CARTES POSTALES , PHOTOS ET VIDEOS ANCIENNES DU PAYS BASQUE. Entre 1800 et 1980 environ.
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lundi 22 septembre 2025
DEUX VICTIMES DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE À SARE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1794 (quatrième et dernière partie)
vendredi 22 août 2025
DEUX VICTIMES DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE À SARE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1794 (troisième partie)
DEUX VICTIMES DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE À SARE EN 1794.
La Révolution française a fait disparaître les institutions particulières du Pays Basque Nord.
Voici ce que rapporta à ce sujet J. -B. Daranatz, dans le bulletin de la Société des Sciences, Lettres
& Arts de Bayonne, en octobre 1936 :
"Deux victimes de la Révolution à Sare.
... Les seules pièces qui se trouvent au Service historique de l'Etat-Major de l'Armée sont celles que nous reproduisons ci-après : les deux textes de condamnation, et le "verbal de mort" ou d'exécution de Madeleine.
Ces actes publics constituent la relation officielle.
Archives historiques du Ministère de la Guerre.
Jugement de Marie Harotsenne.
Condamnation à la déportation.
Jugement rendu par le Tribunal criminel militaire du premier arrondissement de l'armée des Pyrénées Occidentales, séant au quartier-général à Chauvin-Dragon qui condamne à la déportation la nommée Marie Harotsenne, fille habitante de Sarre, comme convaincue d'émigration.
Le troisième jour des sans culottides de l'an 2e de la République une et indivisible, le Tribunal étant assemblé, a été conduite dans le lieu ordinaire des séances du dit tribunal, la nommée Marie Harotsenne, fille de la maison de Bordacheria, âgée de 20 ans, sans profession, habitante de la commune de Sarres, district Dustaritz, département des Basses-Pyrénées.
Accusée d'avoir entretenu correspondance avec les ennemis de la République, d'avoir émigré de France en Espagne, et d'avoir été prise sur le territoire de la République.
Vu la procédure instruite contre la dite Marie Harotsenne et les divers interrogatoires qu'elle a subis, après avoir entendu les débats et les témoins réclamés par l'accusée, le tout par la voie du citoyen Diharce de Chauvin-Dragon interprète pris d'office qui a préalablement prêté le serment requis.
Après avoir ouï l'accusateur militaire dans ses conclusions. Le Tribunal jugeant d'après le mode prescrit par l'arrêté des représentants du peuple près cette armée, en date du 10 fructidor, et en conséquence de la compétence qui lui est attribuée par le dit arrêté ;
Considérant qu'il résulte de diverses contradictions qui se trouvent dans les déclarations et les réponses de l'accusée, qu'elles sont presque toutes fausses et invraisemblables, puisqu'elle a dit d'abord avoir été prise par une patrouille espagnole en allant à Hasparren il y a neuf mois, et qu'ensuite elle a dit avoir été engagée et forcée à Sarre dans la maison de sa cousine, par deux de ses cousins émigrés, à passer en Espagne il y a cinq mois seulement, parce qu'autrement elle serait traitée en France comme parente d'émigrés.
Considérant que les témoins qu'elle a produits pour prouver ce qu'elle avançait, bien loin de lui être favorables, l'ont fait tomber au contraire dans de nouvelles contradictions, puisque le premier d'entr'eux chez qui elle demeurait en qualité de servante au moment de sa disparition, a déclaré qu'elle était sortie de chez lui pour aller soigner sa mère et sa soeur qui étaient malades, tandis que l'accusé a déclaré qu'elle n'était sortie que pour aller à la noce de son frère, et que le second témoin qui était à Sarre, lors du prétendu enlèvement de l'accusée, a déclaré n'en avoir eu aucune connaissance et n'en avoir même pas entendu parler, ce qui serait impossible si, comme elle l'a déclaré, elle eût été enlevée par deux cousins émigrés et une patrouille espagnole, avec sa cousine et un nombre de bestiaux ;
Considérant qu'il résulte de la procédure et des débats qu'elle était Française, qu'elle a émigré en pays ennemi, qu'après avoir été quelques temps à Berra, en Espagne, elle a passé à Yrun, aussi en Espagne, où elle a servi comme domestique dans une maison espagnole, qu'après l'entrée de nos troupes à Yrun, devenu territoire Français, elle y est restée plusieurs jours et a été ensuite conduite ici, que par conséquent elle est dans le cas de la loi contre les émigrés ;
Considérant néanmoins que la dite Marie Harotsenne n'étant âgée que de 20 ans n'est pas atteinte par l'art. 2° de la section 1re du titre 1° de la loi du 28 mars 1793 (vieux style) ; mais bien par l'article 78° de la section 12e de la même loi qui s'exprime ainsi :
"Les juges du Tribunal condamneront l'émigré à mort, ou à la déportation s'il s'agit d'une femme de 21 ans et au-dessous jusqu'à 14 ans."
Le dit Tribunal en appliquant la loi et conformément au dit article 78°, attendu que la dite Marie Harotsenne n'a que vingt ans, l'a condamnée à la déportation seulement.
Ordonne en outre, que ses biens seront confisqués au profit de la République.
Pascal, président, Dechegaray, vice-président, Dhiriart, substitut de l'accusateur militaire, Heyller, greffier, signés au registre.
Collationné. Signé : Heyller.
Certifié conforme à l'original par Nous, Président du Tribunal, les jours, mois et année dessus. Signé : illisible.
Jugement de Madeleine Larralde.
Condamnation à mort.
Jugement rendu par le Tribunal criminel militaire du premier arrondissement de l'armée des Pyrénées Occidentales, séant au quartier-général à Chauvin-Dragon qui condamne à la peine de mort la nommée Larralde, fille habitante de Sarre, comme convaincue d'émigration.
Le troisième jour des sans culottides de l'an 2e de la République une et indivisible.
Le Tribunal étant assemblé, a été conduite dans ce lieu ordinaire des séances du dit tribunal une fille qui a dit s'appeler Magdeleine Larralde, fille de Larralde Chaharria, âgée de 35 ans, tisserane de profession, habitante de la commune de Sarre, district d'Ustaritz, département des Basses-Pyrénées.
Accusée :
D'avoir entretenu correspondance avec les ennemis de la République, d'avoir émigré de France en Espagne, et d'avoir été prise sur le territoire de la République.
Vu la procédure instruite contre la dite Magdeleine Larralde et après avoir entendu les débats qui ont eu lieu à l'audience, par la voie du citoyen Diharce de Chauvin-Dragon, interprète pris d'office qui a préalablement prêté le serment requis.
Après avoir ouï l'accusateur militaire dans ses conclusions.
Le Tribunal jugeant d'après le mode prescrit par l'arrêté des représentants du peuple près cette armée du 10 fructidor, et en conséquence de la compétence qui lui est attribuée pour le jugement de cette affaire par le même arrêté ;
Considérant qu'il résulte de la procédure et des débats que la dite Larralde était française, qu'elle a entretenu des intelligences avec les ennemis de la République, puisqu'elle a passé à Berra, en Espagne, pour y porter de la toile il y a quelques temps et longtemps après que la France était en guerre avec les Despotes Castillans ; que précédemment et tandis que nous étions déjà en guerre, elle avait reçu d'Espagne le fil nécessaire pour la fabrication de cette toile ; que depuis son entrée à Berra, elle est restée sur le territoire Espagnol, qu'elle y a travaillé pour l'Alcalde du tyran de Madrid ; que lorsque nos troupes victorieuses sont entrées à Berra, elle s'y est tenue cachée ; qu'après avoir été reconnue, et voulant se dérober à la punition qu'elle ne pouvait éviter, elle vint à la grande redoute de Commisary, sur le territoire Français, d'où elle fut reconduite à Berra et ensuite traduite ici.
Considérant que ladite Larralde a eu des intelligences avec les ennemis de la République, qu'elle a passé en pays ennemi, qu'elle y est restée même après que le pays conquis par les armées de la Liberté est devenu territoire français ; que conséquemment elle est émigrée et soumise aux peines prononcées par les articles 1 et 2 de la section 1° de la loi du 28 mars 1793 (vieux style), lesquels articles s'expriment ainsi :
Article 1°. Les émigrés sont bannis à perpétuité du territoire français ; ils sont morts civilement , leurs biens sont acquis à la République.
Article 2. L'infraction du bannissement prononcé par l'article premier sera punie de mort.
Le dit Tribunal, en appliquant la loi et d'après les dispositions portées dans les dits articles 1 et 2.
Condamne ladite Madeleine Larralde à la peine de mort.
Ordonne en outre que ses biens seront confisqués au profit de la République, que le présent jugement sera, à la diligence de l'accusateur militaire, exécuté dans les 24 heures.
Signé à l'original : Pascal, président ; J. Ch. Dechegaray, vice-président ; Dhiriart, substitut de l'accusateur militaire ; Heyller, greffier.
Collationné : Heyller, greffier.
Certifié conforme à l'original par nous président du tribunal, ledit jour, mois et an que dessus : Pascal.
Verbal de mort. Exécution.
Le troisième jour des sans culottides de l'an deuxième de la République Française une et indivisible, Nous J. Ch. Dechegaray, vice-président du Tribunal criminel militaire du premier arrondissement de l'armée des Pyrénées occidentales, séant au Quartier général au Chauvin-Dragon, délégué par le dit Tribunal pour faire exécuter le jugement rendu contre Magdeleine Larralde, fille de Larralde Chaharria, âgée de 35 ans, tisserane de profession, habitante de la commune de Sarre, district d'Ustaritz, département des Basses-Pyrénées, portant peine de mort, nous nous sommes rendus dans la maison de détention dudit Chauvin-Dragon, accompagné du citoyen Heyller, greffier du dit tribunal, où étant après les formalités requises, avons fait livrer entre les mains du vengeur national, ladite Larralde, qui, accompagné de la force armée, l'a menée sur la place de la Liberté de cette commune où en notre présence le jugement portant peine de mort a été exécuté à cinq heures précises du soir de ce jour.
En foi de quoi avons signé avec notre greffier. Signé à l'original : J. Ch. Dechegaray, vice-président ; Heyller, greffier.
Collationné. Signé : Heyller, greffier.
Copie conforme à l'original par nous Président du dit Tribunal le dit jour, mois, an que dessus. Signé : Pascal.
Madeleine fut donc condamnée à mort et guillotinée dans la journée du 19 septembre 1794. L'exécution eut lieu à St-Jean-de-Luz, sur la place de la Liberté, c'est-à-dire à la place Louis XIV actuelle. La guillotine se dressait sur l'emplacement même où l'on voit à présent le kiosque de musique.
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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mardi 22 juillet 2025
DEUX VICTIMES DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE À SARE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1794 (deuxième partie)
DEUX VICTIMES DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE À SARE EN 1794.
La Révolution française a fait disparaître les institutions particulières du Pays Basque Nord.
Voici ce que rapporta à ce sujet J. -B. Daranatz, dans le bulletin de la Société des Sciences, Lettres
& Arts de Bayonne, en octobre 1936 :
"Deux victimes de la Révolution à Sare.
... Vicaire et secrétaire de l'abbé Haristoy, à l'époque où M. le Curé de Ciboure donnait le bon à tirer au 1er tome de ses Paroisses du Pays Basque, je me rappelle fort bien lui avoir entendu dire qu'il avait, pendant plusieurs jours, procédé à une enquête personnelle à Sare, qui aboutit à la confirmation rigoureuse du récit du chanoine Duvoisin sur Madeleine Larralde.
L'écho des mêmes traditions, tour à tour exalté et mis en doute pendant longtemps, devait se retrouver fidèlement bientôt après au concours de poésie des fêtes d'Abbadie, dont parle M. Haristoy.
Voici la pièce en vers couronnée qui fut chantée au jeu de paume de Saint-Jean-de-Luz en 1894.
![]() |
| AFFICHE GRANDES FÊTES INTERNATIONALES SAINT-JEAN-DE-LUZ 1892 www.archives-abbadia.fr |
Sarako Martira, Madalena Larralde
hamabortz urtheko neskatcha
Duela ehun bat urthe, goibel zagon Frantzia,
Herraustera zaramaten jende Cristau guzia
Eskual herrian arrotzak hari ziren gogotik ;
Bainan Eskualduna tieso... hemen ikus frogatik.
Berratik eta Sarara, Madalena Larralde,
Belchareneko alaba, heldu da etche alde ;
Lizuniako errekan jadanik da sartua.
Uso churi, uso gazte, doi doia lumatua.
Pineten soldadu tzarrak, kukuturik sasian,
Belatch usoz gosetuak, erne daude guardian,
Madalena gaichoari zaiko betan oldartzen,
Beren aztapar zorrotzez lau aldetarik lotzen.
— "Espainiako lurretan, diote neskatchari,
"Zeren ondotik habilan, dena den aithor guri."
— "Kofesatzen naiz izatu Berako komentuan.
"Jainkoa gabe gozorik ez baitut nik munduan."
— "Neskatcha dohakabea, ichil zan aithor hori ;
"Chahu haiz heltzen bazaio Pinet jeneralari.
"Hoin gaztedanik hiltzea damu zaikun osoki :
"Erran hor hindabilala norbeit nahiz ikusi."
— "Gezurra litake hori ; ez da haizu gezurrik ;
"Hilik ere, erranen dut hala dena garbirik.
"Berran kofesatua naiz, horra zer den egia ;
"Ez dut horren aithortzeko aphalduren begia."
Loturik badaramate, iduri gachtagina,
Sarako Pineten gana Larralde Madalena.
"Zerk habilka, enuchenta, gure legez trufatzen?"
— Berraraino naiz izatu frailetan kofesatzen."
Pinetek zuen anaia Donibane hirian,
Hura zen han buruzagi tribunale gorrian ;
Hari dio berehala Madalena igortzen,
Otso gaitzaren ahora bildotcha du bidaltzen.
Saratik Donibanera, soldaduek burlaka
Badabilkate gaichoa chizpa-zurekin joka.
"Oihu egin zan, ergela : Biba nazionea."
Madalenak aldiz beti : "Bib'erlisionea."
Zaluki zuen Pinetek hauzi hori churitu
Lephoa moztuz hiltzera neskatcha kondenatu ;
Bainan hortaz Madalena ez batere tantitu :
Bihotza garbi duena zerk behar du izitu?
Phestara bezala doha guillotinari buruz,
Bertze guziak nigarrez, hura gozoki kantuz ;
Begiak zerura beha, dio : Salve Regina,
Bidera dohakon deituz Martiren Erregina.
Madalena Saratarra, igan zare zerura,
Egia betikoaren betikotz gozatzera :
Dezagun zurekin ikas egiaren maitatzen,
Denetan, zer nahi gerta, gezurretik beiratzen.
(Etudes historiques, 1894, p. 560 ; Les Paroisses, I, 1895, p. 299). Avec traduction française.
Cette pièce était signée : Baigurako bi artzain, deux bergers de Baïgura, pseudonyme choisi pour la circonstance par les deux curés voisins de cette montagne : Mgr Diharassarry, curé d'Ossès et M. Daguerre, curé d'Irissarry.
Chose digne de remarque : Mgr Diharassarry était originaire de Sare, né en 1848. Sa version de l'arrestation, du jugement et de l'exécution de Madeleine Larralde, corrobore dans les plus petits détails le texte de Duvoisin et de Haristoy. Il ajoute cette précision, que Madeleine avait 15 ans.
Mon grand-père, né à Sare en 1809, 15 ans à peine après les événements de 1794, mon père, né aussi à Sare en 1836, par conséquent 42 ans après l'exécution de Madeleine, partageaient en tous points, le sentiment exprimé par Mgr Diharassarry à ce sujet, parce qu'ils n'avaient jamais entendu raconter différemment cette sinistre exécution.
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| LIVRE MELANGES DE BIBLIOGRAPHIE ET D'HISTOIRE LOCALE DE L'ABBE V. DUBARAT |
A son tour, M. Dubarat, (dans ses Mélanges de Bibliographie et d'Histoire locale, V., 1902, p. 322), nous donne, sur Madeleine Larralde, les lignes suivantes :
"La tradition rapporte qu'une pauvre fille de Sare, nommée Madeleine Larralde, ayant été recevoir les sacrements au couvent des Capucins de Véra, en Espagne, fut surprise par les troupes du général Pinet. Traduite devant un tribunal militaire, elle avoua naïvement ce qu'elle venait de faire, fut condamnée à mort et exécutée. M. Duvoisin précise ainsi les faits dans la Vie de M. Daguerre, p. 479 : "Un rapport est adressé à Pinet aîné à St-Sébastien, et celui-ci prend, le 10 fructidor an II (24 août 1794) un arrêté d'après lequel elle serait traduite devant le tribunal militaire de Chauvin-Dragon (St-Jean-de-Luz). Madeleine Larralde comparut devant ses juges avec un noble courage, refusa de sauver sa vie au prix d'un mensonge et marcha à la mort en invoquant Dieu et en chantant le Salve Regina en l'honneur de la Reine du Ciel."
Notre collaborateur, M. Haristoy, continue M. Dubarat, donne encore quelques détails. Il dit Madeleine fille de Michel, le charpentier, surnommé Belcha, et de Gratianne de Luc. Elle naquit dans la maison Larrondo-Zahar, eut plusieurs frères et soeurs, dont les noms sont cités dans le travail de notre ami. Il ajoute qu'après l'exécution, le bourreau prit la tête en s'écriant : Vive la Nation ! Il remarque encore que Marie Harotzanea, de Sare, fut arrêtée à Irun et livrée elle aussi au même tribunal. On ignore son sort ; "mais ne peut-on pas croire qu'elle ait subi le même supplice ?" (P. Haristoy. Les Paroisses du Pays Basque, I, 244.)
Le souvenir de Madeleine Larralde, ajoute M. Dubarat, est resté tout rayonnant d'innocence et d'héroïsme ; et, en 1894, le sujet mis au concours a été sa fin tragique. La douce martyre a été célébrée en beaux vers basques.
Précisément à cette époque, j'ai entendu émettre les doutes les plus graves sur l'existence et le supplice de Madeleine Larralde. Malgré les précisions données par M. Duvoisin et par M. Haristoy, on ne trouvait pas comme pour d'autres infortunés, des actes publics constatant la condamnation et la mort. On prétendait même que la guillotine n'avait pu être portée à St-Jean-de-Luz à la fin de 1794.
Nous venons aujourd'hui faire connaître un document, un peu laconique sans doute, mais qui tranche définitivement la question de la condamnation et de la mort de Madeleine Larralde.
Le Bureau d'enregistrement de St-Jean-de-Luz vient de verser aux Archives départementales un registre ainsi indiqué : "N° 3 des domaines. Sommier des biens des père et mère des émigrés ou condamnés à mort ou mis hors de la loy et enfin déportés. Commencé le 1 vendémiaire an III, fini le 1 vendémiaire an VIII". On y trouve les mentions suivantes :
"Biens de "Jn Gorostarsou, ci-devant juge de paix d'Espelette, mis à mort par jugement de la Commission extraordinaire séant à Bayonne.
J.-S. Lahetjuzan, natif de Sare, officier au 1er bataillon des chasseurs basques, condamné à mort par jugement rendu par le tribunal militaire du premier arrondissement de l'armée des Pyrénées occidentales.
![]() |
| THEÂTRE DES OPERATIONS ARMEE DES PYRENEES OCCIDENTALES DE 1793 A 1795 |
Enfin, plus loin, nous lisons la mention suivante :
"Chapitre 3e, Madelaine Larralde, fille de Larralde Chaharria, tisserand de profession, demeurant dans la commune de Sare, condamnée à mort par jugement du tribunal militaire du 1er arrondissement de l'armée des Pirennées occidentales en date du 3e jour des sans culottides, an 2e."
"En note : "Pour connoître les biens de lad. Larralde a lesés (?) j'ay écrite (sic) à la municipalité de S. Pée, dont la cy devant commune de Sare dépend, le 10 frimaire."
"A la page suivante : "Chapitre 1er. Marie Harotsenne fille de la maison de Bordacheria, sans profession, habitante de Sare, condamnée à la déportation par jugement du tribunal militaire du 1er arrondissement de l'armée des Pirennées occidentales, en datte du 3e jour des sans culottides, an 2e de la République française une et indivisible." En note : "Le receveur ne connoissant aucun bien appartenant à lad. Hortsanne, il a écrite (sic) à la municipalité de S. Pée, le 10 frimaire, pour connoître ses biens".
"De ces derniers textes, déclare M. Dubarat, il résulte que Madeleine Larralde et Marie Harotsenna ont été condamnées par le tribunal militaire, la première à la peine de mort, la seconde à la déportation, le 19 Septembre 1794. Ce jugement, rendu après la chute de Robespierre, aurait de quoi nous étonner, si nous ne savions que les tribunaux militaires furent alors aussi implacables que pendant la Terreur. Nous en pourrions citer de nombreux exemples.
"Madeleine Larralde fut sans doute la dernière victime de la Révolution parmi nous. Elle tomba, probablement fusillée, sous les balles fratricides, de soldats qui n'étaient pas des bourreaux. Il doit exister, quelque part, aux Archives du ministère de la guerre peut-être, une copie du jugement et des motifs qui menèrent à la mort une enfant de 16 ans".
Cette dernière phrase de M. Dubarat, l'avouerai-je, me laissa rêveur. Après l'avoir lue et relue à diverses reprises, l'idée me vint d'établir dare dare un résumé de tous les documents qu'on vient de lire et de le faire parvenir, sans délai, à la Section historique du Ministère de la guerre.
Je demandais, comme conclusion, communication du décret d'arrestation pris par Pinet aîné à St-Sébastien le 10 fructidor an II (27 Août 1794) contre les deux victimes, de leur jugement de condamnation et, pour Madeleine Larralde, du procès-verbal de son interrogatoire et de son exécution."
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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dimanche 22 juin 2025
DEUX VICTIMES DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE À SARE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1794 (première partie)
DEUX VICTIMES DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE À SARE EN 1794.
La Révolution française a fait disparaître les institutions particulières du Pays Basque Nord.
Voici ce que rapporta à ce sujet J. -B. Daranatz, dans le bulletin de la Société des sciences, lettres
& arts de Bayonne, en octobre 1936 :
"Deux victimes de la Révolution à Sare.
C'était en 1794.
Depuis le 22 février, l'atmosphère du Labourd était lourdement assombrie. Ce jour-là, 4 ventôse an II, avait paru un premier arrêté des représentants du peuple Pinet et Cavaignac.
Provoqué par la déplorable désertion de 47 soldats de la commune d'Itxassou (dans la nuit du 19 au 20 février), cet arrêté ordonnait la poursuite des parents et le séquestre de leurs biens.
Quelques jours après, le 13 ventôse (3 mars), et quoique les habitants de Sare ne fussent pour rien dans cette affaire, ils furent pourtant compris dans ce nouvel arrêté des mêmes représentants :
"Les habitants des commune infâmes de Sare, d'Itxassou et d'Ascain seront enlevés de leurs domiciles et conduits à une distance au moins de 20 lieues des frontières. — Tous les habitants des communes d'Espelette, d'Ainhoa et de Souraïde, sur le compte desquels il s'est élevé ou s'élèvera le plus léger soupçon de haine pour la Révolution et d'amour pour les Espagnols, seront, avec leur famille entière, soumis à la même peine.
Aussitôt la forme armée se précipite dans les 6 communes : tous les habitants de Sare, d'Itxassou et d'Ascain, un grand nombre de ceux d'Espelette, d'Ainhoa et de Souraïde, hommes, femmes, vieillards octogénaires, enfants à la mamelle, sont indistinctement saisis, enlevés, entassés dans des églises malsaines, sans lits, sans linge, sans autres vêtements que ceux dont ils sont couverts. Là, couchés sur des dalles froides et humides, privés de sommeil pendant la nuit, mangeant du pain et buvant de l'eau pendant le jour, ils attendent pendant plusieurs semaines que les représentants du peuple aient fixé enfin le lieu où ils subiront leur internat. Beaucoup de ces malheureux succombèrent, avant d'avoir connu l'arrêt qui les concernait ; ceux qui survécurent furent disséminés dans différentes communes des Landes et du Gers.
Le 19 septembre 1794 devait être pour la commune de Sare un jour de douleur profonde ; son sinistre souvenir se perpétue dans la mémoire de ses habitants.
Deux de ses enfants, l'une âgée de 20 ans, l'autre âgée de 35 ans, comparaissaient, à la réquisition de Pinet aîné, devant le tribunal criminel militaire de Chavin-Dragon (St-Jean-de-Luz), pour être "convaincues d'émigration".
Leur crime ? Toutes les deux étaient inculpées "d'avoir entretenu correspondance avec les ennemis de la République, d'avoir émigré de France en Espagne, et d'avoir été prises sur le territoire de la République." Deux jeunes filles !...
Toutes les deux sont "convaincues d'émigration". Les actes de la procédure montrent le sérieux (?) des chefs d'accusation. Toutes les deux sont condamnées. Marie Harotsenne doit à sa jeunesse d'échapper à la peine suprême ; elle est condamnée à la déportation et à la confiscation de ses biens. Quant à la malheureuse Madeleine Larralde, ce même jour verra sa condamnation à mort et son exécution suprême par "les mains du vengeur national". Elle fut guillotinée sur la place de la Liberté à Saint-Jean-de-Luz, à cinq heures du soir.
Il faut lire avec soin les textes officiels du double jugement de condamnation et du procès-verbal d'exécution. Ces documents proviennent des Archives historiques du Ministère de la Guerre. Nous aurions voulu surtout publier le procès-verbal d'interrogatoire de Madeleine Larralde. Il n'a pas été conservé.
Les échos de la tradition populaire, relatifs à ces événements, principalement à Madeleine Larralde, consignés par les historiens et chantés par les poètes, diffèrent notablement, d'une manière constante et unanime, de la version officielle.
Dans leur récit traditionnel, les Actes de Madeleine Larralde laisseraient entrevoir une Cause possible de Béatification. Les documents militaires au contraire semblent trancher le débat tout différemment.
Voici les pièces du procès : relation officielle et croyance populaire.
Les échos de la Tradition Populaire.
Ouvrons d'abord le très remarquable ouvrage intitulé : Vie de M. Daguerre, fondateur du Séminaire de Larressore, avec l'histoire du diocèse de Bayonne depuis le commencement du dernier siècle jusqu'à la Révolution Française, par l'abbé C. Duvoisin, chanoine titulaire de la Cathédrale de Bayonne, ancien directeur du Séminaire de Larressore. Bayonne, Lamaignère, 1863. In-8° de XI-520 p. L'auteur a pris soin de nous détailler comment il a composé son ouvrage : "Pendant 24 ans, je n'ai épargné ni travail, ni fatigues, ni voyages, ni dépenses, pour recueillir brin-à-brin les matériaux nécessaires ;... j'écrivais des lettres, et je doute qu'il y en ait eu une sur trente qui ait eu l'honneur d'une réponse... sur des centaines de lettres envoyées soit en Espagne soit dans diverses villes de France, à peine 4 ou 5 m'ont-elles attiré des réponses qui m'aient apporté quelque faible lumière. Je me suis mis à voyager ; j'ai fait un voyage en Espagne, trois ou quatre à Bordeaux, douze à quinze à Pau, puis je suis allé à Oloron, à Mauléon, à Dax, etc... ; j'ai parcouru un grand nombre d'autres localités ; partout j'ai fouillé les archives pendant des semaines et des mois entiers." Voir Recherches sur la Ville et sur l'Eglise de Bayonne, I, 265, note.
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| LIVRE DE M DAGUERRE DIRECTEUR SEMENAIRE LARRESSORE PAR L'ABBE DUVOISIN |
Or, la patrie de nos deux victimes révolutionnaires, Sare, était distante d'une quinzaine de kilomètres du manoir natal de cet écrivain, Elizaldea, à Espelette. La gravité du sujet, la probité historique de l'auteur, une conscience professionnelle aussi affinée, garantissent au lecteur le maximum de véracité historique.
M. le chanoine Duvoisin dit, dans sa Vie de M. Daguerre, p. 478 : "Une jeune fille de Sare, nommée Magdeleine Larralde, voyant qu'elle ne pouvait guère recevoir les secours religieux en France sans danger pour elle-même et pour le prêtre qui les lui aurait accordés, s'était décidée à les aller demander au couvent des PP. Capucins de Véra, en Espagne. Elle était occupée un jour à remplir ce pieux devoir, quand les troupes françaises, sous les ordres du général de brigade Pinet jeune, exécutent un mouvement en avant, entrent au village de Véra, et pénètrent jusque dans le couvent des PP. Capucins. Elle est aussitôt arrêtée et amenée devant le général qui l'interroge sur le motif de sa présence en Espagne. Magdeleine lui répond avec naïveté qu'elle est venue se confesser. "Malheureuse, reprend le général, ému de pitié, ne dis point cela, ce serait ton arrêt de mort. Dis plutôt que la marche de l'armée française t'a effrayée et poussée à fuir sur le territoire espagnol. — Mais ce que je dirais là, ne serait point vrai, réplique la jeune fille ; et j'aime mieux mourir mille fois que d'offenser Dieu en proférant un mensonge. Le général, voulant la sauver, insistait et pressait, mais ce fut en vain ; il dut renoncer à vaincre la fermeté de Magdeleine, et, sans doute irrité de rencontrer en elle tant de constance, il la déclara émigrée. Un rapport est adressé à Pinet aîné à St-Sébastien, et celui-ci prend le 10 fructidor an II (27 Août 1794), un arrêté d'après lequel elle serait traduite devant le tribunal militaire de Chauvin-Dragon (St-Jean-de-Luz). Magdeleine comparut devant ses juges avec un noble courage, refusa de nouveau de sauver sa vie au prix d'un mensonge et marcha à la mort en invoquant Dieu et en chantant le Salve Regina en l'honneur de la Reine du Ciel".
Voilà, sur cette mort tragique, l'écho des traditions locales fidèlement recueilli et rapporté avec émotion par Duvoisin en 1863. On s'est demandé si Duvoisin n'a pas "eu en mains un document, plus ou moins traditionnel, mais où se trouvent des éléments qui concordent avec l'original de la condamnation". Ce document — s'il a existé — est insaisissable. Sa trace échappe aux recherches les plus multipliées.
L'abbé Haristoy (Etudes historiques et religieuses du Diocèse de Bayonne, 1894, p. 378 ; Les Paroisses du Pays Basque pendant la période révolutionnaire, I, p. 244), écrit trente ans plus tard : "Madeleine Larralde. Elle eut pour père Michel de Larralde, charpentier, surnommé Belcha, et pour mère Gratianne de Luc. Elle naquit dans la maison Larrondo-Zahar, acquise par son père et appelée depuis, de son nom, Belchanea.
"Madeleine était une fille pieuse, aimant à remplir souvent ses devoirs religieux. Ne pouvant satisfaire sa piété dans son pays, elle aimait à recevoir les sacrements chez les Pères Capucins de Véra, en Espagne, non loin de la frontière. Elle était occupée un jour à remplir ce pieux devoir..." (Suit tout le texte de l'abbé Duvoisin reproduit ci-dessus).
M. Haristoy termine par ces mots : "Ainsi mouraient les martyrs des premiers siècles du christianisme. La tradition rapporte que le bourreau, après l'exécution de la victime, prit sa tête et que l'élevant, il s'écria : "Vive la Nation !" La même tradition nous apprend que Madeleine eut la douleur de voir du haut de son échafaud un homme de sa parenté, passé aux révolutionnaires, insulter à son son supplice et à son frère...
"M. Antoine d'Abbadie, de l'Institut, en qui l'amour du Pays Basque égale son amour pour la science, au l'heureuse idée de donner le beau trait de la mort de Madeleine pour sujet de poésie, au concours de l'année 1894."
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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samedi 15 mars 2025
UN VOYAGE À ANDAYE-HENDAYE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN SEPTEMBRE 1857 (première partie)
UN VOYAGE À ANDAYE-HENDAYE EN 1857.
En 1857, la ville d'Hendaye, en Labourd, compte environ 430 habitants et son Maire est Joseph Lissardy.
Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien La Presse, le 21 septembre 1857, sous la plume de
Frédéric Thomas, Avocat à la Cour impériale :
"Courrier du Palais.
XXIII.
A Andaye, la troupe se trouva au complet : nous étions tous réunis. On récrimina de part et d'autre, ce qui est la meilleure manière de se tirer d'affaire quand tout le monde a tort. Toutefois, le débat ne fut pas long ; il faisait trop chaud, et nous étions intéressés à ne pas compliquer l'ardeur de la température par l'ardeur de la discussion.
Andaye est une ville morte depuis 1793 ; seulement on a oublié d'enfouir les tronçons du cadavre. Elle fut assassinée le 23 avril 1793, et, depuis ce jour, elle gît sans sépulture. Ces immenses usines, qui distillaient l'eau-de-vie pour l'Europe entière, ne sont plus que des débris de murailles éventrées, jonchant le sol comme de gigantesques ossements noircis par la poudre et calcinés par l'incendie. Dans ce pêle-mêle de pierres écroulées, la pauvreté des habitants a creusé quelques cabanes où se réfugient de misérables familles de pêcheurs. J'ai décrit les horreurs de cette désolation dans mes Petites causes célèbres, et je me garderai bien de me laisser prendre en flagrant délit de récidive. Mais je profiterai de l'occasion pour nommer le bourreau espagnol de la ville française.
Andaye et Fontarabie étaient debout levant sur les deux promontoires que sépare l'embouchure de la Bidassoa les têtes altières de deux villes florissantes.
Une colonne de l'armée française des Pyrénées-Occidentales campait, auprès d'Andaye, sous les ordres du général Régnier, et de l'autre côté de la rivière, au bas de Fontarabie, campait un détachement de l'armée espagnole, sous les ordres du général Carro.
Les deux armées s'examinaient à travers la rivière dans une attitude plus curieuse que menaçante. L'inaction, depuis plusieurs jours, avait été complète dans les deux camps, lorsque tout à coup, au milieu de la nuit, le 23 avril 1793, à 3 heures du matin, Fontarabie ouvrit un cratère qui vomit une pluie de feu sur Andaye ; une grêle de bombes et d'obus tombait si drue sur la pauvre ville endormie, que la plupart des habitants ne se réveillèrent plus ; ils furent écrasés et ensevelis dans cet affreux bombardement. Profitant du premier désarroi de la terreur, les Espagnols traversèrent la rivière, et, pour mieux diriger les ravages de l'incendie, ils le portèrent au lieu de l'envoyer ; ils achevèrent par la torche ce que la bombe n'avait pas entièrement consumé. C'est ainsi que s'écroula une redoute appelée les Montagnes de Louis XIV.
Cependant, les Français, ralliés par leur général, repoussèrent les Espagnols avec tant de furie, qu'ils les obligèrent à repasser la Bidassoa. La ville était reprise ; mais dans quel état ? Ce n'était plus une ville : c'était un amas noirci de ruines fumantes. C'était un cimetière de maisons disparues.
Aujourd'hui, après plus de 60 ans, la cité morte a conservé la même physionomie. Elle est encore ce qu'elle fut au moment du désastre, moins la fumée de l'incendie, et plus le lierre dont le temps a couvert ses hideuses blessures.
C'est une ruine qui a vieilli, mais qui a vieilli sans majesté, comme toutes les ruines des édifices dressés par l'industrie, sans que l'art les ait ennoblis ou consacrés. Quelle différence avec Fontarabie ! Mais ne traversons pas encore le gué de la Bidassoa.
Le Brûlement d'Andaye criait vengeance par toutes les voix de ses anciens habitants mutilés ou dispersés. Cette désolation morne, cette misère noire, cette plaie vive, émurent le coeur de la France républicaine. Et avant que ce barbare incendie eût eu le temps de se refroidir, elle songea à en tirer vengeance.
Les faits historiques ont quelquefois de ces retours, de ces revanches et de ces symétries si étrangers, qu'on les dirait arrangés par la main du drame ou combinés par l'imagination du roman. A Carro l'Espagnol, la France opposa Garreau le Français. C'est presque le même nom ; seulement Carro était général d'armée et Garreau représentant du peuple. La République avait eu cette sagesse de mettre la force sous la tutelle de l'intelligence. C'était le meilleur moyen de civiliser la guerre.
Garreau eut à sa disposition 300 soldats républicains sous les ordres d'un jeune capitaine qui devait plus tard devenir un illustre général et un éminent orateur : le général Lamarque.
Garreau et Lamarque, avec les 300 hommes qui gardaient Andaye, conçurent le téméraire projet de bombarder et de prendre Fontarabie.
La cité espagnole était défendue par 800 hommes de garnison, 50 canons et 3 capucins qui dirigeaient tout cela.
Prendre l'offensive dans de telles conditions, c'était une folie que la victoire seule pouvait absoudre. C'est 15 mois après le bombardement d'Andaye que le représentant Garreau et le capitaine Lamarque exécutèrent ce tour de force.
Le 31 juillet 1794, ils traversèrent la Bidassoa à la tête de leurs 300 soldats, dont quelques-uns succombèrent sous la mitraille du fort. Bientôt pourtant la petite troupe française s'empara d'une hauteur qui dominait Fontarabie, et de là les Français bombardèrent la ville. Après cette audacieuse attaque, le capitaine Lamarque fut envoyé en parlementaire aux assiégés. Il leur donna 6 minutes pour se rendre, et la ville capitula.
Lamarque eut l'honneur d'être député pour porter à la Convention les drapeaux conquis sur les ennemis, et il fut nommé, séance tenante, adjudant-général.
Heureusement Fontarabie n'essuya pas un bombardement aussi aveugle et aussi impitoyable que celui qui, l'année précédente, avait détruit Andaye. Les boulets français se comportèrent avec plus d'intelligence et de délicatesse ; ils respectèrent ces hôtels, qui sont des palais ; cette église, qui est une aigrette de pierre dominant une couronne d'édifices. Le bombardement ne démolit que la citadelle et ne troua que les remparts, dont on voit encore les glorieuses cicatrices. Les bastions s'affaissent, il est vrai, sous les créneaux ébréchés, sous les voûtes ouvertes ; les mâchicoulis tombent pierre à pierre dans les fossés comblés ; mais la partie essentielle de la ville, la partie qui appartient à l'art et à l'histoire, est demeurée intacte.
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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