Libellés

Affichage des articles dont le libellé est BAINS DE MER. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est BAINS DE MER. Afficher tous les articles

jeudi 12 décembre 2024

IMPRESSIONS D'UN DÉBUTANT SUR LES PLAGES BASQUES EN SEPTEMBRE 1930 (première partie)

IMPRESSIONS D'UN DÉBUTANT SUR LES PLAGES BASQUES EN 1930.


Dans les années 1930, la Côte Basque est à la mode, pour la "jet set", au même titre que Deauville ou Cannes.



pays basque autrefois plage labourd chambre amour
PLAGE DU PORT-VIEUX BIARRITZ 1930
PAYS BASQUE D'ANTAN





Voici ce que rapporta A. Hérisson-Laroche, dans le quotidien Comoedia, le 9 septembre 1930 :



"Impressions d'un débutant sur les plages basques.



J'en suis encore tout étourdi, chante-t-on au féminin dans la Manon de Massenet. Les causes sont différentes, mais, en ce qui me concerne, le résultat reste le même.



On m'avait dit, au départ de Deauville : "Ici, c'est très bien, peut-être un peu trop parisien. Là-bas, vous verrez combien l'atmosphère change. Vous allez être pris, saisi et retourné, dès votre arrivée. Seulement, gardez-vous de freiner en quoi que ce soit. Du courage, jeune homme. Imitez l'apprenti nageur : plongez sans réfléchir, d'un seul coup. Vous avez l'autorisation de serrer un brin les mâchoires, mais c'est tout. Deux jours après, si vous suivez mes conseils, vous m'en direz des nouvelles."



J'ai suivi, j'ai plongé, j'ai bu et rebu. Et maintenant que, le stylo à la main, je désire vous confier mes impressions, il me semble que, dans ma pauvre tête, pensées, vocables et ponctuation, en un mot tout le stock de l'homme honnête, titubent affreusement. Il faudrait avoir à sa portée la lyre d'un Ponchon pour traduire parfaitement l'état exceptionnel de mon cerveau.



Tant pis ! Vous m'excuserez, n'est-ce pas, de me présenter à vous en un tel débraillé intellectuel. Je n'oserais jamais en temps normal. Mais, puisqu'il le fallait !



Remarquez avec moi que mon lucide (le veinard) conseiller n'avait pas tort. Il avait même raison. Décidément, je suis encore loin d'aller mieux. J'ai une envie folle d'arrêter ces divagations qui me font honte, et, cependant, quelque chose me pousse à aller de l'avant.



Ma lourde tête s'est affalée sur mon papier. J'ai dormi un peu, rêvé probablement. Le pouls paraît meilleur. Alors, allons-y.



Récapitulons. A ma descente du train, deux compagnons, qui étaient initiés eux, m'ont happé d'un mouvement énergique. Avant même de prononcer une parole, ils contemplèrent longuement mon veston, mes guêtres, mon teint de pierrot mal débarbouillé. Ils semblaient me considérer des pieds à la tête avec une stupeur ironique. J'étais atrocement gêné. C'est alors que mes yeux se portèrent d'instinct et à leur tour sur ceux qui avaient bien voulu consentir à se faire mes guides bénévoles. Portaient-ils des maillots, des pyjamas ou de simples culottes de sport ? Je ne peux pas le démêler exactement. Ils étaient fort peu vêtus et des échancrures, savamment ménagées, laissaient apparaître de vastes îlots d'une peau dont l'éclat mat rappelait étrangement le bronze des pendules et des vieilles statues.



Mais notre dialogue muet ne pouvait s'éterniser. Nous rompîmes enfin nos ahurissements mutuels. Et j'appris, alors que ce Biarritz, dont j'avais hâte de connaître tous les charmes, s'enrichissait de cinq plages, aux caractéristiques différentes. Je n'eus pas le loisir de demander de nouvelles précisions, car déjà la plus agile des torpédos nous emportait à vive allure pour nous déposer bientôt sur une plage immense, longue de plusieurs kilomètres. Des dunes et des pins à perte de vue. Une lumière éblouissante que je supportais avec peine.


— Demain, vous serez adapté, mon cher, reprirent alors les deux jeunes gens d'un commun accord et puis, après-demain, vous ne pourrez plus vous en passer. Voyez cette étendue qui se poursuit jusqu'à La Barre, c'est la Chambre d'Amour.



pays basque autrefois plage labourd chambre amour
CHAMBRE D'AMOUR ANGLET 1929
PAYS BASQUE D'ANTAN



Vous souriez ? Vous avez raison d'ailleurs, car une jolie légende s'attache à ces paysages. Mais, actuellement, nous avons mieux à faire qu'à écouter des contes bleus. Il nous faut d'urgence poursuivre votre initiation.



Tout le monde tint parole, initiateurs et initié. Il est certain que je peux maintenant me parer de ce titre envié. Je suis un initié. En moins d'une journée, j'ai percé les mille mystères du bain de mer et du bain de soleil. Ma pauvre peau rebelle se hausse peu à peu à la gloire brune des résidents basques. Je sais aussi bien qu'un habitué chevronné de notre station que s'il convient, le matin, de confier ses pieds et son torse aux flots courroucés de la plage d'Amour, il est tout aussi nécessaire de jouir du soleil aux abords du Miramar pour plonger une heure après sous les vagues vibrantes qui se chevauchent devant les deux casinos. Mon expérience, qui fut complète, me conduisit, après un court repos à l'anglaise et une rapide digestion, sur cette plage grandiose de la Côte des Basques où, face aux monts espagnols, toutes les nations de la terre oublient leurs difficultés et leurs divergences dans un coin d'Océan particulièrement accueillant.




pays basque autrefois plage labourd chambre amour
CÔTE DES BASQUES BIARRITZ 1930
PAYS BASQUE D'ANTAN



J'ai suivi, j'ai plongé, j'ai bu et rebu. Ma confession est terminée. J'ai enfin la sensation heureuse de respirer à mon aise. Mon être s'assoupit et s'assagit. Je me sens tout à fait confortable, comme disent les Américains, en avalant la dernière goutte de leur sixième cocktail."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.

Plus de 6 900 autres articles vous attendent dans mon blog :

https://paysbasqueavant.blogspot.com/


N'hésitez pas à vous abonner à mon blog, à la page Facebook et à la chaîne YouTube, c'est gratuit !!!

lundi 5 avril 2021

LES BAINS DE MER À BIARRITZ EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1839 (deuxième et dernière partie)

LES BAINS DE MER À BIARRITZ EN 1839.


Dès la fin du 18ème siècle, les "étrangers" viennent à Biarritz pour prendre des bains de mer.



pays basque autrefois biarritz
BIARRITZ 1843
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet le journal Le Courrier de la Côte d'Or, le 12 décembre 1839 :



"Voyez-vous cette profonde découpure du promontoire au bas de cet escalier raide et pierreux, à 80 pieds au-dessous de cette croix de bois usée avec la pierre qui lui sert de socle ? Voyez-vous ces huit à dix barques qui sèchent au soleil, et ces cabestans grossiers qui les arrachent chaque jour à la mer ? Voyez-vous ces quelques pêcheurs accroupis sur leurs filets déchirés, et ces corbeilles où bondissent encore la mouline, la raie, la dorade ou le scombre vulgaire ? Voyez-vous, enfin, ce bassin de quelques cent toises, défendu par des écueils accessibles seulement aux hommes du pays ? Eh bien, c’est là le port de Biarritz : sa population, son industrie et sa richesse, tout est là ; c'est là le seul débris de son antique prospérité. Chaque jour, lorsque la mer est calme, vous croyez voir au large comme un oiseau de mer dont les ailes brillent au soleil ; bientôt vous en comptez plusieurs ; ils approchent : ce sont des voiles, des bateaux et des rames ; on dirait une petite flottille qui s’avance rapidement ; des femmes et des enfants, chargés de corbeilles, se précipitent par toutes les pentes qui aboutissent au port ; les barques abordent successivement ; on serre les voiles ; une corde est attachée à un anneau de fer fixé au taille-mer ; les cabestans crient, et des rouleaux de bois, placés sous la fausse-quille, conduisent lentement chaque barque hors de l’atteinte des marées.



pays basque autrefois port pêcheurs
PORT DES PÊCHEURS BIARRITZ
PAYS BASQUE D'ANTAN



Pendant l’été, et surtout par les matinées habituellement si pures du mois de juillet, des embarcations armées de six, huit, et jusqu’à dix rameurs, s’élancent vers la côte des Basques et s’arrêtent à une petite distance des roches qui la couronnent au Nord ; la couleur matte de l’eau et l’apparition de quelques marsouins ont signalé des sardines ; les pêcheurs s’approchent doucement, et ils n’ont qu’à plonger, et à retirer presque aussitôt des filets qui plient sous une pêche abondante : l’oeil des gens du pays est tellement exercé, que, du haut de la falaise, on les entend signaler à leurs amis la proie que ceux-ci n’aperçoivent pas encore. Les marsouins, qui paraissent apprécier singulièrement ce mets recherché sur toutes nos tables, se mettent en arrêt pour ainsi dire à la vue des sardines, et ils semblent choisir d’avance l’endroit où ils mordront avec le plus de profit pour leur voracité. Cette observation, toute locale, n’est jamais en défaut : lorsque la mer s'élève au large, les marsouins s’approchent de la côte, mais ils ne s’y arrêtent pas ; on les voit par bandes assez nombreuses se diriger vers l’embouchure de l’Adour ou vers le Socoa ; leurs queues noires et perpendiculaires à la vague les signalent au loin ; on dirait des barques à demi submergées et courant au gré des flots.


pays basque autrefois pêcheurs
PÊCHEURS BIARRITZ
PAYS BASQUE D'ANTAN


A l’approche du mois de juillet, Biarritz prend ses habits de fête ; ou, en termes vulgaires, chaque propriétaire blanchit sa maison sous peine de la voir abandonnée par les baigneurs comme un lieu maudit ou au moins inhabitable. Des rideaux d’une blancheur éclatante ornent les lits et les fenêtres ; les cheminées se surchargent de tasses en belle terre de pipe, de vases bleus ou d’autres naïfs ornements achetés dans la ville voisine ; les meubles, quelque vieux qu’ils soient, resplendissent ; enfin c’est dans chaque appartement une coquetterie de propreté qui séduit et met en haut goût de bains et de campagne.



Les baigneurs arrivent lentement. Biarritz alors se ranime, se renouvelle et s’évertue ; le bon, simple, solitaire, rocheux et calme village de toute l’année emprunte au monde brillant et oisif qui le défraie son bruit, sa poussière, ses grimaces, ses travers et ses médisances. Biarritz prend largement sa part de la civilisation des quatre-vingt-six départements. Autrefois c’étaient les joyeux cacolets qui vous portaient de Bayonne à travers un chemin de sables ; maintenant ce sont des diligences, omnibus, chars-à-bancs, calèches, cabriolets, etc., qui vous conduisent plus ou moins rapidement sur la principale place, dont le seul mérite consiste à ouvrir au regard une admirable étendue de mer. C'est le rendez-vous du soir, la promenade habituelle et bornée des baigneurs, qui s’y entassent obstinément dans une centaine de toises carrées, par cette habitude moutonnière que nous avons tous de nous serrer les uns contre les autres, et de compter, pour ainsi dire avec parcimonie, les quelques pouces d’air libre et franc que chacun de nous pourra respirer. Chaque baigneur a soin d'y apporter religieusement ses habitudes de coterie, ses méfiances et son dédain provincial, choses qui rendent toute réunion impossible. Partout ailleurs, cet isolement passager au sein d’un village, ces rencontres multipliées dans les mêmes eaux et dans les mêmes lieux, ces besoins, en un mot, que les mêmes habitudes rendent communs, créent un instinct de sociabilité, une convention tacite d’égalité et de simplicité qui établissent tout aussitôt entre les baigneurs des relations faciles et bienveillantes. La saison écoulée, les rapports cessent ; on se rencontre encore, mais on peut ne plus se connaître. A Biarritz, il n’en est pas ainsi : la province tient à cette raideur qu’elle prend pour de la dignité ; elle continue à vivre orgueilleusement, à faire son boston, à lire son journal, à médire du prochain, et à se retirer de bonne heure, sans rien céder au changement temporaire d’habitude et de localité, sans se faire l’aumône d’une soirée, d’une course ou d’une causerie inaccoutumées. 



Mais ce n’est pas encore là la physionomie de la saison, ce n’est pas encore là la couleur saillante de ce village agreste livré pour un temps aux loisirs et aux infirmités des classes riches : voyez-vous cette anse, ou bassin, ou petite baie resserrée et fermée en partie par des roches aux formes bizarres et longuement aiguisées par les lames ? C’est le Port-Vieux : on descend par un sentier à demi praticable sur une plage étroite ou se dressent chaque année plusieurs baraques en bois au service des baigneurs ; à droite, et sur une hauteur escarpée, des fragments d’un vieux château à la date de 1300, et qui a dû défendre l’entrée du port ; quelques pans de ses murailles ont déjà abandonné la masse principale, et semblent s’être arrêtés dans leur course, on ne sait par quelle singulière puissance du hasard ; à gauche, et sur un mamelon moins raide, une vieille tour percée par le haut, et dans laquelle on allumait un grand feu qui servait à rallier au large, par sa fumée noire et épaisse, les bateaux pêcheurs que l’orage menaçait.




publicité olibet port vieux
PUBLICITE OLIBET PORT-VIEUX BIARRITZ
PAYS BASQUE D'ANTAN



pays basque 1900 tout atalaya
TOUR DE L'ATALAYA BIARRITZ
PAYS BASQUE D'ANTAN

L’heure du bain est fixée d’ordinaire aux pleines mers et aux marées montantes ; une foule d’hommes et de femmes se précipitent des baraques, les premiers couverts des caleçons prescrits par le règlement municipal, et celles-ci, plus ou moins élégamment, en peignoirs ou en blouses de couleurs sombres, les unes coiffées de foulards, les autres de chapeaux de paille. Toute cette population importée se précipite dans le bassin, les plus faibles et les plus timides aidés par des gourdes, ou mieux encore par des habitants qui en font l’objet d’une industrie pénible et parfois dangereuse. La coquetterie des femmes s’exerce là comme ailleurs, mais plus malheureusement : car la couleur, je crois, et l’action de l’eau de mer, rident les joues, blêmissent le teint, et disgracient les traits les plus agréables.



Biarritz devient, pendant la saison, une petite colonie pleine d’animation et de gaieté. Chaque petite chambre contient son ménage et son pot-au-feu importés ; selon les goûts, les âges et les caractères, on lit, on chasse, on pêche, on se promène, ou autre chose ; on y déjeune avec des œufs à la coque et du chocolat, ce qui est très-hygiénique ; mais on s’y occupe fort peu de la beauté du site, et rarement une pensée sérieuse vient à traverser ce large horizon, à la quête d’un monde inconnu : on aime mieux médire ou regarder les baigneurs.



pays basque autrefois port
BIARRITZ 1843
PAYS BASQUE D'ANTAN


Biarritz, vous le savez peut-être, est assis à une des extrémités de l’arc qui court vers les côtes d’Espagne , et qui embrasse ce golfe admirable fermé à la vue par la Rhune et par les premiers versants du Guipuzcoa. Par une belle et pure matinée, toutes ces montagnes d’un bleu sombre saillissent nettement aux regards ; les plus rapprochées, avec leurs nombreuses déchirures, avec les maisons blanches qui les émaillent, et leurs accidents d’ombre et de lumière ; les plus éloignées, s’abaissant graduellement vers la mer, comme de légers nuages réguliers et immobiles. Puis, dans la courbure de l’arc, une longue et souple frange d'écume, et, au-dessus, cette ligne inégale de falaises argileuses qui émincèrent au soleil ; mais surtout cette double profondeur, ce double mouvement du ciel et de la mer qui semblent échanger leurs mystérieux spectacles. Tout cela est beau, tout cela est grand, tout cela est sublime, et malheureusement inaccessible à une plume vulgaire. Lorsque la mer est émue au large par quelque pressentiment de tempête ou par le vent d’ouest, on la voit se dresser en larges et hautes lames, se couronner de crêtes transparentes et écumeuses, et se précipiter avec une telle puissance, que les hauteurs qui la dominent en ressentent des secousses prolongées.



Quelques maisons du Haut-Biarritz viennent se poser sur ces hauteurs, et, à leurs pieds, la côte est appelée vulgairement Côte des Basques.


côte basque pêcheurs
CÔTE DES BASQUES 
PAYS BASQUE D'ANTAN


Du 15 au 20 août, et pendant vingt jours environ, les populations basques du Labourd, de la Soule, et même de la Basse-Navarre, y accourent, et envahissent toute cette partie du village qui touche à leur côte de prédilection. C’est, pour les Basques, une époque de loisirs et de bonne chère ; le tambourin et le fifre nationaux, largement défrayés, s’installent partout où peuvent se grouper et danseurs et danseuses. L’insatiabilité des Basques est merveilleuse : ils ne se lassent jamais de battre le sol de leurs pas monotonement cadencés ; et j’ai vu de leurs bals en plein air se prolonger pendant toute une nuit.



Ils prennent deux, trois, et jusqu’à quatre bains par jour ; on les voit parcourir en longues files l’étroit sentier qui conduit sur la plage. Là, chacun a son rocher ou sa place sur le sable. Il faut voir du haut de la côte ces têtes aux cheveux flottant, ces épaules brunes que l’écume du flot fait ressortir, ces femmes aux longs peignoirs de mille couleurs, se donnant la main pour rompre la force des lames, et chantant parfois en langue basque des airs plaintifs et monotones, qui ne manquent pas pourtant d’harmonie. Le mouvement ne cesse pas du rivage à la mer, et de la mer au rivage : c’est un pêle-mêle de sons étranges pour nos oreilles françaises; ce sont des cris de joie, des encouragements, des chansons interrompues ; et cette population exceptionnelle a un costume si pittoresque, un air de tête si digne, et une gaieté si expansive et si bruyante, qu’il faut être frappé malgré soi de tout cet ensemble qui parle si curieusement aux impressions et aux regards. Le pèlerinage des Basques à Biarritz mériterait un véritable poème, et les couleurs et les formes n’y défendraient pas. Il est difficile de trouver autant de mouvement et de couleurs dans un si petit espace : d’un côté, les Basques sur leur vaste plage où les lames arrivent plus creuses et plus puissantes ; de l’autre, la population des villes, blême et effrayée dans son étroit bassin où les marées ordinaires jettent à peine quelques embruns dédaigneux...



pays basque autrefois bains
LES BAINS DU PORT-VIEUX ET CÔTE DES BASQUES BIARRITZ
PAYSS BASQUE D'ANTAN



Pendant trois mois environ, Biarritz est vivifié, riche et joyeux ; puis l’hiver arrive, et ce ne sont plus qu’une population toute imprégnée d’eau salée, qu’un rocher déchiré par une mer tourmentée, que des landes stériles où paît un maigre bétail. Une grande partie des appartements occupés par les baigneurs se ferment, et on n’entend plus que le bruit des sabots qui retentissent dans les rues désertes, les vagues qui battent ce périple d’écueils entassés aux pieds du promontoire, et le vent qui gronde sur ce plateau découvert et sans abri. Pendant les longues nuits d’orage, le phare veille seul sur la côte ; sa base se perd à l’horizon, et on croit apercevoir au ciel une étoile qui brille et pâlit successivement à travers les nuages. Les veillées commencent ; la résine brûle sous l'âtre ; quelques fagots répandent une chaleur douteuse ; les femmes filent, et racontent ; les enfants et les vieillards écoutent..."



pays basque autrefois phare
PHARE BIARRITZ 1905
PAYS BASQUE D'ANTAN

(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)





 



Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.

Plus de 7 000 autres articles vous attendent dans mon blog :

https://paysbasqueavant.blogspot.com/


N'hésitez pas à vous abonner à mon blog, à la page Facebook et à la chaîne YouTube, c'est gratuit !!!

vendredi 5 mars 2021

LES BAINS DE MER À BIARRITZ EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1839 (première partie)

LES BAINS DE MER À BIARRITZ EN 1839.


Dès la fin du 18ème siècle, les "étrangers" viennent à Biarritz pour prendre des bains de mer.



pays basque autrefois biarritz
BIARRITZ 1843
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet le journal Le Courrier de la Côte d'Or, le 19 novembre 1839 :



"Biarritz et les bains de mer.



Ne faudrait-il pas aux bains de mer de Biarritz quelque prospectus pompeux et brillant pour appeler l’attention de la foule et la précipiter, plus curieuse et plus empressée, sur ce rocher pittoresque ? Ne faudrait-il pas aussi la sanction de la mode à cette nature énergique ? et quelque prétendant chercheur de couronnes, on quelque émir, vaincus tous deux et recommandés à notre hospitalité, ne suffiraient-ils pas à la fortune de Biarritz, comme la duchesse de Berri a suffi à celle de Dieppe ? Peut-être cette illustration d’un lointain village jeté sur une côte orageuse et déserte, a-t-elle été tentée par quelque magnifique incognito ; mais, soit insouciance méridionale ou occasion peu intelligente, la municipalité de Biarritz ne crut pas devoir immortaliser le fait par un marbre reconnaissant, et je ne pense pas qu’elle veuille recourir aujourd’hui à une pétition qui vienne rappeler la naïveté dieppoise.



En dépit de la mode, Biarritz réunit chaque année une émigration plus nombreuse ; et bientôt la ville de Bayonne, déjà si vivement recommandée, rencontrera à ses portes non seulement les sources si diversement recommandables des Pyrénées, mais encore des bains de mer dont la haute vertu tonique puisse solliciter déjà les tempérament énervés et la passion voyageuse des gentilshommes d’outremer. Alors Biarritz aura une belle place dans les travaux des géographes et des statisticiens ; alors il reconquerra par ses bains son antique illustration par la pêche de la baleine.



pays basque autrefois port
BIARRITZ 1843
PAYS BASQUE D'ANTAN



Maintenant, vous qui connaissez Bayonne, et qui avez parcouru maintes fois cette longue chaussée qui court de l’extrémité des Allées-Marines jusqu’aux pignadas, suivez-moi avec confiance : car c’est là le véritable chemin de Biarritz, le chemin de l’artiste et du poète, qui dédaignent habituellement les domaines des commissaires-voyers. Suivez-moi sans mécompte et sans impatience : car des deux rôles que le hasard nous a faits, le vôtre est un rôle de paresseuse attention, qui n’engage ni le goût, ni l’esprit, ni la conscience ; tandis que j’ai bien une autre couronne d’épines à porter.



A quelques toises des ruines de l’ancienne verrerie, ou pénètre dans ces bois de plus dont la verdure éternelle défie les vents de l’automne et la morsure meurtrière de l’hiver. On louvoie plutôt qu’on ne marche, pendant une heure environ, sur un sol sableux et mouvant dont les accidents imitent les ondulations de la mer. Tantôt vous descendez dans un ravin profond, et votre regard est borné de toutes parts par les dunes; tantôt vous montez sur la cime d’une de ces vagues immobiles, et votre œil glisse au loin sur la mer entre deux branches noueuses qui se penchent çà et là ; ce sont d’admirables études de troncs d’arbres, de racines découvertes et entrelacées comme un nid de serpents, de pins creusés ou abattus par la vieillesse, de jeunes pousses pleines de vigueur ; partout la forêt dispute aux sables la possession de cette partie de la côte.



Les bois de pins cessent, et à une petite distance de la Chambre d’Amour, groupe de maisons qui appartiennent à la commune d’Anglet, et dont je raconterai tout à l’heure la triste et naïve légende, on rencontre au sommet d’immenses dunes ou sur leurs flancs mobiles, des vignes enfermées par des haies de roseaux, qu’on prendrait au loin pour les compartiments inégaux et accidentés d’une carte géographique : c’est là un produit étrange et estimé de ces sables merveilleux ; et lorsqu’on a goûté une première fois de leur vin pétillant, on ne veut pas croire qu’il ait puisé sa sève et sa vigueur dans les entrailles d’un sable marin tourmenté par les vents et par les transformations de la côte. On a cru longtemps qu’il s’y trouvait au-dessous des marnes argileuses capables de fécondation comme les collines crayeuses de la Champagne ; mais toutes les expériences ont prouvé que ces dunes sont formées de sable pur ; leur mobilité, d’ailleurs, attestée par des témoins oculaires, repousserait facilement cette conjecture d'un sol quelconque recouvert d’une couche de sable plus ou moins profonde. On a vu de ces masses de plusieurs centaines de pieds de circonférence se déplacer, se creuser, s’arrondir, s’aiguiser ou disparaître après une nuit d’orage, ensevelissant dans leurs rapides convulsions les vignes qu’elles avaient longtemps portées ; la mer ne perd rien de sa puissance sur ces sables, dont elle se reconnaît souveraine, et elle leur imprime parfois quelque chose de sa dévorante mobilité.






Dans toute cette commune d’Anglet, qui s’éparpille si joyeuse et si riante jusque sur les falaises solitaires qui dominent la plage, il n’est pas une bonne vieille femme qui ne sache une légende et une prière sur cette grotte connue dans le pays sous le nom poétique et naïf de Chambre d’Amour. Tantôt ce sont les pastorales amours des bergers Oura et de la bergère Edera, d’Angèle et de Psycale, chantées par M. Népomucène Lemercier et éteintes par quelque haute mer d’équinoxe ou de pleine lune ; tantôt c’est le Basque Laorens, orphelin et pauvre, que la belle et riche Saubade, jeune fille d’Anglet au teint brun, attendait, comme Héro, dans la grotte fatale : un soir le ciel était sombre ; la mer tressaillait sourdement, et les goélands agitaient en criant leurs longues ailes blanches. Le couple endormi et confiant fut réveillé tout à coup par l'embrun écumeux d’une lame ; la grotte était cernée. . . . , la mer battit longtemps les roches noircies, et le lendemain on trouva les deux amants liés dans une dernière étreinte, et couchés sur un lit de sable et d'algues marines. Maintenant, pour ceux qui savent dorer les légendes, voici une triste et touchante histoire : racontez-la aux veillées des Cinq-Cantons, d’Anglet, de Biarritz , de Guétary, et vous aurez autour de vous, pour s’attendrir ou s'effrayer, de hardis pêcheurs et de courageuses jeunes filles, population forte et crédule pour laquelle la mer est une providence et une patrie.


chambre amour anglet pays basque autrefois
LAORENS ET SAUBADE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Les eaux de la marée montante n’arrivent plus dans la grotte.



La voûte, qui s’abaisse graduellement jusqu’au sol, est formée d’un seul bloc calcaire où se rencontrent quelques nummulites. Une foule de noms et de dates en tapissent les parois, et attestent l’antique célébrité de la légende ; scellés aujourd'hui sous les sables qui ont fermé définitivement l’entrée de la grotte, tous ces noms exerceront peut-être dans quelques mille années les recherches scientifiques de nos successeurs.....



Une pensée triste pourtant vous saisit dans cette espèce de coque creusée par la mer, et où les bruits du dehors arrivent à l’oreille avec une résonnance singulière ; je me suis surpris cherchant involontairement du regard la place et le souvenir consacrés par la légende.



La Chambre d’amour est aujourd'hui dépouillée de son attrait de terreur et de mystère : solitaire et abandonnée, elle n’est plus témoin que des amours cent fois renouvelées des goélands et des éperviers qui planent et s’ébattent incessamment sur cette côte. Tous les vieux souvenirs que recommandaient autrefois une chapelle, une roche, un héritage ou un tombeau, sont éteints ou déflorés, et il faut au chroniqueur ou au romancier de longues études pour raviver ces couleurs et donner quelque prix à un récit des temps passés. 



Un regret donc à ces amants malheureux ; un souvenir de reconnaissance à cette halte hospitalière qui a rafraîchi nos lèvres et nos pieds brûlants ; voici la route : encore un peu de sable, puis le sable et la terre disparaissent sous un tapis de plantes vivaces et sauvages ; le lin maritime, l’astragale bayonnais, le smilax piquant, le plantin des Alpes et l’ajonc entrelacent de toutes parts leurs racines vigoureuses ; le sol a changé ainsi que le regard ; la mer gronde aux pieds des hautes falaises que vous foulez ; le phare de Biarritz est devant vous, majestueux et élégant, sur le cap de Saint-Martin, qui semble lui servir de socle.



pays basque autrefois phare
PHARE BIARRITZ 1905
PAYS BASQUE D'ANTAN


Ce monument, si utile dans des parages dont les courants rapides des côtes d'Espagne multiplient les dangers, a la forme élancée d’une colonne de 140 pieds d'élévation. Un escalier de pierre, d’un dessin correct et facile, conduit à la cage de la lanterne, sorte de chemise de verre, dont chaque détail est un effort et un succès de l'art. Des gardiens veillent par tour à l'entretien de cette lampe, dont le foyer mobile et à éclipses éclaire et guide les navires à quatre lieues au large. Cette constante et bienfaisante apparition porte la confiance au cœur des marins qu'une nuit profonde et orageuse ou les feux plus perfides de la côte peuvent égarer.



pays basque autrefois côte
CÔTE DES BASQUES 1843
PAYS BASQUE D'ANTAN


Une galerie extérieure et en saillie couronne le phare, et s’ouvre sur un magnifique panorama dont vous croyez être le centre immobile. On dirait qu’une branche du compas s’est appuyée là pour tracer autour de la gigantesque pyramide une vaste circonférence : au Nord, ce sont les courbes argentées de l’Adour, Bayonne baignée d'une vapeur bleuâtre, les premiers versants pyrénéens et la côte de Capbreton. Plus près et vers le Sud, au sommet d'un vaste promontoire dont la base est noircie et déchaussée, pour ainsi dire, par l’action des lames, c'est Biarritz avec ses maisons blanches et ses haies de tamaris, le seul arbuste que le vent du golfe de Gascogne y permette de vivre. Puis, c’est partout la mer, aussi loin que le regard et l'imagination peut-être puissent atteindre : la mer changeante et mobile selon les dégradations successives de la lumière ; le matin, blanche et légèrement hérissée de paillettes d’argent ; à midi, d’un bleu foncé et ridé par la brise ; le soir, calme, endormie pour ainsi dire, et couverte de feux rouges et mouvants. Toujours une forme nouvelle, un caprice nouveau auquel sourdent obéir les rivages en se couvrant aussi de nouvelles teintes. Du haut de cette galerie suspendue à 200 pieds, la vue de la mer est d’une grave et merveilleuse beauté ; ce flot qui vient se briser à vos pieds, a mouillé une ville, des terres et des peuplades lointaines;  le coquillage ou le caillou que ce flot va vous apporter est peut-être l'habitant muet d’un monde dont nous ne connaîtrons jamais la latitude."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




 



Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.

Plus de 6 800 autres articles vous attendent dans mon blog :

https://paysbasqueavant.blogspot.com/


N'hésitez pas à vous abonner à mon blog, à la page Facebook et à la chaîne YouTube, c'est gratuit !!!

dimanche 12 août 2018

LA SÉCURITÉ DES PLAGES À BIARRITZ - MIARRITZE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN JUIN 1926

LA SÉCURITÉ DES PLAGES DE BIARRITZ EN 1926.


10 ans avant la venue des aoûtiens des premiers congés payés de 1936, Biarritz  se préoccupe de la sécurité des baigneurs de ses plages.

mardi 31 octobre 2017

LE COSTUME DE BAIN À BIARRITZ EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1923


LE COSTUME DE BAIN FAIT POLÉMIQUE EN 1923 À BIARRITZ.

En 1923, un arrêté municipal (article 69) de la ville de Biarritz fait l'objet d'un recours judiciaire.

jeudi 5 octobre 2017

LES GUIDE-BAIGNEURS DES PLAGES DE BIARRITZ EN LABOURD EN 1936 AU PAYS BASQUE


LA SURVEILLANCE DES PLAGES DE BIARRITZ PAR LES GUIDE-BAIGNEURS EN AOÛT 1936.


Pour la venue des aoûtiens des premiers congés payés, Biarritz a des guides surveillant les plages.