UNE EXCURSION À AHUSQUY EN 1853.
Depuis fort longtemps, on a attribué aux eaux minérales une action physiologique bénéfique, d'où l'utilisation séculaire de certaines d'entre elles.
Voici ce que rapporta à ce sujet, Ulysse Barberen, avocat :
"Une excursion aux eaux d'Ahunski (Pays Basque).
... C'en était fait de notre race et de son domaine séculaire sur le bois d'Iraty. — Déjà l'appât de salaires élevés avait assoupli plusieurs des nôtres à la vie sédentaire. — L'indépendance est rude et souvent l'on meurt de faim dans les bois ! — Bien nourris, bien vêtus, ils contrastaient parleur bonne mine, avec les baillons de ceux qui restaient fidèles à la vie errante et libre de nos pères.
Parmi les jeunes filles, surtout, plus accessibles aux séductions de la toilette et du bien-être, c'était à qui obtiendrait la faveur d'entrer en condition, chez les dames du château.
A la mort du vieux maitre, le château ne fut plus habité que par un seul de ses fils. — Les autres partirent, dit-on, pour ces grandes guerres, dont les échos, répétés jusque dans nos montagnes, se mêlent confusément à mes souvenirs de jeunesse.
D'un caractère sombre et d'une humeur violente, le nouveau maître, loin de suivre les traditions paternelles, traita les Bohémiens en ennemis.
Les meilleurs ouvriers le désertèrent, et bientôt allèrent s'éteignant par degrés, les mille bruits qui faisaient ressembler la forêt à une ruche d'abeilles.
Seuls, les bûcherons restèrent, ligués avec le maitre pour la destruction et la vente de tout le bois, jusqu'au dernier sapin, comme des oiseaux de proie qui s'acharnent sur un cadavre.
Cependant leur spéculation, mal conduite, ou dissipée d'avance, dans ses bénéfices, par le désordre et les débauches, n'empêchait pas la ruine d'envahir lentement le seuil du château.
Plus sombre et plus bizarre que jamais, le maître passait tout son temps à la chasse, s'y montrant d'une adresse telle, que je l'ai vu, souvent, tirer à balle les vautours rapides et les abattre à ses pieds.
De sangliers, il n'en est presque plus resté dans le bois d'Iraty, depuis son passage. — Son abord était terrible : nul n'osait l'affronter. — Sa seule joie était d'entendre gémir et tomber sous la hache vingt sapins à la fois, et son œil s'allumait alors d'un éclair de cupidité féroce, par l'espoir du gain qui devait rétablir sa fortune chancelante.
Ce ne fut plus une exploitation, mais un abattis général qui menaça de faire disparaître le dernier asyle déjà trop étroit de nos malheureuses tribus.
Un soir tous les hommes se réunirent pour tenir conseil.
"Enfans, dit le plus vieux, malheur aux aveugles qui réchauffent un serpent, au lieu de l'écraser sous leurs pieds ! malheur à nous qui nous sommes laissés fasciner par l'étranger ! Sa race est une race de vipères et la voilà qui nous dévore à belles dents !
Leur nid, dites-vous, est abrité par d'épaisses murailles ; mais quand on ne peut arriver jusqu'au renard, on l'enfume dans son terrier. — Encore quelques jours et le bois d'Iraty sera plus pelé que mon vieux crâne.
Adieu, dès-lors, le refuge protecteur des noirs fourrés de sapin ! Adieu la grotte inaccessible et les sentiers perdus dans les broussailles qui ne sont connus que des loups seuls et de nous adieu la liberté !
Encore si nous pouvions passer la grande eau... on dit que sur l'autre rive , il existe un monde plus vaste que la France et l'Espagne réunies... mais ici, nous sommes pris comme l'ours dans sa tanière, ou le lièvre dans son gite. — Il s'agit de savoir si nous fuirons comme des lièvres, ou si nous saurons nous retourner comme l'ours et faire face aux chasseurs.
Déjà, combien de transfuges parmi nous ? Combien qui sont descendus dans la plaine et ne rougissent pas d'y porter le double joug des propriétaires et des prêtres.
Nos filles, surtout, on les dirait ensorcelées par ces nouveaux venus... Tu devrais t'en souvenir, toi, Péthiry, dit-il, en se tournant vers moi. Cette belle Maïténa qui t'aimait autrefois, quel changement depuis son entrée au service des dames du château !
Et lorsque ces étrangères partirent, elle a mieux aimé les suivre que de revenir auprès de son fiancé.
"Ne m'en parlez pas, père, m'écriai-je, ne m'en parlez plus. Car je sentais à ce souvenir une rage mal éteinte me remonter au cœur."
Ce n'est pas oublier qu'il faut, mais se venger ! continua le vieillard d'une voix terrible.
— Ils font bonne garde et ils sont mieux armés que nous, observa l'un des assistants.
Donne moi ce briquet et cet amadou, dont tu viens d'allumer ta pipe, Manech, dit le vieillard, il n'est pas besoin d'autres armes, pourvu qu'il se trouve parmi nous un homme de cœur."
J'avais compris... et m'offris, le premier, pour aller explorer les environs du Château. Cinq camarades me suivirent à distance.
De peur de manquer ma vengeance, je rampais plutôt que je ne marchais, avec toutes les précautions d'un serpent qui se glisse sous l'herbe, et j'arrivai jusqu'aux pieds du mur où régnait le plus grand silence.
De sentinelles, nulle part ; tout semblait conspirer en notre faveur. — A peine eus-je franchi les murs que les bruits d'une immense orgie frappèrent nos oreilles. — Des lumières brillaient à toutes les fenêtres du Château, au choc des verres se mêlaient des chansons de buveurs.
Il me souvint alors que le maître avait promis un grand festin à ses bûcherons, pour les encourager dans leurs œuvres de destruction.
Leur travail avait été productif, comme le témoignaient les immenses pyramides de bois, de madriers, de planches accumulées dans les cours intérieures.
C'étaient les plus belles dépouilles de la forêt, sciées, alignées et empilées pour être vendues aux marchands de Bayonne et de St-Sébastien. — Il semblait que ces hêtres dépecés, ces sapins mutilés s'étaient rangés d'eux-mêmes autour du repaire de nos ennemis communs, pour leur faire un bucher gigantesque et nous permettre de les étouffer dans un cercle de feu.
Mes camarades m'avaient rejoint : Sans perdre de temps, des branches sèches sont emmenées auprès de chaque pile de bois et contre les portes même du Château.
L'orgie couvrait tout de ses clameurs... de temps à autre des figures avinées passaient, en chancelant, derrière les vitres ; point de précautions extérieures, personne qui fut en état d'en prendre. — Les chiens eux-mêmes, oubliant de faire leur ronde, avaient été attirés dans les cuisines par l'odeur du festin.
L'incendie est allumé sur six points à la fois. — Il s'avance avec un pétillement sinistre, semblable au milieu des ténèbres, à un torrent qui roulerait des vagues de feu. Tout a coup, un cri terrible ébranle les voutes du Château. Au feu ! au feu !
La foudre, ni l'avalanche ne sont rien auprès de ce cri, qui jamais ne sortira de ma mémoire.
Ils étaient là, plus de cinquante hommes, courant éperdus parmi les flammes et la fumée, avec les rugissemens de démons au milieu de l'enfer.
La tribu entière était accourue pour jouir du spectacle et savourer sa vengeance, prête à repousser dans ce cercle de mort ceux qui seraient parvenus à le franchir.
Mais pas un seul ne se sauva !...
N'était-ce pas notre droit, dit le vieillard, en se tournant vers nous ? Le Bohémien fait comme le chien qui lèche la main de son bienfaiteur, mais déchire à belles dents son ennemi.
L'arrivée des fils de Péthiry nous dispensa de toute réponse.
Ils ramenaient avec eux leurs femmes et leurs enfants, avec ce qu'ils avaient pu sauver dans le partage, ou plutôt dans le pillage du camp.
— Le feu avait éclaté dans la tour restée debout de l'ancien château où s'était retiré Boulharliandi avec Guéréchina. — Péthiry avait deviné juste, c'était bien Johanné qui s'était caché dans les environs pour se ménager une vengeance éclatante.
On disait qu'à la faveur de l'incendie, il avait pénétré jusqu'à la tour et enlevé Guéréchina, complice de son projet : — Boulharhandi seul, avait péri dans les flammes ; mais la plus grande confusion régnait dans le camp, et l'on ne savait ce qu'étaient devenus les amants fugitifs.
Cependant, il ne nous restait plus, jusqu'à l'aube, qu'environ deux heures de nuit, juste le temps d'atteindre au sommet d'Orhi, avant le lever du soleil.
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| PIC D'ORHY SOULE PAYS BASQUE D'ANTAN |





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