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mardi 17 décembre 2024

LES USAGES MORTUAIRES À SARE EN LABOURD AU PAYS BASQUE AUTREFOIS (deuxième et dernière partie)

 

LES USAGES MORTUAIRES À SARE AUTREFOIS.


La mort est un événement important dans les rituels du Pays Basque d'Antan.




pays basque autrefois mort funérailles traditions
EGLISE ET CIMETIERE SARE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet le Bulletin du Musée Basque N° 3-4 en 1927, sous la plume de A. 

Arçuby :



"Usages mortuaires à Sare et quelques souvenirs d'usages aujourd'hui disparus.



... A l'église, l'assistance est disposée uniformément : les hommes en cape, à la première galerie et au milieu, les femmes devant le corps, un grand tapis noir étendu sous les chaises. Les familles aisées rétribuent et munissent chacun d'un cierge, douze ou vingt-quatre enfants (suivant leur rang) qui assistent à la levée du corps, suivent la croix et se tiennent ensuite, durant les obsèques, aux côtés du cercueil. A l'offertoire de la messe, les personnes qui n'ont aucun titre à offrir une messe pour le défunt et qui veulent cependant participer aux suffrages, viennent faire l'offrande (1 franc habituellement) entre les mains du prêtre qui présente une croix à baiser. De la masse des offrandes on constitue des honoraires de messe. Pour cela, les hommes descendent gravement d'une galerie pour remonter de l'autre côté, comme pour la communion. Les femmes font de même d'un côté à l'autre de la nef. Pendant l'enterrement, les hommes suivent le cercueil jusqu'au heu de la sépulture ; les femmes ferment le cortège (le deuil au dernier rang). Puis tous défilent devant la sépulture pour aller se ranger ensuite dans la rue qui donne vers le quartier auquel appartient la maison du défunt. On y prie un instant en silence, puis le cortège se disloque.




pays basque autrefois mort funérailles traditions repas
DEPART POUR L'ENTERREMENT DE JACQUES LE TANNEUR
PAYS BASQUE D'ANTAN


Les étrangers et les proches parents sont souvent invités par la famille à un repas qui se termine par une prière pour le défunt. C'est quelquefois une simple collation qui se donne soit au domicile du défunt, soit dans la maison qui a servi de relais aux "bordatars".



Jadis, le devoir de la prière pour les défunts était rappelé par la pratique suivante : après la cérémonie des funérailles, les dépouilles de maïs ("lastaira") qui entraient dans la composition de la couchette du défunt, étaient brûlées sur le carrefour le plus proche de la maison mortuaire. Les passants qui en comprenaient la signification s'arrêtaient pour adresser une prière à la mémoire du disparu.



Jusqu'à ces dernières années une messe de neuvaine était dite la semaine après le décès : dans ce cas, l'offrande, la prière sur la rue que présidait alors le prêtre, le repas des funérailles, avaient lieu seulement ce jour-là, les assistants aux obsèques revenant encore pour la neuvaine.



pays basque autrefois mort funérailles traditions
PAYSAN DE SARE EN DEUIL 1927
DESSIN DE P GARMENDIA
BMB 3-4 1927

IV. L'Année qui suit le décès.



Il est de règle que la famille et les proches assistent à la messe quotidienne, les neuf jours qui suivent le décès. La place réservée à chaque famille est alors occupée à l'église et les parents se groupent sur une double ligne. Cette place est marquée par le tapis funéraire aux initiales de la famille et par les lumières.



Celles-ci sont de grands chandeliers à souches ou des rouleaux de cire (sans panier). Cette place sera occupée et les cierges allumés à la messe quotidienne, durant treize mois, soit par un membre de la famille, soit, plus souvent, par une personne pieuse rétribuée dans ce but : c'est l'office de "elizatheia". Les cierges, tapis, livres et autres objets d'église, sont renfermés après usage, dans l'un des petits bahuts que chaque famille possède et qui sont empilés sur les côtés de la nef. La personne chargée d'"elizatheia" en prend soin et renouvelle la provision de cire pour le compte de la famille. Jadis, le prêtre venait, le premier jour de la neuvaine, bénir les cierges qui devaient être allumés à cette place, au cours de l'année.



S'il se trouve un dimanche ou une fête entre le décès et les funérailles, c'est le curé de la paroisse qui annonce ces dernières (avec ou sans "gizon ahukua").



La liste des messes offertes pour le défunt est publiée au prône du dimanche qui suit les obsèques. Pendant cette publication, les femmes, qui continuent à porter la "caputch" toute l'année, baissent le voile sur leur visage. Hommes et femmes s'abstiennent, en signe de deuil, de se lever pour l'Evangile de la messe. A la fin de la publication, le curé annonce le montant du "lachada" offert par la famille. Le "lachada" était, à l'origine, un droit perçu sur la concession de la place pour la sépulture au cimetière. Après la Séparation, il continua à être payé sous la forme d'un don qui est destiné à la Fabrique et au casuel du clergé.



FEMME DE SARE AVEC "CAPUTCHA"
DESSIN DE P GARMENDIA
BMB N°4 1927



Jadis la messe d'anniversaire se renouvelait jusqu'à la troisième année. Le premier anniversaire est seul célébré aujourd'hui et est suivi d'une messe pour tous les défunts de la famille, appelée "obligazionezko meza".



Le culte des morts s'affirme de façon particulière, le jour de la Toussaint : chaque famille allumant alors ses cierges, la nef présente l'aspect d'une mer de feu.



Les événements importants de la famille seront encore marqués par l'offrande d'une messe à l'intention des défunts qui sont ainsi associés aux joies, comme aux tribulations des vivants. La veille de la messe de mariage, une "obligazionezkoa" est dite dans ce but, et, le jour même, après la cérémonie, on ne manque jamais à la visite de la tombe familiale du nouveau foyer qui se fonde. L'avenir est ainsi relié au passé, de si touchante manière !



"L'oubli des vivants, est-il dit, est le vrai tombeau des morts".



Nous avons essayé d'indiquer les formes particulières du souvenir si fidèle dont nos bonnes populations entourent leurs chers morts dans l'espérance de la vie immortelle."




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dimanche 17 novembre 2024

LES USAGES MORTUAIRES À SARE EN LABOURD AU PAYS BASQUE AUTREFOIS (première partie)

LES USAGES MORTUAIRES À SARE AUTREFOIS.


La mort est un événement important dans les rituels du Pays Basque d'Antan.




pays basque autrefois mort funérailles traditions
EGLISE ET CIMETIERE SARE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet le Bulletin du Musée Basque N° 3-4 en 1927, sous la plume de A. 

Arçuby :



"Usages mortuaires à Sare et quelques souvenirs d'usages aujourd'hui disparus.



Les Basques restent très attachés à leurs usages mortuaires par leur foi aux espérances éternelles et par leurs principes chrétiens qui font la famille forte et unie.



Nous résumons particulièrement ici les usages de la paroisse de Sare.



I. L'Agonie.


La famille du malade prévient le prêtre, puis les premiers voisins, qui assureront désormais les travaux urgents de la maison et feront les démarches nécessaires, et enfin les proches parents.



Les fenêtres sont fermées en signe d'affliction et la chambre du malade préparée, s'il y a lieu, pour la réception des Sacrements : crucifix, images pieuses, eau bénite avec feuille de laurier. Deux cierges bénits restent allumés pendant l'agonie et les premières heures qui suivent la mort. Ils seront remplacés pour la veillée et rallumés pour la levée du corps. Une des personnes présentes en signe souvent le malade par trois fois, en faisant tourner chaque fois le cierge autour de sa tête. Aspersions fréquentes d'eau bénite sur l'agonisant, et dans la chambre pour en éloigner les esprits mauvais.



Le prêtre porteur des sacrements est suivi d'une personne, au moins, du voisinage du malade. Il est reçu par un membre de la famille à genoux sur le seuil de la maison et tenant deux cierges dans ses mains. La sonnerie de l'agonie se fait plus rare ; celle qui annonçait le départ du prêtre n'a plus lieu.



L'administration des sacrements dans la forme du Rituel, ne donne lieu, que nous sachions, à aucun usage plus particulier.



Jadis, les religieuses garde-malades ou enseignantes accompagnaient le prêtre avec un groupe d'enfants pour prier au chevet du moribond.



On considérait comme présages de mort les aboiements lugubres des chiens, la sonnerie du "sagara" ou de l'élévation de la Messe coïncidant avec la sonnerie des heures. On nous a raconté l'histoire d'une femme appelée auprès de son frère malade interrogeant les fidèles qui revenaient de la messe dominicale, afin de savoir si le "sagara" avait sonné en même temps que les onze heures, pour conclure : "Nere Jose-Anttonio ez da beraz hila."



L'usage de l'enlèvement des tuiles paraît disparu d'assez longue date. On l'aurait cru justifié selon une histoire que l'on nous a racontée. La maîtresse de la maison Goyetchea continuait à vivre contre toute attente, depuis 8 jours qu'elle était administrée. Une nuit où les personnes de veille ont eu une courte absence, elle se lève et se présente devant ces personnes réunies à la cuisine... Le mari comprend, aide sa femme à se recoucher, monte au grenier, enlève quelques tuiles et redescend pour retrouver sa femme morte.



La croyance aux sorciers et le fait que ceux-ci ne pouvaient mourir avant d'avoir communiqué leur mal, a donné lieu à des histoires peu édifiantes et explique le peu d'empressement qu'on mettait à les secourir.




pays basque autrefois mort funérailles traditions
DEUIL
PAYS BASQUE D'ANTAN


II. La Mort.



Aussitôt que le malade a rendu le dernier soupir, on ouvre quelques instants les fenêtres de la chambre, pour les refermer ensuite, ainsi que toutes celles de la maison, en signe de deuil. On recouvre d'un linge les tableaux et surtout les miroirs de la chambre mortuaire. Il est dit qu'il ne faut pas que les visiteurs voient leur image ou celle de toute autre personne.



On avertit les premiers voisins, puis les proches parents, s'il y a lieu. Ils doivent l'être avant que ne sonne le glas, car ce serait leur donner un signe d'irréductible inimitié que de leur faire savoir le décès par ce moyen indirect. Les membres de la famille se retirent dans une autre pièce, pour laisser les soins du corps aux voisins et aux parents.



Nous avons rencontré quelques survivants de l'époque où il était d'usage d'annoncer la mort d'un membre de la famille, surtout du maître ou de la maîtresse de la maison, aux abeilles en frappant sur la ruche et aux bêtes en les faisant lever dans les étables. On passait ainsi à la basse-cour, à la porcherie et à la bergerie. Les métayers devaient aussi l'annoncer à leurs bêtes, comme si le maître défunt était à la maison. On croyait que s'abstenir de cette pratique était s'exposer à des perturbations dans le bétail.



pays basque autrefois mort funérailles traditions
DEUIL
PAYS BASQUE D'ANTAN


Et des faits nombreux nous ont été racontés qui auraient justifié cette croyance.



Le maître de la maison Olha était mort subitement en dehors de chez lui. On ne s'expliquait pas, avant de l'avoir appris, les beuglements inusités de ses bêtes. Ils cessèrent quand on leur eut annoncé la mort de leur maître. Un fait semblable se serait passé à la maison Anihotzea. Les beuglements venant de l'étable avertirent la mère qui ignorait la mort de sa fille et qui alla constater le fait pour ensuite le leur annoncer et les apaiser.



La toilette du mort ne présente rien de particulier. Elle est faite le plus tôt possible et par les voisins (par les hommes, si c'est un homme, et vice-versa). Le bon chrétien basque ne se sépare pas de son chapelet, compagnon fidèle de sa vie : on le lui met entre les mains. Il existait jadis l'usage de jeter sur le corps du défunt un peu de sel et quelques gouttes du cierge bénit.



On couvre le corps, jusqu'au buste seulement, d'un drap piqué de feuilles de laurier. Jadis un drap spécial, dit "hil-mihisia" servait pour cette circonstance : il recouvrait tout le corps, en laissant transparaître la figure, grâce à une bande ajourée d'une certaine largeur qui constituait le milieu. Dans les familles aisées on en avait pour recouvrir les murs de la chambre mortuaire. Il couvrait encore le cercueil durant le transport à l'église.



Cet usage disparut, quand les religieuses de la paroisse s'offrirent à recouvrir le bois du cercueil d'un drap orné de petites figures symboliques en papier ; de plus des galons argentés distinguaient celui des personnes de rang. Enfin prévalut l'actuel cercueil verni, aux poignées de métal, sans revêtement, dont aucune famille, même des plus pauvres, ne voudrait se priver.




pays basque autrefois mort funérailles traditions
RITES FUNERAIRES D'ARMENDARITS 
BASSE-NAVARRE D'ANTAN
https://www.etniker.com/



III. Les Obsèques.



La cloche a sonné le glas pour annoncer la mort d'un paroissien. Elle sonne encore au moment — habituellement la veille de l'enterrement — où deux hommes, les voisins du défunt, viennent prendre à l'église la croix paroissiale et la porter gravement et publiquement à la maison mortuaire.



Jadis, une femme du voisinage portait la croix sans cérémonie. On raconte que la préposée à cet office laissait souvent sa croix sur le seuil des épiceries, le temps de faire les emplettes de la maison. Pour faire cesser ces abus, on fit porter la croix démontée et recouverte d'un linge. Enfin, M. l'abbé Landerretche mit en usage la pratique actuelle plus respectueuse et solennelle.



La levée du corps par le prêtre, se fait au domicile même du défunt, s'il s'agit d'une maison de maître. Si le défunt est métayer ou "bordatar" elle se fait dans une maison déterminée pour chaque quartier, et plus rapprochée de l'église, où les porteurs précédés de la croix et suivis du cortège transportent le corps avant l'arrivée du clergé. Cette pratique ne souffrait pas d'exception, la maison de maître fût-elle très éloignée, jusqu'à ces derniers temps, où on a réduit uniformément le trajet, eu égard à la pénurie de prêtres et à la surcharge du ministère ; ce n'est pas sans peine de la part de l'amour-propre des familles.



Le porte-croix est un voisin (le plus proche du côté de l'église : eliza-bidea) durant le premier trajet; c'est ensuite un enfant de chœur. L'homme qui conduit le deuil ou "minjuri" suit, le premier voisin ; la femme qui conduit le deuil des femmes ferme le cortège. Les proches parents et le "deuil-portant" (celui-ci est un métayer pour les défunts propriétaires) ont, les hommes la grande cape et les femmes la "caputcha" fermée qui descend jusqu'aux pieds.




pays basque autrefois mort funérailles traditions
FEMME DE SARE AVEC "CAPUCHA" 1927
DESSIN DE P GARMENDIA
BMB 3-4 1927



Jadis le port de la grande cape était de rigueur pour tous les assistants hommes. Il ne fut porté, plus tard, que par les parents, avant de se réduire, comme aujourd'hui, aux seuls proches. La Fabrique de l'église prête à ceux qui n'ont pas de cape, les manteaux de cérémonie qui servent aux porte-dais pour les processions.





pays basque autrefois mort funérailles traditions
PAYSAN DE SARE EN DEUIL 1927
DESSIN DE P GARMENDIA
BMB 3-4 1927



Le grand chapeau haute-forme était porté par tous les hommes. Dans la suite, il fut porté seulement par le porte-croix qui allait jusqu'à l'église. Aujourd'hui, il a tout à fait disparu (pour reparaître... dans les cortèges de carnaval). Il était porté encore, il y a peu d'années, à Urrugne, car il nous a été raconté qu'un de nos braves compatriotes qui y avait été appelé pour un deuil, prétexta un malaise pour n'avoir pas à porter le chapeau et resta à la maison du défunt.



Jadis, tous les assistants aux obsèques devaient être rigoureusement en noir. Aujourd'hui, beaucoup, sauf ceux du deuil, viennent en habit de couleur (les exigences de la mode absorbent, le prix de l'habit noir de réserve).



pays basque autrefois mort funérailles traditions
CAPE DE DEUIL
PAYS BASQUE D'ANTAN



Les porteurs (quatre ou six) sont des jeunes gens voisins du défunt, non mariés. Ils portent le cercueil à même les épaules, quelle que soit la longueur du chemin (les civières sont inusitées). Ils sont rétribués quatre francs chacun (cet usage, nous a-t-on dit, n'existe qu'à Sare). Ils recevaient jadis un franc chacun. Il était dit que "le prix du transport du corps devait revenir au corps." Les porteurs, prenant à leur charge le porte-croix qui n'était pas rétribué, faisaient donc, après les obsèques, une petite collation ("hameketakoa") à l'auberge la plus proche.



Il n'y a pas d'assistance d'hommes aux enterrements d'enfants. Jadis il était d'usage que le parrain portât sous le bras le cercueil de l'enfant caché par la cape."




pays basque autrefois mort funérailles traditions repas
DEPART POUR L'ENTERREMENT DE JACQUES LE TANNEUR
PAYS BASQUE D'ANTAN


A suivre...



(Source : 25-les-rites-funeraires.pdf et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)







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jeudi 16 novembre 2023

UN REPAS DE DEUIL À IRISSARRY EN BASSE-NAVARRE AU PAYS BASQUE EN 1842

UN REPAS DE DEUIL À IRISSARRY EN 1842.


De nombreuses traditions concernant les rites funéraires ont été conservées, en Pays Basque Nord, en particulier en Basse-Navarre.  



pays basque autrefois mort funérailles traditions repas
DEPART POUR L'ENTERREMENT DE JACQUES LE TANNEUR
PAYS BASQUE D'ANTAN




Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien La Patrie, le 5 septembre 1842 :



"Variétés. 



Sous le titre de Moeurs Basques, le journal le Phare des Pyrénées nous transmet les détails suivants qu’il extrait d’une de ses correspondances :



"Les usages et les mœurs du pays basque ont un caractère particulier, comme la langue, comme les sites de cette province ; c’est un peuple à part qui conserve habitudes sociales dont l’origine se perd dans la nuit des temps. Notre civilisation ne s’infiltre que goutte à goutte et par les extrémités dans cette race à part, qui a conservé l’énergie, les vices et les vertus d’une époque qui n’est plus. Je veux vous donner un exemple d’une des coutumes étranges qui le distinguent, et dont j’ai été en quelque sorte le témoin il y a quelque temps ; tous les détails sont d’une exactitude rigoureuse.



pays basque autrefois mort funérailles traditions repas
DEUIL AU PAYS BASQUE AUTREFOIS


"J’herborisais le long de la chaîne des Pyrénées. Lorsque je parvins au village d’Irisarry (village situé sur la route de Bayonne à St-Jean-Pied-de Port, à dix-huit kilomètres de ce dernier), une jeune femme de cette localité, appartenant à une des meilleures maisons de l’endroit, venait de mourir ; il s’agissait de la cérémonie des funérailles. Comme elle devait se faire d’une manière proportionnée à l’importance de la famille de la défunte, trois cents personnes furent conviées. Vous eussiez vu arriver tout ce monde au jour fixé, par tous les sentiers qui aboutissent à Irisarry ; les femmes, la tête ensevelie sous d’épaisses mantes noires, et les hommes enveloppés de leurs sombres manteaux. Cependant la maison mortuaire était livrée à la plus grande activité ; il s’agissait du festin qui suit l’enterrement. Tout le voisinage avait été mis à contribution pour se procurer les tables, les chaises, les couverts, les plats, enfin tout l’attirail nécessaire à un immense repas.


pays basque autrefois mort funérailles traditions repas
DEUIL
PAYS BASQUE D'ANTAN

A peine le corps enlevé, tout prit un aspect nouveau pour recevoir dignement les assistants ; la chambre même où était morte la jeune femme fut transformée en lieu de festin,, car il faut que tout le monde s’asseye. Vingt serviteurs, guidés par le mari, ont fait les honneurs du repas. Voici littéralement ce qui a été consommé à cette occasion :

1 Veau,

4 Moutons, 

50 Kilog. de viande de boucherie, 

80 Poulets, 

12 Conques de froment (à 2 conques et demi par hectolitre.)

2 Barriques de vin de 280 litres chacune. 



pays basque autrefois mort funérailles traditions repas
DEUIL A GUETHARY
PAYS BASQUE AUTREFOIS


Enfin les choses se passèrent comme il arrive ordinairement en pareille circonstance.



Aux pleurs, aux lamentations, au recueillement, succédèrent le tumulte et les accents de la joie. Souvent plus d’un convive s’enivre. La tristesse fuit en toute hâte un logis où l’on sait si bien s’arranger de la vie. Il advient parfois que, la gaîté s’animant, on arrange, le verre à la main, un prochain et un nouveau mariage. Le soir, chacun regagne son toit en éveillant les échos voisins par le cri basque, heureux quand le bâton conserve ce jour une modération inaccoutumée.



pays basque autrefois mort funérailles traditions repas
CAPE DE DEUIL
PAYS BASQUE D'ANTAN



Assez souvent les curés invités à ces repas de funérailles s’y rendent dans l’espoir de commander par leur présence une certaine réserve ; d’autres tonnent contre cet usage sans pouvoir l'empêcher ; car lorsque certaines coutumes sont attachées aux mœurs d’un peuple par la rouille des siècles, la raison seule est impuissante pour les faire disparaître, il lui faut l’aide des lumières et de la civilisation."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)






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