CARTES POSTALES , PHOTOS ET VIDEOS ANCIENNES DU PAYS BASQUE. Entre 1800 et 1980 environ.
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mardi 14 novembre 2023
samedi 14 octobre 2023
L'EXPLORATION SOUTERRAINE DES BASSES-PYRÉNÉES AU DÉBUT DU VINGTIÈME SIÈCLE (première partie)
L'EXPLORATION SOUTERRAINE DES BASSES-PYRÉNÉES AU DÉBUT DU 20ÈME SIÈCLE.
Depuis des milliers d'années, les Basses-Pyrénées et en particulier la province de la Soule, au Pays Basque, possède des canyons, des gouffres et des abîmes.
Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien La Dépêche Coloniale, le 29 août 1910, sous la plume
de Frédéric Lemoine :
"Europe.
Les Pyrénées. — Leur exploration souterraine en 1907-1908-1909.
—- Pour compléter ses études souterraines, progressivement étendues des Causses (depuis 1883) aux principales régions calcaires de France, d’Europe et même du Caucase (1903), M. Martel avait le vif désir d’interroger, au moins dans ses grandes lignes, le sous-sol des Pyrénées. Plusieurs excursions préliminaires (1896, 1900, 1902) lui avaient prouvé que malgré les recherches déjà faites antérieurement (surtout au point de vue préhistorique, paléontologique, zoologique) les cavernes bien connues de Sare et Bétharram (Basses-Pyrénées), Gargas, (Hautes-Pyrénées), le Mas-d’Azil, Marnaud, Bédeillac, Niaux, Lombrive, Lherm, Fonlestorbes (Ariège), etc., non seulement n’étaient pas les seules des Pyrénées françaises, mais encore n’avaient nullement livré les secrets de leur formation et de leur rôle hydrologique ; en outre, des renseignements spéciaux lui auraient appris que les abîmes et gouffres devaient être non moins nombreux que dans les Causses, les Alpes, le Jura, et que l’on n'en connaissait absolument rien ; enfin, ses premiers essais personnels avaient établi que les recherches souterraines aux Pyrénées seraient particulièrement coûteuses et pénibles, à cause de l’absence d’aides expérimentés dans la région et à cause le la cherté des transports et subsistances, particulièrement autour des stations thermales et touristiques.
La création au ministère de l’agriculture, par l'initiative éclairée de M. Dabal, directeur de l’hydraulique et des améliorations agricoles, d’un comité d'études scientifiques devait résoudre la difficulté. Déjà en 1905 et 1906 M. Martel avait été chargé, par cette voie, d’examiner le problème d’utilisation de Fontaine-l’Evêque, ce qui nous avait valu la découverte du merveilleux grand "canon" du Verdon. A la suite d’une enquête préparatoire en 1907, qui fit voir combien d’intéressantes questions étaient posées par le sous-sol pyrénéen — à ne parler que du territoire français, car en Espagne, il y a certainement encore plus à faire — M. Martel put dresser un programme d’exploration, pour lequel M. Ruau, ministre de l’agriculture, d’après l’avis favorable du comité d’études scientifiques, voulut bien lui allouer d’importantes subventions nécessaires à deux campagnes successives en 1908 et 1909.
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| JOSEPH RUAU MINISTRE DE L'AGRICULTURE ENTRE 1905 ET 1910 |
C’est le résumé de ces trois étés d’investigations — ayant ensemble duré quatre mois — que M. Martel fait connaître à la société ou plutôt les principales des acquisitions et constatations nouvelles, qui apprendront aux ingénieurs et aux municipalités comment il faut, au point de vue des applications pratiques, utiliser non seulement les eaux souterraines, mais encore les torrents des Pyrénées ; au passage — et ce n’est pas ce qui intéresse le moins les géographes — cette mission officielle a révélé, pour les touristes, des sites qui se classent en premier rang des merveilles pittoresques de la France.
Le conférencier n’a eu garde d’omettre les remerciements légitimes dus à M. Ruau et à M. Dabat qui ont si parfaitement compris l'utilité des travaux de ce genre. Et en s’excusant de ne pas donner une énumération géographique, forcément trop didactique de toutes les localités explorées, il a tenu du moins à fournir la liste des collaborateurs énergiques et dévoués qui, au cours de ses trois campagnes, lui ont prêté leur savant et utile concours : MM. E. Fournier, Le Couppey de la Forest, le docteur Maréchal, Lucien Rudaux, Bourgeade, Veisse, Dufau, Maugard, les docteurs Reymond, Jammes, Jeannel et Dunac etc., etc. Grâce à leur aide dévouée et désintéressée, il a pu être examiné environ deux cents points et localités et relevé cent cinquante plans et coupes joints aux rapports détaillés avec les plus caractéristiques des quinze cents clichés photographiques rapportés. M. Rudaux a exécuté, là où la photographie était impraticable, un grand nombre d'aquarelles dont quelques-unes ont été envoyées à l'Exposition de Bruxelles par les soins de la direction de l'hydraulique agricole. Une vingtaine, sous forme de clichés coloriés à la main, ont figuré parmi les belles projections illustrant la conférence.
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| SPELEOLOGUE EUGENE FOURNIER |
Les deux départements des Basses-Pyrénées et de l’Ariège ont été particulièrement féconds en résultats.
L’exploration du haut pays de Soule ou Bassa-Caria (Tête-Sauvage) des sources du Saison ou gave de Mauléon, en amont de Tardets-Sorholus, a été faite avec assez de détails et on y a trouvé que les "canons" du pays basque sont d'incomparables merveilles.
Entre 1 000 et 1 760 mètres d'altitude, on a reconnu plus de 40 abîmes dépassant souvent 100 mètres de profondeur ; beaucoup étaient bouchés par la neige : une douzaine ont été descendus. Les pertes de ruisseaux sont nombreuses et un magnifique "lapiaz" au pied du pic d’Amé (2 504 mètres) était tout à fait ignoré et non moins remarquable que ceux du Pannelou et du désert de Plate en Savoie et de l'oucone de Chabrières (Hautes-Alpes), révélé en 1904 par M. Martel même.
Les méfaits du déboisement et du pacage.
— On a surtout pris sur le fait les ravages désastreux que les moutons espagnols exercent sur le peu de forêts qui subsistent en ces parages.
Dans le désastreux dessèchement du sol le rôle du berger est en effet prépondérant.
Et la responsabilité de ceux qui continuent à lui abandonner nos hauts plateaux au lieu d'y reconstituer nos forêts et écrasante devant l'avenir.
Sur une zone de plus de cent kilomètres carrés, d'innombrables absorptions engloutissent à peu près toutes les précipitations atmosphériques : la fissuration du sol, le déboisement et le pacage ont livré tout ce territoire — et ses environs bien au loin, en Espagne surtout — aux ravages de leur conjuration.
On ne sait même pas toujours où reparaissent ces pluies perdues ni la fonte lente des inutiles emmagasinements de neige empilés dans les gouttières engorgées des abîmes.
Entre les mailles du tamis de pierres où s'évanouit sans retour tant de richesse hydrique latente, le mouton achève d'arracher le dernier brin d'herbe, le dernier terreau végétal, décoiffant toujours de nouvelles crevasses sur cette surface grêlée de trous comme les cratères de la lune.
Si l'on enregistre avec indifférence la diminution de plus de la moitié qui a frappé les forêts de France au début du dix-neuvième siècle ; si l'on ne se rend pas compte que les conséquences du déboisement se propagent en réelle progression géométrique ; si l'on n'admet pas qu'une réfection de 100 000 francs hier vaut 1 million aujourd'hui et en coûtera 10 demain, il est assuré qu’il suffira d'un siècle encore pour que le bassin de la Garonne — comme la majeure partie de la France — n’ait plus ni forêts, ni sources, ni terre végétale, ni rivières navigables, ni culture dans ses champs taris ni commerce dans ses ports ensablés."
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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jeudi 7 avril 2022
JEAN D'ALBARADE CORSAIRE BASQUE DE BAYONNE EN LABOURD DEVENU MINISTRE DE LA MARINE EN AVRIL 1794 (troisième et dernière partie)
JEAN D'ALBARADE CORSAIRE BASQUE DEVENU MINISTRE DE LA MARINE EN 1794.
Jean Dalbarade dit "Le Bayonnais" (né à Biarritz en 1743 et mort à Saint-Jean-de-Luz, le 31 décembre 1819) est un officier de marine, corsaire et homme politique français des 18ème et 19ème siècles. Il fut Ministre de la Marine entre le 10 avril 1793 et le 2 juillet 1795.
Voici ce que rapporta à son sujet le journal La Dépêche coloniale, le 25 juin 1926, sous la plume
de Maurice Besson :
"Chronique historique.
Un Corsaire devenu Ministre de la Marine.
Jean d'Albarade ( 1743-1819)
"Après tant de courses et de combats honorables, j’étais enfin parvenu à commander la plus belle frégate de l'Europe, l’Aigle, et de prouver le premier, par l’expérience d’un combat très vif (contre l’opinion de tous les marins) qu’avec l’échantillon du 12 on pouvait porter et tirer du 24. Après cette épreuve je ne dois plus regretter les travaux accablants, faisant deux fois le tour des Trois Royaumes et les navigations des mers les plus dures depuis que je monte cette frégate. Cela me flatte beaucoup plus que le bonheur stérile pour moi d’avoir pris dans cet intervalle "vingt-huit navires anglois" dont il est résulté pourtant un avantage réel pour l'Etat et le commerce puisque dans ce nombre il y avoit "six corsaires".
Mon plus grand chagrin est de voir qu'avec tant de prises mes armateurs ont fait jusqu’à présent des pertes immenses dont la plus considérable est occasionnée par le retard et les entraves que j’éprouve depuis si longtemps de n’avoir pu faire l’expédition pour laquelle l'Aigle étoit armée, dont le roy avoit connaissance et dont le succès aurait été du plus grand avantage pour le gouvernement.
Quel a été le fruit de mon zèle, de mes combats et de mes blessures, dont la dernière m’a fait tenir pour mort ? C'est la prison que j'ai subie à Lorient et la menace d’y retourner. J’espère qu’un boulet terminera plutôt mes jours et mes malheurs : ce sera ma récompense.
Si je naviguais par l’apât du gain, je ferois comme tant d'autres capitaines marchands et me bornant à la navigation des colonies, j’aurois un bénéfice sûr avec peu ou point de risques pour ma personne.
Cette côte est infestée de corsaires ; ils viennent jusque dans les rades et y ont fait plusieurs prises. Il n'y a pas de vaisseau du Roy pour les en chasser. Avant de désarmer (si l'on s’obstine à m’y forcer), j’aurois la satisfaction de courir sur eux de tous côtés et de rendre ce dernier service au Roy, à l’Etat, au commerce.
Dès qu’ils sauront que l’Aigle est sur leur trace, ils s'en éloigneront. Les Anglois, Monseigneur, connaissent bien celte frégate.
Je suis, avec un profond respect, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.
D’Albarade."
| FREGATE L'AIGLE 1792 |
Le commandant de l’Aigle ramena sa belle frégate doublée de cuivre à Saint-Malo, coulant en cours de route deux vaisseaux ennemis. D’Albarade se rendit à Paris et à Versailles où il avait, selon sa propre expression, quelque crédit, notamment auprès de la duchesse de Polignac qui avait été sensible à l'hommage de notre officier qui avait appelé un des bâtiments de course placé sous son autorité du nom de la gracieuse duchesse. D’Albarade n’eut point de difficultés à prouver que l’accusation qui pesait sur lui était l'œuvre de quelque envieux et le ministre de la marine le fit rentrer dans la flotte régulière avec le grade de capitaine de frégate.
C'était l’époque des armements effectués par le bailli de Suffren contre les Indes ; les flottes se rassemblaient à l'île de France et le capitaine de frégate partait de Lorient en septembre 1782 pour conduire au bailli une frégate bien armée, nommé le Fier ; arrivé au Cap, d’Albarade y trouvait l’ordre d’aller mouiller dans la baie de Trincomalœ à Ceylan ; à peine parvenu dans ce point de concentration que Suffren chargeait d’Albarade d’escorter du cap à Bourbon quelques vaisseaux portant des troupes et du matériel pour l’expédition des Indes. Puis le gros de l’escadre étant parti, d’Albarade reçut mission de faire la guerre de course dans l'Océan Indien.
Il s’acquitta fort bien de cette tâche et le Fier assura plusieurs fois le ravitaillement des îles de France et de Bourbon grâce à la capture de vaisseaux de la Compagnie des Indes, la 'Vieille Dame de la Tour de Londres" selon l’expression d’alors. Revenu à Brest en 1785 le capitaine dut traîner une inactivité pesante durant les années qui précédèrent la tourmente révolutionnaire dans les dépôts de la flotte où la politique tenait alors la première place, entravant toute initiative.
La Révolution promut d’Albarade, qui n avait pas cru devoir émigrer et qui d’ailleurs ne cachait pas ses convictions républicaines, capitaine de vaisseau. Le nouveau promu reçut le commandement d’une excellente unité du port de Brest l'Astrée. D’Albarade instruit, expérimenté, représentait pour la jeune administration révolutionnaire une force réelle qui devait rendre des services précieux. Le ministre de la marine Lacoste qui connaissait la valeur professionnelle de d'Albarade et qui avait servi sous ses ordres comme lieutenant en second attira l'attention du gouvernement sur cet officier. La marine de guerre, profondément ébranlée par l’émigration de ses cadres, était dans un état piteux. Quelles mesures prendre pour la réorganiser, créer des escadres dignes de ce nom, organiser des centres, des arsenaux, redonner vie en un mot à ce corps quasi mort ?
| FREGATE L'ASTREE 1778 |
En décembre 1792 le capitaine de vaisseau d’Albarade, devenu Dalbarade en un seul mot, déposait son rapport. C’est un document fort complet qui cache quelque peu l'état de désorganisation où étaient tombés les ports et les flottes de la République faute de cadres, faute d’argent et surtout faute de discipline ; "l’esprit marin" était remplacé aussi bien à bord que dans les arsenaux par le "démon du club". De précieuses indications étaient fournies néanmoins dans ce rapport ; un plan précis de regroupement des forces navales y était établi et surtout il y était démontré la nécessité urgente de "faire naviguer les escadres pour redonner du ton et de l’exercice aux officiers comme aux matelots". Le ministre de la marine Lacoste pria d’Albarade de rester auprès de lui comme adjoint et celui-ci prit possession de son poste le 1er mars 1793.
Un an après, le 10 avril 1794, la Convention désignait Jean d’Albarade comme ministre de la marine ; on a reproché à ce sujet à l'ex-corsaire bayonnais d'avoir fait montre en cette occasion d'une...certaine souplesse politique et d’avoir renié trop facilement son passé ; on en a même conclu que cet officier manquait de caractère. C'est, semble-t-il, faire aisément table rase de ses multiples actions d’éclat. Et du reste le nouveau ministre ne tarda pas à être accusé de faiblesse à l’égard "des ci-devants" encore en service dans la manne. D’Albarade avait pourtant besoin de cadres instruits et où pouvait-il les prendre sinon dans les anciennes formations ; pendant deux ans il lutta pied à pied pour empêcher le "sans-culotisme" complet de la marine, effondrement absolu des derniers vestiges de nos forces maritimes. Ancien corsaire, le ministre donna tous ses soins à la lutte menée par les capitaines qui armaient en course "contre la coalition". Mais toujours accusé de "modérantisme" il dut se démettre de ses fonctions le 2 juillet 1793 et prendre un commandement.
Le Directoire le trouvait contre-amiral et commandant du port de Lorient. Un événement tragique vint alors briser sa fortune militaire ; le 11 floral an II, alors que le vaisseau de haut-rang Le-14-Juillet était au radoub dans l’arsenal de Lorient, le feu se déclarait sur ce bâtiment. Il brûla en entier et la perte de cette unité coûtait non seulement plus de 3 millions à l’Etat, mais privait la flotte républicaine d’une de ses meilleures unités. D’Albarade, commandant le port de Lorient, fut tenu pour responsable, un arrêt du Directoire, signé le 18 floral, déclare cet officier "mis en disponibilité d’urgence" et le traduit en cour martiale. Celle-ci décide que d’Albarade devait être jugé "incapable de tout commandement". Le contre-amiral fit appel de cette dure sentence et l'affaire vint devant un conseil de guerre qui siégea à Paris le 19 brumaire an V. Ce tribunal acquitta d’Albarade, mais le mal était fait et sa carrière brisée.
Le capitaine se retira dans la maison paternelle de Saint-Jean-de-Luz. Mais lors de l’expédition d'Egypte il écrivit au général Buonaparte une lettre personnelle qui a été versée au dossier de notre officier pour lui demander un commandement "pour partir contre les Anglois une fois de plus." Aucune réponse ne lui fut faite. Aussi le contre-amiral s’embarqua sous un faux nom sur un corsaire de Saint-Jean-de-Luz, la Légère, commandé par son propre frère, d'Albarade, dit le Jeune, qui en l’an VIII prit un vaisseau portugais de 8 alors que la Légère n’était qu’un mauvais petit voilier.
La marine octroya une pension de 2 000 francs à l'ex-corsaire ministre en y ajoutant la croix de la Légion d’honneur. La Restauration, en souvenir de la duchesse de Chartres probablement, porta de 2 000 a 4 000 francs ladite pension.
L’amiral put faire chaque jour son tour de rempart et humer l’air du large dans le port de la vieille ville de Saint Jean de Luz. Puis ses blessures s’étant rouvertes, ses rhumatismes devenant plus cuisants, Jean d’Albarade qui avait remis sa croix de Saint-Louis à son habit, s'éteignit en 1819 ; correct jusqu’au bout il avait attendu pour quitter cette terre le soir même du 31 décembre.
Après sa mort Louis XVIII qui avait connu le corsaire à Versailles, donna l'ordre de faire chercher au domicile du défunt la croix et le brevet de l’Ordre de Saint-Louis donné par son frère au contre-amiral le 11 août 1787. Ce faisant, le roi voulait s'assurer si ces pièces avaient été déposées à la municipalité, conformément à un décret de la Convention du 28 juillet 93 ou bien si d'Albarade ne leur avait pas substitué d'autres comme on le fit souvent à cette occasion. On eut beau chercher on ne trouva qu'une modeste petite croix de Saint-Louis que le vieil officier portait toujours sur lui depuis le retour des Bourbons. Et le bruit courut à travers la ville de Saint-Jean de Luz que l'amiral d'Albarade tenant à emporter par-delà ce monde le témoignage certain de sa belle existence de marin valeureux... avait avalé sa "vraie" Croix de Saint-Louis, celle donnée par Louis XVI, le jour où il mourut qui était la Saint-Sylvestre de l'an de grâce 1819."
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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lundi 7 mars 2022
JEAN D'ALBARADE CORSAIRE BASQUE DE BAYONNE EN LABOURD DEVENU MINISTRE DE LA MARINE EN AVRIL 1794 (deuxième partie)
JEAN D'ALBARADE CORSAIRE BASQUE DEVENU MINISTRE DE LA MARINE EN 1794.
Jean Dalbarade dit "Le Bayonnais" (né à Biarritz en 1743 et mort à Saint-Jean-de-Luz, le 31 décembre 1819) est un officier de marine, corsaire et homme politique français des 18ème et 19ème siècles. Il fut Ministre de la Marine entre le 10 avril 1793 et le 2 juillet 1795.
Voici ce que rapporta à son sujet le journal La Dépêche coloniale, le 18 juin 1926, sous la plume
de Maurice Besson :
"Chronique historique.
Un corsaire devenu Ministre de la Marine.
Jean d'Albarade (1743—18I9).
(Suite). Le 25 septembre la Duchesse-de-Chartres attaquait l'une des frégates anglaises le Général-Dulling et, après un duel d'artillerie et de mousqueterie qui dura trois heures, d’Albarade fit enlever à l’abordage le vaisseau anglais. On amarine celui-ci et alors que l’on examinait la cargaison s'élevant à 600 000 livres, deux scoops de guerre ennemis se dessinèrent à l’horizon, faisant force voiles sur notre corsaire. Il fallut se préparer à un nouveau combat.
Le vent était au Sud au bon frais, la mer grosse ; on avait les amures sur tribord. La prise, le Général-Dulling à bord de laquelle on avait mis 13 hommes de l’équipage français abandonna la Duchesse-de-Chartres prenant l'amure sur bas bord et cingla à la rencontre de ces ennemis ; ceux-ci ne tardèrent point à en effectuer la capture. Le capitaine d'Albarade faisait, pendant ce temps, hâter de réparer les dommages de la lutte précédente, la voilure surtout avait souffert ; toute manoeuvre utile était quasi impossible. "A midy un cutter de guerre de 14 canons, venant du sud-ouest, vint reconnaître à deux portées de canon la Duchesse-de-Chartres et prit les amures sur bas bord sans venir plus près. M. d'Albarade se trouvoit presque dans l’impossibilité de se défendre par le mauvais état de ses voiles, de ses manoeuvres, ne pouvant faire aucun usage de ses canons et de ses pierriers sous le vent qui étaient entièrement dans l’eau : la mer entrant à bord jusque par dessus le mi-bord, gênait extrêmement le service de la mousqueterie, les hommes étaient dans l’eau et très fatigués. Malgré tous ces obstacles, ce capitaine voulant défendre et soutenir son pavillon fit débarrasser tout le pont de l’avant à l'arrière en faisant jeter à la mer tout ce qui était dessus, excepté les canons et les autres armes afin que rien ne gênât."
| COMBAT NAVAL REVOLUTION FRANCAISE |
Les matelots n'étaient pas sans appréhension à l’idée de combattre dans un tel état d’infériorité contre deux puissants vaisseaux de ligne, et ne songeaient pas sans angoisse que les ennemis avaient trente canons et "étant sous le vent, pouvaient exterminer en peu de temps la Duchesse de Chartres". Jean d’Albarade resta inébranlable dans son désir de combattre et d’utiliser l’abordage comme seule tactique ayant chance de succès.
N'ayant d'autres armes à employer que des sabres et des haches, le capitaine, en encourageant son monde, prit lui-même les armes qu'il déposa au pied du grand mât dans un tonneau assujetti pour empêcher que l'eau qui submergeait le pont ne l’emportât, en disant à son équipage : "Nous n’avons que de ceci à pouvoir faire usage aujourd’hui ; ceux qui en manqueront viendront en prendre dans la barrique".
Les deux bâtiments anglais constatant que la Duchesse de Chartres n’avançait pour ainsi dire plus (elle faisait deux lieues et demie l’heure), se postèrent "l’un au vent, l’autre sous le vent et à portée de canon". Bientôt le Lively "se laissant culer" fit feu de toute sa bordée et manquera pour passer sous le vent. L’autre vaisseau, le Svalow, tira alors de son côté toute sa bordée mais ne put empêcher la Duchesse-de-Chartres d’aborder au vent le Lively alors que celui-ci passait devant.
A ce moment précis le capitaine d’Albarade reçut une grave blessure à l’épaule gauche et 1a balle qui l’avait atteint lui tracassa le sternum ; le sang coulait abondamment et comme ses officier» l’entouraient, le corsaire se remit debout disant "pour leur en imposer" : "Taisez-vous ce n’est rien", et agrippé par la main droite à la rambarde de sa dunette, il donnait ses ordres : la situation était critique, le Lively se dégageait n’ayant que son grand port-hauban écrasé. D’Albarade se hâta, aussitôt que son beaupré fut libre, de décharger toute sa batterie du vent quasi à brûle pourpoint sur l'arrière de l'Anglais, puis inclinant sur tribord abordait le Svalow à son arrière. Malheureusement les hommes, juchés sur le grand mât, au lieu de sauter sur le pont de l’Anglais hésitaient enrayant le succès de la tentative d’abordage.
| COMBAT NAVAL VERS 1780 |
Mais l’accrochage était bon et pendant trois-quarts d’heure, bord à bord, on se battit à l’arme blanche, au mousquet allant jusqu’à se jeter à bras des boulets, des planches, des pinces, des poulies. D’Albarade accourant à l’arrière, met l’épée à la main pour entraîner ses gens à sauter sur le pont du Svalow. C’est alors qu'un boulet, heureusement en fin de course, le frappa au flanc gauche le jetant à terre et le laissant sans respiration. Le capitaine eut encore le courage d’appeler son lieutenant en premier, le sieur Cotte, de lui remettre son sabre et et de lui "recommander l'honneur du pavillon," puis s’évanouit "perdant le sang à gros bouillon".
Quand d’Albarade revint à lui, il se trouva prisonnier avec sa chère Duchesse de Chartres. Les chirurgiens parvinrent à panser ses blessures, mais il fallut de longs mois de soins assidus donnés à Pembrocke pour lui sauver la vie. L’amirauté britannique fit restituer au capitaine son épée et les officiers anglais "ne cessèrent lui témoigner leur estime".
Un mémoire du temps nous donne les détails suivants sur la blessure en question : "1a balle de mousquet que M. d’Albarade a reçue en haut du bras gauche a passé sous le grand artère ; elle a pénétré dans la poitrine et a fracturé le sternum. On n’a pu la retirer parce qu’elle était tombée dans la cavité du choraux où elle est restée. Le 15 décembre 1779 il lui est sorti de la poitrine par la fracture un morceau de la doublure de son habit ; le 14 janvier il est sorti aussi un petit os ou esquille du sternum."
Les Anglais acceptèrent sans la moindre difficulté d’échanger M. d'Albarade et celui-ci put quitter Pembroke le 27 janvier 1780, muni des certificats les plus élogieux.
| COMBAT NAVAL VERS 1780 |
Dès le retour en France de d’Albarade, après son séjour forcé comme prisonnier en Angleterre, nombre d'armateurs lui firent des propositions et un armateur de Saint-Malo lui confia le commandement d’une superbe frégate l'Aigle de 40 pièces et de 300 hommes d’équipage ; l'Aigle sortait du constructeur malouin Desjardins, elle était carénée de cuivre. Une autre frégate était jointe à l’Aigle, c’était la duchesse de Poliguac.
Jean d’Albarade, capitaine de l’Aigle, se surpassa et pour une première croisière faisait la capture de 17 bâtiments dont 3 corsaires anglais et 294 prisonniers. En octobre 1781 l’Aigle se remettait en campagne et enlevait dans les eaux britanniques, trois vaisseaux ennemis dont une frégate ; les prises mises en sûreté à Dunkerque l'Aigle croisait dans la Manche où elle coulait une frégate de 36, une de 22 et deux petits cutters. Passant dans le Ponant l’Aigle prit pour port d’attache la rade de Saint-Martin de Ré dans les derniers jours de novembre 1781.
C’est devant l'île de Ré que le capitaine-corsaire Jean d’Albarade reçut un pli aux cachets du ministre de la marine, il y lut avec stupéfaction l’ordre impératif de désarmer l’Aigle comme s’étant rendu responsable d’avoir débauché des marins de la flotte royale en vue de compléter des équipages de corsaires. C’est par une plainte anonyme, un factum selon l’expression de l’époque, que les bureaux de Versailles avaient été avisés, par quelque envieux de la gloire du commandant de l’Aigle, de ces prétendues manœuvres de détournement. D’Albarade ne put au reçu de la missive ministérielle que répondre cette très belle lettre qui se trouve versée dans son dossier aux archives de la marine.
| COMBAT NAVAL VERS 1780 |
"A bord de la frégate l’Aigle, en rade de Saint-Martin-de-Ré, le 25 décembre 1781.
Monseigneur,
Un marin, zélé pour la patrie qui, depuis son enfance, dans les dernières guerres et dans celles-ci n’a jamais cessé de chercher et de combattre les ennemis de l’Etat ; un officier, dont la santé, délabrée par de grandes blessures, n’a pu ralentir sa passion pour la guerre el son ardeur pour la course, pourrait-il avoir eu le malheur de déplaire à un ministre animé des mêmes sentiments et toujours prêt à les encourager ?
Si j’avoie manqué, Monseigneur, au point de vous avoir indisposé contre moi, comme ce ne seroit assurément jamais par le cœur, j’aurois, j’ose le dire, quelques droits à votre indulgence. Et peut-être n’en aurois-je pas besoin aujourd’hui si, par des motifs que je ne prétends point pénétrer, on n'avoit cherché à me faire des torts ou du moins à les aggraver.
Je vais donc remettre sous voile pour aller désarmer au port puisque mon nouveau malheur le veut ainsi. C’est de toutes les routes possibles la plus dangereuse dans ce moment soit par les armes de l’ennemi, soit par les périls de la mer. Si je perds la vie j’aurai la consolation d’en avoir fait le sacrifice à l’obéissance comme je l’ai risquée mille fois pour la gloire de mon Roy et de son Pavillon. Mais j’emporterai la douleur d’y avoir été réduit par les plus injustes imputations.
Non, Monseigneur, je ne les ai pas méritées ; souffrez qu'un militaire, accusé auprès de vous, ose se rendre à lui même ce témoignage. Je suis beaucoup plus propre à ramener les marins errants qu'à les débaucher du service du roy et permettez-moi de le dire à en former beaucoup de nouveaux si j’avois le bonheur d être soutenu et encouragé.
Mais, mon cœur me le dit, vous êtes trop éclairé pour ne pas me rendre justice. Vous verrez, Monseigneur, que, loin de faire du tort à la marine royale, le marché dont on veut me faire un crime produiroit un effet contraire. Tant que les vaisseaux du roy auront des équipages. toujours ils écraseront les Anglois ; mais le meilleur moyen d’en faire de bons c'est la course et vouloir la restreindre trop rigoureusement c'est couper la racine à l’espèce et à la reproduction des gens de mer. J'ai pris, il y trois ans, la liberté d'écrire et de prédire ce qui arrive aujourd'hui; le mal augmente tous les jours et si on s’obstine à proscrire le plus grand remède, il deviendra irréparable. Semer un pour produire vingt vaut mieux que de semer un pour ne rien recueillir et perdre la belle récolte de vingt pour un qu’on était sûr de produire."
A suivre...
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lundi 7 février 2022
JEAN D'ALBARADE CORSAIRE BASQUE EN LABOURD DEVENU MINISTRE DE LA MARINE EN AVRIL 1793 (première partie)
JEAN D'ALBARADE CORSAIRE BASQUE DEVENU MINISTRE DE LA MARINE EN 1793.
Jean Dalbarade dit "Le Bayonnais" (né à Biarritz en 1743 et mort à Saint-Jean-de-Luz, le 31 décembre 1819) est un officier de marine, corsaire et homme politique français des 18ème et 19ème siècles. Il fut Ministre de la Marine entre le 10 avril 1793 et le 2 juillet 1795.
Voici ce que rapporta à son sujet le journal La Dépêche coloniale, le 3 juin 1926, sous la plume de
Maurice Besson :
"Chronique historique.
Un corsaire devenu Ministre de la Marine.
Jean d’Albarade (1743-1819).
Les archives de la marine contiennent les deux citations suivantes qui mériteraient d’être inscrites dans une anthologie de l’héroïsme de nos gens de mer :
"Je soussigné, capitaine commandant la frégate Le Labour, corsaire de Saint-Jean de Luz, armé en guerre contre les ennemis de l’Etat avec dix-huit canons de six livres de balle" avec deux cent vingt hommes d’équipage.
Certifie que le sieur d’Albarade a servi sur mon bord en qualité de lieutenant, dans l’année 1760, et dans celle de 1761, qu’il s’est distingué avec autant de bravoure, de courage que de sang-froid, notamment dans l’engagement contre deux gros navires anglais que j’ai pris, l’un nommé le Frère Galley, de Londres, armé de 16 canons de 6 livres de balles et 12 pierriers et 55 hommes d’équipage dans lequel engagement ayant eu plusieurs blessés, le sieur d'Albarade était du nombre des blessés à la tête ainsi que moi-même très dangereusement dans le côté par une mitraille. En foi de quoi ai délivré le présent certificat pour lui servir et valoir ainsi que de raison.
Fait à Ciboure, le 20 juin 1761. signé Pierre Naguilie".
| COMBAT NAVAL "LE VENGEUR" 1783 |
La seconde citation est ainsi rédigée :
"Je soussigné, capitaine commandant la corvette La Minerve, corsaire de Bayonne, armé en course contre les ennemis de l'Etat avec quatre canons, quatorze pierriers et soixante-trois hommes d’équipage.
Certifie que le sieur d’Albarade a servi sur mon bord en qualité de lieutenant, qu'il s’est distingué avec autant d'intrépidité que de sang-froid, lorsque j'ai attaqué à l’abordage le navire anglais nommé Le Jenny, de Londres, armé de 16 canons et de 25 hommes d’équipage, lequel était le commandant de trois navires aussi armés de canons qui prirent la fuite aussitôt qu’ils avaient vu que leur commandant avait été pris, sans que j’aye pu courre dessus, ayant été obligé de mettre mon bâtiment à la bande, courant des dangers, étant percé dans l’eau par un boulet de canon, étant encore dégréé et une grande partie de mon équipage hors de combat tant par ceux tués que blessés.
Dans l’abordage, M. d’Albarade, étant sur la vergue de fortune pour mieux s’élancer à bord de l’ennemi ; là, il fut marcqué de plusieurs coups d’espingolle tiré par le capitaine anglois ; celui-cy, à son tour, fut serré par un coup de sabre que lui porta le sieur d’Alparade aussitôt qu’il passa à son bord. Il évita le coup en abandonnant son bâtiment et en passant à bord du mien. L’équipage ennemi, qui avait aussy des tués et des blessés se trouva forcé de demander quartier et de se rendre, lorsque de mon côté j'étais passé sur son bord, ne leur ayant pas donné le temps de finir leur retraite en bas où ils avaient des canons et des meurtrières dans la chambre et dans l’entrepont.
Dans ce sanglant combat, le sieur d’Albarade a reçu deux blessures, l’une à la tête, l’autre au pied ; malgré ces blessures il n’a pas discontinué de se battre et a sauté le premier au bord de l’ennemy. Je lui aye confié le commandement de cette prise qui est de valeur pour la conduire en France où il s est rendu à bon port à Bayonne. En foy de quoy j’ai délivré le présent certificat pour servir et valoir ainsy que de raison.
Fait à Hendaye, le 21 novembre 1761.
Signé : Pierre Delatre."
| TABLEAU DE COMBAT NAVAL PAR PIERRE JULIEN GILBERT |
Quel était ce sieur d’Albarade qui ne craignait guère le feu de ces messieurs d’Angleterre ? L’histoire maritime n’a pas donné à cet officier la place qu’il mérite dans nos fastes navals. Il a fallu, en effet, à ce marin des qualités peu communes pour s’élever du rang de corsaire à celui de ministre de la marine sous la Convention et de contre-amiral sous le Directoire.
Jean d’Albarade était un Landais ; sa famille était originaire de Saint-Jean-de-Luz où elle possédait des biens. Si notre corsaire et futur ministre de la marine naquit le 31 avril 1743 à Biarritz et non à Saint-Jean-de-Luz c’est parce que son père, Etienne d’Albarade, enseignait à Bayonne l’hydrographique à la jeunesse ardente de ce port si actif au XVIIIe siècle, et que Mme d’Albarade avait tenu à faire ses couches dans une petite propriété située au bord de la mer et à laquelle le jeune ménage avait donné le nom "d’Espérance" ; les premiers regards de l’enfant furent donc pour cette "mer Océane" qui devait être la passion de toute sa vie.
Jean d’Albarade reçut une solide instruction à Bayonne ; son père, le professeur d’hydrographique, lui donna, en outre, une forte éducation technique. Aussi n’eut-il pas de peines à le faire embarquer à dix-neuf ans comme pilotier, c’est-à-dire élève officier, à bord de la flûte du roi l'Outarde, aux appointements de 15 livres par mois. Le jeune homme accomplit donc sa première traversée de l’océan sur ce bâtiment sous les ordres d’un capitaine basque, Duragony, qui l’emmena à Québec.
De retour à Bayonne, la passion de la mer s’étant pleinement manifestée chez lui, Jean d’Albarade n’eut plus qu’un désir : faire partie d'un équipage de corsaire. On peut aisément comprendre les raisons d’une telle détermination lorsque l’on songe qu’à cette époque l’amirauté s’efforçait d’attirer les jeunes marins instruits sur les "Vaisseaux du roy" ; en effet la porte de la marine d’Etat était largement ouverte aux cadres de la marine marchande et on assimilait les "navigateurs" au rang de "capitaines de brûlot" ; les lieutenants d’équipages avaient les prérogatives de lieutenants de frégate avec droit au port des épaulettes et aux décorations de Saint-Louis.
Le jeune d’Albarade fut donc fort satisfait de signer le 2 août 1760 un engagement en qualité de "lieutenant à part" à bord du corsaire le Labour, de Saint-Jean-de-Luz qui, au cours de quelques mois, ne fit pas moins de 13 prises.
Le certificat délivré à l’issue de la campagne par le capitaine Pierre Naguille et que nous avons reproduit permet de constater que le métier de corsaire était parfaitement dans les cordes du fils du professeur d'hydrographie.
| TABLEAU DE COMBAT NAVAL PAR PIERRE JULIEN GILBERT |
Aussi, à peine remis de la blessure qu’il avait reçu à la tête sur le Labour, Jean d’Albarade signait un nouvel engagement avec le capitaine Pierre Delatre. Celui-ci était un des "as" de la guerre de course du port de Bayonne qui, commandant de l'Espérance, avait notamment en 1757 enlevé un convoi anglais dont un gros vaisseau le Blacksay et ravitaillé à plusieurs reprises le marquis de Montauban. Pour le présent Pierre Delatre commandait un joli bâtiment de quatre, la Minerve. C'est de la vergue de cette goélette que d’Albarade sauta sur le pont du Jenny, allant droit au capitaine anglais, flamberge au vent ainsi que le témoigne le second certificat reproduit plus haut. Mais comme nous en informe ce document, la Minerve était percée de part en part et il fallut la mettre pour de longs mois au bassin de radoub ; d’Albarade se trouvait donc "à terre". Il n’y resta guère car en janvier 1762 il embarquait à nouveau et en qualité de lieutenant en premier sur une belle frégate de 120 hommes d’équipage, la Triomphante, capitaine Lavernis.
Malgré le mauvais temps, et la mer est dure dans le golfe de Gascogne, la Triomphante tira bordée sur bordée de février à mai 1762, le long des côtes espagnoles sans rencontrer un bâtiment ennemi. Enfin subitement le 5 mai 1762 la Triomphante tombe sur un convoi anglais de cinq beaux navires aux cales fort bien remplies qu’elle captura avec un vif combat : c’était la fortune pour les armateurs et l’octroi d'une fort belle prime aux officiers el à l’équipage.
Jean d'Albarade, la bourse suffisamment pansue, pouvait ainsi sans déchoir demander alors à entrer "au service du roy". Le 19 juin de la même année il est accrédité comme "matelot aide pilote" auprès du lieutenant de vaisseau de Chateauvert, commandant une frégate de 46, la Malicieuse. Jean d’Albarade resta un an "à l’Etat" ; mais la nostalgie de la guerre de course le poussa à réclamer un congé "pour courir sus à l’ennemi."
Revenu à Bayonne, il reprend contact avec les armateurs du port basque et sert tour à tour comme officier en second, "à 90 livres par mois" sur différents corsaires, le Régime, la Marie, la Sainte-Anne, le Saint-Jean ; opérations de course, transports commerciaux, se succèdent et la renommée du capitaine Jean d’Albarade se répand dans tous les milieux maritimes.
La guerre d’indépendance donnant à la course un champ d'activité nouveau ; partout on arme, à Bayonne, à Nantes, en Bretagne, à Dunkerque. Les capitaines capables sont recherchés et attirés par de forts traitements. En août 1779, un des plus riches armateurs de Morlaix offrit à d’Albarade le commandement d’une superbe unité de combat, la Duchesse-de-Chartres, dotée de 12 belles pièces et de plusieurs caronades ; montée par 107 hommes d’équipage, parfaite à la mer, la frégate était redoutable. Parti de Morlaix le 5 septembre 1779. ce bâtiment donnait la chasse, dès le 22 à un navire anglais de 32 canons ; puis deux jours après, prenait en surveillance une petite flotte britannique."
A suivre...
(Source : Wikipédia et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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