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jeudi 7 mars 2024

L'ASSASSINAT D'ANTONIO CANOVAS DEL CASTILLO PREMIER MINISTRE ESPAGNOL À ANTZUOLA SANTA AGUEDA EN GUIPUSCOA AU PAYS BASQUE LE 8 AOÛT 1897 (deuxième et dernière partie)

 

L'ASSASSINAT D'ANTONIO CANOVAS DEL CASTILLO À ANTZUOLA EN GUIPUSCOA.


Le 8 août 1897, le Premier ministre espagnol Antonio Canovas del Castillo est assassiné à Antzuola, en Guipuscoa, par l'anarchiste italien Michele Angiolillo.



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ASSASSINAT DE M CANOVAS DEL CASTILLO 8 AOÛT 1897
JOURNAL LE PETIT JOURNAL 23 AOÛT 1897




Voici ce que rapporta la presse nationale française à ce sujet, dans un article publié par le 

quotidien La République Française, le 10 août 1897 :


"... A Madrid.



La nouvelle de l’attentat a causé une émotion profonde à Madrid. Les ministres présents dans la capitale, le général Azcarraga, ministre de la guerre, l’amiral Beranger, ministre de la marine, et M. Cosgayon, ministre de l’intérieur, se sont réunis en conseil pour parer à toutes les éventualités.


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FERNANDO COS-GAYON
MINISTRE DE L'INTERIEUR ESPAGNE 1897



Le capitaine général assistait aux délibérations. 


A Madrid l’ordre est complet. L’indignation est générale contre l’assassin. 


La municipalité de Madrid et les chefs de l’armée ont présenté leurs condoléances. 


M. Silvela, chef des conservateurs dissidents, a télégraphié ses condoléances et se met aux ordres du gouvernement. 



La Dépêche officielle.


L’ambassade d’Espagne à Paris nous communique la dépêche suivante : 

Madrid 8 août. 

Le président du conseil se trouvant dans l'établissement balnéaire de Santa-Agueda, a été aujourd’hui l’objet d’un infâme et criminel attentat. Un individu paraissant de nationalité italienne, qui se trouvait dans l’établissement, lui a tiré plusieurs coups de revolver, lui faisant trois blessures. Le criminel a été arrêté immédiatement. Il affirme qu’il n’a pas de complices. 


Tout fait croire qu’il s’agit d’un attentat anarchiste, sans aucune ramification de caractère politique. 


La tranquillité est parfaite en Espagne. 



Le Conseil des Ministres.


Madrid, 9 août. 


Le conseil des ministres s’est terminé à deux heures du matin. Il a décidé de faire paraître â la Gaceta la nomination du général Azcarraga comme président du conseil par intérim.




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PHOTOGRAPHIE DE MARCELO AZCARRAGA
PAR KAULAK

Il a décidé également que les funérailles de M. Canovas seraient célébrées avec les plus grands honneurs militaires. Les obsèques se feront à Madrid. La Gaceta publiera le deuil. Le corps de M. Canovas partira mardi de Santa-Agueda. Il sera embaumé. 



Un Télégramme de M. Sagasta.


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PORTRAIT DE PRAXEDES MATEO SAGASTA
PAR CASADO DEL ALISAL 1884



M. Sagasta a télégraphié au gouvernement qu'il avait appris avec une peine profonde l’attentat commis contre M. Canovas : 


"Nous sommes tous en deuil, dit M. Sagasta, je me mets aux ordres du gouvernement et de la reine." 


M. Sagasta a ajourné son voyage à Madrid.


Un grand nombre de personnalités libérales se mettent à la disposition du gouvernement. 



... Les Anarchistes.

Madrid, 9 août. 


La Correspondencia dit qu’il y a quelques jours un important document, provenant de Londres et dénonçant les projets préparés par les anarchistes anglais d’accord avec ceux des autres nations, parvint à Madrid. 


Dans un meeting à Londres, des accusations et des menaces avaient été lancées contre M. Canovas et contre le ministre de la justice d’Espagne. 


Peut-être les anarchistes espagnols cherchaient-ils un vengeur de l’exécution de leurs compagnons de Barcelone.



M. Canovas Del Castillo.


M. Antonio Canovas del Castillo, né en 1830, à Malaga, a débuté dans la vie publique en 1851, comme directeur du journal La Patria, où il défendit énergiquement le parti conservateur dont il devait devenir plus tard le chef et auquel il n’a cessé de consacrer toutes ses forces et tout son talent. 


Dès l’année 1854, il fut nommé député aux Cortès par la ville de Malaga, qu’il n’a cessé de représenter depuis. 


Envoyé en 1856 à Rome comme chargé d’affaires, il y rédigea le célèbre mémorandum sur les relations entre l’Espagne et le Saint-Siège et prépara ainsi le Concordat espagnol. Nommé ensuite, successivement, gouverneur général de Cadix en 1855, puis directeur général de l’intérieur, il entra, en 1861, au ministère de l’intérieur, comme sous secrétaire d’Etat et devint, pour la première fois, en 1864, ministre titulaire dans le cabinet que présidait O'Donnel. 


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LEOPOLDO O'DONNELL
PRESIDENT GOUVERNEMENT ESPAGNE JUIN 1865- JUILLET 1866


M. Canovas y détenait le portefeuille des finances et des colonies, et c’est en cette qualité qu'il fit voter la loi qui abolissait la traite des nègres. 


Après être resté une année au pouvoir, il se rangea dans l'opposition libérale et fit même campagne, après la chute de la reine Isabelle, pour mettre sur le trône la duchesse de Montpensier. Mais, ayant bientôt reconnu l’inutilité de ses efforts, il se rendit en France et dirigea l’éducation du jeune don Alphonse. 


Survint le coup d’Etat de Pavia, mortel à la République par le renversement de Castelar. Canovas del Castillo organisa une action alphonsiste et recruta dans l’armée des adhérents au jeune prince. Le 31 décembre 1874, le maréchal Martinez Campos et le général Primo de Rivera firent un pronunciamento et proclamèrent le fils d’Isabelle roi d'Espagne sous le nom d’Alphonse XII


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ROI ALPHONSE XII

M. Canovas del Castillo fut le président du conseil du nouveau gouvernement et il occupa ccs fonctions jusqu’au retour de Cuba du maréchal Martinez-Campos qui, en 1875, le remplaça à la présidence du conseil des ministres. 


Dans sa retraite il conserva la confiance du jeune roi Alphonse XII qui lui conféra le collier de la Toison d'or. Son éclipse ne fut, d’ailleurs, pas longue et un an plus tard, le 27 novembre 1876, il reprenait la présidence du conseil, fonctions que depuis lors il a tour à tour déposées et reprises à des intervalles plus ou moins longs et qu'il a pour ainsi dire exclusivement partagées avec son éternel rival M. Sagasta. 


En 1885, le roi Alphonse XII mourait, et sa veuve, la reine Marie-Christine, devenait régente, inaugurant son règne par la formation d'un ministère de conciliation : le ministère Sagasta. 


M. Canovas del Castiilo était, en même temps, nommé président de la Chambre par 223 voix contre 112 données à M. Romero Robledo. En 1890, quoique ayant été en butte aux attaques les plus vives, en sa qualité de chef de la droite, il revint une fois encore au pouvoir. 


Il y était depuis revenu depuis le 24 mars 1895 et il y avait déployé de très grandes qualités d’homme d’Etat, encore mises en lumière par les circonstances particulièrement difficiles que l'Espagne avait traversées et qu’elle traverse encore. 


Son rôle dans la question cubaine, notamment, est connu de tous, et il est superflu de rappeler ses efforts incessants et l’ardeur patriotique qu’il mettait à former définitivement, fût-ce au prix des plus grands sacrifices, cette plaie toujours rouverte et toujours saignante aux flancs de l’Espagne. 


M. Canovas del Castillo était un ministre à poigne, et il ne reculait pas devant les moyens les plus énergiques pour défendre ses idées. Il s'adressait, en même temps, avec un éclectisme qu’on lui a reproché, à tous les hommes qui pouvaient le servir, quelquefois même à certains dont la réputation n’était pas des mieux établies et qui le rendaient alors aussi impopulaire qu’eux-mêmes. 


Pendant son long passage au pouvoir, il s’est montré, non seulement le premier homme d’Etat de l’Espagne, mais encore l’un des principaux hommes d’Etat de l’Europe. Quand on avait à citer les trois ou quatre hommes d’Etat les plus considérables de notre temps, on citait toujours M. Canovas. 


Il était allé prendre quelques jours de repos, après un travail acharné, dans la petite ville d’eau de Santa-Agueda, située non loin de Saint-Sébastien, quand il a été assassiné. 


Déjà, le 21 juin 1893, M. Canovas avait échappé, comme par miracle, à un attentat anarchiste. L’illustre homme d’Etat avait l’habitude de rentrer directement chez lui après les séances de la Chambre. Ce jour-là, par extraordinaire, il fit quelques visites. C’est cette circonstance toute fortuite qui le sauva. 


Trois anarchistes l’attendaient, assis sur un banc, à la porte de son hôtel, à la promenade de la Castellana, une véritable maison de campagne en plein Madrid. L’un d’eux avait à la main un engin prêt à faire explosion. Une voiture de maître arriva ; les anarchistes, persuadés que M. Canovas rentrait, se levèrent, et celui qui portait l’engin le lança dans la direction de la voiture. Au même moment, une formidable explosion se produisit et le bras de l'assassin fut effroyablement arraché, tandis que les deux autres anarchistes tombaient horriblement mutilés. 


Le principal auteur de cet attentat était un nommé Francisco Ruiz, connu à Madrid sous le nom de Ernesto Alvarez. C’était un ouvrier typographe, venu de Barcelone, qui passait pour le chef du parti anarchiste espagnol.  


M. Canovas, qui ne se doutait naturellement point du drame qui se déroulait devant sa porte, fut tout étonné, en rentrant, de trouver son hôtel envahi par des centaines d’amis de tous les partis politiques, qui venaient lui témoigner leur indignation pour ce lâche attentât et lui exprimer en même temps toute leur affection. 


Aujourd’hui, sa mort est pour son pays une grande perte ; il tombe victime des ennemis de l’ordre social."


(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)


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mercredi 7 février 2024

L'ASSASSINAT D'ANTONIO CANOVAS DEL CASTILLO PREMIER MINISTRE ESPAGNOL À ANTZUOLA SANTA AGUEDA EN GUIPUSCOA AU PAYS BASQUE LE 8 AOÛT 1897 (première partie)

L'ASSASSINAT D'ANTONIO CANOVAS DEL CASTILLO À ANTZUOLA EN GUIPUSCOA.


Le 8 août 1897, le Premier ministre espagnol Antonio Canovas del Castillo est assassiné à Antzuola, en Guipuscoa, par l'anarchiste italien Michele Angiolillo.




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ASSASSINAT DE M CANOVAS DEL CASTILLO 8 AOÛT 1897
JOURNAL LE PETIT JOURNAL 23 AOÛT 1897




Voici ce que rapporta la presse nationale française à ce sujet, dans un article publié par le 

quotidien La République Française, le 10 août 1897 :



"Crime anarchiste.



L’anarchie internationale, déjà si riche en forfaits, a, depuis hier, un nouveau et abominable crime à son actif. M. Canovas del Castillo, président du conseil des ministres d’Espagne, a été assassiné, à Santa-Agueda, petite Station balnéaire où il était allé prendre quelques jours de repos. 



Constatons d'abord, avec plusieurs de nos confrères, que l’assassin de M. Canovas est, comme celui du président Carnot, un anarchiste italien, ce qui, nous en sommes persuadés, ne peut manquer de causer une émotion pénible en Italie, où l’on ne doit être que médiocrement flatté de cette apparence d’une si tragique spécialité. 




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ASSASSINAT PRESIDENT SADI CARNOT 24 JUIN 1894
JOURNAL LA LIBRE PAROLE 30 JUIN 1894



La triste nouvelle a provoqué dans toute l’Europe une douloureuse indignation : les journaux anglais, allemands, autrichiens, etc., dont le télégraphe nous a déjà apporté de brefs extraits, qualifient, comme il le mérite, cet odieux et imbécile attentat. L’impression est même telle que des anarchistes espagnols, arrivés de Barcelone en Angleterre, croient prudent de déclarer qu’ils n’ont appris qu'avec regret un crime dont ils ne sauraient être rendus responsables. 



C’est qu’en effet les temps sont changés. Il n’y a que quelques années encore, les propagandistes par le fait levaient haut la tête et glorifiaient publiquement ceux d’entre eux qui avaient accompli l'œuvre de mort ; mais cela ne dura point. Le jour où ils virent la société frapper avec décision, — au lieu de trembler, comme ils l’avaient d’abord espéré,— ceux qui, spontanément ou par mandat, avaient employé contre elle la bombe ou le poignard, ce jour-là, disons-nous, les Ravachol, les Vaillant, les Henry non seulement n’eurent plus chez nous d’imitateurs, mais n’y trouvèrent même plus de glorificateurs : il fallut un Caserio pour assassiner le Président de la République, de même qu’il ne s’est trouvé qu’un Golli, c’est-à-dire un autre Italien, pour frapper celui qui avait exercé contre les anarchistes espagnols une vigoureuse répression. 



Contre les crimes de l’anarchie, l'unanimité est désormais faite : sincère ou non, on la peut constater, et, par exemple, un organe résolument révolutionnaire n'hésite pas, ce matin, à pousser "un cri de réprobation contre tout meurtre, légal ou illégal, commis au nom de l'autorité ou de la vengeance". 



Mais voici, ailleurs, l'antienne dont on a essayé de nous bercer à chacun des attentats dans lesquels des malheureux, simples particuliers étrangers à la politique ou hommes d’Etat, ont péri : l’assassinat de M. Canovas del Castillo est l'acte d'un fou, et ne peut être, par conséquent, considéré que comme un accident, profondément regrettable il est vrai, mais dont on ne saurait tirer des déductions et des conséquences générales.



Nous mettons dès maintenant le public en garde contre cette naïveté trop habile ou, comme on voudra, contre cette habileté trop naïve,— laquelle, on en conviendra a déjà beaucoup trop servi. Ces fous sont d'une espèce bien particulière, et l'esprit d'organisation, l’ordre, la persistance qu'ils mettent dans la préparation et la perpétration de leurs attentats prouvent de reste qu’ils jouissent de toutes leurs facultés, violemment mises au service de leurs sanguinaires passions de sectaires et consciemment tendues vers l'accomplissement des crimes prémédités. 



Non il ne saurait convenir à la société de fermer les yeux à l’évidence et de chercher des motifs de se rassurer dans des explications complaisantes. Pas plus aujourd'hui qu’hier et qu'avant-hier elle n'a affaire à un fou ; elle a devant elle un criminel, isolé ou mandataire de ses complices et c’est uniquement sur ce terrain qu’elle doit se placer. Elle n'a point à se lamenter, comme tels radicaux qui déplorent mélancoliquement que la propagande par les idées n'ait pas encore définitivement remplacé la propagande par le fait ; elle doit regarder d'un œil calme et d'un cœur ferme la situation, et agir, non pas comme si l'assassinat de M. Canovas del Castillo était simplement un attentat imprévu, mais comme s'il était le signal d’une reprise de l'anarchie criminelle..."


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ANTONIO CANOVAS DEL CASTILLO
PHOT DEBAS




L'assassinat de M. Canovas.

Le Président du Cabinet Epagnol tué par un anarchiste italien.

Aux Bains de Santa-Agueda. 

— Trois coups de revolver. 

— Les dernières paroles de M. Canovas. 

— Arrestation de l’assassin. 

— Déclarations de Michel Golli.

— Le transfert du corps de M. Canovas. 


Madrid, 9 août. 



Une dépêche de Santa-Agueda annonce que M. Canovas, président du conseil a été victime hier d'un attentat anarchiste.


M. Canovas avait quitté, il y a quinze jours, Saint-Sébastien pour aller, comme il en avait l'habitude, faire une cure aux bains de Santa-Agueda. 



Hier, tandis qu’il se promenait avec sa femme dans la galerie de l'établissement de bains, un individu s’approcha de lui et l'interpella. Pendant que M. Canovas, étonné s'apprêtait à lui répondre, l’inconnu sortit tout à coup de sa poche un revolver et déchargea sur lui trois coups de son arme. La première balle atteignit le président du conseil des ministres au front, la seconde et la troisième à la poitrine. M. Canovas s’affaissa en criant : "Infâme ! Vive l'Espagne !"



L’assassin fut aussitôt arrêté par les promeneurs et les agents de police accourus. On s’empressa de prodiguer des soins à M. Canovas, mais les médecins reconnurent au premier examen que les blessures étaient mortelles. 



Le président du conseil, transporté dans sa chambre, y mourut une heure trente-cinq après ; il était trois heures. M. Canovas avait reçu l’extrême-onction. 



Michel Golli.



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MICHELE ANGIOLILLO
ASSASSIN DE M CANOVAS DEL CASTILLO




L’assassin, que les agents eurent beaucoup de peine à protéger contre la foule indignée qui voulait le mettre en pièces, refusa tout d’abord de donner aucun renseignement. Pressé de questions, il déclara se nommer Rinaldi ; mais son véritable nom est Michel Golli. Il est né à Baghia, province de Naples, et est âgé de vingt-six ans. De taille moyenne, il porte la barbe et des lunettes. 



Michel Golli était arrivé à Santa-Agueda le même jour que M. Canovas et s’était fait inscrire sous le nom de Rinaldi. 



Le juge Vergara s’est rendu à l’établissement balnéaire, il a procédé à une instruction sommaire de l’affaire. 



L’assassin a résidé pendant quelque temps à Barcelone où il a fait une visite à la rédaction du journal Ciencia social. II a voyagé ensuite en France, en Belgique et en Angleterre. 



Il s’était rendu à Madrid au commencement de juillet. 



Michel Golli a déclaré être anarchiste révolutionnaire, et il a ajouté que l’assassinat de M. Canovas était l’accomplissement d’une juste vengeance, résultat d’un vaste complot anarchiste. 



Il avait été condamné à l’emprisonnement en Italie, pour avoir publié des écrits socialistes révolutionnaires ; mais il avait réussi à s’enfuir. 



Récit d’un Témoin.



Un rédacteur de la Correspondancia, qui a été témoin du crime de Santa-Agueda, télégraphie à son journal les détails suivants : 


M. Canovas était assis sur un banc et lisait les journaux quand l'ltalien s’approcha de lui et lui tira traîtreusement trois coups de revolver. 


M. Canovas tomba à terre en criant :"Vive l’Espagne !"


L’ingénieur Aspiazu et le journaliste Torres se jetèrent sur le criminel, qui tira sur eux, sans les atteindre, deux autres coups de revolver. 


L’avocat Suarez parvint à s'emparer de l’assassin qui fut livré à la gendarmerie."



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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dimanche 17 janvier 2021

LA LANGUE ET LE PEUPLE BASQUE EN 1874 (troisième et dernière partie)

 

LA LANGUE ET LE PEUPLE BASQUE EN 1874.


Au cours des siècles, de nombreux savants et linguistes ont étudié la langue Basque.




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CARTE LINGUISTIQUE LANGUE BASQUE 1865
PAR LOUIS LUCIEN BONAPARTE



Voici ce que rapporta le journal La République Française, dans son édition du 14 août 1874 :





"...Les mœurs et les institutions des Ibères purs nous sont inconnues ; c’est à peine si l’on peut leur attribuer quelques traits recueillis parmi les descriptions données par Strabon, entre autres, des populations espagnoles d’il y a vingt siècles. On a remarqué, notamment, les passages où cet auteur raconte que les pères se couchent auprès de leurs enfants qui viennent de naître et que, dans la même tribu, les filles héritent au détriment de leurs frères. 



Le premier usage, connu sous le nom de couvade, n’a point été spécial aux Cantabres, car on l’a signalé chez diverses peuplades anciennes ou modernes de l’Europe, de l’Afrique et de l’Amérique. Eu 1280, on l’a retrouvé chez les Tatars, dit M. le docteur Bertillon dans l'intéressant article sur les Basques qu’il a fourni en 1870 â l'Encyclopédie générale, et où nous avons puisé d'utiles renseignements. M. Bertillon semble admettre que cette coutume, qu'il qualifie avec raison de ridicule, est encore suivie chez les Basques. Chaho l’affirme et en invente l’origine dans une légende qu'il a créée de toute pièce, obéissant en ceci à son imagination démesurée : nous reparlerons tout à l'heure des théories parement métaphysiques de Chaho. L’auteur d’une remarquable étude sur l'Organisation de la famille chez les Basques (Paris, 1869, iv113 p. in 8°), M. Eugène Gordien, prétend qu'on lui eu a, sur ses instances, avoué l'existence en rougissant ; nous ne suspecterons point sa bonne foi, mais nous devons croire qu’il s’est mépris sur la portée de réponses faites à une question qu’on n’avait pas comprise : on sait à quels mécomptes sont exposés les voyageurs. En fait, aucune personne habitant le pays basque, n'a connaissance de la couvade


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LIVRE ORGANISATION DE LA FAMILLE CHEZ LES BASQUES
PAR AUGUSTIN CHAHO


Passons à la question du droit de famille, où nous nous retrouvons en présence de M. Cordier qui interprète le passage plus haut cité de Strabon par le droit absolu de primogéniture, sans distinction de sexe, dont on constate l’existence ou les traces d’une existence antérieure dans la plupart des fors et coutumes de la région occidentale des Pyrénées, aujourd’hui remplacées par la législation nationale française. On ne trouve rien d’analogue dans les fueros des provinces basques de l’Espagne ; mais il est parfaitement vrai que, dans les vieilles coutumes de Bayonne, de Dax, de Saint-Sever, du Labourd, de la Soule, un avantage important est accordé à l’ainé des enfants, mâle ou femelle, qui, parfois même , recueille tout l'héritage. Avant M. Cordier, Laferrière, dans son Histoire du Droit français, voyait dans ces dispositions un reste du droit ibérique. Un habile jurisconsulte de Bayonne, M. Jules Balasque, a publié, de 1862 à 1869, en collaboration avec M. E. Dulaurens, le savant archiviste de la même ville, deux volumes de remarquables Essais historiques sur Bayonne, où il a longuement discuté (p. 241 à 400 du second volume) la question qui nous occupe. Il a réussi, selon nous, à démontrer que ce privilège de primogéniture provenait, comme celui tout contraire de "juveignerie", consacré par des coutumes septentrionales, du principe essentiellement gallique ou celtique de la conservation intégrale du patrimoine. Or, on ne peut nier l’invasion de l'Ibérie par les Celtes. Il n’y a donc encore là rien d’originairement ibérien. 



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LIVRE ESSAIS HISTORIQUES SUR LA VILLE DE BAYONNE
PAR JULES BELASQUE



Nos conclusions seraient les mêmes, si l’on voulait arguer quelque chose des fueros et de l’indépendance politique relative des provinces basques de l’Espagne, dont le droit civil dérive néanmoins des lois romaine et visigothique combinées. L’origine des institutions et des privilèges actuels des Basques espagnols (dont leurs congénères français possédaient les analogues avant la Révolution de 1789) est très facile à expliquer historiquement. Ils proviennent, les uns et les autres, de l’affranchissement complet des habitants, Basques ou non, des provinces du nord de l’Espagne, à l’époque qui a suivi l’invasion musulmane ; ou bien ils ont été la récompense de la part prise par ces populations rebelles à ce qu’on appelle, au-delà des Pyrénées, la guerre de reconquête. 



La théorie ibérienne, dont nous venons d’exposer sommairement les arguments principaux, a été récemment discutée tout entière par M. J.-Fr. Bladé, de Toulouse, dont les Etudes sur l'origine des Basques (Paris, Franck, 1869, in-8°, VIIIVv-549 p.) ont soulevé d’ardentes polémiques. Il faut reconnaître que le ton de M. Bladé est, de son côté, très vif, et que ses critiques ne connaissent guère de ménagements ; il donne souvent à ses adversaires des épithètes excessives. Aussi, la réplique ne s’est-elle pas fait attendre. Le compte-rendu intéressant de ce volume est un article de M. d’Avezac, dans la Revue critique (numéros des 19 et 26 mars 1870). Il y a d’excellentes choses pourtant dans les Etudes de M. Bladé, mais on y trouve aussi beaucoup d’erreurs provenant soit d’un travail général trop rapide, soit d’une connaissance trop superficielle de la langue basque. Indépendamment du sujet dont il traite, le livre de M. Bladé offre cet intérêt qu’il donne de bons résumés de la plupart des ouvrages, brochures, articles de journaux relatifs à la question. Quant au fond, l’auteur conclut que rien ne prouve la descendance ibérique des Basques dont il voit les ancêtres dans les Vascons, d’abord cantonnés au sud des Pyrénées, puis émigrés sur l’autre versant vers les sixième et septième siècles de notre ère ; les Cantabres, qui seraient les pères des Basques, suivant beaucoup d'écrivains, n’étaient, d’après M. Bladé, que des Celtes. M. Bladé estime, du reste, que le nom primitif de l'Espagne est Hispania, et que le mot Ibérie est seulement une expression géographique n’emportant aucune idée d'unité des divers peuples compris sous la même appellation. Un bon chapitre des Etudes examine ces prétendus chants euscariens antiques, celui de Lelo ou des Cantabres et celui d’Altabiscar (sur la mort de Roland), dont l’authenticité a été si légèrement admise par Humboldt, Fauriel et M. Francisque Michel. Nous renverrons à ce propos les lecteurs curieux de par courir une discussion encore plus décisive et complète de ces pastiches, à deux articles parus dans l'Impartial des Pyrénées, de Bayonne, les 16-17, 18-19 août et 10, 11,12 septembre 1873. 



L’un des Ibéristes pris le plus vivement à partie par M. Bladé, M. Boudard, dont nous avons mentionné plus haut les études numismatiques, lui a répondu par une Note sur les études, etc. (Béziers, 1870, in-8, 17 p.) où il démontre que M. Bladé n’a fait que remettre en lumière les hypothèses proposées en 1838 par Graslin, consul de France à Santander, dans son livre de l'Ibérie (Paris, 1838, iu-8, IV-474 p ). On trouve des remarques fort intéressantes, dans ce volume qui a au moins le mérite de procéder d’une idée de doute très scientifique. 




Il y avait déjà longtemps que Graslin s’occupait de la question, et par contre de l'origine des Basques, car nous trouvons, dès 1826, son nom mêlé à des tentatives vues, au surplus, avec complaisance par P. Lécluse, auteur d’une assez longue grammaire basque, qui avaient pour but de rattacher les Euscariens modernes aux vieux Carthaginois. 



Un prêtre basque, Bartholomé de Santa-Teresa, entreprit, en 1826, d’expliquer par le basque les passages puniques du Pœnulus de Plaute : on sait que la découverte du palimpseste de Milan a donné raison à Samuel Bochart qui avait traduit par l’hébreu les dix premiers vers de l’acte V, et qui y voyait la traduction du passage latin suivant, en montrant que les six vers intermédiaires ne sont qu’une variante plus ancienne et différemment orthographiée du texte punique. Inutile de dire que les explications du carme espagnol n’ont aucun sens plausible et sont ridiculement conjecturales.



Ce n’était pas la première fois qu’on essayait de faire dériver les Basques des Phéniciens. Le premier volume, et le seul paru, d’une traduction des Commentaires de Cæsar (sic), par Chiniac de la Bastide, de Montauban (Paris, 1786,in-8e (IV) VIII-502 p. et 1 pl.), contient uniquement une longue dissertation sur les Basques. On y trouve des étymologies assez grotesques, notamment celle qui tire l’appellation "gascon" du mot basque gizon "hommes" ( écrit ordinairement guiçon) par l’intermédiaire du grec ouaskônes. L’auteur voit dans les Basques une ancienne colonie phénicienne ; la preuve en est, selon lui, dans les fameuses "chaînes" qui figurent au milieu des armes de la Navarre, où la Bastide voit l'emblème du jeu des marelles vraisemblablement inventé à Tyr, dit-il, pour donner aux enfants l’amour de la géo graphie et delà navigation. La même théorie a été reprise, en 1869, mais par d’autres arguments, au milieu desquels on est étonné de voir la linguistique jouer, malgré elle, un rôle, par M. D. Garat, dont le livre (Origine des Basques de France et d'Espagne, Paris, 1869, in 8e, VI-234 p.) a été qualifié d’aimable par un de nos amis et ne mérite pas d’autre épithète. 



pais vasco antes navarra
ARMOIRIE NAVARRE


Nous ne mentionnerons pas, au terme de cette trop courte et trop incomplète Revue, certaines théories ultra-fantaisistes dues à des Basques eux-mêmes. Il convient pourtant de dire quelques mots de celle inventée par un écrivain de talent, Chaho, en qui nous honorons le journaliste républicain et le proscrit de Décembre. Mais Chaho avait une imagination ardente et s’était épris d’un beau culte tout idéal pour la noblesse et l’antiquité supposées de sa race ; la tournure excessivement métaphysique de son esprit jointe à des notions incomplètes de linguistique générale, lui avait inspiré un système très original. Il se figurait que les Basques étaient les descendants directs des premiers peuples sortis de la main de Dieu, race noble, spirituelle, savante, qu’il appelle les voyants : des peuplades sauvages auraient ensuite apparu, envahi peu â peu le monde et refoulé lentement les voyants dans le pays qu’ils occupent actuellement. M. Baudrimont, de Bordeaux, a développé une théorie analogue en y ajoutant d’amusantes digressions philologiques, dans son Histoire des Basques ou Escualdunacs primitifs. (Paris. 1854, in-8e, XI-285 p.). L’une des plus jolies rêveries que celle question ait vu naître, est l’étymologie du nom de la province de Guipuzcoa, proposée en 1804 Sar don Tomas Sorreguieta, auteur d'une extravagante Semana Hispano-Vascongada. (Pampelune, 1804, in-4e, 208 p.). Ce nom, suivant le facétieux abbé, signifierait : "Nous, dont le langage a été divisé (à la tour de Babel)". On pourra consulter avec fruit et curiosité les dissertations de Larramendi (Madrid, 1736, in-8°, XLII-420 p.) et Florez (Madrid, 1768, in-4°, VIII-229 p., appendice au 24e vol. de la Espagna sagrada) sur la Cantabrie. Nous n'indiquerons que pour mémoire la singulière Histoire des Cantabres, par l’abbé d’Iharce de Bidassouet (Paris. 1825, in-8°, XVIII-416 p.) 



En résumé, la science ne peut rien dire encore ni sur l’origine des Basques ni sur la langue des Ibères. La solution du second problème est plus facile et nous ne doutons pas que le jour ne soit déjà prochain où quelque patient et habile chercheur reconstituera l’idiome antique des vieilles inscriptions de l’Espagne. Quant aux affinités des Basques, elles seront d’autant moins aisées à découvrir que cette race tend de plus en plus à perdre son originalité. C'est pourquoi les travailleurs ne doivent pas tarder davantage à se mettre sérieusement à l’œuvre ; il n’en serait bientôt plus temps. Nous ne voudrions point, en effet, qu'on contrariât l'évolution déjà commencée parmi les populations euscariennes vers le progrès, la liberté et la vie. 



Les Basques sont, en général, malgré leurs qualités natives, pauvres et sans industries, réactionnaires inconscients et cléricaux fanatiques ; mais, d’après les constatations des derniers recensements, dont les résultats ont été mis en lumière par M. L. Soulice, le vaillant bibliothécaire de la ville de Pau, les cantons basques du département des Basses-Pyrénées sont les plus ignorants de tous : on y compte en moyenne, sur cent habitants, jusqu’à soixante-sept illettrés !"



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




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jeudi 17 décembre 2020

LA LANGUE ET LE PEUPLE BASQUE EN 1874 (deuxième partie)

LA LANGUE ET LE PEUPLE BASQUE EN 1874.


Au cours des siècles, de nombreux savants et linguistes ont étudié la langue Basque.




pays basque autrefois langue napoléon
CARTE LINGUISTIQUE LANGUE BASQUE 1865
PAR LOUIS LUCIEN BONAPARTE



Voici ce que rapporta le journal La République Française, dans son édition du 14 août 1874 :



"... Les légendes en letras desconocidas, tracées sur des médailles assez communes en Espagne et dans le Midi de la France (versant nord oriental des Pyrénées), ont été l'objet de travaux beaucoup plus nombreux, dont nous ne citerons que les principaux. Eu 1752, L. Velasquez publiait son Ensayo sobre los alfabetos de las letras desconocidas, etc. (Madrid, 1752, in-4e), où, paraît-il, il explique ces légendes par le grec. Nous ne connaissons  pas encore cet ouvrage, non plus que ceux, sur le même monnayage, de Florez, Erro et M. de Sanicy. Nous nous bornerons, par conséquent, à dire ici quelques mots des publications plus récentes et plus accessibles de MM. Lorichs, Boudard, G. Phillips, Alois Heiss.   



Il faut écarter à première vue le livre de Lorichs, Recherches numismatiques concernant principalement les médailles celtibériennes (Paris, 1852, in 4e, IV-246 p., 81 pl.). M. Alois Heiss conteste la plupart des légendes monétaires publiées par cet auteur, dont le système de déchiffrement et d’explication est, du reste, des plus fantaisistes. Il consiste à regarder chaque légende comme le résumé d'une cote administrative ; celle, par exemple, lue par Lorichs, "ONEPT", signifie pour lui : "Officina Nummorum Exterioris Provincial Tredecima." 



pays basque autrefois langue
LIVRE RECHERCHES NUMISMATIQUES SUR LES MONNAIES CELTIBERIENNES
DE GUSTAF DANIEL VON LORICHS



Les trois autres savants dont nous avons à parler ici ont procédé, il faut le reconnaître, d’une façon très sage et très méthodique. Ainsi M. Boudard, dans son Essai sur la numismatique ibérienne (Paris, 1857, in-4e, VII-319 p., 40 pl.), a pris pour point de départ les légendes bilingues (ibéro - latines) à l’aide desquelles il a obtenu un certain nombre de lettres qui lui ont permis de retrouver la valeur des autres signes dans les légendes unilingues, en recourant à la forme latine on grecque donnée, pour la localité supposée, dont la médaille doit porter le nom, par Strabon ou Pline. Après avoir obtenu de la sorte la forme sensée ibérienne de ce nom, M. Boudard s’est efforcé de l’expliquer par le basque : la plupart de ces traductions sont manifestement inexactes, parce qu’elles supposent des phénomènes linguistiques étrangers à la langue basque et qu’elles sont constituées par des radicaux imaginaires. 


pays basque autrefois langue
LIVRE ESSAI SUR LA NUMISMATIQUE IBERIENNE
DE PIERRE-ANDRE BOUDARD


L’étude de M. G. Phillips Ueber das Ibérische alphabet (Vienne, 1870, in 8°, 74 p ) n’est pas plus positive que l’ouvrage de M. Boudard, dont son auteur s'est étroitement inspiré. 



Le professeur autrichien a voulu seulement rectifier quelques lectures du numismate français en cherchant, par la comparaison de l'alphabet ibérien à l'alphabet phénicien son prototype, à déterminer plus exactement la valeur de certains signes. M. Phillipps a consacré d’autres brochures, que nous ne pouvons analyser ici, au développement de sa théorie. 



Dans sa Description générale des monnaies antiques de l'Espagne (Paris, lmp. nat., in-4e (VI)-id 548 p. et. 68 pl ), M. Alois Heiss a suivi une autre voie. Il a recherché quelles sont les localités où les mêmes médailles se rencontrent le plus fréquemment, car il est naturel de supposer que ces médailles doivent avoir été frappées dans la ville aux environs de laquelle elles abondent. Le nom ancien de cette ville étant approximativement donné par les vieux géographes, M. Heiss a dû, par suite, corriger un grand nombre des lectures de M. Boudard. Il a également découvert que ses prédécesseurs avaient commis beaucoup d’erreurs, par suite de moulages fautifs ; c’est ainsi que sur vingt-trois légendes monétaires, publiées par Erro, il y en a dix-huit d’inexactes. Deux faits intéressants résultent en outre des travaux de M. Heiss : le premier, c’est que le monnayage ibérien est restreint au nord et à l’est de l’Espagne ; c’est donc là seulement qu’aurait été parlé l’ibère, à l’époque où remontent les médailles ; il y aurait eu pourtant, au sud, le dialecte turdétan qui avait un système alphabétique particulier, déchiffré pour la première fois par M. Heiss. Le second fait affirmé par M. Heiss, c’est que le monnayage celtibérien, imitation du monnayage italique, a dû être frappé exclusivement entre les années 175 et 39 avant J.- C. 



Faut-il répéter que le caractère basque des lectures obtenues par ces divers travailleurs n’est rien moins qu’évident ? Le problème est très complexe et d’une gravité exceptionnelle. Si la langue des inscriptions ibériennes est parente du basque, il faudra, pour pouvoir utilement l’en rapprocher, remonter aussi loin que possible dans l’histoire de cette dernière langue; c’est là un travail préparatoire essentiel, mais qui n’est point fait encore. Par conséquent, il convient, avant tout, de s’appliquer à reconstituer par une analyse rigoureuse des dialectes actuels, conformément à la discipline sévère de la science contemporaine, l’état auquel le basque était parvenu avant sa séparation en dialectes. 



De plus, il faudra être très sûr que les inscriptions "ibériennes" sont authentiques, qu'elles sont bien lues, que la valeur de chacun des caractères est bien fixée ; il faudra également s’assurer de la fidélité des estampages, des moulages, des empreintes. Les caractères en question ne sont point originaux, car ils sont sensiblement dérivés de l’alphabet phénicien, ce fécond prototype de la plupart des écritures antiques. En s’en tenant aux systèmes adoptés par les idiomes qui ont pu se trouver géographiquement en rapport avec "l’Ibérie", on constate une telle variété de formes pour chacun des signes employés que, souvent des lettres originairement distinctes en arrivent à n’avoir qu’une seule et même figure ; d’autres se trouvent, par la suite des temps, ne plus offrir que de très minimes différences les unes avec les autres, de sorte que la moindre distraction de l’écrivain ou du lecteur peut occasionner de déplorables confusions. 



Il est, du reste, regrettable que le déchiffrement de cet alphabet mystérieux ait été commencé par l’étude des légendes monétaires. Celles-ci, en effet, ne sont capables de donner que des noms de lieux isolés, et ne peuvent renseigner que très imparfaitement sur la nature de l’idiome employé. Or, il se trouve que, précisément, l’explication des noms topographiques est ce qu’il y a de plus différent de l’état actuel. Ces noms, toutes les fois qu’ils sont intelligibles, se rapportent tous à des particularités physiques ; ce fait suffit pour repousser certaines traductions de Humboldt, de M. Boudard et autres. Il vient de paraître sur les noms de lieux du pays basque une excellente brochure de M. Luchaire, professeur au lycée de Pau ; l’auteur y rectifie, chemin faisant, dans un sens plus admissible, quelques-unes des étymologies de Humboldt. 



pays basque langue
LIVRE REMARQUES SUR LES LES NOMS DE LIEUX DU PAYS BASQUE
PAR M LUCHAIRE



N’aurait-il pas mieux valu commencer par essayer d’interpréter les inscriptions plus longues, qui contiennent évidemment des phrases complètes et dont par conséquent une seule, bien lue, trancherait définitivement la question ? Personne, jusqu’ici, ne s’en est sérieusement occupé. On possède pourtant une vingtaine d’inscriptions murales ou lapidaires. Plusieurs sont incomplètes ; mais il en est au moins une qui nous est parvenue dans toute son intégrité. C’est celle de la lame de plomb découverte, en 1851, près de Castillon, par M. de Portefaix, consul de France dans cette ville, publiée par Lorichs (Recherches, p. 202-204,pl. 80) et réimprimée par M. Phillips, en 1871, dans les Comptes rendus des séances de l’Académie de Vienne. Cette inscription se compose de vingt-et-un mots, séparés l’un de l’autre par trois points verticaux. 



En appliquant son système de lecture à cette précieuse inscription, M. Phillips a trouvé onze signes nouveaux inexpliqués et transcrit des mots comme le suivant qui est le dernier de l’inscription, iiosinleaose ; avec le système de M. Heiss, on lirait withsuniekrse. Un savant assyriologue anglais, M. Sayce, qui a fait des études prolongées sur l'alphabet phénicien et ses dérivés, lit à son tour yitksynièarsè (a et r sont douteux) ; M. Sayce regarde d’ailleurs l’inscription comme authentique. Quoi qu’il en soit, il est difficile en basque moderne, où beaucoup des noms actuels de cette espèce, qui échappent à l’analyse immédiate, sont relativement très anciens et représentent un état de la langue sensiblement difficile de voir du basque dans ce mot, quelque lecture qu’on adopte. Il est donc évident que les systèmes de transcription de ces trois savants sont incertains ou qu’il y a là une langue nouvelle. Mais, s’il y avait tant de langues originales en Espagne, laquelle était la mère du basque ? 



Pour en finir avec les argumenta linguistiques ou soi-disant tels, invoqués en faveur de la théorie ibéro-basque, il faut citer celui qui tend à démontrer la grande extension antique de l’idiome pyrénéen, et qui consiste à voir, dans les noms géographiques de pays habités par les Ibères, des mots basques ou d’origine basque. On a longtemps traduit par le basque hiriberri "villeneuve" le nom antique d’Auch, transcrit par les Romains clinberris ou élimberris. Dans sa remarquable étude sur une cité inconnue dont les ruines ont été découvertes près de Plaisance, en 1861, M. Ernest Desjardins, après avoir cité les syllabes "basques" ili en eri, erri, eri "ville, peuple, pays, établissement" rencontrées, dit il, dans des noms de lieux du Roussillon antique (Illiberri) et même du Placentin (Iria, non loin de Velleia), va jusqu’à rapprocher le nom des Ligures, qui deviendraient ainsi de purs ibères, du mot basque liguorra, auquel il attribue le sens de "terre élevée, pays montagneux". Est-il besoin d'insister sur la faiblesse de ces argumentations étymologiques qui ne peuvent avoir, en l’état, aucune portée démonstrative et qui proviennent principalement d’une idée préconçue ? C'est ainsi que Fauriel, dans son Histoire de la Gaule méridionale, a fait de "Vilenave" un composé hétéroclite du roman "ville" et de l’euscarien imaginaire nava "plaine", au lieu du latin "nova", représenté par la forme nave dans tant de noms propres gascons : Casenave, Maisonnave, Bordenave, etc. C’est ainsi, en revanche, que les basquisants absolus n’expliquent que par le basque"Iiion" et "Béthulie" : le premier serait "la bonne ville" et le second "l’endroit aux mouches abondantes". Quant aux arguments tirés des caractères physiques pour prouver que les Basques représentent les Ibères, ils ne nous semblent pas plus décisifs. Les descriptions données par certains auteurs anciens de quelques races ibériennes ou celtibériennes ne sont pas assez précises pour qu’on puisse s’en servir comme d’un point de comparaison utile. Si l’on veut du reste examiner, au point de vue anthropologique, la conformation générale des Basques contemporains, on trouve que cette race est singulièrement mélangée ; les descriptions partielles des divers voyageurs ne s’accordent en aucune façon. Suivant qu’on a traversé telle ou telle région du pays basque, on y a vu des hommes de grande ou de petite taille, aux yeux bleus ou noirs, aux traits distingués ou vulgaires ; des femmes aux mains et aux pieds petits et potelés ou larges et osseux aux cheveux longs ou courts, aux seins amples ou étroits. On attribue généralement à cette population la peau un peu brune, les yeux bruns et les cheveux noirs ; cependant M. le docteur Argellies, de Saint-Jean-de-Luz, a compté dans les campagnes environnantes vingt-six individus aux yeux bruns (plutôt brun-clair que brun), pour vingt-un aux yeux bleus ou verts ; quinze aux cheveux noirs ou châtain foncé, pour dix aux cheveux plus ou moins blonds. Le seul détail qui semble caractéristique d’un type basque a été fourni par l'étude des crânes. M. le docteur Broca a découvert que ces crânes sont dolichocéphales et que leur capacité intérieure est très considérable ; mais ces éléments, qui seraient l'indice d’une intelligence supérieure, perdent en grande partie leur importance par ce fait qu'ils sont dus l’un et autre à un développement particulier de la partie postérieure du crâne : les lobes cérébraux antérieurs sont moindres chez les Basques que chez les Aryens. M. Virchow, de Berlin, partage l’opinion de M. Broca. Mais où est la preuve que cette dolichocéphalie occipitale caractérisait les Ibères antiques, et qu'elle n’est pas le résultat d’un mélange prolongé de races dolicho et brachychéphales ? 



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




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mardi 17 novembre 2020

LA LANGUE ET LE PEUPLE BASQUE EN 1874 (première partie)

LA LANGUE ET LE PEUPLE BASQUE EN 1874.


Au cours des siècles, de nombreux savants et linguistes ont étudié la langue Basque.




pays basque autrefois langue bonaparte
CARTE LINGUISTIQUE DU BASQUE EN 1865
PAR LOUIS LUCIEN BONAPARTE



Voici ce que rapporta le journal La République Française, dans son édition du 14 août 1874 :



La question ibérienne.



On sait aujourd’hui, à n’en plus douter, que les populations actuelles de l’Europe sont venues, à une époque relativement récente, de l’Asie ; on sait aussi que cette immigration n’est point un fait isolé, et qu’elle peut être considérée comme un accident normal dans la série des évolutions des races humaines sur la surface du globe. Depuis les temps historiques seulement, nous avons maints exemples de ces grands mouvements, causés le plus habituellement par la loi naturelle de la lutte pour l’existence : lorsqu’une race est devenue trop nombreuse pour la région qu'elle habite, la partie la moins favorisée de cette race doit, sous peine de périr, se répandre hors des limites-primitives de son pays d'origine. Les progrès de la civilisation, en multipliant les ressources locales, en ouvrant tant de voies à l’activité individuelle, ont pu restreindre ces migrations, en changer la nature et le caractère, mais elle ne les a point supprimées, ce qui n’était pas possible, d’ailleurs. 




pays basque autrefois langue
WILLEM JAN VAN EYS



Quoi qu'il en soit, à chaque déplacement de population, il peut se présenter deux cas : Ou bien les régions envahies sont déjà peuplées par une race autochtone, ou bien elles sont inoccupées. Dans le second cas, les immigrants s’y établissent sans peine et, à mesure que leur nombre augmente par la production de générations nouvelles, ils s’étendent sur toute la surface de ces régions et des régions voisines, de proche en proche, jusqu'à ce qu’ils se trouvent en contact avec d'autres peuples, ce qui nous ramène au premier cas supposé. Il est bon de remarquer ici que plus une race se développe géographiquement, plus elle tend à perdre son uniformité primitive de mœurs, de langage, de caractères physiques, et plus, sous les influences diverses de sols et de climats, elle tend à se diviser pour ainsi dire en sous-races sensiblement distinctes. 



Mais si le territoire où arrive le courant humain a déjà ses habitants propres, il doit se produire infailliblement soit une effroyable concurrence vitale qui amènera la soumission de l’un des peuples en opposition, soit une alliance volontaire et pacifique entre eux. Dans l’une ou l’autre hypothèse, la race survivante est nécessairement modifiée par l'adjonction inévitable d’éléments ethnologiques nouveaux. 



La science, et surtout la science linguistique, a démontré que le plus grand courant de l’émigration aryenne s’établit de l’est à l’ouest et que la race tout entière se partagea, suivant les progrès de son épanouissement, en huit tribus distinctes, pour ne nommer que celles parvenues en Europe, la plus occidentale était formée par les Celtes, qui s’arrêtèrent à l’océan Atlantique, mais refluèrent au nord et au sud, passant la Manche et franchissant les Pyrénées ; derrière eux venaient les Germains au nord et les Latins au midi, suivis de près par les Lituaniens et les Slaves, d’une part ; par les Grecs de l’autre. Ces divers peuples se subdivisèrent, à leur tour, en nations séparées, souvent ennemies ; arrêtée d’ailleurs, dans leurs mouvements  naturels d’expansion par des obstacles géographiques, quelques uns d’entre eux durent revenir sur leurs pas et se trouvèrent en lutte avec d'autres peuplades d’origine aryenne. Ainsi, même dans le sein d’une race primitive, il peut se produire des rivalités, des querelles, des conflits plus ou moins ardents et par suite une méconnaissance complète de la parenté antique : l’extrême variabilité du langage, modifiable comme tous les organismes vivants, aide particulièrement à cette séparation absolue des divers rameaux, sortis non seulement du même tronc, mais encore de la même branche secondaire. 



Si nous voulons maintenant rechercher quel était l’état de l’Europe, lors de l’invasion aryenne, si nous nous proposons de découvrir s’il y avait, au pied de ses montagnes ou dans ses vastes forêts des populations indigènes primitives ou en tout cas plus anciennes, lors de l’arrivée des Indo Celtes ou Indo-Germains, nous pourrions nous heurter à une grande difficulté. 



pays basque autrefois langue bonaparte

CARTE LINGUISTIQUE DU BASQUE
PAR LUCIEN BONAPARTE




Il nous faudra, en effet, consulter tout d’abord ces vagues traditions éparses chez tous les peuples ; mais nous manquerons souvent des moyens exacts de contrôle et nous en arriverons à nous demander, sans pouvoir résoudre la question, si telle peuplade nommée dans ces antiques récits ou légendes était vraiment indépendante de toute alliance aryenne ou si ce n’était pas plutôt une avant-garde méconnue du grand flot indo-européen ? Le problème se pose pour toutes ces tribus incertaines des Douges, des Jotunes, des Curètes, des Caucona, des Japodes, des Sicanes, des Ligures et des Ibères. 



La solution de cette importante question sera fournie par des recherches d’un ordre plus positif. Etant données les lois générales de l’action et de la réaction, du développement et de la variabilité, en un mot les conditions normales de la vie des peuples, il est à peu près impossible qu’une race considérable ait existé sans qu’elle ait laissé quelques traces.



Nous ne pouvons espérer de trouver ces précieux indices que dans trois ordres de faits : la langue, les institutions morales, les caractères physiques des peuples postérieurs. On comprend, à ce simple exposé, quelles difficultés spéciales présentent des recherches d'une nature aussi délicate et combien ceux qui se décident à les entreprendre sont exposés à des causes multipliées d’incertitude et d’erreur. 



De tous les peuples censés primitifs que nous venons d’énumérer, celui qui a peut-être le plus d'importance, au point de vue scientifique, c’est celui des Ibères qui, en tout cas, a été l’objet d’un plus grand nombre de travaux et a occasionné le plus de discussions prolongées. Il paraît établi, grâce aux traitions recueillies par les premiers écrivains de l'antiquité classique, que les Ibères étaient, antérieurement à la venue des Aryas, les habitants de toute la Péninsule ibérique (Espagne et Portugal), et qu'ils occupèrent même toute la partie de la Gaule qui reçut plus tard le nom de Narbonnaise. En admettant que ces Ibères soient réellement Anaryens, on raconte que les premiers rapports qui s’établirent entre eux et des races étrangères remontent aux expéditions de ces hardis navigateurs phéniciens, dont nous lirons avec admiration les audacieuses tentatives. 



Plus tard, les Celtes envahirent la Péninsule et formèrent avec les indigènes un peuple mixte qui a reçu le nom de Celtibères ; il paraît pourtant qu’il y eut encore, après ce mélange, des régions occupées par des Ibères purs, reconnaissables à leur teint basané, à leurs cheveux touffus, et d’autres où les Celtes s’installèrent seuls et conservèrent longtemps leurs cheveux épais et leur teint pâle. Quelle confiance faut-il attacher à ces détails, tirés d’auteurs auxquels on ne saurait demander la précision scientifique moderne ? Il est certain que nous ne trouvons pas, dans les géographes grecs et latins, la preuve que telle ou telle population de la Péninsule dont le nom est donné soit demeurée pure de toute alliance celtique. Nous croyons utile de faire remarquer que, dans le mélange des Ibères et des Celtes, c’est l’élément Indo-européen qui a dû l'emporter, parce que ce devait être l’élément actif et intellectuellement supérieur ; aucun idiome, en effet, n’a atteint le degré de perfection des idiomes aryens. On sait le reste de l’histoire de l’Espagne, les colonies et les incursions des Carthaginois, la conquête romaine, l’invasion des Visigoths, l’occupation musulmane, etc.  



Ainsi, c'est précisément dans la partie de l'Europe où nous pouvons espérer de retrouver quelques vestiges des Ibères que, d’après le témoignage de l'histoire, se sont rencontrés le plus d’éléments ethniques différents, originaux, indo-celtiques divers, sémitiques de diverses époques. C’est de ces nombreux éléments qu’il faut essayer de dégager les traits susceptibles de provenir de la langue, des mœurs et du type physique des Ibères primitifs, sans doute fondus eux-mêmes avec des éléments antérieurs. 



Dans ces trois ordres de faits, les Ibères, n’étant ni aryens ni sémites, devaient offrir des particularités spéciales. Leur langue, notamment, devait offrir un caractère tout particulier. Or, il s'est conservé, précisément dans la région pyrénéenne qu’ont occupée les Ibères, un idiome remarquable, le basque, qui n’est ni aryen, ni sémitique, qui forme un îlot isolé, comme le hongrois ou le magyar, comme les idiomes finnois, qui se rattache, par sa structure générale, d'un côté au polysynthétisme américain, et de l’autre à l’agglutination dite touranienne (ce ne sont à tout prendre que deux degrés différents de développement d’un même principe, de dérivation). Mais les idiomes de cette nature appartiennent à une période plus ancienne de la vie des langues que les dialectes indo-européens ou sémitiques ; ils conviennent donc seulement à des populations relativement inférieures et moins développées. Donc, a-t-on dit, le basque est le représentant direct de l’idiome national des Ibères. Cette proposition, ainsi conçue, est un postulatum très discutable, un a priori peu scientifique, qu’ont admis (l'état de leurs connaissances n’excluait point ces hypothèses incompatibles avec toute bonne méthode) la plupart des historiens du Moyen-âge. C’est la base de toute la théorie ibérienne, encore généralement accueillie par la science contemporaine, mais dont on commence à douter un peu, et que nous nous proposons de discuter ici dans son ensemble, autant que nous le permettront les bornes de cet article. 



La théorie ibérienne, s’appuyant sur l’a priori linguistique dont nous venons de parler, regarde les Basques actuels comme les descendants légitimes des Ibères, c’est-à-dire comme les restes géographiquement restreints des habitants primitifs (ou du moins préaryens) de la Péninsule ibérique et de la Gaule méridionale. On a étudié, en conséquence, les noms et le type physique des Basques contemporains ; on a principalement essayé de démontrer que leur langue avait été parlée dans toute l'Espagne. Nous commencerons notre examen rapide par ce dernier ordre de recherches.



Les géographes anciens nous apprennent que les Ibères avaient leur langue ou plutôt leurs langues propres ; mais une interprétation bienveillante et d'ailleurs très plausible, permet de ne regarder que comme des dialectes régionaux d’un même idiome les divers langages dont Strabon, par exemple, constate la présence contemporaine dans la Péninsule. Les seules traces venues jusqu'à nous de la langue ibérique, sont d’abord les noms topographiques cités par les écrivains grecs ou latins, puis ces inscriptions monétaires, lapidaires, murales ou autres qui ont fait le désespoir de tant d'épigraphistes. On sait que le mystérieux alphabet dans lequel sont écrites ces légendes ou ces invocations a été appelé par les travailleurs espagnols l’alphabet des letras desconocidas. Comme on n’a point manifestement affaire à du grec, à du latin, à du phénicien, à du celte, il a semblé naturel de supposer que cas caractères étranges appartenaient en propre à la langue ibérienne : mais le basque étant la seule langue non importée de la région où se rencontrent ces monuments, on a conclu que c’est lui qui doit fournir l’explication des inscriptions et des légendes inexpliquées, comme il doit aussi rendre compte de la dérivation des noms de lieux, rapportés par Strabon, Pline ou Ptolémée.



geographe historien grec
STRABON



Ces noms de lieux au moins nous ont été transmis sous une forme lisible et certaine. Mais avant d’en faire l'analyse, d’en chercher l’étymologie, il fallait s’attendre à rencontrer de nombreuses causes d’incertitude provenant tant des altérations subies par le basque depuis l’époque à laquelle remontent les noms étudiés, que de l’imperfection des transcriptions ; Strabon déclare quelque part les mots ibériens imprononçables. L’ouvrage le plus important, où l’étude de ces noms topographiques ait été scientifiquement essayée, est le livre bien connu de Guillaume de Humboldt, Prüfung der untersuchungen über die urbewohner Hispaniens, vermittelst der baskischen sprache (Berlin, 1821, in-4°,VIII-192 p.). Une traduction de cet intéressant travail a été publiée à Paris en 1866, mais M. d’Avezac constatait en 1870, dans la Revue critique, que cette traduction, écourtée, était en outre très défectueuse. Humboldt s’est borné à chercher le sens des noms de lieux espagnols cités par les géographes anciens. Bien que dans les étymologies qu’il propose, il y en ait de plausibles, la plupart nous semblent extrêmement aventureuses ; elles reposent d'ailleurs sur une connaissance beaucoup trop imparfaite du vocabulaire et de la grammaire basques. On sait à quels dangers sont exposés les étymologistes et à quelles erreurs peuvent conduire de bonne foi, des analogies apparentes de mots ! Les explications de Humboldt nous semblent donc fort peu probantes, et l’on doit, pour le moment, se tenir dans le doute à leur égard. Un remarquable mémoire de M. Van Eys, le patient auteur de la meilleure Grammaire basque et du premier Dictionnaire basque-français que nous possédions, vient de paraître à ce sujet dans l'excellente Revue de linguistique (Paris, Maisonneuve), déjà plusieurs fois recommandée à cette place."



pays basque autrefois langue
GUILLAUME DE HUMBOLDT



pays basque autrefois langue
ESSAI DE GRAMMAIRE DE LA LANGUE BASQUE
DE WILLEM JAN VAN EYS





A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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