Libellés

Affichage des articles dont le libellé est L ECHO DE PARIS. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est L ECHO DE PARIS. Afficher tous les articles

mercredi 8 avril 2026

LA CHANSON DE DEUX PAYSANS BASQUES EN 1930

LA CHANSON DE DEUX PAYSANS BASQUES EN 1930.


Dans les années 1930, le Pays Basque Nord est en train de changer sous la pression du tourisme.



pays basque côte tourisme plage
BAINS DE SOLEIL PLAGE DES BASQUES BIARRITZ 1930
PAYS BASQUE D'ANTAN
 



Voici ce que rapporta à ce sujet François Duhourcau dans le quotidien L'Echo de Paris, le 31 mai 

1930 :



"Eglogue moderne.

La chanson de deux paysans Basques.


A Camille Jullian, qui a touché le fond éternel du pays basque.



Il n'est rien de plus consolant, sous la fugacité de la vie moderne, que de se trouver tout à coup devant les choses et les sentiments éternels — ceux-là mêmes qu'ont chantés, depuis des siècles, les grands poètes de l'humanité civilisée. A propos du bimillénaire de Virgile, j'ai lu un passage assez surprenant par son excès, de celui de nos critiques contemporains qui est le mieux averti sur le profond poète des près et des champs. "Ses Bucoliques — écrivait les distingué professeur — poésie pastorale où les amoureux et les songeurs mélancoliques se déguisent en bergers et où le paysage seul est réel." Cependant, Virgile, comme son maître Théocrite, a sans doute utilisé, pour canevas de ses Bucoliques, les boucoliasmes ou chant des bouviers qu'il a pu entendre des pâtres de la campagne italienne, lorsque l'inspiration les saisissait ou bien lorsqu'ils luttaient entre eux, échangeant des couplets alternés, dans les concours poétiques auxquels donnaient lieu les fêtes champêtres. Mistral, dont on célèbre le centenaire, n'a pas fait autre chose — il  nous l'apprend dans ses Mémoires — lorsqu'il prit sa fameuse Magali à une chanson populaire, de strophes alternées, que chantait son toucheur de boeufs, au temps des labours. Il engagea dans Mireille cette alouette du sillon, toute vive, avec ses battements d'ailes et ses trilles.



ecrivain litterature française oc félibrige mireille
ECRIVAIN FELIBRIGE FREDERIC MISTRAL


Je peux même assurer l'éminent professeur que les éléments de l'églogue antique subsistent encore dans cette province de France où survit le plus vieux des peuples d'Occident, au Pays basque. La mission même de ce terroir si original semble être de conserver les élémentaires coutumes de notre agreste civilisation primitive. Les paysans basques dans l'inspiration de la solitude ou l'émulation de leurs fêtes rustiques, improvisent encore des koplak (couplets), comme les bergers de l'âge d'or échangent des chants alternés où un Virgile, un Mistral euskarien, s'il était né, trouverait matière à églogue et idylles. Il n'aurait qu'à la styliser, en la transposant à peine.



Et puisque voici les beaux jours et que les étrangers vont bientôt s'abattre sur la Côte basque pour s'y revigorer avec cet alcool étonnant qu'est son air imbu de soleil, d'iode et d'embrun, je leur dédie la chanson de deux paysans de là-bas. S'ils la peuvent entendre, lorsque leur auto aura stoppé sur la route, ils ne la comprendront pas, puisqu'elle est exprimée en cette mystérieuse langue originelle dont les savants n'ont point encore trouvé la source, au fond de la nuit des temps. Un jeune poète basque, Claude Socorri l'a traduite, à leur usage, en beaux couplets français. Curieuse analogie, elle n'est autre qu'une moderne IXe Eglogue, l'églogue du domaine perdu dont Sainte-Beuve disait justement qu'elle contenait le principe de toute l'inspiration virgilienne. On y croit réentendre le Veleres, migrate coloni! nunc victi, tristes... du poète exproprié de sa maison des champs.



La scène se passe sur la hauteur de Bordagain, belvédère naturel qui domine à la fois la baie de Saint-Jean-de-Luz, la vallée de la Nivelle et l'Océan. C'est une pointe d'îlot basque émergeant encore de la marée cosmopolite. Les villas modernes ont envahi la colline et atteint son sommet. L'église désaffectée de Bordagain, la vieille église à robuste tour octogone, est déjà devenue un restaurant ! Seuls demeurent une ferme longée de quelques chênes persévérants, un archaïque calvaire de granit au bord du chemin, un champ courbant ses sillons sur la crête, et l'exquise chapelle de Notre-Dame-de-la-Mer, simple toit circonflexe, qui abrite une Vierge de plein vent, honorée, comme d'une veilleuse, d'un bateau suspendu et toujours balancé. Tout l'ample et majestueux horizon basque, la mer et la baie de Saint-Jean, arrondie en croissant de lune, la rivière et son sinueux ruban, la montagne et son âpre gravité sont là pour étayer, semble-t-il, la suprême résistance de la ferme, du champ, du calvaire et de la Vierge des marins qui, de son frêle abri ajouré, ne doit cesser de secourir les barques livrées à la houle du golfe. De la grand'-route d'Espagne, dite de la Mor, au bas de la colline, monte le grondement continu des autos. Un Basque qui travaille dans le champ et se hâte, car la nuit tombe, attend le retour de son frère, qu'un Anglais tente de griser, au restaurant, pour lui arracher la vente de la ferme si bien placée. Il s'inquiète. L'insensé aurait-il cédé, trahi la maison ?... Mais le voici qui revient, l'aîné. De loin il signifie qu'il n'a pas vendu. Dans le ciel du crépuscule, on voit son bras qui fait non. Enfin, il s'arrête  au bord du champ et, planté devant l'horion éternel, commence de lui livrer son "chant profond" auquel le cadet s'associera. On aimera peut-être ces couplets où deux paysans, sous le choc de l'émotion, chantent, l'un le passé, l'autre le présent de leur pays, en alternant, sur le même thème, des koplak en mineur de nostalgie et de rêve, avec des koplak en majeur de colère et d'invective. L'improvisation se termine par l'accord des deux enracinés qui se sentent perdus dans la malédiction qu'ils jettent en commun au flux étranger submergeant leur côte basque. On en pardonnera certainement la rudesse. Chacun peut comprendre le cri d'angoisse d'un grand amour menacé, la clameur du chêne sous la cognée qui l'abat.



L'Aîné.

Où donc êtes-vous, calme nuit,

Qui descendiez sur la campagne, 

Ne nous apportant d'autre bruit

Que le souffle du vent d'Espagne ?



Le Cadet.

De Bayonne à Saint-Jean-de-Luz,

Ce sont des klaxons, des sirènes, 

Ils étouffent nos angélus

Dans le vacarme qu'ils déchaînent.



L'Aîné.

Baptiste avait une maison

Blanche, tout près d'une chapelle,

Avec la Rhune à l'horizon

Et des platanes en tonnelle.



Le Cadet.

L'étranger a pris sa maison

Pour en faire un hôtel moderne :

Il faut bien prévoir la saison ;

C'est la saison qui nous gouverne !



L'Aîné. 

Nos filles gardaient dans le coeur,

Malgré l'amour qui les tracasse,

La foi, le sérieux, l'honneur,

Tous les trésors de notre race.



Le Cadet.

Des messieurs riches sont venus

Leur raconter des fariboles ;

Elles suivent ces inconnus,

Et, tour à tour, ils nous les volent.



L'Aîné et le Cadet ensemble.

Ah ! maudit soit ce flot de gens

Qui, chaque année, nous dénature

Et fait de la Côte d'Argent

Une frange de pourriture !






(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)






Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.

Plus de 7 000 autres articles vous attendent dans mon blog :

https://paysbasqueavant.blogspot.com/


N'hésitez pas à vous abonner à mon blog, à la page Facebook et à la chaîne YouTube, c'est gratuit !!!

mercredi 17 avril 2024

LE TROISIÈME CENTENAIRE DE LA CANONISATION DE SAINT FRANÇOIS XAVIER EN NAVARRE AU PAYS BASQUE EN OCTOBRE 1922

LE TROISIÈME CENTENAIRE DE LA CANONISATION DE SAINT FRANÇOIS XAVIER EN 1922.


François Xavier est canonisé le 12 mars 1622, en même temps qu'Ignace de Loyola et Thérèse d'Avila, par le pape Grégoire XV.


pais vasco antes navarra religion monasterio santo
3 DECEMBRE SAINT FRANCOIS XAVIER



Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien L'Echo de Paris, le 4 octobre 1922, sous la plume de 

Don Esteban :



"Le troisième centenaire de Saint François-Xavier.

(De notre correspondant particulier) 

Madrid, octobre 1922. 



On a fêté, ces jours-ci, le quatrième centenaire de saint François Xavier, le grand apôtre des Indes. Il y eut à Pampelune, capitale de la Navarre, à cette occasion, de belles cérémonies religieuses. Mais la manifestation la plus caractéristique fut un pèlerinage au château de Javier, lieu où naquit et fut élevé saint François. Ce château est situé sur la rivière Arazon, à deux kilomètres de la petite ville de Sangüesa, ou loin du monastère historique de San Salvador de Leyre. 




pays basque autrefois navarre religion monastère
CHÂTEAU DE JAVIER NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Le roi était venu tout exprès de Saint-Sébastien en automobile pour prendre part au pèlerinage, qui réunit une assistance exceptionnellement nombreuse. Tous les moyens de locomotion avaient été fournis aux pèlerins. Le pèlerinage fut, bien entendu, présidé par le monarque, qui avait à ses côtés M. Sanchez Guerra, président du conseil, le marquis de Torrecila, majordome du palais royal, le général Milans del Bosch, chef de sa maison militaire, la députation aux Cortès de la province de Navarre, les représentants de toutes les municipalités et paroisses de la province, ainsi que toutes les autorités civiles, militaires et ecclésiastiques de celle-ci. Etaient également présents de nombreux prélats, tant espagnols qu'étrangers parmi lesquels l'évêque du Tonkin et celui de Chine. Enfin, de nombreuses provinces espagnoles avaient envoyé des députations.



Sur la grande esplanade se trouvant devant le château, on avait élevé un autel surmonté du portrait de saint François Xavier, oeuvre d'un peintre de talent, Elias Salaverria. Le saint est représenté tenant dans la main gauche une croix qu'il serre fervemment sur sa poitrine. La figure a une expression extatique très impressionnante. Au fond, à gauche, se profile une pagode indienne ; plus proche, on remarque une modeste case en paille surmontée d'une croix. L'archevêque de Séville célébra la messe à cet autel improvisé devant une foule nombreuse et recueillie.



Après la messe, le roi et sa suite visitèrent le château historique où naquit, en 1506, saint François Xavier, où il fut élevé et passa la majeure partie de sa jeunesse. Il y connut des jours difficiles. En 1516, le cardinal Cisneros donna l'ordre de raser le château de Javier avec beaucoup d'autres, parce que, là, on rencontrait des mauvais serviteurs du roi catholique. Heureusement que le duc de Najera, vice-roi de Navarre, n'exécuta pas l'ordre à la lettre, faisant simplement raser les fortifications, et respectant le château proprement dit. On jeta bas les grosses tours défendant le pont-levis, on combla les fossés et on aveugla toutes les meurtrières, Finalement, en 1524, les frères de saint François Xavier ayant reconnu la souveraineté de Charles V, ce dernier leur octroya la grâce, et leur promit de les indemniser pour les dommages causés à leur château. Les frères de saint François ne quittèrent pas la maison familiale. L'aîné, Miguel, y mourut en 1542. 




pays basque autrefois navarre religion monastère
CHÂTEAU DE JAVIER NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN



On sait qu'à l'âge de dix-huit ans saint François Xavier quitta le château paternel et vint à Paris, où il compléta ses études. Entré dans l'ordre des jésuites, sous les auspices de saint Ignace de Loyola, il fut un des six jésuites qui, en 1534, firent voeu, à Montmartre, de consacrer leur vie au service de Dieu et de l'Eglise. Quelques, années plus tard, le roi de Portugal, Jean III, ayant demandé des missionnaires pour les Indes, saint François Xavier, désigné par saint Ignace, se rendit à Goa où il débarqua en 1542. 



Nous n'avons pas l'intention de retracer ici toute la belle œuvre de propagande chrétienne entreprise par ce grand missionnaire, surnommé, à juste titre : "L'Apôtre des Indes." Ceci déborderait le cadre de cette correspondance. Saint François Xavier ne devait plus revoir le château où il était né, car il mourut à l'île de Sancian, en face de Canton, en 1552, au moment où il allait pénétrer en Chine, objet de ses rêves. Aussi, un de ses biographes a pu dire : "Xavier, nouveau Moïse, mourut en vue de la Terre Promise." Alors qu'un autre de ses biographes résumait la vie vagabonde du saint en ces quelques mots : "Dire que Mercure a des ailes aux pieds est un domaine de la fable ; ce qui paraît la vérité, c'est que notre saint les avait." 



pays basque autrefois navarre religion monastère
MORT DE SAINT FRANCOIS XAVIER SUR L'ÎLE DE SANCIAN CHINE
TABLEAU DE BACICCIO



Le château de Javier fut transmis par droit de succession aux ducs de Grenade. Récemment, Don Francisco Javier Idiaguez Carvojal y Lancaster Rebolledo de Pâlafox, duc de Grenade, laissa le château et le domaine de Javier à sa petite-fille la duchesse de Villahermosa, qui avec l'aide de son mari, le comte de Guagni, restaura complètement le château. Devenue veuve, la duchesse poursuivit l'oeuvre de restauration jusqu'à son complet achèvement. Quand la duchesse mourut, elle laissa son titre et le château à son cousin germain le duc de Grenade. Celui-ci est récemment décédé et c'est son héritier et fils, le duc de Villahermosa, qui, l'autre jour, fit les honneurs de la propriété au roi, à sa suite et aux pèlerins, tous venus pour glorifier leur illustre aïeul. On estimait le nombre des personnes présentes à dix mille environ. 



pays basque autrefois navarre religion monastère
ARMOIRIE DUCHE DE VILLAHERMOSA



Après un grand déjeuner donné en son honneur au château, le souverain se rendit au monastère de Leyre, afin de visiter les importants travaux de restauration entrepris depuis quelque temps dans ce monastère, auxquels il s'intéresse, paraît-il, tout particulièrement."





Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.

Plus de 6 500 autres articles vous attendent dans mon blog :

https://paysbasqueavant.blogspot.com/

N'hésitez pas à vous abonner à mon blog, à la page Facebook et à la chaîne YouTube, c'est gratuit !!!

vendredi 4 octobre 2019

UN REGARD SUR LE PAYS BASQUE PAR FRANÇOIS DUHOURCAU EN SEPTEMBRE 1926


AU PAYS BASQUE EN 1926.


En 1926, le Pays Basque est une destination touristique très prisée.