... Passons à l'A. B. maintenant : la classe de son adversaire lui donnait beau jeu sans doute pour se livrer à cette orgie de passes qui a fait sa réputation. Il n'en est pas moins certain que l'équipe, de ses premiers pas sur un ground semble fine prête, et que peu de quinze en France sont capables d'une forme aussi rapide. Ce n'est pas dire toutefois que d'abord les méthodes employées soient complètement à l'abri de tout reproche et qu'ensuite le team de Dimanche doive être le team définitif. Reprenons ces 2 points à tour de rôle : nous persistons à croire (et nous aurons sans doute à revenir sur ce point) que la formule galloise du jeu ouvert à outrance faite sienne par l'A. B. convient parfaitement aux qualités et aux moyens de l'ensemble de ses hommes ; il doit donc, selon nous, persister à en faire son procédé d'attaque favori. Mais nous ne pouvons nous empêcher d'apercevoir quelques dangers à cette façon de faire : il ne faudrait pas d'abord que l'attaque par passes devint la seule méthode d'attaque : l'attaque aux pieds, par dribblings est plus efficace, moins aléatoire et moins difficile par certains temps et sur certains terrains ; il serait donc prudent de s'y exercer par intervalles en temps secs, et, en tous cas, il est de la plus grande imprudence de vouloir à toute force terminer par passes une attaque commencée en dribblings : on risque huit fois sur dix de faire un en-avant en ramassant la balle. D'autre part à supposer que la passe puisse suffire en tout temps à l'A. B. comme méthode d'attaque, il est à prévoir que l'adversaire aura tendance à adopter la méthode contraire : le dribbling. Et chacun sait qu'il n'existe qu'une méthode certaine de défendre contre ce procédé : c'est de se coucher résolument sur le ballon. La méthode de la contre attaque par passes peut donc réussir quelquefois mais c'est là un procédé fantaisiste qui, une fois éventé, pourra être fatal à celui qui le pratique. Et l'on sent les bleus et blancs très peu habitués à ce mode d'arrêt ; la meilleure preuve en est que lorsque l'un d'eux vient de s'opposer au dribbling de l'adversaire, la plupart des avants montrent très peu d'empressement à se replier derrière leur co-équipier ; ils semblent attendre sur place que l'attaque reprenne, pour y prendre part à nouveau ; mais c'est comme ça parfois qu'on se fait déborder de façon irrémédiable. Nous n'insisterons pas non plus sur le piétinement provoqué par le désir de trouver par passes à toute force un jour dans le rang de l'adversaire. Un solide coup de botte en touche est souvent plus utile et moins épuisant.
Passons maintenant à la composition du quinze : une ligne tout d'abord semble absolument inchangeable : c'est celle des demis. Elle fournit dimanche une partie éblouissante, de précision et de brio, lançant les divisions arrières avec une maîtrise et un à propos incomparable. Nous nous rallions de grand coeur à l'avis de notre confrère Hoursiangou, qui voit dans la combinaison Hedembaigt-Chateau une paire sans doute unique en France. La 1re ligne d'avants : Fortis-Iguiniz, Beaulieu nous donne aussi satisfaction par son poids, son allant, et le temps depuis lequel ces 3 hommes sont habitués à jouer ensemble. Mais les autres lignes seraient, selon nous, susceptibles de recevoir quelques remaniements profitables. La paire Lissalde-Lasserre nous semble tout d'abord bien légère en 2e ligne, où trouvent place généralement des hommes d'une autre corpulence ; puis nous ne sommes pas les seuls à avoir remarqué que le ballon s'attardait souvent en mêlée dans les pieds des hommes du second rang ; nous le verrions donc composé plutôt de deux "bigmen" de notre connaissance. La 3e ligne serait donc formée à son tour de Fernand et de Domercq, les 2 internationaux incontestés et incontestables, et d'un 3e pris de préférence parmi les hommes pesant plus de 72 ; car malgré tous les avis contraires, le poids des hommes d'un pack est d'une extrême importance en certains cas, mais qui pourrait être aussi un des hommes actuels de 2e ligne car la poussée d'un avant du 3e rang est souvent moins appréciable que celle d'un avant du 2e. Ce n'est pas sans un grand plaisir que nous avons cru discerner des progrès sensibles dans la manière de Poeydebasque à l'aile, qui semble foncer plus franchement que l'an dernier, et qui, adroit comme il l'est, doué, d'un bon coup de pied et raisonnablement vite, peut conserver encore ce poste de choix pour la terrible saison qui se prépare. Fouillassard en revanche nous a semblé plus lent dans son action et moins adroit à la passe que d'habitude ; peut-être son vrai poste serait-il à nouveau celui d'arrière, d'autant que le très consciencieux Ansoborlo, malgré son adresse sur le ballon et son énergie sur l'homme, ne peut, dans son propre intérêt, espérer tenir de façon suivie ce poste périlleux entre tous. Je verrais assez bien dans ce cas Laffitte au centre, ainsi que Roe il va sans dire, et à côté de l'ex capitaine du Biarritz-Stade, le rapide sprinter Charley, dont les obligations fraternelles et au besoin paternelles auraient vite fait sans doute de vaincre la résistance.
HARRY OWEN ROE AVIRON BAYONNAIS
Ces réserves faites — et à quoi serviraient les critiques sportifs s'ils ne bourraient pas leurs comptes rendus de toutes sortes de réserves — je n'éprouve aucune difficulté à faire - autant par raison que par sympathie — de l'Aviron Bayonnais mon grand favori pour le championnat de France de 1913."
Dans les luxueux salons du Palais Bellevue, le B.S. C. réunit, après la partie, les joueurs, les dirigeants et les amis des deux clubs. Et ce banquet, présidé par le docteur Gutierrez, fut la plus charmante petite fête qui se puisse concevoir.
SALLE DE CONCERT CASINO BELLEVUE BIARRITZ PAYS BASQUE D'ANTAN
Les convives étaient nombreux, si nombreux que nous oublions certainement des noms : citons toutefois :
Le Docteur Gutierrez, président du B. S. C., M. Choribit, président de l'A. B., M. Chantillon, président du comité de Côte Basque, M. Portalis, MM. Lamothe, Berrogain, Cazaucau, P. Lamothe, Bargelès Alcide et Alban Augey, Dulau, Lazortges, Ramond, Harritçalde, Cardi, Richardière, Fay, Laru, Bonneville, Vivié, Ribis, Darricau, Gruet, Dubarbier, Durquety, Boubée, Latuille, Dulau, Max Castérès, Lacoste, Jaumont, A. et L. Lacombe, Martin, etc., etc... les quize équipiers du Sporting, plusieurs autres joueurs des deux clubs, enfin les représentants de la Presse locale et régionale.
Le menu exquis et auquel on fit largement honneur, était le suivant :
Au Champagne, le docteur Gutierrez inaugura la série des discours par une allocution pleine de tact et très appréciée. Il rappela les débuts difficiles de son club, cita l'exemple de l'Aviron Bayonnais, dont la carrière fut semblable, à l'origine, et qui depuis... M. Gutierrez remercia aussi la Presse, dont les encouragements n'ont jamais failli au jeune club. Bref, en quelques minutes, il effleura tous les sujets avec une courtoisie charmante, et termina son discours au milieu d'enthousiastes applaudissements.
Après lui, M. Choribit se leva, et son allocution fut comme toujours très écoutée. Il sut, en une causerie aimable, parler de tout et de tous.
M. Hoursiangou, du "Sportsman" répondit à M. Choribit en sportsman averti, qui n'ignore rien des choses ni des gens. Avec la compétence que tous lui connaissent, il traita du football dans le sud-ouest et commenta spécialement, en termes élogieux mais justes, la belle partie à laquelle il venait d'assister.
M. Chantillon parla ensuite avec l'autorité que lui confère son titre de président du Comité de Basque. Mais il sut adoucir ses graves conseils par une gaité de bon aloi. Tout particulièrement, il fut très applaudi quand il sacra notre confrère Hoursiangou, l'apôtre du rugby dans le sud-ouest, président d'honneur du Comité.
Enfin, votre serviteur, à qui ses confrères jouèrent le mauvais tour de le désigner, il fut heureux au nom de la Presse locale, de remercier et de féliciter le Sporting, en souhaitant les plus grands succès aux deux clubs.
Nous applaudîmes enfin de courtes allocutions de MM. Fernand Forgues, capitaine de l'A. B., Bargelès, Lamothe, Crespin, capitaine du B. S. C., Berrogain et du docteur Augey, dont la causerie toute paternelle fut applaudie à outrance.
La soirée se termina dans un éclat de rire, grâce aux Mastic et autres Mayols amateurs, dont les chansonnettes, dites avec un réel talent, obtinrent plus qu'un succès, un triomphe.
Notre confrère "Le courrier" a reçu hier de M. Gaillard, adjoint au maire de Biarritz une lettre où il explique, sinon l'absence de tout représentant de la municipalité au banquet, du moins pourquoi il n'insista pas, lui, à cette manifestation.
Cette lettre, la voici :
"Monsieur le Directeur,
Dans le compte rendu qu'a donné hier le "Courrier", de la fête du B. S. C. au Palais Bellevue, vous signalez, d'une façon particulière, l'abstention de la Municipalité, en faisant suivre cette remarque de l'observation suivante.
Cette attitude, est-il besoin de le dire, fut commentée sans enthousiasme. Or, je ne sais si mes deux collègues ont été invités à cette fête, mais je tiens à faire remarquer à ceux qui ont commenté l'abstention de la Municipalité, que le premier adjoint n'a reçu ni invitation, ni même le moindre avis sollicitant sa participation.
Il me semble, pourtant, avoir prouvé au B.-S. C. que je savais ne pas rester indifférent aux choses de sport, sans m'arrêter aux questions de bannières, et que cette année se sont encore disputées, sous la direction du B. S. C., des épreuves d'athlétisme auxquelles j'avais apporté la preuve d'un certain intérêt, et qui ont eu lieu, je dois encore le remarquer, sans que, pour la première fois, du reste, j'ai été invité ni à la présidence, ni même à y assister.
Tout ceci, simplement, comme mise à point.
Veuillez agréer, Monsieur le Directeur, l'expression de mes sentiments distingués.
Docteur Gallard".
C'est parfait... Après de telles déclarations, il ne nous est pas permis de douter des sentiments très amicaux de M. Gallard à l'égard du Sporting...
Mais, puisqu'il l'ignore, nous lui apprendrons : 1° Que M. Forsans, maire de Biarritz et président d'honneur du B. S. C., avait été invité en cette double qualité. 2° Que M. Forsans reçut cette invitation, puisqu'il répondit au B. S. C. qu'à son grand regret, il ne pouvait assister au banquet, étant obligé de partir le soir même pour Paris, mais qu'il se ferait un plaisir d'assister à la partie de football.
Or, M. Forsans n'assista pas à la partie, et ne prit pas davantage le train pour Paris.
Biarre, n'est-ce pas ? Bizarre aussi, ce fait que les deux adjoints, (car nous supposons M. Raulet dans le même cas que M. Gallard) n'aient pas été mis au courant par le maire, d'une invitation concernant la municipalité !"
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.
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