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lundi 22 juin 2026

LA FERME LABOURDINE AU PAYS BASQUE AUTREFOIS (troisième et dernière partie)

 

LA FERME LABOURDINE.


La maison Basque (Etxea) est au coeur de la société. La ferme labourdine regroupe les hommes et les animaux et le matériel agricole.



pays basque maison ferme labourd sare communes
FERME LAPHITZEA SARE
BMB N°20 1941



Voici ce que rapporta à ce sujet Pierre Dop dans le Bulletin du Musée Basque N°20 1941 :



"Laphitzea. Type de ferme labourdine.


Type — Vues sur le passé — Description — Disposition intérieure — Domaine rural.


... Quatre portes s'ouvrent sur le lorio, une de chaque côté, deux dans le fond, dont une plus petite, donne accès à l'escalier qui conduit au premier étage.



L'étable occupe le fond de l'immeuble dans toute sa largeur, au-delà du mur rejoignant les deux murs de refend. Le reste comprend les dépendances. On y loge les porcs, les instruments aratoires, etc... Dans la partie droite on remarque un vieux four désaffecté, ainsi que les vestiges du monumental pressoir à cidre d'autrefois, le dolharea.



L'escalier, qui a perdu son ancienne rampe et ses beaux balustres dont il ne reste qu'un ou deux exemplaires, est coupé par un palier d'où il se continue à angle droit. Au premier étage il débouche sur un large vestibule garni d'armoires et de ces vieux coffres très simples tels qu'on les rencontre dans toutes les vieilles fermes du pays et qui, contrairement à ceux de l'autre côté des Pyrénées,
sont en bois uni dépourvu de toute décoration.



A gauche un petit couloir conduit à la cuisine. Celle-ci occupe la partie sud-est dans l'espace compris entre le mur méridional et le mur de refend de ce côté. C'est la cuisine traditionnelle du Basque, avec sa vaste cheminée à manteau, son évier creusé dans le mur où sont aménagées aussi des étagères pour les cruches ou herrades, et ses divers meubles utilitaires. Nous avouerons qu'elle se trouve fâcheusement déparée aujourd'hui par un grand four construit à l'intérieur de la pièce entre la cheminée et l'évier, et remplaçant celui que nous avons signalé au rez-de-chaussée dans
un état qui n'en permet plus l'usage.



pays basque maison ferme labourd sare communes
HERRADE
PAYS BASQUE D'ANTAN




Centre, comme il convient, de l'installation paysanne, elle communique d'une part, avec une petite chambre suivie de deux autres du côté du midi, et, d'autre part, avec une vaste pièce qui occupe sur la façade toute la partie médiane entre les murs de refend. Cette pièce dite sala se retrouve dans les grandes fermes de la région. C'est la chambre des maîtres de maison, de l'etcheko-jaun et de l'etcheko-andere, dont ordinairement les lits sont logés dans des alcôves susceptibles de se clore entièrement. Ici il n'y a pas d'alcôves. Trois grands lits sont dans la pièce, dont le milieu est occupé par une longue table. C'est l'endroit où l'on reçoit, où se donnent les grands repas à l'occasion de la fête du village ou des événements de famille.



Des deux grandes fenêtres à meneaux qui éclairent la pièce on jouit d'une vue étendue sur la campagne. Au premier plan les champs de la maison ; plus loin une chaîne de collines, dont la plus élevée se couronne d'un boqueteau qui marque l'emplacement d'une antique chapelle dédiée à Sainte Barbe et démolie par la création d'une redoute lors des guerres napoléoniennes. Au fond, la
ceinture de montagnes qui ferme le vallon du côté de l'Espagne.



Il n'y a pas très longtemps, paraît-il, que ces fenêtres sont munies de châssis vitrés, et encore pareille amélioration est-elle absente de la partie supérieure, maintenue close par des volets qui constituent sa seule fermeture.



En constatant les conditions de ces intérieurs d'autrefois, comme l'on comprend les avantages du zizaïlou placé devant la cheminée et opposant aux courants d'air la défense de son haut dossier. Hélas ! ce meuble si bienfaisant est relégué aujourd'hui à Laphitzea dans la pièce à
débarras qui communique avec la sala.



pays basque maison ferme labourd sare communes
ZUZULU OCHAGAVIA NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Dans cette pièce il n'est pas que des objets hors d'usage. C'est aussi un lieu de resserre pour les produits du jardin mis en conserve ou attendant, comme les tomates, une complète maturité près de la fenêtre. Au plafond pend tout un lot de balais, dont la matière est une récolte de la ferme
en bordure des champs de maïs, et la confection, l'œuvre du fermier les soirs d'hiver.



pays basque maison ferme labourd sare communes
FERME LAPHITZEA SARE
BMB N°20 1941



C'était autrefois la cuisine d'un second appartement plus petit, qui occupait la partie nord de l'immeuble. Cet appartement avait son accès propre, grâce à un escalier en pierre extérieur à la maison. Il comprenait, avec la cuisine, deux autres petites pièces. Existait-il à l'origine ? Ou
l'a-t-on créé depuis lors ? Nous n'avons pas pu être renseigné à ce sujet. De pareils appartements secondaires se rencontrent dans beaucoup d'autres grandes fermes de Sare. En général, ils sont occupés par un ménage de vieux hors d'état de travailler ou d'ouvriers travaillant au dehors.



Toute la partie du fond de l'immeuble au-dessus de l'étable est consacrée au grenier à fourrages, du premier étage à la toiture. Ce grenier est relié à l'étable par un escalier. En outre, le long du mur ouest, des ouvertures sont aménagées dans le plancher pour permettre de pourvoir directement les râteliers.



On accède au second étage par un escalier qui continue celui du premier et dans les mêmes dispositions. Cet étage, limité vers le fond par le grenier à fourrages, n'a pas d'autres divisions que celles que lui donnent les murs de refend. Il est affecté au logement des diverses récoltes.



Le domaine comprend environ 6 hectares de culture, qui se partagent en prés et champs de labour. Cinq hectares s'étendent ainsi devant la maison et contre son mur méridional, enclos de murs sur deux autres côtés, se trouvent le jardin potager et un petit verger planté de quelques arbres
fruitiers. Sur le mur lui-même trois jeunes plants de vigne commencent leur ascension. Ce sont les successeurs d'une ancêtre disparue, la vieille treille traditionnelle aux belles grappes violettes dont les proportions se jugent par les grandes pierres taillées en forme de crochet qui furent
fichées dans la muraille pour soutenir ses branches et s'y voient encore, comme aussi dans plusieurs fermes voisines.



A la suite du potager, et exposé comme lui au midi, est cultivé un petit champ de vigne dont la récolte assure le vin nécessaire à la consommation familiale.



Derrière la maison, du côté du nord, un terrain ouvert la sépare du chemin qui mène en Espagne. Il est planté d'une douzaine de vieux chênes taillés en têtards, suivant la pratique générale du pays. Ce terrain ainsi boisé, rude et raviné, présente un échantillon — il s'en rencontre pas
mal ça et là — de la nature de la contrée avant les défrichements qui l'ont transformée peu à peu.



De l'autre côté du chemin, le domaine se continue sur les premières pentes de la montagne. Il y a un hectare de prés, tout autant de bois, et, plus loin, sur la hauteur, des fougeraies, dont quelques-unes remplacent d'anciennes châtaigneraies que la maladie a fait disparaître.



Dans un voyage fait il y a quelques années à travers le pays basque, M. Rivière, conservateur du Musée des Arts et Traditions, installé au Palais de Chaillot à Paris, remarqua tout spécialement Laphitzea. Il vient d'en demander le classement au Ministère des Beaux-Arts comme type de ferme labourdine.


Pierre Dop."




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)







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vendredi 22 mai 2026

LA FERME LABOURDINE AU PAYS BASQUE AUTREFOIS (deuxième partie)

 

LA FERME LABOURDINE.


La maison Basque (Etxea) est au coeur de la société. La ferme labourdine regroupe les hommes et les animaux et le matériel agricole.



pays basque maison ferme labourd sare communes
FERME LAPHITZEA SARE
BMB N°20 1941



Voici ce que rapporta à ce sujet Pierre Dop dans le Bulletin du Musée Basque N°20 1941 :



"Laphitzea. Type de ferme labourdine.


Type — Vues sur le passé — Description — Disposition intérieure — Domaine rural.



... Cette maison se fait remarquer par ses belles dimensions, la symétrie, la régularité de ses lignes architecturales.



Elle a 19 mètres de largeur sur 25 mètres de longueur, occupant ainsi une superficie de près de 5 ares, soit exactement 475 mètres carrés. Bien qu'importants, ces chiffres ne l'inscrivent pas en tête de liste, si l'on classe les maisons de Sare au point de vue de la surface couverte. Nous en connaissons plusieurs qui la dépassent, comme Garatea : 594 m. c. ; Haristeguia : 511 m. c. ; Berroueta : 480 m. c. Elle s'inscrit cependant en fort bon rang. Une particularité de ses dimensions est la proportion de la largeur par rapport à la longueur, proportion qui atteint les 3/4. Quand on l'aborde par le côté, l'importance de la construction ne frappe pas spécialement. C'est de face qu'elle prend toute sa valeur.



Nous voyons dans Laphitzea le modèle de la maison labourdine dans sa plus grande pureté.



pays basque maison ferme labourd sare communes
MAISON LABOURDINE SARE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Comme le type se caractérise surtout par la structure de la façade, nous donnerons de celle-ci une description détaillée.



Tandis que sur trois côtés les murs sont édifiés tout entiers en maçonnerie, la façade est composée de matériaux semblables jusqu'au niveau du 1er étage seulement. Au-dessus, elle est constituée par une armature de pans de bois, avec remplissage de briques.



Pareille construction réclame le renfort de murs de refend dans les exemplaires quelque peu importants. A ce propos, on trouve la plus grande variété. Certains de ces murs s'élèvent jusqu'à la toiture. D'autres s'arrêtent au niveau du 1er étage. Certains soutiennent la maison sur toute sa profondeur, d'autres, et cela le plus souvent, sur une partie seulement. Parfois il y en a deux, parfois un seul. Dans ce dernier cas on en voit beaucoup qui sont édifiés en dehors de l'aplomb du faîte de la toiture, même quand les deux versants de celle-ci sont d'une égale longueur.



A Laphitzea il y a deux murs de refend s'élevant jusqu'à la toiture. Débordant légèrement sur la façade, ils en coupent la blancheur par la belle couleur de leurs pierres polies. Avec le souci de la symétrie qui se manifeste dans la construction, ces deux murs sont élevés de part et d'autre à la même distance du faîte, plus rapprochés cependant de ce dernier que des murs latéraux. De cette façon, la façade se trouve divisée en trois parties, celle du centre d'une largeur un peu supérieure à celle des deux autres, qui sont égales entre elles.



Ces murs de refend se prolongent jusqu'à une distance de 6 mètres du fond, où ils sont reliés entre eux par un autre mur. Leur hauteur ne se maintient pas la même dans cette prolongation. Sur une longueur de 8 mètres ils supportent directement la toiture, ensuite s'abaissent au niveau du 2e étage, continuant leur office par l'intermédiaire de poteaux.



Au rez-de-chaussée ces deux murs constituent l'encadrement d'une ouverture formant abri, de la même hauteur que ce rez-de-chaussée et profonde de 4 m. 75. C'est le lieu dit lorio. Il ne manque dans aucune ferme de Sare. C'est une particularité de ce village, et si on le rencontre ailleurs, c'est surtout dans sa région proche. La commodité a créé cette disposition qui donne tant d'originalité à la construction. On y abrite avec facilité toutes sortes de choses, en particulier, charrettes, instruments aratoires. C'est un lieu de jeux pour les enfants, de menus travaux pour les grandes personnes.



A Laphitzea le lorio s'ouvre de plain-pied sur une grande cour qui précède la maison, et où on loge les hauts tas de fougère destinée à la litière des animaux. Cette cour rectangulaire, aussi large que la façade, a sa clôture pittoresquement constituée par d'énormes pierres plates fichées en terre, usage très répandu dans la région proche de la montagne, bel exemple du rude travail des anciens qui ne reculaient pas devant les difficultés pour faire œuvre durable.



Signalons aussi au rez-de-chaussée, à droite quand on regarde la façade, une belle fenêtre, encadrée de pierres taillées et avec appui en saillie. Son ouverture est divisée par des meneaux en forme de croix. C'est un genre de fenêtres que l'on retrouve dans d'autres belles maisons de Sare, et toujours au rez-de-chaussée. Il y en a une à Leremburua, qui est voisine de Laphitzea. Dans certaines, Ithurbidea, Haristeguia, par exemple, il y en a même deux, une de chaque côté du lorio, quand celui-ci s'ouvre au milieu de la façade. A Laphitzea, la partie gauche est percée d'une vulgaire porte d'étable et de simples fenêtres à montants de bois. Ces ouvertures nous paraissent de création relativement récente. Par les exemples que nous venons de citer, et par le souci de symétrie qui se révèle dans le reste de la construction, nous nous demandons si elles n'ont pas remplacé bien fâcheusement une fenêtre semblable à celle de la partie droite. C'est probable.



La maison possède deux étages. Ils sont marqués chacun par un léger encorbellement sur la façade. Cet encorbellement est marqué aussi sur les quatre murs de soutien. Dans l'ouverture du lorio une forte poutre, reposant sur les murs de refend, porte l'extrémité des solives du premier étage, qui s'appuient sur la maçonnerie dans le reste de la façade. Ces têtes de solives, ressortant extérieurement pour soutenir l'encorbellement, sont moulurées en forme de corbeaux.




pays basque maison ferme labourd sare communes
FERME LAPHITZEA SARE
BMB N°20 1941



L'assemblage des pans de bois est des plus simples. Posés verticalement avec un écart variant entre 0,55 et 0,65 cm. d'axe à axe, et longs de toute la hauteur de l'étage, ils s'encastrent à leur base sur une pièce de bois transversale et sont reliés entre eux par un bandeau saillant à la hauteur des fenêtres dont il constitue l'appui au passage. Aux deux étages, ce bandeau est sculpté de dentelures. C'est le seul travail ornemental que nous relevons sur la façade en dehors des abouts de pannes qui soutiennent l'avant-toit. Très simplement elle tire toute sa décoration des pans de bois qui forment sa bâtisse. Non revêtus de peinture, et probablement n'en ayant jamais reçu, ces bois ont acquis du temps une superbe couleur noire d'un ton velouté qui tranche admirablement sur le mur crépi et blanchi à la chaux.



Si nous nous sommes arrêtés à la description de leur assemblage, ce n'est pas qu'il soit particulier à Laphitzea. On le retrouve reproduit dans toutes les fermes du Labourd. Mais il caractérise le type.



Au premier étage les fenêtres sont placées symétriquement, deux dans la partie médiane, une dans chacune des deux autres. En largeur elles occupent deux intervalles de pans de bois plus espacés que dans les parties pleines, et sont divisées en croix par des meneaux. Chacune des quatre parties résultant de cette division est fermée par un panneau de bois orné de clous à large tête. Au deuxième étage ce genre de fenêtres ne se reproduit que dans la partie médiane. Sur les côtés il y a bien une ouverture, mais elle est de moindre dimension, logée dans un seul intervalle de pans de bois et tout près des murs de refend, disposition commandée par l'inclinaison des versants du toit, qui affecte la hauteur de l'étage, en dehors de la partie médiane, à tel point que ces versants viennent aboutir à 0,50 cm. seulement au-dessus du plancher.



Contrairement au mur de la façade, les trois autres n'ont pas reçu de crépissage. Ils gardent intacte la couleur brune de leurs pierres. Leurs fenêtres sont très réduites, aussi bien en nombre qu'en dimension, même du côté du midi, mais surtout à l'ouest où on n'en compte que deux. Une telle parcimonie s'explique. Autrefois, les châssis vitrés manquaient même dans les parties habitées de la maison, et les volets seuls servaient à se défendre contre le froid et la violence des vents. Toutes ces ouvertures, du moins les anciennes, sont largement ébrasées, d'une ébrasure soignée, en pierres taillées.



La couverture de la maison est constituée par des tuiles creuses sur une toiture à deux versants. La charpente qui supporte celle-ci est d'une grande simplicité, de cette même simplicité architecturale qui a présidé aux conceptions de la construction tout entière. Elle est composée de fort belles poutres en chêne — quelques-unes d'une longueur de 12 à 13 mètres — portées par de simples poteaux non étayés.



La toiture s'avance d'environ 1 mètre au-dessus de la façade. Il faut être averti pour se rendre compte que les consoles ornées de sculptures qui soutiennent cet avant-toit ont été, à une certaine époque, mutilées de leurs extrémités, et reconnaître par suite qu'il a perdu sa largeur primitive. Cependant l'aspect général de la façade n'en est pas affecté."





A suivre...




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)







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mercredi 22 avril 2026

LA FERME LABOURDINE AU PAYS BASQUE AUTREFOIS (première partie)

LA FERME LABOURDINE.


La maison Basque (Etxea) est au coeur de la société. La ferme labourdine regroupe les hommes et les animaux et le matériel agricole.





pays basque maison ferme labourd sare communes
FERME LAPHITZEA SARE
BMB N°20 1941



Voici ce que rapporta à ce sujet Pierre Dop dans le Bulletin du Musée Basque N° 20 en 1941 :



"Laphitzea. Type de ferme labourdine.


Type — Vues sur le passé — Description — Disposition intérieure — Domaine rural.



C'est à Sare, semble-t-il, que l'on rencontre les plus jolis types de construction labourdine. Et la variété en égale le nombre. En effet, il serait difficile de trouver deux maisons identiques.



Quand ce n'est pas par les grandes lignes ou les traits principaux, elles diffèrent tout au moins par des dispositions de détail. Ainsi chacune présente sa physionomie propre, tout en manifestant le même air de famille, air de famille un peu plus accentué parfois entre celles qui font partie d'un même quartier.



Dans cette variété, quelques-unes se distinguent cependant par des caractères qui nous paraissent réaliser la perfection du type.   



Tel est le cas de celle dont nous entreprenons l'étude.



Des flancs du massif de la Rhune se détache vers l'est une longue croupe, à l'altitude peu élevée mais uniforme, que suit l'antique chemin reliant Sare à Vera, sa voisine espagnole. Elle porte le nom de Lehembiscaye (lehen, premier, biskar, dos, croupe, ce qui est vrai pour le voyageur venant de la frontière). Ce nom, elle l'a donné à son tour au groupe des habitations qui ont essaimé sur les bords du chemin, s'échelonnant de part et d'autre, tournées vers le levant.



pays basque maison ferme labourd sare communes
VUE SUR LENBISCAY SARE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Tout au bout, vers l'Espagne, sur un site légèrement dominant, le dos à la montagne proche, Laphitzea, sous les larges ailes de son toit, offre, comme ses voisines, aux rayons du soleil matinal son ample façade blanche, striée de noir, et veille sur ses champs étalés en éventail autour d'elle.



Le nom de Laphitzea, qu'on écrit aussi Lapitzea et qui se prononce comme tel, vient de laphitzu, lieu abondant en marne à couleur et consistance d'ardoise. Or, pareille terre se trouve non loin de là, à 150 mètres environ, au pied du mont Olhain.   



Quand cette maison fut-elle bâtie ? Elle ne porte pas, comme quelques autres, de millésime fixé sur la pierre.



D'après le plus ancien registre paroissial qui ait été conservé — il fut tenu par le célèbre curé Axular — une famille Laphitz existait à Sare dès le XVIe siècle. Le 20 février 1609, est baptisé Martin de Hiribarren, fils de Catalina de Laphithz, soit une personne dont la propre naissance remontait au siècle précédent. Il est à présumer que, dès cette époque, Sare possédait une famille Laphitz, et que celle-ci dut tirer son nom de la maison qu'elle habitait, cas très général dans notre pays, après que fut imposée sous François Ier, par l'ordonnance de Villers-Cotterets en 1539, la tenue régulière de registres paroissiaux de naissances et de décès. Dans celui dont nous extrayons le renseignement ci-dessus, les noms de famille sont, tous, des noms de maisons de Sare qui existent encore, sans qu'ils soient accompagnés eux-mêmes de l'indication des demeures. Sans doute, les uns et les autres, se confondaient-ils encore, ce qui s'explique par le peu de temps écoulé depuis l'ordonnance. Mais les exceptions devant se multiplier peu à peu, on fut bientôt amené à faire suivre le nom des familles de celui des habitations. C'est ce que nous constatons dans des registres postérieurs de quelque 30 ans.



Selon toute vraisemblance, il y avait donc à Sare, tout au moins dès le XVIe siècle, une maison du nom de Laphitzea. S'agirait-il de l'actuelle ? Nous en doutons. On n'y découvre pas, comme dans certaines que nous avons relevées à Sare, un détail d'architecture distinctif de cette époque ou d'une époque antérieure. Nous pensons plutôt que, bâtie au XVIIe siècle à l'instar de plusieurs qui sont datées, elle aurait succédé à une autre de moindre importance.



Le XVIIe siècle se signala dans le pays par un essor de prospérité. En sont la preuve le grand nombre d'agrandissements ou reconstructions d'églises et d'habitations effectués à cette époque. On se cantonnait moins exclusivement dans l'industrie pastorale, même au voisinage de la montagne. Les défrichements s'étendaient, la culture des céréales se développait, spécialement celle du maïs introduit récemment.



Il se passa peut-être pour Laphitzea ce que la tradition orale rapporte pour un autre domaine distant d'un kilomètre environ, Argaïnea. La maison primitive, très modeste, qui existe toujours, est accrochée au flanc de la Petite Rhune à proximité des pâturages offerts par la montagne. Plus tard, les propriétaires, ayant acquis des terres en contre-bas, y bâtirent une grande et belle ferme, à laquelle l'ancienne passa son nom, prenant pour elle celui de Gaineko-etchea, ce qui veut dire "maison d'en-haut".




pays basque maison ferme labourd sare communes
MAISON ARGAINIA SARE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Rien ne s'opposerait à une répétition du cas pour Laphitzea. Derrière elle, de l'autre côté du chemin qui mène à Vera, les premières terres sur les pentes de la montagne font partie de son domaine. On y voit les ruines d'une bergerie importante : Laphitzecoborda. Tout à côté, séparée seulement par un chemin, une vieille et fort misérable maison porte le nom d'Etchegoyen, qui se traduit par "la maison la plus élevée". Mais nous n'avons pas recueilli de tradition à l'appui de la question.



Dans un acte de baptême de 1710 figure comme marraine une Marie de Martinena, qualifiée "dame ancienne" de Laphitzea. Comme nous l'apprennent d'autres actes de la même époque, son gendre, Pierre de Lahetjuzan, en était le "maître jeune". Celui-ci mourut à l'âge de 80 ans, en 1761. Il passa l'héritage à une fille qui avait épousé certain Martin Laphitz. Avec ce dernier la famille de ce nom reprenait possession d'une maison, qui était probablement son berceau. Mais ce fut pour une génération seulement. A la suivante c'est encore une femme qui recueille la succession, Jeanne, épouse Ducassou. Au début du XIXe siècle sa fille, à son tour, passa la propriété, par son mariage, à la famille Dithurbide. Le dernier représentant de cette famille, qui exerçait la médecine et fut maire de Sare, mourut sans postérité en 1883 et laissa tous ses biens pour l'établissement et l'entretien d'un hôpital aménagé dans sa propre maison d'habitation, près du bourg. C'est ainsi que Laphitzea est actuellement bien communal, avec cette affectation spéciale."



A suivre...




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)







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vendredi 21 mars 2025

L'ÉGLISE DE SAINT-JEAN-DE-LUZ EN LABOURD AU PAYS BASQUE (huitième et dernière partie)

  

L'ÉGLISE DE SAINT-JEAN-DE-LUZ.


L'église Saint-Jean-Baptiste de Saint-Jean-de-Luz est renommée pour son retable du 17ème en bois doré et pour y avoir vu y célébré le mariage du roi Louis XIV le 9 juin 1660.

L'église est classée au titre des monuments historiques par arrêté du 7 mars 1931.




pays basque autrefois religion église labourd
INTERIEUR EGLISE SAINT JEAN-BAPTISTE
SAINT-JEAN-DE-LUZ D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet le bulletin de la Société des sciences, lettres & arts de Bayonne, du 

1er juillet 1932, sous la plume de Pierre Dop : 



"... Le clocher— Nous avons déjà dit que le porche au-dessus duquel le clocher est élevé porte la marque du XVe siècle comme tout ce qui subsiste de l'ancienne église gothique, et que le premier étage de la tour remonte aussi à la même époque.



Le deuxième étage fut sans doute une oeuvre du XVIe siècle. Il est indiqué dans le dessin de 1612 déjà cité. Mais il y paraît de plan carré et non octogonal comme il l'est en réalité. Nous estimons ne pas devoir nous arrêter à cette divergence. Outre que l'auteur se montre peu soucieux de l'exactitude du détail, il faut reconnaître qu'à la distance d'où la vue a été prise, la forme octogonale se distingue difficilement.



Dans le même dessin, nous relevons aussi la couverture assez inclinée du clocher.



Quant au 3ème étage, il date de la seconde moitié du 17ème siècle. En effet, dans les Archives Municipales de St-Jean-de-Luz, figure un acte daté du 17 juillet 1685, et intitulé : Accord pour la construction de la charpente du clocher de ce lieu passé entre MM. les curé, bayle, jurats et marguilliers de St-Jean-de-Luz et quelques charpentiers de ce lieu.



Il en ressort qu'en 1685 le clocher a été surélevé. Il y est parlé d'une bâtisse de muraille à effectuer par les maçons.



pays basque autrefois religion église labourd
CLOCHER EGLISE SAINT-JEAN-DE-LUZ
PAYS BASQUE D'ANTAN



Les comptes du sr Dithurbide, bayle à cette époque, parlent aussi de construction, redification (sic) du clocher et de nombreux charrois de pierre furent effectués par les bouviers d'Acotz, comme le révèlent certains articles de ces comptes.



La couverture fut faite en plomb. Nous le tirons de documents postérieurs dont nous parlerons plus loin. Ce procédé auquel on eut recours malgré son prix coûteux est l'indication que l'inclinaison donnée à cette couverture rendait impossible l'emploi plus économique de tuiles, et que cette inclinaison était fort prononcée. Il s'agissait donc d'une sorte de flèche. L'on reporta sur cette flèche la girouette ou croix de fer, de l'ancien clocher, dont on dora les branches.



C'est alors que la tour obtint la forme la plus élégante. Elle la garda peu de temps. Le 27 novembre 1706, vers midi, la foudre tomba sur la pointe du clocher et y mit le feu.



Avant l'invention du paratonnerre, c'était un accident fréquent dans l'histoire des édifices religieux et, s'il s'est raréfié depuis lors, un événement récent (15 avril 1930) nous force à reconnaître que tout danger de ce genre n'est pas définitivement écarté.



La couverture en plomb se mit à fondre sous la chaleur du brasier, et le plomb fondu tombant en gouttières empêcha pendant près d'une heure l'attaque du feu par les nombreux habitants de St-Jean-de-Luz et de Ciboure qui s'étaient rassemblés autour de l'église. Dès que le métal en fusion eût cessé de couler, des hommes montèrent dans la tour et s'appliquèrent à jeter dehors les poutres et les grosses pièces de bois qui étaient enflammées. Ces pièces tombèrent soit sur le toit de la nef et ceux des deux maisons voisines attenantes au porche, soit sur le cimetière et dans la rue. Les deux petits toits qui existent encore au-dessus des escaliers des deux côtés du clocher furent fortement endommagés. Le corps principal de l'église commença aussi à brûler. Cependant on travailla avec tant d'ardeur et d'énergie qu'assez rapidement on se rendit maître de l'incendie. A l'aide de cordages on hissait l'eau jusqu'en haut. Les dirigeants de la communauté eurent aussi l'idée de faire mettre en pièces des voiles de navires, de les mouiller abondamment et d'en recouvrir les cloches qui risquaient de se fondre. Ce moyen les préserva efficacement.



Nous recueillons ces détails dans le procès-verbal d'une assemblée de notables qui se tint deux jours après.



Cette assemblée vota une résolution demandant à l'Intendant de la Province l'autorisation de prendre sur les revenus communaux de l'année suivante de quoi restaurer le clocher et indemniser les particuliers pour les voiles, cordages et outils, sacrifiés dans la lutte contre le sinistre. Et "elle donna pouvoir auxd. sieurs bayle et jurats de faire mettre une petite couverte de thuile soutenue d bois au-dessus dudit clocher pour empescher que les planches et les poutres quy soutiennent les cloches ne se pourrissent". Deux jours après, soit le 1er novembre, les travaux furent adjugés à Bernard de Celhaye pour la somme de 170 livres.



Ces travaux étaient faits à titre provisoire. On relève ceci dans l'intitulé des dépenses qui les concernent : la couverture quon y fit mette presentemt estant par provision sous une forme basse en attendant quelle soir mise à sa perfection.



Cependant cette couverture est restée définitive et elle a donné au clocher de St-Jean-de-Luz la silhouette qu'il conserve de nos jours.



La tour est flanquée de deux escaliers destinés à l'accès des galeries par l'extérieur de l'église. Celui du côté nord remonte à 1675. Nous le savons par une reconnaissance de la Communauté au profit de Hayet d'Etchebiague, marguillier, qui avait permis que le terrain du cimetière affecté à la sépulture de sa maison fut recouvert par les degrés de pierre de cet escalier, et qui reçut en compensation une sépulture à l'intérieur de l'église.



pays basque autrefois religion église labourd
ESCALIER EGLISE SAINT-JEAN-DE-LUZ
PAYS BASQUE D'ANTAN 




L'escalier méridional, tel qu'il existe aujourd'hui, date de 1750. Il succédait à un escalier en bois, qui fut démoli "par ordre des supérieurs à l'occasion du passage de Madame la Dauphine de France", Marie-Thérèse d'Espagne, en 1745. Cinq ans plus tard, il fut orné de sa belle rampe en fer forgé, oeuvre d'un ouvrier d'Accotz, Pierre Detcheverry, dit Briquet, qui y a gravé l'inscription suivante : "Fait par M. Detcheverry dit Briquet en 1755".



pays basque autrefois religion église labourd
ESCALIER MERIDIONAL EGLISE SAINT-JEAN-DE-LUZ
PAYS BASQUE D'ANTAN 



Une restauration de cette rampe a été habilement exécutée il y a quelques années. Cependant de nouvelles réparations se montrent nécessaires.



Les ouvertures— Dans la construction du XVIIe siècle, on conserva dans le mur méridional les 3 fenêtres hautes qui seraient de la fin du XVIe siècle ou peut-être des années 1635-1636, suivant ce que nous avons déjà avancé, et très vraisemblablement on continua à se servir des petites baies géminées léguées par l'édifice antérieur, jusqu'au jour où l'on pratiqua les grandes ouvertures qui en amenèrent la fermeture.



Quand on éleva le mur septentrional, on ménagea 6 petites fenêtres, car, dans le contrat du 30 novembre 1669 avec les entrepreneurs Lespinette et Barthe, il est stipulé que "lesd. entrepreneurs fairont les ouvertures pour donner de la lumière de la façon que le sieur Michel de Hayet sieur Dechebiague leur a déjà indiqué", et dans les comptes de Jean de Casabielhe un article a trait à "14 grands sheuilles de fer pour sept fenestres scavoir six du costé du nort et une du costé du sud". Celle-ci est aujourd'hui bouchée. On en voit les traces près de celles de la porte murée. Quant à celles du nord, il n'en reste plus que quatre. Les deux autres disparurent avec la percée d'une grande baie en 1769.



Les deux grandes baies des chapelles latérales du côté sud sont datées de 1650. Du côté nord, elles ne portent pas de date, mais elles remontent certainement comme les premières à l'époque où l'église fut reconstruite pour la dernière fois.



Le millésime de 1701 figure au-dessus de celles du choeur.



En 1760 et 1761, on ouvrit 4 grandes croisées, dont 3 sur le mur méridional et une sur le mur septentrional. Ces dates sont inscrites sur la clé de l'arc. Elles nous sont données aussi par les comptes de la fabrique, où figure la dépense d'un homme de garde, payé une livre par nuit, tout le temps que les croisées restèrent ouvertes quand on les construisit.



Dans le courant du XIXe siècle, les fenêtres du choeur et des chapelles latérales furent ornées de verrières sur lesquelles des images de saints sont représentées : saint Pierre et saint Jean-Baptiste dans le choeur, saint Sébastien et saint Jacques-le-Majeur dans les chapelles de gauche, saint Augustin et sainte Jeanne dans celles de droite. Les dégâts occasionnés par la foudre le 15 avril 1930 ont nécessité le remplacement des deux vitraux portant les figures de saint Jacques et de sainte Jeanne. La maison Mauméjean a exécuté ce travail.



La petite porte communiquant avec le porche est, nous en avons déjà parlé, un vestige de l'église gothique.



Le grand portail qui remplaça la porte par laquelle passa Louis XIV est de la même époque que la reconstruction de l'église et fut fait en 1664. La dépense figure dans les comptes du marguillier de Haraneder de Monségur, et il est à remarquer qu'elle fut rejetée par le vérificateur de ces comptes parce qu'on trouvait l'ouvrage "inutile et incommode".



Son état actuel date de 1868.



Voici ce que nous lisons dans le procès-verbal de la réunion du Conseil de Fabrique du 6 janvier 1867 :


La disposition primitive du portail de l'église de Saint-Jean-de-Luz a été modifiée à une époque que l'on ne saurait préciser par une maçonnerie pleine au moyen de laquelle l'une des portes jumelles a été fermée. Des lézardes dans le mur de l'édifice furent vraisemblablement le motif déterminant de ce changement. Cette modification est bien regrettable au double point de vue des lignes irrégulières que présente actuellement ce portail privé de sa symétrie et de la gêne qu'éprouve le service religieux notamment dans les diverses processions de l'année. La largeur de la porte actuelle est d'un mètre 70 cent, ouvrant un passage à peine suffisant pour le dais et pour l'affluence des fidèles qui accompagnent le St-Sacrement.



Depuis longtemps la population de St-Jean-de-Luz formait le voeu de restaurer le portail en élargissant l'entrée de l'église sans toutefois diminuer en rien la solidité du mur de l'église. Ce qui arrêtait cet élan général, c'était l'insuffisance des ressources financières.


Des dons volontaires et spontanés généreusement offert par les habitants à la fabrique ont permis au Conseil qui administre ses ressources de prendre les dispositions nécessaires pour faire exécuter l'oeuvre de cette restauration.


Le Conseil Municipal de son côté s'associant au voeu de la population a voté 1 000 francs dans le budget supplémentaire de l'exercice 1866 pour l'exécution du travail projeté.



Un plan dressé par M. Sansberro, architecte, fut rejeté par l'Administration. Un autre plan fut demandé à M. Bertrand, architecte à Bayonne, et le devis correspondant se monta à près de 8 500 francs. Un curieux incident fut soulevé par ce dernier architecte à propos de la statue de saint Jean-Baptiste placée entre les deux portes. Il craignait que la vue de cette statue ne nuise à l'ensemble des lignes architecturales du portique. Le Conseil trouva que "la question soulevée était grave en ce sens qu'elle pouvait froisser le sentiment public de la population par la substitution de tout autre saint à la place du patron de l'église de la paroisse, et décisions de l'architecte pourraient produire sur l'esprit de la population". 



Cette impression fut sans doute contraire aux vues de l'homme de l'art, et celui-ci ne les maintint pas, car la statue de saint Jean-Baptiste ne fut pas enlevée du portail. Elle y figure encore. Mais ce n'est pas la même. L'actuelle date de 1890, et l'ancienne, qui était détériorée, a été reléguée sous le porche.



La porte septentrionale de l'église est surmontée du millésime de 1663. L'auvent qui en abrite l'entrée date seulement de 1861.



Avant de terminer l'historique des ouvertures de l'église, mentionnons une délibération de la Société Révolutionnaire de St-Jean-de-Luz qui s'intitulait "Club des Amis de la Constitution de St-Jean-de-Luz" ou encore "Club des Amis de la liberté et l'égalité de St-Jean-de-Luz". Le 28 octobre 1792, cette société établit un "projet de fête à donner pour célébrer l'abolition "de la royauté et la résurrection de la république". S'attaquant à tous les souvenirs de la monarchie, elle demanda, le 31 octobre, avec "le moyen et la manière de célébrer ces fêtes... que la porte où Louis quatorze a entré (sic) à l'église soit ouverte..."



Par bonheur ce voeu ne fut pas réalisé, et le souvenir de la porte fermée dont les pierres gardent la trace, fortifié par une inscription lapidaire placée il y a quelques années, reste respecté.




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PORTE FERMEE ET SCELLEE EGLISE ST-JEAN-DE-LUZ
PAYS BASQUE D'ANTAN



V. Conclusion.



Voici en quelques mots les points essentiels à dégager de notre étude historique.



Une église existait à St-Jean-de-Luz au XIIe siècle. L'édifice, sur lequel des renseignements nous manquent, était sûrement plus ancien, et il venait sans doute après d'autres.



Il a été rebâti en style gothique probablement au XVe siècle. Le fait mérité d'être rapproché de l'incendie par les Espagnols en 1419.



Succédant peut-être à une reconstruction intermédiaire ou à des modifications importantes, une réfection pour raison d'agrandissement fut effectuée dans la seconde partie du XVIIe siècle. Elle nous a donné l'édifice actuel."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)






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vendredi 21 février 2025

L'ÉGLISE DE SAINT-JEAN-DE-LUZ EN LABOURD AU PAYS BASQUE (septième partie)

  

L'ÉGLISE DE SAINT-JEAN-DE-LUZ.


L'église Saint-Jean-Baptiste de Saint-Jean-de-Luz est renommée pour son retable du 17ème en bois doré et pour y avoir vu y célébré le mariage du roi Louis XIV le 9 juin 1660.

L'église est classée au titre des monuments historiques par arrêté du 7 mars 1931.




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INTERIEUR EGLISE SAINT JEAN-BAPTISTE
SAINT-JEAN-DE-LUZ D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet le bulletin de la Société des sciences, lettres & arts de Bayonne, du 

1er juillet 1932, sous la plume de Pierre Dop : 



"IV. — L'Eglise actuelle.

La nef et son chevet.



... Nous retrouvons des données en 1664 et les retirons des comptes de Haraneder de Monségur, ainsi intitulés : Comptes de la recepte que jay faict pour la construcion de leglisse neuveu et de la distribussiou. 


La recette se monte à 4 332 l. 08.



Quant aux dépenses, dont le total est de 8 441 l. 10, elles nous permettent de savoir qu'on éleva les murs au-dessus de la porte du côté nord, faite l'année précédente, qu'on travailla à la grande porte du côté du midi et à la construction de divers arceaux.


En 1665 on bâtit le grand arceau qui s'ouvre sur le choeur, et celui du grand autel. Ils furent l'oeuvre des entrepreneurs Lespinette et Barthe, le premier de Bayonne, le second, de Bidache. On avait traité avec eux, moyennant la somme de 6 000 l., pour la construction de cinq arceaux, suivant contrat passé par-devant Me Bereau, notaire. 


Cependant la Communauté trouvant que les travaux traînaient en longueur. L'obligation que souscrivit, le 27 Janvier 1666, le clavier Haraneder de Monségur nous donne à l'entendre. Celui-ci s'y engage à "faire continuer la construction de la nouvelle esglize en telle sorte quil la fer couvrir et mettre en estat convenable pour y pouvoir celebrer la sainte Messe pendant le jour de la Noël prochain." Il sera dédommagé de ses avances par la perception de la moitié de tous les droits sur le vin, tant de ceux qu'on avait coutume de lever que de ceux que la Communauté avait votés en supplément "pour faire advancer au plustot la batisse de la nouvelle Esglize."


De plus, comme il est prévu que la perception de ces droits ne sera pas suffisante, soit pour le rembourser des frais de l'entreprise, soit pour liquider son compte d'administration des années précédentes créditeur de 1 272 l. 19 d., on lui affecte les sommes à provenir "des donations aumones et "charités", faits par les personnes qui acquerraient des sépultures dans l'intérieur de l'église.


Certainement la messe de Noël 1666 ne fut pas célébrée dans la nouvelle église, comme l'exigeait le contrat dont nous venons de parler. Car un nouveau marché fut passé le 30 Décembre 1669 avec Lespinette et Barthe devant Me Moleres, notaire, pour la construction de deux arceaux et la continuation de la muraille du côté nord. Entre temps le dernier arceau vers le fond de l'église avait été construit par les maîtres-maçons de St-Jean-de-Luz. Par le même contrat du 30 novembre 1669, les entrepreneurs bayonnais se chargèrent aussi "d'abatre et desmolir sur ce quils ont déjà faict, la voute de lentien coeur, avec les fondemens de la vieille muraille".


Le clavier Haraneder de Monségur resta en fonctions jusqu'en 1672. Sa gestion souleva de graves critiques. Ses comptes sont épluchés minutieusement. Chaque article, passé au crible, est sévèrement discuté. Le document est couvert de notes, inscrites en marge par un vérificateur.


Il n'avait réussi à faire couvrir qu'une partie de l'église. Les journées payées de ce fait aux ouvriers sont jugées exagérées.


Il avait fait donner de plus vastes proportions au retable du grand autel. La dépense lui est laissée pour compte, à titre de "charite faite a leglize", son contrat ne l'autorisant pas à en faire d'autres que celles qui concernaient la couverture du nouveau bâtiment.


Il avait fait ouvrir une grande porte en remplacement de celle par laquelle passa Louis XIV. L'initiative est fortement critiquée. La porte est regardée comme "inutile et incommode".




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PORTE MUREE
EGLISE ST JEAN-BAPTISTE
64 SAINT-JEAN-DE-LUZ


Nous retrouvons dans cette affaire l'écho de la grande rivalité entre deux factions qui divisaient la cité vers le milieu du XVIIe siècle.


Jean de Casabielhe était à la tête de l'une de ces factions. Il avait rempli les fonctions de bayle de 1654 à 1658. Sous son administration fut bâtie la maison commune. La façade du château Lohobiague qui regardait la rivière s'en trouva masquée, et l'affaire déchaîna une violente querelle avec la puissante famille qui en était propriétaire. En 1670, le parti adverse était au pouvoir, avec le sieur Dolabaratz comme bayle. Il en profita pour intenter un procès à Jean de Casabielhe, maître de la maison Chahatchenea, à propos de la possession par cette maison d'une "sepulture ou monument eslevé qui est au cimetière devant la grande porte de l'esglize parroissiale". Dolabaratz et ses partisans prétendaient que ce monument n'était autre que l'ancienne tombe du seigneur de St-Jean-de-Luz, et que de précédents maîtres de Chahatchenea, les sieurs Dansogarlo et Dirrentzou se l'étaient appropriés, alors qu'ils étaient bayles et tenaient, leur charge "en afferme" du chapitre de Bayonne. De leur côté, Casabielhe et ses amis poursuivaient un procès contre la Communauté devant le Parlement de Bordeaux pour la nouvelle "distribution des sépultures" à la suite de l'agrandissement de l'église, et "le rang daller a loffrande".



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CHOEUR NEF ET CHAIRE
EGLISE ST JEAN-BAPTISTE
64 SAINT-JEAN-DE-LUZ


En 1672, Jean de Casabielhe fut élu bayle à la pluralité des voix, mais son élection fut contestée en raison d'un nouveau règlement qui statuait qu'elle devait être faite par le sort. Jean de Casabielhe, ainsi que les deux jurats élus en même temps que lui, Joanis de Haraneder, sieur de Joanotenia, et Martin de Souhare, furent appréhendés par la communauté réunie en corps et menés de force à l'église où on les obligea à prendre les places de bayle et jurats et à prêter serment entre les mains du Curé.


Le peuple attendait de ses élus qu'ils remédient "aux necessitez peubliques et particulièrement à la continuation de louvrage de lagrandissement de leglise quy est ouverte de tous costez et ou les banqs (vents) et la pluye entrent en telle sorte que le service divin ne sy peut faire quavecq grande incommoditté ce quil déchargera la communautté des levées extraordinaires quon a mis de nouveau sur le vin et boucherie".


Jean de Casabielhe fut nommé marguillier en même temps que bayle. Grâce à lui, le gros oeuvre de la nouvelle église fut mené à bonne fin.


Quand il entra en fonctions, la nouvelle nef était inachevée dans la partie voisine de la tour. De ce côté, l'ancien toit subsistait, présentant l'inconvénient d'un manque de jonction avec le nouveau qui était d'un niveau plus élevé. Le lendemain de la Pentecôte de 1672 "pendant la Messe, deux bois et quelques thuiles "tombèrent" de lentien toit de leglise sans neanmoins avoir blessé personne par une faveur particulière du Ciel".


Dans cette même partie, entre l'ancien mur septentrional et le nouveau, restait une brèche. Le premier soin de Casabielhe fut "de fermer la dicte ouverture et empescher par le moyen dicelle l'entrée du Bétail et vents et pluye dans ladicte église", et il s'inquiéta de pousser les travaux pour l'achèvement de la nouvelle nef.


Sur les deux arceaux que les entrepreneurs Lespinette et Barthe s'étaient engagés à construire ainsi que leurs contreforts, un seul était fait. Des difficultés financières avaient empêché la construction du second. Cependant aux dépenses de ces travaux était affectée une taxe spéciale sur les vins. Mais le rendement en était insuffisant.


Dès sa nomination de bayle, J. de Casabielhe supprima "ladicte imposition quy avoit esté establie pour ladicte eglise le peuple ne la pouvant souffrir et ayant remis la levée des droits de vin suivant l'encien usage, il fit exécuter malgré cela le second arceau et versa les fonds nécessaires au fur et à mesure des travaux.


Du côté septentrional, on démolit la partie de l'ancien mur qui existait encore, et ses matériaux servirent à en bâtir un autre à l'aplomb extérieur de celui qui était déjà fait, mais on lui donna une épaisseur moindre par ce qu'il n'avait pas d'arceau à soutenir. On fit également à l'ouest, vers le porche et la tour, la construction nécessaire pour fermer l'angle nord-ouest du nouvel édifice.


Du côté méridional et à l'angle sud-ouest, on éleva l'ancien mur de façon à lui donner la même hauteur que du côté nord. De plus, on refit toute la partie qui se trouvait au-dessus de la nouvelle porte. Cette porte elle-même n'était pas terminée. Il n'en existait que l'extérieur. On la termina à l'intérieur.


Nous retirons encore de la lecture des comptes, que les maçons construisirent les degrés du porche et ceux des portes nord et sud.


Enfin la couverture de l'église fut achevée par les charpentiers, et ce travail représentait le tiers de la toiture tout entière. Ces mêmes ouvriers procédèrent ensuite à la réfection complète des galeries, avec l'obligation d'y faire rentrer tous les matériaux utilisables à retirer des anciennes. Dans le fond, ces galeries, au nombre de 4, furent appuyées sur 2 petites colonnes en pierre. Sur les côtés, elles furent montées sur des piliers en bois. La décoration n'y fut pas poussée comme dans d'autres églises du pays basque, dont quelques-unes possèdent de vrais chefs-d'oeuvre de ce genre. Seul, l'extrémité des poutres fut ornée de sculptures. Un certain Joannillou en était l'artisan.


Bien que fort avancé sous l'administration de Jean de Casabielhe, le parachèvement de l'église devait demande quelques années encore. C'est ce qui appert de deux mémoires adressés par les bayle et jurats de Saint-Jean-de-Luz à Lespès de Hureaux, subdélégué par l'Intendant de Guyenne pour la vérification des dettes communales.


Dans l'un, daté de décembre 1675, on relève le passage suivant : "Il est remarquable que les suppliants comme il est de notoriété publique s'étant épuisés et ayant même engagé les revenus de la communauté pour la bâtisse de leur église paroissiale qui a cousté jusqu'à présent plus de 60 000 l. sans que led. sr Syndic (du chapitre de Bayonne) y ait de rien contribué..." Les mots jusqu'à présent nous font entendre que l'on n'était pas encore au bout de l'ouvrage. Et le second mémoire, postérieur au premier, nous en donne confirmation en parlant de "la grande et excessive dpense que lesd. suppliants ont exposée et qu'il leur faut encore faire pour mettre la fabrique de leur église paroissiale en sa perfection".


Il manque, dans les Archives de St-Jean-de-Luz, les comptes de marguilliers des années 1673 à 1684. Ces documents nous auraient sans doute renseignés avec quelque précision sur la suite des travaux.


Retenons des deux mémoires que nous venons de citer le chiffre de 60 000 l. dépensé jusqu'alors mais ne représentant pas le total de la dépense. Le plus gros des ressources fut fourni par les dons des particuliers, les impositions spéciales, les avances généreuses des marguilliers, et les revenus ordinaires de l'église. Un contingent appréciable fut fourni aussi par les droits sur les sépultures, justement en raison de l'agrandissement de l'édifice..."




A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)







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