La Convention d'Ognate, signée à Ognate, en Guipuscoa, le 29 août 1839 entre le général libéral Baldomero Espartero et les représentants du général carliste Rafael Maroto, a mis fin dans le Nord de l'Espagne à la première guerre carliste, commencée en 1833.
COSTUME BASQUE ALBUM 2 FRONTIERES B. HENNEBUTTE 1852
Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien Le Siècle, le 15 septembre 1839 :
Les Byscayens ont dû se rassembler le 8 de ce mois sous l'arbre de Guernica pour délibérer sur le maintien ou la modification de leursfueros. Cette coutume de se réunir sous un arbre à Guernica remonte à l'année 1250. Elle s'est établie, selon toute apparence, sous Diego Lopez, douzième seigneur de Biscaye, que ses vassaux contraignirent les armés à la main, de rétablir et d'observer leurs privilèges qu'il avait violés. Les rois d'Espagne, jusqu'à Ferdinand VII inclusivement, ont tous reconnu et respecté ces fueros.
ISABELLE LA CATHOLIQUE FORS DE BISCAYE PAYS BASQUE D'ANTAN
Le code qui régit maintenant la Biscaye date de 1526. Il contient tous les fueros, les libertés, les privilèges et les coutumes du pays. Ce code fut approuvé et confirmé par l'empereur Charles-Quint. Voici quel est le gouvernement qui porte le nom de seigneurie de Biscaye.
Le pays est représenté par une junte générale qui s'assemble chaque année sur la convocation du corrégidor. Tous les pueblos ont une voix dans cette junte. Le mode électoral est fort simple et fort démocratique : pour être admis à voter il suffit d'être de pur sang biscayen, d'être majeur et d'avoir un domicile connu. La députation ainsi nommée se rend au jour indiqué sous l'arbre de Guernica, où les députés siègent sur un banc de pierre dans un ordre réglé d'avance, et prêtent serment après la vérification de leurs pouvoirs. La junte, quand elle est constituée, tient ses séances dans la salle des archives réunie à l'ermitage de Mora. Il n'est pas besoin de dire que les séances sont publiques. La junte générale traite de toutes affaires de la seigneurie et nomme à tous les emplois du gouvernement, suivant un mode antique et bizarre.
On divise les députés en deux bandes, qui prennent le nom d'Onezimo et Gambozno, en souvenir de deux anciennes factions qui ont partagé le pays. Chacune de ces bandes tire au sort trois électeurs qui proposent pour chaque office un certain nombre de personnes parmi lesquelles le sort désigne les titulaires des emplois. Comme il importe qu'aucune des deux bandes n'ait à se plaindre, les fonctionnaires sont doublés : il y a deux alcades, deux députés, deux secrétaires et six régidors, trois pour chaque bande. Ces douze magistrats composent, ainsi que nous l'avons dit plus haut, la seigneurie de Biscaye. Il faut y ajouter un corrégidor nommé par le roi. Ce corrégidor, qui a trois lieutenans, dont l'un siège à Guernica, avec le titre de lieutenant-général, doit être lettré et de pur sang Biscayen. Le pouvoir exécutif porte le nom de députation ; il est composé du corrégidor et de deux membres élus qui siègent à Bilbao. Les mêmes magistrats administrent et jugent au civil et au criminel. Ce qu'on appelle la division des pouvoirs est inconnu ou mal défini en Biscaye, et c'est sur ce point qu'il convient, ce nous semble, consister pour apporter dans les fuerosdes modifications qui permettent au pouvoir royal de faire sentir son action.
LES FUEROS DU PAYS BASQUE ET DE LA NAVARRE PAYS BASQUE D'ANTAN
Parmi les privilèges dont jouissent les Biscayens, il en est quelques-uns qui n'ont plus de signification, tel, par exemple, que celui de jouir en Espagne des privilèges de la noblesse, et d'autres qu'ils abandonneront sans doute avec peu de regrets. Le droit de ne payer au roi que l'impôt payé à l'ancien seigneur, sauf les dons gratuits, sera facilement échangé contre un impôt modéré sur les terres et sur les maisons. Il en sera de même du privilège de ne fournir aucune recrue à l'armée. La Biscaye consentira (tout du moins le fait présumer) à tenir sur pied un certain nombre de bataillons dont la couronne nommera les officiers. Restera, il est vrai, à décider si en temps de paix les bataillons pourront être envoyés dans des garnisons espagnoles ; mais si l'on stipule qu'à cet effet le consentement de la junte sera nécessaire, il est probable que la junte ne le refusera pas. Quant à la défense d'introduire des troupes étrangères, c'est-à-dire espagnoles, en Biscaye, elle peut être levée comme elle l'est pour le Guipuzcoa, dont nous allons nous occuper.
Le Guipuzcoa a, comme la Biscaye, la prétention de s'être donné volontairement et à des conditions stipulées d'avance à la couronne de Castille. Cette prétention qui eût pu être victorieusement combattue par des documens historiques, a été, au contraire, formellement reconnue en 1752 par Ferdinand IV, qui, dans une cédule royale, a déclaré que cette province s'était livrée de son plein gré, sous la garantie de ses antiques fueros. Le code qui régit aujourd'hui le Guipuzcoa a été approuvé par Charles II dans les dernières années du dix-septième siècle. Ce code, fort démocratique, l'est pourtant moins que celui de Biscaye.
Il existe aussi en Guipuzcoa une junte générale ; elle est composée de 57 procuradores nommés, non point par tous les citoyens majeurs et domiciliés, mais par les principaux propriétaires et les municipalités. Cette junte générale s'assemble fixement le 2 juillet. Elle élit quatre députés généraux, qui doivent être choisis dans les quatre villes suivantes : Saint-Sébastien, Tolosa, Aspeitia et Ascoytia. Cette députation siège pendant trois ans dans chacune de ces villes, qui acquièrent par là tour à tour une prépondérance décisive. Le député de la ville où siège la députation est, à vrai dire le seul député ; c'est lui qui, assisté d'un adjoint et de deux alcades, expédie toutes les affaires courantes. Celles qui résultent de cas imprévus sont seules soumises à la députation extraordinaire, composée des quatre députés avec leurs adjoints, et qui se réunit en juillet et en décembre de chaque année. Il y a en outre des juntes locales qui correspondent à nos conseils d'arrondissement. La municipalité en Guipuzcoa, comme en Biscaye, a des pouvoirs fort étendus et fort complexes. L'alcade principal (le maire) est juge en première instance au civil et au correctionnel. Quelques-uns de ces alcades, qualifiés mayors, ont une juridiction plus étendue. Le corrégidor est le juge d'appel, le juge suprême de la province. Ce magistrat, nommé par le roi, réside tour à tour dans les quatre villes où siège la députation ordinaire. Il préside les juntes, mais il n'a ni droit de suffrage ni droit de veto. C'est le gouvernement constitutionnel dans sa barbarie native.
AZCOITIA ALBUM DES 2 FRONTIERES B. HENNEBUTTE 1852
Les privilèges du Guipuzcoa sont les mêmes que ceux de la Biscaye ; point d'impôt au roi, point de droit d'entrée, point de milice, etc. Seulement la couronne a le droit de faire entrer des troupes dans la province pour former les garnisons de Saint-Sébastien et d'Irun. On sait combien ce droit a été favorable à la couronne pendant la dernière insurrection. Si don Carlos eût pu se saisir de Saint-Sébastien, il n'eût pas triomphé sans doute, mais il eût pu recevoir régulièrement les secours des puissances du Nord, et sa position eût été bien plus avantageuse. Nous pensons que le Guipuzcoa ne fera pas plus de difficulté que la Biscaye d'entretenir une force armée régulière et de payer un impôt modéré sur les terres et sur les maisons. La grande question est celle des douanes.
IRUN ALBUM 2 FRONTIERES B. HENNEBUTTE 1852
Un journal propose de la résoudre par une association douanière entre l'Espagne et France. Nous souhaitons sincèrement la réalisation de cette idée ; mais un tel problème demande du temps, ne fût-ce que pour régler les moyens d'exécution. Nous pensons donc que le plus sage parti serait d'ajourner la question de douanes à un terme fixe de deux ou trois ans. D'ici là on aurait pu détruire bien des préjugés commerciaux en France, en Espagne, en Belgique. La question politique entre l'Espagne et les provinces n'admet au contraire aucun retard ; avant tout il faut qu'elle soit résolue."
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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Je me suis fait ici la part du lion, a dit la mer.
(Suite et fin).
Les Gitanos meurent comme ils vivent, sans qu’aucune loi civile ou religieuse intervienne jamais ; seulement ils baptisent leurs enfants suivant le rite catholique, et dans le seul but de leur donner de bons parrains qui veuillent les protéger après dans leur vie aventureuse. Malgré leur ignorance de toute pudeur et de toute loi morale, une cérémonie bizarre et symbolique consacre d’ordinaire leurs mariages. Devant leur chef, choisi dans les familles les plus honorées par eux, et qu'ils appellent Voïvodes, les deux Gitanos, homme et femme, cassent un vase de terre ; le mariage dure autant d’années que l’on compte de fragments du vase brisé. Ils enterrent leurs morts furtivement sans prières ni démonstrations d’aucune sorte, et cette indifférence est un des caractères les plus exceptionnels et les plus hideux de leur abrutissement : car, depuis les retraites sauvages de l’Afrique jusqu’au fond de la Polynésie, il serait difficile de rencontrer une peuplade au sein de laquelle les morts n’obtiennent des prières ou des regrets. On a cité même la naïve et profonde douleur des nations les plus sauvages de l’Amérique sur les tombeaux de leurs guerriers.
En Allemagne, en Hollande, en Espagne, en Provence, et au pied des Pyrénées, les Bohémiens ont conservé le même type et les mêmes mœurs ; c’est une même et grande famille dont les débris dispersés exercent encore les recherches de nos historiens. Partout ce teint brun cuivré, ces cheveux noirs et légèrement crêpés, ces yeux luisants, astucieux ou atones, ce front avancé, ces lèvres épaisses, ces haillons pittoresques, ces larges ciseaux sur l’épaule ; partout les mêmes instincts sauvages, la même défiance des populations au milieu desquelles ils vivent, les mêmes habitudes, les mêmes travaux. Ce torrent d’hommes est sorti sans doute des entrailles de l'Afrique, et a traversé l'Europe en se grossissant des Gitanos de Valence et de Murcie, des Cagots du Béarn, des Bohèmes et des Zieguener de l’Allemagne, et des Heyden de la Hollande, races déchues et anathématisées qui se sont arrêtées sur la lisière des nations comme les scories des terrains volcaniques. Nous avons rencontré des Bohémiens sur les bords de la Méditerranée, dans les carrières d'argile du département de l'Hérault, et, au pied des Pyrénées : les enfants mendient, les vielles femmes composent des philtres, tirent les cartes, et mendient ; les jeunes filles tressent des paniers et autres objets, tandis que les hommes tondent les mulets et les chiens. Leurs émigrations d'un village à un autre sont fort curieuses : les femmes portent pêle-mêle sur leurs épaules et leur dos trois et jusqu’à quatre enfants en bas âge ; un cinquième est parfois suspendu à leur sein ; les hommes chassent devant eux des ânes chargés du bagage ; et quelques jeunes gens les plus agiles, échelonnés en flanqueurs, protègent la marche et sifflent à la moindre alarme. La petite caravane s’arrête, pendant la nuit, au fond de quelque ravin ou à l’abri d’un bois ; des feux s’allument, les viandes sont préparées avec une dextérité prodigieuse ; on prend le repas du soir, et, après avoir veillé à la sûreté du camp improvisé, femmes, enfants, hommes et vieillards se couchent pêle-mêle. Puis, le lendemain, et aux premières lueurs du matin, la caravane reprend sa route en lançant à droite et à gauche, vers les fermes isolées, les villages ou les bourgs quelle rencontre, ses industriels les plus habiles et les plus exercés.
GITANS REMPAILLEURS JONCAUX HENDAYE PAYS BASQUE D'ANTAN
On a dit plusieurs fois qu’il fallait tendre une main amie à ces Gitanos vagabonds, les arracher à cette vie d’humiliations et de souffrances, les appeler au milieu de la société, les mêler à ses travaux, utiliser leurs forces et leur intelligence leur force et leur intelligence, leur révéler enfin la dignité et le bien-être de l’homme libre et civilisé à la fois. Nous ne pénétrerons pas au cœur d’une discussion qui est ici hors de notre sujet ; mais la colonisation des Gitanos, déjà proposée par quelques esprits philanthropes, n’est pas une mesure qui puisse dépendre de la volonté d'un gouvernement ; les populations des campagnes, chez lesquelles les préjugés sont vivaces et durs, peuvent refuser le droit de bourgeoisie à ces étrangers quelles méprisent ; et ces étrangers, à leur tour peuvent rejeter la part qu'on veut leur offrir dans les travaux et les charges de notre société.
Quoique né sur le sol de la France, le Gitano de nos Pyrénées n’appartient pas à ce sol : il a suivi partout sa race avilie ; où étaient le repas du soir et l’abri de la nuit, là aussi était la patrie : tout enfant, il porte les traits caractéristiques et saillants de sa caste ; il partage sa dégradation, sa misère, ses haines, ses mauvaises passions, ses appétits et ses instincts. Son indolence nationale, pour ainsi dire, le rendrait incapable de travail et d’assiduité ; pour lui, la vie nomade est plus facile, plus large, plus riante ; la transplantation, si je puis m’exprimer ainsi, l’étiolerait et le tuerait. Le temps seul et les efforts successifs et lents des hommes éclairés pourraient l’initier à la vie sociale, et ce progrès s’accomplira peut-être malgré les menaces de déportation dont la caste pyrénéenne des Gitanos a été l’objet. Au XVe siècle, les Bohémiens d’Allemagne étaient précipités dans les bûchers, et les évêques, armés de la croix, montraient les victimes au peuple ; aujourd’hui, ils y sont généralement tolérés et traités avec égard. Dans notre Midi, où les passions religieuses conservent encore quelque verdeur, il y a déjà plus d’indifférence que de haine contre les Gitanos. C’est une transition peut-être aux bienfaits de la loi civile.
Le quai de Ciboure, qui descend vers la mer, présente une ligne de maisons ruinées et abandonnées en partie, où sèchent le long des fenêtres quelques débris nauséabonds de poissons salés pour l’hiver. Le chemin du Socoa est pratiqué à mi-côte d’une longue falaise déserte, où quelques champs de maïs s’abritent derrière les plis du terrain. Le Socoa est un faubourg de Saint-Jean-de-Luz, et quelques maisons s’y sont groupées à quelques toises d’un petit havre défendu des lames de la baie par un large mole où viennent s'amarrer les trincadoures et les chasse-marées, seuls hôtes de ces parages abandonnés. Le fort de Socoa, assis sur un vaste rocher incessamment battu par les lames, domine la baie, la mer et la plage, et montre au loin sa tour massive et ronde ; des embrasures pour sept bouches à feu et autant de soupiraux à grenade dentellent le parapet de sa plate-forme, d’où la vue court sur une immense étendue de mer, sur la côte élevée et sauvage qui s’étend vers le Cap du Figuier, sur la ville et sur ses incultes coteaux. Le fort est distribué en plusieurs bâtiments qui servent de casernes à la garnison ; une belle jetée en maçonnerie protège l’entrée du havre, et présenté aux lames du golfe une pente inclinée et convexe qu’elles ne peuvent mordre, et sur laquelle elles glissent impuissantes, après y avoir laissé une mousse verdâtre et écumeuse. Ces quelques soldats qu’on aperçoit sur l’étroit pont-levis ou sur les murs du fort, ces trincadoures amarrées perpendiculairement au mole, des matelots espagnols ou basques brossant avec vigueur les présentes souillées de leurs embarcations, quelques vieux lamaneurs groupés et fumant devant la porte du cabaret du lieu, l’habit vert et les boutons blancs des douaniers du roi : tels sont les accessoires de ce tableau aux formes âpres, aux couleurs tranchées et inégales. Le fort de Socoa est une des vues maritimes les plus curieuses de la côte.
TRINCADOURE PAYS BASQUE D'ANTAN
La route d’Espagne serpente péniblement dans les rues étroites de Ciboure, et s’élance vers Urrugne, dont l’église paroissiale arrête un moment les regards par son élévation et son antiquité. Plus loin, c’est le château d’Urtubi, vénérable manoir du XlVe siècle, aujourd’hui recrépi et restauré ; les fossés ont disparu récemment avec les créneaux, les herses et les triples palissades, et il est difficile de reconnaître encore ce vieux monument, célèbre par l’entrevue de Louis XI et des rois d’Aragon et de Castille, en 1462, et par la longue et sanglante querelle des sabel chouri et des sabel gorri.
Avant d’arriver à Béhobie, et du haut d’une côte dont les larges pentes sont couvertes d’une riche végétation, le regard embrasse avec admiration un paysage merveilleux de formes et de souvenirs. A l’extrémité de la pente que vous parcourez rapidement, les blanches maisons de Béhobie s’alignent sur la route jusqu’au pont où s’arrête la France. La Bidassoa, qui semble s'élancer d’une gorge boisée et profonde, élargit ses eaux, baigne l’île historique des Faisans, à laquelle elle emporte chaque jour quelques pouces de terre, serpente au milieu de champs de mais, se divise dans les sables qui remontent jusqu’à Hendaye, et se jette à la mer an Cap du Figuier. Irun montre plus loin le clocher de sa cathédrale gothique, ses toits rouges et ses larges auvents ; l’ermitage de Saint-Martial s’élève à l’Ouest sur son cône boisé, et les montagnes de Jaizquibel et d’Olarzu s’étendent au nord comme un vaste rideau.
Irun est une petite ville espagnole de 1 200 âmes environ ; il en a été fait mention, pour la première fois, en 1203. En 1790, on trouva dans un champ, près de la ville, quelques pierres précieuses et des médailles romaines portant l’exergue suivant : Imperator Augustus Trib. Potes. XX, ce qui ferait remonter la fondation d’Irun à la vingtième année de la puissance tribunitienne de César-Auguste. Son église, une des plus riches de la Guipuzcoa, fut réédifiée en 1508 ; Hurtado de Luna en posa la première pierre le 4 décembre ; en 1647 elle fut agrandie et ornée par Barnabé Cardero, architecte de Madrid, et par Juan Bascardo, célèbre sculpteur.
IRUN GUIPUSCOA 1852 PAYS BASQUE D'ANTAN
Sur la rive gauche de la Bidassoa, Fontarabie, avec ses hautes et noires murailles, ses ruines, et ses deux portes de Sainte-Marie et de Saint-Nicolas, prétend à une haute antiquité. Suivant les traditions populaires, le roi goth Recared a dû la fonder, et Wamba l’a fortifiée. Des sièges et des incendies nombreux, les Romains, les Barbares, les Normands, les Anglais, et les Français, ont détruit et ruiné partiellement et successivement la vieille cité de Fontarabie : au XIXe siècle, en 1836, la guerre n’a pas encore lâché prise, et les boulets et la mitraille viennent d’ébranler ses vieux fondements. Une bulle du pape Célestiu II, eu 1194, eu fit une archiprêtrise qui releva de l’évêque de Bayonne. Le palais royal, maison monumentale qui s’élève sur une belle place, a été construit par Don Sancho Abarca, roi de Navarre ; ou attribue sa façade à Charles-Quint. L’église, consacrée à Santa Maria de la Asuncion y del Manzano, est du XVe siècle. Des chapelles surchargées d’ornement et de sculptures en bois doré, rappellent l’église espagnole et sa dévotion toute sensuelle et poétique ; dans un coin obscur, un portrait de moine, brodé en soie et en relief, est un chef-d’œuvre de patience et de délicatesse. Là commençait autrefois la contrée des moines, du fanatisme et de la paresse. Les moines ont disparu aujourd'hui ; mais les couvents, les ex-voto, les chapelles dédicataires et les ermitages, existent toujours, veufs toutefois de leurs habitants, de leurs saints, ou de la piété des fidèles. Aux portes de Fontarabie, on trouve encore un couvent de capucins et une chapelle en renom, dédiée à Notre-Dame de Guadalupe.
FONTARRABIE GUIPUSCOA 1847 PAYS BASQUE D'ANTAN
Jusqu’au XVIe siècle, Fontarabie concourut activement avec tous les autres ports du Labourd aux pêches basques du golfe de Gascogne ; le faubourg de la Magdelaine, au pied des murailles de la ville, n'envoie plus aujourd'hui ses chaloupes qu'à la pêche du saumon et de la sardine.
Nous rentrerons en France, en traversant la Bidassoa devant Hendaye, au-dessus de ce large gué que les alliés franchirent si facilement en 1813. Du milieu de la rivière, Hendaye, cette ville autrefois industriellement célèbre, présente le coup d’œil le plus pittoresque et le plus singulier à la fois : vous franchissez à la hâte ce large socle de rochers ardoisés sur lesquels la ville est assise, et vous rencontrez, sur un tertre de gazon appelé encore montagne de Louis XIV, les ruines d’un fort ; un entassement de pierres couvertes d’herbes et de mousse, des entablements, des frises, des couronnements, des pierres d'attente, gisant çà et là, à côté de quelque pan de mur encore debout et sur lequel se dessine à jour le ceintre d’une fenêtre ou d’une meurtrière : voilà ce qui reste de la redoute de Louis XIV. Plus loin, c’est un dédale, un pêle-mêle de maisons ruinées, de murailles tapissées de lierre, d’éboulements, de fragments de comble portés par quelque hasardeuse pyramide en maçonnerie, d’arceaux suspendus, de façades nues et cruellement lézardées, etc. La ville entière est une vaste ruine à travers laquelle on rencontre les débris d’une ancienne prospérité : tout cela est si pittoresquement disposé, qu’on croirait voir, à une certaine distance, de ces ruines artificielles dont la mode enrichit nos jardins anglais. Quelques maisons, en bien petit nombre, forment aujourd'hui le village de Hendaye, et c’est un spectacle bizarre que ces habitations blanches et gaies, ornées de treilles et de fleurs, au milieu de cette impitoyable destruction. L’église seule, simple et pauvre, a échappé aux bombes espagnoles ; on y remarque dans le chœur une fresque représentant saint Martin partageant sou manteau avec un pauvre.
HENDAYE 1840 PAYS BASQUE D'ANTAN
Fontarabie et Hendaye, qui se regardent tristement d'un bord à l’autre de la Bidassoa, suivant la poétique expression d’un jeune promeneur dans le pays basque, ont péri l’une par l’autre, et leurs ruines sont encore les témoins vivants d’un des épisodes militaires de la république française.
Le 25 avril 1795, une colonne de l’armée française des Pyrénées-Occidentales, composée en grande partie de bataillons de volontaires, était campée à l’entrée de Hendaye, où l'on trouve aujourd’hui quelques étroites allées de peupliers. L’armée espagnole, sous les ordres du général Caro, campée sur la rive gauche près de Fontarabie, n’avait pas bougé depuis plusieurs jours, lorsque à trois heures du matin, les habitants de Hendaye sont réveillés tout-à-coup par de terribles détonations et par des cris de détresse : déjà leurs maisons étaient brisées et incendiées par le plus opiniâtre bombardement.
Un corps espagnol, protégé par le feu des batteries de Fontarabie, traverse la Bidassoa, s’empare de la montagne de Louis XIV, et détruit la redoute. Mais les Français, promptement ralliés à la voix du général Régnier, se précipitent à leur tour sur les troupes espagnoles, et les forcent à repasser la rivière. Le territoire était sauvé ; mais la ville de Hendaye n’était plus qu’un monceau de cendres et de ruines !
Le 31 juillet 1794, le représentant du peuple Garreau, et le brave général Lamarque, alors capitaine des grenadiers et adjoint à l’état-major, marchent contre Fontarabie à la tête de 300 hommes. Il y avait dans la place, suivant le récit de Barrère à la convention, 800 Espagnols défendus par 50 bouches à feu. Après avoir essuyé une décharge à mitraille à portée de pistolet, le détachement républicain, réduit de quelques hommes tués à côté de Garreau, s’empare de la hauteur de Guadalupe, et somme la ville de se rendre. Deux capucins, appelés au conseil de guerre, veulent d’abord qu’on se défende ; la discussion traîne en longueur ; Lamarque, qui avait été envoyé à Fontarabie en qualité de parlementaire, s’impatiente, va trouver Garreau, et revient avec une nouvelle sommation qui ne donne que six minutes à la place assiégée :
"Il fait observer que les lois de la guerre obligeront de passer aussi les capucins au fil de l’épée si la place ne se rend pas dans le délai fixé."
GENERAL JEAN MAXIMILIEN LAMARQUE
Les capucins ne se soucièrent pas de faire l’expérience des lois militaires de la république française, et Fontarabie se rendit aux 300 soldats de Lamarque. Le bombardement qui avait précédé ce hardi coup de main, avait fait à peu près de Fontarabie ce que l’artillerie du général Caro avait fait de Hendaye une année avant. Ni la ville française, ni la ville espagnole, ne se relèveront de leurs ruines, malgré l’importance militaire et les avantages commerciaux de leur admirable position."
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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En 1839, la commune de Saint-Jean-de-Luz compte environ 3 300 habitants et est administrée par le Maire Bonapartiste Joachim Labrouche.
SAINT-JEAN-DE-LUZ 1852 PAYS BASQUE D'ANTAN
Voici ce que rapporta à ce sujet le journal Courrier de la Côte-d'Or, le 15 octobre 1839 :
"Souvenirs des Pyrénées.
"... La ville de Saint-Jean-de-Luz se résume dans sa longue rue pavée de cailloux blancs, et bordée de maisons inégales dont les fenêtres aux larges croix de pierre attestent une haute antiquité. De petits magasins où sont entassées pêle-mêle toutes les nécessités du commerce moderne, semblent se cacher sous d’énormes auvents, ou derrière des châssis de papier. On rencontre çà et là de belles et modernes constructions, mais nues et silencieuses ; à leurs fenêtres se montrent au plus petit bruit l’œil curieux d’une fille du pays, au teint cuivré, aux yeux noirs, la tête aux longs cheveux tressés d’une Espagnole, ou l’uniforme correct d’un militaire en cantonnement. Des ruelles étroites partent de cette rue principale, comme des branches se détachent du tronc de l’arbre, et conduisent le regard sur le sable de la grève.
L’église, vaste et élevée, ressemble à toutes les églises du pays basque : trois étages de galeries de bois en parcourent la nef ; des nattes habituellement noires sont jetées pêle-mêle sur le pavé, et désignent des places réservées, et qui passent parfois, comme un héritage, de génération en génération. Auprès de ces nattes on remarque de longues et minces chandelles de cire que les femmes allument pendant les offices. Elles s’agenouillent et prient sur ces nattes, tandis que les hommes se tiennent dans les galeries dont nous avons parlé. Dans les villes et les bourgs les plus considérables du pays basque, quelques chaises commencent à s’introduire dans les églises, et à interrompre fâcheusement cette vieille et religieuse coutume. Le maître-autel est appuyé contre le chevet de l’église, et enrichi de colonnes et de statuettes dorées ; les nervures de la voûte sont ogivales, et donnent pour date la cathédrale de Saint-Jean-de-Luz la dernière période du moyen âge. Des orgues, quelques tableaux parmi lesquels il faut admirer un Ecce Homo, qu’un pinceau badigeonneur vient de retoucher cruellement, enfin une certaine somptuosité de détails, lui donnent un caractère simple et riche à la fois, qui emprunte à l’église espagnole et à la paisible chapelle basque.
EGLISE ST-JEAN-DE-LUZ PAYS BASQUE D'ANTAN
A l’extrémité de la rue dont nous avons parlé, s’ouvre une vaste place où de beaux édifices attestent les richesses de cette ville autrefois commerçante. On peut voir, à gauche, la maison habitée par Louis XIV en 1660 ; sur la façade qui regarde la Nivelle, quelques statues ornent des entrecolonnement placés au second étage ; plus loin, c’est le pont de la Nivelle qui continue la grande route d’Espagne ; le quai d’encaissement de la rive droite, du côté de Saint-Jean-de-Luz, est déjà cruellement inutile ; celui de la rive gauche, du côté de Ciboure, résiste encore ; mais les pierres se disjoignent, et laissent passer dans leurs interstices des plantes parasites. L'embouchure de la rivière est presque entièrement fermée par les sables que la mer y charrie incessamment.
QUAIS DE ST-JEA-DE-LUZ ET CIBOURE PAYS BASQUE D'ANTAN
La partie de la ville qui touche à la plage, au nord-ouest, semble être au lendemain d’une tempête : tout y est bouleversé et sauvage ; les môles construits sous le règne de Louis XVI y montrent leurs gigantesques débris ; plus loin, c’est le cimetière assis à la naissance des hauteurs de Sainte-Barbe, des corbeaux s’abattant sur les pierres tumulaires, une côte nue et déserte, le bruit des lames qui se brisent, et qui ferment brusquement l’horizon. Depuis un siècle, et pendant ces terribles tempêtes dont nous avons parlé, deux rues entières ont disparu, ne laissant pour vestige que entassements de sable et de cailloux. Les dents de la mer ont pénétré profondément dans les chairs de cette ville, dont la gloire et la prospérité se sont éteintes à la fois. Les ruines mêmes s’effacent sur ce sol si violemment tourmenté, et l'on chercherait vainement aujourd’hui les restes d’un couvent qu’on apercevait encore sur le rivage il y a peu d’années.
Saint-Jean-de-Luz et Ciboure envoient chaque année de robustes jeunes filles vendre à Bayonne de grandes quantités de sardines dont la pêche, en occupant encore ses habitants, a survécu à toutes ces sources de prospérité aujourd’hui taries ; ces actives basquaises parcourent rapidement la ville avec des cris stridents et particuliers qui racontent les bonnes qualités de leur marchandise, et elles retournent le soir même dans leurs familles, grâce à des jambes halées et nerveuses qui défient les meilleurs coureurs.
KASKAROTS PAYS BASQUE D'ANTAN
KASKAROTS ET FORT DE SOCOA 1852 PAYS BASQUE D'ANTAN
Un petit bras de mer que les marées et les tempêtes peuvent agrandir facilement, s’avance, pour ainsi dire, comme un avant-poste de l’Océan à la rencontre de la Nivelle. Les eaux de la rivière et du golfe forment alors un large chenal divisé en deux bras par une petite île, où, sur l’emplacement d’un ancien couvent de Récollets, un bureau de douane s’ouvre aujourd’hui. En face de Saint-Jean-de-Luz, et à l’extrémité des deux ponts en bois qui continuent la grande route d’Espagne, Ciboure ne mérite plus le nom de ville. C’est un pêle-mêle de chétives maisons coupées par des rues étroites et tortueuses, et au-dessus desquelles domine le clocher de l’église paroissiale, lourde et bizarre construction qu’on prendrait pour un monument chinois. Il y a un siècle à peine, ce bourg de 1 700 habitants en contenait plus de 10 000, et envoyait des navires au Groenland et à Terre-Neuve.
RECOLLETS CIBOURE PAYS BASQUE D'ANTAN
La population de Ciboure se compose en grande partie de pêcheurs ; on y rencontre aussi quelques-uns de ces Gitanos que le langage populaire du pays appelle Ytouac ou Egyptocouac, Egyptiens, et dont l’avenir a déjà soulevé de graves questions locales. Cette colonie nomade, qui vit si singulièrement au pied des Pyrénées, depuis la Navarre jusqu’à la mer, est une des physionomies étranges de ce coin de terre si richement accidenté. Dans quelques parties de l’Europe orientale, les Bohémiens sont esclaves ; dans les Pyrénées, ils sont libres comme les isards et les chevreuils de ces montagnes ; mais leur liberté est inquiète et souvent dangereuse. Pendant l’été, ils vivent habituellement au fond de quelque carrière abandonnée, sur la lisière d’une forêt, où ils se nourrissent de viandes mortes préparées et assainies avec des plantes aromatiques. Pendant l’hiver, ils s’établissent près de quelque village basque, et ils s’y occupent d’ouvrage de tannerie et de la tonte des mulets ; les enfants mendient, et vont colportant de porte en porte leurs haillons et leur penchant irrésistible pour le vol."
A suivre...
(Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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Je me suis fait ici la part du lion, a dit la mer.
Jusqu’à Bayonne, les mœurs et les physionomies sont caractéristiquement françaises ; mais à Saint-Jean-de-Luz, les unes et les autres se modifient ; la langue basque, cette mère nourricière de plusieurs idiomes européens, y règne seule ; l’architecture y devient lourde, sombre et orgueilleuse, les églises moins désertes et plus recueillies, les traditions et les préjugés plus opiniâtres, et les souvenirs plus respectés. Près de la maison du Basque, resplendissante de propreté, c’est le bouge fétide du Bohémien : là, vers cette montagne couronnée dont le diadème de pierre défie la tempête, c’est l’Espagne, tressaillant dans les étreintes douloureuses d’une nationalité qui ne se connaît pas encore ; puis, la côte brumeuse qui fuit vers le cap Finistère, et cette nature si émouvante de mer, de sable et de roches, qui arrache des étonnements naïfs aux habitants mêmes de ces contrées.
De Bayonne à Bidart, et à l’exception de la commune d'Anglet, qui jette capricieusement à travers la plaine ses riantes maisons entourées de jardins et tapissées de treilles, la route court en écharpe sur un immense banc de cailloux roulés : des champs de hautes fougères entre la route et les sables, de pauvres héritages penchés solitairement vers les montagnes, des terres en friche et des bruyères recouvrant les hauteurs : tels sont les accidents de ce paysage sombre et majestueux à la fois, lorsque la route, en s'élevant, porte votre regard sur la mer qui se montre à l’horizon comme une lame étincelante et recourbée. Vous laissez enfin derrière vous Bidart, station importante des douanes, où personnes et marchandises sont fouillées, sondées et poinçonnées de par la loi. Devant vous, c’est une carte géographique admirablement dessinée : la mer qui mord profondément la côte, et déchire sur les galets sa mousseline d’écume ; une vallée à gauche, qui s’éclaire et se peuple ; plus loin, la Rhune, bloc de granit de 800 toises, posé comme une borne entre deux héritages, l’Espagne et la France. Voilà Saint-Jean-de-Luz, ville du Labourd, autrefois riche et historique, aujourd’hui pauvre et sans nom, à laquelle il ne reste plus que l’honneur d’être regardée comme la capitale du vieux pays basque.
Saint-Jean-de-Luz est situé au fond d’une baie de 1 600 mètres de largeur sur 1 000 mètres de profondeur, défendu au nord par les hauteurs argileuses de Sainte-Barbe, et au sud par cet isthme de sable à l’extrémité duquel s’élève le fort de Socoa, avec sa lourde et massive construction. Malgré toutes ces précautions naturelles, la mer ne laisse rien au dehors de sa puissance et de sa rapidité : les lames qui se précipitent dans la baie sont aussi hautes et aussi emportées, et là, aux portes d’une ville, on croirait être sur une plage lointaine et ravagée. A une certaine distance, la mer semble dominer Saint-Jean-de-Luz ; les toits de ses maisons d’un rouge de brique, se confondent avec l’écume des lames qui déferlent, et on croit voir celle-ci montant à l’assaut de ces quelques pieds de sable qui les séparent encore de la ville. Partout ce sont de larges brèches, des morsures impitoyables, un envahissement progressif et opiniâtre ; on dirait que l’Océan a déjà pris possession de cette terre, et qu’il l’a dévouée à ses capricieuses colères.
KASKAROTS ET FORT DE SOCOA 1852 PAYS BASQUE D'ANTAN
En 1777 et en 1781, la mer, irritée par des tempêtes qui ont l’habitude de s’éteindre dans le golfe de Gascogne après y avoir jeté leur dernière fureur, brisa les digues qui lui étaient opposées, reflua impétueusement dans le bassin de la Nivelle, et inonda tous les quartiers de la ville que les habitant épouvantés abandonnèrent à la hâte. Les 5, 6 et 7 février 1811, tourmentée par un vent terrible de Nord-Ouest, elle emporte encore 45 mètres cubes de la jetée du côté du Socoa, et 21 mètres cubes de la parallèle de Sainte-Barbe ; elle brise en grande partie ou arrache à ses fondements la nouvelle jetée en maçonnerie qu’on venait d’achever depuis quinze jours, attaque et endommage les quais d’encaissement de la Nivelle, et bouleverse le terrain en jetant ça et là des flaques d’eau et des amoncellements de sable.
Les habitants accourent : tous se mettent énergiquement à l’œuvre pour disputer à la mer leur ville, leur maison, leur champ ; on reconstruit à la hâte les murs brisés et démolis ; on élève des terrassements derrière les ruines de jetées ; mais le 25 et le 26, la tempête, épuisée un moment, se réveille ; les vagues furieuses se dressent, et tous les travaux sont emportés de nouveau avec une violence dont Saint-Jean-de-Luz a dû garder le souvenir.
La science a prétendu avec raison que la mer se retirait des continents, et qu’elle en abandonnait chaque jour une invisible parcelle. Les sables qui couvrent nos landes, les bancs de pierres coquillières qu’on rencontre çà et là dans les plis de nos terrains les plus éloignés, les cailloux roulés, les fossiles incrustés dans les entrailles de nos montagnes, enfin des traditions incontestables, sont les témoignages vivants de cette vérité aujourd’hui adoptée et professée par tous nos géologues. Des exceptions se présentent toutefois : sur la côte de la Chambre-d’Amour, par exemple, des contemporains pourraient facilement mesurer l’espace que la mer a abandonné, et des habitants de Bayonne se souviennent d’avoir vu la grotte de la Chambre d’Amour remplie d’eau par des marées ordinaires, tandis que Saint-Jean-de-Luz est menacé par l’action rapide des eaux sur les sables ; il faut croire pourtant que ce phénomène est accidentel, et qu’il donne une nouvelle logique à l’axiome scientifique dont nous avons parlé plus haut. La côte sous-marine de Saint-Jean-de-Luz est raide, escarpée, et hérissée de rochers à pic qui opposent aux lames une terrible résistance : une lutte persévérante est engagée entre la mer qui veut conquérir et la côte qui veut conserver : cette lutte peut durer de longs siècles, mais la mer émoussera peu à peu les rochers ; elle les recouvrira et les enveloppera de ses alluvions de sable, et, plus paisible enfin, parce qu’elle sera victorieuse, elle se roulera sans efforts sur un lit incliné, pour recommencer sa marche rétrograde et rationnelle. Que la ville de Saint-Jean-de-Luz soit assise sur le sable même, et comme la proie facile de ce combat gigantesque, n’importe ; des montagnes de granit ne résisteraient pas davantage, et la mer saurait bien fouiller à leurs racines et les ensevelir comme une frêle cabane de pêcheurs sur la pointe d’un rocher. Il n’y a là qu’une simple question de temps : on doit comprendre après cela tous les miracles d’un couteau ou d’un poinçon dans les mains patientes d’un prisonnier !... Du reste, plusieurs siècles d’existence peuvent être promis à Saint-Jean-de-Luz, et d’autres villes peut-être jeunes et fortes, loin de la mer et des volcans, seront tombées, qu’elle vivra encore heureuse et paisible sur cette grève toujours menacée !"
A suivre...
(Source : Wikipédia et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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Ce poisson tellement abondant à l'époque faisait la richesse de toute la collectivité, au Pays Basque Nord.
BAROA CAMBO POUR PÊCHE AU SAUMON
Voici ce que rapporta à ce sujet le Journal de Paris, le 9 juin 1839 :
"Un coup de filet.
Les environs de Bayonne et, pour parler plus exactement, tout l’arrondissement territorial auquel cette ville donne son nom, ont une réputation méritée, par la beauté des sites, la fertilité du sol, l’activité et l’industrie des habitants, et enfin par l’aménité d’un climat où luit fréquemment le soleil du printemps pendant les mois les plus rigoureux de l’hiver. Cambo,Biarritz, déjà célèbres à divers titres par leurs bains ; St-Jean-de-Luz et le Socoa, situés au fond de l’entonnoir que forme le terrible golfe de Gascogne ; le Boucau et la barre de l’Adour, bizarrement placés, avec la ville de St-Esprit et le pittoresque village de St-Etienne, qui touchent Bayonne, dans le département des Landes ; les deux rives de l’Adour, jusqu’à la pointe du Gave de Pau, et une infinité d’autres beaux sites, qu’il serait trop long d’énumérer, font l’étonnement des étrangers, qui ne se lassent pas d’admirer ce magnifique passage, encadré par les Pyrénées et l’Océan, et arrosé par deux belles rivières, dont le confluent, au milieu de la ville, deviendra un des plus admirables points de vue de l’univers, lorsque l’inutile réduit qui le cache encore aux yeux, irrités de cet obstacle, aura été détruit.
CHALAND CAMBO DEVANT FERME MODELE URALDIA PAYS BASQUE D'ANTAN
Parmi ces merveilleuses et pittoresques beautés naturelles, j’ai omis à dessein le cours de la Nive, que je vais faire explorer plus en détail à mes lecteurs, et où a eu lieu la pèche surprenante dont j’ai été le témoin, et qui m’a fourni le titre de ce feuilleton.
LE DEBARCADERE D'USTARITZ PAYS BASQUE D'ANTAN
Parti de Bayonne en compagnie de quelques amis, pour aller visiter à Ustaritz le beau moulin à farine exploité par M. Martin St-Jean, qui en est le propriétaire, nous étions embarqués sur une des petites barques nommés chalands, en usage sur la Nive. Ce véhicule nautique, assez semblable aux pirogues de la mer du Sud, est construit de manière à pouvoir descendre et remonter les étroites passes par où s’écoule la rivière retenue par les chaussées des moulins et des canaux d’irrigation. On y est très commodément. La journée était superbe et la végétation des deux rives, dans toute la splendeur qu’elle déploie sous ce beau ciel, à la fin de mai, offrait à doigte et à gauche le plus admirable tableau, que complétait la perspective du Mont d’Arrin, qui se dessine en pyramide à large base, sur la partie de la chaîne pyrénéenne voisine de Cambo. Arrivés au pied de la première des passes dont j’ai parlé, nous la remontâmes avec la plus grande facilité, grâce à l’adresse de nos rameurs, et par le plus simple des procédés, qui consiste à retenir l’esquif par une chaine passée au fur et et à mesure qu’il avance, entre des piquets fichés sur un des côtés du courant, tandis que deux rameurs lui donnent l’impulsion, au moyen de longues perches qu’ils poussent d’un vigoureux effort ; dans le sens contraire de ce même courant. C’est au sortir de cette passe, qu’entrant dans le bassin où la Nive dessine en quelque sorte un lac au milieu de la belle vallée d’Ustaritz, nous fûmes les témoins du plus riche coup de filet qui ait eu lieu, de temps immémorial, dans le pays, et peut être sur toutes les rivières de France où on pêche le saumon. Cinquante-quatre de ces poissons, pesant ensemble cinq cents soixante-cinq livres, et un nombre infini d’aloses, furent ramenées avec peine sur le rivage, enveloppés dans cette espèce de filet appelé seine, au moyen duquel la rivière est pour ainsi dire balayée. Ce fut avec de grands efforts, et presque aveuglés par le sable que les saumons captifs soulevaient en essayant de se dégager du fatal réseau qui les enlaçait, que les pécheurs parvinrent à saisir cette proie phénoménale, car une pêche de trente saumons qui eut lieu à Ustaritz, il y a soixante ans, est restée dans la mémoire des habitants comme un fait merveilleux. On nous dit que cette année, un autre coup de filet, qu’on n’avait pas cru pouvoir être dépassé, avait produit vingt saumons, à peu près au même endroit. Depuis quelques années, on se plaignait que la pêche de ce poisson était peu productive. On attribuait cette diminution au grand nombre de marsouins qui se montraient à l’embouchure de l’Adour. On a vu cette année peu de ces quasi-monstres marins, qui font une chasse acharnée au saumon ; de là l’abondance qui réjouit les pécheurs.
Après avoir rendu un juste hommage à la beauté du pays que nous avons parcouru dans notre promenade, je me plais à signaler l’usine qui, sous le nom modeste de Moulin à Farine, M. Martin-St-Jean et ses honorables associés, exploitent à Ustaritz, sur le bord de cette même Nive, dont un si gracieux souvenir restera empreint dans ma mémoire. Un cours d’eau habilement dirigé, fait mouvoir une mécanique d’une extrême simplicité, dont les rouages mettent simultanément en jeu la machine qui nettoyé le grain, la pierre qui le broie, les blutoirs qui tamisent successivement la farine, et un appareil qui distribue aux différents étages de l’établissement les grains et les farines qui doivent y être manipulés. Cet établissement, fruit de longs et constants travaux de son digne propriétaire, M. Martin-St-Jean, est d’une grande importance. Ses produits sont recherchés dans le pays et au-dehors, à cause de leur parfaite qualité.
MEUNIER PAYS BASQUE D'ANTAN
COLLEGE ET MOULIN USTARITZ
Nous reçûmes du maître de la maison et de sa famille l’accueil le plus bienveillant et une hospitalité qui n’aurait pas eu besoin du vigoureux appétit que nous apportions, pour apprécier l’abondance et la délicatesse du repas qui nous fut cordialement offert et auquel nous fîmes autant d’honneur qu’on eut de plaisir à nous l’offrir. Le pays Basque, dont Bayonne est regardé comme le chef-lieu, a de tout temps été cité pour l’humeur accorte et hospitalière de ses habitants. Les Basques actuels n’ont pas dégénéré de leurs ancêtres, et l’étranger qui parcourt cette belle contrée, y remarque avec satisfaction, que la beauté du sang y est en parfaite harmonie avec l’amabilité du caractère."
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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