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jeudi 1 octobre 2026

UNE EXCURSION AUX EAUX D'AHUSQUY À AUSSURUCQ EN SOULE AU PAYS BASQUE EN 1853 (sixième et dernière partie)

 

UNE EXCURSION À AHUSQUY EN 1853.


Depuis fort longtemps, on a attribué aux eaux minérales une action physiologique bénéfique, d'où l'utilisation séculaire de certaines d'entre elles.



pays basque autrefois soule source
LA SOURCE D'AHUSQUY
PAYS BASQUE D'ANTAN

Voici ce que rapporta à ce sujet, Ulysse Barberen, avocat :



"Une excursion aux eaux d'Ahunski (Pays Basque).



... C'en était fait de notre race et de son domaine séculaire sur le bois d'Iraty. — Déjà l'appât de salaires élevés avait assoupli plusieurs des nôtres à la vie sédentaire. — L'indépendance est rude et souvent l'on meurt de faim dans les bois ! — Bien nourris, bien vêtus, ils contrastaient parleur bonne mine, avec les baillons de ceux qui restaient fidèles à la vie errante et libre de nos pères.



Parmi les jeunes filles, surtout, plus accessibles aux séductions de la toilette et du bien-être, c'était à qui obtiendrait la faveur d'entrer en condition, chez les dames du château.



A la mort du vieux maitre, le château ne fut plus habité que par un seul de ses fils. — Les autres partirent, dit-on, pour ces grandes guerres, dont les échos, répétés jusque dans nos montagnes, se mêlent confusément à mes souvenirs de jeunesse.



D'un caractère sombre et d'une humeur violente, le nouveau maître, loin de suivre les traditions paternelles, traita les Bohémiens en ennemis.



Les meilleurs ouvriers le désertèrent, et bientôt allèrent s'éteignant par degrés, les mille bruits qui faisaient ressembler la forêt à une ruche d'abeilles.



Seuls, les bûcherons restèrent, ligués avec le maitre pour la destruction et la vente de tout le bois, jusqu'au dernier sapin, comme des oiseaux de proie qui s'acharnent sur un cadavre.



Cependant leur spéculation, mal conduite, ou dissipée d'avance, dans ses bénéfices, par le désordre et les débauches, n'empêchait pas la ruine d'envahir lentement le seuil du château.



Plus sombre et plus bizarre que jamais, le maître passait tout son temps à la chasse, s'y montrant d'une adresse telle, que je l'ai vu, souvent, tirer à balle les vautours rapides et les abattre à ses pieds.



De sangliers, il n'en est presque plus resté dans le bois d'Iraty, depuis son passage. — Son abord était terrible : nul n'osait l'affronter. — Sa seule joie était d'entendre gémir et tomber sous la hache vingt sapins à la fois, et son œil s'allumait alors d'un éclair de cupidité féroce, par l'espoir du gain qui devait rétablir sa fortune chancelante.



Ce ne fut plus une exploitation, mais un abattis général qui menaça de faire disparaître le dernier asyle déjà trop étroit de nos malheureuses tribus.



Un soir tous les hommes se réunirent pour tenir conseil.



"Enfans, dit le plus vieux, malheur aux aveugles qui réchauffent un serpent, au lieu de l'écraser sous leurs pieds ! malheur à nous qui nous sommes laissés fasciner par l'étranger ! Sa race est une race de vipères et la voilà qui nous dévore à belles dents !


Leur nid, dites-vous, est abrité par d'épaisses murailles ; mais quand on ne peut arriver jusqu'au renard, on l'enfume dans son terrier. — Encore quelques jours et le bois d'Iraty sera plus pelé que mon vieux crâne.


Adieu, dès-lors, le refuge protecteur des noirs fourrés de sapin ! Adieu la grotte inaccessible et les sentiers perdus dans les broussailles qui ne sont connus que des loups seuls et de nous adieu la liberté !


Encore si nous pouvions passer la grande eau... on dit que sur l'autre rive , il existe un monde plus vaste que la France et l'Espagne réunies... mais ici, nous sommes pris comme l'ours dans sa tanière, ou le lièvre dans son gite. — Il s'agit de savoir si nous fuirons comme des lièvres, ou si nous saurons nous retourner comme l'ours et faire face aux chasseurs.


Déjà, combien de transfuges parmi nous ? Combien qui sont descendus dans la plaine et ne rougissent pas d'y porter le double joug des propriétaires et des prêtres.


Nos filles, surtout, on les dirait ensorcelées par ces nouveaux venus... Tu devrais t'en souvenir, toi, Péthiry, dit-il, en se tournant vers moi. Cette belle Maïténa qui t'aimait autrefois, quel changement depuis son entrée au service des dames du château !


Et lorsque ces étrangères partirent, elle a mieux aimé les suivre que de revenir auprès de son fiancé.


"Ne m'en parlez pas, père, m'écriai-je, ne m'en parlez plus. Car je sentais à ce souvenir une rage mal éteinte me remonter au cœur."


Ce n'est pas oublier qu'il faut, mais se venger ! continua le vieillard d'une voix terrible.


— Ils font bonne garde et ils sont mieux armés que nous, observa l'un des assistants.


Donne moi ce briquet et cet amadou, dont tu viens d'allumer ta pipe, Manech, dit le vieillard, il n'est pas besoin d'autres armes, pourvu qu'il se trouve parmi nous un homme de cœur."



J'avais compris... et m'offris, le premier, pour aller explorer les environs du Château. Cinq camarades me suivirent à distance.



De peur de manquer ma vengeance, je rampais plutôt que je ne marchais, avec toutes les précautions d'un serpent qui se glisse sous l'herbe, et j'arrivai jusqu'aux pieds du mur où régnait le plus grand silence.



De sentinelles, nulle part ; tout semblait conspirer en notre faveur. — A peine eus-je franchi les murs que les bruits d'une immense orgie frappèrent nos oreilles. — Des lumières brillaient à toutes les fenêtres du Château, au choc des verres se mêlaient des chansons de buveurs.



Il me souvint alors que le maître avait promis un grand festin à ses bûcherons, pour les encourager dans leurs œuvres de destruction.



Leur travail avait été productif, comme le témoignaient les immenses pyramides de bois, de madriers, de planches accumulées dans les cours intérieures.



C'étaient les plus belles dépouilles de la forêt, sciées, alignées et empilées pour être vendues aux marchands de Bayonne et de St-Sébastien. — Il semblait que ces hêtres dépecés, ces sapins mutilés s'étaient rangés d'eux-mêmes autour du repaire de nos ennemis communs, pour leur faire un bucher gigantesque et nous permettre de les étouffer dans un cercle de feu.



Mes camarades m'avaient rejoint : Sans perdre de temps, des branches sèches sont emmenées auprès de chaque pile de bois et contre les portes même du Château.



L'orgie couvrait tout de ses clameurs... de temps à autre des figures avinées passaient, en chancelant, derrière les vitres ; point de précautions extérieures, personne qui fut en état d'en prendre. — Les chiens eux-mêmes, oubliant de faire leur ronde, avaient été attirés dans les cuisines par l'odeur du festin.



L'incendie est allumé sur six points à la fois. — Il s'avance avec un pétillement sinistre, semblable au milieu des ténèbres, à un torrent qui roulerait des vagues de feu. Tout a coup, un cri terrible ébranle les voutes du Château. Au feu ! au feu !



La foudre, ni l'avalanche ne sont rien auprès de ce cri, qui jamais ne sortira de ma mémoire.



Ils étaient là, plus de cinquante hommes, courant éperdus parmi les flammes et la fumée, avec les rugissemens de démons au milieu de l'enfer.



La tribu entière était accourue pour jouir du spectacle et savourer sa vengeance, prête à repousser dans ce cercle de mort ceux qui seraient parvenus à le franchir.



Mais pas un seul ne se sauva !...



N'était-ce pas notre droit, dit le vieillard, en se tournant vers nous ? Le Bohémien fait comme le chien qui lèche la main de son bienfaiteur, mais déchire à belles dents son ennemi.



L'arrivée des fils de Péthiry nous dispensa de toute réponse.



Ils ramenaient avec eux leurs femmes et leurs enfants, avec ce qu'ils avaient pu sauver dans le partage, ou plutôt dans le pillage du camp.



— Le feu avait éclaté dans la tour restée debout de l'ancien château où s'était retiré Boulharliandi avec Guéréchina. — Péthiry avait deviné juste, c'était bien Johanné qui s'était caché dans les environs pour se ménager une vengeance éclatante.



On disait qu'à la faveur de l'incendie, il avait pénétré jusqu'à la tour et enlevé Guéréchina, complice de son projet : — Boulharhandi seul, avait péri dans les flammes ; mais la plus grande confusion régnait dans le camp, et l'on ne savait ce qu'étaient devenus les amants fugitifs.



Cependant, il ne nous restait plus, jusqu'à l'aube, qu'environ deux heures de nuit, juste le temps d'atteindre au sommet d'Orhi, avant le lever du soleil.



basque autrefois soule source pays
PIC D'ORHY SOULE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Nous nous éloignâmes rapidement ; et tout en songeant à ces mœurs Bohémiennes, à ces tableaux émouvants dont le hasard nous avait rendus témoins, il me revint à la mémoire les vers suivants de l'auteur de Rolla :


Si Dieu nous a tirés tous de la même fange, 

Certe, il a dû pétrir dans un argile étrange 

Et sécher aux rayons d'un soleil irrité, 

Cet être, quelqu'il soit, ou l'aigle ou l'hirondelle, 

Qui ne saurait plier ni son cou ni son aile, 

Et qui n'a pour tout bien, qu'un mot : la liberté !


U. Barberen."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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mardi 1 septembre 2026

UNE EXCURSION AUX EAUX D'AHUSQUY À AUSSURUCQ EN SOULE AU PAYS BASQUE EN 1853 (cinquième partie)

 

UNE EXCURSION À AHUSQUY EN 1853.


Depuis fort longtemps, on a attribué aux eaux minérales une action physiologique bénéfique, d'où l'utilisation séculaire de certaines d'entre elles.



basque autrefois soule source pays
LA SOURCE D'AHUSQUY
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet, Ulysse Barberen, avocat :



"Une excursion aux eaux d'Ahunski (Pays Basque).



... Cependant notre ami l'Orientaliste avait repris avec cinq ou six Bohémiens moins avinés que les autres la conversation interrompue par la noce, et il était en train de leur faire subir l'éternel interrogatoire qu'il colportait dans les cinq parties du monde.


L'Orientaliste. — D'où venez-vous donc, mes amis, quelle est votre origine ?


Les Bohémiens de se regarder bouche béante, en ouvrant de grands yeux.


L'Orientaliste. — "Je veux dire si vous savez d'où sont venus vos aïeux, s'ils n'étaient point étrangers à ce pays ?"


Un Bohémien. — "Le français a raison ! Notre race est venue du pays où se lève le soleil.  — Je l'ai ouï dire à mon grand père qui était le plus ancien de la tribu. — Depuis le commencement du monde, il y a inimitié entre nous et les autres hommes. — Les gens de la plaine disent que nous sommes maudits, et d'après leurs prêtres, le premier Bohémien s'appelait Caïn."


L'Orientaliste. — "Toujours et partout la même réponse. Toujours et partout cette version gothique de quelque moine répandue dans le moyen âge et que ces Bohémiens ont acceptée des peuples chrétiens, avec lesquels ils se sont trouvés en contact ! — Voulez vous que je vous dise votre véritable histoire?  Vous n'êtes ni des maudits ni les fils de Cain ; mais c'est en effet de l'Inde, du pays où se lève le soleil que vos pères sont vernis."



Il se mit, alors, à leur raconter la légende trouvée dans les auteurs Persans, sur les Lury, livres Indiens.



Le lecteur, probablement, n'y trouvera pas une explication très satisfaisante de l'origine des Bohémiens, et j'avoue que les Bohémiens du bois d'Iraty lui préféraient Caïn, l'homme maudit, qui parle davantage à leur imagination.



pays basque autrefois gitans bohémiens cagots agots
GITANS REMPAILLEURS A HENDAYE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Quoiqu'il en soit, personne plus que notre ami n'avait contribué à la répandre parmi le monde savant, et peut-être y fera-t-elle fortune, en raison même de son étrangeté. Il commença en ces termes : 

"Le roi de Perse, Bahram-Gur, le plus grand prince de l'Orient, grand amateur de musique, voulut en étendre le goût et les jouissances à tout son peuple.



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ROI DE PERSE VAHRAM V
Par [1] — Classical Numismatic Group, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1890329


Il s'adressa donc à un roi de l'Inde pays où abondaient les musiciens ambulans, sous le nom de Djatt ou Lury. Ce roi lui en envoya dix mille qu'il répartit dans son royaume, après leur avoir donné des terres et mille charges de blé, pour qu'ils pussent vivre et ensemencer, plus de vaches et des ânes pour labourer. — Mais, accoutumés à la vie errante des chanteurs ambulans, les Lury vendirent leurs vaches, consommèrent leur blé, sans songer aux semailles, et ne gardèrent que leurs ânes, pour transporter leur tente vagabonde.


Renvoyés de la Perse, en punition de leur faute, ils se dirigèrent vers l'occident où leurs fils, en se propageant, continuèrent la même vie aventureuse.



Comme l'orientaliste en était là de son récit, nous entendîmes la voix de Péthiry qui nous cherchait, pour nous mettre en route vers le pic d'Orhi. — Ses fils seuls devaient nous servir de guides ; mais il voulut nous accompagner lui-même à quelque distance du camp, ajoutant d'un air mystérieux que s'il n'arrivait pas quelque chose d'extraordinaire, il aurait bien le temps de dormir le lendemain.


basque autrefois soule source pays
PIC D'ORHY SOULE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Chaque fois qu'un détour de la route nous ramenait en vue du camp Bohémien, Péthiry s'arrêtait de l'air d'un homme qui attend, "autrefois, disait-il, en grommelant entre ses dents, les bohémiens savaient mordre leur ennemi ; aujourd'hui, ils ne savent que fuir." Evidemment, la disparition de Johanné le préoccupait.



Tout à coup, les feux du camp, que l'on voyait s'éteindre dans la nuit et la distance, furent remplacés par une immense clarté suivie de sourdes rumeurs.



L'incendie s'attaquait pour la seconde fois, aux vieux murs du château d'Iraty.


"Bravo Johanné ! s'écria Pethiry, ce sont les feux de joie de la noce de Boulharhandi !" 



Et ses fils, aussitôt, de nous planter là, courant vers camp s'enquérir de l'événement et du sort de leurs femmes et de leurs enfants. — Il fallut faire halte.



Attristés et confondus de ce drame terrible qui nous donnait dans leur crudité locale, le spectacle saisissant des mœurs Bohémiennes, nous admirions, non sans une secrète horreur, la réverbération des flammes à travers les ténèbres, et les grands arbres autour de nous, découpant leurs rameaux et leurs dentelles de feuillage, sur le fonds lumineux de l'incendie.



Péthiry, prenant notre silence pour une sorte d'acquiescement à cette vengeance si naturelle pour lui, depuis longtemps ennemi de Boulharhandi, ne cherchait pas à dissimuler sa joie.



Enfin, se tournant vers nous : "Ceci n'est qu'un jeu d'enfants, dit-il, auprès du grand incendie, qui dévora le Château d'Iraty, voilà plus de cinquante ans."



Vous l'avez vu ? lui demandais-je. — Si je l'ai vu !" — Mais tout à coup, s'interrompant il tomba dans un profond silence.


"Au fait, pourquoi ne parlerai je pas ? dit-il brusquement je suis trop vieux pour que vos gens de justice veuillent encore de moi. Vous me demandez si j'ai vu le premier incendie ? 

A la djinkoua ! mes mains sécheront et tomberont en poussière, avant que je n'oublie cette nuit et le feu qu'elles attisèrent.

Jobanné, ce soir, n'a fait que se souvenir de moi."


(Evidemment l'amour-propre et l'orgueil, de ce qu'il prenait pour un exploit, ouvrait la bouche au Bohémien.) 


"Il y avait eu, comme ce soir, de grandes fêtes au Château d'Iraty. — Mais à l'époque dont je vous parle, au lieu des ruines que la flamme est en train d'acheter, le Château s'élevait fièrement, flanqué de quatre tourelles, moitié palais, moitié forteresse, avec un large escalier de pierre devant la porte principale, un grand vestibule orné de colonnes, et tout à l'entour, un mur d'enceinte épais comme un rempart."



A l'intérieur, on avait, dit-on, prodigué l'or, les glaces, les tentures et la soie dans les appartements exclusivement réservés à l'usage des maîtres.



Les écuries vastes et bien aérées auraient fait envie à l'habitation du paysan Basque le plus riche, et l'on y avait réuni les derniers produits de choix de la pure race Navarrine. — Je n'ai rien vu depuis qui pût leur être comparé. — Cet édifice tel que je vous le décris, datait déjà de quelques années avant ma naissance. — Le maître, grand Seigneur proscrit dans son pays, devait la vie, disait-on, au bon accueil de nos tribus, souveraines alors, sur les deux versants des Pyrénées. 

— Il y avait attiré toute une colonie de bûcherons et de mineurs ; et bientôt, tandis qu'on entendait les arbres de la forêt tomber sous la hache ou grincer sous la scie, les entrailles de la terre amenées au grand jour par le travail obstiné des mineurs venaient y livrer sous l'action du feu, les métaux précieux qu'elles recèlent. — Il me souvient aussi que non loin de la forge, d'autres fourneaux toujours incandescents s'emplissaient d'un sable blanchâtre, et cette substance liquéfiée par le feu servait à faire les vitres qui protègent vos maisons contre la bise, sans intercepter la lumière du jour. — Des deux côtés des Pyrénées, des caravanes de cent mulets sillonnaient nuit et jour, les sentiers qui conduisent à la plaine."



A suivre...




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)


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mercredi 1 juillet 2026

UNE EXCURSION AUX EAUX D'AHUSQUY À AUSSURUCQ EN SOULE AU PAYS BASQUE EN 1853 (troisième partie)

 

UNE EXCURSION À AHUSQUY EN 1853.


Depuis fort longtemps, on a attribué aux eaux minérales une action physiologique bénéfique, d'où l'utilisation séculaire de certaines d'entre elles.



pays basque autrefois soule source eaux thermales
LA SOURCE D'AHUSQUY
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet, Ulysse Barberen, avocat :


"Une excursion aux eaux d'Ahunski (Pays Basque).



... V.


Cependant la foule s'est écoulée vers la place d'Ahunski, joyeux rendez-vous de divers chalets, où s'abrite la population des buveurs. — L'orchestre dressé sur des barriques est conduit par le ménétrier Chobat, le Musard du pays — aux sons des violons et des tambourins, danseurs et danseuses de faire cercle et les sauts basques de commencer, avec des entrechats et des pirouettes à désespérer Auriol.

Sautez fillettes 

et garçons ; 

unissez vos joyeux sons, 

musettes

et chansons.


Entre deux haies de curieux, voici le jeu national Basque ; la balle, lancée par des bras vigoureux, armés d'un gant recourbé. — En face l'un de l'autre, se placent, à une certaine distance, les deux principaux joueurs, se renvoyant la balle qui, tantôt, décrit en l'air une gracieuse parabole, tantôt, passe, en sifflant, aux oreilles des joueurs intermédiaires courant pour l'arrêter. — Le rebut et le trinquet, ces monuments indispensables de tout village Basque, ne sauraient tarder plus longtemps à s'élever aux eaux d'Ahunski. — Quoique moins indispensables peut-être, que des embellissements bien dirigés aux abords de la fontaine. — Les lecteurs étrangers au pays doivent savoir qu'on entend par rebut, un mur en pierre de taille de 20 pieds de haut, contre lequel la balle est jetée, pour être saisie au moment où elle rebondit et lancée dans la direction des joueurs opposés. — On voit souvent des joueurs, lancer ainsi la balle à des distances incroyables et d'une telle violence, qu'elle renverserait un homme. — Le Trinquet est une salle couverte. L'adresse y domine plus que la force, on y produit les mêmes effets qu'au billard, les murs servant de bande et le tambour de blouse.



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TRINQUET DE SAINT-PALAIS
PAYS BASQUE D'ANTAN



Non loin de la place d'Ahunski, les pasteurs vous montrent un gouffre béant comme un cratère, et d'une profondeur incommensurable. — Les naturalistes n'y sauraient trop admirer une stalactite, en forme de colonne, qui s'élève, des profondeurs de l'abîme jusqu'au niveau du sol, à une hauteur prodigieuse. D'après une légende locale, c'est là que la terre s'entr'ouvrit sous les pas du chevalier d'Uurruty, d'Aussurucq, coupable d'avoir quitté les offices, un jour de dimanche, pour lancer sa meute, après un chevreuil. — Lorsque l'orage gronde sur la montagne, on entend encore , disent les pasteurs, la meute aboyer dans les entrailles de la terre, et le chasseur damné sonner du cor, emporté par cette chasse infernale qui ne doit finir qu'a la fin du monde.



VI. Les Bohémiens.



Ahunski est une conquête assez récente de la civilisation sur les tribus Bohémiennes, réfugiées aujourd'hui dans le bois d'Iraty. — On les y rencontre encore, en petit nombre. — Mais l'approche de la foire de Pampelune multipliait leur passage depuis quelques jours. — C'était une bonne fortune pour notre orientaliste.



pays basque autrefois soule source eaux thermales
CARTE D'IRATY VERS 1750



Des Bohémiens, beaucoup ne connaissent que la Esméralda, cette ravissante création de Victor Hugo, d'autres la chanson de Béranger : 



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ESMERALDA DE VICTOR HUGO
STEUBEN


Sorciers, bateleurs et filous, 

reste immonde 

d'un ancien monde, 

Sorciers, bateleurs et filous, 

Gais Bohémiens d'où venez-vous ?


LES CHANSONS DE BERANGER



La question que pose le chansonnier, voilà longtemps qu'elle s'agite parmi les érudits, et longtemps encore il sera vrai de dire avec la joyeuse chanson : 


D'où nous venons, l'on n'en sait rien.

L'hirondelle 

D'où nous vient-elle ?




Pour sa part, notre ami, dévoué à la solution de cette énigme vivante, comme d'autres à l'histoire d'un mollusque ou d'un coléoptère, la cherchait depuis quinze ans, du nord au midi, de l'est à l'ouest ; parmi les Gitanos Espagnols, les Zingari Italiens, les Gypsies Anglais, les Tallern Norwégiens, les Salasch Slaves, les Siguanes Turcs, jusqu'aux Loury Persans. Passant en revue toutes ces tribus cosmopolites dont la parenté de mœurs et de figure prouve l'origine commune, sans éclaircir le mystère.



On ne tarda pas à venir nous signaler l'arrivée d'une de leurs caravanes. — Elle se composait d'un vieillard nommé Péthiry, chef de la bande et ménétrier de profession, de ses trois fils, de leurs femmes et de 4 ou 5 enfants, plus un petit âne destiné à porter leur fortune ambulante.



Péthiry était impatiemment attendu pour une noce que sa tribu célébrait le soir même dans la forêt d'Iraty, excellente aubaine que le malheureux était menacé de perdre, car les pieds enflés d'une longue marche, il lui paraissait impossible de pouvoir continuer sa route, jusqu'au lendemain.



Nous lui proposâmes de lui fournir un mulet s'il voulait nous introduire auprès de ses frères, et nous servir de guide et d'interprète, car il parlait quelque peu l'espagnol, ainsi que ses enfants.



La proposition fut acceptée avec empressement, et nous nous mîmes en route, aussitôt nos préparatifs terminés.



La forêt d'Iraty est le quartier général des Bohémiens. Elle s'étend sur une longueur d'environ dix lieues, à travers les gorges et les étroites vallées qui circulent entre les dernières cimes des Pyrénées, profonde et mystérieuse, comme une forêt vierge, d'un accès difficile, d'une surveillance impossible à notre administration forestière, par suite de son état d'indivision entre la France et l'Espagne ; aucun lieu ne saurait offrir un asile plus propice aux tribus Bohémiennes, rebelles à nos lois et à notre civilisation.



D'Ahunski, à la forêt d'Iraty la roule traverse le pas de l'Escalier, célèbre dans le pays, par les dangers du passage. — Que l'on se figure un immense rocher formant saillie sur les flancs de la montagne Zorhomendy, et surplombant à une hauteur de plus de quinze cents pieds, des précipices épouvantables, connus sous le nom de Bassak (en basque, l'abîme sauvage, le chaos). 



A mesure que l'on monte, l'abîme se creuse à droite et à gauche, le sentier n'est bientôt plus qu'une étroite arête de six pieds de large, isolée et comme suspendue dans le vide. — Au fond de l'espace que le regard épouvanté se refuse à mesurer, les Bassak ouvrent leurs gouffres de mort.



Mais si le passage n'est pas sans émotion, quel admirable dédommagement dans la beauté grandiose du point de vue que l'on y découvre !



Par delà, les mamelons et les vallées du pays Basque, la vue s'étend jusqu'à la ligne bleuâtre de l'Océan dans l'infini d'un horizon sans limite.



Derrière le spectateur, les Pyrénées décrivent un cercle gigantesque où depuis le Pic d'Ossau, jusqu'à la mer, les monts Aspé, Anie, Ansabe, Orhi, Bosmendic, Belçu, Auza, Ertehubia, le mont de la Rhune, détachent successivement leurs tètes colossales ; et l'âme confondue ne sait laquelle des deux immensités est la plus admirable de celle des montagnes ou de celle de l'Océan !



Sur le versant opposé du Zorhomendy commence la forêt d'Iraty.



A peine en avions nous franchi le faîte, que Pethiry nous montra sur la lisière du bois, cinq ou six Bohémiens conduisant des mulets.



"Debrien bizaia! mais c'est Boularhandi ! s'écria-t-il." Voyez-vous cet amoureux en cheveux gris, mon absence menace de retarder le signal de la noce, et le voilà dans son impatience qui vient à ma rencontre.



"Cet amour, qui lui rajeunit le cœur, devrait bien aussi lui rajeunir la figure et en faire un époux assorti à sa fiancée la plus belle fille de la tribu."




A suivre...




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)


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dimanche 11 mai 2025

LES CROMLECHS D'OCCABE À IRATY EN BASSE-NAVARRE AU PAYS BASQUE EN 1934

LES CROMLECHS D'OCCABE.


Les cromlechs sont des cercles de pierres levées, d'origine préhistorique ou protohistorique, que l'on trouve dans plusieurs endroits des Pyrénées, et en particulier au Pays Basque, des deux côtés de la frontière.



pays basque préhistoire basse-navarre cromlechs
CROMLECHS D'OCCABE IRATY



Voici ce que rapporta à ce sujet le Général Henri Richter, dans le bulletin de la Société des 

sciences, lettres et arts de Bayonne, du 1er juillet 1934 :



"Les cromlechs d'Occabé.



Le pic d'Occabé (1 463 m.) est un des sommets de la crête basque des eaux pendantes entre les bassins de la Méditerranée et de l'Océan Atlantique. Il domine d'une part les vallées de l'Iraty et de ses premiers sous-affluents de droite, et de l'autre les sources de l'Esterenguibel tributaire de la Nive de Beherobie.



pays basque préhistoire basse-navarre cromlechs
GORGES D'ESTERENGUIBEL
BASSE-NAVARRE D'ANTAN



Au pied de ses pentes ouest et dévalant du Col d'Irau s'étale la conque d'Archilondo (Ar - Chilo - Ondo, près du trou du rocher), ainsi nommé du voisinage d'immenses cavernes, où pourraient, au dire des bergers, s'abriter d'innombrables troupeaux.



J'avais ouï-dire depuis longtemps que dans cette région d'Archilondo-Occabé-Irau, peu fréquentée en dehors de quelques pâtres estivants et de rares chasseurs de gros gibier, existaient des tombes, probablement préhistoriques ; mais personne n'avait pu me donner sur elles de renseignement qui permit de les reconnaître dans la solitude des bruyères et des forêts de hêtres.



Ayant jadis escaladé l'Occabé pour passer de la conque d'Archilondo dans la forêt d'Iraty, je n'avais rien remarqué aux alentours de son sommet et n'avais gardé que le souvenir d'une gibbosité découverte et d'une vue admirable.



Or, en août dernier, mon fils aîné traversant cette région et s'étant entretenue avec des bergers de cette question, l'un d'eux se proposa pour me conduire aux dites tombes dont il savait approximativement l'existence et qu'il appelait "hilherriak" les cimetières.



Assuré ainsi d'un guide, je partis donc aux dernières heures d'une nuit brumeuse de la fin d'août dernier, avec mon cousin et très vieil ami le Colonel Morbieu, et mes deux fils aînés et par Esterençuby et la ligne de crêtes d'Ithurramburu, Arthe, Arthaburu et Aranoheguy, gagnai la conque d'Archilondo.



Dans l'un des 4 ou 5 chalets qui groupent de Mai à Novembre les rares hôtes humains de ces pâturages, le berger Jean Ihidoy, d'Esterençuby, nous fit le plus souriant et large accueil.



Avec deux camarades d'un chalet voisin dont l'un était plus particulièrement au courant, il était prêt l'après-midi à nous guider vers les cimetières.



Et c'est ainsi que, vers 14 heures, après un casse-croûte et un léger repos, nous entreprîmes, à sept, l'ascension des pentes ouest de l'Occabé ; montée d'abord à pic dans les bruyères, puis sous le parasol des hêtres et dans l'humus des feuilles mortes.



Vers 15 h. 30, nous débouchions sur la crête d'Occabé au col d'Irau.



L'un des pâtres qui avait pris les devants et prospectait depuis un moment la crête, nous fit signe de le rejoindre.



Sur le faîte largement arrondi, à quelque mille mètres Nord du sommet d'Occabé s'étalaient à peu près jointifs une dizaine de cercles à la circonférence jalonnée de pierres levées. Le diamètre uniforme de ces cercles, très régulier, était d'environ cinq mètres, les pierres du pourtour, au nombre de dix à douze, s'érigeaient inégalement, quelques-unes de 20 à 30 centimètres, d'autres de 50 à 60. Quelques cercles sont très bien conservés, leurs pierres profondément ancrées dans le sol résistent inébranlablement aux secousses, d'autres cercles au contraire, frustes, ne sont plus que vaguement marqués par des pierres descellées.



pays basque préhistoire basse-navarre cromlechs
CROMLECHS D'OCCABE 1934



Le site est superbe.



Au sud l'horizon est berné par le massif de l'Occabé qui domine la forêt d'Iraty, à l'est, au delà des sources profondes de l'Esterenguibel surgissent les à pic de Burdincurutcheta, à l'ouest, au delà de la combe d'Archilondo et du massif d'Eroçate moutonnent à l'infini les Pyrénées espagnoles...



Après avoir pris quelques photographies, nous redescendîmes sur les chalets en contournant la conque par son bord septentrional et un peu à l'ouest du méridien d'Irau. A quelques trois ou quatre cents mètres S. O. du petit sommet côté sur la carte d'E. M. 1143, nous relevâmes encore un cercle identique aux premiers, mais isolé.



Que sont donc ces monuments qui semblent tout à fait analogues aux cromlechs ? Il serait intéressant d'avoir sur eux l'avis d'experts, d'y pratiquer quelques fouilles dirigées, de relever dans toute la région du côté français et du côté espagnol, — car au regard de ces souvenirs immémoriaux les frontières n'existent évidemment pas, — tous les vestiges de monuments semblables.



pays basque préhistoire basse-navarre cromlechs
CROMLECHS D'OCCABE


Ce pourrait être quelques jalons pour l'histoire d'un passé inconnaissable exactement, mais sur lequel il serait intéressant d'avoir quelques éléments d'hypothèses.



Si c'était vraiment là des cimetières — hilherriak — et que les pierres de ces cercles mystérieux marquassent des tombes, ne pourrait-on pas voir dans ces pierres levées l'origine profonde des pierres discoïdales de la tombe basque ancienne, qui ne seraient qu'une stylisation, puis une christianisation de ces monuments funèbres des âges immémoriaux.



Et d'autre part le voisinage de ces cimetières et des cavernes d'Archilondo (Ar-chilo-ondo) n'autoriserait-il pas à espérer qu'une exploration scientifiquement méthodique des cavernes révèle des vestiges de ces générations troglodytes."



(Source : Wikipédia et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France) 







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mardi 14 novembre 2023

L'EXPLORATION SOUTERRAINE DES BASSES-PYRÉNÉES AU DÉBUT DU VINGTIÈME SIÈCLE (deuxième et dernière partie)

 

L'EXPLORATION SOUTERRAINE DES BASSES-PYRÉNÉES AU DÉBUT DU 20ÈME SIÈCLE.


Depuis des milliers d'années, les Basses-Pyrénées et en particulier la province de la Soule, au Pays Basque, possède des canyons, des gouffres et des abîmes.


pays basque autrefois soule exploration gouffres
CAÑON DE KAKOUETA SOULE
ENTREE DU GRAND ETROIT



Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien La Dépêche Coloniale, le 29 août 1910, sous la plume 

de Frédéric Lemoine :


... La forêt d'Iraty et les canons voisins. 

— La source de la grande Nive, en amont de Behérobie, sort d’une grotte où il y aurait lieu d'étudier la possibilité d'un serrement comme à Bidouze et à Fontaine-l’Evêque.



Ces eaux sont en relation plus ou moins directe avec de nombreux gouffres atteignant 100 mètres et plus de profondeur (forêt d'Orion) et où les bergers franco espagnols continuent à jeter les bestiaux morts. Le plus vaste est précisément à cheval sur la frontière ; il était rempli de charognes. Il y aurait lieu de provoquer en Espagne l’interdiction de cette pratique.



La forêt d’Iraty, une des plus belles d’Europe, est en fait inexploitée et devrait être reboisée dans sa partie supérieure ; mais les améliorations qui rendraient ainsi utilisables environ 5 600 hectares de bois ne pourront être effectuées tant qu’une modification de frontière n’aura pas eu lieu.



En effet, la majeure partie de la forêt, quoique sur le versant des eaux espagnoles, appartient à la France. Celle-ci n’a donc aucun intérêt à réaliser un travail de reconstitution qui profiterait uniquement à la nation voisine ; d'autre part, et faute de chemins, l’exploitation par la France est impossible.



L'absurde tracé des frontières du pays basque entraîne donc cette conséquence, que la merveilleuse forêt d'Iraty ne profite à personne.



Il y aurait lieu de conseiller à la diplomatie l’échange de la forêt d’Iraty française contre le Val-Carlos espagnol.



Pour l'étude des profils en long des torrents on a relevé ceux des trois canons d'Uhadjarré, de Cacouette et d’Holcarté-Olhadibie qui se rangent tous trois, au point de vue pittoresque, parmi les grandes curiosités de la France.



Le premier est presque complètement desséché par les captures souterraines de son torrent. 



Dans le second une dizaine de cavités curieuses amènent encore, pour la plupart, des résurgences qui n'ont pas encore crevé partout leurs supports marneux, mais qui fournissent d’innombrables signes de dessiccation progressive.



L’une d'elles, le trou du Mouton, est la base et l'issue — débitant encore un filet d’eau — du grand abîme du Heyle (trou d’Audiette), qui aurait 265 mètres environ de profondeur totale ; par en haut, on n'a pu le descendre qu'à 35 mètres à cause des chutes de pierres, mais il a été sondé jusqu’à 150 mètres ; par en bas, on l’a remonté jusqu’à 65 mètres de hauteur ; une expérience de matériaux jetés dans le gouffre a prouvé la communication ; avec une solution de continuité de 50 mètres, il est donc virtuellement connu et indique nettement comment les absorptions des plateaux débouchent dans les talwegs qui les drainent. C’est une constatation des plus curieuses.



Le projet de barrage du gave de Mauléon, dont la concession a été demandée le 25 février 1909, devra être sérieusement examiné et considérablement modifié parce que, tel qu’il a été conçu, il est irréalisable, inutile et nuisible.



Le canon d’Holcarté-Olbadibie surtout est une merveille unique, entièrement inconnue avant les recherches de 1908 et 1909 qui en ont exploré une étendue de 3 800 mètres sur 4 400 ; le surplus s’étant montré complètement impraticable.



Il est du plus haut intérêt que ces canons soient aussi promptement que possible rendus accessibles aux touristes dans l’intérêt général de la région et surtout de la station thermale de Salies-de-Béarn.



Au sud-ouest de Mauléon, le massif de calcaire cétacé de la forêt des Arbailles (ou de la Tigra) entre Aussurucq et Mendive est un véritable château d’eau, tout percé de gouffres — nommés lesias — et de points d'absorption analogues aux pots du Vercors et tout sillonné de vallées desséchées.



La mission y a résolu l'énigme des sources de la Bidouze.



Il y a là deux sources distantes l’une de l’autre de quelques décamètres.



La source de l'Est est de beaucoup la plus intéressante quant à l’intérieur : elle fait découvrir une belle et vraie rivière souterraine coupée de gours ou de barrages de stalagmites.



L’indépendance des deux émergences de ia Bidouze est flagrante. Et, une fois encore, que devient, en présence de ces empiriques et irréfutables constatations, l'abusive théorie des nappes d’eau.



Dans tous les abîmes et entonnoirs des Arbailles, on jette ou il tombe des bêtes mortes, ce qui rend les sources impropres à l’alimentation.



Là encore, il faut surtout respecter scrupuleusement la forêt et toute végétation du massif. Si l’on déboise, les mailles ouvertes du tamis se multiplieront, rien ne régularisera plus la propagation du liquide à travers les conduites de ce château d’eau naturel et les quatre résurgences connues acquerront un régime encore plus capricieux que maintenant. Elles passeront sans transition de l’inactivité a peu près complète, désastreuse pour les irrigations d'aval, à la pléthore innondante qui ravagera tout.



Comme utilisation pratique on doit songer à la capture industrielle de la Bidouze et sa régularisation par un serrement, un rétrécissement artificiel de l’orifice.



A l’est du pays basque, le profil en long du gave d'Ossau-Arousset a établi que les roches dures, telles que le granit, présentent une pente beaucoup plus forte que les schistes et les calcaires ; il en résulte dans les profils des bombements qui rendent la courbe de ces profils bien moins régulière que ne le suppose la théorie géographique actuellement professée.



Dans la partie moyenne du Val-de-Brousset, sur la route du Pourtalet, on pourrait étudier la création d’un barrage qui ferait refluer les eaux sur 2 kilomètres d’étendue. 



Le profil en long du Soussouéou aboutit aux mêmes conclusions que le précédent. De plus, l'emplacement choisi pour le barrage actuellement en cours d'exécution dans cette vallée pour fournir la force motrice électrique aux chemins de fer de la Compagnie du Midi, a été très judicieusement fixé sur des schistes imperméables."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




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mardi 10 mai 2022

LA CHAPELLE SAINT-SAUVEUR D'IRATY À MENDIVE EN BASSE-NAVARRE AU PAYS BASQUE AUTREFOIS

LA CHAPELLE SAINT-SAUVEUR D'IRATY.


La chapelle Saint-Sauveur d'Iraty, à Mendive, était une étape sur les Chemins de Compostelle, et un important pèlerinage y avait lieu chaque année pour la fête de l'Ascension.




pays basque autrefois religion chapelle procession
CHAPELLE ST-SAUVEUR D'IRATY A MENDIVE
BASSE-NAVARRE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet la revue Gure Herria, en juin 1921, sous la plume de L. Colas, 

Professeur au Lycée de Bayonne :



"La Chapelle de Saint-Sauveur sur le chemin de montagne menant à la forêt d'Iraty.



La forêt d'Iraty est l'une de nos curiosités pyrénéennes. Il est peu de touristes qui ne la connaissent, au moins de nom. Son accès n'est pas aisé. On nous permettra de décrire rapidement la route à suivre, mais de nous arrêter à Saint-Sauveur. Cette chapelle - véritable église par ses dimensions - est, en effet, fort intéressante.







Partant de Mendive, le touriste suit d'abord la route côtoyant la Nive jusqu'au lieu dit le Pont-Neuf de Laurhibar. Sans se laisser tenter par une excursion dans dans les gorges où gronde le torrent, il prend le sentier qui, tournant à droite, s'enfonce dans la montagne et, arrivé à la maison abandonnée (appelée Benta sur la carte), il continue par le petit chemin assez abrupt menant droit au S. Désormais, il est sur le sentier d'Iraty.




Après avoir traversé des pentes où végètent des châtaigniers clairsemés l'on arrive à la maison Partida ; à partir de ce moment commence une ascension un peu pénible. Le sentier disparaît. Il faut suivre le fond d'un petit ravin très encaissé et s'élevant par une pente assez rapide au flanc de la montagne. A l'époque des pluies, ce ravin doit être un torrent impétueux. Il est presque partout encombré d'énormes cailloux et de troncs d'arbres visiblement roulés par les eaux. Mais l'on est bien récompensé de ses fatigues en débouchant brusquement sur un plateau étroit et long (alt. maxima, 829 m), orienté S. E. - N. O.




A l'endroit précis où le ravin rejoint le plateau, se trouve une croix de fer fort modeste plantée sur un piédestal intéressant. Il est formé de trois assises assez grossièrement taillées, reposant sur des pierres formant deux degrés. L'ensemble est fort primitif et les blocs, assez mal dégrossis, ne sont pas même cimentés. Ils ont une forme octogonale avec 4 grandes faces et 4 sensiblement plus petites. Sur deux de ces faces se trouve reproduit, encadré dans un espèce de carré curviligne, ce fameux signe dans lequel plusieurs archéologues reconnaissent une forme évoluée du Svastika , et qu'ils nomment ainsi. La date - 1863 - peut très bien n'être pas celle de l'érection, mais de la réfection du monument. Une croix de pierre existait jadis sur le piédestal. Elle a été remplacée par une croix de fer.




CROIX DE FER IRATY



Un peu plus loin, et sur les bords du chemin conduisant à la chapelle Saint-Sauveur, une croix est plantée. Un nom se lit sur les deux faces : Maria de Urquin. Est-ce une tombe ou, plus simplement un monument commémoratif d'un accident ? Cette dernière supposition est la plus vraisemblable. Il n'est pas rare, d'ailleurs, de rencontrer sur les chemins du pays basque des croix destinées à rappeler une mort subite, un accident ou même un assassinat.



Quelques centaines de mètres plus loin et c'est la chapelle de Saint-Sauveur. A demi cachée dans un repli de terrain, elle paraît brusquement surgir du sol avec sa toiture renouvelée cette année même. D'ailleurs, le peu de hauteur des murs, surtout du côté O, lui permet de disparaître aisément. C'est une construction massive, trapue, dont le toit en pente très déclive ne doit pas retenir longtemps la neige. Les murs, dont l'épaisseur varie de 1m10 à 1m20 sont renforcés, du côté S. par d'énormes contreforts . La longueur totale (intérieure) doit être d'environ 22 mètres. La largueur extérieure de la façade est de 8m50. Ce qui caractérise cette construction, c'est l'élargissement de la nef en se dirigeant vers l'O. Il n'y a pas moins de "deux" reprises qui témoignent de réfections successives. D'ailleurs, une tradition orale


(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




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