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dimanche 4 octobre 2026

L'AFFAIRE FINALY AU PAYS BASQUE EN MARS 1953 (première partie)

L'AFFAIRE FINALY AU PAYS BASQUE EN 1953.


Au début de l'année 1953, la ville de Bayonne défraye la chronique de l'actualité, avec l'Affaire Finaly.





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AFFAIRE FINALY 1953
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet C. Fromenti dans le magazine hebdomadaire Qui? Détective, le 2 

mars 1953 :



"Nos envoyés spéciaux à Bayonne et en Espagne ont reconstitué l'extraordinaire odyssée... des enfants Finaly.

(De nos envoyés spéciaux.)



Une affaire étonnante. Un fait divers hors série. 



Il paraît désormais difficile de songer à la petite-histoire de l’après-guerre sans y faire place à cette mélodramatique affaire Finaly dont les échos ont depuis longtemps dépassé les frontières de l’actualité quotidienne. 



Pas de sang. Pas de mystère. 



Rien de ce qui, d’habitude, fournit la trame des drames à sensation.



Seulement, le destin de deux enfants. De deux enfants, de 10 et 11 ans, qui sont devenus, malgré eux, l'enjeu d'une sorte de match judiciaire et religieux. De deux enfants dont, en raison de leur origine, de leur passé, on se dispute l'avenir. 



Ecartelés entre deux puissances de la vie, entre une parenté naturelle et une parenté d’adoption, les voici placés au centre d'une sorte d'épreuve de force. 



Eux — que l’on sache — n’ont guère voix chapitre. Où va leur cœur ? Et si leur cœur s'est prononcé, la Justice doit-elle les arracher à leur inclination ? Car c’est cela, au fond, tout le problème. 



La cruauté d’un monde déchiré par la guerre a fait de ces deux gosses des réfugiés et des orphelins. Une femme de cœur les a recueillis, élevés, adoptés, bravant tous les périls. Ces enfants ne furent pas les seuls dans ce cas. Mais, de tous les orphelins de la guerre, les voici promus, par une cascade de rebondissements inattendus, au rang de vedettes internationales. 



La presse entière répète leurs noms et diffuse leurs photos. Des juristes, des docteurs en théologie, des avocats illustres, des académiciens, des prédicateurs, des princes de l'Eglise, prononcent à leur sujet des paroles solennelles. Des controverses passionnées s'engagent. Les plus hautes sphères spirituelles sont alertées. Des magistrats s'épongent le front en constatant qu’il leur faut incarcérer d'honorables représentants du clergé ou de saintes femmes de religieuses. Des policiers, habitués à affronter des hors-la-loi se voient traquant les aveux de prêtres liés par leur fidélité à leurs croyances. De vieux mots, qui semblaient avoir disparu de la chronique du vingtième siècle, ressuscitent sous la plume : fanatisme, inquisition, crime de rapt !



Et derrière tout ce cliquetis d’éloquence, des ombres, des images, des fantômes se dressent, où se mêlent à la fois les affreuses ténèbres de la persécution nazie, les radieuses clartés de la charité chrétienne, l’âpre duel des hommes de loi de Grenoble et, pour finir, la romanesque conjuration du pays basque. 



Oui, l'affaire Finaly, c’est tout cela !



Elle va d'Hitler à Ramuntcho, des camps de mort de la déportation raciste à la célèbre Villa Chagrin, la prison de Bayonne, des écoles religieuses où, pendant la guerre, l’on camouflait les petits Israélites, aux sentiers de montagne où l’on passe traditionnellement en fraude des devises et des dentelles. C’est là que, pour ma part, j’ai abordé l’histoire, l’autre dimanche. Je l'ai abordée par le côté "Ramuntcho". On verra, par la suite qu'en suivant dans la montagne le vieux passeur qui aida à faire fuir vers l'Espagne les petits Finaly, on peut aussi bien remonter l'histoire à ses débuts que tenter d'en entrevoir le dénouement — tout au moins le dénouement provisoire.



J’étais donc, ce jour-là, à Biriatou, cul-de-sac en promontoire de la route qui part du pont de Béhobie.



Ceux qui ont suivi les débuts de la guerre d’Espagne se souviennent de ces terrasses fleuries dominant la vallée de la Bidassoa et d’où l'on pouvait, comme d’un balcon de théâtre, assister d’une rive à l’autre, aux premiers chocs des franquistes et des républicains. Certains contemplaient alors avec l’insouciance de gens qui vivent en paix ces premières images de la guerre civile, sans se douter qu'elle annonçaient, dans le ciel d’Europe, les premières lueurs du cataclysme mondial. Sans se douter aussi qu’à ce même coin de la frontière, on viendrait, durant l’invasion allemande, chercher un passage, un chemin d’évasion vers l'Espagne pour fuir les persécutions de la Gestapo. Etrange retour des choses !



Mais qui aurait pensé que, huit ans après la guerre, le spectre des persécutions écarté, on viendrait encore solliciter un passage clandestin pour deux enfants, dont les parents — des Israélites autrichiens — réfugiés d'abord en France, étaient morts ensuite en déportation en Allemagne !



Oui, plus de huit ans après, que redoutaient donc ces deux enfants ? C'était le curé de Biriatou lui-même qui avait pris les choses en mains. Cela se passait le vendredi 13 février. La veille, à la nuit, monsieur le curé avait envoyé sa servante contacter Joseph Susperreguy, dit El Ttomo, un vieux "passeur" de la montagne.



pays basque autrefois passeur frontiere
PASSEUR JOSE SUSPERREGUY AFFAIRE FINALY 1953
PAYS BASQUE D'ANTAN


— Ttomo, dit l'envoyée du prêtre, monsieur le curé a pour toi une mission de confiance. Il s'agit de faire passer en Espagne deux petits chrétiens que l'on veut envoyer chez les Juifs, en Palestine. Monsieur le curé te les amènera demain matin vers 7 heures. Il accompagnera les enfants jusqu'en Espagne. Tu leur serviras de guide. Il y aura dix mille francs pour toi et dix mille francs pour Etchegorreta qui, à Vera, leur donnera provisoirement asile.



Ttomo acquiesça.



Il est né de l'autre côté de la frontière. Mais il vit en France depuis l'âge de 4 ans. Il a aujourd'hui 66 ans. Et voilà trente-sept ans qu'il loge dans cette ferme où on l'héberge. Trente-sept ans qu'il sert de guide pour ceux qui veulent passer en fraude la montagne, trente-sept ans qu'il connaît les moindres pierres de l'étroit sentier qui chemine à travers des roches abruptes, jusqu'au sommet du col hérissé de sapins qui domine la vallée.



Evidemment, le temps n'était guère favorable à ce genre d'expédition. Le chemin recouvert d'une épaisse couche de neige. Le vent soufflait en rafales glacées. Mais, puisque Monsieur le curé lui-même en avait décidé ainsi...



A l'heure dite, le vendredi 13, l'abbé Ibarburu se présenta au rendez-vous, flanqué des deux enfants.



pays basque autrefois cure biriatou
IBARBURU CURE BIRIATOU
PAYS BASQUE D'ANTAN


— Un sale temps, monsieur le curé ! fit le "passeur". Nous aurons de la neige jusqu'à mi-jambe.


— Dieu nous aidera, répondit l'abbé.



Et le calvaire commença. Car ce fut un vrai calvaire. Robert, l'aîné des deux petits Finaly, précédait Gérald, son frère cadet. Ils n’étaient guère équipés pour une telle expédition. Ils étaient tête nue, et si le plus grand avait des souliers de montagne, le plus jeune était chaussé de souliers bas. 


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LES FRERES FINALY


C'est El Ttomo qui me raconte maintenant l'aventure par le truchement du chauffeur basque qui m'accompagne. Il est là, devant moi, avec son nez camus, son visage tanné, son large béret noir, sa silhouette de vieux contrebandier qui ne s'étonne plus de rien. 



— "Quand nous quittâmes la ferme, il y avait vingt centimètres de neige. Après un quart d'heure de marche, il y en eut près de quarante. Au début, les enfants considéraient joyeusement l’aventure. Ils furent bientôt transis et fatigués. Je marchais en tête, pour tracer le chemin. Le curé soutenait leur marche, en les tenant par la main à tour de rôle. Ils ne pouvaient avancer qu'en plaçant leurs pieds dans les traces de mes pas. Nous mîmes quatre heures pour atteindre l’Espagne. Si j'avais été seul, j'aurais renoncé ; mais le curé nous encourageait à persévérer.


Enfin, apparut, dans la vallée, montant de la cheminée d'une ferme isolée, un tremblant filet de fumée bleue.


Courage, mes enfants ! s'écria l'abbé Ibarburu, du ton enflammé d’un pèlerin découvrant la Terre Promise, nous arrivons !"



Il était 11 h. 30. La fumée qui montait dans le ciel d’hiver était celle d’une de ces auberges de frontière (une "venta") qui se sont multipliées pendant la guerre, au temps de la contrebande des marchandises contingentées. C'est dans cette auberge que l’on déshabilla les petits pour les réchauffer devant le feu de bois qui pétillait dans l'âtre. On leur servit une soupe chaude, des saucisses, des fruits. L'abbé Ibarburu leur acheta d'autres chaussures, car leurs souliers étaient brûlés par la neige.



Malgré la fatigue, la joie semblait renaître sur les traits tirés, bleuis par le froid, des deux gosses. 


— Sauvés, disaient-ils ! Comme "maman" sera contente, lorsqu’elle apprendra que nous sommes sauvés ! Comme nous voudrions déjà lui annoncer la nouvelle !



Sauvés ? De qui ? "Maman" ? Quelle maman ? C’est toute l’histoire. 



"Maman", pour les petits Finaly, c'est, bien sûr, cette demoiselle Annette Brun, l'âme de l'affaire.



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MME ANNETTE BRUN
QUI? 2 MARS 1953



Celle qui s'est vouée depuis quarante ans, à cœur perdu, au sauvetage de l'enfance en péril, cette directrice de la crèche municipale d’un faubourg grenoblois, qui, le 18 février 1944, recueillit, alors que leurs parents venaient d'être emmenés par les nazis, les deux petits Israélites, presque mourants — l’un venait d'être opéré d'une mastoïdite, le second souffrait d'une très violente dysenterie — et qui, huit ans plus tard, se trouve inculpée de séquestration d’enfants et tenue au secret dans une cellule de la prison de Grenoble."



A suivre...






(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




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