CARTES POSTALES , PHOTOS ET VIDEOS ANCIENNES DU PAYS BASQUE. Entre 1800 et 1980 environ.
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vendredi 28 mars 2025
dimanche 28 juillet 2024
LE NAUFRAGE DE "L'ÉMILE" AU PAYS BASQUE EN AVRIL 1897 (première partie)
LE NAUFRAGE DE "L'EMILE" EN 1897.
"L'Emile" est un brick 2 mats, du Havre, de 250 tonneaux de jauge, parti du Verdon le 26 mars 1897, à destination de Cayenne, en Guyane.
Voici ce que rapporta à son sujet La Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-Luz, le 7 avril
1897 :
"Le Naufrage de "l’Emile".
... Cependant, l’intrépide capitaine Jarnot ne se déconcerte pas. Il revient vers le brick et, sans mesurer la portée du péril où il s’expose lui-même, où il expose son équipage, il ordonne qu’on mette à la mer la baleinière.
Mais, déjà, l’équipage de l'Emile a mis à la mer le canot du bord. Sous un ciel d’encre, parmi les bourrasques, les grondements du vent, les paquets d’eau, la minuscule barque, portant les huit hommes, qui ont fait jusqu’au bout leur devoir, qui n’ont abandonné leur navire que quand il coulait sous eux, les entraînant à l’abîme, accoste le Boucau. Des amarres sont lancées. Un à un on hisse les hommes. Et quand ils sont enfin à bord, sauvés, on leur fait fête, on les restaure, on sèche leurs vêtements, on leur fait partager les couchettes de l'équipage.
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| STEAMER LE BOUCAU VERS 1900 PAYS BASQUE D'ANTAN |
Le Boucau, après avoir, toute la journée du dimanche tenu le large, est arrivé à Saint-Jean-de-Luz lundi matin à 9 heures et demie.
De là, l’équipage de l'Emile a été dirigé par le premier train sur Biarritz, où il est allé reconnaître les épaves du navire. Enfin, le train du B.-A.-B. de 3 heures l’a ramené à Bayonne, où M. le Commissaire de la marine a reçu le capitaine Philaut, le subrécargue Le Tallec, et entendu leurs premières déclarations.
La mer étant tombée au n° 6. le Boucau a pu lui-même entrer dans le port de Bayonne, lundi après-midi à 3 heures 10."
Voici d’autre part, le rapport officiel déposé par le capitaine du Boucau :
"Pris à Barry-Dock un plein et entier chargement de charbon à destination de Bayonne. Parti le 31 mars, à 5 heures du soir, beau temps, mer houleuse.
Le 1er avril, à 8 heures du matin, passé Longships, petite brise du Nord, mer très grosse de l’Ouest.
Le 3, à 4 heures 30 du soir, étant à mi-distance de Capbreton à l’entrée de l’Adour, me dirigeant sur l’entrée, j’aperçus un brick faisant route sur nous avec son pavillon en berne (ce brick était l'Emile, du Havre, allant de Bordeaux à Cayenne, avec un chargement de diverses marchandises) ; aussitôt je me dirigeai sur lui et demandai au capitaine ce qu’il désirait.
Le capitaine me répondit que son navire faisait beaucoup d’eau, et me demanda de le remorquer à Saint-Jean-de-Luz, ce que je m’empressai de faire immédiatement.
Après bien des difficultés, nous réussîmes à lui envoyer notre remorque aussière en manille de douze pouces, et, à 5 h. 30 du soir, je commençai à faire route pour Saint-Jean-de-Luz, ayant l'Emile à la remorque.
Mais, à la nuit, le vent fraîchit et la mer grossit, retardant beaucoup notre route, lorsque, à 9 h. 45, dans un grain, la remorque filée à toute touée, cassa dans notre chomard (je relevais alors le feu de Socoa au S.-O. et le feu de Biarritz à l’E.-N.-E.). Le temps à ce moment étant très mauvais, me voyant alors dans l’impossibilité de lui envoyer une autre remorque, par la force du temps et les parages où nous nous trouvions, je me tins en observation le plus près possible, lorsque un moment après je vis par le moyen d’un fanal que l’on nous montrait qu’un canot débordait du bord.
Je manœuvrai aussitôt de manière à accoster ce canot le plus vite possible, car le vent et la mer nous drossaient à la côte. Enfin, à 10 heures 30 du soir, tout le monde était à bord, et je pus faire route pour le large ; le temps était très noir et il ventait en tempête de l’Ouest.
Resté en cape jusqu’au 4 à minuit. Alors, le temps s’étant embelli, je fis route pour Saint-Jean-de-Luz, où je mouillai le 5, à 7 h. 30 du matin.
Le même jour, à 1 heure du soir, j'appareillai pour ma destination, où j’entrai a 4 heures du soir, sans avoir rien de nouveau à signaler."
A Biarritz, une foule considérable n’a cessé de visiter les côtes pendant les journées de dimanche, lundi et mardi.
Dimanche le spectacle de la mer furieuse et démontée était admirable, surtout, comme toujours, au rocher de la Vierge et tout alentour.
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| TEMPÊTE ROCHER DE LA VIERGE BIARRITZ PAYS BASQUE D'ANTAN |
Des épaves gisaient à la Grande Plage et sur divers points de la côte. La mer en charriait de tous côtés.
Mais, comme il est dit plus haut, c’est à la côte des basques, de l’établissement des Bains à la Milady que presque tous les débris du navire, les cordages, les ancres, les marchandises, de toute sorte étaient amoncelés.
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| THERMES SALINS DE BIARRITZ-BRISCOUS PAYS BASQUE D'ANTAN |
Les douaniers montaient la garde autour des épaves. On mit en lieu sur quelques barriques de vins fins, des sacs de bouchons et diverses autres denrées recueillies en bon état.
Une nuée de gamins et même quelques autres, en parcourant la plage, faisaient ample moisson de stéarine, de bougies plus ou moins endommagées, de boites de sardines à l’huile, etc.
Quand, lundi après midi, les naufragés de l'Emile sont venus visiter les épaves, la population leur a fait fête ; des dames bienfaisantes de la Colonie Etrangère les ont obligés à accepter quelques sommes d’argent pour fêter leur sauvetage.
Très émus de cette attention les braves marins n’ont pas voulu quitter Bayonne sans remercier la population. Le second maître, au nom de tous a adressé au Courrier de Bayonne, la lettre ci-dessous :
"Monsieur,
Permettez-moi d'emprunter la voie de votre journal pour vous prier d'insérer les lignes suivantes et remplir ainsi un devoir de profonde reconnaissance :
Le capitaine, le subrécargue et l'équipage du brick Emile remercient infiniment la population de Biarritz du cordial accueil dont ils ont été l'objet de sa part lorsqu’ils se sont rendus sur la côte pour reconnaître les épaves et les débris de leur malheureux navire. Ils emportent de cette journée un inoubliable souvenir.
A tous, et au nom de tous les marins de l’équipage de l'Emile, nos plus sincères sentiments de reconnaissance.
H. Le Tallec,
Port Navalo Arzon (Morbihan)"
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vendredi 28 juin 2024
LE NAUFRAGE DE "L'ÉMILE" AU PAYS BASQUE EN AVRIL 1897 (première partie)
LE NAUFRAGE DE "L'ÉMILE" EN 1897.
"L'Emile" est un brick 2 mats, du Havre, de 250 tonneaux de jauge, parti du Verdon le 26 mars 1897, à destination de Cayenne, en Guyane.
Voici ce que rapporta à son sujet La Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-Luz, le 7 avril
1897 :
"Le Naufrage de "l’Emile".
Nous empruntons à notre confrère le Courrier de Bayonne l’article très complet et très exact qu’il a publié sur ce naufrage :
"La nuit de samedi à dimanche a dépassé peut-être, comme violence d’ouragan et de tempête, les journées les plus terribles de décembre et de février derniers où l’Océan causa tant de ravages sur nos côtes. Une vive inquiétude régnait à Biarritz, car dans la journée plusieurs steamers qui étaient en haute mer se virent refuser l’entrée à Bayonne et c’est à cette circonstance que nous devons sans doute d’avoir à constater un sinistre, sans perte d'équipage.
En effet, vers 4 h. 1/2, un brick français courant au large mit son pavillon en berne et sa détresse fut signalée aux vapeurs qui se trouvaient dans son voisinage. Le steamer le Boucau, de la maison d’Orbigny, venant de Cardiff, se porta à son secours et parvint, après diverses tentatives, à le prendre à la remorque. Puis tous deux se dirigèrent vers St-Jean-de-Luz. A la tombée du jour on les vit encore par le travers de la côte des Basques. La navigation était devenue difficile, car la mer avait énormément grossi et s’était mise au diapason du vent. L’horizon qui parait d’habitude calme était sillonné par d’énormes lames. Puis la nuit tomba.
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| STEAMER LE BOUCAU VERS 1900 PAYS BASQUE D'ANTAN |
Les marins inquiets et les habitants des falaises vinrent, malgré la continuation de la tempête, sonder l’horizon. A l’aide de jumelles, on aperçut deux feux de position ; le navire était donc encore en vue de Biarritz et ni vent ni mer ne désarmaient. Il était impossible de se tenir debout sur la crête de la côte que devait-il en être au large, sur le flot mouvant et sur une surface où rien n’arrêtait la puissance de la rafale ?
Comme on avait peu dormi pendant cette rude nuit, ils étaient très nombreux les gens, qui, dimanche, au point du jour, se trouvaient sur le couronnement de la falaise, et alors on vit la plage couverte de débris et le navire avait disparu. Comme le fragment principal se trouvait près des rochers de la Goureppe, on supposa que le navire inconnu s’était brisé sur ce point ; puis, on découvrit que le mur de soutènement de la villa Heeren était ébréché et tout aux abords, des agrès, des caisses défoncées dont les bougies brisées s’éparpillaient sur la plage, des barriques de vins, de liqueurs, des biscuits, avec les adresses des expéditeurs, des tuyaux de plomb, des balles de foin et de bouchons, éparpillés au gré des flots.
Un bandeau de canot recueilli et portant l’inscription : Emile, Havre, apprit le nom du navire perdu. On sut par les renseignements du Véritas, que c’était un brick de 250 tonneaux de jauge, parti de Bordeaux pour Cayenne.
Qu’était devenu l’équipage ? La remorque s’était-elle rompue et l’équipage était-il encore à bord quand on voyait les fanaux allumés ? Certains estimaient que devant la violence de la tempête et devant l’impossibilité pour le Boucau de gagner un port de refuge, il avait renoncé à la remorque et embarqué l’équipage.
C’était là la supposition vraie.
Voici d’ailleurs ce qui s’était passé :
Le brick Emile, du Havre, avait quitté le Verdon le 26 mars à destination de Cayenne, avec 200 tonneaux de marchandises diverses. il portait à son bord huit hommes, y compris le capitaine Philaut, le subrécargue Le Tallec et le second Ancelin.
Dans la nuit du 28 au 29, à 60 milles environ, au large, il reçut un coup de vent. Il prit la cape tribord armures.
Le 30, le temps se mit tout à fait au mauvais. Dans la soirée la tempête se déchaîna avec une extrême violence. L'Emile continuait à naviguer sous voilure réduite. Un coup de vent emporta la voilure qui fut aussitôt remplacée.
A ce moment, le navire très fatigué, commençait à faire eau. Il fallut se mettre aux pompes. Ce fut, dès cet instant, une terrible lutte de cinq jours et de cinq nuits pour disputer à la mer la frêle coque et les huit existences humaines qu’elle portait. Pas une heure, pas une seconde de repos. A peine les hommes prenaient-ils le temps de manger. Quant à dormir, pendant les nuits, qui suivirent jusqu’au moment du sauvetage, il n’y fallut pas songer. Il est certain que si le secours s’était fait davantage attendre, l’équipage incapable de prolonger la résistance, se fut laissé couler avec le navire.
La cape cessa le 2 avril, quand l'Emile prit connaissance des côtes d’Espagne, il se trouvait à la hauteur de Passage. Le capitaine songea à chercher un refuge dans ce port afin d’étancher la voie d’eau et de réparer le gréement, qui avait beaucoup souffert de la tempête.
Malheureusement, la brise tombant, la mer redevenant grosse, l'Emile courait le danger d’être jeté à la côte. Il mit alors le cap sur St-Jean-de-Luz dans l’intention d’aller atterrir au Socoa.
Ce fut dans ces conjonctures que vint le surprendre le terrible coup de temps de vendredi. De plus en plus le navire s’emplissait. Les hommes ne quittaient pas les pompes, soutenus par l’énergie extraordinaire dont faisaient preuve également le capitaine Philaut, les seconds Le Tallec et Ancelin, des marins de belle et solide trempe, de ceux on peut dire, en donnant au terme toute sa force, qu’ils ont vraiment l’âme chevillée au corps.
Menacés d’être jetés à la cote, l'Emile se trouvait samedi par le travers de Biarritz quand vers 4 heures et demie, il aperçut le vapeur le Boucau, capitaine Jarnot, de la Rochelle, qui se disposait à franchir la Barre de l’Adour pour entrer à Bayonne.
C’était, enfin une chance de salut, la seule, la dernière ! on mit le cap sur le Boucau et le pavillon en berne. Le Boucau aperçut le signal de détresse. Il vira aussitôt de bord, se dirigeant sur l'Emile.
Une amarre fut lancée. L'Emile réussit à la prendre. D’infinies précautions durent être prises à bord du Boucau de crainte qu’elle ne cassât. Vers 10 heures, le timonier s’aperçut que le vapeur avait augmenté de vitesse. Les feux de l'Emile diminuaient. C’était signe que l’accident que l’on craignait s’était produit, que l’amarre avait cédé. C’était la perte de l'Emile."
A suivre...
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dimanche 5 mars 2023
SAINT-JEAN-DE-LUZ ET LES ASSAUTS DE LA MER EN LABOURD AU PAYS BASQUE AUTREFOIS
SAINT-JEAN-DE-LUZ ET LES ASSAUTS DE LA MER AUTREFOIS.
La baie de St-Jean-de-Luz a connu de nombreuses tempêtes tout au long de son histoire.
Voici ce que rapporta à ce sujet la Gazette de Bayonne, de Biarritz et du Pays basque, le 6 mars
1931 :
"Les conférences de Duconténia. La mer à l’assaut de St-Jean-de-Luz. Une page de l'histoire de cette station.
En nous parlant, dans la conférence qu’il vient de faite à Duconténia, des assauts de la mer contre Saint-Jean-de-Luz, M. Dop a traité un sujet d'autant plus intéressant que les vestiges subsistant encore sur la plage d’un quartier de Saint-Jean-de-Luz détruit, excitent la curiosité et que l'historique de cette destruction est une des pages tristes mais intéressantes à connaître de l'histoire de notre ville.
La mer, nous dit M. Dop, a fait autrefois la fortune de Saint-Jean-de-Luz comme elle y contribue aujourd'hui. Mais à une certaine époque, elle l’a jetée dans la misère avec une brusquerie féroce, et justement, au lendemain de ses jours les plus prospères.
Après nous avoir parlé de l'activité des Basques dans l’industrie de la pêche, d’abord pêche à la baleine sur nos côtes, puis au Spitzberg, en Irlande et au Groënland, enfin, pêche à la morue sur les bancs de Terre-Neuve, périodes coupées par la guerre de course, M. Dop nous décrit les attaques de la mer contre notre vieille ville. La puissance particulière de l’océan au fond du golfe de Gascogne était une menace permanente.
Sous Henri IV, l'idée de créer un port à Saint-Jean-de-Luz fut étudiée car son envoyé, le maréchal d’Ornano accompagné de l'ingénieur François Boucher, mais se réduisit à la création du port de Socoa.
Plus tard, l’idée fut reprise par Vauban, sous Louis XIV. Il vint à Saint-Jean-de-Luz en 1686 dans le but d’y créer un port militaire et commercial. Ce plan grandiose consistait à établir une rade sûre à l'aide de deux jetées seulement, partant l'une du promontoire de Sainte-Barbe, l'autre de la pointe de Socoa, ne laissant entre elles qu’un étroit passage.
| PLAN BAIE DE SAINT-JEAN-DE-LUZ PAYS BASQUE D'ANTAN |
L’exécution de ce plan fut contrariée par les guerres du dix-septième siècle.
En 1703 on décida la construction d’un mur de garantie devant la ville même. Les travaux commencés en 1706 furent terminés en 1708. Cette construction eut pour effet de rassurer les habitants, et la population descendue à 4 800 dans les premières années du dix-huitième siècle, remonta à 10 000 en 1730.
Vers cette époque, la fermeture de la barre qui se produisait de temps an temps, mais d’une façon irrégulière, devint un fait régulier annuel qui nécessitait la reconstruction des jetées démolies par la mer.
La grande catastrophe se produisit le 27 janvier 1749. Une tempête affreuse emporta le mur de garantie, démolit sept maisons et vingt enclos de jardins et fit évacuer cent quatre-vingts immeubles dont les fondations étaient attaquées. Le découragement envahit la population qui déserta en partie la ville. En 1755, le chiffre des habitants descendit à 3 367, tandis qu’à Ciboure ce chiffre tombait de 4 000 à 1 781.
La population réclama le secours des pouvoirs publics. Louis XV envoya l’ingénieur Touros. Celui-ci releva la digue, reconsolida ses fondations, et l’exhaussa. Malgré cela sous les assauts de l’océan, des brèches s’ouvraient, les vagues venaient battre les murs des maisons, déferler dans les rues, les jardins, et lécher le seuil des maisons les plus éloignées dans le quartier de la Barre.
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| PLAN DE LA CÖTE DEPUIS SAINT-JEAN-DE-LUZ JUSQU'A CAPBRETON PAR TOUROS 1734 |
En 1768, en particulier, les tempêtes remplissent les habitants de terreur.
En 1769 la mer eut raison du seuil de garantie construit deux ans auparavant.
Pour combattre efficacement l’avance de la mer, il fallait s’efforcer de briser son effort plus loin. En 1781 les projets furent étudiés par Brémontier et l’on commença très vite après la construction d'une jetée partant du promontoire de Sainte-Barbe. Une autre jetée partant de Socoa fut commencée en 1785.
Entre temps, l’hiver de 1782 avait été fatal à la ville. Le couvent des Ursulines situé près de la Barre fut abandonné. D’autres maisons furent détruites. Il fut alors question d’abandonner la ville à son triste sort et de la reconstruire sur les hauteurs, du côté Nord.
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| PORT DE SAINT-JEAN-DE-LUZ PAYS BASQUE D'ANTAN |
Cependant, en 1788, 180 mètres de jetée étaient construits du côté de Sainte-Barbe sur les 540 projetés, et tout autant du côté de Socoa, sur les 450 à exécuter. La Révolution interrompit les travaux. Pourtant, à l’abri de ces ouvrages inachevés, et tant qu’ils tinrent bon, Saint-Jean-de-Luz jouit pendant quelques années d’une sécurité relative. Mais en février 1811, nouveaux désastres.
L’estacade, construite en 1782, fut emportée au cours de deux affreuses tempêtes, en même temps que les jetées de Socoa et Sainte-Barbe subissaient d importantes avaries.
En 1819, Louis XVIII chargea l’ingénieur de Baudre de nouveaux travaux de protection sur la plage même. Ces travaux, malgré leur importance, furent balayés par les tempêtes de 1922 qui durèrent huit jours.
Les maisons qui subsistaient encore sur la plage en 1831 du côté de la Barre furent abandonnées à la fureur de l’Océan, et, sous le règne de Louis Philippe, les laissant en dehors de toute défense, on construisit le seuil de garantie actuel, dans la partie qui va de la Barre à l’hôtel d’Angleterre.
Désormais la part de l’océan était faite, mais le bilan des ruines était formidable. Dans le quartier de la Barre le nombre des rues parallèles à la Barre était réduit de sept à deux. Depuis 1770, cent cinquante propriétés avaient été englouties. De son côté Ciboure avait perdu tout un quartier, qui s’étalait entre l’embouchure de la Nivelle et la route actuelle du Socoa.
Le commerce, autrefois si florissant, n’existait plus. La pêche côtière seule donnait encore quelques ressources et alimentait une petite industrie de salaisons.
La confiance ébranlée des habitants ne revint qu’avec la visite que fit à notre ville l’empereur Napoléon III en 1854. Les études commencèrent aussitôt. En octobre 1863 un décret prescrivit la construction de la digue du Socoa, et, en mai 1867, un autre décret ordonna celle de l’Artha. La jetée de Sainte-Barbe ne fut entreprise qu’en 1875.
C’était la clôture de la lutte de Saint-Jean-de-Luz contre l'océan. En 1873 le seuil de garantie fut prolongé à partir de l'hôtel d'Angleterre, puis quelques années après du côté de Sainte-Barbe, pour former le seuil de garantie actuel. Ici finit la tragique histoire de notre cité, et commence l'ère de prospérité que devait lui donner son doux climat et sa riante situation entre mer et montagne. Nous devons de chaleureux remerciements à M. Dop qui a reconstitué pour nous ces pages de l’histoire de notre vieille ville. Le tableau qu’il nous en a donné est le fruit de ses patientes recherches, et cette conférence affirme une fois de plus, grâce à lui, l’utilité et le charme des réunions hebdomadaires de la Maison du Souvenir.
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| PLAGE ET HÔTEL D'ANGLETERRE SAINT-JEAN-DE-LUZ PAYS BASQUE D'ANTAN |
Nous ne devons pas oublier de mentionner avec le conférencier que c’est à Saint-Jean-de-Luz que se fit le premier essai pour la construction des digues, de blocs factices, fabriqués alors dans le port et sur la plage, et transportés sur l’eau par des flotteurs pour être immergés au point voulu. L’emploi s’en est généralisé depuis, mais nous pouvons revendiquer la priorité dans l’emploi.
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| PORT DE SOCOA 1901 PAYS BASQUE D'ANTAN |
Nous nous réservons de parler demain du gracieux intermède qui a suivi la conférence de M. Dop."
(Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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vendredi 9 septembre 2022
LES INONDATIONS EN SOULE AU PAYS BASQUE EN OCTOBRE 1937
LES INONDATIONS DE 1937.
Tout au long de l'Histoire, plusieurs crues historiques ont touché le Pays Basque, en particulier la Soule et la Basse-Navarre.
Je vous ai déjà parlé des crues de 1879, de 1895 et de 1913.
Voici ce que rapporta au sujet des inondations de 1937 le journal La Dépêche, le 5 octobre 1937,
sous la plume de Naychent :
"Des inondations ravagent le Pays Basque.
Dans la région de Mauléon et de Tardets, les gaves emportent ponts, routes, maisons et récoltes.
Pau, 4 octobre. — Dimanche, vers 19 heures, une crue du Saison, à la jonction des deux gaves, vers Tardets, se déclarait soudain avec une rapidité et une violence inouïes. Une heure plus tard, le gave ne fut plus qu'un torrent immense et furieux, dévastant tout sur son passage. Une trombe dévalant de la montagne où les eaux de pluie s'étaient accumulées avait provoqué le sinistre.
Le pont de la route de Larrau fut en partie détruit et deux maisons durent être évacuées en toute hâte dans le village de Licq-Atherey, déjà. si éprouvé il y a un a, par un incendie. Une maison et une grange ne résistèrent pas à la poussée des eaux, mais, fort heureusement, il n'y eut pas de victimes.
Le pont voûté du village a. été emporté ainsi que la passerelle de Laguenge, à Ados. Une maison envahie par le flot a dû être évacuée et dans beaucoup d'autres les habitants se sont réfugiés au premier étage ou dans les greniers.
A Haux. trois ponts sur quatre ont été détruits.
Partout c'est un spectacle de désolation. Les routes sont coupées et la plupart des communications interrompues. Sur de grandes étendues les champs sont ravinés. Toute cette belle vallée a terriblement souffert.
Le gave, après avoir exercé ses ravages, qui se chiffrent par des pertes considérables, a baissé de 6 mètres ce matin entre 2 et 7 heures.
A Mauléon le maximum était atteint à 1 heure du matin avec 9 mètres. Dans cette ville industrielle les dégâts sont également très importants. Les usines riveraines ont été inondées et des stocks de marchandises abîmés. Deux voitures automobiles ont disparu emportées par la masse liquide.
La décrue a commencé à se faire sentir vers 6 heures et, une heure plus tard, les eaux avaient baissé de plus de 6 mètres. La soudaineté du sinistre s'est donc fait sentir dans toute la vallée.
M. Maurice Mathieu, préfet des Basses-Pyrénées, accompagné du sous-préfet d'Oloron, s'est rendu sur les lieux où se trouvent déjà le capitaine et le lieutenant de gendarmerie.
Les secours s'organisent pour venir en aide aux sinistrés.
Un mort, plus d'un million de dégâts.
Mauléon. 4 octobre. — Une trombe d'eau d'une violence extrême s'est abattue hier dimanche 3 octobre sur toute la vallée : Licq-Tardets-Mauléon. La pluie n'ayant cessé de tomber durant toute la journée, le niveau du gave de Mauléon, le Saison, montait normalement, mais dans la soirée une véritable trombe s'est abattue, interrompant la circulation et occasionnant de graves dégâts.
Brusquement, vers 23 heures, le niveau du Saison montait à plus de 4 mètres et dépassait le pont de la rue Pasteur. Le gave inondait les caves des Galeries Modernes, les maisons et la fabrique d'espadrilles situées en bordure.
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| GALERIES MODERNES MAULEON PAYS BASQUE D'ANTAN |
Malgré le dévouement des pompiers et de la population mauléonaise accourue à l'appel du tocsin, ceux-ci n'ont réussi qu'en partie à circonscrire le fléau. Des maisons, des ponts ont été emportés sous les yeux impuissants des sauveteurs.
On déplore un mort et des dégâts s'élevant à plus d'un million de francs pour la région de Mauléon seulement.
Les dégâts sont considérables.
Tardets, 4 octobre. — Nous avons signalé plus haut les inondations qui ont ravagé dimanche soir la région de Mauléon et de Tardets.
Une visite que nous venons de faire sur les lieux confirme, hélas ! tous ces navrants détails, auxquels il faut ajouter la perte d'une vie humaine.
Nous avons sous les yeux un bien triste spectacle. Dans le décor des montagnes encapuchonnées de brume, sous la pluie fine qui tombe sans arrêt, la vallée du Saison est bouleversée, ravinée.
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| BORDS DU SAISON MAULEON PAYS BASQUE D'ANTAN |
Le gave, ayant emporté dans sa course folle la plupart des ponts, roule des eaux limoneuses et gronde sourdement parmi les pierres et les arbres déracinés.
Déjà, avant de pénétrer en Pays basque, les vallées béarnaises nous avaient préparé au tableau.
A Féas, "le Vert" qui, il y a quelques jours encore, n'était qu'un mince filet d'eau glissant sur les cailloux, se déchaînait. Rempli d'eau jusqu'au haut du talus, les chemins qui longent son lit ressemblent à autant de canaux.
A Aramits et au bas de la côte de Lannes, on trouve sur la route les traces récentes du passage du flot, mais tout cela est insignifiant à côté du désastre qui maintenant s'étend devant nous vers Tardets jusqu'au delà de Licq-Atherey et vers Mauléon.
Le dévouement de la gendarmerie.
"Il était 19 heures, nous dit le brigadier de la gendarmerie de , lorsque nos collègues de Licq nous informèrent que les maisons Bordacha et Elgohyen étaient envahies par les eaux.
Nous essayâmes de gagner aussitôt le village qui, vous le savez, est distant de 6 kilomètres, mais la route était coupée.
Ayant de l'eau jusqu'à la poitrine, nous ne pouvions passer, le courant rendant d'ailleurs nos efforts inutiles. Nous devions cependant réussit à entrer à Licq en empruntant les sentiers de montagne."
Poursuivant son récit, le brigadier nous fait part des difficultés que ses hommes et lui connurent à leur retour.
A Bourg-d'Adense, l'eau, à 22 heures, atteignait 1 m. 50 et la tâche n'était pourtant pas terminée, puisque à Alos leur présence était nécessaire pour porter secours à deux familles sinistrées : les familles Capdeville et Baratçabal. Par des chemins détournés ils finirent par atteindre l'école libre située en face de la maison Baratçabal où s'étaient réfugiés les voisins dont l'immeuble avait été le premier envahi par les eaux. Dans la cour transformée en un lac sillonné par des courants dangereux, les gendarmes avancent vers la maison. Mais ils ne peuvent y parvenir. Il y a trop d'eau !
Ils conseillèrent alors aux sinistrés de se réfugier au premier étage et déjà le torrent limoneux battait les murs, ravinait les champs.
A minuit 45 le pont d'Alos était emporté. Un peu plus tard ce fut le commencement de la décrue. A 4 heures, le Gave avait à peu près regagné son lit.
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| PONT D'ALOS SOULE PAYS BASQUE D'ANTAN |
Les pertes aux usines.
La fabrique de draps de M. Constantin, à Alos, a subi des dégâts qui seraient évalués à 50 000 francs, mais ce sont surtout les usines riveraines du gave, à Mauléon, qui ont le plus souffert.
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| USINE ELECTRIQUE BALLAGORRY MAULEON PATS BASQUE D'ANTAN |
Les fabriques de sandales de MM. Bessouat et Cherbéro sont particulièrement éprouvées. Ce soir encore, des marchandises se trouvent sous les eaux.
La crue a causé bien d'autres dégâts dans cette ville en raison même de sa soudaineté.
Dans le garage de M. Larrat, épicier en gros, deux voitures neuves ont été emportées par les eaux, ainsi que six fûts d'essence. D'autres voitures bloquées contre les murs sont très endommagées.
Enfin, on craint que les dégâts causés aux usines n'entraînent un chômage a assez prolongé.
Les ponts détruits.
Contrairement à ce qu'on avait tout d'abord annoncé par suite d'une confusion inexplicable, le pont voûté du village de Licq-Atherey a résisté à la poussée brutale des eaux.
C'est le pont de l'agglomération d'Atherey qui a été emporté. Il n'en reste plus rien et on ne dirait certes pas qu'il y avait un ouvrage d'art à cet endroit. La passerelle de Lalingue a été également détruite, ainsi que le pont de l'Arrau et celui de la Jonction, près de l'usine de Sainte-Engrace.
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| PONT DE JONCTION DES EAUX SOULE PAYS BASQUE D'ANTAN |
Pendant toute la matinée d'aujourd'hui de vives inquiétudes s'étaient manifestées au sujet de la disparition d'un jeune homme de Licq, M. Uthurrart, dont la bicyclette avait été retrouvée sur la route. fort heureusement, il est rentré sain et sauf.
Des maisons effondrées.
Plusieurs maisons se sont effondrées, devant l'attaque du flot envahisseur. A Licq-Atherey, que nous n'avons pu atteindre tout à fait par suite des eaux qui, à 100 mètres du village, recouvrent la route, une maison et deux granges ont été détruites. Une de ces dernières contenait encore tout le bétail qui n'a pu être sauvé.
Une femme noyée à Mauléon.
A Mauléon une pensionnaire de l'hospice, âgée de 84 ans, surprise par la crue, a été noyée. C'est la seule perte de vie humaine qui soit à déplorer.
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| HOSPICE ST-LOUIS MAULEON PAYS BASQUE D'ANTAN |
Plusieurs millions de dégâts.
Les dégâts causés par cette inondation sans précédent dans cette région sont difficiles à fixer mais ils peuvent être évalués à plusieurs millions.
Cet après-midi, nous avons rencontré devant Licq-Atterey M. Fels, sous-préfet d'Oloron et le capitaine de gendarmerie Orliange.
M. Blanchet, ingénieur en chef des ponts et chaussées et deux de ses collaborateurs sont également sur les lieux où ils s'efforcent de rétablir partout les communications.
M. Bouchet, maire de Licq-Atherey a appelé l'attention des pouvoirs publics sur la détresse de plusieurs ménages de sa commune qui ont perdu tous leurs biens dans ce sinistre.
Quand nous quittons la vallée du Saison ce soir, le ciel demeure gris et bas et de la montagne dévalent encore quelques cascades.
Une autre crue ne semble pas à redouter. Le gave a regagné son lit mais la misère s'est installée partout où il est passé.
Les Basques, graves sur le seuil de leurs portes, regardent les gros nuages masquant les sommets des montagnes.
Sur la route, l'auto qui nous ramène à Pau soulève à chaque instant des gerbes d'eau. Plus loin vers la vallée de Baretous s'effacent déjà peu à peu les traces de l'inondation.
Le bilan des pertes à Licq-Atherey.
Pour le village de Licq-Atherey, la liste des pertes s'établirait comme suit : MM. Hagolle, une maison en partie détruite ; Larraus, une grange démolie ; Haristoy, une grange et vingt moutons perdus ; Arthex, une maison et une grange détruites ; Lestarpé, une maison et une grange détruites, du bétail perdu ; Etchecopar, une maison et deux granges détruites ; Elissalt, une maison détruite ; Hiriart et Etchebarne, une maison en partie démolie.
Trois kilomètres de routes traversant la commune ont été ravagés par le flot. Enfin, beaucoup de petits propriétaires ont eu leurs champs abimés et la récolte perdue.
MM. Arthex, Etchecopar et Elissalt avaient été déjà sinistrés lors de l'incendie qui, il y a un an, faillit détruire tout le village.
Ce soir, le total des ponts emportés par l'inondation était fixé à quinze, dont près de la moitié dans le parcours de Tardets à Sainte-Engrace."
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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