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vendredi 13 juin 2025

UN VOYAGE À ANDAYE-HENDAYE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN SEPTEMBRE 1857 (quatrième et dernière partie)

 

ANDAYE-HENDAYE EN 1857.


En 1857, la ville d'Hendaye, en Labourd, compte environ 430 habitants et son Maire est Joseph Lissardy.



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HENDAYE VERS 1842
GRAVURE DE LOUIS GARNERAY



Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien La Presse, le 21 septembre 1857, sous la plume de 

Frédéric Thomas, Avocat à la Cour impériale :



"Courrier du Palais.

XXIII.



... Il y a de Fontarabie à Irun, 30 minutes de chemin et quatre siècles d'histoire, car Irun est une ville toute neuve ; elle a moins qu'Urrugne le cachet espagnol, et si ce n'était la langue, le voyageur qui traverse la Bidassoa pourrait écrire : Entrez en France plutôt qu'en Espagne.



Donc, nous ne dirons rien de cette ville ; nous ne voulons qu'en détailler deux traits qui donneront un nouvel échantillon, de l'indolence espagnole.



L'année dernière, nous arrivâmes à Irun le 27 août, à trois heures. Nous avions à faire visiter nos effets à la douane et à prendre au même endroit un permis de séjour que la vigilancia publica vous délivre moyennant huit réaux, sorte de droit de péage prélevé à los puertas y fronteras. Je me présente donc au bureau de la douane pour avoir ce permis et prendre ma malle. Le bureau était ouvert, un essaim de mouches bourdonnait au soleil de la porte. J'ôte mon chapeau pour saluer, mais je salue le néant. Personne ne se trouvait là. Je parcours la salle, je regarde à travers les grillages, autour des pupitres. Peine inutile. J'ouvre des portes voisines, je frappe de la canne, j'appelle. Rien ne me répond. Je prends le parti de sortir alors, et j'avise un portefaix qui ronflait au soleil ; je le secoue par le bras.



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IRUN 1852
ALBUM DES 2 FRONTIERES
BLANCHE HENNEBUTTE



Le commissionnaire, ébahi de mon indiscrétion, se réveille en grondant, et je lui demande quelques éclaircissements sur la désertion de la douane.



Sa mauvaise humeur ne fit que s'accroître devant cette interrogation ; il me répondit entre deux baillemens que je devais savoir que tous les employés du bureau faisaient leur sieste quotidienne ; ils ne se réveilleraient qu'à cinq heures à l'arrivée de la diligence de Bayonne à Madrid. Jusque là il m'invitait à faire comme eux et comme lui, en allant me coucher à l'ombre si je craignais le soleil.



J'allai donc me promener jusqu'à cinq heures ; et à cinq heures un quart, en effet, quelques employés somnambules parurent dans le bureau et entrouvrirent des yeux en papillotes, encore engourdis par le sommeil. Irun, comme vous le savez, est une des portes les plus fréquentées de l'Espagne, et vous voyez avec quelle sollicitude veille sur elle la vigilancia publica.



Autre échantillon. Nous venons de dire qu'Irun est une ville neuve ; il faut excepter une rue étroite qui descend en serpentant vers une église du seizième siècle. Cette église fait le plus grand honneur à Barnabé Cardero, architecte de Madrid, et le choeur est un chef-d'oeuvre dû au ciseau d'un grand sculpteur, Juan Boscardo.



Un clocher octogone effile sa tour de pierre entre la porte et la nef de cette magnifique église ; un escalier à vis Saint-Gilles contourne ses degrés en éventail dans ce clocher et conduit à une plate-forme aérienne, au-dessus de laquelle est ménagée une loge pour les cloches. Or, en grimpant à ce clocher, nous nous aperçûmes qu'un fil de fer très solide, comme ceux des télégraphes, descendait du haut du clocher, traversait une large place et allait se perdre dans une fenêtre à travers un carreau de bois dont l'orifice était ouvert pour le recevoir. Une sorte de ressort à bascule, adapté à la fenêtre, correspond à un autre ressort du même genre cloué au haut du clocher, et met en mouvement le battant d'une cloche. Vous avez tout compris ; cette fenêtre donne dans le logis du sonneur. L'église d'Irun a un carillonneur en chambre. Celui-ci sonne la messe, de son lit, à peu près comme nos concierges nous tirent le cordon. Le bon Dieu finir par avoir son Pipelet.



Le carillonneur d'Irun nous remet en mémoire l'un de ses confrères, car, dans le Midi, ces fonctionnaires de la cloche ont le privilège des excentricités.



Il y avait à Bordes, commune du département des Hautes-Pyrénées, un carillonneur nommé Carrerat, qui, une ou deux fois par an, avançait deux heures l'Angelus de midi en disant : Ce sera autant de fait, et je pourrai aller à la foire.



Ces jours-là, tous les paysans étaient désorientés, et la perturbation la plus comique troublait tout le personnel de la paroisse. Les hommes revenaient des champs furieux de ne pas trouver un dîner forcément en retard. C'étaient des querelles dans tous les ménages ; puis, quand on s'était bien expliqué et qu'on se concertait pour lapider le carillonneur, cause de tout le mal, on apprenait que Carrerat était parti tranquillement pour la foire d'un village voisin.



Le curé aurait bien mis à la porte ce carillonneur détraqué, mais il était lui-même aussi original que son valet.



Ce digne prêtre, qui avait nom Parromea, se livrait dans ses prônes à la manie des interrogations, et il ne trouvait pas mauvais qu'on lui répondit. Un jour, s'étant quelque peu embrouillé dans l'évangile où Saint Mathieu raconte le miracle de la multiplication des pains dans le désert, le prédicateur, victime d'une trahison de sa langue, finit par conclure, qu'avec deux poissons et cinq mille pains, Jésus-Christ avait nourri cinq hommes.



Puis, se tournant vers l'auditoire : 


— Qui de vous, mes frères, s'écria-t-il, serait capable d'accomplir un tel prodige ?


— Moi, s'écria Carrerat du fond de l'église. Parbleu, ce n'est pas bien difficile de nourrir cinq hommes avec deux poissons et cinq mille pains.



Le curé comprit qu'il s'était fourvoyé, il ne répliqua pas ; il eut même l'air d'accepter la leçon, et finit son prône comme si de rien n'était, s'en remettant à une meilleure occasion pour prendre sa revanche.



Cette occasion il l'attendit un an, mais le temps ne fait rien à l'affaire. Dans l'année suivante, au même Evangile et au même dimanche, M. le curé, ayant pris toutes ses précautions, réussit à ne plus faire de confusion entre le nombre des convives et le menu du repas évangélique. Il articula bien les cinq mille hommes, qu'il mit en regard des deux poissons et des cinq pains.



Puis, interpellant directement Carrérat, qu'il croyait écrasé du coup :


— Eh bien ! dit-il, mes frères, lequel de vous en ferait autant ? Lequel de vous, avec cinq pains et deux poissons, nourrirait cinq mille hommes ? Est-ce toi, Carrérat ?


— Sans doute, monsieur le curé, répondit le carillonneur ; je pourrais bien le faire avec ce qui m'est resté de l'année dernière."


(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




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mercredi 11 juin 2025

LES BASSES-PYRÉNÉES EN 1823 PAR LOUIS GARNERAY (première partie)

LES BASSES-PYRÉNÉES EN 1823.


En 1823, Louis Garneray, peintre officiel de la Marine, parcourt les côtes de la France entière, de 1823 à 1832, à la demande du duc d'Angoulême, qui lui commande des vues des grands ports de France.



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VUE DE BIARRITZ
PAR LOUIS GARNERAY 1823



Voici ce que rapporta à ce sujet Louis Garneray, dans son ouvrage Voyage pittoresque et maritime 

sur les côtes de France :



"Département des Basses-Pyrénées.



Nous commencerons notre course par l'extrême frontière méridionale. Et après avoir visité les rives de la Bidassoa qui sépare la France de l'Espagne, remontant vers le nord, nous côtoierons le golfe de Gascogne, et nous visiterons toutes les limites maritimes du département des Basses-Pyrénées.



Tout ce qui frappe la vue du voyageur dans ce département est propice aux nobles inspirations, et charme également le peintre avide de sites pittoresques, le poète passionné pour les solitudes romantiques, et l'ami de la nature agreste et des plaisirs champêtres. Les monts qui le couronnent, et qui lui ont prêté leur nom, offrent une variété immense, et font naître des contrastes frappants : ici, des forêts de noirs sapins et de mélèzes pyramidaux s'élèvent en amphithéâtre du fond de la vallée féconde vers le sommet aride de quelques montagnes, où elles disparaissent, cachées par l'atmosphère humide de la région des nuages ; là, de vastes bruyères, des landes stériles, à peine interrompues par quelque végétation éphémère, plongent l'âme en de tristes méditations, que dissipera bientôt l'aspect de riches coteaux, parés des pampres verts, et des vignes pourprées qui nous donnent le vin généreux du Midi : ici, des fleuves majestueux roulent lentement leurs eaux transparentes ; là, des torrents rapides entraînent, avec leurs ondes, les sables qui bordent leurs rives. La température de ce pays bizarre participe de la diversité de son aspect : telle vallée, toujours soumise à l'influence d'une douce chaleur, est dominée par un pic élancé, que le soleil n'a jamais pu dérober à la rigueur des frimats.



Comme tous les naturels des pays montagneux, les Basques sont doués d'un esprit vif et d'un coeur chaud, qui les portent aux passions violentes et généreuses, en les éloignant des choses viles et basses. l'hospitalité est en honneur parmi eux ; l'originalité de leur esprit, la vivacité de leur imagination sont connues, et leur agilité passée en proverbe. Leur langage semble avoir peu varié depuis les temps les plus reculés, et n'a rien de commun avec les langues vivantes. Les souvenirs de ce riant pays ne sont pas sans gloire : il a acquis quelque célébrité par l'esprit d'indépendance de ses habitans, et leur résistance obstinée aux conquérans goths et maures. Strabon et Pline nous avaient déjà appris que, dans les temps antiques, les Vascons ou Vascéens avaient refusé de plier leurs fronts devant les maîtres de la terre ; et César aussi, dans ses Commentaires, parle avec éloge des Cantabres naturels de ces cantons. Le sol qu'habitent leurs descendans doit à leur vie laborieuse et à leur activité une partie de sa fécondité ; souvent, du sein d'une terre infertile et sablonneuse, leurs mais ont fait sortir d'abondantes moissons ; mais souvent aussi la nature seconde leurs travaux, et la fertilité des rives de l'Adour et de la Bidassoa a été plus d'une fois célébrée par les poètes, ainsi que la félicité de leurs pasteurs ; la Nive, la Buse, la Nivelle, le Guison et le Vert, sans avoir des noms aussi poétiques et aussi connus, n'offrent pas moins de charmes à ceux qui parcourent leurs bords : c'est la patrie des bergers des romans.



Mais notre ouvrage est spécialement consacré à donner une juste idée de nos côtes maritimes, et peut-être nous sommes-nous déjà trop étendu sur la description d'un pays que nous ne devons pas visiter en entier. Laissons de côté ce qu'il pourrait encore nous fournir d'intéressant : ses montagnes dont le flanc recèle l'argent, le blanc albâtre et le cobalt couleur d'azur, ses villes, les principales de la Navarre et du Béarn ; jetons en passant un coup d'oeil sur Pau, berceau du bon Henri, sur Bayonne, fortifiée par Vauban, mais avant de décrire cette dernière ville, sur laquelle nous devons nous étendre, arrivons devant Andaye, premier port maritime de la côte occidentale des Pyrénées, et premier village de la Biscaye française, que nous avons choisi pour notre point de départ et notre premier tableau.



Vue d'Andaye.


pays basque labourd autrefois garneray port peintre
VUE D'ANDAYE
PAR LOUIS GARNERAY 1823




Des hauteurs qui dominent Andaye, nous découvrons Fontarabie, sur l'autre rive de la Bidassoa qui sépare ces deux bourgades, limites des deux Etats ; leur position respective les livre l'une et l'autre à l'invasion : aussi ont-elles été souvent, tant dans les derniers siècles que dans le nôtre, le théâtre de la guerre. Le bourg d'Andaye, souvent dévasté, est aujourd'hui presque désert, et Fontarabie, privée de ses fortifications, est devenue une ville de peu d'importance.



D'intrépides marins sortis d'Andaye osèrent les premiers attaquer la baleine, à l'aide du harpon, et découvrirent, en la poursuivant, le banc de Terre-Neuve, fameux par la pêche de la morue ; au reste ce n'est pas la seule preuve que nous ayons de la bravoure hasardeuse des marins basques, peut-être Christophe Colomb leur a-t-il dû la découverte du Nouveau-Monde. Andaye était autrefois riche et commerçante ; elle fabriquait la liqueur qui porte son nom, et dont la consommation était considérable, surtout dans nos colonies ; le commerce des piastres augmentait encore sa richesse, mais le dernier incendie lui a fait perdre tous ces avantages, et elle n'offre plus aujourd'hui qu'un amas de décombres et de ruines.



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PUBLICITE  VERITABLE LIQUEUR DE HENDAYE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Au-delà du fleuve s'offrent à nos yeux les riants coteaux de l'Espagne ; vers la droite, au milieu de la Bidassoa, et presque à son embouchure, on découvre l'île des Faisans, qui porte le nom d'île de la Conférence depuis l'entrevue des plénipotentiaires français et espagnols chargés de négocier la paix entre les deux puissances, par l'alliance de leurs princes. C'est par ce traité que le territoire d'Urgel, qui, depuis peu a obtenu une certaine célébrité, a été cédé à l'Espagne. C'est encore dans cette île, que longtemps avant, furent échangés les enfants de François 1er, donnés en otage pour la délivrance de leur père.



Au delà de l'île de la Conférence, le fleuve se perd dans la pleine mer, qui borde l'horizon, et disparaît dans un vague lointain.



Saint-Jean-de-Luz.


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PORT DE SAINT-JEAN-DE-LUZ
PAR LOUIS GARNERAY 1823



En quittant Andaye, que nous venons de décrire, et l'extrême frontière méridionale pour rentrer en France et remonter vers le nord, nous arrivons à Saint-Jean-de-Luz, dont le port, situé au fond d'une vaste baie, fait le sujet de notre second tableau.



Avant de nous arrêter devant ce port et de le faire connaître à nos lecteurs, esquissons en peu de mots ce que nous avons observé de plus remarquable dans les usages des habitants de Saint-Jean-de-Luz, qui sont généralement attachés à ces usages par un sentiment de respect presque religieux, comme tous les peuples qui conservent encore leurs anciennes coutumes, quoique la plupart de ces coutumes ne soient point exemptes de ridicule. Les Basques, remarquables par leur activité, sont portés, par cette activité même, à une passion excessive pour la chasse et pour le jeu de paume, qui les entraînent dans de très longues réunions, auxquelles les hommes assistent seuls. Leurs femmes se trouvent ainsi délaissées et solitaires, quoique leurs vertus domestiques, leur modestie et leur douceur semblent mériter un meilleur sort. L'extrême délicatesse de ces Basquèses les rend très susceptibles sur les rapports de convenances ; aussi se renferment-elles communément plusieurs années dans l'austérité du veuvage, et s'enveloppent-elles, cinq ans entiers, des crêpes du deuil, lorsque la mort frappe leurs époux, que d'ailleurs l'usage leur prescrit d'accompagner jusqu'à leur dernière demeure.



Leur costume est modeste ; elles ignorent le luxe de nos pays, nos cadeaux pour les baptêmes, nos corbeilles de mariage, et les autres coutumes nées de ce luxe que la corruption enfante. Dans toutes les saisons, elles sortent de leurs humbles retraites, vêtues de noires mantilles, dont le capuchon rabattu couvre leur tête, et les soustrait aux regards indiscrets des jeunes gens. C'est ainsi qu'au jour du repos elles vont offrir leurs hommages au Seigneur, agenouillées sur les froides dalles qui couvrent les tombeaux de leur famille, que l'usage ne permet point encore de placer au milieu des champs, tandis que leurs époux, séparés d'elles, assistent au divin sacrifice dans les galeries de bois qui environnent l'église, non que la jalousie sépare les deux sexes ; il n'est point d'exemples, au contraire, de séparation conjugale dans ce beau pays ; mais par un motif de pudeur et de modestie qu'on ne saurait trop louer dans ces femmes, et peut-être aussi dans les époux, par une indifférence que ne méritent pas leurs aimables compagnes. Mais cette indifférence ne s'étend pas au moins à toutes leurs affections ; car la piété filiale et l'amour des pères pour leurs enfants sont portés au plus haut point parmi eux, et forment un des traits distinctifs de leurs caractères."



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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mardi 13 mai 2025

UN VOYAGE A ANDAYE-HENDAYE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN SEPTEMBRE 1857 (troisième partie)

 

ANDAYE-HENDAYE EN 1857.


En 1857, la ville d'Hendaye, en Labourd, compte environ 430 habitants et son Maire est Joseph Lissardy.




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HENDAYE VERS 1842
GRAVURE DE LOUIS GARNERAY



Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien La Presse, le 21 septembre 1857, sous la plume de 

Frédéric Thomas, Avocat à la Cour impériale :



"Courrier du Palais.

XXIII.



... Il emprunta une allumette à un fumeur, et puis, ayant détaché le rat, il l'alluma. Le malheureux animal, excité par l'action du feu, s'échappa pétillant et fumant ; mais bientôt sa course se ralentit, puis s'arrêta ; la flamme l'avait dévoré : ce n'était plus qu'un charbon.



Méchant gamin, tu ne pensais guère, à ce moment-là, que tu renouvelais pour ce rat un supplice décrit par Juvénal, Tacite, Sénèque, et que les Romains, particulièrement sous Néron, infligeaient aux chrétiens dont ils faisaient des martyrs.



Un instant après, mes compagnons me rejoignirent, et nous allâmes ensemble à l'Hôtel-de-Ville. C'est le plus large des édifices qu'on rencontre vers le milieu de cette grande et magnifique rue dont nous avons parlé.



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MAIRIE FONTARRABIE 1904
PAYS BASQUE D'ANTAN



Les armoiries de la cité, comme une plaque sur un uniforme, étalent leur relief au milieu de cette façade de pierre.



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BLASON FONTARRABIE
PAYS BASQUE D''ANTAN



Presque tout le rez-de-chaussée de l'édifice est ouvert du côté de la rue et forme, sous le premier étage, une sorte de place découverte soutenue par deux piliers sur lesquels on placarde les affiches du gouvernement. L'architecte a ainsi ménagé cet enfoncement, tenant du porche et du péristyle. Un banc circulaire en pierre massive, et faisant cops avec le bâtiment, règne des trois côtés de cette place obscure. Vers le milieu, l'Hôtel-de-Ville et la principale porte, et à côté l'oeil plonge avec terreur dans une salle obscure à travers une fenêtre armée de barreaux formidables qui décèlent la prison. Nous eûmes la curiosité d'y entrer.



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MAIRIE FONTARRABIE GIPUZKOA
PAYS BASQUE D'ANTAN



Un homme du peuple qui était couché par là, et dont nous ignorons encore la qualité, nous introduisit dans un corridor, et, tournant à gauche, il fit grincer des verrous de mélodrame. Une porte cuirassée de fer hurla sur la rouille de ses gonds. Nous étions dans une salle basse toute en pierre, et sur le pavé de laquelle il n'y avait exactement qu'une litière de paille.



La lumière n'arrive dans ce réduit qu'en traversant la place couverte qui sépare de la rue le rez-de-chaussée de l'édifice. Cette lumière avare est encore interceptée par les larges barreaux que nous avons déjà signalés ; si bien qu'un jour crépusculaire pénètre avec peine dans cette première pièce de la prison. Mais c'est bien pis quand, au fond de cette salle et à l'endroit le plus obscur, l'oeil découvre une autre porte aussi épaisse que la première. C'est la porte d'un cachot, et cette porte fermée, le cachot devient un véritable sépulcre, car il ne reçoit d'aucun côté ni air ni lumière.



Nous regrettions, ce qui nous avait paru le superlatif du genre, les humides caveaux de la prison de Pampelune.



Dans le cachot de Fontarabie, même quand la porte en est ouverte, on ne voir exactement rien, et il nous fallut recourir aux allumettes pour éclairer ces ténèbres absolues. Ici il n'y a plus de paille ; mais les deux tiers de cette salle sont envahis par une estrade en bois à hauteur de genou, scellée au mur et disposée un peu comme un lit de camp ou un pupitre. C'est là-dessus qu'on allongeait les prisonniers : il y avait place pour plusieurs. On les maintenait là en enfermant leurs jambes dans une machine de l'espèce des ceps et dont voici le mécanisme. L'extrémité basse de l'estrade est bornée par un rebord de bois en saillie. Ce rebord est formé par une forte planche verticale divisée en deux parties. La partie supérieure de cette planche est mobile, tandis que l'autre est clouée à l'estrade. Mais toutes les deux sont percées d'entailles circulaires formant la demi-lune sur chacun des côtés, et par conséquent la lune complète quand les deux côtés de la planche se rapprochent et s'ajustent. La plupart de ces ouvertures rondes offrent une dimension suffisante pour contenir une jambe ; mais il en est deux plus considérables que les autres. Celles-là servaient à cravater le cou du captif comme la lunette de l'échafaud. Dans ce cas, le patient était couché au rebours, les pieds en haut, la tête en bas, ce qui ajoutait à la douleur de l'étreinte l'étouffement de l'asphyxie. Ces impressions nous étaient trop pénibles à tous pour les prolonger, nous sortîmes avec bonheur de ces voûtes sombres qui oppressaient notre poitrine.



Alors, nous arrêtant un moment sous le péristyle de cet hôtel-de-ville, l'un de nous lut une inscription qui défend de jouer à la pelote dans cette place sous peine d'une amende d'un réal : Meno la multa d'un reale.



Pourquoi ce rabais ? L'année dernière, cette même inscription, que je copiai très fidèlement, punissait la même infraction de deux réaux : Bajo la pena de dos reales.



D'où vient donc que depuis cette année il en coûte la moitié moins pour violer la loi ?



Et aussitôt les suppositions de trotter. A-t-on voulu encourager les infractions et pousser aux amendes ? Le Trésor aurait-il besoin d'argent ? A-t-on imaginé qu'à un seul réal par contravention, on jouerait davantage et que la recette se rattraperait sur la quantité des délits ? Ou bien n'est-ce pas plutôt qu'une administration paternelle a voulu mettre le fruit défendu à la portée des bourses les plus mal garnies ? Enfin, cette amende d'un réal ne remplace-t-elle pas ce prélèvement qu'on met sous le chandelier pour payer les cartes ?



L'un de nous proposa un excellent moyen de lever tous nos doutes et de répondre à toutes nos questions. Pour cela, il ne fallait que jouer nous-mêmes une partie de paume. Nous n'avions qu'à enfreindre la loi, et, au moyen de vingt-cinq centimes d'amende, nous obtenions d'abord une autorité locale pour percevoir le real, et, par dessus le marché des éclaircissements sur les variations de l'inscription. Ce projet allait être adopté lorsque les plus timides de la troupe nous firent observer que nous ne savions pas assez d'espagnol pour commettre un délit à l'étranger. On craignit qu'un malentendu ou un mal-expliqué nous fit jeter sur la paille trop sèche de la prison voisine. Et il fut décidé qu'il valait mieux garder nos inquiétudes et partir. Cet avis prudent ayant prévalu, la troupe sortit de Fontarabie, que le lecteur connaît suffisamment pour apprécier combien le bombardement de 1794 fut peu dommageable à cette ville.




pays basque révolution labourd guipuscoa guerre
REDOUTE D'ANDAYE ET FONTARABIE 1764
PAYS BASQUE D'ANTAN


Les blessures de la guerre ont été pour Fontarabie plutôt un ornement qu'une mutilation. La mitraille lui a imprimé ces cicatrices qui ne défigurent pas, mais qui apitoient. La ville y a gagné une coquetterie de tristesse et une grâce du délabrement qui intéressent et vont au coeur.



Si Andaye est un cadavre, Fontarabie est un invalide..."




A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)






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samedi 15 mars 2025

UN VOYAGE À ANDAYE-HENDAYE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN SEPTEMBRE 1857 (première partie)

UN VOYAGE À ANDAYE-HENDAYE EN 1857.


En 1857, la ville d'Hendaye, en Labourd, compte environ 430 habitants et son Maire est Joseph Lissardy.



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HENDAYE VERS 1842
GRAVURE DE LOUIS GARNERAY



Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien La Presse, le 21 septembre 1857, sous la plume de 

Frédéric Thomas, Avocat à la Cour impériale :



"Courrier du Palais.

XXIII.



A Andaye, la troupe se trouva au complet : nous étions tous réunis. On récrimina de part et d'autre, ce qui est la meilleure manière de se tirer d'affaire quand tout le monde a tort. Toutefois, le débat ne fut pas long ; il faisait trop chaud, et nous étions intéressés à ne pas compliquer l'ardeur de la température par l'ardeur de la discussion.



pays basque révolution labourd guipuscoa guerre
REDOUTE D'ANDAYE ET FONTARABIE 1764
PAYS BASQUE D'ANTAN



Andaye est une ville morte depuis 1793 ; seulement on a oublié d'enfouir les tronçons du cadavre. Elle fut assassinée le 23 avril 1793, et, depuis ce jour, elle gît sans sépulture. Ces immenses usines, qui distillaient l'eau-de-vie pour l'Europe entière, ne sont plus que des débris de murailles éventrées, jonchant le sol comme de gigantesques ossements noircis par la poudre et calcinés par l'incendie. Dans ce pêle-mêle de pierres écroulées, la pauvreté des habitants a creusé quelques cabanes où se réfugient de misérables familles de pêcheurs. J'ai décrit les horreurs de cette désolation dans mes Petites causes célèbres, et je me garderai bien de me laisser prendre en flagrant délit de récidive. Mais je profiterai de l'occasion pour nommer le bourreau espagnol de la ville française.



Andaye et Fontarabie étaient debout levant sur les deux promontoires que sépare l'embouchure de la Bidassoa les têtes altières de deux villes florissantes.



Une colonne de l'armée française des Pyrénées-Occidentales campait, auprès d'Andaye, sous les ordres du général Régnier, et de l'autre côté de la rivière, au bas de Fontarabie, campait un détachement de l'armée espagnole, sous les ordres du général Carro.



pays basque révolution labourd guipuscoa guerre
THEÂTRE DES OPERATIONS
ARMEE DES PYRENEES-OCCIDENTALES
DE 1793 A 1795



Les deux armées s'examinaient à travers la rivière dans une attitude plus curieuse que menaçante. L'inaction, depuis plusieurs jours, avait été complète dans les deux camps, lorsque tout à coup, au milieu de la nuit, le 23 avril 1793, à 3 heures du matin, Fontarabie ouvrit un cratère qui vomit une pluie de feu sur Andaye ; une grêle de bombes et d'obus tombait si drue sur la pauvre ville endormie, que la plupart des habitants ne se réveillèrent plus ; ils furent écrasés et ensevelis dans cet affreux bombardement. Profitant du premier désarroi de la terreur, les Espagnols traversèrent la rivière, et, pour mieux diriger les ravages de l'incendie, ils le portèrent au lieu de l'envoyer ; ils achevèrent par la torche ce que la bombe n'avait pas entièrement consumé. C'est ainsi que s'écroula une redoute appelée les Montagnes de Louis XIV.



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PLAN D'ANDAYE 17EME SIECLE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Cependant, les Français, ralliés par leur général, repoussèrent les Espagnols avec tant de furie, qu'ils les obligèrent à repasser la Bidassoa. La ville était reprise ; mais dans quel état ? Ce n'était plus une ville : c'était un amas noirci de ruines fumantes. C'était un cimetière de maisons disparues.



Aujourd'hui, après plus de 60 ans, la cité morte a conservé la même physionomie. Elle est encore ce qu'elle fut au moment du désastre, moins la fumée de l'incendie, et plus le lierre dont le temps a couvert ses hideuses blessures.



C'est une ruine qui a vieilli, mais qui a vieilli sans majesté, comme toutes les ruines des édifices dressés par l'industrie, sans que l'art les ait ennoblis ou consacrés. Quelle différence avec Fontarabie ! Mais ne traversons pas encore le gué de la Bidassoa.



Le Brûlement d'Andaye criait vengeance par toutes les voix de ses anciens habitants mutilés ou dispersés. Cette désolation morne, cette misère noire, cette plaie vive, émurent le coeur de la France républicaine. Et avant que ce barbare incendie eût eu le temps de se refroidir, elle songea à en tirer vengeance.



Les faits historiques ont quelquefois de ces retours, de ces revanches et de ces symétries si étrangers, qu'on les dirait arrangés par la main du drame ou combinés par l'imagination du roman. A Carro l'Espagnol, la France opposa Garreau le Français. C'est presque le même nom ; seulement Carro était général d'armée et Garreau représentant du peuple. La République avait eu cette sagesse de mettre la force sous la tutelle de l'intelligence. C'était le meilleur moyen de civiliser la guerre.



Garreau eut à sa disposition 300 soldats républicains sous les ordres d'un jeune capitaine qui devait plus tard devenir un illustre général et un éminent orateur : le général Lamarque.



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GENERAL JEAN MAXIMILIEN LAMARQUE



Garreau et Lamarque, avec les 300 hommes qui gardaient Andaye, conçurent le téméraire projet de bombarder et de prendre Fontarabie.



La cité espagnole était défendue par 800 hommes de garnison, 50 canons et 3 capucins qui dirigeaient tout cela.



Prendre l'offensive dans de telles conditions, c'était une folie que la victoire seule pouvait absoudre. C'est 15 mois après le bombardement d'Andaye que le représentant Garreau et le capitaine Lamarque exécutèrent ce tour de force. 



Le 31 juillet 1794, ils traversèrent la Bidassoa à la tête de leurs 300 soldats, dont quelques-uns succombèrent sous la mitraille du fort. Bientôt pourtant la petite troupe française s'empara d'une hauteur qui dominait Fontarabie, et de là les Français bombardèrent la ville. Après cette audacieuse attaque, le capitaine Lamarque fut envoyé en parlementaire aux assiégés. Il leur donna 6 minutes pour se rendre, et la ville capitula.



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PLAN DE FONTARRABIE 17EME SIECLE
GIPUZKOA D'ANTAN



Lamarque eut l'honneur d'être député pour porter à la Convention les drapeaux conquis sur les ennemis, et il fut nommé, séance tenante, adjudant-général.



Heureusement Fontarabie n'essuya pas un bombardement aussi aveugle et aussi impitoyable que celui qui, l'année précédente, avait détruit Andaye. Les boulets français se comportèrent avec plus d'intelligence et de délicatesse ; ils respectèrent ces hôtels, qui sont des palais ; cette église, qui est une aigrette de pierre dominant une couronne d'édifices. Le bombardement ne démolit que la citadelle et ne troua que les remparts, dont on voit encore les glorieuses cicatrices. Les bastions s'affaissent, il est vrai, sous les créneaux ébréchés, sous les voûtes ouvertes ; les mâchicoulis tombent pierre à pierre dans les fossés comblés ; mais la partie essentielle de la ville, la partie qui appartient à l'art et à l'histoire, est demeurée intacte.



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EGLISE ET PALAIS CARLOS V FONTARRABIE
GIPUZKOA D'ANTAN



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)






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