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mercredi 23 septembre 2026

EZQUIOGA TERRE DE MIRACLES EN GUIPUSCOA AU PAYS BASQUE EN 1931 (deuxième et dernière partie)

 

EZQUIOGA TERRE DE MIRACLES EN 1931.


Le 30 juin 1931, à Ezquioga, village de 700 personnes, en Gipuzkoa, deux enfants de 11 et 7 ans disent avoir vu la Vierge apparaître au milieu d'un verger de pommiers.



pais vasco antes religion guipuzcoa 1931
EZQUIOGA GIPUZKOA 1931
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet J. P. Brainçère dans l'hebdomadaire Voilà, le 14 novembre 1931 :



"... En attendant l’heure de la prière en commun, du rosaire qui invoquait la nouvelle apparue, les pèlerins interrogeaient l’enfant : 


— Comment est-elle ? 


— En Douloureuse, avec un visage triste... Elle a pleuré. 



Il fallait attendre l’ombre qui confondait la terre et le ciel, les bras en croix, et les formes agenouillées. Alors s’élevait l’invocation : 


— Regina Angelorum. 


— Ora pro nobis! 



Un cri déchirait le murmure immense du rosaire. Le cri d’un voyant à qui la Vierge apparaissait. Un remous tournait dans l’obscurité. Des voix anxieuses interrogeaient : 


— Vous la voyez ? Vous la voyez ? 



Autour du voyant, pour l’empêcher d’être étouffé, les gardes civils faisaient un cercle. De loin en loin, la foule s’ouvrait : un pèlerin, frappé d’extase, qu’on emportait les yeux fermés. 



L’émotion gagna le pays. Tous les soirs, ce fut, vers la montagne d’Ezquioga, une ruée. Le douze juillet, des trains spéciaux formés par la Compagnie del Urola montèrent de la côte une foule bouleversée. Les trains-tramways noyèrent les stations d’Ormaiztegui et de Zumarraga. A Saint-Sébastien, à Victoria, à Pamplona, il ne restait dans les rues ni un autocar, ni un taxi. A huit heures du soir, vingt-cinq mille pèlerins agenouillés entonnaient en basque "Egi zu zuk, co Maria". 


— Ama, zer deseatzen zaizu? Mère, que veux-tu ? Je te vois. Je vois ton manteau noir et ta couronne aux étoiles brillantes ! — criait une voix qui pinçait les nerfs. 



Victor Salazar, d’Alzazeta, Ramon Vasquez, Ramona Garmendia, de Gaviria, Evarista Galdos, Emila Bedoya, Maria de los Dolores Nunez voyaient la Vierge Douloureuse. Et Eugenio Uralde aussi, l’enseveli vivant qu’elle venait de sauver. L’un après l’autre, on les emportait dans la maison Bereciartua, où les médecins d’Ezquioga et de Zumarraga avaient organisé un poste de secours. 



Les jours suivants, les miracles se multiplièrent. Déchirés en reliques, les arbres où la Vierge était apparue furent remplacés par des croix, les ex-votos poussèrent leurs touffes de gui. Pour éviter les étouffements, il fallut entourer les voyants d’une enceinte de planches épaisses. 



Ce fut alors qu’on vit tomber sur le front Goicoechea, d’Ataun, un garçon magnifique, qui était monté à Ezquioga pour s’amuser, et qu’il fallut porter au poste de secours, évanoui.



pais vasco antes religion guipuzcoa 1931
GOICOECHEA
VOILA 14 NOVEMBRE 1931



Cependant, le vicaire général du diocèse, Justo de Echeguren, se réservait, et niait tout caractère officiel au rosaire d’Ezquioga. 



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EZQUIOGA GIPUZKOA 1931
PAYS BASQUE D'ANTAN


Un silence relatif s’était fait sur les apparitions lorsqu’une jeune fille de seize ans, Ramona Olazabal, tombée en extase, annonça pour le quinze octobre un grand événement miraculeux. Le quinze octobre — comme me l’avait dit le chauffeur-secrétaire de la Confédération Nationale du Travail une affluence énorme envahissait la campa. Après le troisième rosaire, Ramona Olazabal s’approcha de l’enceinte réservée aux voyants, poussa un cri, étendit les bras. Et l’on vit sur ses mains les plaies miraculeuses. Des centaines de mouchoirs vinrent étancher son sang. Lorsqu’elle fut revenue à elle, la stigmatisée raconta : 


— J’ai été blessée par Elle. Elle avait une épée dans chaque main, Elle m’a dit d’étendre les bras, les paumes vers le ciel. J’ai obéi. Je n’ai pas souffert. 



Le dimanche suivant, dix-huit octobre, plus de quatre-vingt mille pèlerins assiégeaient la croix miraculeuse d’où était descendue la Vierge aux épées.



pais vasco antes religion guipuzcoa 1931
SUR LA ROUTE D'EZQUIOGA
VOILA 14 NOVEMBRE 1931



— Un simple calcul — me dit le portier de l’hôtel Donostiarra, à qui la morte-saison faisait des loisirs — Quatre-vingt mille personnes à quinze centimes par personne. Car ils ont mis l’entrée dans la campa à quinze centimes. Cinq mille voitures au stationnement, à une peseta par voiture. Et voilà pour les organisateurs ! Toutes les maisons d’Ezquioga ont fait fortune. La femme de chambre de votre étage a payé dix-huit pesetas une côte de mouton comme un doigt. Elle n’avait qu’à emporter son omelette, comme les autres, ou se contenter de "churros" — les "churros" sont des pâtes de farine à l’huile — car il y a là-haut, maintenant, des marchands de "churros", comme dans les fêtes foraines. ... 

D’ailleurs, vous pensez, ces bandes de jeunes gens et de jeunes filles, la nuit, avec ces réjouissances qui ne commencent que lorsqu’on n’y voit plus. Les gardes civils ont eu du travail ! 


— Rafaël ! Ce ne sont pas des choses à dire à un étranger, interrompit la téléphoniste, coiffée à la Joséphine Baker. Le portier se retourna : 


— Toi, d’abord, tu sais que ta médaille de la Vierge d’Ezquioga ne vaut pas un cupronik. Le vicaire général Echeguren les a interdites. Monsieur, vous n’avez aucune idée de ce commerce. Les spécialistes se sont abattus sur Ezquioga, après avoir exploité le Christ de Limpias. Avec leurs gravures, leurs rosaires et leurs médailles. Et, si Ezquioga rate, avant la basilique et les hôtels, ils s’en iront ailleurs.



pais vasco antes religion guipuzcoa 1931
CHRIST DE LIMPIAS


— J'ai rencontré là-haut, dans un public de boutique foraine, un de mes vieux amis : un homme qui vous soulage de votre portefeuille sans que vous y voyiez goutte. "Je suis venu ici pour mes affaires, me confia-t-il. Si vous ne me donnez pas aux gardes civils, je vous raconterai quelque chose... Allons dans votre voiture. J’ai ici tellement de confrères ! Je l’ai emmené dans ma voiture, et voici ce qu’il m’a raconté. Le coup aurait été fait par un "carterista", un voleur de portefeuilles surnommé "le Voyageur", et spécialisé dans le cambriolage des troncs d’église. "Le Voyageur" avait été parmi les premiers pèlerins d’Ezquioga, et sa meilleure affaire avait été la bourse d’un touriste chilien venu là pour les attractions de la nuit. Une bourse de sept mille cinq cents pesetas. Mais septembre avait amené, avec une baisse du chiffre des visiteurs, un sensible ralentissement des affaires. Il fallait, pour les rétablir, une reprise des miracles. "Le Voyageur" tenait son idée... Le quinze octobre, il se glissait auprès de Ramona Olazabal, lorsque celle-ci tombait en extase, et lui ouvrait furtivement les mains avec le "chino", la lame de rasoir de la profession, qui fend les poches des vestons et les vide de leurs portefeuilles. La foule revenait... Voilà où j’en suis. Mais je n’avais jamais mis en doute la bonne foi de Ramona Olazabal, qui, dès avant les événements d’Ezquioga, faisait du somnambulisme, au point que les gens chez qui elle servait, rue Prim, comme femme de chambre, avaient dû la remercier. Il faudra aussi tirer au clair la question de l’homme à la canne, cet inconnu qui ne quittait pas la stigmatisée d’une semelle, et qui paraissait la tenir sous son pouvoir. Vous verrez que l’Espagne républicaine sait se défendre des fantômes. Et des chevaliers d’industrie ! Vous verrez !"



Le soir même, le photographe chez qui j’allais faire développer mes films me montrait l’un de ses opérateurs, un garçon de seize à dix-sept ans, pâle, le regard vide : 


— Figurez-vous que c’était le plus gai de mes employés, un boute-en-train ! Dimanche dernier, il a décidé ses camarades à monter à Ezquioga, histoire de s’amuser : "Mais quoi, c’est une romeria, une fête comme une autre !" Avec toutes ces jeunes filles... Enfin, vous avez entendu les mauvaises langues. Et bien, il est brusquement tombé à genoux : il voyait la Vierge. Il a fallu l’emporter. Depuis lors, il est méconnaissable. 



J’ai passé ma dernière nuit de Saint-Sébastien à "Tabarin", un cabaret où, à cette saison de l’année, des figurantes engagées pour un mois jacassaient autour d’une piste vide. 


— Montre-la-moi ! — disait une petite fille malaguena aux volants verts, aux bras chargés de bracelets de cuivre. — Qu’elle est jolie ! 



De son ongle rouge, elle nettoya la petite image de la Vierge d’Ezquioga. — Elle est plus jolie que celle de Lourdes. 



Le maître d’hôtel qui somnolait s’approcha pour voir :


— C’est bien ça. Mon neveu Juan l’a vue le dix-huit. Vous n’êtes pas encore monté à Ezquioga ? 



La petite malaguena aux volants verts, un peu inquiète, regarda vers moi. Puis, croyant que je ne l’entendais pas :


— Nous pourrions y aller dimanche ? Moi, je voudrais voir le jeune homme qui marche sans toucher par terre. Mais j’aurais très peur ! 



Le saxophone se pencha, pour se mêler à la conversation, qui continua à voix basse. A cause du froid de la nuit, les femmes se serraient dans leurs châles, et frissonnaient.



Je suis monté, moi aussi, à la campa d’Ezquioga. 



A droite et à gauche, deux masses d’arbres approfondissaient l’ombre. En face de moi, sur le ciel qui les frappait de lumière, la croix et les bois morts des apparitions prenaient figure de calvaire. Au pied de cette croix, qui attire la foudre et le miracle du ciel, il me semblait entendre, déchirée par les cris extatiques, la mer murmurante du rosaire. Pourtant nous étions seuls, avec le compagnon de route qui m’avait suivi comme on suit un fou. 



pais vasco antes religion guipuzcoa 1931
CROIX ET BOIS MORTS
VOILA 14 NOVEMBRE 1931


— Vous voulez voir la Douloureuse ? dit une voix qui paraissait monter de la terre. 



Nous vîmes une vieille femme sortir d’un fourré. Elle répéta : 


— Vous voulez voir la Douloureuse ? Alors, attendez avec moi. Lorsqu’il n’y aura plus qu’un peu de lumière au bout de la croix, elle en descendra. Vous la verrez alors comme je la vois, et elle vous parlera comme je vous parle. Mais il faut que ce hibou se taise. 



Le jour se retirait de la croix. 


— Allons-nous en, me souffla mon compagnon, d’une voix changée."




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)









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dimanche 23 août 2026

EZQUIOGA TERRE DE MIRACLES EN GUIPUSCOA AU PAYS BASQUE EN 1931 (première partie)

EZQUIOGA TERRE DE MIRACLES EN 1931.


Le 30 juin 1931, à Ezquioga, village de 700 personnes, en Gipuzkoa, deux enfants de 11 et 7 ans disent avoir vu la Vierge apparaître au milieu d'un verger de pommiers.



pais vasco antes religion guipuzcoa 1931
EZQUIOGA GIPUZKOA 1931
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet J. P. Brainçère dans l'hebdomadaire Voilà, le 14 novembre 1931 :



"Les pays Latins, où les têtes sont chaudes et le soleil parfois éblouissant, ont toujours eu l’apanage des apparitions miraculeuses, qui, assez curieusement, coïncident toujours avec les évolutions religieuses. 


Voici les opinions véhémentes et contradictoires d’un peuple, encore à peine émancipé, sur  le dernier en date de ces troublants miracles. 


Voici ce qu’a vu "là-bas" notre envoyé spécial :


Ainsi, vous êtes venu pour vous renseigner sur les miracles d’Ezquioga ? La nouvelle est déjà arrivée chez vous ? 



Et je vis un sourire avare poindre sur la figure tannée, bleue et brune, une lueur passer dans les yeux qui ne quittaient pas la route. 



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EZQUIOGA GUIPUSCOA 1931
PAYS BASQUE D'ANTAN


Ce chauffeur était un incrédule, qui m’avait dit d’un air d’orgueil, quelques instants plus tôt : Vous autres, Français, il vous a fallu quarante ans de République pour voter la séparation. Nous, nous l’avons eue en six mois !...



Les apparitions miraculeuses, n’est-ce pas ? Et la jeune fille blessée aux mains par des épées divines, hein ?... 



Et, brusquement, sa figure se durcit, et d’une voix changée :


Vous voyez cette montagne, me dit-il, en parcourant du doigt le cercle de sommets qui, depuis le môle de la Rhune jusqu’aux nuages cuivrés du couchant, fortifiait l’horizon du Sud. C’était de là que pouvait venir la guerre. Et c’est là, très précisément, qu’est apparue la Vierge d’Ezquioga... 



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EZQUIOGA GUIPUSCOA 1931
PAYS BASQUE D'ANTAN


Je n’avais plus qu’à laisser parler l'oracle.



Vous ne savez pas ce que cache cette montagne ? Tout simplement Saint-Ignace de Loyola, la forteresse des Jésuites. Un immense palais, avec des chambres aux murs d’argent, où ils avaient entassé des trésors comme la République n’en verra jamais. Après la Révolution, ils avaient pensé à se défendre. Nous avons failli avoir la guerre civile. Toute cette montagne est habitée par des paysans ignorants, fanatiques, prêts à marcher à la première sonnerie des cloches de Loyola. Vous ne connaissez pas ces "caserios", ces maisons perdues dans les rochers ? Quelques fusils pouvaient y arrêter des compagnies. 



Mais les apparitions d’Ezquioga ? 



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EZQUIOGA GUIPUSCOA 1932
PAYS BASQUE D'ANTAN


J’y arrive. Partout ailleurs, les gens avaient immédiatement oublié le chemin de la messe chez nous. Ces Basques montagnards, eux, restaient illuminés. Mais, pour les encourager à se battre, il fallait bien les remuer un peu. Une bonne apparition de la Vierge, vous comprenez, rien de pareil pour agiter le pays ! Alors, la Vierge est apparue dans la campa d’Ezquioga, à deux pas de Saint-Ignace. Les montagnards devenaient fous. Il n'y avait plus qu’à sonner le tocsin. 



Et les armes ? 



Elles venaient de chez vous. En France, vous avez poussé trop loin l’amitié pour Alphonse XIII... Et vous avez, sur la frontière basque, d’excellents contrebandiers qui aiment s’enrichir. Mais nous, nous avons eu la chance d’avoir au gouvernement un chef comme Manuel Azana, qui ne porte pas précisément les Jésuites dans son cœur, et qui a la main dure. Les derniers jours d’août, tandis que les miracles d’Ezquioga battaient leur plein, les carabiniers mettaient la main sur un grand dépôt d’armes et de munitions à la frontière des Aldudes. Et, en septembre, c’étaient les grandes manœuvres... 



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MANUEL AZAÑA
PRESIDENT REPUBLIQUE ESPAGNOLE
DU 11 MAI 1936 AU 3 MARS 1939



Mon interlocuteur s’interrompit : 


Des manœuvres comme on n’en a jamais vues. Avec des troupes d’infanterie, des troupes sûres... Un coup de filet en remontant, de Logrono et Pamplona, jusqu’à Dijon et Oviedo, et je vous prie de croire que les nids de mitrailleuses ont été nettoyés. Sans combat d’ailleurs. Sur les rochers, les patrouilles comptaient les Winchester et les Maxims. Plus de nouvelles de Loyola. Plus de nouvelles de la Vierge d’Ezquioga... Jusqu’à la mi-octobre. Le quatorze octobre les quatorze sont toujours pour nous de grandes dates — Alcala Zamora démissionne, l’article 24 de la Constitution, qui dissout les Jésuites, est voté. Ecoutez bien ceci, et vous serez édifié sur les miracles d’Ezquioga : dès le quinze, Ramonita Olazabal, la stigmatisée, apparaissait avec les blessures miraculeuses. Une foule insensée montait à Ezquioga pour baiser ses plaies. Il fallait mobiliser la garde civile et les miqueletes. Et le voyant Goicoechea, inspiré lui aussi par la Vierge, annonçait la contre-révolution pour le dix-sept... Heureusement que nous avons un Azana. Le dix-sept octobre est passé, et nos cinq mille Jésuites n’ont plus qu’à faire leurs malles, Si vous y tenez, nous vous les enverrons. Et la Vierge d’Ezquioga n’insiste plus !



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ANTONIA ET ANDRE BEREZIARTA
EZQUIOGA GUIPUSCOA 1931


Votre chauffeur ? C’est un secrétaire de la CNT, un Catalan, aussi étranger pour nous autres Basques qu’un Français — me dit le capitaine d’artillerie qui m’avait donné rendez-vous à neuf heures au bar Yacaré. — Il aurait pu vous raconter l’histoire du soldat et de la fontaine, qui a fait plus de bruit qu’aucun discours de chef républicain. Au cours de ces fameuses manœuvres, un soldat, qui s’était moqué en public des miracles d’Ezquioga, aurait voulu remplir sa gourde à une source voisine du lieu des apparitions. Mais, chaque fois qu’il en approchait le goulot de sa gourde, le filet d’eau pure se changeait en boue... Croyez à cette histoire symbolique. Tout ce qu’ils approchent se change en boue. 



La veille, ce bar Yacaré, où fréquentent les fidèles de la monarchie, avait servi de théâtre à un autodafé : un autre officier d’artillerie, l’arme aristocratique, avait brûlé au feu de son cigare un drapeau de la République. Cinq cents pesetas d’amende. Pas un sou de plus que pour le lieutenant qui avait crié : "Vive le Roi !" à la Taverne basque. 



— Interrogez donc les gens d’ici. Faites-vous raconter les événements d’Ezquioga. Et permettez-moi de vous rappeler l’aventure des quatre Riojanos — me dit l’officier —. Ces quatre Riojanos, c’étaient de gros marchands de bestiaux. Quelque chose comme ces grands bouchers de chez vous, qui se font servir au Cochon d’Or une entrecôte à vous nourrir une semaine. Des gens peu disposés aux apparitions ! Ils passaient par Ezquioga, et à jeun, notez bien ! lorsque la Vierge leur est apparue au milieu de la route. Ils ont arrêté leur voiture, se sont prosternés dans la poussière, et ils ont cherché dans leur tête tout ce qu’ils savaient de prières. Croyez qu’ils ont perdu toute envie de plaisanter.



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EZQUIOGA GUIPUSCOA 1931
PAYS BASQUE D'ANTAN


Le sept juillet dernier, alertés par des téléphones de miracle, les journaux de Saint-Sébastien lançaient leurs reporters dans la montagne de Vizcaye. Seule, la "Voz de Guipuzcoa" se réservait avec cette note d’humour : "Office National du Tourisme... Communiqué : Les environs d’Ezquioga sont si pittoresques que nous ne nous étonnons pas qu’ils aient reçu la visite de la plus haute personnalité touristique..." Mais, à la nuit tombante, plus de cinq mille personnes se pressaient dans la campa d’Ezquioga devant les arbres où la Vierge était apparue pour la première fois au petit Andres Bereciartua. Plus de deux cents voitures embouteillaient la route. On attendait les forces de police demandées par courrier rapide au gouverneur."



A suivre...




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)









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mardi 1 juillet 2025

DES APPARITIONS DE LA VIERGE À EZQUIOGA EN GUIPUSCOA AU PAYS BASQUE LE 30 JUIN 1931


APPARITIONS DE LA VIERGE EN GUIPUSCOA EN 1931.


Le 30 juin 1931, à Ezquioga, village de 700 personnes, en Guipuscoa, deux enfants de 11 et 7 ans disent avoir vu la Vierge apparaître au milieu d'un verger de pommiers.

jeudi 23 mars 2023

UNE ENQUÊTE À EZQUIOGA EN GUIPUSCOA DANS LES PROVINCES BASQUES EN NOVEMBRE 1931 (quatrième et dernière partie)

 


ENQUÊTE DANS LES PROVINCES BASQUES EN 1931.


Le 14 avril 1931 est proclamée la Deuxième République espagnole, à la suite des élections municipales et le roi Alphonse XIII part en exil sans avoir abdiqué.



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EZQUIOGA GUIPUSCOA 1931
PAYS BASQUE D'ANTAN





Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien Le Journal, le 13 novembre 1931, sous la plume 

d'Edouard Hesley :


"Le "Journal" en Espagne.



Les stigmates de Ramona.


(De notre envoyé spécial) Ezquioga, octobre.



Je crus d'abord que le chauffeur t'était égaré. On m'avait annoncé une affluence énorme, nous avancions dans un désert. A peine si la vie se manifestait de loin en loin sous les espèces d'un charretier poussant une paire de bœufs attelés sous un seul joug, une peau de mouton leur pendant sur le front. Et, subitement, à un détour du chemin, nous voilà pris en plein dans un embouteillage.



Des autos de tous les modèles et de toutes les dimensions encombrent la route sur un bon kilomètre, empiètent largement sur les prés. On se croirait aux abords d'un champ de courses et, pour compléter la ressemblance, voici quelques baraques assiégées par la foule. 


pais vasco antes religion guipuzcoa 1931
EZQUIOGA GUIPUSCOA 1931
PAYS BASQUE D'ANTAN

On n'y distribue pas de tickets !



Les unes débitent des images pieuses et des chapelets, les autres de la friture et de la limonade. Jésus chassait à coups de fouet les vendeurs du Temple. La bonne Vierge sans doute est plus indulgente. Approchons.



La voici. Ces cartes postales et ces chromos de divers calibres offrent à notre vénération Notre-Dame d'Ezquioga, telle qu'elle apparaît ici chaque jour... C'est une Mater Dolorosa.



Elle a un beau visage plein, à la Rubens, tourné de trois quarts vers la gauche. Un glaive lui transperce le sein. Son voile est savamment drapé et une large auréole d'étoiles entoure son front.



Ainsi la virent tout d'abord, un soir, de juillet dernier, deux petits bergers, Andrès et Antonia, huit ans et dix ans. Elle marchait là-haut, dans le ciel, juste au-dessus des arbres, à cet endroit où s'élève une grande croix fleurie de vingt bouquets. A cette nouvelle, on accourut, des environs d'abord et bientôt de plus loin. Et voilà que d'autres, très vite, se mirent eux aussi à La voir !



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ANDRES ET ANTONIA BERECIARTUA
EZQUIOGA GUIPUSCOA 1931


Non pas une fois, par hasard, mais autant qu'ils veulent. La Vierge ne manque jamais au rendez-vous.



A tous elle se montre toujours sous les mêmes traits. La pose ni le costume ne changent. La seule différence, c'est qu'aux uns elle parle et qu'aux autres elle ne dit rien. Mais on n'est pas très bien fixé sur ses propos.



L'endroit est assez écarté. A gauche de la route, où sont groupées peut-être cinq ou six maisons, s'élève une pente argileuse, nue et très escarpée, formant une espèce de cirque assez vaste. On me dit que, dimanche dernier, plus de soixante-dix mille personnes étaient réunies là, et je le crois sans peine, à voir le sol littéralement tapissé de papiers graisseux et de reliefs de charcuterie, vestiges d'agapes improvisées.



Le soir va tomber. Déjà la lumière décroît. Nous sommes en semaine. Mais l'animation néanmoins demeure très grande. Des groupes de pèlerins grimpent ou dévalent, non sans glissades involontaires le long des degrés qu'on a tant bien que mal ménagés dans la glaise. Deux sœurs en grande cornette blanche aident une très vieille paysanne à se tenir debout. Un capucin, tête nue, avec une barbe de cirage et des yeux de bitume, descend d'un pas assuré, tandis que deux moines, en robe blanche et en manteau noir, une croix de laine rouge brodée sur l'épaule gauche, commencent l'ascension de ce petit Golgotha.



Lâchons les choquantes guinguettes qui nous ont d'abord arrêtés. Montons, nous aussi. Tout au sommet, au revers de la crête, face à la croix de plusieurs mètres qui marque le lieu des apparitions, on a dressé une estrade de bois blanc à laquelle on accède par un petit escalier.



Sur cet échafaud, se détache d'abord la silhouette d'un prêtre, que vous voyez de dos, encadré de deux miquelets en béret rouge, baïonnette au canon. Tout alentour, les gens se hissent de leur mieux pour essayer de voir. En voilà cinq, cinq gaillards dégourdis, qui ont poussé, drôles de fruits, aux branches d'un petit prunier. Deux ou trois mille personnes seulement — nous sommes un jour creux — attendent là depuis des heures. Elles ne voient pas la Sainte Vierge, et vous ne la verrez pas non plus. Elles voient ceux qui disent qu'ils La voient.



Pour l'instant, ces privilégiés ne sont que deux. Il y a une blonde toute dolente, allongée sur un matelas comme une jeune accouchée et qui, toute à son extase, semble à peine respirer. Il y a surtout un homme d'environ vingt-cinq ans, au visage de marbre, qui se donne beaucoup de mouvement.



pais vasco antes religion guipuzcoa 1931
EZQUIOGA GUIPUSCOA 1931
PAYS BASQUE D'ANTAN


Il était d'abord agenouillé. Une dame en corsage grenat le soutenait sous les aisselles, aidée par un monsieur grave à mine d'officier. Puis il s'est levé, comme mû par un ressort. C'est le soir... Une lune d'or fin se dessine dans un ciel encore transparent. Les premières étoiles s'éveillent. Le visionnaire étend les bras, bat l'air de ses paumes ouvertes, dans une contraction spasmodique et sans proférer un son. Brusquement, il fait un saut comme s'il allait s'envoler...



L'obscurité pâlit les lignes du paysage. Un souffle étrange émane de ces gens agglomérés. Un prêtre de haute stature psalmodie les litanies.


— Rosae mystica !

— Turris eburnea !

— Fœderis Arca !



A chaque invocation, la foule répond d'une voix tremblante :


— Ora pro nobis !



Ou bien ce sont des hymnes, ou des cantiques basques, ou des dizaines de chapelet récitées tout haut en chœur... Il va faire tout à fait nuit... On allume des lanternes... Des soupirs aigus sortent, par instants, de la foule. Soudain, un grand cri, près de moi. On relève une jeune fille qui vient de s'évanouir. On l'emporte à bras, au milieu d'un grand mouvement de vénération. Elle est raide comme un morceau de bois.


— Oh ! me dit une de mes voisines, je la connais bien. C'est Lolita Nunez. Elle est de Tolosa, comme moi. Ça ne m'étonne pas beaucoup, vous savez. Elle a l'habitude. Chaque fois qu'elle voit au bal un de ses copains danser avec une autre, elle tombe comme ça...



Je regarde Lolita. Joli visage un peu trop fin, le nez un peu trop mince, l'ovale du menton un peu trop allongé. Elle vient de rouvrir les yeux, des yeux bleus encore égarés. Dix-sept ans ? dix-huit ans peut-être. Un teint délicat. Le pied petit et bien chaussé.



Je poursuis la conversation.


— Est-elle d'une famille aisée ?

— Elle ? Pensez-vous !...Tout le contraire. Mais maintenant, vous comprenez, des marquises et des comtesses sont après elle toute la journée !



Lolita, décidément, n'a pas une bonne presse.



Mais la grande vedette, pour l'instant, c'est Ramona Olazabal.




pais vasco antes guipuzcoa religion 1931
EZQUIOGA GUIPUSCOA 1931
PAYS BASQUE D'ANTAN



— Ah ! celle-là, me dit-on... Si vous entendiez sa voix ! On en est tout remué en dedans.



Je vais l'entendre justement. Et, certes, en ce pays d'émission gutturale, elle parle assez doucement. Ce fut sans doute, dès ses premières visites à Ezquioga, une des raisons de son prestige. Car elle eut tout de suite du prestige.



Une de ses amies me glisse bien : — Vous savez, c'est quand même drôle que la Sainte Vierge ait choisi celle-là... Elle courait les bals tous les soirs et buvait avec tous les gars...



Mais cette insinuation trouve assez peu d'écho. Pensez ! Après ce qui s'est passé !



Ramona habite Beizama, à trente kilomètres d'ici. Elle vint par curiosité, tout à fait au premier temps des apparitions, le dimanche du Carmel, qui tombait, je crois, le 16 juillet. Et voilà que, du premier coup, la Sainte Vierge lui apparut. Elle ne cessa plus de fréquenter Ezquioga et, n'est-ce pas ? vous auriez sûrement fait comme elle. Mais une grâce toute spéciale lui était réservée... Attendez un peu.



Au commencement de ce mois d'octobre, la Sainte Vierge lui dit un soir :


— Ramona, trop d'incrédules viennent ici dans un esprit de dénigrement. Je veux faire un miracle qui frappe tous les yeux et je t'ai choisie, toi. Tu peux annoncer à tout le monde qu'il se passera une chose étonnante, mercredi prochain.



Le mercredi, vous le pensez bien, Ramona accourut à Ezquioga... Elle monta jusqu'à l'estrade, face à la croix. Il faisait déjà très noir. Elle donnait les signes d'une vive agitation. Elle s'agenouilla, les bras étendus, les poignets en croix, les mains ouvertes, la paume vers le sol... Soudain, elle poussa un grand cri et se renversa, la tête en arrière. On l'entoura. Elle portait au dos des mains des coupures très nettes et saignait abondamment. La foule, fanatisée, lui arracha des lambeaux de sa robe. Chacun voulait tremper un coin de son mouchoir dans le sang de la miraculée. Des médecins s'empressèrent. Elle leur répondit, comme en extase :



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EZQUIOGA GUIPUSCOA 1931
PAYS BASQUE D'ANTAN

— Merci, merci. Je ne sens rien.



La voici. Elle est grande, robuste, quoique le visage ait quelque chose d'aigu que rend mal la photographie. (Ah ! cette photographie, combien j'ai eu de peine à me la procurer... J'avais l'air de vouloir profaner une relique...) Elle a les pommettes très rouges, l'œil petit et enfoncé, mais d'un beau ton mordoré. J'ai peine à l'approcher. Cent personnes se bousculent à qui lui baisera la main. Enfin, elle consent à me recevoir dans sa chambre. Elle n'a rien de sauvage et répond poliment.


— Voyez-vous la Vierge chaque jour ?

— Oui, chaque jour. 

— Ici seulement ?

— Ici seulement.

— Depuis quand ?

— Depuis près de trois mois.



Nous en venons au fameux miracle. Ramona m'explique :


— Depuis plus d'une semaine déjà, n'est-ce pas ? la Sainte Vierge m'avait prévenue. Alors, ce soir-là, très tard, il faisait nuit, je l'ai vue descendre du ciel au-dessus de la croix fleurie. Elle est venue vers moi. Elle avait une épée lumineuse dans chaque main. Elle m'a percée comme avec des banderilles. Je n'ai pas souffert. C'est seulement en arrivant ici que j'ai vu du sang.


pais vasco religion antes guipuzcoa 1931
EZQUIOGA GUIPUSCOA 1931
PAYS BASQUE D'ANTAN

Elle soulève, pour me montrer ses "plaies", ses volumineux bandages. Sur la main droite, je vois une coupure peu profonde, deux sur la main gauche. Ce sont des estafilades franches qui paraissent beaucoup plus provenir d'une lame de rasoir mécanique que d'un glaive divin.


— Ça ne me fait pas mal, vous savez, me dit Ramona.



Comme preuve, elle frappe en riant ses blessures l'une contre l'autre.


— Tenez, ajoute-t-elle, vous pouvez toucher.



Mais sa plus intime amie, la jeune Josefa Lasa, est venue se mêler à l'entretien. Josefa a une mine bien curieuse, une expression renfrognée. Elle aussi, un beau soir, est redescendue de là-haut avec une égratignure. Elle a l'air tout scandalisé. Et comme je vais prendre la main que me tend Ramona, c'est Josefa qui s'écrie :


— Non... non... il ne faut pas.



pais vasco religion antes guipuzcoa 1931
EZQUIOGA GUIPUSCOA 1931
PAYS BASQUE D'ANTAN


... J'ai quitté Ezquioga à la nuit close. Des pèlerins chantaient encore leurs cantiques dans le noir. Leur voix m'a poursuivi assez loin sur la route.



Cette histoire vous semblera peut-être vide de sens. On a cherché diverses explications. On a d'abord parlé d'un mystérieux médecin, appuyé sur une grande canne, qu'on aurait vu près de Ramona le soir du "miracle", et on l'a soupçonné d'avoir adroitement stigmatisé la demoiselle à l'aide d'un bon bistouri.



Puis, on s'est écrié :


— C'est sûrement un coup d'Arpon.



Arpon est un éminent carteriste — on nomme ainsi en Espagne les pickpockets — des plus connus dans la région. Il aurait imaginé d'abuser de l'état d'hypnose où se trouvent plongées, le soir, certaines visionnaires, pour fabriquer un miracle de son cru afin d'attirer à Ezquioga une foule immense, aux dépens de laquelle il pût aisément "travailler".



Je crois savoir qu'à l'évêché, on penche pour une explication beaucoup moins subtile. Ce serait Ramona elle-même qui se serait frappée...



Peu importe ce qu'il en est vraiment. Une seule chose est à retenir, c'est que, depuis quatre mois, sur des affirmations souvent assez grossières de personnes de peu de crédit, traitées d'ailleurs en suspectes par le haut clergé, les pèlerins du pays basque n'ont pas cessé d'affluer. Ce qui s'impose à l'attention, c'est l'état d'esprit d'une population qui vit dans une familiarité assez intime avec les habitants du ciel pour trouver parfaitement naturel de voir la Sainte Vierge apparaître chaque soir en robe d'apparat, avec un nimbe d'étoiles et le sein déchiré.



Et ce que le gouvernement espagnol n'aura pas manqué de noter, c'est cette température morale ainsi portée au plus haut point par des récits quotidiens de nouveaux miracles. Pareille ambiance dispose sans doute assez mal le peuple basque à subir passivement ce qu'il considérerait comme une atteinte à sa foi.



Et quand je parle des Basques, j'ai tort. Il ne faut pas oublier la Navarre. Elle aussi surveille sévèrement les hommes de Madrid. Elle aussi se replie sur elle-même. Si vous en doutez, c'est très simple, venez à Pampelune. Là, vous apprendrez sans peine ce que c'est que le pacte de Saint-Sébastien. Là, vous percerez le sens véritable des amendements d'Estella."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)








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mardi 19 novembre 2019

APPARITIONS DE LA VIERGE À EZQUIOGA EN GUIPUSCOA AU PAYS BASQUE LE 30 JUIN 1931


APPARITIONS DE LA VIERGE EN GUIPUSCOA EN 1931.


Le 30 juin 1931, à Ezquioga, village de 700 personnes, en Guipuscoa, deux enfants de 11 et 7 ans disent avoir vu la Vierge apparaître au milieu d'un verger de pommiers.