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jeudi 5 mars 2026

L'INAUGURATION DU MONUMENT AUX MORTS DE BIDART EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1924

L'INAUGURATION DU MONUMENT AUX MORTS DE BIDART EN 1924.


C'est en novembre 1924 qu'est inauguré le monument aux morts de Bidart, en Labourd.




pays basque labourd monument morts
MONUMENT AUX MORTS DE BIDART 1935
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet la Gazette de Bayonne, de Biarritz et du Pays basque, le 28 

novembre 1924 :


"Le Monument aux Morts de Bidart.

La Cérémonie d'Inauguration.



Dimanche dernier a eu lieu à Bidart l'inauguration du Monument aux Morts de la guerre. Dès 9 heures du matin, les cloches de la vieille église sonnaient à toute volée pour annoncer à toute la population que l'heure de rendre un hommage solennel à nos compatriotes tombés là-bas sur les champs de bataille était venue. On accourt de tous les côtés ; des quartiers les plus éloignés, des communes voisines, on vient très nombreux. Dix heures sonnent ; en une minute, la belle et antique église se remplit. M. Légasse, maire en tête, son dévoué adjoint M. Durquety, le Conseil Municipal, les députés, le conseiller général, les maires du canton, les invités de marque occupent les places qui leur sont réservées ; et la messe solennelle commence, chantée par M. le Chanoine Asconéguy, supérieur au Collège Saint-Louis de Gonzague de Bayonne.



Les chants sont magnifiquement exécutés par un groupe de jeunes filles et la masse des hommes qui remplit les tribunes. Après l'évangile, M. l'Abbé Doyhenard, vicaire de Biarritz et ancien capitaine, parle en basque de nos grands morts. En des accents émus, il dit de prêter l'oreille au son de la voix de ceux qui sont tombés là-bas. Au récit des derniers moments de ces héros, plus d'une larme coule dans l'assistance.



Au sortir de l'église, les clairons et tambours de la Société la "Jeanne-d'Arc" de Biarritz ouvrant la marche, on se rend à l'emplacement du monument. Le spectacle est ravissant : la place de Bidart est baignée de la lumière éclatante que prodigue en son midi un soleil magnifique. Le monument est là, voilé d'un drapeau tricolore, au milieu d'une terrasse dominant toute la place et entouré de verdures et de guirlandes que la main habile de notre compatriote M. Pierre Gélos a artistiquement disposées. Les diverses notabilités, le Conseil municipal, les membres des familles qui ont eu des morts à la guerre, les enfants des écoles montent près du monument.



Nous remarquons au premier rang : MM. Ybarnégaray, Castagnet, députés ; Général Lacrambe ; Barnetche, conseiller général ; Rev Mac Wiliams, consul des Etats-Unis ; Petit, Pinatel, Dufau, Doyhénard, Housset, maires du Canton ; Hieulle, Sérieyx, Ramond, Willems, Rateau, Dr Peyret, Barreau, Berckmans, etc...



En bas s'arrêtent la musique, les anciens Combattants, une foule immense. Tout à coup le voile tombe et le monument apparaît, oeuvre artistique de M. Paul Gomez, de Biarritz. C'est une pyramide sortie des carrières de Chauvigny et portant gravées sur ses faces une croix enguirlandée, un fantassin, un marin, un croiseur-cuirassé, le tout entouré d'un faisceau de drapeaux aux numéros des régiments des Basques.



Le Conseil municipal, M. et Mme Mac Williams, Mme Benoist, les Anciens combattants italo-belges des entreprises Berckmans, les Combattants, la Congrégation des Enfants de Marie, les diverses Sociétés de la Commune et les enfants des écoles font déposer leurs gerbes en couronnes. M. le Curé bénit le monument.



Et aussitôt, au milieu d'un profond silence, le Président de l'Union des Combattants de Bidart fait l'appel des 68 braves tombés au champ d'honneur. Long et émouvant moment où soixante-huit fois nous avons entendu les enfants crier : "Tombé au champ d'honneur !"



Aujourd'hui la commune de Bidart leur montre sa reconnaissance, ce monument est à eux. M. Sérieyx, au nom du Comité, le présente à M. le Maire. Dans un langage, très élevé, très digne et noble, M. Sérieyx raconta comment se forma le Comité du Monument ; il en fait la description et explique les divers symboles en des idées magnifique, sous une forme classique.




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MONUMENT AUX MORTS DE BIDART
PAYS BASQUE D'ANTAN



Discours de M. Légasse.

Maire de Bidart.



M. le Maire le remercie vivement ; voici d'ailleurs le texte entier du discours de M. le Maire :


"La voilà enfin réalisée, l'oeuvre simple et belle due au ciseau de l'artiste et compatriote M. Paul Gomez.


Je remercie M. Sérieyx qui, au nom du Comité, vient de remettre le monument à la commune. Je l'accepte avec reconnaissance, puisqu'il est destiné à perpétuer le souvenir de nos morts glorieux.


Je le remets à mon tour entre les mains de la population de Bidart qui en aura la garde et le transmettra aux générations futures, auxquelles il dira l'héroïsme des enfants de Bidart qui ont contribué à la défense de la Patrie, menacée par un barbare envahisseur.



Et vous, maîtres de l'enseignement, vous apprendrez à vos jeunes écoliers à le respecter et les accoutumerez à écouter les leçons qui s'en dégagent.


Ce monument, qui représente la tombe d'un poilu, avec la croix des tranchées, nous le devons d'ailleurs à vos généreuses offrandes, mes chers concitoyens, et si nous avons pu l'élever ainsi, c'est grâce au geste vraiment généreux d'une Reine, qui n'a cessé de nous combler de ses bienfaits. Toujours prête à secourir les infortunes, Sa Majesté la Reine Nathalie de Serbie et sa soeur, Mme la Princesse Ghyka, ouvrirent, durant la guerre, un hôpital dans leur résidence de Sachino.



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REINE NATHALIE DE SERBIE
PAYS BASQUE D'ANTAN







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CHÂTEAU SACHINO BIDART
PAYS BASQUE D'ANTAN



Mais non contentes d'avoir secouru les souffrances physiques, elles ont voulu, en contribuant pour une si large part à cette oeuvre de reconnaissance, que le monument destiné à conserver la mémoire de nos héros soit digne de leur sacrifice.


Daignent sa Majesté et sa soeur agréer l'hommage de notre gratitude.


Je ne puis passer sous silence le don si généreux de M. Hieulle, le propriétaire d'Ilbarritz, qui nous a permis de continuer l'oeuvre commencée.


Merci enfin à tous ceux qui ont contribué par leurs offrandes ou leurs travaux à ce témoignage de reconnaissance.


Et vous, nos Grands Morts ! dont l'ombre semble planer au-dessus de nos têtes, en cet instant solennel, permettez que je m'adresse à vous.


Vous avez vaillamment défendu notre sol sacré ; nous nous inclinons bien bas devant votre mémoire, vous confondant dans une même admiration et entourant d'un même respect vos familles éplorées.


Hélas ! qu'ils furent chèrement payés les lauriers de la Victoire : quinze cent mille des nôtres tombés au Champ d'Honneur !



Notre village a été lui aussi cruellement frappé, puis soixante-huit Bidartars, dont les noms sont gravés sur cette pierre, ont été tués face à l'ennemi.




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MONUMENT AUX MORTS DE BIDART 
PAYS BASQUE D'ANTAN


Et en écoutant tout à l'heure la lecture de cette trop longue liste, il me semblait les voir réapparaître. Je retrouvais leur physionomie, je revoyais leurs traits depuis si longtemps effacés. Ils étaient là, au milieu de nous, vacant à leur besogne, vivant de notre vie, lorsqu'un jour, tels de gros nuages, dans le ciel, des bruits de guerre amèneront l'anxiété aux foyers.


Il n'était, hélas ! que trop vrai : l'ordre de mobilisation ne tarda pas à arriver et chacun de rejoindre son poste.


Ce fut l'enthousiasme du départ, chacun refoulant dans le plus profond de son coeur les secrètes angoisses.


Puis la frontière envahie, la guerre là-bas, en Belgique... Charleroi !... nos premiers désastres, le repli sur Paris et, tout à coup, ô miracle ! comme un sursaut d'énergie, la Victoire de la Marne.


Mais l'ennemi s'est terré et c'est alors quatre années de luttes sanglantes, chaque mètre du sol français disputé au prix de tant de vies.


Mêlés aux noms sublimes de Dixmude, de Craonne, de Verdun et de tant d'autres, nous arrivaient des nouvelles de nos chers poilus qui se distinguaient sur ces champs de bataille.


C'était, parfois, des lettres simples et admirables qui auraient mérité d'être recueillies et insérées dans un livre d'or réservé à nos chers soldats de la grande guerre.


Mais, hélas ! c'était souvent aussi la triste lettre officielle qui venait confirmer les cruelles angoisses.


A vous, pères, mères, épouses et parents qui avez vécu ces heures tragiques et qui, après avoir longtemps tremblé pour ces êtres chers, les avez vus enlevés à votre affection, j'adresse l'hommage ému et reconnaissant de tous vos concitoyens.


Ayez-en la certitude, aucune d'entre nous n'oubliera jamais ceux qui ont fait si vaillamment le sacrifice de leur vie pour le salut de la Patrie, vous qui les pleurez, séchez vos larmes. S'ils ont disparu de cette terre, ils vivent dans un monde meilleur, car après être morts en Martyrs, Dieu leur a certainement accordé la récompense éternelle.


Un souvenir ému, je l'adresse aussi à vous, soldats étrangers à notre commune qui avez été atteints par la maladie dans les froides tranchées et qui, après être venus mourir au milieu de nous, reposez tout à côté dans le cimetière militaire.


Je vous salue, mutilés et combattants de la grande guerre ; pour nous, vous avez lutté ; pour nous, vous avez souffert. Soyez-en remerciés. Nous ne l'oublierons jamais.


Et vous, malades de la guerre qui êtes venus chercher un climat plus doux, je vous dis notre gratitude et nos yeux de complète guérison.


Je saisis cette occasion de saluer le docteur qui vous traite, M. Peyret qui continue l'oeuvre d'Ilbarritz, où M. Charles Willems, le dévoué administrateur, il a fait tant de bien à de si nombreux malades.


Les Bidartars contribuèrent à la formation de cet hôpital, puis ce fut la Croix-Rouge Américaine qui en assuma les frais d'entretien. Et je tiens à exprimer ici nos sentiments de gratitude pour tous ceux qui ont ainsi contribué à soigner et à guérir nos chers soldats.


M. le Sous-Préfet de Bayonne, invité par nous à assister à cette inauguration, m'a fait parvenir ses vifs regrets de ne pouvoir être aujourd'hui au milieu de nous pour rendre hommage à nos morts.


Je remercie notre vaillant et sympathique député basque M. Ybarnégaray, qui a si aimablement répondu à notre invitation. Il vous décrira les horreurs de la guerre avec son habituelle éloquence.


Merci au député-maire de Bayonne, M. Castagnet, au général Lacrambe et à tous ces messieurs qui, par leur présence ont rehaussé l'éclat de cette cérémonie. Et je dis un dernier adieu à nos chers morts. Eux qui ont vécu en frères sur les champs de bataille, qu'ils nous apprennent à aimer, pour que la France soit grande et unie, comme ils l'avaient rêvé.



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PLACE ET MONUMENT AUX MORTS DE BIDART
PAYS BASQUE D'ANTAN



La cérémonie s'achève.


M. le Président des Combattants de Bidart parle à son tour et avec force il recommande à ses camarades de rester unis comme au front, des hommes francs, de n'oublier jamais leurs compagnons morts ; il conjure les jeunes d'être les imitateurs de leurs aînés tombés en faisant leur devoir.



M. le député Ybarnégaray clôt la série des discours. D'abord en basque, puis en français, il glorifie les Bidartars morts à la guerre. Son éloquence est superbe, on l'écoute avec avidité ; des applaudissements éclatent quand il parle du soldat basque, de la grandeur de la France, de ses destinées éternelles. Déchirant les voiles de l'éternité, il nous montre nos morts dans la gloire de Dieu et intercédant la France que quelques-uns voudraient encore nous ravir. Il finit son magnifique discours en acclamant la France et le Pays Basque.



La récitation d'une poésie par l'élève Achoaréna et un hymne à la France par les enfants de la commune clôture cette belle fête.



Vraiment belle fête où nos morts ont été glorifiés, nos coeurs fortifiés, l'union sacrée consolidée au pied du monument.



M. Légasse, maire, a retenu à déjeuner à l'hôtel Bidartenia toutes les notabilités et le Conseil municipal."




 




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France et Monument aux morts à BIDART - Bidart Tourisme)



  



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