Edmond Rostand, né le 1er avril 1868 à Marseille (Bouches-du-Rhône) et mort le 2 décembre 1918 à Paris, est un écrivain, dramaturge, poète et essayiste français.
ECRIVAIN EDMOND ROSTAND
Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien Comoedia, le 11 janvier 1925 :
"Un symbole.
Le peuplier d'Edmond Rostand sera planté au Pays Basque.
A la suite de mon dernier article intitulé "Le Peuplier d'Edmond Rostand", nous avons reçu à Comœdia, et j'ai reçu personnellement, de nombreuses lettres enthousiastes. On me demande de tous côtés comment il sera possible de réaliser l'idée si simple du peuplier symbolique. Des hivernants de Cambo s'offrent à réunir de suite les fonds nécessaires. Bayonne et Biarritz aussi. Voici, ce qu'écrit M. Léon Sylvain dans La Gazette de Biarritz :
Mes chers amis, quand je mourrai
Plantez un saule au cimetière.
Ainsi parla Musset et le poète des Nuits eut, en effet, un saule pour abriter sa pierre funéraire. Mais Rostand est mort à Paris et c'est au Pays Basque que M. Pierre-Plessis demande qu'on plante, à sa mémoire, un peuplier. Il le voudrait, a-t-il écrit dans un article de Comœdia que nous avons reproduit hier, dans la colline de Cambo" après le petit moulin, en grimpant la côte, au second carrefour, un coin d'herbe et de thym sauvage qui domine l'immensité. La Nive, au loin, dans l'horizon, coule une armure d'émeraude. La montagne de Roland s'éclaire..." Et M. Pierre-Plessis désirerait qu'autour du peuplier symbolique s'assemblent les écrivains, les admirateurs du poète et les joueurs de pelote.
L'idée est jolie et nous souhaitons qu'elle soit un jour réalisée.
C'était le vœu de la Gazette, pour conserver toujours vivant, toujours affectueux et toujours reconnaissant an cœur du Pays Basque, le souvenir de l'auteur de Cyrano qui aimait si profondément nos montagnes, la Nive sinueuse et chantante, la côte si grandiose, c'était le vœu de la Gazette, disons-nous, que la demeure de Cambo, Arnaga, devînt la propriété de l'Etat. On eût pu y aménager un musée. Il y eût eu, à Cambo, le musée Rostand, comme il y a le musée Flaubert, à Croisset, tout près de Rouen. On eût pu encore en faire une maison de retraite pour de vieux poètes — cigales ayant chanté tout l'été et qui se trouvent souvent dépourvues quand la bise est venue.
MUSEE FLAUBERT 76 CROISSET
Ce vœu n'a pu être réalisé. Nous avons assisté à la vente de bien des souvenirs, dispersés à l'encan. Nous avons vu, plus tard, vendre l'habitation elle-même. Au moins nous reste-t-elle et quand nous passons au pied d'Arnaga, nous nous imaginons l'écrivain rêvant encore dans les allées du parc somptueux.
ARNAGA CAMBO-LES-BAINS PAYS BASQUE D'ANTAN
Mais il faudrait davantage ; il faudrait un souvenir sensible, un souvenir réel, si l'on peut dire, un souvenir tangible de la présence de Rostand. Celui que réclame M. Pierre-Plessis est bien peu coûteux. Mais que de richesses d'émotion et de recueillement autour de cet arbre !
Qu'on le plante donc, au plus tôt, dans du sol basque !
D'autre part, le délicieux poète Ernest Prévost écrivait ces jours-ci dans La Victoire :
Ne négligeons pas nos gloires littéraires, ne discréditons pas celles qui sont acquises. Ne recondamnons pas Baudelaire et reconnaissons à Edmond Rostand ce qu'il a fait pour la gloire de nos lettres.
Edmond Rostand, vous le savez, a été assez malmené récemment à propos de la statue que vont lui élever ses compatriotes marseillais. Jean Carrère, l'iconoclaste, a attaqué ; Emile Ripert a répondu. Et voici un de nos plus poétiques confrères, Pierre-Plessis, qui vient à la rescousse. Il veut, lui, un autre hommage encore à celui qui fut "l'un des derniers et des plus grands à lutter pour l'honneur des rimes". Il propose de planter un beau soir, sur la colline bleue de Cambo, un peuplier splendide, en l'honneur du poète qui a exalté cet arbre : "Le peuplier d'Edmond Rostand !" écrit-il dans Comœdia, pourquoi pas ?
Quelle jolie idée, et comme je l'aime !
Il serait bon que l'on consacrât ainsi les plus doux sites de notre France à la mémoire de ceux, poètes ou artistes, qui les ont célébrés ! Ces souvenirs donneraient une pensée, une âme, une piété, une légende au paysage. Il ne faut rien négliger de ce qui peut nous maintenir en ferveur.
ECRIVAIN ET POETE EDMOND ROSTAND
L'idée a fait son chemin. Nous étudions dès à présent les moyens de la réaliser au printemps où à l'automne prochains. Que les amis de la poésie, d'Edmond Rostand et du Pays Basque nous aident !."
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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Edmond Rostand, né le 1er avril 1868 à Marseille (Bouches-du-Rhône) et mort le 2 décembre 1918 à Paris, est un écrivain, dramaturge, poète et essayiste français.
ECRIVAIN EDMOND ROSTAND
Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien Comoedia, le 31 décembre 1924, sous la plume de
Sombrement vêtue, simple, un peu hautaine sans d'ailleurs y prendre garde, joignant à l'accent volontaire de ses gestes l'interrogation douloureuse de ses yeux, Mme Mante, sœur d'Edmond Rostand, achève au piano de jouer pour nous La Cathédrale engloutie. Ce salon lambrissé et laqué est éclairé par des lustres vénitiens et parfumé de violettes. Derrière les vitres, l'hiver a dépouillé les arbres. La nuit ternit déjà le sable, les murs et les herbes. Mme Mante interprète Debussy en grande et fougueuse artiste, avec délicatesse et passion. Mais si ses doigts se jouent des touches en virtuose, il semble que sa pensée demeure lointaine, indifférente même à cette agonie d'Apocalypse, à toute cette rumeur de flots et à ces cloches étouffées... Mystère de la tendresse ; prélude d'une plus tendre plainte ! le musicien n'éveillait en nous qu'une symphonie de grelots légers, une route entre deux montagnes, et des chansons dans le soir... Le visage du souvenir est si lumineux qu'il s'impose à l'esprit ou au cœur quelles que soient les forces qui le combattent ou les ténèbres qui l'assaillent. Mme Mante abandonna le piano et, quand tous les invités furent partis, c'est notre souvenir qu'elle appela.
JULIETTE MANTE-ROSTAND ET SES 4 ENFANTS
— Le poète de Cyrano est trop oublié, dit-elle. Ah ! je ne parle pas des indifférents. Mais déjà beaucoup de ceux qui l'aimèrent et qui le connurent laissent au hasard des saisons le soin de fleurir sa tombe et d'honorer sa mémoire. Son âme sensible et généreuse doit errer, en ces jours anniversaires, des frontons du pays basque aux croix de nos champs de bataille !... Savez-vous combien de Parisiens assistèrent l'autre matin à la messe à Saint-Pierre-du-Gros-Caillou ? Une trentaine !... Et pourtant, qu'on le veuille ou non, il fut le modèle des amis, et le modèle des poètes. Ne croyez-vous pas que depuis sa mort la foi en la poésie soit tombée ?... Il fut l'un des derniers et des plus grands à lutter pour l'honneur des rimes, plus attaché à la servitude de la lyre qu'aux servitudes de la gloire... Ce solitaire n'aimait que l'air pur, les cœurs purs, la sagesse et le silence, la liberté et le courage, ses collines et sa Patrie !...
EGLISE ST-PIERRE-DU-CAILLOU PARIS 7EME ARRONDISSEMENT
— Et la jeunesse !...
— La jeunesse ne le lui rend pas !
— La jeunesse ignore les poètes !
Soudain, Mme Mante s'étant tue, j'entendis un bruit d'argent sur la fraîcheur d'un acier, comme la chute régulière d'une larme, quelque part, tout près de nous... Je me penchai : c'était, à ma droite, sur la table où nous avions posé un album de photographies, la cire d'un flambeau qui, goutte à goutte, tombait... Et, savante, sur une vision du passé, au bas du coteau de Cambo, elle dessinait, en blancheur svelte ourlée d'or, un peuplier magnifique tendu vers le libre azur... Les pensées contradictoires qui m'assaillaient me firent fermer d'un geste prompt l'album marqué de cet étrange sceau, mais le peuplier de Rostand était, alors, partout, aux poutres, aux murs, aux portes, sur les velours et sur les meubles, d'autant plus vivant, d'autant plus frémissant, que j'avais voulu l'étouffer.
Je m'exalte. Un mur long et rose
Passe, étirant ses espaliers.
Je suis ivre de France, à cause
Que j'ai trop vu de peupliers !...
Des vers me revenaient à la mémoire :
... C'est afin qu'à travers les peupliers l'Etoile
Pourquoi pas ?... Oh ! je sais bien que des gens vont rire. Quel farceur ! La poésie est si démodée ! Et l'enthousiasme l'est encore plus !... La grande occupation des gens qui écrivent aujourd'hui est de s'user en controverses destructives. Admirer ! quelle sottise !... Détruire, voilà leur besogne ! Et chacun relève ses manches pour déboulonner son voisin !... On pique, on pousse, on frappe, on taille ! Des ossements de la Pléiade aux amulettes de Francis Jammes, la gent littéraire bataille à cheval sur la monture empanachée d'un éditeur ou sur la carcasse des siècles !... M. Gide bat M. Truc, qui bat Carco qui bat Totoche qui se fait battre par Benoit pendant que Béraud bat Cocteau qui venait de battre Fauchois... Et l'encre coule... Et l'on écrit. Et les romans qui paraissent sont bâclés, les poèmes jetés au panier, Verlaine, c'est de la gnognotte et Ronsard du pipi de chat ! Quant à Rostand, une rigolade !...
Voilà pourquoi j'aimerais, un soir, au vent bleui des Pyrénées, planter dans la colline de Cambo le peuplier d'Edmond Rostand. Nous serions là quelques amis, des poètes et des musiciens, Reynaldo Hahn et Géraldy, des paysans et des joueurs de pelote. Je sais l'endroit qu'il faut choisir. C'est après le petit moulin, en grimpant la côte, au second carrefour, un coin d'herbe et de thym sauvage qui domine l'immensité... La Nive, au loin, dans l'horizon, coule une armure d'émeraude. La montagne de Roland s'éclaire. L'héroïsme et la grâce s'unissent au signal de la nature... Et puisque, par ces jours sans gloire, personne ne prend plus la peine de pleurer sur la mort des muses, sitôt debout, c'est notre peuplier vivant, qui pleurait ses larmes d'or sur la vieille terre, chaque automne !..."
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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Au Yacht-Club, les cuistots fourbissent, les jardiniers ratissent, les électriciens éclairent, et, dans le champ des bouées, c'est un incessant va-et-vient de canots et de voiliers, de rames, de mâts, de focs, de casquettes neuves, d'écussons et de banderoles.
L'autre soir, déjà, nous fûmes bloqués dans Biarritz par la voiture des Infantes. Ces Altesses modernes et charmantes, quoique discrètes, ont une limousine armoriée d'une largeur extraordinaire. Elles barrent la rue ! Mais la tenue de la livrée est si parfaite, si raide, si digne, si simplement imperturbable, que le passant qui se dérange en garde plus de rancune à la rue qu'à l'automobile de Cour et salue avec sympathie.
ROI D'ESPAGNE ALPHONSE XIII ET SON YACHT 1930
Le vent se lève de nouveau.
La colline Sainte-Barbe, en face de nous, restée verte comme au printemps, semble guetter aux lucarnes de ses villas, sous les stores ocre, quelque flotte imaginaire et féerique : des caravelles ou des frégates aux couleurs d'Espagne !
Tandis que nous y songeons, voici qu'on tire le canon, un canon qui probablement ferait sourire les flibustiers de Saint-Christophe et les corsaires de la "Basquaise" (cette diable de Frégate, si je m'en souviens, avait vingt-quatre bouches à feu !...) Nos héros de demain n'en ont pas besoin de tant !
Et pour l'instant "ils" prennent le thé avec "elles"!... La duchesse Sforza rêve sous une ombrelle japonaise. Où sont-ils ces barbaresques, ces capitaines d'aventure, qui partis de ce même village suivirent Jean Bart et Valbué, Duler et M. d'Albarade, le couteau aux dents ? Au fond du golfe le navire de Mallet-Stevens déroute l'imagination.
AFFICHE CASINO PERGOLA ST JEAN DE LUZ ROBERT MALLET-STEVENS
Boum !...
Le souffle du large avale d'un trait l'amusant panache de fumée.
La mer s'énerve !
Des nuages ?
Ils vont, montent, poussent l'azur, s'évanouissent.
Il fera beau !
Répétition générale pour un monarque amoureux comme nous des voiles, des sillages limpides, du cri des cordages, des bras tenaces sur les coques penchées, de l'illusion de la liberté que donnent la vague, la houle, le gouffre.
Nous n'avons rien d'autre à faire cependant que d'aller boire du cidre sec et manger des "Chipirones" chez Marie-Louise, devant la jetée, au coin du port. La voiture de Philippe de Rothschild en revient et Paul Lillaz y retourne en gardant une mine réjouie d'amiral vainqueur qui, par mégarde, se serait mis du rouge aux joues. A moins que ces riches couleurs ne soient dues à ce vin des Sables qui n'a l'air de rien et qui vous pousse dans le sang une bouillabaisse de soleil !... Parbleu, quoique nous soyons à la veille des régates royales à Ciboure en 1930, qui me prouvera que ce marin, qui est un malin Parisien, n'ait pas commandé la "Minerve" ou la "Triomphante" et fait bourlinguer entre Socoa et Lorient, le cirage aux lèvres et le verre en main ce fameux "Quatorze Juillet" dont parlent les gens de Brumaire ?
La bonne humeur est bienvenue dans ce décor pittoresque. Voici la marquise de Paris qui se dirige vers le bar. Une trompe de chasse, au loin, soupire.
BAR DU RESTO CHEZ MARGOT SOCOA PAYS BASQUE D'ANTAN
Est-ce pour la belle Mme Hériot ou pour S. M. Alphonse, pour M. Esders ou pour le marquis d'Ivanrey, pour un "six mètres", pour un "chat"... ou pour Thomas l'Agnelet ?
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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