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samedi 6 juin 2026

LA TOUR D'AUVERGNE ET LA RÉVOLUTION FRANÇAISE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1793 (quatrième et dernière partie)

 

LA TOUR D'AUVERGNE AU PAYS BASQUE.


Théophile Malo de La Tour d'Auvergne-Corret est un militaire français, né en 1743 à Carhaix, en Bretagne, à qui Napoléon donna le titre de "premier grenadier de la République".



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LA TOUR D'AUVERGNE


Voici ce que rapporta à son sujet Emile Second dans le quotidien Le Mot d'Ordre, le 12 avril 1891 :



"Le Premier Grenadier de la République.

— Suite.


Tous les épisodes que nous avons racontés sont rigoureusement exacts, tirés de documents officiels d'une authenticité indiscutable. Nous nous sommes abstenu de citer des actes et des propos que beaucoup d'écrivains ont attribués à La Tour-d'Auvergne, et qui paraissent appartenir plus à la légende qu'à l'histoire. Quelques anecdotes curieuses ont paru, à l'époque, dans le Moniteur universel, et, plus tard, dans d'autres journaux, racontées par des personnages qui disaient avoir connu particulièrement le capitaine de la 148e. Peut-être sont-elles exactes ? En voici quelques-unes :


Un représentant du peuple en mission à l'armée des Pyrénées-Occidentales, enthousiasmé par les hauts faits de La Tour-d'Auvergne, ne cessait de le complimenter et de lui offrir sa puissante protection. L'officier lui dit un jour :


— Alors, citoyen représentant, vous êtes vraiment très influent ?

— Certainement. Tout ce que vous me demanderez, vous l'obtiendrez.

— Eh bien, tâchez donc d'avoir des souliers pour mes pauvres grenadiers et pour moi, car nous en avons un besoin urgent.



Le mot est invraisemblable, étant donnés l'indépendance de caractère et le mépris pour les honneurs de celui à qui on l'attribue. Les troupes manquèrent souvent des choses les plus nécessaires, surtout lorsque l'incapable Pache parvint par l'intrigue au ministère de la guerre, où il réussit à se maintenir du 18 octobre 1792 au 4 février 1793.



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JEAN-NICOLAS PACHE
LITHOGRAPHIE DE FANCOIS-SERAPHIN DELPECH



Un ingénieur, qui se trouvait à Socoa en 1789, a raconté que La Tour-d'Auvergne s'occupait sans cesse d'améliorer la situation de ses soldats ; que, s'étant aperçu que l'eau du fort où ils étaient laissait à désirer, il avait sollicité et obtenu de construire une fontaine à laquelle il travailla lui-même pour activer les travaux.



"Il se baignait souvent à la mer, à l'entrée du port de Socoa ; deux de ses soldats se trouvant un jour entraînés par la marée, il s'élance à leur secours ; il y est entraîné lui-même. Un jeune tambour, bon nageur, se précipite et le sauve ; ses camarades sont également mis à terre par les marins ; mais les spectateurs ont été pendant quelques instants, qui leur ont paru bien longs, en proie à une horrible inquiétude. Ah ! brave jeune homme ! tu sais comme tu fus porté en triomphe par tous tes camarades ! Comme tu fus béni d'avoir sauvé leur commandant, mais plus encore leur ami. Il méritait ce titre, car il leur consacrait la plupart de ses moments ; les autres étaient employés à l'étude, ainsi qu'à faire des notes sur les médailles qu'il me montrait souvent et qui lui servaient à son ouvrage des Origines gauloises."



Un ami intime, ancien camarade de collège, l'archevêque Le Coz, dans un livre publié seulement en 1815, a dit que La Tour-d'Auvergne, lorsqu'il fut nommé colonel, rassembla ses grenadiers : "Camarades, j'ai un avis à vous demander." A ce propos, les grenadiers de s'entre-regarder en souriant. "Eh ! oui, reprend leur capitaine, je vous ai donné quelquefois de bons conseils ; aujourd'hui, j'exige aussi votre avis sur une affaire qui me concerne. On vient de m'envoyer un brevet de colonel du régiment de Champagne : dois-je accepter ? Qu'en pensez-vous, mes enfants ?" Les grenadiers, mornes et tristes, se taisent. Enfin, l'un d'eux prenant la parole : "Notre capitaine, dit-il, non seulement ce grade, mais un grade supérieur vous est dû depuis longtemps et, à cet égard, toute l'armée pense comme nous. Mais nous, nous perdrons donc notre père ? — Nous ne pouvons, ajoutèrent les autres grenadiers, vous dissuader d'accepter cet avancement ; mais nous..." Des larmes coulèrent des yeux !



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LA TOUR D'AUVERGNE


"Mes amis, reprit La Tour-d'Auvergne, attendri lui-même, je vois que cela vous afflige. Vous êtes contents de moi. — Ah ! si nous le sommes !... Mais l'êtes-vous aussi de vos grenadiers ? — Mes amis, content, très content. Vous êtes tous de braves gens, et je vous aime comme mes enfants. Je vais donc renvoyer ma commission. — Mais, capitaine... — Je n'écoute plus rien, je voulais votre avis ; je le connais ; cela me suffit. Vous viendrez tous dîner avec moi, camarades ; aucun de vous n'y manquera.


Il quitte ses grenadiers étonnés et attendris, et va ordonner un repas militaire et frugal. A l'heure marquée, les grenadiers arrivent, et La Tour-d'Auvergne se place au milieu d'eux. On dîna gaiement. A la fin du repas, La Tour-d'Auvergne se lève et s'adressant à toute la compagnie : "Mes camarades, renouvelons ici un engagement mutuel, moi, de ne pas vous quitter, vous, de m'être toujours fidèles", et ce traité fut cimenté par les larmes de tous.


La Tour-d'Auvergne renvoya donc sa commission de colonel ; mais il garda le beau cheval d'Espagne que le ministre lui avait envoyé en même temps. Et quel usage en faisait-il ? Des soldats de sa compagnie me l'ont appris. Quand ils allaient à quelque expédition, le cheval suivait ; mais il était conduit par la bride. Quelque grenadier paraissait-il fatigué de la marche :"Camarade, lui disait le capitaine, monte ce cheval ; il me gêne à conduire ainsi. "Il fallait obéir".



S'il faut, comme l'ordonnent les règlements militaires, que "l'autorité soit paternelle", il ne faut cependant pas qu'elle soit faible et abdique ses droits. La discipline serait difficile, surtout à notre époque, avec ces procédées et ces plébiscites introduits dans l'armée. Du reste, nous ne dissimulerons pas que cette anecdote nous paraît, sinon fausse, du moins si exagérée dans es détails qu'elle a dû être dénaturée.



Enfin, on a encore raconté que La Tour-d'Auvergne avait toujours refusé de se marier parce que son coeur s'était trouvé dominé de bonne heure par un violent amour, sans espoir, auquel il demeura fidèle toute sa vie.



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LA TOUR D'AUVERGNE


Son histoire a, depuis sa mort, été très enjolivée. On en a exagéré les côtés romanesques. Nous avons tenu, pour ne rien omettre de ce qui peut éclairer sur le caractère de La Tour-d'Auvergne, à signaler quelques anecdotes de ses anciens biographes..."




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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mercredi 6 mai 2026

LA TOUR D'AUVERGNE ET LA RÉVOLUTION FRANÇAISE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1793 (troisième partie)

 

LA TOUR D'AUVERGNE AU PAYS BASQUE.


Théophile Malo de La Tour d'Auvergne-Corret est un militaire français, né en 1743 à Carhaix, en Bretagne, à qui Napoléon donna le titre de "premier grenadier de la République".



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LA TOUR D'AUVERGNE


Voici ce que rapporta à son sujet Emile Second dans le quotidien Le Mot d'Ordre, le 11 avril 1891 :



""Le Premier Grenadier de la République.



... C'est le ministre de la guerre Lacuée qui est cause de l'erreur commise par tous les historiens. Chargé de présenter au premier consul Buonaparte un rapport sur la Tour-d'Auvergne, en 1800, il écrivit : "Le citoyen Lacuée a vu le capitaine La Tour-d'Auvergne à l'armée. Il y était proclamé le plus brave soldat et le plus rigoureux observateur de la discipline militaire. Dans des moments difficiles où tous les hommes devaient être mis à leur véritable place, on voulut à l'armée des Pyrénées-Occidentales donner un commandement à la Tour-d'Auvergne. 20 compagnies de grenadiers furent formées. On ne nomma point de chef à ce corps. La Tour-d'Auvergne était le plus ancien capitaine. Ce fut pour obéir qu'il consentit à commander. Les Français et les Espagnols nommèrent bientôt cette colonne la colonne infernale. Nous avons déjà expliqué d'où venait ce titre et comment fut réellement organisée et commandée la colonne infernale, où La Tour-d'Auvergne, placé en sous-ordre, ne dirigea que quelques compagnies de grenadiers. Nous avons tenu à faire cette rectification parce que nous estimons que l'histoire tire tout son intérêt d'une rigoureuse exactitude et ne doit admettre aucune fantaisie.



Le 17 octobre, la colonne infernale attaqua le poste d'Egny, que défendaient 4 000 Espagnols sous les ordres du général Filanghieri. Les compagnies de grenadiers de la 148e, conduites par La Tour-d'Auvergne, enlevèrent avec intrépidité à la baïonnette la redoute d'Egny et furent citées pour leur belle conduite. Les Espagnols s'enfuirent. Leur arrière-garde fut taillée en pièces et 2 canons de 8 restèrent entre les mains des vainqueurs.



Le général Filanghieri revint sur ses pas pour sauver son arrière-garde. Ce mouvement lui fut funeste.



Attaqué sur les hauteurs de Mesguiritz, il vit sa troupe en déroute en quelques instants. Ses débris ne parvinrent qu'avec peine à rejoindre la division du duc d'Ossuna, à Burguette.




Malheureusement, la colonne infernale ne poursuivit pas assez vite sa marche victorieuse, et ses guides l'égarèrent dans les bois. Elle n'arriva à Burguette que le 18 au matin, au lieu de s'y trouver le 17 au soir, comme elle en avait reçu l'ordre. Ce retard sauva l'armée espagnole d'une destruction complète. Le duc d'Ossuna, qui commandait dans la vallée de Roncevaux, profita avec habileté de l'intervalle qui était encore libre entre les deux grandes colonnes françaises, traversa la petite rivière d'Arce, et battit en retraite sur Pampelune, par Avyz, dans la nuit du 17 au 18, en suivant un sentier escarpé et périlleux.



Malgré les fautes commises, les Français avaient conquis la vallée de Roncevaux, tué, blessé ou fait prisonniers 2 500 Espagnols, plus 50 pièces de canon et 2 drapeaux. Cette victoire fut célébrée par la Convention.



Les troupes souffrirent affreusement après ces combats. La pluie et la neige tombèrent avec violence pendant plusieurs jours. Les communications se trouvèrent interrompues presque partout. Les soldats subirent à la fois les tortures du froid et de la faim.



Il fallut renoncer au siège projeté de Pampelune, car la situation devenait intolérable. La dysenterie exerçait de jour en jour plus de ravages dans l'armée exténuée par la rigueur de la saison et par l'insuffisance de la nourriture.



Les eaux des montagnes aggravaient ce mal.



La retraite commença le 20 novembre. Pour la dissimuler, une division exécuta un mouvement offensif et obtint un beau succès. 300 Espagnols furent tués, et le général marquis de Ruby ne s'échappa qu'en jetant son bel uniforme brodé à un tambour qui le poursuivait et en traversant une rivière à la nage. Les Français gardèrent 200 prisonniers, 5 000 fusils, 4 drapeaux, et trouvèrent, à Bergara, des magasins considérables de vivres et de munitions de guerre, ainsi qu'un amas de matières d'or et d'argent provenant de vases et de décorations d'églises, que le général espagnol avait enlevés pour éviter, prétendait-il, la profanation de l'ennemi.



Le 3 décembre, le général Moncey rentra à Tolosa avec la plus grande partie de son armée. Les représentants du peuple profitèrent de ce rassemblement des troupes pour remettre solennellement le drapeau et la couronne civique que la Convention avait décernés à l'armée des Pyrénées-Occidentales en récompense de ses victoires. Le lendemain, les troupes s'installèrent dans des cantonnements.



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MARECHAL BON-ADRIEN JEANNOT DE MONCEY


Les neiges tombèrent en telle abondance que les hostilités furent forcément suspendues. Le nombre des malades augmenta tout à coup d'une manière effrayante. Dans les premiers jours de l'année 1795, il y eut plus de 18 000 hommes aux hôpitaux. Cependant aucune épidémie ne sévissait sur l'armée, mais tous les soldats étaient épuisés ou fiévreux. La surexcitation, qui les avaient jusqu'alors soutenus, étant tombée, une réaction se produisit. Ces maladies étaient la conséquence du défaut de bonne nourriture et du manque de vêtements, car les hommes étaient presque nus. Ils avaient enduré, avec un courage héroïque, sans se plaindre, des privations de tout genre, des souffrances excessives pendant cette dure campagne de 1794.



L'encombrement des hôpitaux occasionna une épidémie qui, de l'armée, gagna la population. Les ravages s'étendirent des bords de la Deba jusqu'à ceux du Gers. Le mal s'aggrava au point que, seulement dans les hôpitaux militaires, il y eut de 700 à 900 morts par semaine. Des villages furent presque complètement dépeuplés. Deux mois après, il restait à peine 200 combattants par bataillon. Et encore les hommes présents sous les armes étaient-ils malingres, malades à la chambre, hors d'état de faire un service actif.



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LA TOUR D'AUVERGNE


Cette épidémie durait encore lorsque la disette vint ajouter à ses horreurs. Dans les villes voisines de l'armée, les habitants ne se nourrissaient plus que de pommes de terre. Le 15 mars, on cessa toute distribution de pain aux soldats. Il fut remplacé par six onces de riz, deux onces de légumes secs, une ration d'eau-de-vie et une de vinaigre. Il en fut ainsi pendant vingt jours.



Ces soldats, qui venaient de supporter tant de fatigues et tant de maux, se soumirent à ces nouvelles privations avec un admirable stoïcisme. On doit citer, comme un exemple de leur dévouement et de leur excellente discipline, la conduite de la garnison de Saint-Sébastien qui, tourmentée de la faim, n'essaya jamais de s'emparer des pains blancs qui, tous les jours, étaient étalés par les Espagnols sur les places publiques et dans les boutiques. Les chefs avaient ordonné les plus grands ménagements pour les pays conquis, et ils furent obéis. Les généraux auraient montré beaucoup de sévérité pour les infractions à leurs ordres, mais il est surprenant qu'ils n'aient pas eu à sévir dans de telles circonstances. Rien ne montre mieux la discipline qu'on avait obtenue en peu de temps, dans cette armée de jeunes soldats, par l'énergie et l'appel aux sentiments patriotiques.



Ce sont des faits qu'il est utile de souvent rappeler pour montrer ce qu'on peut obtenir des armées françaises, même improvisées, quand elles sont dirigées par des chefs jeunes, hardis, intelligents, énergiques et inspirant confiance. L'histoire militaire de la Révolution est pleine d'épisodes pareils, qu'on connait peu. Voilà pourquoi on doit évoquer sans cesse ces souvenirs, donner en exemple la conduite de ces volontaires nationaux, auxquels on a fait une réputation déplorable bien injustement, de ces officiers républicains qui, comme La Tour d'Auvergne, ont sacrifié leur vie à leur pays sans rien lui demander en échange.



Il était nécessaire de donner les détails qui précèdent sur la situation de l'armée, pour faire comprendre les souffrances qu'elle avait endurées et l'état misérable dans lequel se trouvaient tous les officiers et les soldats.



La Tour-d'Auvergne avait à ce moment cinquante et un ans. On juge combien ces pénibles campagnes, malgré son énergie et sa vigueur, l'avaient éprouvé. A cet âge, coucher dans la boue ou la neige, passer des nuits aux avants-postes, se battre sans cesse !...



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LA TOUR D'AUVERGNE


Certes, il avait bien mérité un peu de repos. Il n'en aurait pourtant pas pris, dominé par sa volonté de fer qui entraînait le corps, s'il n'était tombé malade à son tour. Il fut atteint de scorbut et se jugea décidément hors d'état de servir plus longtemps. Il demanda sa retraite, et obtint la permission de partir en congé dans sa famille, en attendant la liquidation. Un arrêté du comité de Salut public, en date du 18 nivôse an III (7 janvier 1795), l'autorisa à prendre sa retraite."



A suivre...




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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lundi 6 avril 2026

LA TOUR D'AUVERGNE ET LA RÉVOLUTION FRANÇAISE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1793 (deuxième partie)

LA TOUR D'AUVERGNE AU PAYS BASQUE.


Théophile Malo de La Tour d'Auvergne-Corret est un militaire français, né en 1743 à Carhaix, en Bretagne, à qui Napoléon donna le titre de "premier grenadier de la République".



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LA TOUR D'AUVERGNE


Voici ce que rapporta à son sujet Emile Second dans le quotidien Le Mot d'Ordre, le 11 avril 1891 :



""Le Premier Grenadier de la République.



... IV. Une loi du 21 février 1793 avait proscrit une nouvelle organisation de l'infanterie, qui devait comprendre 198 demi-brigades de ligne et 14 demi-brigades légères. Un bataillon des anciens régiment était destiné à former le noyau de chaque demi-brigade qui recevait, en outre, deux bataillons de volontaires nationaux. Cet embrigadement s'effectua avec difficulté de 1793 à 1795. On constitua réellement 238 demi-brigades, car il y en eut qui furent composées seulement avec des volontaires et qui restèrent sans numéro ou portèrent des numéros bis. Il y avait 214 demi-brigades de ligne numérotées avec 32 demi-brigades légères. De nombreux bataillons de volontaires ne furent pas amalgamés, restant en dehors de toute formation régulière. 



Le 2e bataillon du 80e régiment, anciennement Angoumois, auquel appartenait La Tour-d'Auvergne, entra dans la composition de la 148e demi-brigade, avec 2 bataillons de volontaires de la Gironde, le 7e et le 11e.




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UNIFORME ET DRAPEAU DU REGIMENT D'ANGOUMOIS
EN 1772



La 148e demi-brigade fut formée à Saint-Jean-de-Luz, le 20 septembre 1793, à la division de droite de l'armée des Pyrénées-Occidentales. Cette division sur les bords de la Nive, faisant face à une division de l'armée espagnole, qui occupait la rive gauche de la Bidassoa. Des pluies continuelles firent beaucoup souffrir les troupes.



La Tour-d'Auvergne, capitaine de grenadiers de la 148e, commandait l'avant-garde qui s'installa en avant d'Urugne, sur la hauteur Sainte-Anne, non loin de la Bidassoa. Trois redoutes furent construites pour protéger le nouveau camp qu'on appela Camp des Sans-Culottes. La Tour-d'Auvergne eut le talent de se maintenir plus d'un mois sur cette position avancée, avec quelques compagnies seulement.



Toutes les tentatives des Espagnols contre les avant-postes échouèrent.



Le 13 décembre, l'ennemi attaqua un poste de 40 chasseurs, en avant du camp des Sans-Culottes, et l'obligea à battre en retraite. Le capitaine La Tour-d'Auvergne, toujours en éveil, accourut avec 150 grenadiers et ramena les chasseurs sur leur première position. Des renforts arrivèrent aux deux parties en présence. Le combat resta quelque temps indécis. Enfin, La Tour-d'Auvergne se mit à la tête des grenadiers de la 148e, et exécuta une charge à laquelle rien ne put résister. La cavalerie et l'infanterie espagnoles furent culbutées dans la Bidassoa et perdirent une centaine d'hommes. Les Français n'eurent que 3 tués et 8 blessés.



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LA TOUR D'AUVERGNE


Jusqu'au mois de février 1794, les armées restèrent en présence, en continuant de s'observer. Les Français ne pouvaient prendre l'offensive, affaiblis par l'envoi de 8 000 hommes, en Vendée, et à l'armée des Pyrénées-Orientales. Ils profitèrent de ce répit pour perfectionner les travaux de défense et instruire les recrues envoyées pour compléter les bataillons. La 148e comptait 2 000 hommes pour ses 3 bataillons de 9 compagnies.



Le 5 février 1794, le général espagnol Caro lança 15 000 hommes, en cinq colonnes, contre le camp. Les premières lignes, surprises, reculèrent, mais bientôt les Français exécutèrent une hardie contre-attaque qui rejeta les assaillants. Le capitaine La Tour-d'Auvergne se signala, comme toujours, par son intrépidité et fut cité avec éloges dans les rapports de tous les généraux.


 

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PORTRAIT DU GENERAL VENTURA CARO Y MAZA DE LINAZA
1799



Cet échec contraignit les Espagnols à demeurer tranquilles pendant plusieurs mois. Des représentants du peuple, délégués par la Convention, firent décider une invasion dans les vallées de Bastan et de Roncevaux. Les préparatifs ne furent terminés que le 23 juillet. L'attaque eut lieu le lendemain. La Tour-d'Auvergne commanda l'avant-garde de la division de gauche chargée de s'emparer de la vallée de Bastan, et il se dirigea directement sur le fort de Maya. Un feu d'artillerie violent ne ralentit pas un seul instant sa marche rapide. La garnison effrayée s'enfuit dans la montagne, abandonnant quatre pièces d'artillerie et beaucoup de munitions de guerre. La division poursuivit les Espagnols jusqu'à Elisondo et s'empara de 200 prisonniers, de 6 000 fusils et d'une riche moisson. La belle conduite de La Tour-d'Auvergne fut signalée par les représentants du peuple. Les autres divisions livrèrent des combats acharnés et n'eurent pas moins de succès. La place de Fontarabie fut prise. La Convention décréta que l'armée des Pyrénées-Occidentales avaient bien mérité de la patrie.



Après leur défaite, les Espagnols se retirèrent sur de fortes positions et renforcèrent la garnison de Saint-Sébastien. Mais le général en chef Muller ne leur laissa pas le temps de se fortifier et de se reconnaître. Les divisions reprirent l'offensive. Le général Moncey enleva le poste du Port-du-Passage avec sa division et se porta aussitôt sur Saint-Sébastien. Il s'empara des hauteurs qui dominent la ville, mais il n'avait pas de pièces de siège. La place était défendue par une garnison de deux mille hommes et beaucoup d'artillerie. Moncey n'essaya pas moins d'effrayer les Espagnols et chercha un habile parlementaire. Son choix se porta sur La Tour-d'Auvergne.



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PORTRAIT DU MARECHAL MONCEY
PAR JACQUES-LUC BARBIER-WALBONNE


Celui-ci, parlant très bien espagnol et doué d'une certaine éloquence, profita avec adresse de l'antagonisme qui existait entre la garnison et les habitants. Il harangua le peuple, en imposa à l'alcalde Michelena et parvint à épouvanter le gouverneur en lui exagérant les forces des Français, qu'il dépeignit résolus à réduire la ville en cendres avec leur puissante artillerie.



Cependant, la garnison voulait absolument se défendre. La Tour-d'Auvergne fit alors intervenir l'alcalde Michelena, l'engageant à sauver la ville. Ce dernier supplia le gouverneur de capituler, puisque toute résistance était impossible.



Le gouverneur se laissa ébranler, et finit par dire au parlementaire français : "Capitaine, vous voulez que je rende la ville, et vous n'avez pas même tiré un coup de canon. Si vous ne lui faites pas cet honneur, je ne puis la livrer."



— "Qu'à cela ne tienne", dit La Tour-d'Auvergne, qui retourna au camp et fit tirer la seule pièce de 8 que possédassent les Français. Les batteries de forts ennemis ripostèrent par une grêle de boulets. Avec audace, le capitaine de la 148e se représenta dans la Ville et détermina le gouverneur à se rendre.



La capitulation fut signée le 14 août. La garnison sortit avec les honneurs de la guerre, mais fut gardée prisonnière. Les habitants reçurent avec joie les Français.



V. L'armée reçut des renforts venus de l'Ouest. Le général en chef Moncey, qui avait remplacé le général Muller, se prépara à reprendre l'offensive et forma quatre colonnes d'attaque. le général Delaborde commandait la deuxième, dite colonne infernale, parce qu'elle était composée de troupe d'élite et surtout en grande partie, de bataillons ayant fait la terrible guerre de Vendée. Les trois compagnies de grenadiers de la 148e demi-brigade, avec La Tour-d'Auvergne, entrèrent dans la composition de cette colonne.



Il convient, à ce sujet, de rectifier une erreur commise par tous les biographes de La Tour-d'Auvergne. Ils lui attribuent le commandement d'une colonne infernale, composée de grenadiers. Il n'y eut qu'une colonne portant cette dénomination à l'armée des Pyrénées-Occidentales, et elle fut, à juste titre, sous les ordres d'un général, le général Delaborde.




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PORTRAIT DU GENERAL HENRI FRANCOIS DELABORDE
PAR JEAN ANTOINE PINCHON EN 1812



Pendant les guerres de la Révolution, on réunissait souvent les compagnies d'élite pour les opérations difficiles. La Tour-d'Auvergne, dont tous les généraux appréciaient les rares talents militaires, reçut sans cesse le commandement de colonnes composées de plusieurs compagnies, commandement qu'il exerçait à juste titre, étant le capitaine le plus ancien des armées où il figura. Ayant obtenu ce grade en 1784, il ne trouva jamais collègue de telle ancienneté à une époque où les militaires braves et intelligents devenaient assez facilement généraux en quelques années, comme le prouvent les exemples de Moncey, Dessein, Miollis, Jourdan, etc..."



A suivre...




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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lundi 23 mars 2026

LES BASQUES ET L'UNIFICATION NATIONALE SOUS LA RÉVOLUTION FRANÇAISE (quatrième partie)

 

LES BASQUES ET L'UNIFICATION NATIONALE SOUS LA RÉVOLUTION FRANÇAISE.


Le département des Basses-Pyrénées a été créé le 4 mars 1790, en application de la loi du 22 décembre 1789.



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CARTE DES BASSES-PYRENEES
APRES LE DECRET DU 8 FEVRIER 1790



Voici ce que rapporta Michel Etcheverry, dans le Bulletin de la Société des sciences, lettres & arts 

de Bayonne, le 1er janvier 1933 :



"... Troisième Partie : Le loyalisme des Basques.



"Il est certainement  impossible d'augmenter l'amour des Basques pour la France" affirmait la missive envoyée au nom du Bilzar en Novembre 1789. Peu à peu, la première amertume passée, cet attachement survécut seul, dominant et effaçant le regret des immunités violées. De leur côté les Souletins, on l'a déjà vu, avaient reconnu de bonne heure le fait accompli. Tout semble indiquer qu'ils en vinrent graduellement à accepter la sujétion au droit commun  si contraire à leur première attente  d'un coeur non seulement résigné, mais allègre et confiant. Et dès Décembre, ainsi qu'il a été dit plus haut, la Navarre avait ratifié son annexion  longtemps refusée  à la grande patrie ; le sentiment de la solidarité française y allait grandissant. Le temps réalisait partout son oeuvre de rapprochement. Mais un autre facteur contribuerait, dans un avenir prochain, à cimenter pour toujours l'alliance des Basques avec le reste de la nation : la menace étrangère. Dans la guerre avec l'Espagne, en particulier, l'âme Euskarienne se donnerait avec générosité, avec prodigalité.



Les hommes de fer dans la montagne.



Les intentions hostiles des Bourbons de la péninsule et de la majorité des Espagnols se découvrirent nettement à la fin de l'été 1792. Des rassemblements militaires se formaient dans le Guipuzcoa. Le doute n'était plus permis. Les trois Commissaires du Conseil Exécutif Provisoire envoyés à Bayonne, le 23 Septembre, Lamarque, Garrau décidèrent la création d'une armée, destinée à soutenir le choc éventuel. Mais tout était à faire et l'agression pouvait venir pendant la période d'organisation. C'est alors que la jeunesse de nos montagnes se leva d'elle-même — début d'Octobre 1792 — pour couvrir la frontière et permettre, derrière le rideau protecteur, le recrutement et la concentration des troupes. Carnot comprit les ressources qu'offrait cette humeur guerrière — attisée d'ailleurs par le souvenir des différends séculaires avec les voisins Transpyrénéens ; mais en même temps il se rendit compte du besoin d'indépendance qui caractérise nos populations. Le 22 Octobre il autorisa l'institution de compagnies franches, composées de ces unités qui s'étaient vouées bénévolement à la garde de la montagne et de quelques éléments Gascons et Bordelais qu'on fondit avec elles. Le 1er Décembre, quatre de ces compagnies tenaient le secteur de Saint-Jean-Pied-de-Port sous les ordres de Harispe (futur maréchal de France), d'Iriart, Lassalle et Bérindoague. L'endurance et la vigilance de ces corps libres de se démentirent pas de tout l'hiver, aussi les partis Espagnols ne tentèrent-ils pas de coup de main.




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MARECHAL JEAN ISIDORE HARISPE 


La situation devait fatalement s'aggraver. En février 1793, la Convention priait le gouvernement Espagnol de disperser les forces réunies à la frontière. Sur son refus, elle retirait notre ambassadeur le 23 Février et le 7 Mars, après lecture d'un rapport du Haut-Pyrénéen Barrère, elle déclarait la guerre à l'Espagne.



Les chasseurs Basques.



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CHASSEURS A PIED BASQUES
1794-1815


Les soldats de race Euskarienne avaient fait leurs preuves. La campagne qui s'ouvrait n'aurait qu'à gagner si on en multipliait le nombre, tout en leur laissant leur liberté d'allures. "On fit appel aux Basques... Ils s'offrirent en foule" et l'on put, le 6 Mars 1793, constituer avec ces nombreux volontaires de nouvelles compagnies franches, toutes employées dans la région de Saint-Jean-Pied-de-Port et Baïgorry. Les exploits de ces hardis corsaires de la montagne (de ces chasseurs Basques, suivant le terme qui prévalut dès lors) sont restés légendaire. La défense du col d'Ispéguy (20 Avril 1793), du col de Berdaritz (20 Mai), la prise d'Ondarolle (23 Mai), la conquête et la défense du rocher d'Arrola (3 et 4 Juin), l'opiniâtre résistance au Château-Pignon lors de l'affaire du 6 Juin et la brillante conduite de Harispe et de deux compagnies franches à Ispéguy le même jour, l'enlèvement du col d'Ispéguy (2 Juillet), la reprise des Aldudes (7 Août), l'échec infligé à l'ennemi qui cherchait à s'emparer de Baïgorry (21 Octobre), forment les pages les plus connues de ce glorieux album. Les noms des officiers qui commandaient ces dix compagnies (depuis le 1er Septembre, un supplément de contingents, accourus à la voix d'Etchats, Fargues, Basterretche, avait permis de grossir les unités déjà existantes et d'ajouter des compagnies), méritent une mention. C'étaient, en dehors des quatre déjà cités, Sainte-Marie, Ernautène, Apestéguy, Harismendy, La Victoire. (Une des dix compagnies, rattachée aux troupes du camp de St-Pée n'était pas, semble-t-il, commandée par un Basque, du moins un Basque Français).



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COMPAGNIE FRANCHE DE BAYONNE 1793
PAYS BASQUE D'ANTAN


Vers la fin de l'année 1793, le général Muller, commandant en chef l'armée des Pyrénées Occidentales, estima que l'instrument donnerait des résultats meilleurs encore si l'on groupait ces compagnies isolées, dans des formations à effectif principalement quoique non exclusivement indigène. Il en constitua trois bataillons. Appelés à élire leurs chefs, les Basques nommèrent respectivement La Victoire pour le premier (il fut remplacé dans la suite par Harriet), Harispe pour le deuxième et Lassalle pour le troisième. Un peu plus tard, un quatrième fut créé avec des recrues Pyrénéennes ; à sa tête se trouva placé le Souletin Darhampé.



Dans cette nouvelle organisation les chasseurs Basques continuent leurs beaux faits d'armes. Ils apportent plus que jamais à la défensive leurs qualités d'endurance, de ténacité, d'entrain, le 27 Avril 1794, ils culbutent la légion des émigrés à Baïgorry.



L'heure tant désirée de l'offensive sonne enfin le 3 Juin 1794. C'est maintenant que les Basques donneront leur vraie mesure. Dès ce premier en avant du 3 Juin la griserie de l'attaque décuple leur valeur. Le 2e bataillon en particulier se surpasse et Harispe, son chef, se révèle entraîneur et manoeuvrier de premier ordre ; il apparaît comme le principal artisan de cette victoire qui nous ouvre la vallée de Baztan. Frappés d'admiration, les représentants Pinet et Cavaignac lui confèrent le grade d'adjudant-général chef de brigade puis, le 13, l'appellent au commandement des 3 bataillons Basques réunis en demi-brigade. "C'est, disent-ils dans les considérants de leur décret, aux bonnes dispositions qu'il prit et au courage inconcevable des braves soldats qui étaient sous ses ordres que nous dûmes l'heureux succès de cette belle journée."



Puis se déroulent les épisodes prodigieux de la pénétration et de l'avance en Espagne. Les chasseurs de la demi-brigade Harispe sont de toutes les affaires, remplissent les missions les plus difficiles, sauvent plus d'une fois des situations compromises, méritent enfin les félicitations de tous les généraux qui les conduisent au feu. Jomini constate que "ces braves montagnards avaient pénétré l'ennemi de respect et de terreur" et salue en eux, "les meilleurs volontaires de la République".



Conscription.



Il est donc hors de doute que les enrôlements volontaires ont amené sous les drapeaux de la France un corps nombreux et excellent de Basques. Le recrutement forcé a eu des débuts plus pénibles dans ces provinces soustraites de temps immémorial au service militaire régulier. Le 23 Août 1793 la Convention ordonnait la mise en réquisition permanente de tous les Français. En exécution de cette mesure, les Représentants prescrivirent pour notre département la levée immédiate de tous les hommes de 18 à 25 ans célibataires. Que la nouveauté de la contrainte ait rencontré chez les Basques une tenace résistance, on ne peut le nier, mais ces prélèvements obligatoires donnèrent lieu aux mêmes difficultés dans les pays contigus aux nôtres. Le zèle des municipalités s'appliqua et réussit en partie à pallier les effets de ce désarroi général. En dépit de défaillances trop nombreuses — qui d'ailleurs, répétons-le, se produisirent aussi bien dans d'autres régions — l'on est en droit d'affirmer que les enrégimentés Basques apportèrent un appoint appréciable à l'armée des Pyrénées-Occidentales."




A suivre...




(Source : Wikipédia et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France) 








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vendredi 6 mars 2026

LA TOUR D'AUVERGNE ET LA RÉVOLUTION FRANÇAISE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1793 (première partie)

LA TOUR D'AUVERGNE AU PAYS BASQUE.


Théophile Malo de La Tour d'Auvergne-Corret est un militaire français, né en 1743 à Carhaix, en Bretagne, à qui Napoléon donna le titre de "premier grenadier de la République".



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LA TOUR D'AUVERGNE


Voici ce que rapporta à son sujet Emile Second dans le quotidien Le Mot d'Ordre, le 10 avril 1891 :



"Le Premier Grenadier de la République.



IV. Les deux bataillons du 80e et le bataillon des chasseurs cantabres étaient, au commencement des hostilités avec l'Espagne, les seules troupes de ligne de cette frontière.



Les chasseurs avaient à leur tête Jeannot de Moncey, qui se faisait appeler simplement Moncey et devait illustrer ce nom, devenir duc de Conegliano et maréchal de France. Fils d'un avocat au Parlement de Besançon, il s'était engagé à quinze ans, en 1769, malgré sa famille qui le racheta deux fois. Simple commandant du bataillon des chasseurs cantabres en 1798, Moncey était nommé, l'année suivante, général de division.



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PORTRAIT DU MARECHAL MONCEY
PAR JACQUES-LUC BARBIER-WALBONNE



Le 80e régiment comptait aussi dans ses rangs, à côté de La Tour-d'Auvergne, des hommes remarquables comme Miollis, nommé général en 1794 et qui fut gouverneur de Rome, de 1807 à 1814 ; Lamarque, plus tard général de division, orateur et écrivain de mérite, etc. Il ne fallait rien moins que de telles intelligences pour se tirer de tant de difficultés et de périls.



Dans la nuit du 30 avril au 1er mai 1793, les Espagnols surprirent les avant-ports français du camp de Sarre, qui était commandé par le colonel de la Chapelette, du 80e. Les volontaires, qui n'avaient pas encore vu le feu, furent saisis de panique et se débandèrent de suite. Le colonel ordonna à La Tour-d'Auvergne d'arrêter à tout prix les ennemis avec sa compagnie de grenadiers, pour qu'ils ne puissent pénétrer dans le camp où il allait essayer d'organiser la résistance. Un autre capitaine du 80e, Dessein (général de division en 1793) se joignit à La Tour-d'Auvergne avec 50 fusiliers du régiment et 40 chasseurs des montagnes. Cette petite troupe, comptant 150 hommes en tout, arrêta une première colonne espagnole et culbuta sa cavalerie.



L'ennemi, ayant reçu des renforts, reprit l'offensive. La Tour-d'Auvergne et Dessein, qui fut blessé, parvinrent encore à résister à cette forte colonne pendant une demi-heure. Mais il fallut à la fin céder au nombre et battre en retraite jusqu'au camp, où régnait une grande confusion.



Les volontaires, qu'on avait ralliés à grand'peine s'étaient affolés de nouveau en voyant apparaître une deuxième colonne ennemie arrivée d'un autre côté, et ils avaient pris la fuite en abandonnant quatre canons, malgré les reproches du colonel de la Chapelette.



Les grenadiers de La Tour-d'Auvergne, sous le feu violent des Espagnols, attelèrent trois pièces, enclouèrent la quatrième, et ne battirent en retraite que lentement, en disputant le terrain pied à pied. Ils rejoignirent le restant de l'armée à Ustaritz, où les volontaires s'étaient arrêtés. Les Espagnols, après avoir pillé et brûlé le camp, rentrèrent dans leurs limites.



On ne pouvait rester sur cet affront. Le 22 juin, le 80e régiment et les volontaires prirent une brillante revanche au sanglant combat de la Montagne de Louis XIV. Le capitaine La Tour-d'Auvergne, avec ses braves grenadiers, attaqua une redoute en gravissant les rochers sous un feu meurtrier et l'enleva. Lorsque les Espagnols battirent en retraite, il les poursuivit jusqu'au pas de Béhobie. Il reçut, ce jour-là, cinq coups de feu dans ses vêtements.



Félicité par le nouveau général en chef, La Bourdonnaye, La Tour-d'Auvergne répondit :

"Citoyen, le général en chef de l'armée ne devait aucun remerciement aux grenadiers ou à leurs officiers pour la conduite qu'ils ont tenue dans la journée du 22 ; ils n'ont fait que leur devoir. Leur conduite a été conforme aux sentiments qu'ils n'ont cessé de montrer depuis le commencement de la Révolution pour le soutien de la cause glorieuse qu'ils ont embrassée."



Le 13 juillet, se livrait un nouveau combat à Biriatou. La Tour-d'Auvergne, qui commandait quatre compagnies de grenadiers, entra le premier dans les retranchements ennemis. Il écrivit au général en chef : "J'ajouterai à ma relation de l'attaque de l'église et du retranchement de Biriatou, que la citoyenne Liberté-Rose Barreau, née à Saint-Malens, district de Cahors, âgée de dix-neuf ans, mariée à un grenadier du 2e bataillon du Tarn, grenadier elle-même dans la compagnie à laquelle est attaché à son mari, s'est montrée plus qu'un homme dans l'attaque du retranchement de l'église crénelée de Biriatou jusqu'au moment où son époux est tombé à ses côtés." La Tour-d'Auvergne termina en recommandant chaleureusement cette femme dont le mari était mort pour la patrie. Il ne voulait rien pour lui, mais il savait solliciter pour les autres, lorsqu'ils le méritaient.



Dix jours après, on se battait encore à Urugne, et La Tour-d'Auvergne faisait de nombreux prisonniers aux Espagnols. On ne se reposait guère dans les armées de la République. Stimulées, harcelées par les représentants du peuple délégués, elles ne faisaient que se battre ou exécuter des travaux de fortification. Soldats et officiers, animés d'un enthousiasme farouche, ne se plaignaient jamais, marchant toujours, supportant toutes les misères, bravant toutes les intempéries, hypnotisés par le sentiment patriotique.



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LA TOUR D'AUVERGNE


Et pourtant, ils n'étaient pas toujours récompensés de leurs peines et de leur dévouement, ces fanatiques soldats. Plus d'un eut à se plaindre d'injustices. Le brave La Tour-d'Auvergne, par exemple, n'eut pas toujours à se louer de la République, comme en fait foi l'intéressante lettre suivante, que nous donnons tout entière parce qu'elle fait le plus bel éloge de celui qui l'a écrite, prouvant son excessive modestie et sa noblesse de caractère :


"1er nivôse 1793, 2e de la République française une, indivisible et éternelle.


Je reçois, mon cher parent, avec un plaisir infini de vos nouvelles de Mézières, après trois années de séparation ; je vous écrivais de Bayonne, il y a près de dix-huit mois, par un jeune homme des environs de Dax qui me fit accroire qu'il allait se faire examiner à Châlons pour entrer dans l'artillerie, mais j'ai sçu depuis qu'il tient une autre route et qu'il passa lâchement aux émigrés. Je suis bien étonné que vous ne soyez encore qu'élève dans votre corps, où il me semblait que vous auriez dû être aussi avancé que je le suis dans le mien, c'est-à-dire capitaine.


Vous m'avez adressé votre lettre sous la désignation de Général : mes talents ne sont pas de ceux qui mènent à ce grade, et il y a apparence que je n'y parviendrai jamais, ma santé et mes forces physiques étant presque entièrement épuisées et ma vue, surtout, s'éteignant de jour en jour. J'achève mes trente-deux ans de service, y compris cinq campagnes, dont trois au service de la République, ayant toujours été employé à la tête de mes grenadiers, aux avant-gardes de l'armée ou aux avant-ports. Aussi le temps m'a-t-il couronné de ses lauriers ; ma belle chevelure est aujourd'hui blanche comme la neige. J'ai la certitude d'un congé d'hiver dont je dois profiter dans les premiers jours de janvier et que je compte passer dans ma chaumière de Lampaut, et en partie chez ma nièce.


Mon faible patrimoine a été séquestré comme si j'avais émigré, et tandis que je combattais pour ma patrie ; vous voyez que je n'ai pas été exempt pour ma part de quelques tribulations ; mais je les compte pour rien, si j'ai le bonheur de voir triompher la cause glorieuse que j'ai embrassée, celle de la liberté et de l'égalité ; je ne varierai jamais pour ces sentiments que j'ai toujours eu au plus profond de mon coeur.


Notre armée se maintient dans une position respectable vis-à-vis des Espagnols, quoique inférieure de moitié en nombre à celle de nos ennemis. Je suis bien fâché, mon cher parent, que ma position ne me permette pas de pouvoir accourir aux devants de vos besoins, mais je me trouve dans la nécessité moi-même d'emprunter pour faire ma route. Les assignats ayant perdu jusqu'à ce moment 50 pour cent à Bayonne et ne recevant pas de secours de chez moi, je me suis vu réduit à faire à pied et sans domestique, les trois campagnes que je viens d'accomplir ; ne croyez pas que ce soit défaite de ma part ; vous me connaissez assez pour être bien assuré que de pareils moyens ne sont pas d'un caractère tel que le mien.


Comment avez-vous pu vous imaginer que les brigands de la Vendée ayent pénétré jusqu'à Carhaix ? J'ai trop confiance dans la valeur et le républicanisme de mes concitoyens et de mes compatriotes les Bas-Bretons pour me prêter à croire qu'ils consentent jamais à retourner sous le honteux joug de l'esclavage.



Souffrons de certaines privations, soyons pauvres, mais sachons apprécier aujourd'hui notre existence morale comme elle doit être sentie de tout être qui a de l'élévation dans l'âme, et tenons jusqu'à la mort à nos serments, à notre foi donnée à la patrie.


Votre parent et frère en Révolution.


Le républicain La Tour-d'Auvergne Corret, capitaine dans la 148e demi-brigade d'infanterie, commandant les compagnies détachées aux avant-postes de l'armée des Pyrénées occidentales sous Fontarabie."



A suivre...




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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