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lundi 22 juin 2026

LA FERME LABOURDINE AU PAYS BASQUE AUTREFOIS (troisième et dernière partie)

 

LA FERME LABOURDINE.


La maison Basque (Etxea) est au coeur de la société. La ferme labourdine regroupe les hommes et les animaux et le matériel agricole.



pays basque maison ferme labourd sare communes
FERME LAPHITZEA SARE
BMB N°20 1941



Voici ce que rapporta à ce sujet Pierre Dop dans le Bulletin du Musée Basque N°20 1941 :



"Laphitzea. Type de ferme labourdine.


Type — Vues sur le passé — Description — Disposition intérieure — Domaine rural.


... Quatre portes s'ouvrent sur le lorio, une de chaque côté, deux dans le fond, dont une plus petite, donne accès à l'escalier qui conduit au premier étage.



L'étable occupe le fond de l'immeuble dans toute sa largeur, au-delà du mur rejoignant les deux murs de refend. Le reste comprend les dépendances. On y loge les porcs, les instruments aratoires, etc... Dans la partie droite on remarque un vieux four désaffecté, ainsi que les vestiges du monumental pressoir à cidre d'autrefois, le dolharea.



L'escalier, qui a perdu son ancienne rampe et ses beaux balustres dont il ne reste qu'un ou deux exemplaires, est coupé par un palier d'où il se continue à angle droit. Au premier étage il débouche sur un large vestibule garni d'armoires et de ces vieux coffres très simples tels qu'on les rencontre dans toutes les vieilles fermes du pays et qui, contrairement à ceux de l'autre côté des Pyrénées,
sont en bois uni dépourvu de toute décoration.



A gauche un petit couloir conduit à la cuisine. Celle-ci occupe la partie sud-est dans l'espace compris entre le mur méridional et le mur de refend de ce côté. C'est la cuisine traditionnelle du Basque, avec sa vaste cheminée à manteau, son évier creusé dans le mur où sont aménagées aussi des étagères pour les cruches ou herrades, et ses divers meubles utilitaires. Nous avouerons qu'elle se trouve fâcheusement déparée aujourd'hui par un grand four construit à l'intérieur de la pièce entre la cheminée et l'évier, et remplaçant celui que nous avons signalé au rez-de-chaussée dans
un état qui n'en permet plus l'usage.



pays basque maison ferme labourd sare communes
HERRADE
PAYS BASQUE D'ANTAN




Centre, comme il convient, de l'installation paysanne, elle communique d'une part, avec une petite chambre suivie de deux autres du côté du midi, et, d'autre part, avec une vaste pièce qui occupe sur la façade toute la partie médiane entre les murs de refend. Cette pièce dite sala se retrouve dans les grandes fermes de la région. C'est la chambre des maîtres de maison, de l'etcheko-jaun et de l'etcheko-andere, dont ordinairement les lits sont logés dans des alcôves susceptibles de se clore entièrement. Ici il n'y a pas d'alcôves. Trois grands lits sont dans la pièce, dont le milieu est occupé par une longue table. C'est l'endroit où l'on reçoit, où se donnent les grands repas à l'occasion de la fête du village ou des événements de famille.



Des deux grandes fenêtres à meneaux qui éclairent la pièce on jouit d'une vue étendue sur la campagne. Au premier plan les champs de la maison ; plus loin une chaîne de collines, dont la plus élevée se couronne d'un boqueteau qui marque l'emplacement d'une antique chapelle dédiée à Sainte Barbe et démolie par la création d'une redoute lors des guerres napoléoniennes. Au fond, la
ceinture de montagnes qui ferme le vallon du côté de l'Espagne.



Il n'y a pas très longtemps, paraît-il, que ces fenêtres sont munies de châssis vitrés, et encore pareille amélioration est-elle absente de la partie supérieure, maintenue close par des volets qui constituent sa seule fermeture.



En constatant les conditions de ces intérieurs d'autrefois, comme l'on comprend les avantages du zizaïlou placé devant la cheminée et opposant aux courants d'air la défense de son haut dossier. Hélas ! ce meuble si bienfaisant est relégué aujourd'hui à Laphitzea dans la pièce à
débarras qui communique avec la sala.



pays basque maison ferme labourd sare communes
ZUZULU OCHAGAVIA NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Dans cette pièce il n'est pas que des objets hors d'usage. C'est aussi un lieu de resserre pour les produits du jardin mis en conserve ou attendant, comme les tomates, une complète maturité près de la fenêtre. Au plafond pend tout un lot de balais, dont la matière est une récolte de la ferme
en bordure des champs de maïs, et la confection, l'œuvre du fermier les soirs d'hiver.



pays basque maison ferme labourd sare communes
FERME LAPHITZEA SARE
BMB N°20 1941



C'était autrefois la cuisine d'un second appartement plus petit, qui occupait la partie nord de l'immeuble. Cet appartement avait son accès propre, grâce à un escalier en pierre extérieur à la maison. Il comprenait, avec la cuisine, deux autres petites pièces. Existait-il à l'origine ? Ou
l'a-t-on créé depuis lors ? Nous n'avons pas pu être renseigné à ce sujet. De pareils appartements secondaires se rencontrent dans beaucoup d'autres grandes fermes de Sare. En général, ils sont occupés par un ménage de vieux hors d'état de travailler ou d'ouvriers travaillant au dehors.



Toute la partie du fond de l'immeuble au-dessus de l'étable est consacrée au grenier à fourrages, du premier étage à la toiture. Ce grenier est relié à l'étable par un escalier. En outre, le long du mur ouest, des ouvertures sont aménagées dans le plancher pour permettre de pourvoir directement les râteliers.



On accède au second étage par un escalier qui continue celui du premier et dans les mêmes dispositions. Cet étage, limité vers le fond par le grenier à fourrages, n'a pas d'autres divisions que celles que lui donnent les murs de refend. Il est affecté au logement des diverses récoltes.



Le domaine comprend environ 6 hectares de culture, qui se partagent en prés et champs de labour. Cinq hectares s'étendent ainsi devant la maison et contre son mur méridional, enclos de murs sur deux autres côtés, se trouvent le jardin potager et un petit verger planté de quelques arbres
fruitiers. Sur le mur lui-même trois jeunes plants de vigne commencent leur ascension. Ce sont les successeurs d'une ancêtre disparue, la vieille treille traditionnelle aux belles grappes violettes dont les proportions se jugent par les grandes pierres taillées en forme de crochet qui furent
fichées dans la muraille pour soutenir ses branches et s'y voient encore, comme aussi dans plusieurs fermes voisines.



A la suite du potager, et exposé comme lui au midi, est cultivé un petit champ de vigne dont la récolte assure le vin nécessaire à la consommation familiale.



Derrière la maison, du côté du nord, un terrain ouvert la sépare du chemin qui mène en Espagne. Il est planté d'une douzaine de vieux chênes taillés en têtards, suivant la pratique générale du pays. Ce terrain ainsi boisé, rude et raviné, présente un échantillon — il s'en rencontre pas
mal ça et là — de la nature de la contrée avant les défrichements qui l'ont transformée peu à peu.



De l'autre côté du chemin, le domaine se continue sur les premières pentes de la montagne. Il y a un hectare de prés, tout autant de bois, et, plus loin, sur la hauteur, des fougeraies, dont quelques-unes remplacent d'anciennes châtaigneraies que la maladie a fait disparaître.



Dans un voyage fait il y a quelques années à travers le pays basque, M. Rivière, conservateur du Musée des Arts et Traditions, installé au Palais de Chaillot à Paris, remarqua tout spécialement Laphitzea. Il vient d'en demander le classement au Ministère des Beaux-Arts comme type de ferme labourdine.


Pierre Dop."




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)







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vendredi 22 mai 2026

LA FERME LABOURDINE AU PAYS BASQUE AUTREFOIS (deuxième partie)

 

LA FERME LABOURDINE.


La maison Basque (Etxea) est au coeur de la société. La ferme labourdine regroupe les hommes et les animaux et le matériel agricole.



pays basque maison ferme labourd sare communes
FERME LAPHITZEA SARE
BMB N°20 1941



Voici ce que rapporta à ce sujet Pierre Dop dans le Bulletin du Musée Basque N°20 1941 :



"Laphitzea. Type de ferme labourdine.


Type — Vues sur le passé — Description — Disposition intérieure — Domaine rural.



... Cette maison se fait remarquer par ses belles dimensions, la symétrie, la régularité de ses lignes architecturales.



Elle a 19 mètres de largeur sur 25 mètres de longueur, occupant ainsi une superficie de près de 5 ares, soit exactement 475 mètres carrés. Bien qu'importants, ces chiffres ne l'inscrivent pas en tête de liste, si l'on classe les maisons de Sare au point de vue de la surface couverte. Nous en connaissons plusieurs qui la dépassent, comme Garatea : 594 m. c. ; Haristeguia : 511 m. c. ; Berroueta : 480 m. c. Elle s'inscrit cependant en fort bon rang. Une particularité de ses dimensions est la proportion de la largeur par rapport à la longueur, proportion qui atteint les 3/4. Quand on l'aborde par le côté, l'importance de la construction ne frappe pas spécialement. C'est de face qu'elle prend toute sa valeur.



Nous voyons dans Laphitzea le modèle de la maison labourdine dans sa plus grande pureté.



pays basque maison ferme labourd sare communes
MAISON LABOURDINE SARE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Comme le type se caractérise surtout par la structure de la façade, nous donnerons de celle-ci une description détaillée.



Tandis que sur trois côtés les murs sont édifiés tout entiers en maçonnerie, la façade est composée de matériaux semblables jusqu'au niveau du 1er étage seulement. Au-dessus, elle est constituée par une armature de pans de bois, avec remplissage de briques.



Pareille construction réclame le renfort de murs de refend dans les exemplaires quelque peu importants. A ce propos, on trouve la plus grande variété. Certains de ces murs s'élèvent jusqu'à la toiture. D'autres s'arrêtent au niveau du 1er étage. Certains soutiennent la maison sur toute sa profondeur, d'autres, et cela le plus souvent, sur une partie seulement. Parfois il y en a deux, parfois un seul. Dans ce dernier cas on en voit beaucoup qui sont édifiés en dehors de l'aplomb du faîte de la toiture, même quand les deux versants de celle-ci sont d'une égale longueur.



A Laphitzea il y a deux murs de refend s'élevant jusqu'à la toiture. Débordant légèrement sur la façade, ils en coupent la blancheur par la belle couleur de leurs pierres polies. Avec le souci de la symétrie qui se manifeste dans la construction, ces deux murs sont élevés de part et d'autre à la même distance du faîte, plus rapprochés cependant de ce dernier que des murs latéraux. De cette façon, la façade se trouve divisée en trois parties, celle du centre d'une largeur un peu supérieure à celle des deux autres, qui sont égales entre elles.



Ces murs de refend se prolongent jusqu'à une distance de 6 mètres du fond, où ils sont reliés entre eux par un autre mur. Leur hauteur ne se maintient pas la même dans cette prolongation. Sur une longueur de 8 mètres ils supportent directement la toiture, ensuite s'abaissent au niveau du 2e étage, continuant leur office par l'intermédiaire de poteaux.



Au rez-de-chaussée ces deux murs constituent l'encadrement d'une ouverture formant abri, de la même hauteur que ce rez-de-chaussée et profonde de 4 m. 75. C'est le lieu dit lorio. Il ne manque dans aucune ferme de Sare. C'est une particularité de ce village, et si on le rencontre ailleurs, c'est surtout dans sa région proche. La commodité a créé cette disposition qui donne tant d'originalité à la construction. On y abrite avec facilité toutes sortes de choses, en particulier, charrettes, instruments aratoires. C'est un lieu de jeux pour les enfants, de menus travaux pour les grandes personnes.



A Laphitzea le lorio s'ouvre de plain-pied sur une grande cour qui précède la maison, et où on loge les hauts tas de fougère destinée à la litière des animaux. Cette cour rectangulaire, aussi large que la façade, a sa clôture pittoresquement constituée par d'énormes pierres plates fichées en terre, usage très répandu dans la région proche de la montagne, bel exemple du rude travail des anciens qui ne reculaient pas devant les difficultés pour faire œuvre durable.



Signalons aussi au rez-de-chaussée, à droite quand on regarde la façade, une belle fenêtre, encadrée de pierres taillées et avec appui en saillie. Son ouverture est divisée par des meneaux en forme de croix. C'est un genre de fenêtres que l'on retrouve dans d'autres belles maisons de Sare, et toujours au rez-de-chaussée. Il y en a une à Leremburua, qui est voisine de Laphitzea. Dans certaines, Ithurbidea, Haristeguia, par exemple, il y en a même deux, une de chaque côté du lorio, quand celui-ci s'ouvre au milieu de la façade. A Laphitzea, la partie gauche est percée d'une vulgaire porte d'étable et de simples fenêtres à montants de bois. Ces ouvertures nous paraissent de création relativement récente. Par les exemples que nous venons de citer, et par le souci de symétrie qui se révèle dans le reste de la construction, nous nous demandons si elles n'ont pas remplacé bien fâcheusement une fenêtre semblable à celle de la partie droite. C'est probable.



La maison possède deux étages. Ils sont marqués chacun par un léger encorbellement sur la façade. Cet encorbellement est marqué aussi sur les quatre murs de soutien. Dans l'ouverture du lorio une forte poutre, reposant sur les murs de refend, porte l'extrémité des solives du premier étage, qui s'appuient sur la maçonnerie dans le reste de la façade. Ces têtes de solives, ressortant extérieurement pour soutenir l'encorbellement, sont moulurées en forme de corbeaux.




pays basque maison ferme labourd sare communes
FERME LAPHITZEA SARE
BMB N°20 1941



L'assemblage des pans de bois est des plus simples. Posés verticalement avec un écart variant entre 0,55 et 0,65 cm. d'axe à axe, et longs de toute la hauteur de l'étage, ils s'encastrent à leur base sur une pièce de bois transversale et sont reliés entre eux par un bandeau saillant à la hauteur des fenêtres dont il constitue l'appui au passage. Aux deux étages, ce bandeau est sculpté de dentelures. C'est le seul travail ornemental que nous relevons sur la façade en dehors des abouts de pannes qui soutiennent l'avant-toit. Très simplement elle tire toute sa décoration des pans de bois qui forment sa bâtisse. Non revêtus de peinture, et probablement n'en ayant jamais reçu, ces bois ont acquis du temps une superbe couleur noire d'un ton velouté qui tranche admirablement sur le mur crépi et blanchi à la chaux.



Si nous nous sommes arrêtés à la description de leur assemblage, ce n'est pas qu'il soit particulier à Laphitzea. On le retrouve reproduit dans toutes les fermes du Labourd. Mais il caractérise le type.



Au premier étage les fenêtres sont placées symétriquement, deux dans la partie médiane, une dans chacune des deux autres. En largeur elles occupent deux intervalles de pans de bois plus espacés que dans les parties pleines, et sont divisées en croix par des meneaux. Chacune des quatre parties résultant de cette division est fermée par un panneau de bois orné de clous à large tête. Au deuxième étage ce genre de fenêtres ne se reproduit que dans la partie médiane. Sur les côtés il y a bien une ouverture, mais elle est de moindre dimension, logée dans un seul intervalle de pans de bois et tout près des murs de refend, disposition commandée par l'inclinaison des versants du toit, qui affecte la hauteur de l'étage, en dehors de la partie médiane, à tel point que ces versants viennent aboutir à 0,50 cm. seulement au-dessus du plancher.



Contrairement au mur de la façade, les trois autres n'ont pas reçu de crépissage. Ils gardent intacte la couleur brune de leurs pierres. Leurs fenêtres sont très réduites, aussi bien en nombre qu'en dimension, même du côté du midi, mais surtout à l'ouest où on n'en compte que deux. Une telle parcimonie s'explique. Autrefois, les châssis vitrés manquaient même dans les parties habitées de la maison, et les volets seuls servaient à se défendre contre le froid et la violence des vents. Toutes ces ouvertures, du moins les anciennes, sont largement ébrasées, d'une ébrasure soignée, en pierres taillées.



La couverture de la maison est constituée par des tuiles creuses sur une toiture à deux versants. La charpente qui supporte celle-ci est d'une grande simplicité, de cette même simplicité architecturale qui a présidé aux conceptions de la construction tout entière. Elle est composée de fort belles poutres en chêne — quelques-unes d'une longueur de 12 à 13 mètres — portées par de simples poteaux non étayés.



La toiture s'avance d'environ 1 mètre au-dessus de la façade. Il faut être averti pour se rendre compte que les consoles ornées de sculptures qui soutiennent cet avant-toit ont été, à une certaine époque, mutilées de leurs extrémités, et reconnaître par suite qu'il a perdu sa largeur primitive. Cependant l'aspect général de la façade n'en est pas affecté."





A suivre...




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)







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mercredi 22 avril 2026

LA FERME LABOURDINE AU PAYS BASQUE AUTREFOIS (première partie)

LA FERME LABOURDINE.


La maison Basque (Etxea) est au coeur de la société. La ferme labourdine regroupe les hommes et les animaux et le matériel agricole.





pays basque maison ferme labourd sare communes
FERME LAPHITZEA SARE
BMB N°20 1941



Voici ce que rapporta à ce sujet Pierre Dop dans le Bulletin du Musée Basque N° 20 en 1941 :



"Laphitzea. Type de ferme labourdine.


Type — Vues sur le passé — Description — Disposition intérieure — Domaine rural.



C'est à Sare, semble-t-il, que l'on rencontre les plus jolis types de construction labourdine. Et la variété en égale le nombre. En effet, il serait difficile de trouver deux maisons identiques.



Quand ce n'est pas par les grandes lignes ou les traits principaux, elles diffèrent tout au moins par des dispositions de détail. Ainsi chacune présente sa physionomie propre, tout en manifestant le même air de famille, air de famille un peu plus accentué parfois entre celles qui font partie d'un même quartier.



Dans cette variété, quelques-unes se distinguent cependant par des caractères qui nous paraissent réaliser la perfection du type.   



Tel est le cas de celle dont nous entreprenons l'étude.



Des flancs du massif de la Rhune se détache vers l'est une longue croupe, à l'altitude peu élevée mais uniforme, que suit l'antique chemin reliant Sare à Vera, sa voisine espagnole. Elle porte le nom de Lehembiscaye (lehen, premier, biskar, dos, croupe, ce qui est vrai pour le voyageur venant de la frontière). Ce nom, elle l'a donné à son tour au groupe des habitations qui ont essaimé sur les bords du chemin, s'échelonnant de part et d'autre, tournées vers le levant.



pays basque maison ferme labourd sare communes
VUE SUR LENBISCAY SARE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Tout au bout, vers l'Espagne, sur un site légèrement dominant, le dos à la montagne proche, Laphitzea, sous les larges ailes de son toit, offre, comme ses voisines, aux rayons du soleil matinal son ample façade blanche, striée de noir, et veille sur ses champs étalés en éventail autour d'elle.



Le nom de Laphitzea, qu'on écrit aussi Lapitzea et qui se prononce comme tel, vient de laphitzu, lieu abondant en marne à couleur et consistance d'ardoise. Or, pareille terre se trouve non loin de là, à 150 mètres environ, au pied du mont Olhain.   



Quand cette maison fut-elle bâtie ? Elle ne porte pas, comme quelques autres, de millésime fixé sur la pierre.



D'après le plus ancien registre paroissial qui ait été conservé — il fut tenu par le célèbre curé Axular — une famille Laphitz existait à Sare dès le XVIe siècle. Le 20 février 1609, est baptisé Martin de Hiribarren, fils de Catalina de Laphithz, soit une personne dont la propre naissance remontait au siècle précédent. Il est à présumer que, dès cette époque, Sare possédait une famille Laphitz, et que celle-ci dut tirer son nom de la maison qu'elle habitait, cas très général dans notre pays, après que fut imposée sous François Ier, par l'ordonnance de Villers-Cotterets en 1539, la tenue régulière de registres paroissiaux de naissances et de décès. Dans celui dont nous extrayons le renseignement ci-dessus, les noms de famille sont, tous, des noms de maisons de Sare qui existent encore, sans qu'ils soient accompagnés eux-mêmes de l'indication des demeures. Sans doute, les uns et les autres, se confondaient-ils encore, ce qui s'explique par le peu de temps écoulé depuis l'ordonnance. Mais les exceptions devant se multiplier peu à peu, on fut bientôt amené à faire suivre le nom des familles de celui des habitations. C'est ce que nous constatons dans des registres postérieurs de quelque 30 ans.



Selon toute vraisemblance, il y avait donc à Sare, tout au moins dès le XVIe siècle, une maison du nom de Laphitzea. S'agirait-il de l'actuelle ? Nous en doutons. On n'y découvre pas, comme dans certaines que nous avons relevées à Sare, un détail d'architecture distinctif de cette époque ou d'une époque antérieure. Nous pensons plutôt que, bâtie au XVIIe siècle à l'instar de plusieurs qui sont datées, elle aurait succédé à une autre de moindre importance.



Le XVIIe siècle se signala dans le pays par un essor de prospérité. En sont la preuve le grand nombre d'agrandissements ou reconstructions d'églises et d'habitations effectués à cette époque. On se cantonnait moins exclusivement dans l'industrie pastorale, même au voisinage de la montagne. Les défrichements s'étendaient, la culture des céréales se développait, spécialement celle du maïs introduit récemment.



Il se passa peut-être pour Laphitzea ce que la tradition orale rapporte pour un autre domaine distant d'un kilomètre environ, Argaïnea. La maison primitive, très modeste, qui existe toujours, est accrochée au flanc de la Petite Rhune à proximité des pâturages offerts par la montagne. Plus tard, les propriétaires, ayant acquis des terres en contre-bas, y bâtirent une grande et belle ferme, à laquelle l'ancienne passa son nom, prenant pour elle celui de Gaineko-etchea, ce qui veut dire "maison d'en-haut".




pays basque maison ferme labourd sare communes
MAISON ARGAINIA SARE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Rien ne s'opposerait à une répétition du cas pour Laphitzea. Derrière elle, de l'autre côté du chemin qui mène à Vera, les premières terres sur les pentes de la montagne font partie de son domaine. On y voit les ruines d'une bergerie importante : Laphitzecoborda. Tout à côté, séparée seulement par un chemin, une vieille et fort misérable maison porte le nom d'Etchegoyen, qui se traduit par "la maison la plus élevée". Mais nous n'avons pas recueilli de tradition à l'appui de la question.



Dans un acte de baptême de 1710 figure comme marraine une Marie de Martinena, qualifiée "dame ancienne" de Laphitzea. Comme nous l'apprennent d'autres actes de la même époque, son gendre, Pierre de Lahetjuzan, en était le "maître jeune". Celui-ci mourut à l'âge de 80 ans, en 1761. Il passa l'héritage à une fille qui avait épousé certain Martin Laphitz. Avec ce dernier la famille de ce nom reprenait possession d'une maison, qui était probablement son berceau. Mais ce fut pour une génération seulement. A la suivante c'est encore une femme qui recueille la succession, Jeanne, épouse Ducassou. Au début du XIXe siècle sa fille, à son tour, passa la propriété, par son mariage, à la famille Dithurbide. Le dernier représentant de cette famille, qui exerçait la médecine et fut maire de Sare, mourut sans postérité en 1883 et laissa tous ses biens pour l'établissement et l'entretien d'un hôpital aménagé dans sa propre maison d'habitation, près du bourg. C'est ainsi que Laphitzea est actuellement bien communal, avec cette affectation spéciale."



A suivre...




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)







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dimanche 5 mai 2019

UNE FERME À ARBONNE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1930


UNE FERME À ARBONNE EN 1930.


Au Pays Basque, les fermes étaient souvent de grande taille, car le soir on rentrait les animaux dans leur étable, au rez-de-chaussée.