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mardi 6 juillet 2021

LES TOMBES DISCOÏDALES AU PAYS BASQUE (huitième et dernière partie)


LES TOMBES DISCOÏDALES.


L'art funéraire Basque se caractérise par des sculptures sur pierres (stèles discoïdales ou tabulaires, ou pierres tombales), dont les plus anciennes datent de la fin du 16ème siècle.



religion mort cimetière tombes discoîdales
TOMBES DISCOÏDALES
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet la presse, dans diverses éditions :






  • La Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-Luz, le 15 avril 1930, sous la plume de 
Henri Godbarge :



"La conférence de M. Godbarge à Duconténia.



... En résumé, pour déchiffrer l'énigme de la décoration basque, il faut donc fouiller le problème qui s'est posé, et qui se pose encore, sur la genèse de la décoration pro-romane et sur la genèse de la décoration romane, en France, en Espagne, problème encore insuffisamment étudié. 



J'ai eu la témérité de l'examiner selon une méthode de professionnel, la méthode de l'étude directe du morceau archéologique. Et je n'ai voulu recourir aux documents écrits de l'érudit historien, qu'après cet examen. J'ai eu la témérité bien plus grande encore de formuler quelques hypothèses et même quelques conclusions qui s’appuient moins sur l’histoire de l'art et de l'art archéologique, que sur des analyses techniques professionnelles à mon sens beaucoup plus sûres, dans certains cas, et, notamment, dans le cas du problème euskarien, lequel est sans grandes données historiques. 



Aussi, voulez-vous me permettre de vous entretenir un instant des fouilles de Périgueux



Les fouilles de Périgueux sont suggestives à tous égards. Les photographies contenues dans la Tombe Basque de Colas m’avaient frappé. Il y avait analogies troublantes entre ces reproductions et certaines ornementations, tracées, gravées, aussi bien sur la pierre que sur le bois des coffres anciens, tant en Labourd, qu'en Navarre, qu'au Musée de Saint-Sébastien, qu'à Burgos. Mais la photographie ne rend qu'imparfaitement la physionomie sculpturale d'un bas-relief ou d’un haut-relief. Ma visite au Musée, grâce à l’obligeance du conservateur, M. de Fayolle, me fut très utile. Dans le préau couvert, où, judicieusement, sont réunies de riches collections archéologiques, côte à côte, sont exposés des morceaux vétustes et moussus ou des pierres médiévales, trouvés en cette antique cité, submergée par diverses civilisations. Là sont des ruines très bien conservées : chapiteaux romains, ou gallo-romains, chapiteaux pro-romans, byzantins et enfin romans ; avec cela, toutes les pierres tumulaires de ces diverses époques. Cet examen est, en vérité, très suggestif, comme je l'ai déjà dit, pour qui analyse les curieux tâtonnements qui précèdent et qui président aux débuts d'un style aussi bien qu'à l’évolution, qu’à la stylisation qui suivent les déformations premières. Notamment, les stylisations s'affirment et s'accentuent au fur et à mesure du développement de ce style. Comme pour les chapiteaux romains d'Espagne qui furent copiés, interprétés, par les Maures de Cordoue ou de Fez, on constate des imitations faites par les Gaulois, éduqués à la romaine ; puis, des stylisations de chapiteaux gallo-romains, quand les copies d'imitation succédèrent aux copies directes ; ensuite, une sorte de stylisation pro-romane, faite de survivances romaines qui précédèrent l’apport des motifs orientaux. Par la suite, on constate une ornementation mi-romaine, mi-byzantine ; enfin, les morceaux archéologiques romans du Xle et Xlle siècles parfaitement stylisés, mais dont l'air de parenté avec les morceaux gallo-ro mains est manifeste, malgré l’introduction d'éléments étrangers. Même processus, en définitive, que le processus architectural et ornemental d'Espagne et des provinces basques. D'ailleurs, il y a unanimité d’opinion entre critiques d’art sur ce sujet. C'est ainsi que se sont formés, c’est l’opinion unanime, tous les styles, surtout les styles de civilisation, à leurs débuts.




archéologie périgueux vésone
FOUILLES PERIGUEUX 1930





religion tombe basque colas
LIVRE LA TOMBE BASQUE 
LOUIS COLAS



Mais examinons de plus près cette ornementation dont les apports orientaux, apports géométriques, surtout, sont évidents à Périgueux. Sont-ce des apports byzantins ou des apports islamiques ... Question troublante pour nous. 



Les érudits discutent encore. Je crois que le champ de la discussion pourrait être limité grâce à des constatations techniques professionnelles sur lesquelles on n'a pas assez insisté. Les procédés du tailleur de pierre ou du sculpteur byzantin sont-ils les mêmes que ceux des professionnels musulmans ?... 



Eh ! bien, non. L'un, le Byzantin, modèle à la manière du sculpteur grec, l’autre, le Maure, champlève à la manière de l’ouvrier décorateur, ou plutôt, à la manière du dessinateur persan. J'ai signalé ce procédé au début de ces études en citant, du reste, M. Malagarie, procédé de méplat qui fouille une surface plane sur laquelle le dessin de l’ornementation a été soigneusement tracé ; les parties en creux sont également en méplat horizontal. Il y a donc dans une œuvre mauresque ou mudéjare, deux ou trois plans horizontaux pour les jeux de lumière, deux ou trois "nus", comme il est dit en termes de métier, tandis que l'ornemaniste byzantin qui a reçu l'éducation artistique grecque obtient ses jeux de lumière et de plans à la manière du sculpteur latin, lequel recherche le modelé naturaliste imitant davantage la nature multipliant les creux, les vallonnements, les "gris" et les "noirs", autrement dit, il use de ce qu'il est convenu d'appeler la couleur sculpturale et cela en ayant, comme matière, aussi bien la pierre que le bois. Or les morceaux lapidaires romans de Périgueux qui ont des dessins analogues à ceux du Pays Basque, et qui se trouvent sur les stèles, linteaux ou coffres à bois, ont un modelé byzantin. Aussi, en professionnel, je déclare qu'il y a là influence purement byzantine comme du reste, on devait s'y attendre, en cet endroit ; car ces vétustes pierres sont des vestiges d'une vieille ville ou s'est édifiée la cathédrale Saint-Front, dont les éléments de construction sont à l'imitation de ceux de Sainte-Sophie chef-d’œuvre byzantin, comme chacun sait. Cette conclusion est corroborée car d’autres données historiques que je reprendrai en examinant les hypothèses de M. Dieulafoy, l'éminent maître archéologue bien connu.



religion tombe basque colas
LIVRE LA TOMBE BASQUE 
LOUIS COLAS



En revanche, la taille sculpturale, pour graver dans la pierre, les dessins euskariens, dessins géométriques, identiques de forme aux dessins byzantins comme je l'ai déjà dit, cette taille, dis-je, est faite, à la manière du champlevage, qui est la manière islamique de Cordoue, manière perpétuée et transmise par les Mudéjares en Castille et surtout en Catalogne, même après le départ des Maures vaincus et refoulés en Andalousie, province qui fut pendant longtemps le centre artistique, la grande école de tous les professionnels du bâtiment, car elle forma : maçons, tailleurs de pierre, charpentiers, ébénistes et surtout ornemanistes ou géomètres, tous imprégnés de la civilisation mauresque, laquelle était la plus avancée de l'époque. Je note que cette constatation professionnelle de la différence entre les dessins byzantins et les dessins décoratifs basques s'adapte étroitement à la thèse qui résulte de mes constatations faites au cours d'une enquête architecturale et que je résume en ces quelques mots. 



Les provinces d’Espagne ayant subi les fortes empreintes de la civilisation très florissante islamique, même après la reconquête, ont transmis ces survivances à la fois espagnoles et islamiques en Navarre et dans les Provinces Basques, à l’époque historique où celles-ci naissaient à la vie politique. 




religion tombe basque colas
LIVRE LA TOMBE BASQUE 
LOUIS COLAS



Et plus précisément encore, je résume et je précise ma pensée en disant que chez les Basques espagnols il y a eu, au début surtout, influence architecturale et survivances ornementales islamiques et non influence romane, surtout dans l'architecture civile, comme on s’est plu à le déclarer, car il y aurait dans la technique influence byzantine ; ce qui n'est pas. En effet, si certains dessins euskariens et byzantins sont identiques, du moins les procédés de sculpture sont complètement différents..."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




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dimanche 6 juin 2021

LES TOMBES DISCOÏDALES AU PAYS BASQUE (septième partie)

 


LES TOMBES DISCOÏDALES.


L'art funéraire Basque se caractérise par des sculptures sur pierres (stèles discoïdales ou tabulaires, ou pierres tombales), dont les plus anciennes datent de la fin du 16ème siècle.



religion mort cimetière tombes discoîdales
TOMBES DISCOÏDALES
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet la presse, dans diverses éditions :






  • La Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-Luz, le 26 mars 1930, sous la plume 
d'Henri Godbarge :



"Suite à une causerie. 



Les Pierres discoïdales.



Une lettre de M. Le Bondidier. Les pierres discoïdales ailleurs que dans le Pays Basque. Celles du Musée Pyrénéen.


tombes musée pyrénéen
RECONSTITUTION CIMETIERE BASQUE
MUSEE PYRENEEN LOURDES


A la suite de la causerie faite récemment à la Société des Sciences, Lettres et Arts de Bayonne, sur "une pierre discoïdale au Mexique", Mme De La Rüe a reçu de M. Le Bondidier, l’érudit directeur du Musée Pyrénéen et le voyageur averti auquel le Tourisme doit tant, la lettre que nous reproduisons ci-dessous :


 Château fort de Lourdes, le 24 mars 1930. 


"Madame, 


Je vous remercie de l’aimable envoi de votre curieux article sur la tombe discoïdale du Mexique. Je l'ai lu avec un vif intérêt mais sans grand étonnement car c’est avec un état d’âme peut-être un peu trop subjectif et particulariste qu’on nomme tombe "basque" une forme de tombe qu’on retrouve dans les pays les plus divers.



Déjà, Colas, dans son magistral ouvrage, en avait signalé en Ariège et dans les Landes. Il en note une que je lui avais indiquée à Baudéan, dans les Hautes-Pyrénées. 



Bourilly et Laouste, dans leur livre sur les "Stèles funéraires marocaines" donnent la description et les photographies de très nombreuses discoïdales au Maroc. 



Frankowski, dans son Mémoire à la Commission d’études paléontologiques et préhistoriques de Madrid en indique de très nombreuses disséminées dans toute l’Espagne et le Portugal. Une photographie de son livre donne des reproductions de tombes du Chili nettement apparentée, dans le principe, aux discoïdales.



Moi-même, l’automne dernier, au cours d’un voyage en Afrique du Nord, j’en ai trouvé au cimetière d’El Kettar, à Alger, à Constantine (en bois, très curieuses), à Tunis (minuscules mais par centaines), à El Djem, à Djerba. 



Le champ de la discoïdale est donc beaucoup plus vaste qu’on ne le croit en Pays Basque.



Et maintenant, si cette question vous intéresse, me permettriez-vous de vous poser une question, une  "colle" ? Savez-vous où est la plus belle et la plus complète réunion de tombes discoïdales ? ... Au Château de Lourdes, tout simplement, où dans le cimetière pyrénéen il y a exécutées, d’après la documentation que j’avais recueillie, par Mme Le Bondidier, aidée de quelques ouvriers, une soixantaine de discoïdales parmi les plus curieuses, depuis la discoïdale que j’ai vue et notée à Tunis, qui a huit centimètres de diamètre qu'on mettrait dans sa poche et qui aurait fait un si joli presse-papier sur la table de ce pauvre Colas, jusqu’à celle signalée par Frankowski, dans la province de Santander, qui a 1 m. 66 de diamètre et dont la reproduction ici pèse deux tonnes et demie. 


château hautes pyrénées
LE CHÂTEAU FORT DE LOURDES
MUSEE PYRENEEN


Il faut savoir gré à M. Le Bondidier de son intéressante communication. 





musée lourdes directeur
MR ET MME LE BONDIDIER
CHÂTEAU DE LOURDES



Déjà, en effet, le regretté Louis Colas, dans une communication à la Société des Sciences de Bayonne, si nos souvenirs sont exacts, et dans un article paru dans la "Gazette" avait signalé la présence de pierres discoïdales au Maroc. Cette remarque fut d’ailleurs rappelée dans la causerie de ces jours derniers. 



Ces documents et les recherches et communications qui pourront être faites par la suite ne pourront que contribuer à l'histoire des tombes basques et, en élargissant le cercle du champ d’observation et des connaissances, du Pays Basque lui-même."



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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jeudi 6 mai 2021

LES TOMBES DISCOÏDALES AU PAYS BASQUE (sixième partie)

  

LES TOMBES DISCOÏDALES.


L'art funéraire Basque se caractérise par des sculptures sur pierres (stèles discoïdales ou tabulaires, ou pierres tombales), dont les plus anciennes datent de la fin du 16ème siècle.



religion mort cimetière tombes discoîdales
TOMBES DISCOÏDALES
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet la presse, dans diverses éditions :



  • La Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-Luz, le 28 février 1929, sous la plume 
d'Henri Godbarge :



"Sur une tombe discoïdale.



L'oeuvre de M. Louis Colas. 



C’est avec tristesse qu'on a appris hier à Bayonne et dans la région la mort de M. Louis Colas, professeur au Lycée de Bayonne, agrégé de l’Université. 



Il n était pas originaire de ce pays, mais y avait acquis droit de cité non seulement parce qu'il y vivait et professait depuis de nombreuses années déjà, mais encore à cause des services qu’il a rendus à la jeunesse, à cause de sa bonté, à cause de la part active qu’il a prise aux travaux de la Société des Sciences, Lettres et Arts de Bayonne ; à cause de la langue basque qu’il avait apprise avec passion ; à cause de ses importants travaux sur le Pays Basque. 



— Nous avons dit que son livre sur les Tombes discoïdales était un véritable "corpus" qui resterait et que les savants, les philologues... et les architectes et décorateurs consulteront avec fruit. Celui qu'il écrivit sur la Maison Basque était également du plus grand intérêt et il allait en écrire un nouveau quand la maladie le surprit. 



LIVRE L'HABITATION BASQUE
DE LOUIS COLAS




C'est une œuvre considérable qu’il menât sans soucis de la fatigue, de pénibles excursions qu’il faisait dans les villages de la vallée et de la montagne, sac au dos, quel que fût le temps. Ces fatigues n'auront sans doute pas peu contribué à abréger sa vie.



Les nombreuses illustrations des Tombes discoïdales, c’est lui qui les dessina. Il allait de tombe en tombe, lorsqu’elles offraient de l’intérêt ; en dessinait les contours, les caractères, les images, puis il les commentait, il en faisait l’histoire. 


pays basque autrefois
LIVRE LA TOMBE BASQUE DE LOUIS COLAS
PAYS BASQUE D'ANTAN


pays basque avant
LIVRE LA TOMBE BASQUE DE LOUIS COLAS
PAYS BASQUE D'ANTAN


L’Académie couronna cette œuvre et ce fut une joie profonde pour cet excellent homme et cet excellent écrivain, si érudit et si modeste. 



Il fut, peut-on dire, l’homme, l'historiographe de la Tombe basque. 



Et dès lors, pourquoi sur sa tombe ne placerait-on pas un de ces pierres discoïdales, qu’il dessinait avec un soin jaloux ? Certes nous n'avons nulle intention de nous substituer à la famille du défunt pour indiquer ce que doit être son monument au lieu du dernier repos, mais quel symbole dirait mieux ce qu'il fit que cette pierre dont il écrivit l'histoire à travers les temps ? 



Nous avons, sous les yeux, le texte d’une conférence qu’il fit. il y a quelques mois, à Saint-Sébastien, devant la Sociedad de Estudios Vascos, et à laquelle assistait un public nombreux et vivement intéressé. 



Nous eussions aimé en reproduire aujourd’hui, comme une sorte de testament littéraire et artistique de longs passages. Ni le temps, ni la place dont nous disposons ne nous le permettent.



Pourtant, nous en citerons deux paragraphes. Dans le premier, il recherche les régions au nord et dans le voisinage immédiat des Pyrénées qui possèdent encore ou ont possédé des discoïdales et qui peuvent être considérées comme un habitat très ancien des populations celtibères : 



"Je dois vous avouer à ce sujet, dit-il, que si mon enquête n'est pas complètement terminée, les documents que j'ai pu rassembler ne sont pas de nature à infirmer ma thèse, bien au contraire... Il subsiste encore quelques discoïdales dans la Chalosse, cette plaine fertile s'étendant au nord de l’Adour ; il y en a dans le Gers, l'ancien habitat de la fédération des Ausci : j’en ai rencontré quelques-unes dans la vallée d'Aspe, dont la toponomastique a été étudiée avec soin, en vue, précisément, de nombreuses étymologies offrant des similitudes frappantes avec la langue basque... Mais, à mon avis, le gisement le plus important, celui dont on peut tirer les conclusions les plus intéressantes, c’est celui du Lauragais, région située à l’est de Toulouse, passage d’invasions ibères et celtiques, pays fertile où les nouveaux venus devaient se fixer de préférence. Or, dans cette région même, en direction de Chalabre et de Castelnaudary, le savant Dusan, en 1866, signalait l'existence de discoïdales paraissant très anciennes dans une dizaine de cimetières. La Revue archéologique du Midi de la France en a donné la reproduction. Dusan signale, à ce sujet, des détails que nous retrouvons sur les tombes basques : Champlevage, croix sculptées, attributs de métiers, fleurs de lis, etc. Mais cela est secondaire. Ce qui importe, c’est de retrouver cette forme dans une région jadis peuplée de Celtibères. Ai-je besoin de dire qu’en 1866 cette forme de monument funèbre était considérée comme très ancienne, que les vieillards interrogés par Dusan se rappelaient en avoir vu davantage, et qu’on les détruisait, hélas ! volontiers ?" 



Et voici quelle fut sa conclusion : 



"On ne doit jamais parler de soi" disaient volontiers nos grands écrivains français du XVIIe siècle. Excusez-moi, Messieurs, si je ne me conforme pas ici à la règle. Lorsque je parcourais les cimetières du Pays Basque français, M. C. Jullian me disait volontiers : "Il faudrait que l'on pût faire un travail analogue dans le Pays Basque espagnol ; il faudrait aussi que de pareils "Corpus" pussent être exécutés tout le long de la chaîne des Pyrénées, dans les vieux cimetières du Béarn, de l’Ariège, de l’Aude..." Je pensais de même. N’ai-je pas écrit que la discoïdale qui parait être, au premier abord, la tombe basque, est une tombe pyrénéenne ? Mais, depuis, j'ai beaucoup réfléchi à cette question. La discoïdale me parait être la tombe celtibérique, un monument funèbre qui a dû se répandre beaucoup plus au sud, et un peu plus au nord des Pyrénées. Le jour où l'on aura fait l’inventaire de toutes celles qui subsistent encore dans les régions de Burgos et de Soria, lorsque les archéologues auront exploré les rives du Golfe Cantabrique, et qu’ils auront également dénombré celles que l'on peut rencontrer dans l'Estrémadure et l’Alemtejo, ce jour-là nous serons fixés sur l'expansion des Celtibères. Certes, les cimetières des provinces Vascongades au sud des Pyrénées, ceux du Pays Basque français au nord de la même chaîne sont, j’en suis persuadé, les plus riches en monuments de ce type. Les historiens tireront de ces collections toutes les conséquences qui leur paraîtront s'imposer. Quelles riches mines renferment, sans nul doute, les vieux cimetières de vos montagnes ! Quels trésors épigraphiques ils recèlent ! Que de découvertes encore à faire ! Espérons que ces travaux seront, un jour, accomplis, tant au nord qu'au sud des Pyrénées. Ce sera, alors, de la bonne collaboration hispano-française ! Permettez-moi de l’espérer." 



Excellent homme, avant que de dormir l'éternel sommeil, il a pu voir se réaliser, dans bien des domaines, cette collaboration franco-espagnole. 



Et le voici qui s'en va, simplement, sans vouloir de fleurs sur son cercueil, de discours sur sa tombe. C'était un grand cœur, un bon serviteur du Pays Basque et de l’Histoire... C’était un travailleur et un sage..."



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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mardi 6 avril 2021

LES TOMBES DISCOÏDALES AU PAYS BASQUE (cinquième partie)

  

LES TOMBES DISCOÏDALES.


L'art funéraire Basque se caractérise par des sculptures sur pierres (stèles discoïdales ou tabulaires, ou pierres tombales), dont les plus anciennes datent de la fin du 16ème siècle.



religion mort cimetière tombes discoîdales
TOMBES DISCOÏDALES
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet la presse, dans diverses éditions :



  • La Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-Luz, le 22 juin 1922, sous la plume d'Henri 
Godbarge :



"La tombe Basque.



Mais ces influences sont peu profondes. Le Basque est indépendant. Et son indépendance s’affirme dans son œuvre, dans les soins qu'il consacre à sa maison qui lui est chère. D’abord la matière façonnée est dure, résistante ; c'est une pierre meulière, de montagne, lourde. Celle-ci exige une très grande simplification de travail. Au reste, nous savons que l'interprète est inhabile. Il faut donc viser à la simplification en toutes choses. Et le Basque, constructeur, simplifie et, de ce fait, inconsciemment, stylise. Il crée dans un art de simplification, fait d'expression naïve. Au reste, cette simplification est bien le reflet de la mentalité du Basque de l’époque, comme du Basque de nos jours, en certains coins du pays. Le paysan de la montagne a les gestes sobres, le langage simple ; il s’exprime, en peu de mots, presque laconiques, les mots strictement nécessaires sur des sujets pratiques. Aussi quel contraste avec le latin, son voisin ! Celui-ci, au contraire, est verbeux. Il aime le verbe pour lui-même, pour les sonorités, pour les enjolivements qu’entraînent l’abus de la parole et une imagination excessive. Aussi, ce paysan ouvrier devenu tailleur de pierre simplement, péniblement, extraie sa pierre dure, des carrières environnantes, de la montagne ; pierre de grés, car elle est la meilleure. Il l'aplanit, la rend rectangulaire ou quadrangulaire. suivant le morceau qui s'offre à lui, en tous cas, suivant la forme circonscrite la plus simple, toujours par désir de limiter le travail superflu. Mais cette pierre doit être taillée pour un usage pieux : elle doit perpétuer le souvenir des morts qui lui sont chers, dont il a un culte ardent, culte qu’il conservera à travers les âges, intact, vivace. D'instinct, il comprend qu'elle doit présenter la forme la plus agréable à l'œil, la forme décorative. Les formes curvilignes sont d’ordre plus élevé que les rectilignes, que les quadrangulaires, dans les degrés des difficultés professionnelles. Et il tient à révéler le meilleur de sa science d’ouvrier pour ce soin pieux. Il adoucit donc les angles, sa pierre ayant été équarrie. Il enlève ainsi le moins de matière possible, car il aura toujours le dédain du travail inutile. Il obtient, donc, une figure inscrite curviligne, discoïdale, avec le minimum de travail que son instinct, et ses sentiments de religieux lui révèlent comme une figure évocatrice des choses de la mort. 



Et voilà comment la tombe discoïdale est née, à mon sens ! 



Ainsi, d'instinct, il est arrivé, lui, l’ouvrier inexpert, fruste, à créer un type de pierre tumulaire que les artistes les plus savants et les plus affinés par des siècles d’atavisme artistique recherchent parfois, en vain. Ses successeurs n’ont eu qu’à copier. Ils ont été frappés de la pureté d’expression de ces formes, du caractère intense que cette synthèse décorative renferme, autant que nous le sommes nous-mêmes, à des siècles de distance. Et ainsi s’est transmise, de génération en génération, cette effigie tumulaire. Au reste, elle demande peu de pierre, peu de travail, et peut être obtenue rapidement par l’instrument spécial : le compas, que tout ouvrier, à tout âge, tient à honneur de posséder. Tout en conservant ce thème primitif, cette configuration limitative, chacun, à sa manière, brode, trace des signes familiers, les ornements géométriques, d’une géométrie encore rudimentaire, les objets usuels du défunt, tracés d’une main parfois enfantine, mais ornements assemblés avec la patience, le soin respectueux d’enrichir la dernière demeure de parents regrettés, d’ancêtres vénérés. Comme ces ornements, malgré leur multiplicité, leur assemblage varié sont encore impuissants à traduire ces mêmes sentiments de piété filiale, ils y ajoutent le secours de l'inscription : ces délicieuses lettres primitives tracées selon les mêmes traditions, aussi bien pour la stèle que pour le linteau, avec les mêmes moyens : de simples défoncés, au ciseau, sur une surface unie, bouchardée. 



Et, ainsi, les tailleurs de pierre euskariens continuaient, en un métier intermittent, aux heures de morte-saison, quand le travail des champs ne réclamait pas une présence assidue, à dégrossir leur pierre de la Rhune, sous le hangar protecteur couvert de tuiles rouges, près du cimetière basque, tout proche de l’église et du fronton, entourés de cyprès sombres. 




pays basque autrefois tombe discoïdale rhune
CHANTIE TAILLAGE DE PIERRES FRAYE ASCAIN
PAYS BASQUE D'ANTAN



Là, sous leurs yeux, étaient les modèles, ceux que les anciens admiraient, ceux que les amis chérissaient. Celui-ci présentait telle figure allégorique bien venue, au bon endroit de la composition ; tel autre avait des ornements en dents de scie qui formaient cadre et couronne, à la fois ; un troisième tirait tout son charme d’entrelacs, de lignes simples, concentriques, sèches qu’enrichissaient des lettres pittoresques, une inscription indignée de meilleure expression. Il suffisait ainsi de pénétrer les secrets professionnels des devanciers, de reproduire, tout en variant, suivant le programme imposé. Donc, là, dans le petit cimetière ombreux, étaient : l’atelier, l'enseignement, le chantier. Et il en a été ainsi, durant des siècles, dans ce petit coin des Pyrénées presque imprenable, à peine pénétré, à l’écart de toute agitation, peu modifié par les événements extérieurs, petit coin où les habitants vivaient de la même vie, défendant jalousement leurs coutumes, leurs privilèges séculaires contre les influences et les empiétements extérieurs avec cet esprit d’indépendance que chacun leur reconnaît et qui s’est perpétué presque semblable jusqu’à nos jours ; coutumes et indépendance que reflètent leurs œuvres d’art parmi lesquelles, caractéristique entre toutes, est la petite pierre tumulaire, stèle cruciforme ou discoïdale : émanation originale d’un peuple, aux mœurs simples, patriarcales, aux sentiments religieux : stèle gauchement façonnée par des mains naïves et perpétuée, à travers les âges, de génération en génération, par des survivances pieuses, traditionnelles... Telles sont nos hypothèses. Telle est notre thèse." 



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




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samedi 6 mars 2021

LES TOMBES DISCOÏDALES AU PAYS BASQUE (quatrième partie)

  

LES TOMBES DISCOÏDALES.


L'art funéraire Basque se caractérise par des sculptures sur pierres (stèles discoïdales ou tabulaires, ou pierres tombales), dont les plus anciennes datent de la fin du 16ème siècle.



religion mort cimetière tombes discoîdales
TOMBES DISCOÏDALES
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet la presse, dans diverses éditions :



  • La Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-Luz, le 21 juin 1922 :

"La tombe Basque.



Mais, je n’hésite pas non plus à déclarer que s'il y a analogie ou apparence d'imitation entre ces divers éléments, en revanche, quelle différence n'existe-t-il pas entre eux et ceux qui entrent dans une composition d’art musulman, par exemple, puisqu’aussi bien cet exemple a été cité ? Cet art oriental est aussi riche que l'art euskarien est pauvre ; cet art oriental est aussi savant que l'art basque est naïf. L’expression décorative du premier révèle une fécondité, une somptuosité d’imagination inouïe, et un travail d’une patience admirable, tandis que le thème décoratif du second est d’une pénurie qui frise l'indulgence. Et combien différentes la facture, la technique, de l’une et de l’autre architectures ? Autant l’art arabe exige des ouvriers adroits, assidus, savants, géomètres exercés, autant l’art euskarien révèle une maladresse professionnelle, une ignorance de métier, et des instruments rudimentaires ! Donc, nulle similitude : deux arts révélant des mentalités, une instruction et des traditions complètement différentes, comme il fallait s’y attendre du reste... Pourquoi admettre, d'après ces données artistiques si différentes, que ces deux arts soient issus, tous deux, de survivances ayant la même origine, et surtout, la plus incertaine et la plus éloignée, l'origine ibérique ? 



Est-ce à dire qu'il n'y ait pas quelque légère pénétration d'un art sur un autre, que l'un ne soit modifié ou déformé même par des influences issues de l'autre ? Peut-on affirmer, par exemple, que l'art roman, quoiqu'il apparaisse comme un art très original, ne se ressente pas des survivances gallo-romaines et mérovingiennes dues aux époques qui l'ont précédé ?... Et n'y a-t-il pas aussi, dans le gothique, encore qu’il soit dû à des principes directeurs issus des arts orientaux, des survivances, ou générales, ou particulières, du roman dont il était la continuation ? 


pays basque autrefois cimetiere morts
TOMBES DISCOÏDALES MUSEE BASQUE BAYONNE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Art basque, art de terroir, éléments dus à l’influence du Moyen-Âge



Tout œil exercé retrouve infailliblement tous ces signes épars en ces différentes architectures, quand il se livre attentivement à des examens comparatifs. Il en est ainsi, dans cet art primitif de terroir qu'est l'art basque, bien entendu, qui n’est pas né tout entier, tout formé, des mains inexpertes et du cerveau des premiers constructeurs euskariens, à l’exemple de Minerve, qui, d'après la fable mythologique, était sortie tout équipée du cerveau de Jupiter. 



pays basque autrefois cimetiere morts
TOMBE DISCOÏDALE ESPES
PAYS BASQUE D'ANTAN


La plupart des traits généraux de cet art sont ceux des constructions moyenâgeuses de l'époque. Les maisons sont en pans de bois, comme partout où il y a des bois et des forêts, avec encorbellements, sablières décorées d’accolades qui situent l'époque, et il en est ainsi en toutes les provinces françaises. Les motifs décoratifs, encore que plus rares en pays basque que dans la plupart des provinces françaises, rappellent des motifs romans ou même mérovingiens, car la production immobilière, peu ou prou, appartient toujours à son époque. Cette production en a les caractères, en quelque lieu que ce soit, et quelque ce soit celui qui l'ait enfanté, que l'instrument soit tenu par le plus simple, le plus fruste pâtre improvisé ouvrier, ou qu'il le soit par l'artisan le plus exercé de la plus savante corporation. Mais ce qui diffère, ce qui fait l'attrait particulier, c’est "l’expression", l’expression qui est, pour ainsi parler,  "l’écriture du professionnel", l'écriture d’une race, d’une région, celle qui permet à l'archéologue, à l’expert esthète, de discerner les différences entre la production gothique de la Bourgogne et celle de l'Ile de France, celle de Normandie ou de toute autre province. Et c’est justement l’expression qui fait l’intérêt des œuvres euskariennes. C’est à cette survivance de la manière, manière naïve, fruste, d'exprimer toute chose, manière comparable à celle des artistes mérovingiens et de l’art roman à son enfance que l’on doit retrouver un style, le style propre à cet art basque, car il y a un style basque. En cela, je me rencontre avec M. Colas. Mais voir en cet art, au lieu des influences précédemment énumérées, des influences anciennes, tellement anciennes qu’elles remontent aux Ibères, c’est brûler, trop rapidement, les étapes de l’histoire de l’art fondée sur les spécimens artistiques légués par des siècles ; c’est faire abstraction du processus continuel des manifestations artistiques aussi rudimentaires qu'elles puissent être, et c'est aussi écarter les influences ou indigènes ou voisines des arts locaux antérieures à l'époque de l’art euskarien que nous étudions ; c'est enfin passer sous silence une chose très importante pour un art de terroir presque directement issu des nécessités ou climatériques ou pratiques, car c’est ne pas parler des exigences des matériaux locaux et de la technique professionnelle. Et là, à mon sens, est peut-être la clef du mystère, l’explication la plus plausible, la clarté qui dissipe peut-être toutes les obscurités. 



Les nécessités de la matière et de la technique.



Il en est, en effet, de la tombe basque comme de tous les éléments de l’architecture euskarienne dont elle fait partie intégrante du reste, au même titre que le linteau, que la platebande, tous deux extraits des mêmes rocs de la montagne et façonnés, sculptés par les mêmes mains, sous les mêmes influences, avec les mêmes outils. 



pays basque autrefois cimetiere morts
TOMBE DISCOÏDALE
MUSEE BASQUE BAYONNE


Et pour se cantonner, uniquement, dans l’étude de la tombe basque, pourquoi ne pas croire à une très grande prédominance, dans cet art de début, des nécessités inhérentes à la matière trouvée dans le pays, à des réalisations naïves, fruits directs d’ouvriers incultes, lesquels étaient des pâtres improvisés artisans, ou professionnels de villages se perpétuant les traditions familiales, de générations en générations, chez une race où elles sont encore très vivaces. Ces ouvriers improvisés subirent parfois des influences dues à d’autres ouvriers, ceux-ci véritables ouvriers, maîtres artisans éduqués, disciplinés, par les rites des corporations ; ouvriers venus des contrées voisines, ballottés par les hasards de la vie, aventureuse parfois, qu'était celle de ces professionnels du moyen-âge."



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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samedi 6 février 2021

LES TOMBES DISCOÏDALES AU PAYS BASQUE (troisième partie)

  

LES TOMBES DISCOÏDALES.


L'art funéraire Basque se caractérise par des sculptures sur pierres (stèles discoïdales ou tabulaires, ou pierres tombales), dont les plus anciennes datent de la fin du 16ème siècle.



religion mort cimetière tombes discoîdales
TOMBES DISCOÏDALES
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet la presse, dans diverses éditions :



  • La Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-Luz, le 20 juin 1922 :

"La tombe Basque.



Hypothèse de l’origine ibérique. - Autres hypothèses : Hypothèse d’archéologue et de constructeur. - Considérations sur la décoration euskarienne. 



Nous sommes heureux de pouvoir reproduire in-extenso et en trois coupures consécutives le texte de l'intéressante conférence faite par notre distingué collaborateur M. H. Godbarge au cours de la dernière réunion de la Société des Sciences, Lettres et Arts de Bayonne. 



Cette étude a pour but de réfuter la thèse soutenue par le savant historien archéologue M. Colas, thèse qui a été exposée dans diverses conférences et publications. 

N.D.L.R. 



pays basque autrefois cimetiere morts
TOMBE DISCOÏDALE
MUSEE BASQUE BAYONNE


Les hypothèses sur l'origine.



M. Colas, dans plusieurs de ses conférences, a exposé les raisons qui, d’après lui, militent en faveur d’une hypothèse, de traditions ancestrales remontant au Ibères, pour expliquer l’origine des stèles discoïdales fréquentes dans les vieux cimetières basques... Des pierres tumulaires semblables auraient été retrouvées dans les pays où ces Ibères laissèrent des traces de leurs invasions. Les anciennes tombes basques seraient les tombes discoïdales, si l’on en juge par les plus anciennes inscriptions ne remontant pas du reste, au-delà du quinzième siècle. Les éléments décoratifs de ces pierres seraient des ornements géométriques, qui se retrouveraient analogues sinon identiques, dans les vieux vestiges attribués à ces Ibères, ou dans les fragments décoratifs inspirés des traditions ibériques, perpétuées dans tous pays envahis par ces peuplades. En particulier, ils subsisteraient dans toutes les contrées qui avoisinent la chaîne des Pyrénées et le bassin méditerranéen : ils se retrouveraient même au Maroc, si j’ai bien compris la pensée de M. Colas sur ce point... En vérité, malgré la sincère admiration que nous professons pour le consciencieux et remarquable travail de M. Colas, ces dernières hypothèses nous paraissent hasardeuses : il nous semble que les exprimer ainsi, c’est aller fort loin dans le domaine des conjectures ; il nous semble que c’est échafauder toute une thèse artistique, avec des éléments insuffisants d’appréciation et, grâce à des déductions qui ne forment pas, que je sache, une chaîne assez continue et serrée. 



Il faut remarquer tout d’abord que cette thèse, qui est une thèse artistique, après tout, est presque uniquement échafaudée sur des réminiscences historiques, dont les données sont bien confuses, et même bien incertaines. Cette thèse artistique, donc, est développée en bannissant le salutaire secours, l’indispensable examen de 1'"expression artistique". 


pays basque autrefois cimetiere morts
TOMBE DISCOÏDALE ESPES
PAYS BASQUE D'ANTAN

Expression artistique.



Or, en pareilles matières, le meilleur guide entre tous les guides, le meilleur fil conducteur, sorte de fil d’Ariane, dans ce labyrinthe éloigné de l’histoire de l’art, c’est l’œil, l’œil éduqué, au service d’une analyse serrée, savante, technique, de professionnels rompus à ces sortes d’examens et experts en les nécessités de métier. Et parfois, l'éducation de l’œil est telle, qu’en certaines circonstances, celui-ci est juge presque infaillible sans le secours de lumières complémentaires. En effet, il y a des perceptions spéciales, des signes manifestes, une divination intuitive, qui deviennent les fruits sains, la moisson certaine d’une longue expérience consacrée aux choses de l’art. Et faire abstraction de ce contrôle efficace, des analogies visuelles, qu’il sait discerner et analyser, c’est marcher, à mon sens, à tâtons, sur une voie incertaine, obscure ; c’est aboutir à des affirmations hasardées, n’ayant pas la portée qu’elles pourraient mériter d’avoir, si, les données sur lesquelles elles ont été étayées, étaient sinon plus certaines, du moins plus nombreuses, plus diverses. 



Ainsi, un exemple de la méthode. Pourquoi détacher les pierres tumulaires basques de tout l’ensemble architectural de l’époque, dans cette contrée, et dont elles font partie intégrante ? En quoi sont-elles différentes des autres pierres architectoniques, où sont incrustés des motifs identiques à ceux des tombes discoïdales ou autres, avec des inscriptions de la même date ?... Il suffit d’examiner attentivement les linteaux des portes, par exemple, des quinzième et seizième siècles, pour en avoir la preuve. Et cependant, bien qu’ils aient, à certains points de vue, des caractéristiques particulières, originales, il ne m'est jamais venu à l'esprit d’attribuer à ce linteau, intéressant une origine ibérique... Sinon origine, du moins influence ibérique, dit M. Colas, si j’ai bien compris sa pensée... 


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TOMBES DISCOÏDALES MUSEE BASQUE BAYONNE
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Influences moyenâgeuses.



A quoi, je réponds, mais pour quoi n’y aurait-il pas influence du moyen-âge, puisque nous sommes à cette époque ? Pourquoi pas influence de milieu, selon la thèse chère à Taine, l'éminent philosophe et critique d’art, puisque tous les éléments décoratifs, analogues à ceux de la tombe basque, apparaissent à cette époque gothique, en pays basque ; éléments dont quelques-uns, manifestement, sont presque les copies de certains qui entraient dans la composition des productions architecturales des provinces voisines. 



Le linteau basque ci-dessus mentionné, comme la porte, à longs claveaux, en forme d’ogives, apparut à la même époque que les encorbellements, que les meneaux d’indéniable provenance moyenâgeuse. Et avec les motifs du linteau de la tombe, avec les soleils, les roses, les croix, naquirent les accolades de platebandes ou des sablières qui, certes, indiscutablement, sont de l’époque gothique, en tous endroits des provinces françaises. 



Pourquoi donc croire que ces cercles, ces hexagones, ces pentagones, ces figures géométriques aux arrangements très simples qui constituent les principaux thèmes décoratifs de l'art basque, soient dus à des survivances ancestrales très reculées, alors qu’à cette époque, ils constituent les thèmes fréquemment employés, en toutes régions ? Je dois m’empresser d’ajouter qu’ils sont, du reste, analogues, sur bien des fragments de l’époque romane, voire même de l’époque mérovingienne."



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




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mercredi 6 janvier 2021

LES TOMBES DISCOÏDALES AU PAYS BASQUE (deuxième partie)

 

LES TOMBES DISCOÏDALES.


L'art funéraire Basque se caractérise par des sculptures sur pierres (stèles discoïdales ou tabulaires, ou pierres tombales), dont les plus anciennes datent de la fin du 16ème siècle.



religion mort cimetière tombes discoîdales
TOMBES DISCOÏDALES
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet la presse, dans diverses éditions :



  • La Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-Luz, le 20 mars 1922, sous la plume de 
Georges Blancon :



Le passé du Pays Basque. 




A propos de la tombe discoïdale.




L’étude de M. L. Colas appelée à soulever d’intéressantes discussions.




Nous avons vu samedi, par le compte rendu de la conférence de M. Louis Colas, professeur au Lycée de Bayonne,— compte rendu où nous avons suivi l’orateur pas à pas, — quels horizons s’ouvrent au chercheur, rien qu’en étudiant la tombe primitive des Basques, qu’ils héritèrent des Ibères et dont l’usage se perpétua chez nous très tard. Le problème dépasse, en effet, cette pierre en forme de disque élevée par la piété des familles sur la tombe des défunts. Il se ramifie, il nous donne sur la race basque, sur ses origines, sur sa formation, sur ses mœurs ancestrales des indications pour d'autres travaux du plus haut intérêt au point de vue ethnique, scientifique et artistique. 




Voici d'ailleurs les conclusions de ses recherches données par M. Colas lui-même : 



1° La tombe discoïdale est l’héritière, en ligne directe, des tombes anthropomorphes des Ibères. Etant donnés, d'une part, la persistance des traditions funéraires, et, d'autre part, l'esprit conservateur du peuple basque, on se trouve en présence d’un argument de premier ordre en faveur de la thèse pro-ibérienne. 




2° La tombe discoïdale est la plus ancienne tombe basque. Malheureusement, l’état de désagrégation dans lequel se trouvent celles qui sont les plus vieilles (ainsi que d’autres causes de destruction) ne permettent pas d’en dater, avec certitude, au delà du quinzième siècle. 




3° La tombe basque primitive, destinée à marquer l'emplacement de l'etcheko ilharria, fut d’abord anonyme et sans date. Quel besoin et d’ailleurs quelle possibilité d'indiquer sur une petite surface un grand nombre de noms ? Les premières inscriptions eurent un caractère collectif. Les premières sculptures n'eurent d’autre but que de distinguer les unes des autres les différentes pierres. 




pays basque autrefois cimetiere morts
TOMBES DISCOÏDALES MUSEE BASQUE BAYONNE
PAYS BASQUE D'ANTAN




4° Le peuple basque vint tard à l’épigraphie. Cette remarque est également de C. Jullian. Quand elle se manifesta sur les tombes, on se contenta tout d’abord du nom de la maison. Je placerai ce stade vers le seizième siècle. 




5° A partir du seizième et du dix-septième siècle, l’amour-propre des membres de la famille, le souci d'honorer davantage les morts, le bien-être, le goût de la décoration poussent les Basques vers l'ornementation. Un art décoratif naît. Cet art est caractérisé par la stylisation des motifs, par un goût réel du groupement, par un réalisme intéressant pour nous (instruments, outils, etc...), qui nous permet de considérer la vieille tombe basque comme une source inestimable de documents variés. 


pays basque autrefois cimetiere morts
TOMBE DISCOÏDALE ESPES
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6° La persistance des symboles astraux sur les tombes discoïdales peut s’expliquer par l’influence de l'imagerie médiévale. Cependant, pour ma part, je ne serais pas éloigné d’y voir l’influence de très lointaines traditions ancestrales dont la persistance s’expliquerait par la christianisation tardive de certaines régions peu accessibles. 






7° La croix apparaît assez tard — vers le dix-septième siècle. Elle paraît tout d'abord réservée à des personnages importants ou fortunés. Toutes proportions gardées, elle fut, à cette époque, ce que sont aujourd’hui les caveaux et chapelles familiales au milieu des tombes ordinaires. 




8° La tombe discoïdale persiste jusqu’au dix-neuvième siècle. C’est donc une forme vieille de près de trente siècles. 





9° La question s’élargit. La survivance de certaines tombes discoïdales dans quelques vallées des Pyrénées, depuis l’ouest jusqu’à l'est, et ce que nous savons par ailleurs d'un peuplement ibérique très ancien de tout le versant nord des Pyrénées, permettrait, je crois, d'affirmer que la tombe discoïdale est non seulement la tombe basque par excellence, non seulement la forme évoluée de l'antique tombe ibérienne, mais encore, mais surtout la véritable, la plus ancienne tombe pyrénéenne. 



pays basque autrefois cimetiere morts
TOMBE DISCOÏDALE
MUSEE BASQUE BAYONNE



On voit par ce résumé précis de tout un travail accompli — nous avons dit avec quelle conscience — et de travaux à accomplir sans doute encore, combien la question était intéressante et combien il faut savoir gré à l’auteur de nous y initier par la parole qu’on a entendue l'autre jour, par le livre qu'on attend avec impatience."


A suivre...


(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)


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