LE CENTENAIRE DE LA NAISSANCE DE LÉON BONNAT EN 1933.
Léon Joseph Florentin Bonnat, né le 20 juin 1833 à Bayonne (Basses-Pyrénées) et mort le 8 septembre 1922 à Monchy-Saint-Eloi (Oise), est un peintre, graveur et collectionneur d'art français.
Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien la Gazette de Bayonne, de Biarritz et du Pays basque,
le 19 juin 1933 :
"Le Centenaire de Léon Bonnat.
Discours de M. Leroux. (suite)
... Ce que je représente ici, c'est d'abord l'Institut de France. Pendant quarante années, Léon Bonnat a fait partie de l'Académie des Beaux Arts ; trois fois il l'a présidée ; toujours il lui a donné son temps, consacré ses soins, voué son affection fidèle. Gardienne de la tradition, comment serait-elle oublieuse de ses plus pures gloires ? Voulant déléguer parmi vous un de ses membres, elle a, par une délicate pensée, choisi en ma personne l'ancien élève de Léon Bonnat.
"Ce sont en effet les anciens élèves du maître qui s'expriment aujourd'hui par ma voix. Mes amis : Denis Etcheverry, Henri Zo, Eugène Pascau, Georges Bergès, que je suis heureux de saluer ici. Le maître : Que de sentiments ce seul mot n'évoque-t-il pas en nous ! Du respect pour une supériorité avouée. De la reconnaissance pour tant d'avis perspicaces, pour tant de conseils précieux, pour le magnifique exemple d'une vie consacrée tout entière à l'art. De l'affection pour une bonté inlassable qui a secouru tant de jeunes gens malheureux, et qui s'est manifestée en particulier pendant les années où il dirigea l'Ecole des Beaux Arts. Et aussi une familiarité tendre, un lien que la mort elle-même ne tranche pas, puisque le maître, toujours vivant dans ses élèves et dans les élèves de ses élèves, perpétue au lointain la valeur de son enseignement.
Je revois toujours sa silhouette râblée, son visage coloré, son regard clair et pénétrant ; j'entends sa voix. Il me semble que je l'aperçois se penchant sur mes toiles, comme aux jours de jadis ; et à ce souvenir, une immense gratitude s'empare de moi tout entier. Le mercredi et le samedi, c'étaient les jours où il venait nous corriger. D'un coup d'oeil il trouvait le défaut principal de nos études. Ses remarques étaient si évidentes que nous nous disions ensuite : Comment n'avais-je pas vu cela ? Il se rappelait d'une semaine à l'autre, et pour chacun de nous, les remarques précédentes. Ses corrections, toujours si justes, étaient brèves. Bonnat ne fut jamais bavard ; quand il y avait trop à dire, il ne disait rien ; nous comprenions. Même franchise, même netteté dans les jugements des concours. Il ne soutenait pas ses élèves parce qu'ils étaient ses élèves. Et un jour où j'avais mal réussi, il me dit : Vous avez été recalé ; vous ne l'avez pas volé.
Les Bonnat — car c'est ainsi qu'on les appelle — forment une tribu, ou pour mieux dire une famille que cette grande mémoire unit indéfectiblement. A un banquet qu'ils donnèrent avant la guerre, ils étaient, je m'en souviens, plus de trois cents. Trois cents élèves, trois cents amis. Ils sont moins nombreux aujourd'hui. La guerre en a moissonné plusieurs, comme le grand artiste Pierre Laurens, mort de maladie contractée en captivité et que j'ai l'honneur de remplacer à l'Académie ; comme Grau, comme Delauney, comme Deluc. Elle a cruellement frappé celui qui était devenu lui-même un maître. Lemordant, au coeur indomptable. Caro-Delvaille et G. Roby ne sont plus. Mais les Bonnat ses errent toujours les coudes. Notre association présidée par mon ami Denis Etcheverry donne des signes certains de sa vitalité. Avant la guerre, nous avons fêté le Prix du Salon de Henri Zo. Il n'y a pas si longtemps, nous fêtions la médaille d'honneur obtenue par Denis Etcheverry lui-même exposant le portrait de sa charmante femme, puis la médaille d'honneur de Lucien Pénat, le graveur. Les Bonnat comptent cinq Grands Prix de Rome et, jusqu'ici, deux membres de l'Institut. Enfin, cette année, pour son centenaire, nous apportons à notre maître deux nouvelles médailles d'honneur, celle de Paul Michel Dupuy, le peintre, et celle de Raoul Serres, le graveur.
Depuis l'école et l'atelier où Léon Bonnat nous a formés, chacun de nous a suivi sa route ; mais tous nous savons bien ce que nous tenons de lui. Ce qu'il nous a dit, ce que nous avons retenu, c'est qu'il fallait avoir le respect de la nature et de la vérité, c'est qu'il fallait observer scrupuleusement les formes plus durables que les couleurs ; c'est qu'il fallait rendre non seulement l'aspect mais l'âme des choses et des hommes.
Après des toiles d'Italie et quelques belles compositions qui le firent connaître, l'art de Léon Bonnat trouva dans le portrait sa plus pure expression. En limitant volontairement son champ d'action, il a travaillé en profondeur. Toute oeuvre entreprise, il l'a toujours menée jusqu'aux extrêmes limites d'un effort conscient. Salutaire leçon pour ceux, trop nombreux aujourd'hui, qui se contentent d'ébauches, de pochades ou mêmes d'intentions.
Dans cette galerie de portraits, célèbre à travers le monde entier, et qui font revivre les Thiers, les Victor Hugo, les Pasteur, les Taine, les Renan, les Lavigerie, quelle probité, quelle force ! Et quelle intensité dans l'expression du caractère individue On lui reprochait quelquefois de ne pas reproduire l'ambiance de ses modèles. Mais Bonnat, dans sa sagesse, savait qu'il importait peu de peindre un écrivain sur un fond de bibliothèque, ou un chimiste au milieu de ses cornues, et que la vérité se trouvait dans l'attitude prise librement devant lui, dans la scrupuleuse justesse des traits, dans l'interprétation de l'intelligence qui transparaît à travers la chair pour illuminer le visage. Aussi n'a-t-il pas été seulement le peintre des figures et des corps, mais le peintre des esprits, le peintre des âmes.
Des voix éloquentes vous ont parlé des rapports de Bonnat avec sa chère ville natale. Elles vous ont parlé de ce Musée qui n'est pas seulement la preuve durable de la générosité de son coeur, mais celle de la sûreté, de la larguer de son goût. Qu'il me soit permis de dire combien le culte que vous rendez à votre illustre compatriote me paraît utile et bon entre tous. Il est générateur d'enthousiasme, il favorise les moissons de l'avenir. Bonnat a fait rayonner partout, dans l'Ancien et dans le Nouveau Monde, avec les qualités du génie français, les vertus particulières de votre race ; il a ajouté au blason de votre ville, ainsi qu'il était juste, l'éclat de sa propre gloire. Peut-être parmi les enfants qui m'écoutent en est-il qui, prenant à leur tour la palette, le burin ou le ciseau voudront continuer cette noble tradition. Que ceux-là, dans leur carrière difficile, dans les moments où le découragement les guettera, pensent à l'éclat de ce jour, pensent à l'oeuvre du maître dont je suis heureux de prononcer une fois encore en finissant, le nom triomphal : puissent les fils d'une ville féconde en artistes, riche en talents, suivre les traces de Léon Bonnat."
Après les discours, les enfants des écoles défilèrent tandis que jouait l'excellente musique du 18e d'Infanterie.
Au Musée Bonnat.
La Municipalité et les personnages officiels se rendirent ensuite au Musée Bonnat, où ils furent conduits par M. Antonin Personnaz, dont ont sait la haute compétence artistique, et qui s'honore d'avoir été un des grands amis de Léon Bonnat.
![]() |
| BUSTE D'ANTONIN PERSONNAZ PAR PAUL PAULIN Legs Antonin Personnaz, 1937 © RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski |






Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire