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dimanche 20 août 2023

LE GRAND-DUC DIMITRI PAVLOVITCH ET L'AFFAIRE RASPOUTINE AU PAYS BASQUE EN 1928 (deuxième et dernière partie)

 

LE GRAND-DUC DIMITRI PAVLOVITCH EN 1928.


Dimitri Pavlovitch de Russie, grand-duc de Russie, cousin du tsar Nicolas II, a fait partie de la conjuration pour assassiner Raspoutine, le 30 décembre 1916.



prince russe raspoutine assassin
GRAND-DUC DIMITRI PAVLOVITCH


 

Voici ce que rapporta à ce sujet La Gazette de Biarritz-Bayonne et du Pays basque, le 20 juin 1928 :



"Raspoutine, le Grand-duc Dimitri et le prince Yousoupof.

L’action de la fille du moine.

Quels mobiles l’incitent à l’intenter ?



On a vu comment la fille de Raspoutine, ce moine qui tint une si large place dans les conseils du tzar et de la tzarine avant la révolution russe, intentait un procès en vingt-cinq millions de dommages et intérêts au grand-duc Dimitri et au prince Yousoupoff, qui furent les justiciers de son père. On a lu aussi l’interview prise, à Biarritz, au grand-duc Dimitri, qui est l’hôte habituel de la grande station. 



Quels mobiles guident la fille de Raspoutine ? C’est ce que se demande la Rumeur. Et voici ce que dit ce journal à ce sujet : 


"Quels sont les vrais mobiles et qui sont les gens qui ont influencé la fille de Raspoutine pour que celle-ci se décidât à intenter une action en dommages-intérêts ? Toutes les suppositions sont permises. 


Maria Sakoloff, dirait-on, aurait tenté cette suprême manœuvre pour assurer son avenir et celui de ses deux fillettes. Mais, pour mener à bien un procès d’une telle envergure et pour plaider contre un adversaire aussi puissamment armé, il faut de l’argent, et beaucoup. Or, Maria Raspoutine est presque indigente. 


prince russe raspoutine assassin fille
MARIA RASPOUTINE


Il faut donc que quelqu’un ait avancé les fonds. Qui est-ce, et pour quelles raisons l’a-t-il fait ? Un bailleur de fonds aurait-il eu le courage d'affronter une aussi longue procédure, quand les risques sont énormes et les chances de réussite presque nulles ? Certes non. Maria Raspoutine a donc, derrière elle, des gens qui la soutiennent, soit par vengeance à l’égard du prince Youssoupoff, ou du grand-duc Dimitri, soit parce qu’un puissant intérêt politique les anime. 


Cette dernière thèse est d’ailleurs celle de l’entourage du prince Youssoupoff. 




prince russe raspoutine assassin
PRINCE FELIX YOUSSOUPOV 1903
ET SA FEMME ZENAÏDA


Les ennemis de Youssoupoff peuvent évidemment être nombreux et de toute sorte. En premier lieu on pourrait soupçonner le gouvernement bolcheviste. Mais il ne se compromettrait jamais à s'aboucher avec la fille de Raspoutine, et quel intérêt pourrait-il avoir à anéantir ce prince déchu qui n’a aucun titre pour se poser en candidat au trône ? 


Le prince est au mieux, dit-on, avec certains milieux pétroliers. Il est possible qu’un groupe concurrent veuille le mettre dans l’impossibilité d’agir, mais il est encore plus probable que ses ennemis se recrutent dans les milieux qui étaient jadis dévoués à Raspoutine. 


En effet, Raspoutine a jusqu’à l’heure actuelle encore des amis et des fidèles. 


Cet homme extraordinaire, dont le caractère demeure incompréhensible aux gens de l’Occident, où les intérêts, les ambitions et les haines sont tempérées par le rythme d’une vie sans heurts, cet homme tout en contradictions continue à vivre dans la mémoire de ceux qui l’aimèrent et il hante leur sommeil. 


Quoi qu’il en soit, il y a lieu de croire que le procès ne se plaidera jamais, et que les tribunaux français se déclareront incompétents. En effet, et c’est l’avis de plusieurs spécialistes de droit international que nous avons consulté les tribunaux français peuvent citer à comparaître tous les justiciables qui habitent la France, sans distinction de nationalité. Ils jugent des étrangers entre eux d’après les lois ou sur la base des usages établis. Dans des cas de meurtre, commis sur un territoire étranger, on applique, d’ordinaire, la législation en vigueur dans ce pays. 


Or, d’après la législation russe, il y a prescription, car le meurtre a été commis en 1916 et le délai de la prescription était, en Russie, de dix ans. 


Enfin, la demande de 25 millions de francs n’est pas justifiée, car la loi russe exige, pour l’établissement des dommages-intérêts, un relevé exact des revenus. L’évaluation des dommages dits "moraux" n’entre en ligne de compte que subsidiairement. Bien entendu, les revenus avoués de Raspoutine étaient de peu d’importance. Le procès eût été — car il n’aura pas lieu — à la vérité très passionnant. 


Ajoutons que jusqu’ici aucune assignation n’est parvenue à M. Youssoupoff, malgré la déclaration faite à l’avocat du prince Me de Moro-Giafferi, par l’avocat de Mme Salovieff, Me Garçon. 



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MAÎTRE VINCENT DE MORO-GIAFFERRI

On ne saurait en tout cas, négliger un détail assez piquant : c’est que avant que s’ouvre toute procédure, un film doit être tourné, dont on a déjà parlé, d’ailleurs, qui s'appellera : "La Fille de Raspoutine" et dont... la fille de Raspoutine jouera naturellement, le premier rôle. 


Faut-il établir une corrélation quel conque entre cette proche éventualité et l’action judiciaire qu’on annonce ?


Et la description que font nos interviewers de la belle plaideuse — "trente ans, blonde aux yeux bleus, regard volontaire" ne ressemble-t-elle pas au signalement qu’on donne lyriquement de celles qui vont paraître à l’écran ? 


Il semble bien que la question ne soit pas de savoir si la vedette slave obtiendra ses vingt-cinq millions, mais si le film qu’elle va tourner rapportera pareille somme à la firme qui l’entreprend... 



Le Prince Youssoupoff déclare.


prince russe raspoutine assassin
PRINCE FELIX FELIXOVITCH IOUSSOUPOV


M. Polounine, fondé de pouvoir du prince Youssoupoff, après avoir eu un entretien avec ME de Moro-Giafferi, a déclaré à la presse, au sujet du procès intenté par la fille de Raspoutine contre le prince : 


— "L’affaire est très compliquée au point de vue droit. Nul mieux que Me de Moro-Giafferi ne saura défendre les intérêts du prince dont il est l’avocat attitré. 


En tuant Raspoutine, le prince Youssoupoff et ses amis ont pensé accomplir un acte de justice. Raspoutine étant considéré par eux, par tous les vrais Russes, comme un homme néfaste pour la Russie et le régime impérial. 


Le prince avait les meilleures raisons de croire Raspoutine agent de l’Allemagne, conscient ou inconscient. 


On ne saurait trop le répéter, le prince Youssoupoff croyait, en décembre 1916, servir son pays et la cause des alliés. 


Depuis cette date, le prince n’a pas vu ses convictions ébranlées par les ouvrages parus sur ce sujet ou par les faits qui se sont déroulés dans notre malheureux pays. 


Pleinement conscient du rôle qu'il a joué, de la responsabilité qu’il a assumée en commettant un crime, il a tenu à publier un livre, dernièrement paru, qui est en quelque sorte la justification de son acte. 



russe assassin raspoutine
LIVRE LA FIN DE RASPOUTINE
PAR LE PRINCE YOUSSOUPOFF

C’est donc sans aucune inquiétude qu’il attend sa comparution devant un tribunal français.  


Quant au grand-duc Dimitri, il désavoue le livre et estime que la plus grande réserve s’impose."





(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




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jeudi 20 juillet 2023

LE GRAND-DUC DIMITRI PAVLOVITCH ET L'AFFAIRE RASPOUTINE AU PAYS BASQUE EN 1928 (première partie)

LE GRAND-DUC DIMITRI PAVLOVITCH EN 1928.


Dimitri Pavlovitch de Russie, grand-duc de Russie, cousin du tsar Nicolas II, a fait partie de la conjuration pour assassiner Raspoutine, le 30 décembre 1916.




prince grand-duc russe raspoutine
GRAND-DUC DIMITRI PAVLOVITCH


 

Voici ce que rapporta à ce sujet La Gazette de Biarritz-Bayonne et du Pays basque, le 18 juin 1928 :



"L'Affaire Raspoutine 


Les 25 millions de la fille du "staretz". 


Ce que répond, à Biarritz, le grand-duc Dimitri à la demande de Mme Solovieff, fille de Raspoutine, qui l'accuse d’avoir, avec le prince Youssoupoff, assassiné son père.



prince russe raspoutine assassin
PRINCE FELIX FELIXOVITCH IOUSSOUPOV



Le grand duc Dimitri ne sait que depuis quelques heures, que son nom suivant de très près celui du prince Youssoupoff, vient d’être épinglé dans la collection de l’actualité judiciaire. 



Un journal qu’il tient encore entre les mains à l’heure où je le rencontre, s’est chargé de lui porter sur la Côte d’Argent, la nouvelle de l’assignation lancée par la fille de Raspoutine. 



C’est donc une impression de surprise toute fraîche que le cousin germain du tzar accepte tout d’abord de communiquer à un collaborateur du "Matin", dans ce bar de Biarritz, où avec une bonne grâce légendaire, il distribue à chacun et dans toutes les langues, des salutations que l’on s’empresse de recueillir. 



Grand, mince, racé jusqu’au fond des yeux qui sont d’un bleu clair étrange, la silhouette jeune, le grand duc parle en prolongeant ses phrases par un geste du bras très particulier, comme s’il voulait donner à manger les mots, dans le creux de sa main.  



"J’ai été pris à un tel point au dépourvu par le procès, me dit-il, que je n’ai même pas encore fait choix d’un avocat. En conséquence ne possédant pas de conseiller, je ne saurais, pour l’instant, formuler d’objections juridiques. 


Il me semble toutefois, que la prescription doit jouer. Et puis, il y a autre chose." 



Et le grand duc Dimitri, très pâle, faisant effort pour dominer l’émotion grandissante qui naît avec violence de l’évocation de l’odyssée tragique qui commença pour lui le 16 décembre 1916, jour de l’assassinat de Raspoutine, murmure très bas : "Justice a déjà été faite. L’affaire a été jugée en Russie, par le Tsar." 



Consigné et déporté en Perse.



"Certes, au lendemain du crime, je n’ai pas été interrogé sur le fond, encore que j’aie été consigné durant huit jours dans mes appartements, sous la garde de sentinelles qui occupaient jusqu’à ma salle de bains. Par deux fois pourtant, j’avais demandé à l’empereur de me faire juger par un conseil de guerre comme un simple soldat. Par deux fois, les juges militaires se réunirent pour décider de mon sort, mais le tsar ordonna dans chacune de ces circonstances, l’arrêt des débats. 


N’empêche, une sanction intervint. Je fus déporté en Perse dans un poste terrible. Croyez bien que cet exil fut pour moi une véritable punition. Je fus, durant le voyage et tout le temps de ma déportation, considéré comme un détenu politique n’ayant pas le droit de recevoir de courrier fermé et ne pouvant disposer de sa personne.


Jamais encore je n’ai raconté l’histoire de mon exil. Je vous la confierai bientôt. Elle est dramatique. 


L’empereur me sauva en m’éloignant de Pétrograd. Si j’étais demeuré en Russie, j’aurais été massacré avec la famille impériale, assassiné, comme le fut mon père, par les bolcheviks. 


La silhouette du grand-duc s’est légèrement voûtée, comme s’il voulait se rassembler sur lui-même pour mieux supporter le poids d’un des drames passés les plus douloureux. Et l’on sent, en même temps, qu’il se replie pour mieux faire voler en éclat la question qui surgira d’un nom qu’il n’a pas encore prononcé, qu’il ne prononcera pas : Raspoutine ! 



Les motifs de l'assassinat.


"Je savais vaguement, me déclare le grand-duc, lorsque je veux lui imposer le souvenir du fameux Staretz, qu’une de ses filles habitait Paris. Je crois, d’ailleurs, qu’un autre de ses enfants s’est également fixé en France."



Et subitement, avec un accent étranger, le grand-duc me déclare en martelant les mots :  


"Monsieur, nous avions décidé de le tuer pour le bien de la patrie, dans une crise de délire patriotique. Je croyais que sa disparition fortifierait le trône de Russie. 


Le meurtre a été inutile. Nul n’aurait dû le raconter. Aurait-il même été suivi des conséquences heureuses que nous escomptions, que tous ceux qui l’accomplirent auraient dû se faire un devoir de garder ce drame secret. 


Quand on commet un acte extrême avec foi, avec spontanéité, on doit vivre avec des souvenirs, ne rien rapporter au public et mourir avec sa discrétion, non pas par crainte des responsabilités, mais pour laisser au geste sa véritable atmosphère. 



Il ne fallait pas raconter la nuit tragique.


"Le prince Youssoupoff a eu tort d’écrire un livre sur le drame. J’ai tout fait pour l’empêcher de le publier ; il n’a pas cédé à mes prières. Il a perdu, du coup, mon amitié. Depuis cinq ans, je ne le rencontre plus." 



russe assassin raspoutine
LIVRE LA FIN DE RASPOUTINE
PAR LE PRINCE YOUSSOUPOFF



Et avec excitation, le grand-duc Dimitri répète : 

"Il ne fallait pas raconter la nuit du 16 décembre. 


Voici douze ans que la tragédie s’est déroulée. Je n’en ai encore jamais parlé à personne. Ma femme, ma sœur, ne m’ont jamais entendu dire un mot de ces heures sanglantes. La même force qui me poussa alors à agir m’interdit de lever un coin du voile. 


— Celui que souleva le prince Youssoupoff, permet-il de reconstituer exactement le drame ? 


— Je n’ai jamais voulu entr'ouvrir le livre du prince Youssoupoff, répond le grand-duc."



 "Je n'ai pas de sang sur les mains".



— Raspoutine a-t-il été assassiné dans un sous-sol de l’appartement du prince ? 

— Oui.

 — Vous n’avez pas assisté au meurtre ? 

— Je n’ai pas de sang sur les mains. Je me trouvais avec trois compagnes dans une chambre du premier étage, quand il fut abattu. 

— Est-ce le prince qui tira tout d’abord sur Raspoutine ? 

— Oui. 

— Lui aviez-vous prêté votre revolver ? 

— Oui. 


Sur cette dernière affirmation, le grand-duc s’éloigne, le visage triste, les traits tirés, sans répondre aux saluts des serveurs pliés en deux, qui multiplient à l’infini leurs "Au revoir Monseigneur". 



Une controverse juridique.



De Paris, on communique la note suivante : 

On annonce que le prince Félix Youssoupoff, assigné par la fille de Raspoutine, a choisi pour défenseur Me de Moro-Giafferi. 


Le débat portera sur le point de droit suivant : Les tribunaux français peuvent-ils connaître d’un procès entre étrangers lorsque l’objet en litige est l’action civile née d’un crime commis à l’étranger ? 


Mais il ne s’agit même pas d’un procès entre étrangers, puisque Marie Grigorievna Solovieff, née Novick, fille de Raspoutine, âgée aujourd’hui de trente ans et qui habite actuellement Paris, a perdu sa nationalité russe en raison de l’article premier du décret du Comité central exécutif de l’U. R. S. S. d’octobre 1924, qui a prononcé cette déchéance contre tous les émigrés qui ont quitté la Russie. 


Mme Marie Grigorievna-Noviek se trouve donc "heimatlos", c’est-à-dire sans patrie ni nationalité juridique. Mais le prince Félix Youssoupoff et le grand-duc Dimitri Pavlovitch, qu’assigne la fille de Raspoutine, sont également "heimatlos". 


D’ailleurs, la jurisprudence française à l’heure actuelle, est fixée et déclare que les tribunaux français peuvent donner accès aux Russes réfugiés en France. 


Toutefois, la difficulté la plus sérieuse que rencontre l’action de la fille de Raspoutine est la prescription de dix années, qui, d’après la loi française, interdit toute action, soit civile soit pénale, basée sur un fait criminel. Quoi qu’il en soit, une controverse juridique s’engager entre Me Maurice Garçon et Me de Moro-Giafferi à la rentrée d’octobre sur le problème historique encore mystérieux de la mort de Raspoutine. 



Chez Me de Moro-Giafferi.




avocat france svocat homme politique stavisky seznec
MAÎTRE VINCENT DE MORO-GIAFFERRI



D’autre part, un de nos confrères a pu voir une personne de l’entourage immédiat de Me Moro-Giafferi qui lui a fait les déclarations suivantes : 


Me de Moro-Giafferri a, en effet, accepté d’assister le prince Youssopoff dans le procès que lui intente la fille de Raspoutine. Le prince est devenu un peu le compatriote d’élection de Me de Moro-Giafferri, car, depuis qu’il a quitté la Russie, s’il dirige à Paris une importante affaire, il séjourne régulièrement chaque année de quatre à cinq mois en Corse. 


Au point de vue droit, il est probable que l’avocat du prince contestera la compétence des tribunaux français, ceux-ci n’ayant pas à connaître d’événements ayant eu lieu à l’étranger et n’ayant eu pour auteurs que des étrangers qui n’ont été dénationalisés qu’ultérieurement. 


Il n’en demeure pas moins vraisemblable qu’au cours des débats sera évoqué, avec une précision de détails inédite, le meurtre historique du staretz Grigory Raspoutine. On sait que le prince Youssoupoff se considère fondé à démontrer que le moine russe fut, en réalité, l’agent de l’Allemagne et que c’est à l'instigation de celle-ci qu’il trahit son pays et hâta l’écroulement de l’empire des tsars. 


Ainsi, ce procès entre particuliers apparaîtra d’une importance historique de tout premier plan, le prince Youssoupoff n’ayant jamais eu l’intention de renier la responsabilité d’un acte qu’il a toujours revendiqué hautement devant l’histoire."



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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