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mardi 25 octobre 2022

L'ÉMIGRATION BASQUE AU VENEZUELA EN 1903

L'ÉMIGRATION BASQUE AU VENEZUELA.


Les Basques ont émigré de façon massive en Amérique, Nord et Sud, pendant plus d'un siècle.



émigration basque venezuela carte
CARTE DU VENEZUELA 1730
PAR LE SR D'ANVILLE



Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien L'Eclair, le 22 février 1903 :



"Le Venezuela. 

Les divers éléments de la population Vénézuélienne.

Dans la zone tempérée. — Les conquistadores. — Les peuplades autochtones. — Le levain de l’avenir. — La prépondérance des Espagnols. — La classification des Indiens. — Le rôle des Catalans et des Basques.



Ainsi qu'on s'y pouvait attendre, le peuple vénézolano ne s’est pas "cristallisé" dans la région basse, ni dans les llanos, ni sur les bords du prestigieux Orénoque ; c’est dans la zone tempérée des hauteurs qu’il a réuni ses éléments, au-dessus des 550-600 mètres où la tierra templada sc dégage définitivement de la tierra caliente.



Les Conquistadores ne se trouvèrent pas, à leur arrivée dans le pays, devenu depuis le Vénézuéla, devant une civilisation positive, consistante, déjà relativement avancée, comme au Mexique devant celle des Aztecs, en Colombie, devant celle des Muyscas, au Pérou devant celle des Quichuas.



lis n'y rencontrèrent que des peuplades et sous peuplades sans cohésion, sans agriculture raisonnée, sans industries, sans lettres et sans finances ; bref, des enfants de la nature appartenant à diverses races ou sous races, à divers idiomes ou systèmes d’idiomes.



émigration basque venezuela carte 1925
CARTE DU VENEZUELA 1925



Les uns étaient grands, les autres moyens, d'autres étaient encore nains et n’avaient, dit l'un des conquérants, que cinq empans de haut, soit un mètre. D’aucuns étaient autochtones, c'est-à-dire fixés depuis longtemps sur le sol, sans que leurs traditions les fissent venir d’Orient ou d’Occident, ou du Sud, voire du Nord, par-dessus la mer ; mais diverses tribus de la terre froide et de la terre tempérée venaient originairement des monts, plateaux de la Colombie, et dans les Llanos chassaient et pêchaient des clams de la nation des Caraïbes primitivement partis du Brésil.



Dans ce milieu vague, inconsistant, incohérent, impuissant, les Espagnols furent le levain de l’avenir. Pas seulement des Espagnols de race, mais aussi des Européens "espagnolisants" accompagnant les fiers "hidalgos" en qualité de co-conquérants, co-convertisseurs, co-éducateurs et avant tout, co-dévastateurs.



L’Espagne possédait alors l'hégémonie dans le monde occidental ; son roi était aussi l'empereur du Saint-Empire ; les routiers de la conquête américaine étaient sans doute surtout des Castillans, des Andalous, des Estrémaduriens, des Catalans (et beaucoup de Basques) ; en second lieu venaient des Allemands, des Brabançons, des Flamands, des Italiens et autres. Naturellement, tout ce monde "épique" parlait le castillan ; et ce fut le castillan qui donna le ton à la nouvelle société née du mélange avec les indigènes ; lui qui, finalement, hérita de tous les idiomes des aborigènes, comme le catholicisme absorba tous leurs fétichistes et toutes leurs traditions.




émigration basque venezuela poste timbre
TIMBRE DU VENEZUELA 1903



Avec le temps, presque tout ce qui n’était pas espagnol disparut en apparence, et maintenant, l’immense majorité des Vénézuéliens ne connaît que l’espagnol, ne pense qu’en espagnol et n'a de révérence que pour le "très saint sacrement de l’autel" ; mais, comme on peut bien croire, le fond du fond, l’âme d’une multitude de Vénézolans, soi-disant Castillans, garde encore, en ses profondeurs, les instincts ataviques ; la foule des Indiens, indienne encore, en vérité vraie, est peinte "à la caballero".



Les Indiens, encore considérés et classés comme tels, ceux qui ont gardé quelques restes d’indépendance, et ceux qu'on ne range pas parmi les Blancs en dépit de la bienveillance qui blanchit ici tant de Peaux Bouges, les Indios se divisent officiellement en deux classes : Indios racionales (Indiens raisonnables) ou Gente de razon (hommes de raison) et Indios sin razon (Indiens sans raison) perdus dans les bois et les savanes.



émigration basque venezuela monnaie
PIECE BOLIVAR 1903



Parmi les Espagnols qui ont modelé le pays, ceux qui ont fait le plus pour le transformer à demi en terre européenne, les Catalans et les Basques, n’étaient justement pas des Castillanophones.



Les Catalans parlaient et parlent encore une sorte de languedocien très voisin de nos patois du Sud-Ouest et du Sud. Ils vinrent en grand nombre, principalement en qualité de commerçants, de spéculateurs, d’hommes de métiers, d'industriels, habitués à réussir partout et toujours. Car, dit le proverbe espagnol, "de la pierre même un Catalan sait tirer du pain". 



Plus nombreux, peut-être, certainement plus influents à la longue, débarquèrent les Basques, ces Escualdunacs, dont l'idiome, aux mots démesurés, ressemble au turc, au hongrois, à l'iroquois, à l’algonquin, plus qu'au latin et à l’espagnol. Le Vénézuéla leur doit la fondation des villes de La Guaira, de Puerto Cabello, de Calabozo, le premier peuplement des bords du lac de Valencia et de la vallée d’Aragua, ce qu’il a de plus amène, de plus riche, de plus habité dans toute la République. Le "libérateur" de l’Amérique espagnole, tout au moins du Vénézuéla, de la Colombie, de l’Icuador, du Pérou, de la Bolivie, le vainqueur de Junin et d’Ayacucho, l’homme aux statues sans nombre, Simon Bolivar, qui, bien entendu, plus de deux siècles après l'immigration de ses ancêtres, ne savait pas un traître mot de basque, était de lignée basque, ayant pour ancêtre un des Escualdunacs qui jetèrent les fondements de La Guaira.



émigration basque venezuela bolivar
STATUE DE SIMON BOLIVAR
A GUAYAQUIL 1903


Espagnols ou censés tels, Indios racionales, Indios sin razon ne font pas toute la nation, il faut leur ajouter les Noirs, dont il y avait une soixantaine de milliers aux environs de l’an 1900 ; ils faisaient alors environ les huit centièmes de la nation, mais ils sont descendus fort au-dessous de ce taux ; l’importation des esclaves ne ravive plus cet élément, qui disparaît peu à peu par métissage dans la masse de la nation ; il ne compte plus que dans les ports de la mer des Antilles, sous un soleil plus que terrible, dont ils s’accommodent à merveille.



Ce n’est pas tout encore : chaque année des Européens viennent d’Europe. On les a baptisés du nom de Jorungos : plus de la moitié arrivent d’Espagne ; ils contribuent à maintenir le Venezuela dans la tradition "ibérique". Presque tous ces étrangers se fixent dans les villes ou leurs banlieues, notamment à Caracas, cité de 75 000 âmes, qui se vante d’être le "Paris de l’Amérique du Sud".



Cette immigration atteint rarement mille personnes par année, cependant le peuple vénézuélien s’accroît constamment malgré les misères politiques et sociales naturelles à un Etat officiellement "républicain, fédéral, alternatif, populaire, électif et responsable".



Après la grande guerre de l’Indépendance, vers 1825, on estimait les Vénézuéliens à 660 000 ; 100 à 150 000 de moins qu’avant les premiers coups de feu tirés en 1810.



En 1840, on atteignit à peu près le million ; en 1852, le million et demi ; vers 1882, les deux millions, et l’on est maintenant aux environs de deux millions et demi ; là-dessus 250 000 Indios racionales et 60 000 Indios sin razon, plus 20 000 Indiens "cantonnés" en voie de passer de la "déraison" à la raison.



Tel est présentement ce pays déchiré par les guerres civiles ; elles ont fini par amener sur lui la malédiction de l’intervention étrangère dont les débarrassera lestement le concours "désintéressé" des Etats-Unis."


(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)





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jeudi 16 décembre 2021

LES ANCIENS HYMNES BASQUES ET CATALANS EN 1939

LES ANCIENS HYMNES BASQUES ET CATALANS EN 1939.


La Catalogne et le Pays Basque, avec ses sept provinces, ont des hymnes célèbres.




pais vasco antes canto
CHANT GUERNIKAKO ARBOLA
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta le journal La Revue Politique et Littéraire, le 1er mars 1939, sous la plume 

de Jean Poueich :



"Les anciens hymnes Basques et Catalans.



Les événements d’Espagne viennent de nimber d’un rouge halo l’esprit d’autonomisme qui, jusqu’à nous, s’est franchement maintenu en Catalogne et dans le Pays Basque. Ce déchaînement de passion n’aura pu surprendre que ceux-là seuls qui ignorent le passé de ces contrées opposées, également irréductibles. A l’extrémité orientale des Pyrénées, Catalans d’Espagne et Catalans de France sont de même race, comme le sont semblablement, à l’autre bout de la chaîne, Basques français et Basques espagnols. Des traditions communes à chacun des deux peuples soudent leur double tronçon, séparés en apparence seulement par la démarcation des frontières. Sur les deux versants de la montagne, s’entendent donc, là-bas même dialecte d’Oc, ici le dur idiome euskarien. Nos Basques des Basses-Pyrénées savent reprendre en chœur le refrain carliste Ai ! Ai ! Ai ! Mutillak ! cher aux phalanges de Navarre. Et pareillement, les catalanistes des Pyrénées-Orientales entonnent eux aussi le vieux chant des Segadors, hymne adopté depuis longtemps déjà par tous les séparatistes de la Catalogne. Car l’historique destin de ces régions ibériques est intimement lié à notre propre histoire.




... Les Basques aussi se sont, depuis les temps anciens, souvent battus entre eux. Ceux des provinces de Navarre et de Guipuzcoa gardent la tradition orale d’un combat qui remonte au 19 septembre 1321 : "Depuis plus de mille ans — L’eau va son chemin. — Les Guipuzcoans sont entrés — Dans la maison du château-fort ; — Avec les Navarrais ils se sont livrés — A Béotibar bataille." On sait que le génie euskarien excelle dans l’improvisation poétique. Les bardes, aux jours d’allégresse ou de deuil, et sur un sujet donné prenant pour timbre un air populaire, composent à deux séances tenantes les versets, tercets ou quatrains alternés du pour et du contre. D’où, abondance de pièces strictement régionales. Dans cette production les airs ne sont pas toujours originaux. Beaucoup sont venus de France. Ainsi, en pays basque espagnol, avons-nous pu identifier deux marches de fête : Phesta-Handi et Phesta-Berri, comme étant des variantes mélodiques de la célèbre Marche des Mousquetaires, de Lulli. Par ailleurs, une certaine marche de Fontarabie porte le titre de Marche de Condé, en mémoire du siège de 1638.


pays basque autrefois marche musique
MARCHE BASQUE PHESTA HANDI



Parmi les chants historiques plus récents, l’un se rapporte à l’entrée des Français en Espagne, lorsque le roi Charles IV ayant déclaré la guerre à la Convention, les Basques coururent aux armes, à la voix de Harispe, et formèrent d’intrépides petits corps sous le nom de chasseurs des montagnes. Le même Harispe, devenu général sous l’Empire, participa au siège de Saragosse ; il y fut blessé et sa bravoure inspira encore ses compatriotes. Nous retrouvons aussi le héros national dans une autre pièce qui décrit l’entrée des Français à Madrid en 1808 et l’insurrection du "deuxième jour du mois de mai". Le prince dont il y est question n’est autre que Murat et l’appellation de "bérets rouges" qui y figure désigne sa garde d’honneur composée de trois cents Basques. La coiffure de ceux-ci, le béret rouge, excita, dès cette époque, l’antipathie des madrilènes. Par la suite, les soldats du prétendant la portèrent, cette coiffure, pendant les guerres carlistes et lui durent leur nom de Chapel gorriak. De la première insurrection (1833-1839), date la célèbre chanson Ai ! Ai ! Ai ! Mutillak ! : "Les filles d’Aspeitia — Avec leurs jupons rouges — Ne veulent pas danser — Avec les bérets blancs (partisans de la reine Christine). — Ah ! Ah ! Ah ! Garçons ! — Les bérets rouges ! — Vive les bérets rouges ! — Les glands verts ! — Sur un cheval vient — Notre Don Carlos, — Don Carlos le bien-aimé, — Notre Roi !" Et ce même chant rallia en 1873-1875, lors de la seconde guerre, tous les Carlistes fervents autour du petit-fils du précédent — celui-ci aussi prénommé Don Carlos et prétendant au trône d’Espagne. Les requêtes navarrais d’aujourd’hui chantent toujours ce chant de guerre qu’un rythme franc et décidé a répandu dans les sept provinces basques et qui, quelles que soient les opinions de ceux qui le chantent, fait désormais partie intégrante de leur folklore.


pays basque autrefois musique marche
PARTITION AI ! AI ! AI ! MUTILLAK !



Mais les Basques, férus d’indépendance absolue, se groupent à l’ombre du Guernikako Arbola — l’Arbre de Guernica, l’arbre de la junte de Biscaye, l’arbre sacré qui incarne pour eux et perpétue leurs plus chers droits ancestraux : "L’arbre de Guernica est béni, — Tout à fait aimé parmi les Basques ; — Donnez et répandez votre fruit dans le monde ; — Nous vous adorons, Arbre sacré !" Ce chant fut composé dans la seconde moitié du siècle dernier par l’un de ces bardes dont il a été question plus haut : il se nommait Iparraguire et était natif du village de Zumarraga. On lui doit quelques autres, chansons demeurées vivaces dans la mémoire du peuple basque. La mélodie sur laquelle s’envolent les paroles d’Iparraguire est attribuée à un organiste de Lequetio. Quoique de facture moderne et d’accent parfois assez vulgaire, son rythme de zortziko à cinq temps — mesure particulière à cet air de danse — lui confère un cachet nettement caractérisé et jodlant l’empreinte essentiellement autochtone. L’ardeur enflammée et l’élan martial du Guernikako Arbola, autant que sa signification patriotique, en ont fait l’hymne national par excellence du Pays Basque espagnol.




Maintenant, pour conclure, qu’il nous soit permis d’emboucher l’agreste pipeau. Basques ou catalans, ces hymnes évoquent trop souvent de sourdes luttes intestines et, de nos jours, servent de pavillon à d’agressives revendications. Or, la véritable et ancienne chanson populaire se préoccupe moins de politique que d’amour. Et, précisément, les romanceros basque et catalan sont extrêmement riches en cantilènes amoureuses. Ecoutons le flaviol et le hautbois scander ball ou sardana, le tambourin et la chirula rythmer saut basque ou fandango, le pasteur en montagne et la bergère aux champs lancer à pleine voix leurs contemplatives pastourelles, l’énamouré garçon sonner l’aubade aux volets clos de sa bien-aimée. Avec eux tous nous retrouvons, dans leur captivante pureté, l’âme profonde et les traits éternels de ces contrées admirables. Leur voix est l’émanation même de leur nature, toute de sérénité fière et de lumineuse pérennité."



(Source : https://www.eusko-ikaskuntza.eus/fr/fonds-documentaire/chansonnier-basque/ab-3844/)



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