UNE EXCURSION À RONCEVAUX EN 1923.
Roncevaux (Orreaga en Basque) se situe en Navarre et fait partie de la commarque d'Aunamendi.
Voici ce que rapporta à ce sujet P. Etcheverry, dans le Bulletin trimestriel de la Société des
sciences, lettres & arts de Bayonne, en janvier 1926 :
... Là se trouve exposée sur une table, entre deux bougies allumées, une Sainte Vierge dorée (celle que les fidèles embrassent en y joignant une obole ; elle est la reproduction exacte de la Grande Vierge illuminée, exposée au Maître autel, c’est-à-dire l’objet vénéré de la fête de ce jour). De dessous la chaire, j’ai pu suivre l’office, entendre les belles orgues, un magnifique chant et contempler à loisir les beaux autels, tout ruisselants de lumières et d’or, ainsi que les belles statues si bien décrites par notre éminent sociétaire, M. de Meurville. Les ornements dorés de toutes sortes, resplendissent sur les officiants, les chaires et les autels. (La sacristie et le parloir renferment les autres curiosités ; je me propose de les visiter avant de quitter l’antique établissement).
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| NOTRE-DAME DE RONCEVAUX NAVARRE D'ANTAN |
La cérémonie fut fort belle ; le sermon, en pur basque, prononcé avec chaleur, fut écouté avec beaucoup d’attention.
Il était 13 h. quand la grand’messe fut dite. Aussitôt des pèlerins envahirent les "posadas" ; d’autres s’installèrent sur l’herbe pour déjeuner ; je fus du nombre. J’ai disposé, ensuite, de quelques minutes pour achever la visite du couvent qui embrasse les différentes époques du XIIe au XIXe siècle.
Après le repas, le Prieur Général s’est promené dans le parc, en surplis, avec, sur la poitrine, une grande croix (forme épée) verte, ornée de pierreries fines : c'est l’insigne de "Directeur du Couvent". Il s’est rendu d’un groupe à l’autre pour causer amicalement avec tout le monde. Comme je le félicite sur le beau sermon qu’il a prononcé, un bon vieux Basque lui demande "s'il a gagné cette belle croix à la dernière guerre ?"(sic). Il ajoute qu’il a perdu un fils à Verdun et qu’il est pensionné de guerre.
A 15 h., toujours accompagné du fidèle cousin, je quitte le couvent, enchanté de ce que j’ai vu. Je m’engage, un instant après, par Ibañeta, et la chapelle ruinée, sur la voie romaine, si bien décrite par notre éminent collègue M. Colas, dans La Voie romaine de Bordeaux à Astorga.
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| RUINES CHAPELLE CHARLEMAGNE RONCEVAUX NAVARRE D'ANTAN |
Nous fîmes la 6e halte sur les flancs de l’Asto-Bizkar. Bientôt je remarque, sur le côté droit du talus, faisant face au sud, huit grandes mottes gazonnées qui semblent être des tumulus. De cet endroit, on découvre au loin toute la plaine de Burguete et au pied de la montagne, à la jonction de sept vallées boisées profondes, en tout petit, le couvent de Roncevaux. Le coup d’œil est très pittoresque ; il est rendu sauvage, par le bruit des torrents qui se précipitent au fond des ravins, d’où apparaissent, subitement, des vautours voraces aux sifflements aigus et effrayants. Ils se mettent à tournoyer au-dessus de nous et nous obligent à allonger le pas.
Le guide m’affirme qu’à l’Asto-Bizkar et à Orbaizeta se trouvent des mines abandonnées, dont on va reprendre les travaux ; en passant auprès d’elles, je donne un rapide coup d’œil à ces installations qui furent prospères, il y a 2 000 ans, du temps des Celtibères. Nous assistons, maintenant, au retour joyeux des pèlerins d’Esterençuby, Saint-Michel, Saint-Jean-Pied-de-Port, dont cinq jeunes abbés. L’un d’eux, grâce à mes jumelles, fut enchanté de retrouver son village et de reconnaître sa maison. Tous sont de bonne humeur, très contents et ne paraissent nullement fatigués des 30, 40 kilomètres qu’ils ont dû faire, dans la montagne, pour accomplir pieusement leur devoir de chrétien. Chemin faisant, un brave berger, connu au Régiment, me manifeste sa joie de nous rencontrer en ces lieux déserts ; il me montre l’emplacement des mines de "Chango", exploitées jadis par des Anglais. Des baraquements et deux locomobiles gisent encore dans le ravin. A la première occasion, Il me fera parvenir des échantillons de cette mine.
Nous franchissons la frontière au col de Bentarte pour la seconde et dernière fois ; nous la longeons ensuite à l’Ouest jusqu’à Leizar-Atheka (1 419 m.) Nous nous trouvons maintenant au point culminant des hauteurs parcourues depuis deux jours.
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| CARTE ITINERAIRE SOCIETE SCIENCES LETTRES & ARTS BAYONNE JANVIER 1926 |
Arrivés à Château Pignon, nous faisons la 7e halte. Je monte sur la redoute et assiste au coucher du soleil. Le coup d’œil est magnifique. Les grandes montagnes de la Soule se détachent au loin vers le Sud-Est ; au Nord, la plaine ; elle renferme une multitude de villages ; au Sud, d’autres hauteurs, couvertes de forêts et à l’Ouest, les vallées des Nives qui se joignent à St-Jean-Pied-de-Port et à Ossès. Pendant la campagne de 1813-1814, mon aïeul fut blessé dans ces parages.
La route est meilleure et moins accidentée que celle parcourue la veille ; nous marchons, pendant plusieurs heures, sur une véritable pelouse, gazonnée de toutes parts.
Il faisait nuit lorsque nous arrivons à "Etchola" cabane de mon nouveau guide, auquel le cousin Pierre m’avait recommandé avant de nous séparer à Ibañeta. Là, nous trouvons le brave berger Chantcho qui nous prépare rapidement un bon tourin à l’oignon. J’offre des sardines à l’huile, une cuisse d’oie de conserve et du fromage ; le tout est absorbé avec grand appétit, autour d’un bon feu qui fait sécher rapidement nos effets trempés de rosée et de sueur. Avant de nous coucher, Chantcho nous fait prendre un grand bol de lait, avec du "talua", galette de maïs grillée. Bientôt nous nous endormons profondément, sur un lit de camp rempli de fougères sèches ; ce lit de fortune me rappelle les nuits passées dans la "cagna", au front (8e halte).
Le lendemain, il faisait grand jour quand nous prîmes le sentier du ruisseau d’Orisson ; il nous mène directement à la mine qui porte le même nom et qui se trouve non loin de la voie romaine, au bord de la rivière ; elle n’a jamais été exploitée, quoiqu’on y ait fait des fouilles. J’y ai prélevé quelques échantillons de minerai d’argent.
A 9 h., nous quittons la route suivie jusqu’alors pour nous acheminer, par un sentier étroit, vers Arnéguy.
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| FRONTIERE A ARNEGUY PAYS BASQUE D'ANTAN |





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