LE REMPLACEMENT DE PIERRE LOTI À L'ACADÉMIE FRANÇAISE EN JUIN 1926.
Après la mort de Pierre Loti, le 10 juin 1923, à Hendaye, il est remplacé à l'Académie Française, au fauteuil N° 13, 3 ans plus tard, jour pour jour, le 10 juin 1926, par le peintre Albert Besnard.
ALBERT BESNARD 10 JUIN 1926 PHOTO AGENCE ROLL
M. Albert Besnard est élu à l'Académie française le 27 novembre 1924, devenant le premier
peintre à entrer dans cette institution, depuis 1760.
Son épée d'académicien est l'oeuvre d'Antoine Bourdelle.
Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien Le Figaro, le 11 juin 1926, sous la plume de Ch.
L'un et l'autre ont dessiné d'émouvantes images de Pierre Loti.
Il était impossible que la solennité d'hier n'eût point un grand éclat, tempéré d'une rare élégance et d'une mélancolie très douce.
Pour entendre un nouvel hommage à la mémoire de l'auteur divin d'Aziyadé, de Pêcheur d'Islande, des Désenchantées, de tant de merveilleux poèmes, hommage rendu par un peintre illustre et par un maître du verbe, la foule se pressait sous la Coupole, une foule qui unissait l'élite des lettres et des arts à la fleur de la société parisienne.
M. Albert Besnard, élu par l'Académie française à la place vacante par la mort de Pierre Loti, venait prendre séance, et M. Louis Barthou l'accueillait au nom de la Compagnie.
Quand le récipiendaire parut entre les deux parrains, M. Marcel Prévost et M. Henri-Robert, on l'acclama ; et tout de suite, M. Barthou donna la parole au directeur de l'Ecole des beaux-arts, ancien directeur de l'Académie de France à Rome, grand-croix de la Légion d'honneur, pour son remerciement.
Ce remerciement fait, M. Albert Besnard dit :
"J'ai le devoir d'expliquer Pierre Loti. Mais ne dois-je pas vous avouer, dès le début, que ma façon de le présenter sera plutôt d'un peintre que d'un écrivain. Car j'eusse considéré comme inopportun de ma part, peut-être même sacrilège, d'en parler en critique, fût-ce pour le louanger."
Et c'est en peintre, en effet, qu'il esquisse l'enfance, la jeunesse, la vie du magicien Pierre Loti, mais en maître peintre qui sut donner à son esquisse toutes les valeurs du coloris et du dessin, tous les plus beaux effets de lumière et d'ombre.
Pourtant, au cours d'une brève analyse des romans du poète magnifique, M. Besnard se montra critique délicat et subtil.
D'abord, il nota que durant toute son existence, Pierre Loti fut poursuivi par la hantise de la mort, qui lui inspirait plus de haine que d'horreur véritable :
"Heureusement que l'artiste excelle à se servir de tout ce qui peut mettre en valeur son individualité ; ainsi Loti, haïssant la mort, s'en sert pourtant, mais il la punit en lui donnant dans ses livres, le rôle odieux... Je le comparerai aux peintres parce que, comme eux, il use de certaines préparations ; les uns ébauchent en bleu, les autres en noir. Loti ébauche en gris, et, grâce à cette méthode, il extériorise en les enlevant en clair sur un fond vigoureux, les luttes intérieures , les sursauts de l'âme, tout en leur offrant comme protagoniste un être idéal qui est lui-même, parlant toujours le même langage. A l'entendre, ses lecteurs gagnent l'illusion d'une présence continuelle qui leur est devenue chère. Ils le reconnaissent à la mélancolie de ses accents. Car avec un sens très avisé de la volupté humaine, il a compris vite que si les hommes aiment la joue, ils lui préfèrent la douleur. Non celle qui fait crier, mais l'autre, compagne plus discrète, qui est la tristesse. Et opportuniste subtil, il le partage avec eux."
Le premier livre de Pierre Loti, dit M. Besnard, c'est Aziyadé :
ROMAN AZIYADE DE PIERRE LOTI
"L'admirable paysage dont l'a entourée son tuteur empêchera à tout jamais le lecteur de s'apitoyer comme il le devrait sur le sort de cette petite éphémère blottie dans es étoffes somptueuses, tout au fond de cette barque qui flotte silencieusement sur les eaux calmes de la Corne d'Or ; si calmes qu'elles semblent avoir cédé la place au ciel. Ce giaour qui est à ses pieds est un des plus grands paysagistes du monde et un grand poète aussi. Il dit à sa compagne (comme il peut, car il ne parle pas encore le turc) : "Dans trois heures, il faudra partir, quand la Grande Ourse se sera renversée dans le grand ciel immense", indiquant ainsi d'une façon admirable tout le mouvement de la nuit qui fait pressentit tout l'apparition du jour. Voilà une belle idée de paysagiste et de poète ; mais aussi une idée de marin. C'est qu'en vérité un marin sait seul placer ces mots-là, les placer où il faut, car mieux qu'un autre il en connaît la portée, ayant la possibilité d'observer la nature dans le silence des nuits du haut de sa passerelle, comme les bergers dans les plaines, comme autrefois les stylites sur leurs colonnes."
Marin, Pierre Loti est dans la vie un pilote attentif à la moindre brise, aux caprices des vagues, dit M. Besnard ; et il perçoit le mouvement de la nuit, il en note les phrases :
"Sur ce bateau qui avance toujours, insensiblement, au devant de ces horizons qui se désagrègent à mesure qu'il s'en approche, lui, le marin, subit le travail constant d'une activité qui s'ignore et cependant agit sur le cerveau.
Tel m'apparaît Loti. Dès lors point ne lui est besoin d'être un imaginatif pour créer, il lui suffit de voir, et s'il met tant de force dans ses peintures, c'est simplement qu'il a vu ce qu'il décrit. L'invention a toujours des flottements, des vides qui sont épargnés à l'inspiration directe. Chez lui, c'est l'oeil qui commande au cerveau. C'est parce qu'il a vu que lui est venue l'idée d'écrire. Sa vision paraîtrait moins spontanée si on y démêlait un arrangement préalable. Aux tempéraments comme le sien l'esquisse est fatale. Je dirais presque : c'est une dépense inutile, ou tout au moins un risque d'émousser son idée. Il lui faut l'excitation d'une sensation nouvelle et immédiate ; il lui faut l'ivresse de la surprise. Alors son écriture a toute l'impétuosité d'une bordée et toute la franchise de l'imprévu. Alor usant de son verbe si simple, n'exprimant que l'essentiel de la vérité, il atteint les régions les plus profondes de l'émotion. Comme dans son évocation de la haute figure de la vieille Pomaré, tenant sur ses genoux encore robustes une frêle enfant, dernier espoir de sa lignée. De ses yeux baignés de larmes, pauvre femme ! elle suit le lent travail de la Mort qui lui enlèvera encore celle-là après les autres. Et la grande douloureuse de Pêcheur d'Islande qui l'oubliera jamais ?"
ANTOINE BOURDELLE ET ALBERT BESNARD 8 JUIN 1926 PHOTO AGENCE ROLL
C'est avec ce don d'analyse colorée et jusque que le peintre Albert Besnard passe en revue les oeuvres de Loti.
Puis il salue ses crayons, car le poète avait appris de sa soeur, élève de Léon Cogniet, l'art du dessin.
Mais M. Albert Besnard revient au poète, qui montrait, quand il écrivait, les plus hautes qualités des maîtres du pinceau, et il termina ainsi son discours, très applaudi :
"Par le développement rapide de ses inscriptions, Pierre Loti s'est insinué si profondément dans nos âmes, a frappé si fortement nos imaginations, que la synthèse des beautés de la nature n'a jamais été suggérée avec autant de puissance (en quelque langage que ce soit) que par ce peintre de décors sublimes."
M. Louis Barthou a commencé ainsi sa réponse au récipiendaire :
LOUIS BARTHOU ACADEMIE FRANCAISE 10 JUIN 1926 PHOTO AGENCE ROLL
"La joie que nous éprouvons à vous recevoir au milieu de nous s'accompagne de la tristesse d'un douloureux anniversaire ; il y a aujourd'hui trois ans, jour pour jour, que Pierre Loti mourait à Hendaye."
Et voici l'émouvante évocation de cette mort :
"Au dehors, dans un après-midi d'été précoce, le temps était splendide. "Les langueurs et les limpidités du midi espagnol" remplissaient l'atmosphère pure et chaude. Pendant que s'éteignaient les deux yeux admirables qui avaient reflété toutes les splendeurs du monde, une procession dominicale parcourait la rue étroite de la petite ville. Les cloches d'Hendaye et de Fontarabie mêlaient par-dessus la frontière leurs vibrations religieuses. Le bruit, adouci comme un murmure, des prières et des cantiques venait jusqu'à la petite maison où le grand voyageur, qui avait vu tant de fêtes mystérieuses et tant de cortèges triomphaux, entrait dans le repos éternel. Les litanies séculaires se déroulaient comme un autre livre, un livre, saint de la Pitié et de la Mort. Aux "choeurs des petits garçons chantés à pleine voix enfantine avec un entrain un peu sauvage" répondaient "les choeurs très doux des petites filles", guidés par "une voix fraîche et claire", semblable à celle de Gracieuse qui, devenue la soeur Marie-Angélique, avait fui dans l'exil d'un couvent l'amour passionné de Ramuntcho. O crux, ave, spes unica !Pierre loti avait, pour trouver une espérance, fait ce qu'il appelait, dans une dédicace intime, des pèlerinages extravagants à travers le monde. Pèlerin désenchanté et croyant désabusé, il avait fini par admettre la vertu religieuse des habitudes traditionnelles. Il disait : "Faire les mêmes choses que depuis des âges sans nombre ont faites les ancêtres, et redire aveuglément les mêmes paroles de foi, est une suprême sagesse, une suprême force". Protestant, il n'a jamais renié, même en ne la pratiquant pas, la foi de ses ancêtres. Mais, un hasard mystérieux mit des chants catholiques sur le chemin de sa mort. Il n'en aurait pas repoussé la douceur bienfaisante. Tout, dans le pays basque, lui était cher et il n'aurait pas souffert, si la connaissance des choses ne lui avait pas été enlevée avant la vie, de s'endormir dans l'écho des prières qui avaient conduit jusqu'au cloître prochain la gracieuse héroïne d'un des romans où il a répandu le plus de son âme.
Avant de louer l'oeuvre d'Albert Besnard, M. Louis Barthou a rappelé sa jeunesse, ses débuts dans l'art où il allait devenir un maître :
"En 1870, dispensé du service et engagé volontaire, vous fîtes les coup de feu sous Rueil. A l'Ecole, vous étiez toujours un élève irrégulier, indécis et solitaire. Mais en 1874 il vous arriva un accident, sous la forme d'un grand prix de Rome, pour lequel vous aviez concouru sans ambition et sans espoir, et dont vous appréhendiez les servitudes beaucoup plus que vous n'en goûtiez l'honneur...
A Rome, il y a l'Ecole, la ville et la campagne. L'Ecole n'a exercé sur vous aucune influence, et vos envois ont la sèche correction d'un devoir accompli sans plaisir. Mais il s'en faut que votre séjour dans la Ville Eternelle vous ait été inutile. Il vous a instruit — sans gâter vos dons de peintre, qui devaient s'épanouir plus tard— sur la vie, sur la nature et sur l'art. Il n'est que de lire deux chapitres de votre livre pittoresque, vivant et souvent mordant, Sous le ciel de Rome, pour comprendre les profits que vous avez retirés de votre stage dans la Villa Médicis."
Et puis, ne fut-ce point à Rome que se fiancèrent Albert Besnard et Mlle Charlotte Dubray, fille d'un statuaire connu, dont elle pratiquait l'art avec talent ? etc...
"Ses grands chefs-d'oeuvre, puisés dans l'éternelle nature et dans ce que le coeur humain a de plus intime, lui assurent une durée immortelle. Tant qu'on aimera et tant qu'on pleurera, ces deux brèves et musicales syllabes, Loti, tombés un jour des lèvres d'une jeune Tahitienne, chanteront la gloire de celui qui fut, dans le domaine du rêve, un prince magnifique et un incomparable magicien."
Un long applaudissement a souligné cette péroraison.
Après la séance, le secrétaire perpétuel et Mme René Doumic ont reçu les invités de l'Académie au pavillon de Caen."
(Source : Wikipédia et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.
Plus de 7 000 autres articles vous attendent dans mon blog :
Nous empruntons au Journal Officiel le compte rendu in extenso de la discussion qui a eu lieu dans la dernière séance de la Chambre au sujet de cette affaire.
... M. l'abbé Puyol a manqué gravement, en premier lieu, aux statuts de la congrégation de Saint-Louis qui lui interdisaient absolument de s'immiscer en aucune façon dans les affaires d'aucun diocèse ; il a, de plus, compromis son caractère d'une façon regrettable en prenant sur lui de déclarer au Vatican non pas seulement oralement, mais dans une lettre, qu'il avait l'assentiment du gouvernement français. (Exclamations à gauche.)
Messieurs, j'ai le regret d'être obligé de constater ces faits ; je le fais avec la mesure nécessaire, mais je ne peux pas les dissimuler à la Chambre. (Parlez ! parlez !)
M. l'abbé Puyol écrivit donc au Vatican que le gouvernement français serait heureux de voir clore cet incident par quelques récompenses accordées aux prêtres... (Rires ironiques à gauche)... qu'il serait "enchanté" — c'est le terme même dont il s'est servi — de cette solution.
M. Clémenceau. — Et l'ambassadeur ?
PHOTO DE GEORGES CLEMENCEAU 1904 PAR NADAR
M. Gustave Rivet. — Alors, il n'y a qu'à retirer notre ambassadeur.
GUSTAVE RIVET
M. le ministre. — Mon cher collègue, permettez-moi de vous dire, puisque vous me provoquez par une interruption, que notre ambassadeur a montré dans cette affaire toute la fermeté que nous pouvions attendre d'un représentant du gouvernement de la République.
ALEXANDRE RIBOT MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES 1891
M. Clémenceau. — Mais il ne vous a pas renseigné !
M. Maurice Faure. — On s'est passé de lui !
MAURICE-LOUIS FAURE
M. le ministre. — Comment voulez-vous qu'après la déclaration du 10 août, suivant laquelle les appels étaient retirés, M. Lefebvre de Béhaine, qui d'ailleurs se trouvait en France en vertu d'un congé régulier (Interruptions et rires ironiques à gauche), pût soupçonner qu'un prêtre français, placé sous son autorité, qui avait le devoir de ne rien faire à Rome, je ne dirai pas contre l'ambassade, mais à l'insu de l'ambassade, eût prit sur lui d'aller déclarer au Vatican qu'il avait profité de ce voyage en France pour nouer d'une façon officieuse je ne sais quelle combinaison agréée, disait-il, par le gouvernement français ? C'était faux.
M. Boissy-d'Anglas. — Cela prouve que l'ambassadeur ne compte guère auprès du pape !
M. le ministre. — Il y a quelque chose de plus : parmi les quatre prêtres qui ont reçu ces distinctions dont on parlait tout à l'heure, il y en a un qui n'avait pas encore été déplacé par l'évêque. C'est l'abbé Hiriard, desservant de Béguios. On avait dit au Vatican qu'il s'agissait uniquement de récompenser la docilité avec laquelle les prêtres avaient retiré leur appel. L'explication manquait en fait en ce qui concerne le desservant de Béguios. Nous avons dû demander sur ce point des explications précises, et il a été constaté que la liste qui a été remise au Vatican contenait bien les noms de quatre prêtres qui s'étaient pourvus auprès de l'autorité ecclésiastique ; mais l'abbé Puyol a reconnu qu'il avait, "au dernier moment, de son autorité, et sans appeler l'attention du Vatican", substitué le nom de l'abbé Hiriard à celui d'un des autres prêtres. (Vives exclamations à gauche et au centre.)
M. Boissy d'Anglas. — Pourquoi le Vatican n'a-t-il pas demandé des renseignements à l'ambassadeur ?
M. le ministre. — Je considère qu'il est de mon devoir absolu d'établir les faits. (Très bien ! — Parlez !).
Je le fais avec le plus de clarté possible et je pense que ces exclamations ne s'adressent pas à la manière dont je remplis en ce moment mon devoir. (Non ! non ! — Parlez ! à gauche.)
M. l'abbé Puyol a donc avoué qu'il avait ainsi substitué un nom à un autre, et il a dit qu'il l'avait fait à la demande de quelques personnages du diocèse de Bayonne.
Voilà les faits, et je pense que la mesure dont je revendique — et je n'ai aucun mérite à le faire — toute la responsabilité, c'est-à-dire la révocation de l'abbé Puyol, est absolument et pleinement justifiée. (Assentiment à gauche.)
M. l'abbé Puyol a manqué à tous ses devoirs, non seulement aux devoirs spéciaux de sa charge, mais aussi aux devoirs d'un ecclésiastique français investi de la confiance du gouvernement de son pays.
Maintenant, il n'en reste pas moins que M. l'abbé Puyol, par la conduite qu'il a tenue et qui a été sévèrement appréciée partout, a placé le Saint-Siège dans une situation singulièrement difficile. Il est, en effet, trop évident que les distinctions accordées dans les conditions que je viens d'exposer devaient être présentées par les partis politiques comme ayant un tout autre caractère que celui que le Saint-Siège entendait leur donner ; que l'on ne manquerait pas de dire qu'il avait ainsi pris parti tout à la fois contre l'évêque et contre le gouvernement français, et que son intervention, dans de pareilles conditions, offrait une gravité singulière, qui ne pouvait certainement pas nous échapper.
Au surplus, les articles de journaux dont on a fait passer des extraits sous vos yeux, ceux de l'Eskualdunac et de la Semaine de Bayonne, articles violents, mauvais dans leur inspiration, ne pouvaient permettre à personne de se tromper sur le parti que l'on allait essayer de tirer de cet incident.
Nous avons dû appeler l'attention du Saint-Siège sur ce point, et nous l'avons fait avec toute la fermeté qui était nécessaire. (Très bien ! très bien à gauche.) Le Saint-Siège a reconnu qu'il avait été victime d'une véritable supercherie. (Exclamations à gauche.)
M. Charles Beauquier. — Il n'est donc pas infaillible !... (Rires et applaudissements sur quelques bancs à l'extrême gauche.)
CHARLES BEAUQUIER
M. le ministre. — Le Saint-Siège a déclaré qu'en ce qui concerne tout au moins le curé de Béguios il avait été, je le répète, d'une véritable supercherie, qu'il regrettait son erreur — il m'a autorisé à le dire à cette tribune — et, en ce qui concerne les autres prêtres, il a déclaré avec toute l'énergie possible qu'il repoussait les commentaires inconvenants dont certains journaux avaient voulu entourer ses décisions ; qu'il avait entendu seulement, ne croyant en aucune façon blesser les susceptibilités ni les droits du gouvernement français, donner une marque de satisfaction aux prêtres qui avaient fait leur soumission à la fois au Saint-Siège, au gouvernement de leur pays et à leur évêque.
M. Hubbard. — Mais le pape maintient les distinctions qu'il leur a conférées !
GUSTAVE-ADOLPHE HUBBARD
M. le ministre. — J'ajouterai, messieurs, que le gouvernement français n'a pas l'habitude d'attacher à ces sortes de distinctions une très grande importance.
Il n'intervient pas d'ordinaire, bien que la loi civile lui permette de le faire. Mais, à raison des circonstances qui ont accompagné la collation de ces distinctions et malgré les rétractations publiées en ce moment par les journaux qui s'inclinent devant l'autorité du Saint-Siège et retirent purement et simplement ces articles déplorables, cause de tout le mal, malgré tout cela, le gouvernement ne peut pas admettre, il ne tolérera pas qu'il y ait l'ombre d'une équivoque autour de cet incident. (Très bien ! très bien à gauche et au centre.) Et comme la loi ne permet à aucun ecclésiastique d'accepter de Rome une distinction, quelle qu'elle soit, sans avoir d'abord demandé et obtenu le consentement du gouvernement français, je déclare, en son nom, que nous ferons défense à ces ecclésiastiques de faire un usage quelconque de ces titres. Et j'ai la confiance que la cour de Rome sera la première à leur conseiller de s'incliner devant la loi de leur pays. (Applaudissements répétés à gauche et au centre.)
M. Louis Barthou. — Messieurs, l'honorable ministre des affaires étrangères s'est expliqué tout d'abord sur la révocation de M. l'abbé Puyol et, en second lieu, sur le caractère des distinctions honorifiques accordées à des prêtres du diocèse de Bayonne.
LOUIS BARTHOU DEPUTE BASSES-PYRENEES DE 1889 A 1922
J'avais déclaré que j'approuvais la révocation de M. l'abbé Puyol. Je n'insiste pas.
Sur le second point, M. le ministre des affaires étrangères a porté à cette tribune une déclaration de laquelle il résulte ceci : trois des distinctions accordées aux prêtres du diocèse de Bayonne pourraient s'expliquer par leur soumission, consistant dans le retrait de leur appel. La quatrième, à laquelle cette explication ne s'applique pas, a été le résultat d'une supercherie, je dis même très énergiquement : d'une véritable escroquerie. (Très bien ! très bien ! à gauche. — Protestations à droite.)
Dans ces conditions, et puisque le gouvernement déclare qu'il appliquera l'article 1er des lois organiques interdisant l'entrée en France des bulles ou brefs non approuvés par lui, je prends acte des paroles de M. le ministre des affaires étrangères et je le remercie de sa fermeté. (Applaudissements à gauche.)
Prière démentir propos prêté par Barthou Semaine Religieuse, qui est seul bulletin catholique.
Poey."
Nous supposons que cette dépêche vise une confusion faite par M. Barthou, qui aurait attribué le caractère d'organe diocésain à la Semaine de Bayonne, journal bi-hebdomadaire, politique et religieux, tandis que le Bulletin catholique du diocèse de Bayonne a seul ce caractère."
Nous empruntons au Journal Officiel le compte rendu in extenso de la discussion qui a eu lieu dans la dernière séance de la Chambre au sujet de cette affaire.
... Au début de l'article, il est parlé — et ceci vous indique la modération générale dont l'article s'inspire — il est parlé, à propos de la suppression des traitements, "du brigandage du préfet Deffès". Et je lis à la fin cette phrase que j'abandonne à vos réflexions et à vos commentaires : "Dès lors, il doit se dire..." — c'est de l'auteur de la question qu'il s'agit — "... que sa question à M. Ribot est résolue par avance : par ces distinctions, le Saint-Siège a flétri le gouvernement des voleurs et rappelé aux puissants du jour ce commandement de Dieu : "Le bien d'autrui tu ne prendras." (Mouvements divers.)
La Chambre comprendra que le gouvernement ne pouvait rester indifférent ni aux distinctions accordées par le pape à des prêtres dont il avait supprimé le traitement, ni aux commentaires dont les entourait la presse religieuse. Le directeur de l'établissement de Saint-Louis des Français à Rome, M. l'abbé Puyol, s'était activement occupé de cette affaire ; il avait, dès le début, conduit toute cette négociation ; il l'a formellement reconnu lui-même dans une lettre adressée, si je ne me trompe, à M. le ministre des cultes ; il avait agi sans mandat, sans titre aucun, oubliant la réserve que lui imposait sa situation particulière.
PAUL BERT MINISTRE DES CULTES 1891
M. le ministre des affaires étrangères a révoqué M. l'abbé Puyol ; il a bien fait. Cet acte de fermeté a été applaudi par la presse républicaine tout entière, sans distinction de nuances. Je ne lui ménage pas mon approbation ; je la lui donne tout entière. (Très bien ! très bien ! à gauche. — Rires ironiques à droite.)
Mais je croirais, et je réponds ainsi aux interruptions qui me viennent du côté droit de l'assemblée...
A droite. — Nous n'avons rien dit.
M. Louis Barthou... — je croirais, dis-je, faire injure à l'honorable ministre des affaires étrangères en l'en félicitant. M. le ministre a accompli son devoir, car c'est le premier devoir d'un gouvernement de frapper énergiquement les fonctionnaires qui le compromettent ou qui le desservent. (Très bien ! très bien ! à gauche et au centre.)
LOUIS BARTHOU DEPUTE BASSES-PYRENEES DE 1889 A 1922
La question qui se pose est celle de savoir si cette mesure est suffisante.
La Chambre me permettra de lui dire que je ne le pense pas. En effet, malgré la révocation de l'abbé Puyol, un fait subsiste, un fait grave. Ce fait, le voici : le gouvernement de la République supprime le traitement des prêtres qui se mêlent à la lutte électorale, qui manifestent leur hostilité au gouvernement, et le Pape, au lendemain de cette mesure de légitime défense par décret spécial, accorde des distinctions honorifiques à ces prêtres.
PAPE LEON XIII
Eh bien ! messieurs, vous penserez tous avec moi que ce fait doit être éclairci, qu'il faut s'expliquer sur ces distinctions honorifiques à raison des circonstances qui ont précédé et accompagné la remise de ces titres, et à raison aussi des commentaires de la presse cléricale dont j'ai voulu seulement porter quelques extraits à la tribune.
Et dès lors ma question se précise nettement. Je demande à M. le ministre des affaires étrangères s'il a obtenu du Pape les explications nécessaires (Interruptions à droite) ; je lui demande de les faire connaître à la Chambre, qui sans doute ne saurait y être indifférente, et au pays, qui en appréciera toute l'importance.
Je me permets de le dire en terminant, je crois pouvoir affirmer que l'incident du diocèse de Bayonne dépasse la portée d'un fait local, que le moment que nous traversons l'élève au rang d'une question d'ordre général.
Vous n'ignorez pas le retentissement qui s'est fait autour de certaines adhésions prétendues ou sincères au gouvernement de la République (Très bien ! très bien ! à gauche. Bruit à droite.)
On dit, on affirme que le Pape seconde et encourage ce mouvement. Or, j'ai l'honneur d'apporter ici un fait dont les apparences, d'une tout autre nature, sont au moins singulièrement fâcheuses.
Le gouvernement a-t-il cru de son devoir d'éclaircir cette contradiction ? Jamais, à mon sens, occasion pour lui ne fut meilleure de demander, sinon, d'exiger, des explications précises et formelles. Je veux croire que M. le ministre des affaires étrangères les a obtenues et j'exprime le souhait qu'il les apporte à cette tribune. (Vifs applaudissements à gauche.)
M. le président. — La parole est à M. le ministre des affaires étrangères.
ALEXANDRE RIBOT MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES 1891
Messieurs, le diocèse de Bayonne est un de ceux où, à l'occasion des dernières élections, une partie du clergé s'est jeté avec le plus d'imprudence et le plus de violence dans la lutte politique. Le diocèse n'avait pas à ce moment de titulaire ; lorsque M. Jauffret fut nommé évêque de Bayonne, il comprit qu'il était de son devoir de déplacer un certain nombre des ecclésiastiques qui avaient compromis leur caractère.
MONSEIGNEUR FRANCOIS-ANTOINE JAUFFRET
M. le ministre des cultes, à la suite de ces déplacements, a levé toutes les suspensions de traitement, sauf une seule.
Cet acte de l'autorité épiscopale devait mettre l'ordre et la paix dans le diocèse. Quelques personnes n'en furent point complètement satisfaites, et l'on persuada à quelques-uns des prêtres déplacés de se pourvoir canoniquement Rome contre le décision de leur évêque.
Dès que le gouvernement eut connaissance de cet appel, le ministre des affaires étrangères chargea notre ambassadeur auprès du Vatican, M. Lefebvre de Béhaine, d'adresser les observations qu'il convenait au Saint-Siège, et de lui représenter qu'en fait un pareil appel, s'il pouvait être accueilli, aurait une gravité exceptionnelle, et, en droit, que le gouvernement français n'admettait pas qu'une congrégation romaine pût s'interposer entre un évêque et les prêtres qui sont sous son autorité (Très bien ! très bien !), et particulièrement entre ces prêtres et un évêque qui préalablement s'était mis d'accord avec l'autorité civile. (Très bien ! au centre et à gauche.)
Comme l'a dit l'honorable M. Barthou, le Saint-Siège a eu la sagesse, que nous devons tous reconnaître, de faire un acte d'autorité et de dessaisit la Congrégation du concile, à qui ces pétitions avaient été adressées.
C'est à tort que, dans des explications données par certains journaux, on a dit qu'il y avait eu un simple transfert de la Congrégation du concile à la Congrégation des affaires ecclésiastiques extraordinaires.
Sur l'ordre personnel de Sa Sainteté, les appels ont été purement et simplement retirés. A la date du 10 août, M. Lefebvre de Béhaine m'indiquait la solution tout à fait satisfaisante qu'avait reçue l'incident.
Nous pensions qu'il était complètement clos, lorsqu'il s'est produit, dans le diocèse de Bayonne et à Rome, des intrigues fort singulières, dont nous n'avons connu tous les détails que dans ces derniers jours.
Les établissements de Saint-Louis à Rome, que vous connaissez tous au moins de nom, avaient pour supérieur un prêtre d'ailleurs fort distingué, M. l'abbé Puyol, originaire du diocèse même où se sont produits les faits qui nous occupent en ce moment. Il s'est rendu dans ce diocèse à la fin de l'été. Qu'a-t-il dit à l'évêque ? Je n'en sais rien. Ce qui est certain, c'est que, quand il est revenu à Rome, nous avons appris que le Pape avait cru devoir accorder à quatre prêtres quelques distinctions, des titres de camériers, de missionnaires apostoliques.
EGLISE SAINT-LOUIS-DES-FRANCAIS ROME
Nous avons su depuis ce qui s'était passé."
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.
Plus de 7 300 autres articles vous attendent dans mon blog :
PROVERBE DU 9 OCTOBRE 2024 (SAINT DENIS) (INTZA) (DENIS).
DENIS : Denis ou Denys (qui vient de Dionysos, dieu grec de la vigne et du vin) a participé à l'évangélisation de la Gaule au IIIème siècle comme chef chrétien ou premier évêque de Paris.
9 OCTOBRE SAINT DENIS DE PARIS
Personnage légendaire venu d'Italie en 245, Denis est chargé d'évangéliser le territoire des Gaules, avec 6 compagnons.
Denis, oncle de Pancrace, évêque de Rome, fonde au cours de son apostolat plusieurs églises en France.
Il est martyrisé avec Rustique et Eleuthère, et est décapité en 258, sous le règne de l'empereur Valérien et de son fils Gallien, sur la colline de Montmartre (ou sur l'île de la Cité).
La légende raconte que le martyr aurait alors porté sa tête jusqu'à l'emplacement de l'actuelle basilique de Saint-Denis, au Nord de Paris, à l'endroit même où des moines recueillirent ses reliques.
INTZA : Nafarrako herria eta bere atzean Aralaren gailurra Intzako dorrea (1 431m.)
INTZAKO DORREA NAVARRE PAYS BASQUE D'ANTAN
Araizko (Nafarroa) herria eta bertako Done Jakueren elizan dagoen Andre Mariaren adbokazioa. Egungo eraikuntza berria da, antzinakoa lurrikara batek hondaten baitzuen. 1715. urtean. Santuaren eguna irailaren 8an da.
DENIS : St. Denis, S. Dionisio. Pariseko lehen apezpikua (250).
Grezian izadiaren eta ardoaren jainkoa zen Dionysius teonimotik (Bako Erroaman) sortutako izena. Frantzian hagitz hedaturik dago, III. mendeko san Denis Parisko lehenengo apezpikua izan baitzen. Lurperaturik dagoen eliza Donejakue bidearen abiapuntua da. Santuaren eguna azaroaren 17an da. Aldaerak : Dunixi (Deun-ixendegi euzkotarra) eta Dionisio. Baliokideak : Dionisio (es) eta Denis (fr).
Un décès du 9 octobre : Jean Louis Barthou.
HOMME POLITIQUE LOUIS BARTHOU
Né le 25 août 1862 à Oloron-Sainte-Marie (Basses-Pyrénées) - Mort le 9 octobre 1934 à Marseille (Bouches-du-Rhône).
C'est un journaliste et homme d'Etat français.
Elu des Basses-Pyrénées, président du Conseil en 1913, il est tué le 9 octobre 1934 lors de l'assassinat du roi de Yougoslavie, alors qu'il est la principale figure du parti Alliance démocratique et qu'il exerce la fonction de ministre des Affaires étrangères.
Louis poursuit des études de droit à la faculté de Bordeaux avant de partir à Paris.
Il étudie à l'Ecole libre des sciences politiques, puis obtient son doctorat en droit à l'université de Paris, en 1886.
Il devient avocat et est inscrit au barreau de Pau, puis il devient secrétaire de la conférence locale des avocats.
Il est attiré très tôt par 2 passions : la politique et le journalisme.
Tout en étant rédacteur en chef de l'Indépendant des Basses-Pyrénées, Louis adhère aux Républicains modérés avant de se faire élire en 1889, à l'âge de 27 ans, député des Basses-Pyrénées.
Il sera réélu sans interruption à ce poste jusqu'aux législatives de 1919 et il quittera en 1922 la Chambre des députés pour le Sénat.
Proche d'écrivains et d'artistes comme Jean Moréas, Antonio de La Gandara, Adolphe Willette et Paul Adam, il commence à fréquenter à la fin du siècle le salon de Mme Arman de Caillavet, l'égérie d'Anatole France.
Il est l'un des membres d'honneur de la Société nationale des beaux-arts en 1913.
En 1894, à l'âge précoce de 32 ans, Louis obtient son premier portefeuille comme ministre des Travaux Publics.
Il est ensuite successivement ministre de l'Intérieur en 1896, de nouveau ministre des Travaux publics de 1906 à 1909, puis garde des Sceaux de 1909 à 1913.
Le 22 mars 1913, sous la présidence de Raymond Poincaré, il devient président du Conseil, fonction qu'il occupe jusqu'au 2 décembre 1913.
Il va se retirer temporairement de la scène politique car il est battu aux élections législatives de 1914, puis il y a la déclaration de guerre et enfin il perd au front son fils, quelques mois plus tard.
En 1917, Louis retrouve cependant une place de premier plan en récupérant le ministère des Affaires étrangères.
Tout au long des années 1920, il continue d'occuper des ministères importants, comme ceux de la Guerre et de la Justice, dans des gouvernements de coalition républicaine.
Après les émeutes du 6 février 1934, Gaston Doumergue étant rappelé par Albert Lebrun afin de former un gouvernement d'union nationale, Louis est nommé aux Affaires étrangères.
Il essaie de lutter contre les menées hitlériennes en attirant le Royaume-Uni, l'Italie et l'Union soviétique dans un front antiallemand mais son projet de Pacte oriental se solde par un échec.
Le 9 octobre 1934, en tant que ministre des Affaires étrangères, il accueille le roi Alexandre 1er de Yougoslavie à Marseille.
Un attentat est alors commis par le révolutionnaire bulgare Vlado Tchernozemski et Louis Barthou est touché par balle.
Il meurt d'une hémorragie le 9 octobre 1934, à 72 ans.
HOMME POLITIQUE LOUIS BARTHOU
Voici le proverbe du mercredi 9 octobre 2024 :
SAN DENIS, ERAKAR HUNAT URTZO GRIS.
Saint Denis, amène la palombe grise ici.
CHASSE A LA PALOMBE PAYS BASQUE D'ANTAN
(Source : https://www.herodote.net/ et WIKIPEDIA et https://www.euskaltzaindia.eus/)
Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.
Plus de 7 100 autres articles vous attendent dans mon blog :