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dimanche 3 mai 2026

LE NAUFRAGE D'UN NAVIRE DE L'ÉMIGRATION BASQUE LA "LÉOPOLDINA-ROSA" EN SEPTEMBRE 1842 (deuxième et dernière partie)

LE NAUFRAGE DE LA "LÉOPOLDINA-ROSA" EN SEPTEMBRE 1842.


Lors de ce naufrage, plus de 230 personnes, la plupart originaires des Basses-Pyrénées périssent.




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CARTE DU LIEU DU NAUFRAGE DE LA "LEOPOLDINA-ROSA"
4 OCTOBRE 1842




Voici ce que rapporta à ce sujet l'hebdomadaire L'Echo des Vallées, le 29 septembre 1842 :



"Naufrage de la Léopoldina-Rosa.

Demande de mise en jugement de l'équipage.


... Permettez-moi, Monsieur le Ministre, de vous signaler particulièrement le passage suivant de cette lettre : 


Montévidéo, le 8 juillet 1842.


"Je vous épargnerai les détails de notre catastrophe, les journaux que je joins à la présente vous en diront assez. Le capitaine fut jeté sur la plage vivant ; il expira peu de temps après du froid et des contusions qu'il avait reçues à bord pendant seize ou dix-huit heures que nous y sommes restés. L'équipage s'est très mal, horriblement mal conduit ; à part trois ou quatre, ils nous avaient abandonnés avant dix heures du matin, et par là tout moyen de sauvetage devenait impossible ; le lieutenant Montalivet, le maître d'hôtel Théodore et un novice sont restés jusqu'à quatre ou cinq heures de l'après-midi. Le second capitaine avait jugé à propos de suivre son équipage, après avoir promis au capitaine de le sauver ; en vain le capitaine l'appelait-il, il nageait vers la plage comme un poisson, et de là chemina vers des maisons éloignées de plus d'une lieue de la côte. Le capitaine et moi restâmes jusqu'à dix heures de la nuit, ainsi que plusieurs passagers, hommes et femmes réfugiés sur la dunette qui s'était séparée du navire, flottant et continuellement submergés par les vagues, et nous heurtés par les débris ; je dois la vie aux soins d'un homme du pays, qui me lança son lazo pour m'aider à arriver à terre, car j'étais complètement nu, et il me déposa près du feu ; j'avais le corps tout meurtri et j'étais presque sans connaissance." 



emigracion vasca uruguay
MONTEVIDEO URUGUAY 1889

L'accord qui règne entre cette relation et celle qui a été déjà publiée dans les journaux de la capitale ne laisse aucun doute sur la réalité des faits qui s'y trouvent. Il en résulte évidemment, en ce qui touche le navire proprement dit, que sa perte n'a été causée que par la violence des éléments, car il a fait assez preuve de solidité en résistant sur un rocher pendant dix-huit heures, à la fureur des vagues ; d'ailleurs, que pouvaient l'expérience et l'habileté reconnues du capitaine contre l'une de ces terribles tempêtes du Sud-Est, qui, à cette époque de l'année, convulsent ces parages et surtout contre les courants perfides qui, dans ces circonstances, y trompent les navigateurs les plus expérimentés ? Le capitaine Frappaz a fait assez en prolongeant pendant trois jours cette lutte opiniâtre durant laquelle il n'a pu déterminer la vraie position de son navire par aucune observation astronomique ! Ce drossage sur les rochers de Castillos était donc un malheur contre lequel l'homme ne pouvait rien ! 



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BATEAU DE L'EMIGRATION
PAYS BASQUE D'ANTAN

Mais il est loin d'en être ainsi à l'égard de la perte des passagers, puisqu'il est avéré qu'il n'a tenu qu'à l'équipage de les sauver tous. En effet, il est certain que les dix-huit heures qui se sont écoulées depuis le moment où le navire a touché sur les rochers, jusqu'à celui où il s'est entièrement brisé, étaient, surtout à la petite distance qui le séparait de terre, plus que suffisantes pour sauver au moins tous les passagers, si les ordres du capitaine, si ses prières même, relativement à l'établissement d'un va-et-vient eussent été écoutés. Ce moyen de sauvetage, aussi simple qu'efficace, était indubitablement praticable en temps opportun ; et la facilité avec laquelle l'équipage et notamment le second capitaine se sont sauvés à la nage, douze heures avant la destruction complète du navire, donne à leur conduite un caractère si odieux que j'hésite à le qualifier. En présence de ces faits je supplie de nouveau Votre Excellence d'accueillir favorablement ma demande. Ce n'est pas à moi qu'il appartient de démontrer combien la marine du commerce est intéressée à ce qu'un grand et salutaire exemple soit fait en cette occasion ; je dirai seulement qu'il semble que l'honneur de cette marine s'y trouve engagé, jusqu'à un certain point, surtout aux yeux des étrangers, car le navire la Léopoldina-Rosa était étranger, et il avait été confié, avec l'autorisation de Votre Excellence, à l'équipage français qui l'a abandonné ! 




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LISTE DE PASSAGERES ET DE PASSAGERS SURVIVANT.E.S
DU NAUFRAGE DU LEOPOLDINA-ROSA



Je ne sais pas, Monsieur le Ministre, si la loi écrite me permet de vous demander comme je le fais au nom des armateurs du navire et des familles des nombreuses victimes de ce naufrage, la mise en jugement de ces hommes. Le sentiment qui me guide trouvera, j'en suis sûr, écho dans le cœur de Votre Excellence. J'ai pensé aussi que si le gouvernement français honore et récompense les marins étrangers qui se sont distingués en disputant à la fureur des flots, les personnes et les propriétés de quelques-uns de nos compatriotes, il doit y avoir un châtiment au moins moral, pour les marins français qui, au mépris de leurs devoirs les plus sacrés, compromettent, par une conduite toute opposée, l'honneur du corps auquel ils appartiennent. 



La démarche que je fais auprès de Votre Excellence est autorisée d'abord par un sentiment d'humanité et ensuite par l'intervention que j'ai eue à Bayonne dans l'armement de la Léopoldina-Rosa en vertu d'une mission de surveillance et de sollicitude dégagée de tout intérêt matériel pour moi. J'ai accepté cette mission de la part de ses armateurs en m'associant à leur idée bienfaisante, et je continue de l'accomplir en ce moment. Il existe au bureau de la marine à Bayonne des preuves authentiques du soin que j'ai apporté dans cette affaire, car je me suis empressé de me mettre en rapport avec l'autorité maritime.  



Je prie Votre Excellence d'agréer l'assurance de mon profond respect, 

Alfred-Gustave Bellemare.



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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vendredi 3 avril 2026

LE NAUFRAGE D'UN NAVIRE DE L'ÉMIGRATION BASQUE "LA LÉOPOLDINA-ROSA" EN SEPTEMBRE 1842 (première partie)

LE NAUFRAGE DE LA "LÉOPOLDINA-ROSA" EN SEPTEMBRE 1842.


Lors de ce naufrage, plus de 230 personnes, la plupart originaires des Basses-Pyrénées périssent.



émigration basque naufrage uruguay
CARTE DU LIEU DU NAUFRAGE DE LA "LEOPOLDINA-ROSA"
4 OCTOBRE 1842



Voici ce que rapporta à ce sujet l'hebdomadaire L'Echo des Vallées, le 29 septembre 1842 :



"Naufrage de la Léopoldina-Rosa.

Demande de mise en jugement de l'équipage.



Nous ne reproduisons pas ici les détails que tous les journaux ont déjà publiés sur cette déplorable catastrophe. Nous nous contenterons de faire connaître à nos lecteurs une pétition qui vient d'être adressée à M. le Ministre de la Marine pour obtenir que l'équipage de ce malheureux navire soit mis en jugement. On y trouvera d'ailleurs l'extrait d'une lettre qui vient d'être reçue de Montévidéo du médecin de l'expédition. Elle revêt un certain caractère d'authenticité et mérite le plus vif intérêt. Ces nouveaux détails nous confirment entièrement dans l'opinion que nous avions déjà formée en lisant la première relation, à l'égard de la véritable cause de la perte des passagers ; et il nous en coûte de le dire, elle est en tout conforme à celle qui se trouve exprimée dans la pétition. Nous souhaiterions beaucoup pour la satisfaction des équipages de la marine marchande que celui de la Léopoldina-Rosa pût alléger la terrible accusation qui pèse sur lui. Nous le désirerions aussi pour la localité d'où il a été tiré, et qui, voisine de Bayonne, fournit ordinairement des marins si bons et si vaillants ! Les Basques se sont toujours montrés jaloux de la réputation maritime qu'ils ont si justement acquise, et ils s'en montreront encore plus dignes en s'associant à nous pour flétrir, comme on doit le faire, une conduite que rien ne semble pouvoir justifier. 

emigracion vasca uruguay
MONTEVIDEO URUGUAY 1889


Nous louons beaucoup la pensée nationale et humanitaire qui a présidé à la rédaction de cette pétition. Il serait en effet déplorable que l'insubordination et la lâcheté restassent impunies, surtout après avoir eu des résultats si funestes et si douloureux pour le pays. Outre que cette impunité serait du plus pernicieux exemple, elle augmenterait le douloureux sentiment qu'on éprouve en lisant les détails de ce naufrage ; car chacun s'y trouve profondément blessé dans ses sentiments d'humanité ; c'est en vain que l'on y cherche cette consolation qu'offrent souvent les grandes catastrophes, et qui consiste dans l'impuissance où l'homme se voit de leur résister ; impuissance dont le sentiment nous révèle la supériorité des décrets de la Providence et la nécessité de nous y soumettre sans murmurer. Mais ici la Providence avait laissé à l'homme une chance et des moyens de salut ! Anathème sur ceux qui, en cette occasion, ont outragé toutes les lois divines et humaines !... 


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BATEAU DE L'EMIGRATION
PAYS BASQUE D'ANTAN

Nous faisons donc des vœux pour que M. le Ministre de la Marine puisse accéder à la demande qui lui est adressée. Cette réparation semble être due aux mânes des victimes de ce naufrage. Et nous, qui sommes entourés ici de familles qu'il plonge dans le deuil, nous pouvons assurer que cette marque de sollicitude sera reçue avec reconnaissance et enthousiasme. — Nous invitons tous nos collègues de la presse à se joindre à nous pour appuyer cette demande, puisqu'il s'y agit d'un intérêt général. 



Nous ne pouvons terminer sans payer ici un tribut bien mérité à la mémoire du brave et infortuné capitaine Frappaz ; marin habile et expérimenté, homme distingué sous beaucoup de rapports très précieux dans la société, il est mort à son poste victime de son dévouement ! il lègue à ses frères de la marine un noble souvenir ! mais sa famille reste plongée dans la douleur et dans le dénuement le plus absolu. MM. les armateurs et surtout MM. les capitaines au long cours ne resteront pas indifférents à une si grande infortune, puisqu'elle est principalement le résultat d'une conduite dont le corps auquel ils appartiennent s'énorgueillira toujours. Ils allégeront cette infortune, nous en sommes certains, car le doute ici serait une injure ; il semble même qu'un noble esprit de corps leur en fait un devoir. C'est dans cette certitude que nous prenons des mesures pour que ces lignes arrivent à la connaissance de chacun d'eux. Leur offrande, quelle qu'elle soit, sera considérée autant comme une preuve de leur sympathie pour la noble conduite du capitaine que comme une marque de bienfaisance. Il nous paraît qu'une souscription, qui serait ouverte dans chacun de nos ports de mer les plus étroitement liés avec la rivière de la Plata, serait une œuvre belle et bonne à entreprendre. Nous savons déjà qu'on en ouvre une à Bayonne, chez M. le Consul de l'Uruguay ; à Bordeaux, chez MM. Bechet père et fils, banquiers ; Delmetre, Tournay, courtiers maritimes ; Merilhou et C°. Au Havre, chez M. Moulinié et chez MM. Delaroche, Delessert et Cie A Saint-Malo, chez M. Fontan. A Cette, chez MM. Bencker et Comp. A Marseille, chez MM. Fournier frères. A Nantes, chez MM. J. et V. Lauriol. A Paris chez M. J. Linard, négociant, place des Victoires, n° 12, et chez MM. Guérin-Seris et Compie, rue Basse-Porte St-Denis, n° 8.— Les produits de cette souscription devront être remis à M. Rougemont de Lowemberg, banquier, à Paris.



Nous espérons que ce généreux exemple sera suivi dans tous les autres ports de France ; et nous supplions encore nos collègues de la presse de se joindre à nous pour recommander cette œuvre de justice et de bienfaisance.

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Bagnères-de-Bigorre, le 25 septembre 1842.


Monsieur le Ministre, 

J'ai l'honneur de m'adresser à Votre Excellence pour appeler instamment son attention sur les détails que je viens de recevoir de Montevideo relativement au naufrage de la Léopoldina-Rosa ; d'après ce rapport, il n'est plus permis de douter que la perte des deux cent trente-une personnes qui ont succombé dans ce désastre ne doive être attribuée principalement à l'insubordination de l'équipage de ce navire et au criminel abandon où il l'a laissé au moment du danger. Je viens demander aussi à Votre Excellence, en vertu des motifs ci-après exposés, qu'il soit fait une justice prompte et surtout exemplaire de la conduite de cet équipage qui, par un tel mépris de ses devoirs, a seul consommé cette perte si déplorable.



Dans une affaire aussi grave et aussi délicate que celle-ci, puisqu'il s'agit de mettre au ban du monde maritime (en attendant un autre châtiment, s'il y a lieu dans cette circonstance), ces hommes si indignes du titre de marins français, l'autorité des faits doit seule être invoquée ; je demande donc à Votre Excellence la permission de lui présenter la lettre que je reçois à l'instant de Montévidéo de M. le docteur Duchesnois, médecin de l'expédition. Cette lettre a un caractère solennel, car cet homme généreux et dévoué est resté à son poste auprès du capitaine pendant les dix-huit heures qu'a duré la cruelle agonie du navire et des nombreux passagers qu'il abritait encore..."



A suivre...




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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