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mardi 21 mai 2024

LE FILM "LA REINE DE BIARRITZ" EN 1934

LE FILM "LA REINE DE BIARRITZ" EN 1934.


Le film "La Reine de Biarritz" est un film français, réalisé par Jean Toulout, d'après la pièce de Romain Coolus et Maurice Hennequin, et sorti en salles le 30 décembre 1934.




pays basque film biarritz 1934
AFFICHE FILM LA REINE DE BIARRITZ
REALISE PAR JEAN TOULOUT 1934



Voici ce que rapporta au sujet de ce film la presse nationale, dans plusieurs éditions :


  • L'Oeuvre, le 7 décembre 1934 :

"La reine de Biarritz" au Paramount.



Du mouvement, de la gaîté dans une atmosphère mondaine, légèrement conventionnelle ; tel est le cadre de La reine de Biarritz.



En pleine saison, à Biarritz. Tout le monde n'a d'yeux que pour la ravissante Elenita, marquise de Sierra Mirador, surnommée "La reine de Biarritz", dont le mari, Esteban, possède la plus belle ganaderia d'Espagne.



Elenita est l'objet d'une cour empressée et... inutile, car elle est honnête. Parmi ses adorateurs, elle a cependant distingué le jeune Français Gaston Merville, dont la jeune femme, Denise, jalouse, fait à la marquise un affront dont celle-ci entend se venger ; elle cédera à Gaston. Mettant à profit le départ de son mari pour une course de taureaux à Pampelune, elle lui donne rendez-vous chez elle, le soir même.



Roger Charencel, père de Denise Merville, récemment remarié et en voyage de noces, vient rejoindre. avec sa femme Marguerite, le jeune ménage à Biarritz. A sa grande surprise, il trouve Denise très montée contre son mari. Désireux de ramener son gendre dans le droit chemin, il décide d'intervenir. 



Or Elenita est courtisée en même temps par un pseudo-comte Bolinski, qui aurait combiné un plan pour s'emparer de son merveilleux collier. Il a fait venir de Paris, pour l'aider dans ce cambriolage, un malheureux, Ramondin, qu'il croit, dessalé et qui est à la fois un capon et un. parfait gaffeur. Ce Ramondin mettra involontairement mille bâtons dans ses roues.



Inopinément, Charencel tombe au milieu du rendez-vous de son gendre et d'Elenita ; il l'oblige à congédier Gaston.



Resté seul avec elle, il cherche à s'excuser de son intervention quand on entend du bruit. Ce sont les deux cambrioleurs qui commencent à opérer. Dans l'obscurité, pugilat de Charencel avec le pseudo-Bolinski, qui parvient à s'échapper. Elenita, qui avait été déçue par le manque de cran de Gaston, est enthousiasmée par le courage de Charencel, qu'elle compare aux plus illustres toreros. Son admiration et sa reconnaissance, la font tomber dans ses bras. Ramondin surprend ces ébats amoureux.




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ACTRICES ET ACTEUR MARGUERITE MORENO JEAN DAX ET ALICE FIELD 



Prenant Charencel pour le marquis et tentant d'arranger les choses, Ramondin multiplie les gaffes et embrouille tout, jusqu'à l'arrangement final pour le mieux et le bonheur de tous.



Alice Field, Léon Bélières, Marguerite Moreno, André Burgère, Renée Devilder, Arlette Dubreuil et Jean Dax mènent rondement et joyeusement cette comédie, trépidante de fantaisie."




pays basque film biarritz 1934
ACTEUR JEAN DAX







pays basque film biarritz 1934
FILM LA REINE DE BIARRITZ
REALISE PAR JEAN TOULOUT 1934



  • Pour vous, le 13 décembre 1934, sous la plume de Roger Régent :

"La Reine de Biarritz.

(Film parlant français).



M Jean Toulout est surtout connu du public comme l’interprète de nombreux films muets et parlants, et l’on n’a pas oublié qu’il fut un puissant Javert dans une lointaine adaptation cinématographique des Misérables, très antérieure au récent film de Raymond Bernard.



pays basque film biarritz 1934
ACTEUR REALISATEUR JEAN TOULOUT



Jean Toulout se présente maintenant à nous comme metteur en scène. On eût souhaité qu’il choisit, pour s’exercer à ce nouvel art, un sujet plus original que celui de cette comédie-vaudeville signée Maurice Hennequin et Romain Coolus.



Alice Field, jeune comtesse espagnole, fait courir tout Biarritz. Elle est sacrée reine de la ville, et tous les jeunes gens de la plage s’empressent lorsque la beauté fatale lève le petit doigt. Parmi la bande d’admirateurs, André Burgère semble sur le point de réussir auprès de la jeune comtesse, qui lui donne un rendez-vous clandestin chez elle, à dix heures du soir.



"Mon mari ne sera pas là !..." Ce mari, satisfaisant pour une femme coquette, part en effet pour Pampelune, sous prétexte de corrida sensationnelle.



On pense tout de suite au retour inopportun. Pas si vite !... Le jeune André Burgère se révèle bientôt à la reine de Biarritz comme absolument inapte à remplir son rôle d’amant idéal. Il tremble au moindre bruit, et lorsque son beau-père (il est marié), qui l’a suivi, fait irruption dans l’appartement, André Burgère ne saura que s’esquiver lamentablement, à la grande joie d’Alice Field, qui n’a pas ainsi la peine de le congédier.




pays basque film biarritz 1934
ACTEUR ANDRE BURGERE



M. Beau-Père va se retirer dignement lorsque des cambrioleurs s’introduisent dans la villa, à la grande frayeur de la reine de Biarritz. Devant l’attitude héroïque de son compagnon, la jeune femme tombera dans ses bras, non sans avoir comparé la maladresse des jeunes rigolos et l’expérience de l'"homme de quarante ans "...



Après de multiples aventures (le retour du mari, trois scènes de ménage entre trois couples différents, une escroquerie, la déconvenue d’un brave voleur malgré lui, etc., etc.), tout rentre dans l’ordre et la jolie reine de Biarritz revient à son grand d’Espagne.



Mlles Alice Field, Renée Devilder, Arlette Dubreuil, MM. André Burgère, Jean Dax, Léon Bélières, Pierre Moreno, etc..., s’efforcent de donner de la vie ou de la drôlerie à leurs personnages, et Marguerite Moreno, dont le métier fait merveille, assène avec autorité quelques mots d’auteur dont l’effet est certain."




pays basque film biarritz 1934
ACTEUR ANDRE BURGERE









pays basque film biarritz 1934
AFFICHE FILM LA REINE DE BIARRITZ
REALISE PAR JEAN TOULOUT 1934





  • La Liberté, le 1er décembre 1934, sous la plume de Raoul d'Ast :

"Chez la Reine de Biarritz.



pays basque film biarritz 1934
ACTRICE ALICE FIELD 1935



— Allons présenter nos devoirs à Sa Majesté, me proposa Paoli, chef de publicité de la Compagnie Française Cinématographique. Peut-être daignera-t-elle nous recevoir et se laisser interviewer par vous.



Ainsi fut fait. La Reine de Biarritz, en la circonstance Alice Field, habite un appartement d’un modernisme à la fois simple et recherché, dans lequel nous introduisit une dame d'atours des plus accueillantes. Quelques minutes plus tard. Sa Majesté élevait, de la meilleure grâce du monde sa gentille main à la hauteur de nos lèvres respectueuses.


— Abolissons tout protocole, dit-elle sans façon. A tout à l’heure les affaires sérieuses...



Elle se dirigea alors vers un meuble placé dans l’angle de la pièce et qui, vu de dos, paraissait être un piano droit.


— Erard ou Pleyel ? demandai-je pour dire quelque chose.


— Ni l’un ni l’autre, répondit-elle en le contournant. Simplement un bar.



Puis, réapparaissant avec une bouteille de porto, Sa Majesté, de la façon la plus démocratique, daigna verser dans nos verres le précieux nectar spécialement réservé pour son auguste table.




pays basque film biarritz 1934
ACTRICE ALICE FIELD



Après un discret claquement de langue appréciateur, je passai, en m’abritant derrière l’abandon du protocole, à l’objet de ma visite.


— Alors, cette Reine de Biarritz

— Un film que je crois excellent. Il a été réalisé par Jean Toulout, d’après la pièce de Maurice Hennequin et Romain Coolus. Je l'ai tourné avec plaisir.

— Pas d’incidents spéciaux, lors de la réalisation ?

— Aucun. Je suis navrée de ne pouvoir vous raconter aucune histoire à ce sujet... Les films heureux, comme les peuples idem, n'ont pas d’histoire...

— Je me rallie donc à la formule consacrée. Tout s’est passé dans une atmosphère de cordialité, de confiance mutuelle et de bonne humeur absolue.

— Comme vous dites. Pour une fois... c’est vrai.


Tandis qu’Alice Field parlait, une lampe voilée d’une léger satin blanc mettait en valeur l’or de ses cheveux. Car Alice Field est blonde depuis qu’elle a si magnifiquement créé, à l’écran, Cette vieille canaille, du regretté Nozière. Il était permis de croire que ce passage inattendu du brun au blond — car l'Alice Field que nous avons connue était brune — représentait une fantaisie de jolie femme. Or, la Reine de Biarritz ne m’a pas permis ces espoirs.

— Je n’ai jamais été brune... mais châtain, et même châtain clair... ce qui faisait brun à l’écran... Et je n’ai nullement l’intention d’abandonner ma "blondeur" actuelle...

— Pourtant, vous êtes née native d'un pays où les blondes sont rares ?

— C’est vrai ; je suis née à Alger, mais de père provençal et de mère espagnole, de Valence. Et comme mon père avait lui-même des parents corses... j’aurais peut-être le droit d’être brune...

— C’est pourquoi vous êtes blonde ? En raison de la logique "di femina".

— Exactement...





pays basque film biarritz 1934
ACTRICE ALICE FIELD



Alice Field me rappelle ensuite que la Reine de Biarritz, qui sera présentée le 4 décembre, au matin, au Colisée, passera la même semaine sur l’écran du Théâtre Paramount. Léon Belières, Marg. Moreno, Renée Devilder et Arlette Dubreuil font partie de la distribution. Quelques souhaits et nous quittons le délicieux écrin qui renferme la reine. Sur le seuil de la porte, Paoli, tout fier des ascendances corses dont s'est réclamée Alice Field, fait une dernière remarque :

— Mais... je croyais que toutes les têtes couronnées étaient à Londres, aujourd’hui ? Vous êtes-vous fait représenter, au moins ?

— C’était inutile, lui répond Alice Field... Biarritz est en France... Et l’esprit français n’est-il pas présent partout ?"



(Source : La Reine de Biarritz de Jean Toulout (1934) - Unifrance et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




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mercredi 15 novembre 2023

CHARLIE CHAPLIN À TARDETS EN SOULE AU PAYS BASQUE EN AOÛT 1931

CHAPLIN AU PAYS BASQUE EN 1931.


Lors de son tour du monde qu'il fit en 1931 et 1932, Charlie Chaplin (Charlot) vint au Pays Basque, à Guéthary et à Tardets, en Soule.



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CHAPLIN A TARDETS JANVIER 1932
POUR VOUS 7 JANVIER 1932



Voici ce que rapporta à ce sujet l'hebdomadaire Pour Vous, le 7 janvier 1932 :



"Quand Charlie Chaplin villégiaturait au pays basque.


Charlie Chaplin était invisible. Il boudait Biarritz, dans un ennui magnifique. On ne l’avait pas vu au Bar Basque. Des femmes, plus belles que les étoiles marines de Santa-Barbara, de Miami, passaient devant ses yeux aveugles. Les grilles d’or du Miramar se refermaient sur lui.



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CHARLIE CHAPLIN AU MIRAMAR BIARRITZ 1931
PAYS BASQUE D'ANTAN


"Il s’ennuie ? Faites-le venir à Tardets", téléphona, un soir, quelqu’un.


Le lendemain, Chaplin arrivait à Tardets, dans sa Cord.


Il n’y avait là, jour le recevoir, ni reporters, ni photographes, mais quelques garçons basques, en espadrilles, qui allaient chasser la grive, et qui trouvèrent la Cord jolie.




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CORD L-29
CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=116039



Tardets est un village de la Haute-Soule, arcades mortes, pavé sonnant encore du fer des mulets espagnols, un village qu’on ne connaît pas à Biarritz, et qui n’a pas changé depuis cent ans.


Et Charlie Chaplin était l’hôte de Maurice d’Arhanpé, amphitryon de contrebandiers et de rois, le dernier homme qui puisse donner une authentique fête basque.



Dès sa descente de voiture, Charlie Chaplin se vit offrir un pernod d'avant-guerre, sur la terrasse aux catalpas de la chartreuse basque allongée au soleil."



"Un dimanche de Chaplin au pays basque... à la recherche des choses et des gens qui ont inspiré Charlie Chaplin. (sous la plume de Josep Peyré)



Mal habitué à cet extérieur sans prise de vues, et les oreilles bourdonnantes du silence de la vallée, le héros de La Ruée vers l’or considérait les personnages de féerie qui naissaient de l’écorce des arbres, et que le soleil malicieux, criblant à jour le feuillage des catalpas, armait d’écailles d’or.



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AFFICHE FILM LA RUEE VERS L'OR DE CHARLIE CHAPLIN



Quel génie, quel maître de ballet venait de faire naître ces danseurs aux plastrons chamarrés, aux tuniques de lumière, et cet hallucinant cheval-jupon à l’encolure dérisoire, qui se gonflait avec le vent ?


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DASNEUR BASQUE ZAMALZAIN
PAYS BASQUE D'ANTAN


"Ce sont les bergers ? demanda le mime. 


— Ce sont les bergers. Les bergers d’Ahusqui."



Depuis huit jours, pour rabattre les danseurs basques, les courriers battaient la montagne. Et les danseurs avaient laissé à la garde des chiens leurs troupeaux. 


"Ce sont des bergers ? répéta Chaplin lorsqu’ils chantèrent le premier chœur.

— Mais oui !

 — Des gardeurs de brebis ? 

— Des gardeurs de brebis ! 

— Ils chantent comme des Russes ! 

— Tous les hommes basques chantent comme ça. 

— Et ils sont chers ? 

-— Très chers. Personne ne peut les payer. Pour aucun autre, ils ne seraient descendus de la montagne. Le soir, lorsqu’ils ont fini leurs fromages, ils se réunissent dans un ranch, et ils travaillent leurs pas. Les pas que leurs pères leur ont appris."



Le visiteur regardait comme on feuillette un livre d'images. 



Ce fut alors qu’arriva un jeune berger, plus beau que les hommes des films.


"Il ne voudrait pas venir à Hollywood ? demanda Chaplin.


— Non ! Il travaille avec sa mère, la dernière ferme dans la montagne. Et il a marché cinq heures pour venir danser le pas des épées."



La cloche sonna l’Angélus de midi.



L’odeur des piments rouges de la piperade, qui cuisaient depuis trois heures dans le poivre, buvait l’odeur de miel des catalpas.


"Un peu plus de ce très sec petit vin blanc", demanda Charlie Chaplin en éternuant.



Puis il commença à dire ce qui devait, ce jour-là, rester son refrain : "Tout mon cœur, tout mon cœur avec vous..."



Le cheval-jupon lui-même s’était mis à table, et goûtait, avec des encensements, la truite, la piperade, la poule farcie, le vin de Sunharette, qui fleure le Vouvray.


"Vraiment tout mon cœur !" répétait Chaplin. Puis il reprenait l’émouvant Chorittua nurat hua, dans une adaptation anglaise dont il garde le secret.



Après le déjeuner et les chansons, ce fut, dans la montagne, la promenade jusqu’à Licq. Malheureux celui qui n’a pas admiré en septembre la haute vallée du Saison et les peupliers près de mourir !



Le mime du malheur semblait avoir trouvé son paradis. Il y avait trois jolies femmes sans fond de teint, et presque sans fard, et déjà des palombes, en grande avance sur l’hiver.



Sur le chemin du retour, les cloches des chapelles sonnaient à la volée. Croyant au feu ou à la guerre, les bergers dévalaient les sentiers. Mais ce n’était que le tocsin pour l’homme qui fait rire.



Car la nouvelle avait descendu comme l’eau dans la vallée. De Mauléon, le Café Jaurgain téléphonait, suppliant qu’on arrêtât "Charlot" une minute, une seconde, dût-on desserrer de deux tours une valve de pneu !



A l'entrée de Tardets, ce fut, devant la Cord, la barricade. Mais Charlot, les yeux pleins de ciel, chantait avec d'Arcangues :


Je ne descends dans la campagne 

Que pour ma poudre et pour mon plomb. 



Rien ne vaut le gant de cuir pour vous remettre de l’extase. En cinq minutes, il vous gonfle la main, et vous ridiculise. Le fronton de Tardets a vu cet inédit : "Charlot joueur de pelote".



Ils se mirent à deux pour lui passer le gant de cuir, le "chistera", cette fois-ci sous l’objectif du photographe. Cette raquette courbe, cette damnée gouttière n’est pas possible pour un chrétien. Charlot avise le mur du fronton, mesure la distance qui l’en sépare, et ses forces... Et la balle, derrière lui, va frapper au genou une Basquaise aux jolies jambes. C’est le moins qui puisse arriver.



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CHARLIE CHAPLIN TARDETS AOÛT 1931
PAYS BASQUE D'ANTAN



Après la partie, jouée cette fois par d'autres, Charlie Chaplin suivit Maurice à l’auberge, où Marianne Ourdosgoïty le reçut, entre son horloge à fleurs et ses cruches cerclées de cuivre :


"Un panaché ? 


— Un panaché", répondit Chaplin.



A l’auberge, il fallut chanter, avec Elgoyhen, avec Ourdosgoïty. Puis on dîna sur la terrasse, et les sonneries des trompes de chasse se répondirent des deux rives de la vallée. Ici, l’émotion de Charlot trouva son comble, et, soudain, on le vit chanter, mimer, avec ses cheveux gris et ses yeux tristes, Auprès de ma blonde, la chanson française qu’il préfère.


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AUBERGE AHUSQUY SOULE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Nulle autre part chez nous, Chaplin n’aura laissé ce souvenir public et familier.



Depuis lors, Maurice d’Arhanpé ne cessait pas de recevoir des lettres d’Amérique : "Où est Tardets en France ? Combien de cinémas ? Quelles vedettes ? Chaplin ne s’y est-il pas fiancé ? Des photos ?..."



Mais Tardets chassait les palombes. Et Maurice d’Arhanpé racontait à l’auberge d’Ourdosgoïty :


"Charlie Chaplin ? Je l’ai rajeuni de cent ans !"



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




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jeudi 19 octobre 2023

LE DESCENDANT D'UNE FAMILLE BASQUE ILLUSTRE : HARRY D'ABBADIE D'ARRAST À HOLLYWOOD EN NOVEMBRE 1929

HARRY D'ABBADIE D'ARRAST À HOLLYWOOD EN 1929.


Henri d'Ababdie d'Arrast, ou Harry d'Abbadie d'Arrast, né le 6 mai 1897 à Buenos Aires (Argentine) et mort à Monaco, le 17 mars 1968, puis enterré à Saint-Etienne-de-Baïgorry, est un réalisateur et un scénariste de cinéma. 



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HARRY D'ABBADIE D'ARRAST



Voici ce que rapporta à son sujet l'hebdomadaire Pour Vous, le 7 novembre 1929, sous la plume de 

Nino Frank :



"La bataille muet contre parlant est engagée à Paris. Le public décidera...

D'Abbadie d'Arrast, Français d'Hollywood, dit...



Cet Hollywood féerique et multiforme, aux édifices éphémères de toute sorte et de tous les temps, cette ville peuplée de personnages romanesques qui s'habillent en civil pour la frime, mais qu’on imagine toujours prêts à donner des conclusions nouvelles et excessivement absurdes à leurs films, ce paradis des hégéliens, est-on sûr, en somme, qu’il existe ? En Californie, bien sûr : quiconque pourrait en indiquer la longitude et la latitude exactes (après avoir jeté un coup d’œil sur une carte de l’Amérique). Pourtant, imaginez qu’un Hoover un peu fantasque s’avisât d’ordonner que toutes les bâtisses en bois (qui n’ont que deux dimensions, et ne s’en plaignent pas) construites sur les indications des metteurs en scène, soient détruites dans les vingt-quatre heures. Que resterait-il de la ville du cinéma ? Rien n’indiquerait son emplacement, je présume, si la fatalité qui est toujours pleine de bienveillance pour les archéologues et les curieux en général, ne leur laissait trouver les restes d’un appareil de prise de vues, le pantalon de Charlot, quelques-uns de ces prodigieux bâtons de rouge des girls de Mack Sennet... Je ne serais pas autrement étonné si l’un de ces matins, on constatait la disparition de Hollywood. Bien entendu, MM. Paramount, Métro. Fox et leurs confrères ne seraient pas obligés d’avoir recours aux petites annonces des journaux du Nouveau Monde, pour le retrouver. Mais peut-on extrader les villes, même factices !




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HARRY D'ABBADIE D'ARRAST ET CHAPLIN
POUR VOUS 7 NOVEMBRE 1929



Or Hollywood se déplace. L’Europe les attire : Paris, au seuil de l’Atlantique, leur offre des interviewes et des palaces. Douglas, Mary Pickford, Bancroft, Evelyn Brandt, Chevalier, et tant d’autres s’attardent à Paris, ils disent que tout va bien à Hollywood... Menjou ne retournera pas là-bas. Je ne serais pas extrêmement surpris si Fairbanks et Mary Pickford allaient céder à la tentation de voir si l’air de l’Europe leur est favorable. Et Jannings, Sternberg, Conrad Veidt ?



Qu’est-ce qui se passe à Hollywood ? Voilà Harry d’Abbadie d’Arrast qui en revient : il restera à Paris un mois, le temps de se reposer "à l’européenne" : interrogeons-le. Il n’hésite pas :

Le film parlant.



D’Abbadie d’Arrast, grand, bien découplé, les cheveux et les yeux d’un Andalou, la mâchoire forte, le rire clair entre deux rangées de dents très blanches : un Français d’Hollywood. Cela veut dire que ses sept années d’Amérique en ont fait un homme très simple et très fort, et qu’elles ont rendu sa voix âpre, et son français hésitant et un peu saccadé. Mais quinze jours de Paris suffisent à atténuer ce pittoresque amusant. Il est sympathique, élégant, pénétrant : la main qu’il vous tend est une main d’ancien combattant, de mutilé.



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ADOLPHE MENJOU KATHRYN CARVER ET D'ABBADIE D'ARRAST
POUR VOUS 7 NOVEMBRE 1929


Je suis allé à Hollywood en 1922. Je voulais travailler : comme acteur ou comme metteur en scène, je ne savais pas. J'ai eu une chance inouïe : j’ai rencontré Charlie Chaplin... Et voilà.



En 1922, à Hollywood... L’année après le Kid ; l’année où les big four s’unissaient pour créer la société libre des United Artists. Et en Europe ? A quoi bon interroger davantage d’Abbadie d’Arrast sur les raisons qui le poussèrent à s’en aller de l’autre côté de l'Atlantique.


Comme j’étais Français, on m'avait nommé conseiller technique pour un film de Gloria Swanson, ou plutôt pour une scène de ce film, une course de chevaux en Argentine. Je connais l'Argentine : quand j’étais gosse, on me promenait de tous les côtés... J'ai eu deux chances inouïes : Fitzmaurice, le metteur en scène de ce film, fit annoncer, lors de la présentation, mon nom, à cause de la part que j'avais eue à la composition de cette scène. Première chance : les metteurs en scène ne sont pas toujours si loyaux. Seconde chance : Charlot assistait à la projection, il remarqua ce bout de film, il voulut me voir... C'était le but vers lequel je tendais : toutes les recommandations qu'on m’avait données n’avaient servi à rien, car Chaplin fuit les postulants. J’avais fini par être le seul qui ne lui demandait rien. C’est ce qui lui plut. Il allait tourner l‘Opinion publique : j'étais Parisien. Il voulait introduire une course de chevaux dans ce film et me demanda de la diriger. On finit par y renoncer, mais je demeurai son assistant. J'ai travaillé pendant trois ans avec lui : j’étais son assistant, son docteur, son secrétaire... Nous étions très amis, nous le sommes toujours. Maintenant nous nous voyons presque tous les jours au tennis, nous échangeons nos idées : il me parle de chacune de ses trouvailles, me les jette comme des balles, pour voir ma réaction. Pour mon compte, je sais que je trouve chez lui la solution de toute difficulté... Chaplin est une institution : s’il disparaissait, pauvre cinéma !



film cinéma muet charlot
FILM A WOMAN OF PARIS
 OU FILM L'OPINION PUBLIQUE
DE CHARLIE CHAPLIN 1923


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IMAGE DU FILM A WOMAN OF PARIS 
DE CHARLIE CHAPLIN 1923




Harry d’Abbadie d’Arrast s’est animé en parlant de son grand ami ; son affection est émouvante. Ce qu’il a fait depuis, seul, il n’en parle pas ; tout ce qui touche à Chaplin lui tient à cœur, avant tout autre chose.


Nous avons travaillé ensemble pour l'Opinion publique et La Ruée vers l’Or. En 1925, je suis venu en Europe pour présenter à Londres et à Paris La Ruée vers l’Or, .car Charlie tenait à ce que les orchestres jouent certains airs : il est très musicien. Il y a des scènes de ce film qu’il avait composées en songeant à ces airs. Mais trois années de travail avec Chaplin vous usent assez. Je le laissai faire autre chose. Or, je ne suis pas un salesman, un bluffer : les Européens le sont fort peu. Aussi m’entendis-je mal avec les gens des grandes sociétés. A la Metro-Goldwyn par exemple, j'eus les mêmes malheurs qu’a eus Feyder : devant tourner ce qui est devenu par la suite Femmes, je ne parvins pas à me mettre accord avec eux. Je ne sais pas me plier. Ils finirent par m’envoyer à Paris tourner la scène des deux poivrots descendant à cheval les Champs-Elysées, scène qui se trouve dans les Ailes. Ils pensaient que je n’y parviendrais jamais. Ils eurent tort, car je n’eus pas même besoin avoir recours aux autorisations de la Préfecture de Police pour la tourner... C’est pour la Paramount que je finis par tourner Femmes : là, je rencontrai Menjou, et j'ai fait avec lui Monsieur Albert, Valet de cœur et Sérénade. Mon dernier film est Dry Martini, que j’ai tourné pour la Fox avec Mary Astor. Je vais rentrer en Amérique pour commencer Raffles, avec Ronald Colman, pour la United Artists : mon premier talkie, parlant, je l'espère, le moins possible. Je songe à un film sur l'Espagne, pour lequel je reviendrai en Europe... Je me loue, maintenant, aux sociétés : cela me plaît davantage que si j’avais un contrat trop tyrannique...



film hollywood echaux basse-navarre abbadie arrast
FILM DRY MARTINI 1928
D'HARRY D'ABBADIE D'ARRAST


Alors ? ce film parlant ? 


Horrible. J’ai résisté autant que je l'ai pu. Chaplin a raison : je comprends son dégoût. Artistiquement, c’est une déchéance : la force principale du cinéma, art visuel, résidait dans le fait que seule la vue travaillait. Dans la vie courante, tous les sens fonctionnent : devant l’écran, toute l'attention (l’âme même) se concentre dans les yeux. Que vient faire un dialogue dans tout cela ? Nous en avons parlé bien souvent, Chaplin et moi : pour lui, outre cette hostilité de principe, il y a l’impossibilité de donner une voix à "Charlot". Voix inimaginable, ou que du moins tout le monde imagine à sa manière. On ne verra jamais de film parlant de Chaplin : il a presque achevé City lights. C’est une œuvre magnifique : j’ai entendu des gens parler de lui avec pessimisme parce que depuis deux ans on n’avait pas vu de film nouveau de lui. Mais La Ruée vers l’Or, le Cirque aussi, il a mis deux ans à les composer... Non, Charlie est toujours la plus haute personnalité qui soit dans le monde du cinéma : après lui Fairbanks, qui a toujours vingt ans, et Chevalier, oui, Chevalier. Vous verrez, Love Parade ; vous verrez ce qu’est sur l'écran, Chevalier... Quant aux talkies, c’est un succès indéniable : l'Amérique ne veut plus de films muets. Bon signe ? Mauvais signe ? Je vous avouerai que là-bas je n’en ai vu qu'un qui m'ait satisfait : Alibi. Quant au reste..."




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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