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samedi 29 août 2026

LA PROTOHISTOIRE AU PAYS BASQUE (deuxième partie)

 

LA PROTOHISTOIRE AU PAYS BASQUE.


La protohistoire est une période de temps intermédiaire entre la Préhistoire et l'Histoire sensu stricto, caractérisée par l'absence d'écriture propre au sein des sociétés étudiées.




pays basque protohistoire blot barandiaran
GRATTOIRS EN SILEX NEOLITHIQUE
72 SARTHE


Voici ce que rapporta à ce sujet le Docteur J. Blot, dans le Bulletin de la Société des sciences, 

lettres & arts de Bayonne, en janvier 1973 :



"Contribution à la Protohistoire en Pays Basque.


La Protohistoire — La  vue Protohistoire — La  vie Protohistorique à l'âge des métaux.



Les populations de bergers sillonnant les montagnes avec leurs troupeaux se dotent des premières institutions communautaires, tandis que dans les plaines, les groupements d’agriculteurs commencent à pratiquer la propriété privée, la possession du sol, et s’adonnent aux rites de la fécondité avec le culte de la déesse Mari qui remplace la vieille magie chasseresse tombée en désuétude. 



Mais c’est la TRANSHUMANCE qui va se révéler, à l’Age des Métaux, comme le phénomène essentiel de la vie basque. Rappelons-en les données : il s’agit pour les pasteurs d’assurer à leurs troupeaux toujours plus nombreux (brebis, bovidés, chevaux) une nourriture régulière et pour cela d’échelonner et répartir les pâturages suivant les saisons et les altitudes. 



Partis dès le printemps des pâturages de plaines épuisés pendant l’hiver, les troupeaux vont cheminer lentement vers les altitudes plus élevées au fur et à mesure que les neiges régressent. A l’automne, le mouvement inverse s’effectuera vers les plaines. Ces immenses déplacements sont conditionnés par la nature et la configuration du sol. La Haute Vallée pyrénéenne est une unité fondamentale où la vie s’organise en fonction des facilités d’échange et de circulation. Si le trafic d’ouest en est, de vallée à vallée, n’est le fait que de simples pistes, vu son peu d’intérêt, par contre dans le sens nord-sud, vers la plaine de la Garonne, la transhumance est pour ces populations l’occasion de transporter vers les plateaux pré-pyrénéens, les produits de leur sol et plus tard de leur sous-sol, en même temps qu’elles reçoivent de la plaine les nouveaux apports de civilisation. Faisant suite aux pistes de haute altitude, les chemins suivront dans le piémont les lignes de crête des croupes séparant les rivières. Les pasteurs utilisaient des voies multiples, augmentant ainsi leurs pâturages, évitant les bas-fonds, les fondrières... et les embuscades. Plus tard, nombre de ces mêmes voies deviendront les "Camins Saliers", les Routes du Fer, les "Camins Romieux", les Chemins de Compostelle, etc. Bien évidemment, par les cols, d’altitude, les passages se faisaient de la même manière vers l’autre versant des Pyrénées et les régions du Bassin de l’Ebre. 



Il est très intéressant de remarquer à ce propos que les premiers bergers du Néolithique et leurs successeurs de l’Age des Métaux ne feront le plus souvent que reprendre eux aussi les très anciennes pistes des chasseurs nomades de la préhistoire, comme en témoignent les nombreux outils de silex du paléolithique que nous avons trouvé tout au long de ces pistes, ce qui ne fait que confirmer s’il en était besoin, l’extrême ancienneté de ces voies de passage... (Voir légende planche I.) 



pays basque protohistoire blot barandiaran
PLANCHE I
SOC SCIENCES BAYONNE JANVIER 1973



Les multiples échanges ont approfondi les contacts au sud comme au nord de la Cordillère, créant ainsi une unité de race bovine et ovine dont on retrouve les traces du sud-ouest de l’Aquitaine à l’Espagne et au nord du Portugal, et par le brassage des populations s’affirme l’unité ethnique, culturelle, dite "pyrénaïque", et même linguistique, qui soudant entre elles ces populations d’un même parler, leur permet de se sentir différentes des étrangers et de s’en défendre. En plus de ce facteur d’unité intérieure, la transhumance fut la grande voie "d’acculturation" par la mise en contact des pasteurs dans les plaines et les régions limitrophes avec des éléments de culture et de races différentes. 



En effet, de grands mouvements de peuples se manifestent dès le début de l’Age des Métaux et nous verrons ainsi se succéder : l’Age du cuivre, l’Age du bronze, et l’Age du fer : les premières vagues indo-européennes venues de l’Est commencent à battre les rivages de l'Eskual-Herri ; elles vont progressivement submerger les vieux peuples européens dont les Basques restent parmi les très rares survivants. Du sud de l’Espagne montent les porteurs de l’usage du cuivre, et semble-t-il des sépultures mégalithiques à inhumation : les dolmens. 



Le bronze venu lui aussi du sud fera ensuite son apparition ; bien plus résistant que le cuivre (alliage d’étain et de cuivre), le bronze connaîtra un succès très supérieur ; il sera introduit par voie commerciale et diffusé en Pays Basque en grande partie par la transhumance ; son usage restera toutefois concomitant avec celui toujours très répandu de la pierre. 



Ultérieurement, vers - 900 ans avant Jésus-Christ, l’usage du fer apporté par les Proto-Celtes et surtout les Celtes venus du nord, donnera son nom à cette dernière partie de l’Age des métaux caractérisée aussi par la pratique, non plus de l’inhumation, mais de l’incinération des cadavres à laquelle pourraient se rattacher, comme nous le verrons, les cromlechs et certains tumulus. 



C’est ainsi qu’apparurent en Euskual-Herri et furent diffusés progressivement sans modifications profondes du vieux fond pyrénéen, les innovations qui transformaient le monde. Toutefois les Pyrénées qui n’ont jamais été un obstacle infranchissable, auront toujours une action retardatrice qui laissera persister un "archaïsme" permanent, un décalage dans l’évolution : les outils en pierre seront encore largement utilisés alors qu’ailleurs cuivre, bronze et même fer seront déjà d’un usage courant. De même la pratique de l’inhumation en dolmens, rituel du cuivre et du bronze, continuera partiellement à l’Age du fer, époque de la pleine diffusion de l’incinération. 



Ainsi le berger de la protohistoire évoluant dans une aire de transhumance qui s’étend de l’Ebre à la Garonne et au Languedoc, toute jalonnée de nos jours encore de toponymes basques, nous apparaît comme un vecteur de techniques nouvelles, un commerçant, un prospecteur de métaux (qui mieux que lui connaît le pays ?). C’est aussi un contemplatif, méditant derrière ses troupeaux, observant les astres, les cycles des saisons, ayant tout le loisir de penser, de réfléchir parce que dégagé de l’angoissante sujétion de la quête permanente de nourriture. Il va être le missionnaire par excellence sur toute l’étendue de ses déplacements, des nouvelles religions, à commencer par la religion mégalithique. 



Considérations générales sur le Mégalithisme — Les Dolmens (rites d'inhumation).


Le mégalithisme apparaît comme un phénomène complexe dont le Proche-Orient serait le foyer initial. Les plus anciens dolmens apparaissent en Europe occidentale, vers 3 000 ans avant Jésus-Christ dans le sud de la péninsule ibérique. Ils diffusent par voie maritime et terrestre vers le nord gagnant progressivement les côtes atlantiques, la Grande-Bretagne, la Scandinavie ; ils semblent liés à la connaissance de la métallurgie (ils sont chez nous caractéristiques de l’Age du cuivre et surtout de l’Age du bronze). 



Il ne paraît pas y avoir eu de migrations d’un "Peuple des dolmens", mais propagation par de petits groupes de "missionnaires" convertissant les populations autochtones. Ils proposaient une foi (avec des rites nouveaux réclamant des édifices parfois considérables), et un mode de vie techniquement supérieur avec utilisation du métal et prédominance des pratiques pastorales sur l’agriculture. 



L’apparition du monument mégalithique, première ébauche d’architecture, est aussi le premier signe de la volonté et de la capacité de l’homme de bâtir des monuments avec le souci de la durabilité. Si l’architecture religieuse suppose une relation étroite entre la forme et la fonction du monument, le dolmen est bien incontestablement la maison des morts. 



Le dolmen (breton dol : table - men : pierre) est donc un monument sépulcral pouvant contenir un ou plusieurs cadavres et susceptible d’être réutilisé plusieurs fois. Il est constitué de dalles plantées verticalement dans le sol, délimitant ainsi une chambre funéraire plus ou moins rectangulaire. L’axe de cette chambre est souvent orienté est-ouest, la dalle côté est pouvant être absente ou beaucoup moins importante, permettant ainsi l’introduction ultérieure d’autres cadavres. Sur les montants repose en général une toiture formée d’une ou plusieurs dalles (photo 1). L’ensemble est souvent recouvert d’un monticule de terre ou de pierre, le tumulus, lui-même parfois entouré d’un cercle de pierres plantées dans le sol : le "pseudo-cromlech" ou péristalithe. 



pays basque protohistoire blot barandiaran
DOLMEN DE GAAXTENIA BASSE-NAVARRE
BULLETIN JANVIER 1973 SOC SCIENCES BAYONNE



En Pays Basque Nord, le trait dominant du mégalithisme est très précisément sa simplicité et dans l’ensemble la modicité de ses dimensions (contrairement à l’étymologie du terme — Méga-lithe : grande pierre). On ne doit jamais oublier qu’il s’agit d’un mégalithisme de montagne adopté et adapté par des montagnards, et, s’il y a unité conceptionnelle et culturelle, les traditions (et les monuments) peuvent varier suivant les régions sans qu’on puisse y voir forcément des différences de culture ou d’époque ; ce qui compte, plus que la dimension, c’est la technique de construction. Une taille importante ne serait pas forcément en rapport avec la richesse ou la position sociale des défunts mais avec la finalité poursuivie : on trouvera plus volontiers les grandes sépultures dans les zones de basse et moyenne altitude, adonnées à une économie mixte agricole et pastorale, véritable nécropole d’un groupe socialement organisé, avec réutilisations successives du sépulcre, alors que dans les hauts pâturages les tombes auront volontiers des proportions plus réduites. La mort, dans ces zones qui ne sont pas des lieux d’habitat permanent, est un événement inopiné et la tombe sera improvisée par un petit groupe de pasteurs ne pouvant se livrer à des travaux colossaux. 



Situation des dolmens


Nous avons longuement insisté sur le rôle des pasteurs dans la diffusion des nouveaux rites religieux, des nouveaux modes de sépulture : ces tombes jalonnent en effet les voies de transhumance. On les retrouve exceptionnellement en plaine : un à notre connaissance, encore a-t-il été complètement détruit (Abarratei) par les labours mécanisés. Mais nous ne pensons pas que cette rareté soit attribuable aux seules destructions. 



Ils sont volontiers situés dans le piémont, à une altitude modérée (entre 150 m et 600 m) sur les lignes de croupe, les cols (23 % des cas), les pâturages, les replats à flanc de montagne, toujours dans des sites avec une vue dégagée sur de grandioses paysages. Nous donnerons en exemple le cas de Larraun (larra-ona : le bon pâturage) avec, cheminant à son flanc la piste pastorale où se rencontrent successivement les dolmens de Gastenbakarre, Behot-Zelai, Chominen, Aniotz- behere, Xoldokorixko, Arguibele...). 



pays basque protohistoire blot barandiaran
DOLMEN GAZTENBAKARRE LA RHUNE
BLOG J BLOT



Nous insistons, pour les sites dolmeniques, sur la notion d’une vue dégagée vers l’Est. Ceci est particulièrement remarquable pour les cols : si pour une raison topographique quelconque l’orientation du col ne débouche pas vers l’Est, il n’y a pratiquement aucune chance d’y trouver un monument funéraire protohistorique. 



Enfin, si 43 % sont isolés, il arrive qu’on puisse en trouver groupés par deux (28 % des cas), par trois (6 %) ou même par quatre (23 %). 



Répartition des dolmens


Elle est fort intéressante : pour un total de 104, nous en comptons 68 en Labourd (proximité de la voie maritime pour les "missionnaires" ?), 28 en Basse-Navarre, mais avec les plus "monumentaux" (Gaxteenea, Buluntza, Xuberaxain, Armiague) et seulement 8 en Soule : nous voyons là un certain particularisme de la Soule qui se confirmera avec l’étude des cromlechs et des fonds de cabanes."



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France et Larrun - Le blog de Dr Jacques Blot)



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mercredi 29 juillet 2026

LA PROTOHISTOIRE AU PAYS BASQUE (première partie)

LA PROTOHISTOIRE AU PAYS BASQUE.


La protohistoire est une période de temps intermédiaire entre la Préhistoire et l'Histoire sensu stricto, caractérisée par l'absence d'écriture propre au sein des sociétés étudiées.



pays basque protohistoire blot barandiaran
GRATTOIRS EN SILEX NEOLITHIQUE
72 SARTHE




Voici ce que rapporta à ce sujet le Docteur J. Blot, dans le Bulletin de la Société des sciences, 

lettres & arts de Bayonne, en janvier 1973 :



"Contribution à la Protohistoire en Pays Basque.


Introduction.



Il n’est pas de promeneur tant soit peu observateur qui ne remarque au cours d’une randonnée dans les montagnes du Pays Basque, quelques dalles plantées dans le sol, limitant un coffre de pierre, quelques blocs rocheux fichés dans le sol et disposés en cercles, ou même quelques tertres insolites de terre ou de pierre... Sans doute ces humbles monuments lui parleront peu ; et cependant... ils sont les rares témoins d’une très lointaine époque où se formait l’Euskual-Herri, cette époque que les spécialistes appellent la Protohistoire. Or, nos connaissances sur cette période de ce côté des Pyrénées sont très minces comparées aux résultats obtenus tant en Pays Basque Sud qu’en France même, dans les régions limitrophes (Landes, Béarn, etc.). 



Pour l’archéologue comme pour l’historien, la protohistoire représente un stade de l’évolution humaine située entre la préhistoire (absence d’écriture) et l’histoire (commencement des textes écrits), c’est-à-dire, pour ici, d’environ - 1 800 années jusqu’à - 50 années avant Jésus-Christ, date de l’invasion romaine. Cette période est aussi appelée "Age des Métaux" du fait de l’apparition progressive du cuivre d’abord, puis du bronze, et enfin du fer, en remplacement de la pierre en tant que matériau pour armes et outils. 



grottes basse navarre pays basque préhistoire
TÊTES DE RENNES ET DE BISONS BRISEES
GROTTES D'ISTURITZ
PAYS BASQUE D'ANTAN


L’intérêt majeur de la recherche, de l’étude, et de la protection des monuments dont il sera question ici (dolmens, cromlechs, monolithes, tumulus, fonds de cabanes) tient au fait qu’ils représentent pratiquement les seuls vestiges matériels qui nous soient parvenus de la protohistoire de l'Euskal-Herri, période essentielle où s’est forgée son individualité ethnique, linguistique, et où plongent les racines de la plupart des comportements spirituels de l’Euskualdun, devant le Destin, la Mort, la Divinité. 



pays basque préhistoire basse-navarre cromlechs
CROMLECHS D'OCCABE
64 MENDIVE


Le remarquable travail de prospection effectué par J.M. de Barandiaran, et consigné dans son ouvrage : El Hombre Préhistorico en el Pais Vasco avait toutefois jeté les grands jalons de la recherche ainsi que des travaux ultérieurs comme ceux de MM. P. Boucher, Chauchat, J.L. Tobie. Tout ceci laissait présager qu'une recherche systématique pourrait s’avérer fructueuse. Aussi, depuis 1968 avons-nous entrepris une prospection régulière des trois provinces : Labourd, Basse-Navarre, Soule. Au cours de plus de sept mille kilomètres à pied, parcourant systématiquement toutes les montagnes du Pays Basque Nord, et leur piémont, nous avons ainsi identifié de nombreux vestiges, dont certains ont déjà fait l’objet de publications. Nous avons eu la très grande chance de pouvoir effectuer ce travail avant la création du réseau routier pastoral de montagne. Les bulldozers ont en effet endommagé de nombreux sites et souvent détruit les monuments qui s’y trouvaient. Il ne nous en reste plus que les renseignements et photos pris au cours de ces prospections.

 

pays basque protohistoire blot barandiaran
LIVRE EL HOMBRE PREHISTORICO EN EL PAIS VASCO
DE J.M. DE BARANDIARAN



Dans les lignes qui suivent, nous tenterons d’évoquer la signification de ces monuments après avoir brossé un tableau succinct du contexte historique et surtout humain. A ce propos nous voudrions dès maintenant insister sur le fait qu’en protohistoire comme en préhistoire, personne ne peut jamais être sûr qu’une hypothèse est entièrement fondée ou exacte ; de plus en Pays Basque français, n’ayant de ces vestiges que la situation et les caractéristiques morphologiques (dans l’ensemble aucune fouille d’envergure n’a encore été effectuée), nous serons obligés de faire souvent référence à des monuments similaires des régions limitrophes. 



Enfin et surtout, ces lignes s’adressent au lecteur non familiarisé avec ces notions, mais curieux de son passé, et nous demanderons aux autres toute leur indulgence pour les erreurs et les omissions qu’il pourront relever. 



Avant d’aborder l’étude des conditions et modes de vie propres à la protohistoire, il paraît utile d’évoquer en quelques mots la longue période de préhistoire qui précède — et explique — la protohistoire. 



La Préhistoire — Ses grandes étapes.



Elle est schématiquement divisée en trois stades de très inégales durées : 


a) Le Paléolithique (âge de la pierre taillée). Période la plus longue. On y distingue trois époques qui tiennent compte des conditions climatiques, des types humains et des outillages rencontrés. 


Certes, les premiers vestiges attribuables à une présence humaine sur la Terre ont été trouvés en Afrique et remontent à trois ou même à quatre millions d’années. En Pays Basque nous n’en sommes pas encore là... mais, du paléolithique intérieur, qui s’achèvera aux environs de —100 000 ans avant Jésus-Christ, on connaît quelques instruments de pierre attestant déjà de manière certaine la présence de l’Homme. (C’est l’époque du "Pithécanthrope".) 



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PITHECANTHROPE
DECOUVERT PAR E. DUBOIS


Le Paléolithique moyen voit maintenant l’Homme de Néanderthal occuper la région. Nous avons une assez bonne connaissance de ses conditions de vie, de ses armes et outils en Euskual-Herri. Toutefois, vers —35 000 ans avant Jésus-Christ, il disparaît totalement pour être remplacé par "l’Homme de Cro-Magnon", le premier véritable "Homo-Sapiens". Celui-ci va recouvrir une grande partie de l’Europe et inaugure donc la période suivante dite Paléolithique supérieur. 



pays basque protohistoire blot barandiaran
CRÂNE DE TYPE CRO-MAGNON
MUSEE 24 LES EYZIES



Dès ce moment, les travaux les plus récents concordent sur ce point, l’Homme Basque est, et va rester, chez lui. Les études effectuées sur les crânes trouvés dans les grottes, en particulier à Urtiaga (Aranzadi, J.M. Barandiaran) montrent la transition progressive de l’Homme de Cro-Magnon, vers le "Proto-Basque" et ainsi de suite au cours des millénaires vers le Basque actuel qui semble donc bien résulter de l’évolution, sur place, de la descendance de l’Homme de Cro-Magnon. 



Des grandes étapes du Paléolithique Supérieur : Aurignacien, Périgordien, Solutréen, et Magdalénien, c’est surtout la dernière qui marquera l’ébauche de l’Euskual-Herri. 



Les chasseurs-nomades de bisons, de rennes, de chevaux, habillés de peaux de bêtes, évoluant dans un décor de steppes froides, habitant les grottes, pratiquent des procédés technico-magiques de chasse et nous laisseront des chefs-d’œuvre de Lascaux, Niaux, Gargas, Isturitz, Santimamine, Altamira... Leur territoire s’étend à toute l’aire dite "Franco-Cantabrique" de la Dordogne aux Asturies, et l’ensemble des tribus devait présenter déjà une certaine unité culturelle et spirituelle et même fort probablement linguistique. En effet, aux images tracées sur le roc devaient correspondre des croyances, des légendes, transmises par voie orale de générations en générations. 



b) Le Mésolithique. Vers —8 000 ans avant Jésus-Christ survient un phénomène planétaire considérable : la terre se réchauffe. C’est la fin de la dernière grande glaciation, nous entrons dans une période de transition : le Mésolithique. Le paysage se transforme, les glaces fondent progressivement et grâce à des pluies abondantes l’Europe des Steppes se couvre de forêts. Les grands herbivores : rennes, bisons, remontent vers le Nord. Certaines tribus de chasseurs ont pu les suivre, d’autres ont préféré rester sur place ; mais ils ont dû s’adapter. En effet, le mode de vie change : aux grandes chasses d’antan fait place la recherche de coquillages, d’escargots ; la mentalité change aussi : l’Homme a dû ressentir une grande sensation d’abandon de la part des anciennes divinités protectrices de la chasse qui n’agissent plus, et une mutation psychique en profondeur commence à s’opérer, favorable à un changement de croyances et de rites. 



pays basque protohistoire blot barandiaran
EPOQUE MESOLITHIQUE
PERIODE CAMPIGNYENNE



c) Le Néolithique (âge de la pierre polie). Peu à peu le climat s’améliore, le décor végétal qui va être le nôtre se met progressivement en place. Le Pays Basque entre insensiblement dans la période suivante : le Néolithique (environ —4 000 ans avant Jésus-Christ). 



pays basque protohistoire blot barandiaran
NEOLITHIQUE GRATTOIRS EN SILEX
72 SARTHE



Si, sur le plan de l’anthropologie, on ne trouve pas de bouleversements mais une filiation régulière, quelle révolution dans le mode de vie : l’homme, de "chasseur-prédateur" devient "producteur". Le nomade va se sédentariser, et de ce fait, non seulement il pourra s’adonner au polissage de la pierre, à la fabrication des premières poteries, mais surtout, avec l’élevage et l’agriculture, de nouvelles relations s’établissent entre l’homme et le milieu naturel. Ces meilleures conditions auront pour conséquence un accroissement toujours plus important de la population... 



De cette époque datent les premières tentatives de domestication des animaux, l’élevage des premiers troupeaux bien plus rentable qu’une chasse au jour le jour. Les pasteurs commencent à sillonner la montagne, la transhumance fait son apparition tandis que d’autres, dans les plaines, s’installeront et deviendront agriculteurs. Les premières semailles nécessitant l’intervention sélective de l’homme modifient aussi l’ancestral jeu de la "sélection naturelle". Ces nouveaux rapports de force établis entre l’homme et la nature ne vont pas manquer d’influer sur les rites religieux : la notion de fécondité de la déesse "Terre-Mère" s’imposera vite. 



Ainsi, à la fin de la Préhistoire, au début de l’Age des Métaux, c’est-à-dire pour ici vers - 1 800 avant Jésus-Christ, nous trouvons une population homogène dans son noyau humain, le long de la Cordillère pyrénéenne et du Bassin de la Garonne à celui de l’Ebre. Elle parle une langue aux racines multimillénaires que certains n’hésitent pas à considérer comme le vestige de la langue parlée en Europe par les tribus préhistoriques magdaléniennes. Cette langue qui s’est transmise jusqu’à nos jours avec de nouvelles acquisitions, des évolutions, reste, avec l’Homme Basque, le seul témoin vivant de ces lointaines époques. Ce véhicule de traditions orales, de croyances, de légendes, porte avec lui un capital de connaissances qui laisse confondu. 



Nous en verrons plus loin quelques exemples à propos des récits attachés aux dolmens et aux cromlechs. Rappelons simplement ici que la racine "aiz" ou "haiz" (rocher, silex) qui se retrouve dans les noms basques d’instruments tranchants, tels que aiztto (couteau), haichtur (ciseaux), haizkor (hache), aiztur (pioche) évoque bien la très lointaine origine de l’Euskuara."



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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