dimanche 31 décembre 2017

LE PELOTARI "YATS" D'HASPARREN EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1932


LE PELOTARI "YATS" D'HASPARREN.


Le Pays Basque, des deux côtés de la frontière, a connu de très nombreux joueurs de pelote et certains d'exception.

pays basque autrefois
YATS PELOTARI HASPARREN - HAZPARNE
PAYS BASQUE D'ANTAN

Dans des articles précédents, je vous ai parlé, par exemple de la pelote Basque en 1900, de 

Chiquito de Cambo dans les tranchées, de pelote et soka tira aux Jeux Olympiques de 1900, de 

Léon Dongaitz, des pelotaris Théodore et Pampo, de la Cesta Punta aux Usa, du Kapito Harri  

d'Ustaritz, des pelotaris d'Hasparren en 1932, du jubilé de Chiquito de Cambo en 1938, de 

Chilhar, de la pelote aux Jeux Olympiques de 1924, de Pierre Etchebaster champion  de jeu de 

Paume, de Perkain, du rebot en 1932, voici donc aujourd'hui un article sur "Yats" le pelotari 

d'Hasparren.


Voici ce que rapporte sur lui, le journal Match du 9 août 1932 :

"Au royaume de la pelote Basque.

Chilhar! Yats!... 

Deux noms qui, il y a cinquante ans, firent passer un grand souffle d'espérance à travers l'Eskual-Herria, lorsque, pour les premières fois, ils circulèrent de place en place; deux noms qui, pendant trente ans et plus, tinrent " la grande vedette", après la mort du prestigieux Gaskoïna; deux noms, enfin, qui n'ont pas subi et qui ne subiront jamais d'éclipse : leur gloire, au contraire, ne cesse de grandir au fur et à mesure que de nouvelles générations de pelotaris lèvent sur le sol basque. La Fédération Française, qui a déjà fixé les traits du premier dans la pierre d'Espelette, se prépare à perpétuer le souvenir du second dans cette cité de Hasparren fière de lui, comme elle le fut de Gaskoïna, comme elle l'est encore d'une pléiade étonnamment riche de joueurs de grande classe.


J'ai retracé la carrière de Chilhar. Je veux, aujourd'hui, faire revivre ce Yats qui fut son ami. Une des dernières visites que reçut le vieux pelotari de Hasparren déjà alité, fut, en effet, celle du vétéran d'Espelette qui — détail touchant— tint à prendre son repas à une petite table dressée tout contre le lit de Yats... Et les deux compagnons de gloire, rivaux, certes, mais loyaux camarades, en bons Basques qu'ils étaient, se perdirent alors en longues confidences, en souvenirs des frontons ensoleillés où s'étaient écoulées les plus belles heures de leur jeunesse et de leur âge mûr...


Nous nous sommes forgés — très justement d'ailleurs — un type exemplaire de l'athlète et particulièrement du pelotari : élancé, pas trop étoffé, à la ceinture étroite, aux reins souples. Et il faut reconnaître que beaucoup de champions ont répondu et répondent encore à ce signalement ; la peinture, la statuaire ne peuvent, évidemment, exploiter que celui-là. 


Mais il est des exceptions à cette règle dans l'histoire de la Pelote Basque : Tripero ne dut-il pas son surnom à son obésité! Yats, lui, battit sans nul doute tous les records du poids chez un joueur de pelote, sans que sa silhouette ait, du reste, jamais paru grotesque, car si ses jambes étaient relativement faibles, son buste formidable, sa belle tête romaine et sa taille élevée constituaient un ensemble vraiment imposant. Et puis, lorsqu'il était sur la place, toute considération d'esthétique passait au second plan, tant sa sûreté, son adresse et, surtout, la prodigieuse puissance de son poignet forçaient l'admiration. 


Pour en finir avec cette question de la corpulence de Yats et en donner, du même coup, une idée exacte, je dirai que le célèbre joueur haspandar pesait 140 kilogs à l'apogée de sa forme sportive.


"Yats", on le devine, n'était qu'un surnom qui lui fut donné dès sa première partie officielle, jouée à Cambo, et où il balaya — "yatza" — littéralement ses adversaires.


Son nom était Jean Sabalo, et il naquit à Hasparren le 27 novembre 1859, un mois, environ, après la mort du célèbre Gaskoïna. Il avait à peine 7 ans, que ses dispositions extraordinaires pour la pelote se laissaient déjà deviner : le petit Jean manquait souvent l'école, ou, tout au moins, ses retards étaient fréquents, car tout pan de mur rencontré sur sa route lui était prétexte à quelques dizaines de points...


Vers sa treizième année, Jean Sabalo connut les affres de la jalousie. Quelques-uns de ses petits camarades, plus fortunés que lui, possédaient, en effet, des chisteras bien tressés et tout neufs. Il s'en fut donc trouver un "saskieguile", confectionneur de paniers; et lui confiant son maigre avoir, il se fit fabriquer un chistera rudimentaire. Sitôt l'engin en mains, il défia... et défit successivement tous les camarades de son âge — et même plus âgés — qui voulurent opposer leur chistera de luxe à son rustique gant d'osier. Entre temps, le vieux trinquet et la place de Hasparren le voyaient jouer à mains nues avec un égal brio. Un beau jour — Jean Sabalo avait alors 16 ans — le fameux Halty, de Cambo, boucher de son état et joueur de pelote en grand renom, le vit à l'oeuvre et l'engagea — oh! pas à prix d'or! — pour jouer le dimanche suivant une partie de rebot. 


PAYS BASQUE AVANT
REBOT HASPARREN - HAZPARNE
PAYS BASQUE D'ANTAN

Le jeune homme partit à pied le matin du match et il fut incorporé dans une équipe composée des deux frères Halty, de Domingo Larralde et du buteur Hardoy. Deux joueurs d'Espelette et trois de Sare composaient le camp adverse. La lutte fut formidable. Jean Sabalo contribua largement à la victoire de son camp, fut baptisé Yats... et s'en retourna le soir même — toujours à pied — à Hasparren.


Dès lors, sa carrière devait se poursuivre sans interruption comme sans défaillance. Sur les frontons de France comme sur ceux d Espagne, il ne se joua guère de partie de rabot où Yats ne figurât dans le camp des vainqueurs.


Le moment est venu de caractériser la "manière" de ce joueur. J'ai déjà signalé l'extraordinaire force de son poignet. On peut dire que rien ne bougeait, chez Yats, lorsqu'il "refilait" la pelote, pas même l'avant-bras : seul, le poignet, suffisait à renvoyer la balle à une distance fantastique. Un trait authentique donnera une idée de cette force prodigieuse. Un jour, à Sare, Yats, appuyé contre le mur de la place, achevait de lacer son gant lorsqu'une pelote lui arriva par surprise. Sans bouger d'un pouce, sans une préparation quelconque, du seul mouvement de son poignet, il renvoya cette balle au fond de la place, à quelque 120 mètres! 


La photographie ci-jointe de Yats à 55 ans reproduit exactement cette attitude caractéristique du fameux joueur haspandar.


pays basque autrefois
YATS A 55 ANS
PAYS BASQUE D'ANTAN

Voici, d'ailleurs, comment s'exprimait, à ce sujet, un de ses amis au lendemain de sa mort: "Larrondo avait sa souplesse élégante, Chilhar son adresse à placer les balles, Domingo Larraldia, de l'arrière, ses coups énormes à bras tendu, Yats avait, lui, une rapide et infaillible accommodation de l'oeil.


Quand il était à l'arrière, au fond de la place, sitôt la balle dans le gant du refileur et au seul geste de celui-ci, Yats allait se placer sans hâte à l'endroit où la balle devait retomber, et si exactement qu'il la recevait à l'extrémité du chistera.


Mais le plus surprenant était ceci : ayant reçu cette balle lancée de si loin et avec une telle force, il la touchait à peine, et la renvoyait instantanément, tantôt en une courbe magnifique, tantôt en ligne presque horizontale. 


Et cette ligne, courbe ou horizontale, n'était pas pure. Elle était festonnée. La balle semblait, dans sa trajectoire, voler, s'arrêter, repartir, comme par élans successifs, tant elle avait en elle de force accumulée et qu'elle dégageait en palpitant."


Cette image n'a pas seulement le mérite d'être fort belle : elle est de plus très juste, car il arrive, surtout dans les parties de rebot, que la balle lancée avec un certain effet paraît modifier sa course et voler, pour ainsi dire, par saccades, à la manière de certains oiseaux. 


Chez Yats, le fameux coup de poignet, dont j'ai déjà parlé, était pour beaucoup dans cette allure donnée à la pelote. Dans l'article que je viens de citer, je trouve encore ce détail fort intéressant : "Yats attachait son chistera juste au-dessous du pouce de la main droite, laissant le poignet absolument libre. Au delà, tout le bras lui envoyait sa force que le poignet dirigeait avec une singulière précision."


Et encore ce trait sur l'origine de son surnom : "C'est quand Yats envoyait sa balle par le bas (azpiz), foudroyante, irrésistible à la raie, écrasée, que le public s'exaltait d'enthousiasme en ce cri resté célèbre :"Emak hor, ratsa debrua! Vas-y donc, diable de balai!"


I1 faut évidemment renoncer à retracer, même à grands traits, la carrière sportive d'un joueur tel que Yats qui, je l'ai dit, fut sur la brèche pendant 30 ans. On peut, tout au plus, rappeler quelques parties mémorables. Outre celle de Cambo, qui lui valut son surnom, je citerai celle qu'il joua à 27 ans avec Berterretche, les frères Larronde et Chilhar contre cinq Espagnols, dont le célèbre Manchot de Villabona, et les frères Velliqui. L'enjeu — très important pour l'époque — était de 2 000 francs. 


pays basque 1900
HASPARREN -HAZPARNE
PAYS BASQUE D'ANTAN

Yats trouva le moyen de tenir à lui seul les rôles de refileur et de première main et assura le gain de la partie par 13 jeux à 9.


Quelque temps après, à Irun, il lutta contre les représentants de Saint-Sébastien, en compagnie de Chilhar, Berterretche et Rotario d'Irun. La partie, gagnée encore grâce à Yats, commença à 10 heures, se termina à 3 heures de l'après-midi et ne compta pas moins de 28 jeux! Par cette performance extraordinaire, on peut se rendre compte des qualités athlétiques dont Yats et ses camarades étaient doués!


Il nous faut, pour être un mémorialiste complet, rappeler en terminant quelques-unes des qualités morales de celui qui ne fut pas seulement un pelotari célèbre, mais un Basque très racé.


Son attitude sur la place était vraiment noble : jamais de contestation, jamais de chicane. Il luttait de toutes ses forces pour le gain de la victoire, non pour celui du cachet ou du pari : c'était le "plaza-guizon", le seigneur de la place, dans toute la belle acception du terme.


Lorsqu'il eut déposé le gant, il assuma, avec sa femme et trois de ses filles, la direction de l'Hôtel de Hasparren qui portait son nom : la dignité de sa vie, autant que la majesté de son visage, imposaient à tous le respect.


La guerre devait lui porter un coup terrible. Ses deux fils — son orgueil — y furent tués et il eut, plus tard, à souffrir de l'ingratitude ou tout au moins de la négligence des hommes, trop enclins à oublier les disparus et ceux qui les pleurent!


Yats ne fit que languir depuis la mort de ses deux fils. "On le voyait souvent assis sur le pas de sa porte, fumant tristement sa pipe et ne songeant plus à ses triomphes d'autrefois. Le jour des Morts, au milieu de la foule qui environnait le Monument, sa haute taille dominait. Les jeunes gens regardaient avec respect ses yeux mouillés de larmes et ses lèvres tremblant dans la prière."


Il mourut très rapidement le 16 avril 1927, laissant à ses compatriotes un grand nom et un noble exemple.


Je n'aurai pas de peine à démontrer, dans mes prochaines chroniques, que Hasparren était hier et demeure aujourd'hui une "pépinière de pelotaris".


Si ses rejetons ont été nombreux et vigoureux, c'est qu'ils ont grandi à l'ombre de ces deux chênes : Gaskoïna et Yatsa."


Merci ami lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans ce 840ème article.


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