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jeudi 1 octobre 2026

UNE EXCURSION AUX EAUX D'AHUSQUY À AUSSURUCQ EN SOULE AU PAYS BASQUE EN 1853 (sixième et dernière partie)

 

UNE EXCURSION À AHUSQUY EN 1853.


Depuis fort longtemps, on a attribué aux eaux minérales une action physiologique bénéfique, d'où l'utilisation séculaire de certaines d'entre elles.



pays basque autrefois soule source
LA SOURCE D'AHUSQUY
PAYS BASQUE D'ANTAN

Voici ce que rapporta à ce sujet, Ulysse Barberen, avocat :



"Une excursion aux eaux d'Ahunski (Pays Basque).



... C'en était fait de notre race et de son domaine séculaire sur le bois d'Iraty. — Déjà l'appât de salaires élevés avait assoupli plusieurs des nôtres à la vie sédentaire. — L'indépendance est rude et souvent l'on meurt de faim dans les bois ! — Bien nourris, bien vêtus, ils contrastaient parleur bonne mine, avec les baillons de ceux qui restaient fidèles à la vie errante et libre de nos pères.



Parmi les jeunes filles, surtout, plus accessibles aux séductions de la toilette et du bien-être, c'était à qui obtiendrait la faveur d'entrer en condition, chez les dames du château.



A la mort du vieux maitre, le château ne fut plus habité que par un seul de ses fils. — Les autres partirent, dit-on, pour ces grandes guerres, dont les échos, répétés jusque dans nos montagnes, se mêlent confusément à mes souvenirs de jeunesse.



D'un caractère sombre et d'une humeur violente, le nouveau maître, loin de suivre les traditions paternelles, traita les Bohémiens en ennemis.



Les meilleurs ouvriers le désertèrent, et bientôt allèrent s'éteignant par degrés, les mille bruits qui faisaient ressembler la forêt à une ruche d'abeilles.



Seuls, les bûcherons restèrent, ligués avec le maitre pour la destruction et la vente de tout le bois, jusqu'au dernier sapin, comme des oiseaux de proie qui s'acharnent sur un cadavre.



Cependant leur spéculation, mal conduite, ou dissipée d'avance, dans ses bénéfices, par le désordre et les débauches, n'empêchait pas la ruine d'envahir lentement le seuil du château.



Plus sombre et plus bizarre que jamais, le maître passait tout son temps à la chasse, s'y montrant d'une adresse telle, que je l'ai vu, souvent, tirer à balle les vautours rapides et les abattre à ses pieds.



De sangliers, il n'en est presque plus resté dans le bois d'Iraty, depuis son passage. — Son abord était terrible : nul n'osait l'affronter. — Sa seule joie était d'entendre gémir et tomber sous la hache vingt sapins à la fois, et son œil s'allumait alors d'un éclair de cupidité féroce, par l'espoir du gain qui devait rétablir sa fortune chancelante.



Ce ne fut plus une exploitation, mais un abattis général qui menaça de faire disparaître le dernier asyle déjà trop étroit de nos malheureuses tribus.



Un soir tous les hommes se réunirent pour tenir conseil.



"Enfans, dit le plus vieux, malheur aux aveugles qui réchauffent un serpent, au lieu de l'écraser sous leurs pieds ! malheur à nous qui nous sommes laissés fasciner par l'étranger ! Sa race est une race de vipères et la voilà qui nous dévore à belles dents !


Leur nid, dites-vous, est abrité par d'épaisses murailles ; mais quand on ne peut arriver jusqu'au renard, on l'enfume dans son terrier. — Encore quelques jours et le bois d'Iraty sera plus pelé que mon vieux crâne.


Adieu, dès-lors, le refuge protecteur des noirs fourrés de sapin ! Adieu la grotte inaccessible et les sentiers perdus dans les broussailles qui ne sont connus que des loups seuls et de nous adieu la liberté !


Encore si nous pouvions passer la grande eau... on dit que sur l'autre rive , il existe un monde plus vaste que la France et l'Espagne réunies... mais ici, nous sommes pris comme l'ours dans sa tanière, ou le lièvre dans son gite. — Il s'agit de savoir si nous fuirons comme des lièvres, ou si nous saurons nous retourner comme l'ours et faire face aux chasseurs.


Déjà, combien de transfuges parmi nous ? Combien qui sont descendus dans la plaine et ne rougissent pas d'y porter le double joug des propriétaires et des prêtres.


Nos filles, surtout, on les dirait ensorcelées par ces nouveaux venus... Tu devrais t'en souvenir, toi, Péthiry, dit-il, en se tournant vers moi. Cette belle Maïténa qui t'aimait autrefois, quel changement depuis son entrée au service des dames du château !


Et lorsque ces étrangères partirent, elle a mieux aimé les suivre que de revenir auprès de son fiancé.


"Ne m'en parlez pas, père, m'écriai-je, ne m'en parlez plus. Car je sentais à ce souvenir une rage mal éteinte me remonter au cœur."


Ce n'est pas oublier qu'il faut, mais se venger ! continua le vieillard d'une voix terrible.


— Ils font bonne garde et ils sont mieux armés que nous, observa l'un des assistants.


Donne moi ce briquet et cet amadou, dont tu viens d'allumer ta pipe, Manech, dit le vieillard, il n'est pas besoin d'autres armes, pourvu qu'il se trouve parmi nous un homme de cœur."



J'avais compris... et m'offris, le premier, pour aller explorer les environs du Château. Cinq camarades me suivirent à distance.



De peur de manquer ma vengeance, je rampais plutôt que je ne marchais, avec toutes les précautions d'un serpent qui se glisse sous l'herbe, et j'arrivai jusqu'aux pieds du mur où régnait le plus grand silence.



De sentinelles, nulle part ; tout semblait conspirer en notre faveur. — A peine eus-je franchi les murs que les bruits d'une immense orgie frappèrent nos oreilles. — Des lumières brillaient à toutes les fenêtres du Château, au choc des verres se mêlaient des chansons de buveurs.



Il me souvint alors que le maître avait promis un grand festin à ses bûcherons, pour les encourager dans leurs œuvres de destruction.



Leur travail avait été productif, comme le témoignaient les immenses pyramides de bois, de madriers, de planches accumulées dans les cours intérieures.



C'étaient les plus belles dépouilles de la forêt, sciées, alignées et empilées pour être vendues aux marchands de Bayonne et de St-Sébastien. — Il semblait que ces hêtres dépecés, ces sapins mutilés s'étaient rangés d'eux-mêmes autour du repaire de nos ennemis communs, pour leur faire un bucher gigantesque et nous permettre de les étouffer dans un cercle de feu.



Mes camarades m'avaient rejoint : Sans perdre de temps, des branches sèches sont emmenées auprès de chaque pile de bois et contre les portes même du Château.



L'orgie couvrait tout de ses clameurs... de temps à autre des figures avinées passaient, en chancelant, derrière les vitres ; point de précautions extérieures, personne qui fut en état d'en prendre. — Les chiens eux-mêmes, oubliant de faire leur ronde, avaient été attirés dans les cuisines par l'odeur du festin.



L'incendie est allumé sur six points à la fois. — Il s'avance avec un pétillement sinistre, semblable au milieu des ténèbres, à un torrent qui roulerait des vagues de feu. Tout a coup, un cri terrible ébranle les voutes du Château. Au feu ! au feu !



La foudre, ni l'avalanche ne sont rien auprès de ce cri, qui jamais ne sortira de ma mémoire.



Ils étaient là, plus de cinquante hommes, courant éperdus parmi les flammes et la fumée, avec les rugissemens de démons au milieu de l'enfer.



La tribu entière était accourue pour jouir du spectacle et savourer sa vengeance, prête à repousser dans ce cercle de mort ceux qui seraient parvenus à le franchir.



Mais pas un seul ne se sauva !...



N'était-ce pas notre droit, dit le vieillard, en se tournant vers nous ? Le Bohémien fait comme le chien qui lèche la main de son bienfaiteur, mais déchire à belles dents son ennemi.



L'arrivée des fils de Péthiry nous dispensa de toute réponse.



Ils ramenaient avec eux leurs femmes et leurs enfants, avec ce qu'ils avaient pu sauver dans le partage, ou plutôt dans le pillage du camp.



— Le feu avait éclaté dans la tour restée debout de l'ancien château où s'était retiré Boulharliandi avec Guéréchina. — Péthiry avait deviné juste, c'était bien Johanné qui s'était caché dans les environs pour se ménager une vengeance éclatante.



On disait qu'à la faveur de l'incendie, il avait pénétré jusqu'à la tour et enlevé Guéréchina, complice de son projet : — Boulharhandi seul, avait péri dans les flammes ; mais la plus grande confusion régnait dans le camp, et l'on ne savait ce qu'étaient devenus les amants fugitifs.



Cependant, il ne nous restait plus, jusqu'à l'aube, qu'environ deux heures de nuit, juste le temps d'atteindre au sommet d'Orhi, avant le lever du soleil.



basque autrefois soule source pays
PIC D'ORHY SOULE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Nous nous éloignâmes rapidement ; et tout en songeant à ces mœurs Bohémiennes, à ces tableaux émouvants dont le hasard nous avait rendus témoins, il me revint à la mémoire les vers suivants de l'auteur de Rolla :


Si Dieu nous a tirés tous de la même fange, 

Certe, il a dû pétrir dans un argile étrange 

Et sécher aux rayons d'un soleil irrité, 

Cet être, quelqu'il soit, ou l'aigle ou l'hirondelle, 

Qui ne saurait plier ni son cou ni son aile, 

Et qui n'a pour tout bien, qu'un mot : la liberté !


U. Barberen."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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mardi 1 septembre 2026

UNE EXCURSION AUX EAUX D'AHUSQUY À AUSSURUCQ EN SOULE AU PAYS BASQUE EN 1853 (cinquième partie)

 

UNE EXCURSION À AHUSQUY EN 1853.


Depuis fort longtemps, on a attribué aux eaux minérales une action physiologique bénéfique, d'où l'utilisation séculaire de certaines d'entre elles.



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LA SOURCE D'AHUSQUY
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet, Ulysse Barberen, avocat :



"Une excursion aux eaux d'Ahunski (Pays Basque).



... Cependant notre ami l'Orientaliste avait repris avec cinq ou six Bohémiens moins avinés que les autres la conversation interrompue par la noce, et il était en train de leur faire subir l'éternel interrogatoire qu'il colportait dans les cinq parties du monde.


L'Orientaliste. — D'où venez-vous donc, mes amis, quelle est votre origine ?


Les Bohémiens de se regarder bouche béante, en ouvrant de grands yeux.


L'Orientaliste. — "Je veux dire si vous savez d'où sont venus vos aïeux, s'ils n'étaient point étrangers à ce pays ?"


Un Bohémien. — "Le français a raison ! Notre race est venue du pays où se lève le soleil.  — Je l'ai ouï dire à mon grand père qui était le plus ancien de la tribu. — Depuis le commencement du monde, il y a inimitié entre nous et les autres hommes. — Les gens de la plaine disent que nous sommes maudits, et d'après leurs prêtres, le premier Bohémien s'appelait Caïn."


L'Orientaliste. — "Toujours et partout la même réponse. Toujours et partout cette version gothique de quelque moine répandue dans le moyen âge et que ces Bohémiens ont acceptée des peuples chrétiens, avec lesquels ils se sont trouvés en contact ! — Voulez vous que je vous dise votre véritable histoire?  Vous n'êtes ni des maudits ni les fils de Cain ; mais c'est en effet de l'Inde, du pays où se lève le soleil que vos pères sont vernis."



Il se mit, alors, à leur raconter la légende trouvée dans les auteurs Persans, sur les Lury, livres Indiens.



Le lecteur, probablement, n'y trouvera pas une explication très satisfaisante de l'origine des Bohémiens, et j'avoue que les Bohémiens du bois d'Iraty lui préféraient Caïn, l'homme maudit, qui parle davantage à leur imagination.



pays basque autrefois gitans bohémiens cagots agots
GITANS REMPAILLEURS A HENDAYE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Quoiqu'il en soit, personne plus que notre ami n'avait contribué à la répandre parmi le monde savant, et peut-être y fera-t-elle fortune, en raison même de son étrangeté. Il commença en ces termes : 

"Le roi de Perse, Bahram-Gur, le plus grand prince de l'Orient, grand amateur de musique, voulut en étendre le goût et les jouissances à tout son peuple.



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ROI DE PERSE VAHRAM V
Par [1] — Classical Numismatic Group, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1890329


Il s'adressa donc à un roi de l'Inde pays où abondaient les musiciens ambulans, sous le nom de Djatt ou Lury. Ce roi lui en envoya dix mille qu'il répartit dans son royaume, après leur avoir donné des terres et mille charges de blé, pour qu'ils pussent vivre et ensemencer, plus de vaches et des ânes pour labourer. — Mais, accoutumés à la vie errante des chanteurs ambulans, les Lury vendirent leurs vaches, consommèrent leur blé, sans songer aux semailles, et ne gardèrent que leurs ânes, pour transporter leur tente vagabonde.


Renvoyés de la Perse, en punition de leur faute, ils se dirigèrent vers l'occident où leurs fils, en se propageant, continuèrent la même vie aventureuse.



Comme l'orientaliste en était là de son récit, nous entendîmes la voix de Péthiry qui nous cherchait, pour nous mettre en route vers le pic d'Orhi. — Ses fils seuls devaient nous servir de guides ; mais il voulut nous accompagner lui-même à quelque distance du camp, ajoutant d'un air mystérieux que s'il n'arrivait pas quelque chose d'extraordinaire, il aurait bien le temps de dormir le lendemain.


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PIC D'ORHY SOULE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Chaque fois qu'un détour de la route nous ramenait en vue du camp Bohémien, Péthiry s'arrêtait de l'air d'un homme qui attend, "autrefois, disait-il, en grommelant entre ses dents, les bohémiens savaient mordre leur ennemi ; aujourd'hui, ils ne savent que fuir." Evidemment, la disparition de Johanné le préoccupait.



Tout à coup, les feux du camp, que l'on voyait s'éteindre dans la nuit et la distance, furent remplacés par une immense clarté suivie de sourdes rumeurs.



L'incendie s'attaquait pour la seconde fois, aux vieux murs du château d'Iraty.


"Bravo Johanné ! s'écria Pethiry, ce sont les feux de joie de la noce de Boulharhandi !" 



Et ses fils, aussitôt, de nous planter là, courant vers camp s'enquérir de l'événement et du sort de leurs femmes et de leurs enfants. — Il fallut faire halte.



Attristés et confondus de ce drame terrible qui nous donnait dans leur crudité locale, le spectacle saisissant des mœurs Bohémiennes, nous admirions, non sans une secrète horreur, la réverbération des flammes à travers les ténèbres, et les grands arbres autour de nous, découpant leurs rameaux et leurs dentelles de feuillage, sur le fonds lumineux de l'incendie.



Péthiry, prenant notre silence pour une sorte d'acquiescement à cette vengeance si naturelle pour lui, depuis longtemps ennemi de Boulharhandi, ne cherchait pas à dissimuler sa joie.



Enfin, se tournant vers nous : "Ceci n'est qu'un jeu d'enfants, dit-il, auprès du grand incendie, qui dévora le Château d'Iraty, voilà plus de cinquante ans."



Vous l'avez vu ? lui demandais-je. — Si je l'ai vu !" — Mais tout à coup, s'interrompant il tomba dans un profond silence.


"Au fait, pourquoi ne parlerai je pas ? dit-il brusquement je suis trop vieux pour que vos gens de justice veuillent encore de moi. Vous me demandez si j'ai vu le premier incendie ? 

A la djinkoua ! mes mains sécheront et tomberont en poussière, avant que je n'oublie cette nuit et le feu qu'elles attisèrent.

Jobanné, ce soir, n'a fait que se souvenir de moi."


(Evidemment l'amour-propre et l'orgueil, de ce qu'il prenait pour un exploit, ouvrait la bouche au Bohémien.) 


"Il y avait eu, comme ce soir, de grandes fêtes au Château d'Iraty. — Mais à l'époque dont je vous parle, au lieu des ruines que la flamme est en train d'acheter, le Château s'élevait fièrement, flanqué de quatre tourelles, moitié palais, moitié forteresse, avec un large escalier de pierre devant la porte principale, un grand vestibule orné de colonnes, et tout à l'entour, un mur d'enceinte épais comme un rempart."



A l'intérieur, on avait, dit-on, prodigué l'or, les glaces, les tentures et la soie dans les appartements exclusivement réservés à l'usage des maîtres.



Les écuries vastes et bien aérées auraient fait envie à l'habitation du paysan Basque le plus riche, et l'on y avait réuni les derniers produits de choix de la pure race Navarrine. — Je n'ai rien vu depuis qui pût leur être comparé. — Cet édifice tel que je vous le décris, datait déjà de quelques années avant ma naissance. — Le maître, grand Seigneur proscrit dans son pays, devait la vie, disait-on, au bon accueil de nos tribus, souveraines alors, sur les deux versants des Pyrénées. 

— Il y avait attiré toute une colonie de bûcherons et de mineurs ; et bientôt, tandis qu'on entendait les arbres de la forêt tomber sous la hache ou grincer sous la scie, les entrailles de la terre amenées au grand jour par le travail obstiné des mineurs venaient y livrer sous l'action du feu, les métaux précieux qu'elles recèlent. — Il me souvient aussi que non loin de la forge, d'autres fourneaux toujours incandescents s'emplissaient d'un sable blanchâtre, et cette substance liquéfiée par le feu servait à faire les vitres qui protègent vos maisons contre la bise, sans intercepter la lumière du jour. — Des deux côtés des Pyrénées, des caravanes de cent mulets sillonnaient nuit et jour, les sentiers qui conduisent à la plaine."



A suivre...




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)


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samedi 1 août 2026

UNE EXCURSION AUX EAUX D'AHUSQUY À AUSSURUCQ EN SOULE AU PAYS BASQUE EN 1853 (quatrième partie)

UNE EXCURSION À AHUSQUY EN 1853.


Depuis fort longtemps, on a attribué aux eaux minérales une action physiologique bénéfique, d'où l'utilisation séculaire de certaines d'entre elles.



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LA SOURCE D'AHUSQUY
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet, Ulysse Barberen, avocat :



"Une excursion aux eaux d'Ahunski (Pays Basque).



... Déjà les indiscrétions de Péthiry nous avaient mis au courant de tous les détails de ce mariage. C'est la même histoire, hélas ! que dans beaucoup des nôtres. Un cœur aimant et jeune que l'on prétend acheter pour une bourse d'or. Le lecteur ne s'attendrait pas à trouver parmi les Bohémiens, le mariage de raison, dans toute sa crudité bourgeoise. J'en suis fâché pour l'intérêt de mon récit, mais la sincérité n'est elle pas le premier devoir de l'historien ?



D'ailleurs, il n'est pas impossible que ces Bohémiens ne se soient déjà corrompus au contact de notre civilisation ; je veux dire, que les mauvaises graines poussant plus vite que les bonnes, de nos usages sociaux les abus sont la première chose à fructifier sur le sol vierge du bois d'Iraty.



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CARTE D'IRATY VERS 1750


"Boulharhandi, nous avait déjà dit le vieux ménétrier, est le plus riche tondeur de mulets de toutes les provinces Basques. Aussi, quoiqu'il soit laid et brutal, qu'il ait dépassé la cinquantaine, et qu'on le soupçonne de s'être débarrassé de ses deux premières femmes, dans un accès de jalousie, c'est un grand honneur qu'il fait au vieil Aillande, de lui demander sa fille Guéréchina.


"Mon Dieu ! que va devenir le pauvre Johanné ?" observa l'une des femmes. — Johanné était un beau garçon de la tribu, danseur favori de Guéréchina.


"Je sais bien ce que je ferais à sa place," répondit le plus jeune des Bohémiens et son couteau à demi tiré de sa poche achevait sa pensée par un geste significatif.


"Taisez-vous, Asto Sarak, s'écria brusquement Péthiry... pourquoi Johanné n'a-t-il pas su gagner à sa contrebande, des colliers d'or et des mantilles de soie, comme son rival ? Il n'y a pas de jeune fille qui résiste à ces colifichets."



L'approche de Boulharhandi mit fin à ce dialogue. Il nous fit meilleur accueil que ne le promettait sa mine farouche, enchanté qu'il était de nous devoir le retour de son ménétrier, et par ses ordres, un des Bohémiens courut prévenir Aillandé et le reste de la tribu, de l'approche d'hôtes étrangers. — Puis, d'un air d'importance, il prit la tête de la caravane, fièrement campé sur un mulet harnaché de houpes et de plumets aux couleurs éclatantes.



Les Bohémiens avaient établi leur campement, au milieu des ruines d'un vieux château célèbre dans les légendes Basques.



Quoique d'origine assez récente, il ne manque pas d'un certain caractère sous les ronces et la mousse qui recouvrent ses toits effondrés.



Des souvenirs mystérieux et sanglans pèsent sur ses murs assombris par les noirs sillons de l'incendie qui les a dévorés. C'est surtout à l'heure tardive où nous arrivâmes, que le crépuscule, l'ombre projetée des arbres voisins, le reflet ardent des brasiers et des torches leur donnaient une apparence fantastique, en harmonie avec les récits terribles dont ils sont les théâtres, dans les veillées des paysans Basques.



Le pinceau d'un peintre habile pourrait seul rendre l'aspect étrange de ce campement, digne des compositions les plus piccaresques de Jacques Callot.



Autour de nous grouillait une population en guenille, les regards empreints à la fois, de convoitise et de curiosité. — C'est un pêle-mêle, d'enfants, d'ânes, de cochons, de volailles errant en liberté.



Des chaudrons et des ustensiles de cuisine jetés à terre à côté des guitares et des tambours de Basque ; en manière de tente et d'abri, des piquets fichés en terre et couverts de vieilles couvertures de cheval.



Au bout du camp, près d'une immense chaudière, où l'on voit bouillir je ne sais quel brouet infect et noir, se querellent une douzaine de vieilles femmes plus hideuses que les trois sorcières de Macbeth : celles-là font rôtir sur des charbons ardens des quartiers saignants de chevreau ; d'autres, de leurs mains sales et crochues pétrissent en forme de galette, des boules de farine de maïs appelées pastetch et destinées à tenir lieu de pain.



Les apprêts de la noce se poursuivent ainsi, au milieu des cris et du désordre ; tandis que deux ou trois Bohémiens achèvent la toilette d'une demi douzaine d'infortunés chevaux volés dans les environs, et qu'ils conduisent à la foire de Pampelune ; l'un entr'autres, assez jolie jument gris pommelée, vit changer, par un procédé de teinture fort habile, la nuance argentée de sa robe, contre la noire couleur de l'ébène. — Qui sera bien surpris ? L'acheteur, j'imagine.



Enfin, la nuit étant venue, la mariée parut et fut assise entre deux vieilles matrones, sur une espèce d'autel de verdure.



Elle était à peine âgée de 16 ans ; très brune comme les jeunes filles de sa race, mais sur ses joues, en dépit d'une émotion visible brillait le vermillon de la fleur du pêcher. Ses cheveux plus noirs que l'aile du corbeau se relevaient en deux larges bandeaux découvrant bien les tempes et le front et se ramenaient derrière la tête par une aiguille d'or.



L'expression un peu sauvage que des pommettes assez saillantes et l'arc prononcé de ses noirs sourcils donnaient à sa physionomie était heureusement tempérée par l'éclat velouté de ses grands yeux et les contours gracieux d'une bouche petite et souriante comme un vrai bouton de rose.



Son nez légèrement relevé lui donnait l'air mutin que devait avoir la Esméralda ; la ressemblance était complétée par un corset en velours noir serré autour d'une taille flexible, et par une basquine formée d'oripeaux en soie de couleur éclatante.



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ESMERALDA DE VICTOR HUGO
STEUBEN


Sous un bas gris semé de paillettes d'argent se dessinait une jambe fine et nerveuse, et ses petits pieds étaient chaussés de sandales attachées par des rubans rouges autour de la cheville. Ajoutez à ce costume, une chemise aux manches bouffantes et tailladées, une collerette droite et plissée comme elles étaient de mode en France, au temps de Catherine de Médicis, de grosses boucles d'oreille en forme de poires ciselées et un lourd collier d'or, cadeaux de noce de son fiancé.



L'assemblée fit un grand cercle et trois jeunes filles, dans un costume à peu près semblable à celui de Guéréchina, mais beaucoup moins riche, s'élancèrent, un tambour de Basque à la main.



Leur danse était un mélange de pas Espagnols bizarrement modifiés par les bonds fougueux de ces bayadères sauvages, aux jarrets d'acier ; l'œil en feu, les cheveux au vent, la bouche écumante, elles finirent à force de trémoussements, par tomber dans les bras des matrones qui les emportèrent.



C'est alors que commença la véritable cérémonie : La musique cessa son tapage et les deux futurs époux s'avancèrent, seuls, au milieu du plus grand silence. — Quatre vieilles femmes placées aux quatre points cardinaux de l'assemblée, agitaient des branches d'arbre pour conjurer les mauvais esprits et psalmodiaient lentement des paroles inintelligibles. — Les torches et toutes les lumières furent éteintes ; la lune éclaira seule, de sa lueur mystérieuse, cette nouvelle scène digne du Sabbath.



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TABLEAU SABBATH DES SORCIERES
PAR FRANCISCO GOYA



Les deux futurs époux furent placés en face de l'astre nocturne, de manière à leur faire de ses rayons une sorte d'auréole.



Aussitôt, le vieil Aillandé, montant sur le tertre que Guéréchina venait de quitter, prit un pot de terre et le lança en l'air... les éclats du vase précieusement recueillis furent immédiatement comptés à haute voix par lui et enfouis à l'instant même, dans un trou creusé de sa main.


"Vous l'avez tous vu, dit-il, ensuite, en élevant la voix ; j'ai compté sept morceaux ; pendant sept ans, cette femme t'appartiendra, Boulharbandi, tu seras son maître et tu nourriras ses enfans.


Et toi, continua-t-il en se tournant vers Guéréchina, plus tremblante qu'une feuille, pendant sept ans tu ne seras qu'à cet homme, tu seras sa servante et tu allaiteras ses enfants."



A ces mots la musique de recommencer son tapage et le vin de circuler à la ronde dans des outres de peau de bouc.



L'orgie, dès lors, régna seule dans le camp. Nous mêmes, fort embarrassés de la contenance à garder en présence de ce festin de Cannibales auquel nous étions conviés, nous prétextâmes les préparatifs de notre départ pour le pic d'Orhi, du haut duquel nous voulions assister au lever du soleil."




A suivre...




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)


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mercredi 1 juillet 2026

UNE EXCURSION AUX EAUX D'AHUSQUY À AUSSURUCQ EN SOULE AU PAYS BASQUE EN 1853 (troisième partie)

 

UNE EXCURSION À AHUSQUY EN 1853.


Depuis fort longtemps, on a attribué aux eaux minérales une action physiologique bénéfique, d'où l'utilisation séculaire de certaines d'entre elles.



pays basque autrefois soule source eaux thermales
LA SOURCE D'AHUSQUY
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet, Ulysse Barberen, avocat :


"Une excursion aux eaux d'Ahunski (Pays Basque).



... V.


Cependant la foule s'est écoulée vers la place d'Ahunski, joyeux rendez-vous de divers chalets, où s'abrite la population des buveurs. — L'orchestre dressé sur des barriques est conduit par le ménétrier Chobat, le Musard du pays — aux sons des violons et des tambourins, danseurs et danseuses de faire cercle et les sauts basques de commencer, avec des entrechats et des pirouettes à désespérer Auriol.

Sautez fillettes 

et garçons ; 

unissez vos joyeux sons, 

musettes

et chansons.


Entre deux haies de curieux, voici le jeu national Basque ; la balle, lancée par des bras vigoureux, armés d'un gant recourbé. — En face l'un de l'autre, se placent, à une certaine distance, les deux principaux joueurs, se renvoyant la balle qui, tantôt, décrit en l'air une gracieuse parabole, tantôt, passe, en sifflant, aux oreilles des joueurs intermédiaires courant pour l'arrêter. — Le rebut et le trinquet, ces monuments indispensables de tout village Basque, ne sauraient tarder plus longtemps à s'élever aux eaux d'Ahunski. — Quoique moins indispensables peut-être, que des embellissements bien dirigés aux abords de la fontaine. — Les lecteurs étrangers au pays doivent savoir qu'on entend par rebut, un mur en pierre de taille de 20 pieds de haut, contre lequel la balle est jetée, pour être saisie au moment où elle rebondit et lancée dans la direction des joueurs opposés. — On voit souvent des joueurs, lancer ainsi la balle à des distances incroyables et d'une telle violence, qu'elle renverserait un homme. — Le Trinquet est une salle couverte. L'adresse y domine plus que la force, on y produit les mêmes effets qu'au billard, les murs servant de bande et le tambour de blouse.



pays basque autrefois soule source eaux thermales
TRINQUET DE SAINT-PALAIS
PAYS BASQUE D'ANTAN



Non loin de la place d'Ahunski, les pasteurs vous montrent un gouffre béant comme un cratère, et d'une profondeur incommensurable. — Les naturalistes n'y sauraient trop admirer une stalactite, en forme de colonne, qui s'élève, des profondeurs de l'abîme jusqu'au niveau du sol, à une hauteur prodigieuse. D'après une légende locale, c'est là que la terre s'entr'ouvrit sous les pas du chevalier d'Uurruty, d'Aussurucq, coupable d'avoir quitté les offices, un jour de dimanche, pour lancer sa meute, après un chevreuil. — Lorsque l'orage gronde sur la montagne, on entend encore , disent les pasteurs, la meute aboyer dans les entrailles de la terre, et le chasseur damné sonner du cor, emporté par cette chasse infernale qui ne doit finir qu'a la fin du monde.



VI. Les Bohémiens.



Ahunski est une conquête assez récente de la civilisation sur les tribus Bohémiennes, réfugiées aujourd'hui dans le bois d'Iraty. — On les y rencontre encore, en petit nombre. — Mais l'approche de la foire de Pampelune multipliait leur passage depuis quelques jours. — C'était une bonne fortune pour notre orientaliste.



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CARTE D'IRATY VERS 1750



Des Bohémiens, beaucoup ne connaissent que la Esméralda, cette ravissante création de Victor Hugo, d'autres la chanson de Béranger : 



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ESMERALDA DE VICTOR HUGO
STEUBEN


Sorciers, bateleurs et filous, 

reste immonde 

d'un ancien monde, 

Sorciers, bateleurs et filous, 

Gais Bohémiens d'où venez-vous ?


LES CHANSONS DE BERANGER



La question que pose le chansonnier, voilà longtemps qu'elle s'agite parmi les érudits, et longtemps encore il sera vrai de dire avec la joyeuse chanson : 


D'où nous venons, l'on n'en sait rien.

L'hirondelle 

D'où nous vient-elle ?




Pour sa part, notre ami, dévoué à la solution de cette énigme vivante, comme d'autres à l'histoire d'un mollusque ou d'un coléoptère, la cherchait depuis quinze ans, du nord au midi, de l'est à l'ouest ; parmi les Gitanos Espagnols, les Zingari Italiens, les Gypsies Anglais, les Tallern Norwégiens, les Salasch Slaves, les Siguanes Turcs, jusqu'aux Loury Persans. Passant en revue toutes ces tribus cosmopolites dont la parenté de mœurs et de figure prouve l'origine commune, sans éclaircir le mystère.



On ne tarda pas à venir nous signaler l'arrivée d'une de leurs caravanes. — Elle se composait d'un vieillard nommé Péthiry, chef de la bande et ménétrier de profession, de ses trois fils, de leurs femmes et de 4 ou 5 enfants, plus un petit âne destiné à porter leur fortune ambulante.



Péthiry était impatiemment attendu pour une noce que sa tribu célébrait le soir même dans la forêt d'Iraty, excellente aubaine que le malheureux était menacé de perdre, car les pieds enflés d'une longue marche, il lui paraissait impossible de pouvoir continuer sa route, jusqu'au lendemain.



Nous lui proposâmes de lui fournir un mulet s'il voulait nous introduire auprès de ses frères, et nous servir de guide et d'interprète, car il parlait quelque peu l'espagnol, ainsi que ses enfants.



La proposition fut acceptée avec empressement, et nous nous mîmes en route, aussitôt nos préparatifs terminés.



La forêt d'Iraty est le quartier général des Bohémiens. Elle s'étend sur une longueur d'environ dix lieues, à travers les gorges et les étroites vallées qui circulent entre les dernières cimes des Pyrénées, profonde et mystérieuse, comme une forêt vierge, d'un accès difficile, d'une surveillance impossible à notre administration forestière, par suite de son état d'indivision entre la France et l'Espagne ; aucun lieu ne saurait offrir un asile plus propice aux tribus Bohémiennes, rebelles à nos lois et à notre civilisation.



D'Ahunski, à la forêt d'Iraty la roule traverse le pas de l'Escalier, célèbre dans le pays, par les dangers du passage. — Que l'on se figure un immense rocher formant saillie sur les flancs de la montagne Zorhomendy, et surplombant à une hauteur de plus de quinze cents pieds, des précipices épouvantables, connus sous le nom de Bassak (en basque, l'abîme sauvage, le chaos). 



A mesure que l'on monte, l'abîme se creuse à droite et à gauche, le sentier n'est bientôt plus qu'une étroite arête de six pieds de large, isolée et comme suspendue dans le vide. — Au fond de l'espace que le regard épouvanté se refuse à mesurer, les Bassak ouvrent leurs gouffres de mort.



Mais si le passage n'est pas sans émotion, quel admirable dédommagement dans la beauté grandiose du point de vue que l'on y découvre !



Par delà, les mamelons et les vallées du pays Basque, la vue s'étend jusqu'à la ligne bleuâtre de l'Océan dans l'infini d'un horizon sans limite.



Derrière le spectateur, les Pyrénées décrivent un cercle gigantesque où depuis le Pic d'Ossau, jusqu'à la mer, les monts Aspé, Anie, Ansabe, Orhi, Bosmendic, Belçu, Auza, Ertehubia, le mont de la Rhune, détachent successivement leurs tètes colossales ; et l'âme confondue ne sait laquelle des deux immensités est la plus admirable de celle des montagnes ou de celle de l'Océan !



Sur le versant opposé du Zorhomendy commence la forêt d'Iraty.



A peine en avions nous franchi le faîte, que Pethiry nous montra sur la lisière du bois, cinq ou six Bohémiens conduisant des mulets.



"Debrien bizaia! mais c'est Boularhandi ! s'écria-t-il." Voyez-vous cet amoureux en cheveux gris, mon absence menace de retarder le signal de la noce, et le voilà dans son impatience qui vient à ma rencontre.



"Cet amour, qui lui rajeunit le cœur, devrait bien aussi lui rajeunir la figure et en faire un époux assorti à sa fiancée la plus belle fille de la tribu."




A suivre...




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)


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lundi 1 juin 2026

UNE EXCURSION AUX EAUX D'AHUSQUY À AUSSURUCQ EN SOULE AU PAYS BASQUE EN 1853 (deuxième partie)

UNE EXCURSION À AHUSQUY EN 1853.


Depuis fort longtemps, on a attribué aux eaux minérales une action physiologique bénéfique, d'où l'utilisation séculaire de certaines d'entre elles.



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LA SOURCE D'AHUSQUY
PAYS BASQUE D'ANTAN

Voici ce que rapporta à ce sujet, Ulysse Barberen, avocat :



"Une excursion aux eaux d'Ahunski (Pays Basque).


Au sortir de Mauléon, l'on suit la rive gauche d'un gave rapide et sinueux, qui dessine ses larges rubans d'argent, sur le fond vert des prairies.



La route, aussi douce aux pieds des chevaux que l'allée d'un parc, s'ombrage de grands arbres et traverse de beaux villages, que trahit de loin, la fumée des toits, derrière les jardins.



C'était l'heure où les laboureurs ramenaient leurs bœufs vers l'étable et se pressaient à l'entrée des villages ; comme un peuple d'abeilles autour de leurs ruches. — Des mœurs orientales de leurs ancêtres, ce que les Basques ont le mieux conservé, c'est le culte des tombeaux. 
— Leurs villages empruntent à la beauté des cimetières, une physionomie particulière et pleine pour l'âme, d'une inexprimable douceur. — Rien n'égale le calme et l'aspect mélancolique de ces tombes rustiques, à demi cachées sous les fleurs, que chaque dimanche, des mains pieuses viennent y renouveler !



Dès qu'on a dépassé le village de Mendi, tandis que le regard s'éloigne à regret des perspectives gracieuses de la vallée de Tardets, il faut gravir la rampe pénible de la gorge d'Aussurucq et s'enfoncer dans les sentiers touffus de la forêt d'lthé. —Tout à l'entour, une solitude absolue, mais une solitude parée des richesses d'une végétation inépuisable, et qui rappelle dans le désordre de son luxe sauvage, les descriptions des forêts vierges du nouveau monde.



Du bois d'Ithé, l'on débouche dans une clairière où se donnent rendez-vous les deux routes de Tardets et de Mauléon, pour monter ensemble vers Ahunski.



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DEPART POUR AHUSQUY  
PAYS BASQUE D'ANTAN


Enfin, derrière un léger repli du sol, surgit au-dessus de nos têtes, un groupe de maisons blanches, à la physionomie hospitalière : — Autour d'elles, se dessine un réseau de sentiers et de promenades naissantes que tracent lentement les pas des buveurs allant à la fontaine... C'est Ahunski !



Les tableaux de la nature ont besoin, comme ceux du théâtre, des prestiges de la lumière et des artifices de la mise en scène. Le soleil couchant s'était chargé pour nous des frais de la décoration. — Les glaciers des Pyrénées lui renvoyaient en légers reflets roses, les feux de ses derniers rayons. — Sa lumière, prête à disparaitre, flottait encore sur les hautes cimes, comme le bord traînant d'une robe d'or, tandis que les flancs des montagnes se voilaient à demi, sous les vapeurs du soir qui leur prêtaient une sorte de transparence fantastique. — De la vallée qui circule aux pieds d'Ahunski, l'ombre montait rapidement, chassant devant elle les troupeaux vers les bergeries.



L'air nous apportait les échos de cette retraite rustique. Il s'y mêlait, à la fois, les notes graves du bêlement des moutons, les sifflets aigus des pasteurs, la voix retentissante des chiens, les cris jetés d'une montagne à l'autre, les refrains Basques chantés en chœur par des poumons d'airain et par dessus ce concert, dont la distance adoucissait la sauvage harmonie, se détachaient, légers et gracieux, comme une musique aérienne, les tintements lointains des clochettes pendues au cou des bœufs, pour cadencer leur marche paisible.



Mieux vaudrait, cependant, pour vous et pour moi, lecteur, suivre les groupes des buveurs, qui gravissent, avec l'aurore, le chemin de la fontaine et jouir du spectacle varié qu'elle présente à cette heure matinale.



IV.


La Fontaine.



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LA FONTAINE D'AHUSQUY SOULE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Il est convenu d'avance, que, dans la description d'un établissement hydrothérapeutique quelconque, tous les chapitres ne sont que les corollaires d'un chapitre principal traitant de la source elle-même.



Là, sous peine de passer pour un faiseur de phrases, l'auteur qui tient à sa réputation d'homme sérieux, un peu compromise, peut-être, par les excentricités étymologiques de son vieux prêtre, doit faire de la science, c'est à dire expliquer au lecteur le Comment et le Pourquoi des vertus merveilleuses de la source en question.



Mieux vaudrait, cependant, pour vous et pour moi, lecteur, suivre les groupes des buveurs, qui gravissent, avec l'aurore, le chemin de la fontaine et jouir du spectacle varié qu'elle présente à cette heure matinale.



L'eau jaillit, en pétillant, du creux d'un grand rocher, plus claire et plus transparente que le verre où elle est reçue par de rieuses jeunes filles, empressées à la faire circuler parmi leurs voisins. — Le trop plein de la source tombe dans de grandes auges en bois, où viennent s'abreuver en beuglant au soleil levant, les bestiaux d'alentour.



Pas n'est besoin de présentation, pour se mêler à cette population babillarde, qui reprend avec un joyeux entrain, les propos de la veille. — Elle se compose en partie de pasteurs et de propriétaires du pays, à la physionomie franche et honnête, très polis sous leur veste et leur berret, envers les Messieurs et les Dames, qui veulent bien honorer la fontaine de leur visite.



Plus de soucis d'affaires ou de position ; plus de ces devoirs d'étiquette, qui sont les lisières où la vanité tient l'homme emmailloté jusqu'à la tombe.



La gaieté circule avec l'air frais de la montagne, rajeunissant, à la fois, l'âme et le corps, sous son influence vivifiante. 
— Je la crois, de moitié, dans les cures étonnantes, que la médecine constate aux Eaux d'Ahunski.



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MONTAGNE DE LA FONTAINE AHUSQUY SOULE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Laissez la chimie traiter avec dédain ces eaux dont les vertus subtiles échappent à son analyse.
Elle vous dira, je le sais, que l'eau d'Ahunski est une eau très-peu chargée de principes minéralisants, qu'elle ne contient pas de principes sulfureux, mais qu'elle est formée principalement : de silicates de soude et de potasse ; de carbonates alcalins et terreux, de sulfates, de chlorures, d'un iodure non douteux, puis d'un indice de fer, d'alumine et de matière organique, en tout 0 gr 05 par litre.



N'est-ce point avec la même gravité doctorale, que la science nous a présenté successivement la formule de la composition chimique de nos diverses sources minérales ? Elle va même jusqu'à prétendre les recomposer. Mais il se fait, je ne sais comment, qu'il manque une chose essentielle à son oeuvre, c'est-à-dire la vertu thérapeutique.



Quelque soit cet élément insaisissable, qui féconde les eaux où l'homme va chercher la santé, on voit tous les jours la fontaine d'Ahunaki renouveler les merveilles de cette fontaine de Jouvence, trouvée en paradis, par Ogier, disent nos vieilles ballades :


En paradis trouva l'eau de Jouvence, 

Dont il se sçut de vieillesse engarder, 

Bien à propos.



Pour ne citer qu'un nom, appelé, peut-être, à figurer un jour, dans les chansons Basques, comme celui du vaillant Ogier, dans les ballades gothiques, le maréchal Harispe a trouvé sa fontaine de Jouvence, aux eaux d'Ahunski. — Ce sont elles qui l'ont gardé de vieillesse ; "bien à propos," diront tous ses compatriotes, avec le vieux refrain du moyen-âge.



L'année dernière, Ahunski reçut la visite d'une grande dame, devenue supérieure d'un ordre religieux, sans avoir rien perdu des qualités aimables de la femme du monde, et que l'on prendrait pour une madame de Chantal, au XIXe siècle.



La clientelle d'Ahunski a cessé d'être exclusivement locale. 
— On y trouve une bonne société qui se plie, en riant, aux exigences de la vie pastorale.



Ces eaux sont souveraines pour deux catégories opposées de malades : les uns, vieux invalides du travail sédentaire, hommes d'affaires et bureaucrates aux reins pétrifiés, à l'estomac débilité, à l'échine torse ; les autres, jeunes gens et jeunes filles, dont la fièvre de la jeunesse enflamme le sang, en dépit de la quinine impuissante.



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BUVETTE D'AHUSQUY SOULE
PAYS BASQUE D'ANTAN




Et vous, surtout, épicuriens blasés, nouveaux Tantales, que le défaut d'appétit met au supplice, malgré les raffinemens de la gastronomie la plus plus exquise, venez à la fontaine d'Ahunski. — Des hécatombes de victimes ne suffiront plus à rassasier votre Dieu, je veux dire votre estomac."



A suivre...




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)


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