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mercredi 12 novembre 2025

LES PÊCHEURS BRETONS AU PAYS BASQUE EN 1922 (troisième et dernière partie)

LES PÊCHEURS BRETONS AU PAYS BASQUE EN 1922.


Depuis de très nombreuses années, les Bretons sont venus au Pays Basque et nombre d'entre eux y ont fait souche.



pays basque économie pêche labourd port bretons
PORT DE SAINT-JEAN-DE-LUZ 1921
PAYS BASQUE D'ANTAN





Voici ce que rapporta Le Gall à ce sujet le quotidien L'Ouest-Eclair, le 6 juin 1922 :



"Les pêcheurs Bretons au Pays Basque.

Comment ils y pêchent. Comment ils y vivent.



A plusieurs reprises, nous avons signalé l'exode des pêcheurs bretons vers la côte basque ; et les ressources poissonnières qui les appellent vers ces mers insuffisamment exploitées.



Récemment, M. Auguste Dupouy a consacré, dans la Revue de France, une étude abondamment documentée à la question des pêcheries basques. Il ne pouvait manquer de signaler le rôle joué par les pêcheurs venus des côtes de Bretagne, dans la vie économique de ce pays.



Son enquête porte tout d'abord sur la pêche du thon et de l'anchois. Elle aborde enfin celle de la sardine.



Elle revient, dit-il, sans affleurer beaucoup, avec les premiers jours d'octobre, mais les marsouins ne l'accompagnent plus. Privés de cet indicateur, les pêcheurs basques la laissaient en paix, séjourner dans les eaux côtières, jusqu'au jour où des Bretons vinrent chez eux leur enseigner un autre genre de pêche.



Des pêcheurs bretons de Douarnenez, à peu près tous. Le pêcheur breton voyage volontiers. Et le sardinier douarneniste est particulièrement voyageur... Ici c'est à bord d'une pinasse qu'il a fait son apparition.



PINASSE CHARGEE DE SARDINES
85 CROIX-DE-VIE



La pinasse n'est pas bretonne. C'est une sorte de traînière, mais modernisée, le pétrole remplaçant avec avantage l'huile de bras. Les plus grandes ont un moteur de 20 à 25 chevaux et dix à onze hommes d'équipage, comme les vapeurs. L'exploitation d'une pinasse serait deux fois au moins plus onéreuse que celle d'un vapeur, s'il n'y avait sur le vapeur un mécanicien à la charge de l'armement.


— Et vous, ai-je demandé à des Bretons, vous vous passez de mécanicien ?

— Facilement, m'ont-ils répondu. le premier venu se tire d'affaire, à moins d'être par trop maladroit.



La pêche qu'ils pratiquent, par atavisme et système, est la pêche à la rogue et au filet droit. On la connait, le filet s'allonge à l'arrière théoriquement perpendiculaire à la surface de l'eau, le bateau étant maintenu debout au vent par les avirons des "nageurs". Le poisson est attiré des profondeurs par l'appât d'une farine d'arachides saumurée. De la rogue de morues, lancée à pleines poignées sur les lièges, l'attire vers le filet, où il se maille, si la maille est "de moule". Ainsi, pêche-t-on, depuis des siècles de Camaret aux Sables d'Olonne.



Une variante ici toutefois : la pinasse à moteur, comme la chaloupe à vapeur, est une mère Gigogne pourvue d'une dizaine de petites plates ou doris. Quand on arrive sur les lieux de pêche, chacune de ces plates est mise à l'eau. Un homme y embarque avec un filet : à lui seul, il manie ses deux avirons, jette son filet, l'arrose de rogue, le reporte, si la pêche donne, chargé de poisson, au vapeur ou à la pinasse, prend s'il y a lieu, un nouveau filet, recommence. C'est rapide et efficace, mais beaucoup moins précautionneux que la pratique bretonne — une seule annexe avec un seul filet à l'arrière et cinq hommes à bord.



Je m'en étonne tout haut devant un équipage de Douarnenistes que je trouve appuyés au parapet du quai.



USINE DE FABRICATION DE BOÎTES DE SARDINE
29 DOUARNENEZ


— C'est vrai, me dit le patron. Chez nous, on travaille plus finement. Mais vous voyez : ici on pêche tout de même. C'est du poisson bête.



Toute une colonie bretonne.



Comme dans les ports lointains du Finistère, la flottille s'ébranle chaque nuit, fait cap au Nord, guidée par les deux éclats consécutifs du feu blanc de Biarritz. Parmi les mareyeurs qui attendent, l'après-midi, son retour, il en est un qui est venu de Douarnenez s'installer ici, et sur les cinq usines édifiées en six ans, il y en a deux, y compris la première par ordre de dates, qui sont des maisons bretonnes avec un personnel aux trois quarts breton.



Au pied de la Rhune, comme en face de son Menez, la colonie bretonne affirme sa personnalité sans aucune gêne, et même avec des éclats de voix, des rires, des plaintes, parfois des cris qui rappellent le grouillement du port natal et pourraient bien trahir une secrète assurance de conquérants.



Les ménages résident l'hiver à Saint-Jean-de-Luz et l'été retournent au pays natal : le mari pêche, la femme raccommode les filets. D'autres femmes travaillent aux usines sardinières. La plupart sont originaires de Douarnenez ou d'Audierne. L'usinier les loge, leur installe des dortoirs et une cuisine, leur paie le voyage et une mensualité fixe de 200 francs, qu'il y ait pêche ou non, qu'elles travaillent ou qu'elles chôment.



Mais la Bretonne se nourrit mal ; elle expédie les grands repas. Au début de la dernière campagne, les Audiernoises prétendaient sur les 200 francs de leur mois, en envoyer 150 à leur famille. Elles se nourrissaient uniquement de bouillons ultra-maigres faits du jus de quelques tomates. L'usinier dut intervenir et les alimenter presque de force.



Les Bretons sont sobres : ils mangent à leur faim, mais dispensent peu pour leur nourriture. Ils boivent moins qu'en leur pays et surtout moins d'eau-de-vie.



Peu à peu, ils se sont habitués aux moeurs du pays basque. Déjà les hommes commencent à se mêler aux équipages indigènes ; déjà les filles portent des bérets et ont abandonné leur coiffe ; déjà des mariages allient les deux races. On peut beaucoup attendre du croisement de ces belles races de marins, conclut M. Dupouy.



Mais déjà les Bretons ont apporté sur ces côtes lointaines tout un art, qui a permis de ressusciter en partie une pêche, en partie abandonnée depuis longtemps et qui assure à cette région une prospérité nouvelle par l'exploitation méthodique des trésors dédaignés de la Côte d'Argent."



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)








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samedi 11 octobre 2025

LES PÊCHEURS BRETONS AU PAYS BASQUE EN 1922 (deuxième partie)

LES PÊCHEURS BRETONS AU PAYS BASQUE EN 1922.


Depuis de très nombreuses années, les Bretons sont venus au Pays Basque et nombre d'entre eux y ont fait souche.



pays basque économie pêche labourd port bretons
PORT DE SAINT-JEAN-DE-LUZ 1921
PAYS BASQUE D'ANTAN





Voici ce que rapporta Le Gall à ce sujet le quotidien L'Ouest-Eclair, le 16 avril 1922 :



"Les Bretons au pays basque.

Pour intensifier l'exode de nos pêcheurs vers la riche et poissonneuse baie de Biscaye.



Lorient, 15 avril. (De notre correspondant particulier.)



Dans son numéro du 24 mars dernier, l'Ouest-Eclair publiait un article très intéressant, sur les Pêcheurs bretons au pays basque.



On en a beaucoup parlé sur la côte bretonne et notamment dans les ports de pêche du littoral sud-finistérien et morbihannais, où le chômage, l'hiver, serait de rigueur, s'il n'y avait pas, dans les maisonnées, tant de bouches à nourrir. Alors, nos pêcheurs dont le courage et le mépris du danger sont légendaires, affrontent tout de même la haute mer, si périlleuse, si dure ; mais celle-ci se venge, hélas trop souvent, en prenant les hommes.



Le moyen de faire autrement ? L'Ouest-Eclair l'a indiqué dans l'exposé si documenté de M. Jean Poulhazan. Après l'émigration rurale en Bretagne, nous aurions donc l'émigration maritime, avec cette différence cependant que cette dernière ne serait pas permanente, mais saisonnière, avec la perspective, en outre, d'avantages indéniables dans un minimum de risques, le mauvais temps n'étant pas à redouter à Saint-Jean-de-Luz, qui possède une très belle rade à proximité des lieux de pêche.



Mais... il faudrait d'abord un port.



C'est l'exploitation d'un pays neuf, a-t-on dit. C'est vrai, et voilà pourquoi il y a tant de choses essentielles à créer pour rendre possible, et sur une vaste échelle, l'exode de nos pêcheurs bretons vers la baie de Biscaye, où le poisson argenté est si abondant que les pêches qualifiées de miraculeuses, chez nous, sont là-bas choses courantes.



Mais à ce tableau si séduisant, il y a une ombre : l'exploitation de ce magnifique domaine de l'Océan est conditionnée par l'existence d'un port normalement accostable. Or, ce n'est pas le cas du port de Saint-Jean-de-Luz-Ciboure.



J'ai eu l'occasion de m'entretenir, à ce sujet, avec un industriel, très au courant de la situation là-bas, et voici que qu'il m'a dit, concernant d'abord le port.



"Ce qui frappa tout de suite les intéressés, à leur arrivée à Saint-Jean-de-Luz, dans les premiers jours de 1918, c'était l'état défectueux du port envasé. Les bateaux s'y comportent très mal dans les coups de mauvais temps d'Ouest de Nord-Ouest, le ressac ayant une prise très forte sur ces petits fonds.


A cause de cet envasement, il reste peu de place pratique pour les mouillages des bateaux de pêche, la bonne place étant occupée, cela se conçoit, par les bateaux du port.


La pêche donnant d'une façon très abondante, cette année-là, les industriels venus pour s'y établir, projetèrent de faire curer le port, de façon à y attirer une bonne partie de nos pêcheurs bretons. Il s'adressèrent aux deux municipalités intéressées : Saint-Jean-de-Luz et Ciboure.



Toutes les démarches ont été vaines de ce côté, les deux municipalités ne pouvant pas arriver à s'entendre sur un projet commun, alors que leurs intérêts le leur commandait, car le port de Saint-Jean-de-Luz est, par rapport à ces villes, ce que bassin à flot de Lorient est au cours des Qais et au quai Rohan.


Saisie à plusieurs reprises, la Chambre de Commerce de Bayonne a toujours répondu aimablement, en demandant des rapports qui lui furent fournis et soumis par elle au Conseil général, mais sans résultats. Il aurait été possible de confier ce travail à une société privée, car on aurait trouvé les fonds nécessaires, mais on objecta que des difficultés se seraient produites entre pêcheurs et armateurs dans l'application du droit de péage nécessaire à l'amortissement du capital engagé. En réalité, les gens du pays ne visent qu'à garder leur port pour eux seuls ; ils sont opposés à l'introduction des pêcheurs bretons chez eux, et même des Arcachonnais qui sont cependant leurs voisins."



Un beau bilan.



Et pourtant, on va voir, par ce qui suit, combien est productive la pêche de tous genres, sur cette partie du littoral français qui jouit en outre d'un climat délicieux.



Comme bateaux affranchis du port, on peut compter environ 25 vapeurs qui font la sardine, l'anchois, le thon, et une cinquantaine de petits bateaux, soit au moteur, soit à la rame, et voile, qui se livrent uniquement à la pêche à la ligne. Ces bateaux sont armés, si non la moitié, du moins le grand tiers, par des pêcheurs espagnols.



La pêche des vapeurs.



Les vapeurs s'adonnent à la pêche de la sardine, à la maille, comme en Bretagne, des premiers jours de novembre jusqu'à fin mars en général, mais au lieu d'avoir un seul canot comme en Bretagne, chaque vapeur porte huit doris et dans chacun un homme fait sa pêche que le vapeur ramasse au fur et à mesure que le filet est garni de poissons.



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QUAIS A SARDINES SAINT-JEAN-DE-LUZ
PAYS BASQUE D'ANTAN



La pêche en général est abondante, il n'est pas rare de voir des pêches de 80 et 100 000 sardines par vapeur.



Cette année, contrairement aux anciennes habitudes, on a embarqué la senne "dite Bolinge", dès le courant du mois de décembre et cela dans le but de faire déguerpir les Bretons qui, eux, n'ont pas ces engins.



La pêche a été bonne, le poisson s'est tenu de beau moule et a atteint des prix élevés à la vente au frais, mais les usines n'ont pu rien faire en raison des prix élevés.



A partir de fin mars, à l'approche du marsouin, qui pousse les petits poissons vers la côte, les pêcheurs embarquent la senne "dite Sarda", spéciale pour l'anchois. Cet engin est manoeuvré mécaniquement ; on pêche indifféremment en avril et en mai la sardine et l'anchois.



Cette pêche donne parfois des coups de 5 et 6 tonnes de poissons.



Vers les premiers jours de juin, quelquefois fin mai, on part pour la pêche au thon rouge, qui se continue jusqu'à fin octobre.



Cette pêche a ses aléas comme les autres, mais donne souvent de bons rendements.



Tout ce poisson est acheté par les mareyeurs pour la vente au frais et souvent à des prix très élevés, parfois 8 et 10 francs le kilog. Le grand centre de vente est Marseille, car on est très friand de ce poisson sur tout le littoral de la Méditerranée.



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PORT DE SAINT-JEAN-DE-LUZ 1920
PAYS BASQUE D'ANTAN


La pêche des petits bateaux.



Les petits bateaux qui vivent de la ligne pêchent le maquereau de novembre à fin mai ; vers fin avril commence aussi à arriver dans les parages le gros chinchard et un autre poisson que l'on appelle gros yeux, ce poisson est de la famille de la bonite de la Méditerranée, on y pêche aussi le merlan.



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BATEAUX SE PREPARANT POUR LA PÊCHE AU MAQUEREAU
29 CONCARNEAU
BRETAGNE D'ANTAN



Tous ces poissons se vendent au frais pour la marée, dans la moyenne des prix de 2 à 2 fr. 50 le kilog. ; le maquereau cependant, pendant la saison d'hiver, se paie quelquefois jusque 4 francs le kilog.



L'Ouest-Eclair a conseillé aux pêcheurs d'aller tenter la fortune sur les côtes du Maroc. Point n'est besoin d'aller si loin, nous répond notre interlocuteur ; les aléas sont plus grands. Un bateau thonier armé d'une bonne équipe pourrait de Saint-Jean-de-Luz faire deux chargements, pendant qu'il en ferait un au Maroc. Dans les moments où la pêche donne, une bonne équipe ferait un chargement d'un thonier dans l'espace de deux jours.




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VIEUX PÊCHEUR BRETON

Un appel aux Pouvoirs Publics.



On aperçoit les avantages que l'on peut recueillir de l'exploitation rationnelle de ces lieux de pêche réellement merveilleux. En novembre dernier, un pêcheur de Lorient dépassa la somme de 4 000 francs dans son mois, à la part.



Les pêcheurs bretons gagneraient donc là-bas leur vie. Nous avons, de Lorient à Arcachon, tous les bateaux à moteur nécessaires pour occuper de 1 500 à 2 000 pêcheurs ; les cinq usines qui y existent et qui ne font rien ou presque rien parce que la marée absorbe toute la pêche à des prix élevés, pourraient travailler et entretenir pendant cette saison une bonne partie de la famille de ces pêcheurs. Les usines peuvent occuper en période de pêche, 500 femmes. Celles du pays ne s'adonnent pas au travail de l'usine. Ainsi, nos pêcheurs réaliseraient des économies pendant la saison d'hiver et pourraient revenir au pays pour la saison d'été.



pays basque économie pêche labourd port bretons
PÊCHERIES NOUVELLES 33 ARCACHON
GIRONDE D'ANTAN



Je le répète, toute cette question est liée à celle du curage du port Saint-Jean-de-Luz-Ciboure. On estime que les travaux ne dépasseraient pas un million. Rien de plus facile que d'imposer au poisson un droit de péage pour amortir la somme engagée. Il serait désirable que les Pouvoirs publics prennent cette affaire en mains. Aussi, sachant avec quelles sollicitude M. Alphonse Rio, sous-secrétaire d'Etat à la Marine Marchande, se préoccupe de tout ce qui a trait à la pêche, nous lui demandons, avec les intéressés, de décider le curage de ce port.



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ALPHONSE RIO 1921



La réalisation de ce travail permettra de mettre en valeur ces richesses de la mer, qui ne demandent qu'à se laisser exploiter ; de venir en aide au pêcheur breton qui ne peut trouver à s'occuper chez lui pendant la saison d'hiver, et enfin de favoriser le ravitaillement national par nos propres moyens."




A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)









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jeudi 11 septembre 2025

LES PÊCHEURS BRETONS AU PAYS BASQUE EN 1922 (première partie)

LES PÊCHEURS BRETONS AU PAYS BASQUE EN 1922.


Depuis de très nombreuses années, les Bretons sont venus au Pays Basque et nombre d'entre eux y ont fait souche.



pays basque économie pêche labourd port bretons
PORT DE SAINT-JEAN-DE-LUZ 1921
PAYS BASQUE D'ANTAN





Voici ce que rapporta Jean Poulhazan à ce sujet le quotidien L'Ouest-Eclair, le 24 mars 1922 :



"Les pêcheurs bretons au pays basque.

On se croirait, à Saint-Jean-de-Luz, transporté en pleine Basse-Bretagne !



Saint-Jean-de-Luz, 21 mars (De notre correspondant particulier).



— Ce n'est pas l'agrément du climat, ai-je besoin de le dire, ni la splendeur du paysage, ni davantage les souvenirs historiques qui s'attachent à Saint-Jean-de-Luz, où Louis XIV vint épouser Marie-Thérèse, et à Ciboure, port d'attache des anciens baleiniers du golfe de Gascogne, qui attirent ici, une colonie, plus nombreuse chaque hiver, d'ouvrières et de pêcheurs bretons.



De novembre à la fin du mois de mars, dans les ports de notre pays sardinier, c'est le chômage. Une ressource unique ou à peu près et seulement à la portée des plus vigoureux : la rude pêche d'hiver avec ses périls et ses maigres profits. Dans la baie de Biscaye, située en avant de Saint-Jean-de-Luz et de Ciboure, c'est au contraire dans le coeur même de la mauvaise saison, que le poisson afflue : la sardine en novembre, décembre et janvier ; le maquereau en février et en mars.



pays basque économie pêche labourd port bretons
PORT DE SAINT-JEAN-DE-LUZ 1920
PAYS BASQUE D'ANTAN



L'exploitation d'un pays neuf.



Quelques marins de Douarnenez, venus faire la pêche à Arcachon, il y a une quinzaine d'années, à l'époque où la crise de pénurie sévissait sur le littoral finistérien et qui eurent l'idée de pousser jusqu'ici, furent frappés de ce contraste.



A mesure qu'ils s'avançaient vers le Sud, ils avaient en outre l'impression de s'enfoncer dans un véritable pays neuf où presque tout restait à créer au point de vue de la pêche côtière. Quelques barques, d'ailleurs pas mal équipées du tout, prenaient bien la mer, çà et là, et suffisaient même à l'approvisionnement de la commission locale. Mais aucune science, aucune méthode, aucun métier dans les procédés de pêche. On allait à l'aventure. Le seul indice par lequel on sut déceler la présence de la sardine, était l'apparition des bandes de marsouins devant qui l'on s'empressait de tendre de vastes filets tournants, engins redoutables, auxquels n'échappait rien de ce qui se trouvait dans leur rayon. Pour le maquereau, on coulait dix à douze brasses de lignes dans la profondeur et l'on attendait.



Les émigrants bretons firent figure de novateurs parce qu'au lieu d'attendre ils s'efforçaient de "lever" le poisson, c'est-à-dire de la faire monter, au moyen d'appâts divers, pour le capturer en surface.



Dans les ports vendéens et charentais, ils avaient éprouvé un matériel d'embarcation à moteur et tout un outillage moderne difficile à introduire actuellement chez nous, en raison des bouleversements qu'il y provoquerait dans les situations acquises. Ici, le champ se trouvait libre d'un outillage à grand rendement, mis au service de qualités professionnelles formées au cours d'une longue expérience héréditaire, donna les résultats que l'on pouvait augurer. Quatre-vingt à cent mille sardines, huit cent mille et douze cents kilos de maquereaux sont couramment débarqués par une seule finasse, au retour de son voyage quotidien.



A l'appel d'une production qui croissait sans cesse, se créèrent les industries connexes : des usines se bâtirent pour la préparation de la conserve dans l'huile, le commerce de la marée se développa. Celui-ci est demeuré, jusqu'à présent, entre les mains des maisons indigènes, à côté desquelles la maison Urvoy-Berre, de Douarnenez, vient faire la saison depuis trois ans. Quant à l'industrie de la conserve, fondée ici par des maisons bretonnes, elle a gardé la physionomie d'une industrie bretonne, employant un personnel en grande majorité composée de Bretons. Et je n'ai point parlé de la réparation des filets et "bauniches" qui offre de lucratifs et chaque jour plus vastes débouchés à l'habile activité de nos ouvrières.



"Ici, l'hiver, on gagne sa vie plus aisément et mieux que que de nos côtés, me disait l'autre jour, un marin, sur le quai de Saint-Jean-de-Luz. Avant quelques années, nous y serons si nombreux que ce port-ci sera devenu comme un port breton."



Une colonie bretonne.



Est-il même encore besoin d'attendre ? En pénétrant, à de certaines heures, dans les quartiers qui avoisinent le port de Saint-Jean-de-Luz et de Ciboure, on a bien déjà l'impression de se trouver subitement transporté en plein Basse-Bretagne. A chaque pas, l'on croise des groupes de pêcheurs aux vêtements tannés ou de femmes aux gracieuses coiffes blanches qui s'expriment en langue bretonne. Et si le coquet bonnet de tulle que l'on porte avec tant d'élégante distinction à Douarnenez, Tréboul, Audierne et Concarneau est celui qui prédomine, ainsi qu'on pouvait s'y attendre, on rencontre pareillement la "bigouden" hiératique du Guilvinec et de Saint-Guénolé, la conque austère des filles du Cap, la majestueuse fouénantaise, la "bourléden" étriquée et même les velours et les bigarrures des alentours de Baud et du Faouët. On dirait d'un microcosme où les divers pays de l'Armor seraient représentés.



pays basque économie pêche labourd port bretons
LA BIGOUDEN
29 PONT L'ABBE



pays basque économie pêche labourd port bretons
LA BOURLEDEN
29 QUIMPER



Que l'harmonieuse fraicheur de tous ces costumes a ici de séduction et combien, au milieu de la commune banalité, on en apprécie le bon goût.



Le bilan de la campagne.


pays basque économie pêche bretons labourd port
VIEUX PÊCHEUR BRETON


Essayons de dresser le bilan de la campagne qui s'achève :


Passif : deux sinistres : la perte des pinasses Araok-Atao, à M. Constant Hélias, de Douarnenez et Petite Bretonne, de M. Bescon de Tréboul.



Victime d'une panne de moteur, la première fut emportée par la bourrasque et réduite en pièces. La seconde a péri dans un incendie consécutif à une explosion de son moteur. Pas de pertes de vies humaines à déplorer.



Au compte passif, on inscrira encore les longues semaines de chômage imposé par l'état de la mer, de la mi-décembre à la mi-février. Chômage total, du côté des pêcheurs bretons et d'autant plus exaspérant pour eux qu'à la moindre accalmie, les "bauniches" (filets tournants) des Basques permettaient à ces derniers des sorties fructueuses tandis que les filets bleus à mailles , excellents en eau claire, dont se servent exclusivement nos compatriotes, n'arrivaient pas à fixer le poisson, dans une mer troublée.



La fréquence des tempêtes et leur longue durée, la saison même où la pêche se pratique en ce pays y rendent l'usage des "bauniches" indispensable. Si dispendieuse que puisse être pour eux l'acquisition de ces engins, les pêcheurs bretons devront se résigner à s'en procurer. Telle est la leçon qui se dégage de la campagne.



Actif : Pêche très abondante et prix peu élevé, durant tout le mois de novembre. Pour les usines, ce fut la meilleure période de la saison. Dans la première quinzaine de décembre : pêche moyenne avec hausse des cours. De la mi-février, enfin, jusque vers la mi-mars : pêche excellente à tous égards.



Dans l'ensemble, il n'est pas douteux que la campagne ait été rémunératrice. Pour ne parler que des pêcheurs, on estime entre trois et quatre mille francs le denier qu'elle aura rapporté à chaque homme d'équipage. La satisfaction est générale et l'on se promet de revenir, l'année prochaine."






A suivre...









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lundi 15 novembre 2021

4ÈME ARTICLE LE PLUS LU DU BLOG : UNE BAGARRE ENTRE PÊCHEURS BASQUES ET BRETONS À SAINT-JEAN-DE-LUZ EN LABOURD AU PAYS BASQUE LE 3 NOVEMBRE 1926


BAGARRE MÉMORABLE ENTRE PÊCHEURS BRETONS ET PÊCHEURS BASQUES EN 1926.


Pendant de très nombreuses années, les Basques et les Bretons ont travaillé ensemble dans le domaine de la pêche et vécu, souvent côte à côte.

jeudi 29 novembre 2018

LA LANGUE BASQUE EN OCTOBRE 1902


LA LANGUE BASQUE ET LA LANGUE BRETONNE EN 1902.


Au début du vingtième siècle, les langues Basque et Bretonne sont attaquées par l'Administration Française.

vendredi 6 avril 2018

LES BRETONS AU PAYS BASQUE EN 1929


LES BRETONS AU PAYS BASQUE.


Depuis de très nombreuses années, les Bretons sont venus au Pays Basque et nombre d'entre eux y ont fait souche.

samedi 13 janvier 2018

L'ACCORD ENTRE LES PÊCHEURS BASQUES ET LES PÊCHEURS BRETONS EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN MARS 1927


UN ACCORD EST SIGNÉ EN 1927 ENTRE LES PÊCHEURS BASQUES ET LES PÊCHEURS BRETONS.


Suite à une bagarre mémorable à Saint Jean de Luz et Ciboure entre pêcheurs Basques et Bretons, le 3 novembre 1926, faisant de nombreux blessés , dont certains gravement blessés, un accord est signé quelques mois plus tard entre les deux parties.

mardi 19 décembre 2017

UNE BAGARRE ENTRE PÊCHEURS BASQUES ET BRETONS À SAINT-JEAN-DE-LUZ AU PAYS BASQUE LE 3 NOVEMBRE 1926


BAGARRE MÉMORABLE ENTRE PÊCHEURS BRETONS ET PÊCHEURS BASQUES EN 1926.


Pendant de très nombreuses années, les Basques et les Bretons ont travaillé ensemble dans le domaine de la pêche et vécu, souvent côte à côte.

dimanche 21 mai 2017

PÊCHEURS BASQUES ET PÊCHEURS BRETONS AU PAYS BASQUE AUTREFOIS


LES BRETONS AU PAYS BASQUE AU VINGTIÈME SIÈCLE.


Les Bretons et les Basques, en tant que peuples tournés vers l'Océan Atlantique se connaissent depuis de nombreux siècles.