette infortune, nous en sommes certains, car le doute ici serait une injure ; il semble même qu'un noble esprit de corps leur en fait un devoir. C'est dans cette certitude que nous prenons des mesures pour que ces lignes arrivent à la connaissance de chacun d'eux. Leur offrande, quelle qu'elle soit, sera considérée autant comme une preuve de leur sympathie pour la noble conduite du capitaine que comme une marque de bienfaisance. Il nous paraît qu'une souscription, qui serait ouverte dans chacun de nos ports de mer les plus étroitement liés avec la rivière de la Plata, serait une œuvre belle et bonne à entreprendre. Nous savons déjà qu'on en ouvre une à Bayonne, chez M. le Consul de l'Uruguay ; à Bordeaux, chez MM. Bechet père et fils, banquiers ; Delmetre, Tournay, courtiers maritimes ; Merilhou et C°. Au Havre, chez M. Moulinié et chez MM. Delaroche, Delessert et Cie A Saint-Malo, chez M. Fontan. A Cette, chez MM. Bencker et Comp. A Marseille, chez MM. Fournier frères. A Nantes, chez MM. J. et V. Lauriol. A Paris chez M. J. Linard, négociant, place des Victoires, n° 12, et chez MM. Guérin-Seris et Compie, rue Basse-Porte St-Denis, n° 8.— Les produits de cette souscription devront être remis à M. Rougemont de Lowemberg, banquier, à Paris.



Nous espérons que ce généreux exemple sera suivi dans tous les autres ports de France ; et nous supplions encore nos collègues de la presse de se joindre à nous pour recommander cette œuvre de justice et de bienfaisance.

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Bagnères-de-Bigorre, le 25 septembre 1842.


Monsieur le Ministre, 

J'ai l'honneur de m'adresser à Votre Excellence pour appeler instamment son attention sur les détails que je viens de recevoir de Montevideo relativement au naufrage de la Léopoldina-Rosa ; d'après ce rapport, il n'est plus permis de douter que la perte des deux cent trente-une personnes qui ont succombé dans ce désastre ne doive être attribuée principalement à l'insubordination de l'équipage de ce navire et au criminel abandon où il l'a laissé au moment du danger. Je viens demander aussi à Votre Excellence, en vertu des motifs ci-après exposés, qu'il soit fait une justice prompte et surtout exemplaire de la conduite de cet équipage qui, par un tel mépris de ses devoirs, a seul consommé cette perte si déplorable.



Dans une affaire aussi grave et aussi délicate que celle-ci, puisqu'il s'agit de mettre au ban du monde maritime (en attendant un autre châtiment, s'il y a lieu dans cette circonstance), ces hommes si indignes du titre de marins français, l'autorité des faits doit seule être invoquée ; je demande donc à Votre Excellence la permission de lui présenter la lettre que je reçois à l'instant de Montévidéo de M. le docteur Duchesnois, médecin de l'expédition. Cette lettre a un caractère solennel, car cet homme généreux et dévoué est resté à son poste auprès du capitaine pendant les dix-huit heures qu'a duré la cruelle agonie du navire et des nombreux passagers qu'il abritait encore..."



A suivre...




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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dimanche 28 juillet 2024

LE NAUFRAGE DE "L'ÉMILE" AU PAYS BASQUE EN AVRIL 1897 (première partie)

LE NAUFRAGE DE "L'EMILE" EN 1897.


"L'Emile" est un brick 2 mats, du Havre, de 250 tonneaux de jauge, parti du Verdon le 26 mars 1897, à destination de Cayenne, en Guyane.




pays basque autrefois naufrages tempêtes labourd
BRICK 2 MATS



Voici ce que rapporta à son sujet La Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-Luz, le 7 avril 

1897 :



"Le Naufrage de "l’Emile".


... Cependant, l’intrépide capitaine Jarnot ne se déconcerte pas. Il revient vers le brick et, sans mesurer la portée du péril où il s’expose lui-même, où il expose son équipage, il ordonne qu’on mette à la mer la baleinière. 



Mais, déjà, l’équipage de l'Emile a mis à la mer le canot du bord. Sous un ciel d’encre, parmi les bourrasques, les grondements du vent, les paquets d’eau, la minuscule barque, portant les huit hommes, qui ont fait jusqu’au bout leur devoir, qui n’ont abandonné leur navire que quand il coulait sous eux, les entraînant à l’abîme, accoste le Boucau. Des amarres sont lancées. Un à un on hisse les hommes. Et quand ils sont enfin à bord, sauvés, on leur fait fête, on les restaure, on sèche leurs vêtements, on leur fait partager les couchettes de l'équipage. 



pays basque autrefois naufrages tempêtes labourd
STEAMER LE BOUCAU VERS 1900
PAYS BASQUE D'ANTAN


Le Boucau, après avoir, toute la journée du dimanche tenu le large, est arrivé à Saint-Jean-de-Luz lundi matin à 9 heures et demie. 



De là, l’équipage de l'Emile a été dirigé par le premier train sur Biarritz, où il est allé reconnaître les épaves du navire. Enfin, le train du B.-A.-B. de 3 heures l’a ramené à Bayonne, où M. le Commissaire de la marine a reçu le capitaine Philaut, le subrécargue Le Tallec, et entendu leurs premières déclarations. 



La mer étant tombée au n° 6. le Boucau a pu lui-même entrer dans le port de Bayonne, lundi après-midi à 3 heures 10." 



Voici d’autre part, le rapport officiel déposé par le capitaine du Boucau


"Pris à Barry-Dock un plein et entier chargement de charbon à destination de Bayonne. Parti le 31 mars, à 5 heures du soir, beau temps, mer houleuse. 


Le 1er avril, à 8 heures du matin, passé Longships, petite brise du Nord, mer très grosse de l’Ouest.


Le 3, à 4 heures 30 du soir, étant à mi-distance de Capbreton à l’entrée de l’Adour, me dirigeant sur l’entrée, j’aperçus un brick faisant route sur nous avec son pavillon en berne (ce brick était l'Emile, du Havre, allant de Bordeaux à Cayenne, avec un chargement de diverses marchandises) ; aussitôt je me dirigeai sur lui et demandai au capitaine ce qu’il désirait. 


Le capitaine me répondit que son navire faisait beaucoup d’eau, et me demanda de le remorquer à Saint-Jean-de-Luz, ce que je m’empressai de faire immédiatement. 


Après bien des difficultés, nous réussîmes à lui envoyer notre remorque aussière en manille de douze pouces, et, à 5 h. 30 du soir, je commençai à faire route pour Saint-Jean-de-Luz, ayant l'Emile à la remorque. 


Mais, à la nuit, le vent fraîchit et la mer grossit, retardant beaucoup notre route, lorsque, à 9 h. 45, dans un grain, la remorque filée à toute touée, cassa dans notre chomard (je relevais alors le feu de Socoa au S.-O. et le feu de Biarritz à l’E.-N.-E.). Le temps à ce moment étant très mauvais, me voyant alors dans l’impossibilité de lui envoyer une autre remorque, par la force du temps et les parages où nous nous trouvions, je me tins en observation le plus près possible, lorsque un moment après je vis par le moyen d’un fanal que l’on nous montrait qu’un canot débordait du bord. 


Je manœuvrai aussitôt de manière à accoster ce canot le plus vite possible, car le vent et la mer nous drossaient à la côte. Enfin, à 10 heures 30 du soir, tout le monde était à bord, et je pus faire route pour le large ; le temps était très noir et il ventait en tempête de l’Ouest. 


Resté en cape jusqu’au 4 à minuit. Alors, le temps s’étant embelli, je fis route pour Saint-Jean-de-Luz, où je mouillai le 5, à 7 h. 30 du matin. 


Le même jour, à 1 heure du soir, j'appareillai pour ma destination, où j’entrai a 4 heures du soir, sans avoir rien de nouveau à signaler.



A Biarritz, une foule considérable n’a cessé de visiter les côtes pendant les journées de dimanche, lundi et mardi. 



Dimanche le spectacle de la mer furieuse et démontée était admirable, surtout, comme toujours, au rocher de la Vierge et tout alentour. 




pays basque autrefois naufrages tempêtes labourd
TEMPÊTE ROCHER DE LA VIERGE BIARRITZ
PAYS BASQUE D'ANTAN



Des épaves gisaient à la Grande Plage et sur divers points de la côte. La mer en charriait de tous côtés. 



Mais, comme il est dit plus haut, c’est à la côte des basques, de l’établissement des Bains à la Milady que presque tous les débris du navire, les cordages, les ancres, les marchandises, de toute sorte étaient amoncelés. 



pays basque autrefois thermes labourd
THERMES SALINS DE BIARRITZ-BRISCOUS
PAYS BASQUE D'ANTAN


Les douaniers montaient la garde autour des épaves. On mit en lieu sur quelques barriques de vins fins, des sacs de bouchons et diverses autres denrées recueillies en bon état. 



Une nuée de gamins et même quelques autres, en parcourant la plage, faisaient ample moisson de stéarine, de bougies plus ou moins endommagées, de boites de sardines à l’huile, etc. 



Quand, lundi après midi, les naufragés de l'Emile sont venus visiter les épaves, la population leur a fait fête ; des dames bienfaisantes de la Colonie Etrangère les ont obligés à accepter quelques sommes d’argent pour fêter leur sauvetage.



Très émus de cette attention les braves marins n’ont pas voulu quitter Bayonne sans remercier la population. Le second maître, au nom de tous a adressé au Courrier de Bayonne, la lettre ci-dessous : 


"Monsieur, 

Permettez-moi d'emprunter la voie de votre journal pour vous prier d'insérer les lignes suivantes et remplir ainsi un devoir de profonde reconnaissance : 


Le capitaine, le subrécargue et l'équipage du brick Emile remercient infiniment la population de Biarritz du cordial accueil dont ils ont été l'objet de sa part lorsqu’ils se sont rendus sur la côte pour reconnaître les épaves et les débris de leur malheureux navire. Ils emportent de cette journée un inoubliable souvenir. 


A tous, et au nom de tous les marins de l’équipage de l'Emile, nos plus sincères sentiments de reconnaissance. 

H. Le Tallec, 

Port Navalo Arzon (Morbihan)"




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vendredi 28 juin 2024

LE NAUFRAGE DE "L'ÉMILE" AU PAYS BASQUE EN AVRIL 1897 (première partie)

LE NAUFRAGE DE "L'ÉMILE" EN 1897.


"L'Emile" est un brick 2 mats, du Havre, de 250 tonneaux de jauge, parti du Verdon le 26 mars 1897, à destination de Cayenne, en Guyane.




pays basque autrefois naufrages tempêtes labourd
BRICK 2 MATS



Voici ce que rapporta à son sujet La Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-Luz, le 7 avril 

1897 :



"Le Naufrage de "l’Emile".



Nous empruntons à notre confrère le Courrier de Bayonne l’article très complet et très exact qu’il a publié sur ce naufrage



"La nuit de samedi à dimanche a dépassé peut-être, comme violence d’ouragan et de tempête, les journées les plus terribles de décembre et de février derniers où l’Océan causa tant de ravages sur nos côtes. Une vive inquiétude régnait à Biarritz, car dans la journée plusieurs steamers qui étaient en haute mer se virent refuser l’entrée à Bayonne et c’est à cette circonstance que nous devons sans doute d’avoir à constater un sinistre, sans perte d'équipage. 



En effet, vers 4 h. 1/2, un brick français courant au large mit son pavillon en berne et sa détresse fut signalée aux vapeurs qui se trouvaient dans son voisinage. Le steamer le Boucau, de la maison d’Orbigny, venant de Cardiff, se porta à son secours et parvint, après diverses tentatives, à le prendre à la remorque. Puis tous deux se dirigèrent vers St-Jean-de-Luz. A la tombée du jour on les vit encore par le travers de la côte des Basques. La navigation était devenue difficile, car la mer avait énormément grossi et s’était mise au diapason du vent. L’horizon qui parait d’habitude calme était sillonné par d’énormes lames. Puis la nuit tomba. 




pays basque autrefois naufrages tempêtes labourd
STEAMER LE BOUCAU VERS 1900
PAYS BASQUE D'ANTAN



Les marins inquiets et les habitants des falaises vinrent, malgré la continuation de la tempête, sonder l’horizon. A l’aide de jumelles, on aperçut deux feux de position ; le navire était donc encore en vue de Biarritz et ni vent ni mer ne désarmaient. Il était impossible de se tenir debout sur la crête de la côte que devait-il en être au large, sur le flot mouvant et sur une surface où rien n’arrêtait la puissance de la rafale ? 



Comme on avait peu dormi pendant cette rude nuit, ils étaient très nombreux les gens, qui, dimanche, au point du jour, se trouvaient sur le couronnement de la falaise, et alors on vit la plage couverte de débris et le navire avait disparu. Comme le fragment principal se trouvait près des rochers de la Goureppe, on supposa que le navire inconnu s’était brisé sur ce point ; puis, on découvrit que le mur de soutènement de la villa Heeren était ébréché et tout aux abords, des agrès, des caisses défoncées dont les bougies brisées s’éparpillaient sur la plage, des barriques de vins, de liqueurs, des biscuits, avec les adresses des expéditeurs, des tuyaux de plomb, des balles de foin et de bouchons, éparpillés au gré des flots. 



Un bandeau de canot recueilli et portant l’inscription : Emile, Havre, apprit le nom du navire perdu. On sut par les renseignements du Véritas, que c’était un brick de 250 tonneaux de jauge, parti de Bordeaux pour Cayenne. 



Qu’était devenu l’équipage ? La remorque s’était-elle rompue et l’équipage était-il encore à bord quand on voyait les fanaux allumés ? Certains estimaient que devant la violence de la tempête et devant l’impossibilité pour le Boucau de gagner un port de refuge, il avait renoncé à la remorque et embarqué l’équipage. 



C’était là la supposition vraie. 



Voici d’ailleurs ce qui s’était passé : 


Le brick Emile, du Havre, avait quitté le Verdon le 26 mars à destination de Cayenne, avec 200 tonneaux de marchandises diverses. il portait à son bord huit hommes, y compris le capitaine Philaut, le subrécargue Le Tallec et le second Ancelin. 



Dans la nuit du 28 au 29, à 60 milles environ, au large, il reçut un coup de vent. Il prit la cape tribord armures. 



Le 30, le temps se mit tout à fait au mauvais. Dans la soirée la tempête se déchaîna avec une extrême violence. L'Emile continuait à naviguer sous voilure réduite. Un coup de vent emporta la voilure qui fut aussitôt remplacée. 



A ce moment, le navire très fatigué, commençait à faire eau. Il fallut se mettre aux pompes. Ce fut, dès cet instant, une terrible lutte de cinq jours et de cinq nuits pour disputer à la mer la frêle coque et les huit existences humaines qu’elle portait. Pas une heure, pas une seconde de repos. A peine les hommes prenaient-ils le temps de manger. Quant à dormir, pendant les nuits, qui suivirent jusqu’au moment du sauvetage, il n’y fallut pas songer. Il est certain que si le secours s’était fait davantage attendre, l’équipage incapable de prolonger la résistance, se fut laissé couler avec le navire. 



La cape cessa le 2 avril, quand l'Emile prit connaissance des côtes d’Espagne, il se trouvait à la hauteur de Passage. Le capitaine songea à chercher un refuge dans ce port afin d’étancher la voie d’eau et de réparer le gréement, qui avait beaucoup souffert de la tempête. 



Malheureusement, la brise tombant, la mer redevenant grosse, l'Emile courait le danger d’être jeté à la côte. Il mit alors le cap sur St-Jean-de-Luz dans l’intention d’aller atterrir au Socoa



Ce fut dans ces conjonctures que vint le surprendre le terrible coup de temps de vendredi. De plus en plus le navire s’emplissait. Les hommes ne quittaient pas les pompes, soutenus par l’énergie extraordinaire dont faisaient preuve également le capitaine Philaut, les seconds Le Tallec et Ancelin, des marins de belle et solide trempe, de ceux on peut dire, en donnant au terme toute sa force, qu’ils ont vraiment l’âme chevillée au corps. 



Menacés d’être jetés à la cote, l'Emile se trouvait samedi par le travers de Biarritz quand vers 4 heures et demie, il aperçut le vapeur le Boucau, capitaine Jarnot, de la Rochelle, qui se disposait à franchir la Barre de l’Adour pour entrer à Bayonne



C’était, enfin une chance de salut, la seule, la dernière ! on mit le cap sur le Boucau et le pavillon en berne. Le Boucau aperçut le signal de détresse. Il vira aussitôt de bord, se dirigeant sur l'Emile



Une amarre fut lancée. L'Emile réussit à la prendre. D’infinies précautions durent être prises à bord du Boucau de crainte qu’elle ne cassât. Vers 10 heures, le timonier s’aperçut que le vapeur avait augmenté de vitesse. Les feux de l'Emile diminuaient. C’était signe que l’accident que l’on craignait s’était produit, que l’amarre avait cédé. C’était la perte de l'Emile."



A suivre...



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mardi 14 mars 2023

LE NAUFRAGE DU "PADOSA" À BIARRITZ EN LABOURD AU PAYS BASQUE LE 14 DÉCEMBRE 1907 (quatrième et dernière partie)

 


LE NAUFRAGE DU "PADOSA" EN DÉCEMBRE 1907.


Dans la nuit de tempête du 14 décembre 1907, le "Padosa", trois-mâts suédois vient s'écraser sur les rochers, au large de la Grande Plage de Biarritz.



pays basque autrefois tempête naufrage labourd
16 DECEMBRE 1907 NAUFRAGE DU PADOSA BIARRITZ
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet La Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-Luz, le 15 

décembre 1907 :



"Le Naufrage du "Padosa".


Touchante entrevue. 


... Un vin d’honneur fut servi. M. le Maire profita de cette réunion pour féliciter chaleureusement nos concitoyens, marins et sauveteurs — dont le dévouement fut au-dessus de tout éloge dans la nuit du 14 décembre, et adressa quelques paroles réconfortantes aux marins suédois. Dans une allocution inspirée des plus généreux sentiments, il assura les naufragés de notre sympathie la plus agissante. Ils pourront se souvenir, dit-il, et répéter à leurs compatriotes, que, dans cette cité de luxe et de plaisir, séjour des fortunés et des heureux, ils ont trouvé des amis, des frères, qui savent prodiguer envers tous la solidarité et le dévouement. M. Axel Bjorkegren se fit l’interprète des matelots suédois, pour remercier, en termes émus et émouvants les marins, les sauveteurs, la Municipalité et toute la ville de Biarritz. 



Le capitaine Mazon prononça à son tour une allocution en anglais que purent comprendre le capitaine et le second du "Padosa" et qui était conçue dans un sens de solidarité dans le danger. 



MM. Chandesse et Latrie, les blessés biarrots, furent l'objet de la part de M. Forsans et de tous ceux qui les connaissaient d’un témoignage particulier de sincère estime et des souhaits de prompte guérison, auxquels on associe l’excellent agent Romatet. 



Les cinq marins du "Padosa", en état d voyager, sont partis jeudi pour Bordeaux, d'où ils rejoindront la Suède. Les deux autres sont soignés à l'Hôtel du Palais et nous espérons qu'ils pourront, sous peu, aller, dans leur pays, rassurer complètement leur famille. 



Générosités.



Lundi soir, le Cinéma-Palace offrit une représentation qui donna pour les naufragés 652 fr. Il convient de remercier vivement de son initiative la Direction de ce bel établissement. 



Un grand bal organisé par l’orchestre, les employés et le patron de l’établissement Jean-Baptiste Dalbarade, aura lieu ce soir samedi, 21 décembre. Le produit des entrées, ainsi que celui du vestiaire, sera intégralement remis aux malheureux naufragés du trois-mâts suédois "Padosa". La salle sera richement et artistiquement décorée par MM. Gelos et Dufils, jardiniers, et A. Dufour, tapissier, qui ont tenu eux aussi à coopérer à cette œuvre humanitaire. Pour que tous puissent participer au soulagement de ces braves marins, si dignes d'intérêt, le prix d’entrée sera seulement de 50 centimes. 



Remerciements.



M. le Consul de Suède à Bordeaux écrit la lettre suivante à M. le Maire de Biarritz


"Bordeaux, le 10 Décembre 1907.


Monsieur le Maire de Biarritz


Au nom du Gouvernement Suédois, je m'empresse de venir vous exprimer, ainsi qu'à la noble et vaillante population de Biarritz, toute ma reconnaissance pour l'assistance qui a été portée aux naufragés du voilier "Padosa". 


On n'oubliera jamais, en Suède, les actes de dévouement et d’héroïsme qui ont été déployés pour sauver ces malheureux marins et la générosité dont ils ont été l’objet. 

Veuillez agréer. Monsieur le Maire, l'assurance de ma considération distinguée. 

Le Consul de Suède,

Charles Hanappier." 


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Nous recevons la lettre suivante : 


"Monsieur le Directeur,  


J'ai hâte de remercier publiquement, par l'intermédiaire de votre journal, la Ville de Biarritz, pour les marques de sympathie qu'elle nous a témoignées dans notre grande détresse, pour le dévouement admirable de ses vaillants marins, pour tous les secours qui nous sont venus de la population. Du fond de nos cœurs émus et pour toujours reconnaissants, merci, merci à tous, et que le nom de Biarritz soit à jamais béni ! 

Le Capitaine du "Padosa"."


pays basque autrefois naufrage tempête
16 DECEMBRE 1907 NAUFRAGE DU PADOSA BIARRITZ
PAYS BASQUE D'ANTAN

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19 décembre 1907. 

Monsieur le Directeur de l’Hôtel du Palais, Biarritz. 


Monsieur, 


Je tiens à vous exprimer au nom du Gouvernement Suédois toute ma gratitude pour la générosité avec laquelle vous vous êtes comporté à l’égard des malheureux survivants du "Padosa". 


Je comprends dans mes remerciements tout votre personnel qui rivalisant avec vous a entouré de soins et de prévenances ces pauvres marins. 

Veuillez agréer, Monsieur, l’assurance de ma considération distinguée. 

Signé : Charles Nanuppier."



pays basque autrefois naufrages labourd
16 DECEMBRE 1907 NAUFRAGE DU PADOSA BIARRITZ
PAYS BASQUE D'ANTAN

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"19 Décembre 1907 

Au personnel de l’hôtel du Palais, Biarritz. 

Messieurs, 


Au nom du Gouvernement Suédois je tiens à venir vous remercier des soins et attentions dont vous avez comblé les infortunés marins du "Padosa". 


Grâce à vous ils ont pu être promptement remis des émotions terribles par lesquelles ils venaient de passer. 


Votre façon d’agir vous fait le plus grand honneur et je suis heureux de vous en féliciter.


Veuillez recevoir mes salutations distinguées. 

Signé. Charles Nanuppier."



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14 DECEMBRE 1907 NAUFRAGE DU PADOSA BIARRITZ
PAYS BASQUE D'ANTAN

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Une bonne idée.


Un de nos amis nous adresse la communication suivante : 


Biarritz, le 17 Décembre 1907. 


Monsieur le Directeur de la "Gazette de Biarritz". 


Le triste drame qui s’est déroulé sur notre grève, dans la nuit de samedi à dimanche a montré l’inefficacité des moyens actuels employés de terre pour secourir les naufragés. Et il en est ainsi malheureusement neuf fois sur dix, si l’on ne dispose pas d'un vrai canot de sauvetage et d’une équipe d’élite pour le monter.


En particulier, le canon porte-amarre manque très souvent son but. Rien d’étonnant à cela, puisque toujours le projectile va "à contre-vent" et qu’il est dirigé sur un point mobile et limité : le navire en perdition. 


Ne pensez-vous pas qu’il serait préférable d'exiger, par une loi internationale, que chaque bateau fût muni d un canon porte-amarre avant d'être mis à l’eau. 


Ainsi lancé du bord, le projectile arriverait toujours en un point quelconque de la côte où il serait bien facile de le saisir. Un va-et-vient serait établi et l’équipage sauvé. 


Je vous donne cette idée pour ce qu'elle vaut. Elle est d'un "profane de la navigation", mais j’espère qu’elle sera reprise et discutée par des "hommes de métier" et qu'on en tirera ce qu’elle peut avoir de pratiquement réalisable. 


On pourrait exiger aussi un cerf-volant et un flotteur à voile minuscule, toujours prêts à être lancés. 

Veuillez agréer, Monsieur le Directeur, l'expression de mes meilleurs sentiments. 

H. S. 



pays basque autrefois guide baigneurs
MARINS SAUVETEURS ET CANON PORTE-AMARRE BIARRITZ
PAYS BASQUE D'ANTAN


P.-S. — En Angleterre, on emploie surtout des fusées porte-amarre, de portée égale à celle des fusils et des canons.


Nous croyons nous rappeler qu'un de nos concitoyens- exposa déjà — en 1899 — l'idée préconisée par notre correspondant, à quelques membres du Congrès International des Pêches Maritimes et Fluviales, et que l'idée fut trouvée excellente. 



Souscriptions.

Recueillies en faveur des naufragés du Trois Mâts Suédois "Padosa" (Côte de Biarritz, nuit du 14 Décembre 1907).


Par l’Hôtel du Palais-Biarritz, 2 004 Frs 60. 

Par M. le Curé de Ste-Eugénie, (produit de quêtes) 700 francs.

Par M. Luis Gomez de Vlllavedon y Santos, produit d’une soirée de Gala au Cinéma-Palace" 652 Frs 60.

Par l'Hôtel Victoria 300 Francs.

Par le Syndicat des Garçons Limonadiers et Restaurateurs de Biarritz 25 Francs.

Par la Société des Secours mutuels Espagnols de Biarritz 20 Francs.

Par l'Ecole de Mme Monségu 10 Francs.

Par l’Hôtel d'Angleterre 135 Francs.

Par The Congrégation of St-Andrew’s Church de Biarritz 100 Francs.



En outre des fonds recueillis, les Naufragés, gracieusement hospitalisés et soignés par l’Hôtel du Palais, ont reçu de toutes parts, de nombreux vêtements, des cigares, des petits souvenirs, etc... 



Afin d’assurer la plus équitable répartition possible de ces souscriptions, entre les survivants du "Padosa" et les familles de leurs camarades morts ou disparus, le produit en a été mis à la disposition de M. le Consul de Suède, à Bordeaux, qui a bien voulu se charger de le partager."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)







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mardi 14 février 2023

LE NAUFRAGE DU "PADOSA" À BIARRITZ EN LABOURD AU PAYS BASQUE LE 14 DÉCEMBRE 1907 (troisième partie)

 

LE NAUFRAGE DU "PADOSA" EN DÉCEMBRE 1907.


Dans la nuit de tempête du 14 décembre 1907, le "Padosa", trois-mâts suédois vient s'écraser sur les rochers, au large de la Grande Plage de Biarritz.



pays basque autrefois labourd naufrage tempête
16 DECEMBRE 1907 NAUFRAGE DU PADOSA BIARRITZ
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet La Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-Luz, le 15 

décembre 1907 :



"Le Naufrage du "Padosa".



Funèbre cérémonie.


La mer, devenue calme, rejeta, mardi matin, une des victimes du "Padosa". Le cadavre fut trouvé sur la côte, à l’établissement des bains de M. Darricarrère. Les nombreuses ecchymoses qu'il portait sur le corps, produites par les épaves au milieu desquelles il s'était débattu et qui peut-être ont occasionné sa mort, une grave blessure constatée sur la tête n’ont pas empêché d'établir son identité. C'est un jeune matelot du "Padosa", nommé Harald Pearson. 



Le cadavre, immédiatement transporté à la morgue, a été mis en bière par les soins de la police. Le cercueil a été placé à côté de celui de son camarade. Ils furent unis dans le danger, unis dans la mort. 



Les obsèques des deux marins eurent lieu à dix heures du matin, au cimetière du Sabaoü, au milieu d'une nombreuse affluence. 



Nous avons remarqué dans l’assistance : MM. Long-Savigny et Cassiau, adjoints au maire de Biarritz ; MM. le Dr Gallard, capitaine Mazon, Garay, Fournier, Gibrac, St-Martin. etc., conseillers municipaux ; M. Jonhston, ministre protestant de l'église St-André de Biarritz ; M. Bellairs, consul d’Angleterre ; M. Blin, administrateur de la marine ; M. Axel Bjorkegren, docteur suédois ; M. Pavillard, etc. 



M. Long-Savigny, premier adjoint au maire de Biarritz, a prononcé le discours suivant qui a provoqué l’émotion et les larmes des assistants : 

Avant que cette tombe se referme, j’ai le douloureux devoir de venir, au nom de la population tout entière de Biarritz, saluer les victimes d’un de ces drames émouvants de la mer, que nos vaillants marins ne connaissent que trop,— maintes fois pour défendre leur vie contre les éléments déchaînés, plus souvent encore pour user généreusement tout ce qu’ils ont de courage et de dévouement à arracher à la fureur de la tempête d’autres existences humaines. 

Il y a quatorze ans, à peu près à la même époque, une cérémonie pareille nous réunis sait ici, pour le seul marin retrouvé de l’équipage de la "Surprise". C'était alors un Français. Ce sont aujourd'hui des Suédois, de cette forte et belle race que nous aimons tant à accueillir dans notre pays, et dont le souverain regretté, symbole vivant de droiture et d’honneur, avait fait de Biarritz un de ses séjours de prédilection. 

Ce sont des jeunes gens, presque des enfants. L’un d’eux, retrouvé ce matin sur la plage, compte à peine dix-sept ans. Les papiers trouvés sur l'autre disent qu’il allait avoir ses vingt ans dans quelques jours, et avec eux, sur cette poitrine que la rage des vagues a rendu muette, reposait un portrait de jeune fille de là-bas, une sœur, une fiancée peut-être, qui pleure aujourd'hui l'être chéri qui ne reviendra plus, après avoir peiné le dur labeur de l'Océan, s’asseoir de nouveau près du foyer familial ! 

Que leurs camarades, du moins, disent à ceux de leur pays qu’ils ont eu ici les plus belles funérailles, celles que toute une ville fait, avec le meilleur de son cœur, aux braves marins qui succombent dans l’accomplissement de leur devoir.

Compatriotes ou étrangers, les marins, que tout le peuple de Biarritz se fait un pieux devoir d'accompagner à leur dernière de meure, emportent avec eux la même sincère affliction. Ces hommes à qui nous sommes venus jeter un dernier adieu, ce sont des nôtres qui s'en vont ! 

Autour du modeste cercueil de ces marins, inconnus de nous tous, de ces enfants de lointains rivages qui, jamais, n'avalent passé au milieu de nous, tous nos cœurs se serrent de la même angoissante pitié, et les mêmes larmes de profonde émotion montent à nos yeux à tous ; comme aussi, pour disputer cette proie à la mort, pour ranimer un souffle dans cette poitrine inerte, combien de dévouements s’étalent associés dans le même élan d’ardente fraternité ! 

Dans ce déchaînement de catastrophes, quand un de nos semblables, quel qu'il soit, est en péril, la même petite flamme d’Humanité, qui, semblable à la lampe jamais éteinte du sanctuaire, veille au fond de tous les cœurs, jette alors une lumière plus vive et plus pure. Et chacun obéit à ce devoir naturel ; ni celui-ci ni celui-là en particulier, mais tous ensemble, unis dans un même élan d'instinctive solidarité, se jettent dans la mêlée, rivalisant pour reconquérir une existence, et s'ils ont été vaincus dans cette lutte généreuse, donnant encore en foule leur commisération attendrie et leurs larmes à celui qu'ils ont senti être de la même chair et du même sang. 

Repose en paix, Jon Johansohnn ; repose en paix, Harald Pearson. Petits marins du Nord, dormez votre dernier sommeil sous notre doux soleil du Midi. A défaut des parents restés bien loin de leurs chers disparus, toute une ville en deuil, vos frères de Biarritz, vous accompagne d'un dernier adieu ! 



pays basque autrefois naufrage tempête
16 DECEMBRE 1907 NAUFRAGE DU PADOSA BIARRITZ
PAYS BASQUE D'ANTAN


M. Blin, commissaire de marine à Bayonne, a pris ensuite la parole. 


"C'est au nom de l'indéfectible solidarité qui unit tous ceux qui par un lien quelconque appartiennent à la marine, que j’adresse un suprême adieu à ceux qui furent dans la nuit de samedi, les victimes des éléments déchaînés. Plus heureux cependant que leurs deux camarades, que la mer, cette grande mangeuse d'hommes, a jalousement conservé comme une rançon, ils pourront reposer au milieu d'une population de marins, comme eux, dont le dévouement, ainsi d’ailleurs que celui de ces admirables personnes qui ont à un titre quelconque secouru avec tant d'empressement les survivants du naufrage. a été ce qu'il devait, ce qu’il pouvait être. 

Que tous soient hautement remerciés. 

Au jour où, chez nous, on visite les morts, ils s’arrêteront devant leur tombe ; ils y laisseront tomber un souvenir ému, et la terre de l’exil, devenue une terre amie, leur sera plus légère. 

En exprimant aussi à la municipalité de Biarritz tous mes remerciements pour ses bons offices en cette triste occurrence, et en adressant le témoignage de ma profonde et douloureuse sympathie à M. le Consul général de Suède, et aux survivants du drame inexorable auquel nous avons assisté, le cœur angoissé de notre impuissance à les mieux secourir, je ne saurais oublier les familles qui attendent là-bas dans de lointains villages, le retour de ceux qui ne doivent plus revenir ! 

Notre présence autour de ces deux cercueils marque, mieux que je ne saurais le dire, combien nous prenons part au deuil si cruel qui les frappe : pour tous les marins, en effet, qui constituent une seule et même famille, le malheur qui atteint les uns cause le deuil de tous". 



pays basque autrefois naufrage tempête
14 DECEMBRE 1907 NAUFRAGE DU PADOSA BIARRITZ
PAYS BASQUE D'ANTAN


M. le Consul de Suède à Bordeaux, délégué officiellement par son gouvernement aux obsèques de ses malheureux compatriotes, a adressé, en termes chaleureux, à travers lesquels perçait une émotion intense, ses remerciements à la municipalité de Biarritz, à sa vaillante population, pour le dévouement témoigné aux marins du "Padosa", et pour la sollicitude touchante dont ils ont été entourés. 



M. Johnston, révérend de l’Eglise St-André de Biarritz, a dit quelques prières en anglais, après quoi on a procédé à la levée des deux cercueils. Sur chacun d’eux, avaient été placées de magnifiques gerbes de fleurs, offertes par des amis et par les marins de Biarritz ; le capitaine du "Padosa" en avait déposé une, lis et roses blanches, en son nom personnel et au nom de ses marins. 


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16 DECEMBRE 1907 NAUFRAGE DU PADOSA BIARRITZ
PAYS BASQUE D'ANTAN

La Ville de Biarritz avait fait déposer sur la tombe une magnifique couronne aux couleurs françaises et suédoises. 



Remarqué celle de M. le Consul de Suède et de M. le docteur suédois Axel Bjorkegren. 



C'est au milieu d’un profond recueillement que les deux corps ont été descendus dans la même fosse. Le pasteur, M. Monod, a récité les dernières prières, cependant qu’une main de femme inconnue est venue religieusement jeter avec un dernier regard, sur les deux cercueils, une magnifique gerbe de fleurs. 



A la fin de la cérémonie, la foule s’est écoulée lentement, non sans avoir tenu à serrer la main des vaillants survivants du "Padosa", profondément touchés et émus de tant de sympathie. 



Touchante entrevue. 



L’équipage du "Padosa" ayant fait manifester, mercredi matin, dans une lettre adressée à M. le Maire de Biarritz, le désir de remercier avant leur départ pour la Suède les vaillants marins et sauveteurs de Biarritz, ainsi que tous ceux de nos concitoyens qui leur ont donné tant de marques de sympathie. M. Forsans acquiesça très volontiers à leur demande et, dans l'après-midi du même jour, à cinq heures, à la Mairie, dans la salle du Conseil Municipal, se sont retrouvés les naufragés du "Padosa", les marins et sauveteurs biarrots et la Municipalité."



A suivre...


(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)





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