CARTES POSTALES , PHOTOS ET VIDEOS ANCIENNES DU PAYS BASQUE. Entre 1800 et 1980 environ.
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jeudi 2 octobre 2025
mercredi 23 juillet 2025
ORGANISATION MUNICIPALE ET PROVINCIALE DE L'ESPAGNE EN 1834 (quatrième et dernière partie)
LA BISCAYE ET LA NAVARRE EN 1834.
En 1834, la population de la province de la Biscaye est d'environ 155 000 habitants et celle de la Navarre d'environ 240 000 habitants.
Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien Le Réformateur, dans plusieurs éditions :
- le 6 décembre 1834 :
"Organisation Municipale et Provinciale de l'Espagne (Fin).
... Voilà les institutions sous la protection desquelles les Biscayens vivent depuis des siècles, et que les princes les plus absolus ont respectées. A l'époque de la première révolution française, en 1793, les Biscayens aimèrent mieux garder leurs privilèges sous la protection de la couronne d'Espagne que de s'unir à l'étranger. Ils épousèrent contre Napoléon la cause générale de l'Espagne ; Ferdinand leur rendit leurs franchises à sa restauration. Les cortès de 1820 voulurent les soumettre à l'administration centrale, ils aidèrent à les renverser. Leur conduite actuelle s'explique par ce vieil amour de leur nationalité et leur indépendance antique. Le gouvernement de la reine les a menacés d'abolir leurs fueros et leurs hountas, de les soumettre au système général des douanes, de la police et de l'impôt ; ils se sont révoltés contre la reine. Que les cortès confirmassent leurs libertés locales, et cette mesure les eût ramenés immédiatement sans doute à des sentimens de bonne harmonie et de paix.
Ces dernières remarques s'appliquent également à la Navarre. La province de Navarre n'a point conservé une indépendance aussi absolue, mais elle a néanmoins joui jusqu'à ce jour d'une administration séparée et du droit de faire ses lois dans des assemblées générales. Les cortès de Navarre datent du douzième siècle ; ils se composent de trois blasons ou ordres, les nobles, le clergé, et les universidades ou villes, qui sont au nombre de 34. La couronne de Navarre était d'abord élective. Don Juan Labrit ayant pris parti pour Louis XII contre Ferdinand-le-Catholique, ce dernier envoya une armée en Navarre, s'empara de Pampelune et chassa Don Juan dans ses domaines de France, en 1592. La Navarre se soumit au conquérant, qui lui promit de respecter ses libertés. Les cortès continuèrent à s'assemble une fois chaque année, sur la convocation du vice-roi ; mais, graduellement, cet usage s'est affaibli, et les assemblées, sans être supprimées tout à fait, sont devenues de plus en plus rares. Il y a, néanmoins, à la tête de l'administration, une députation permanente nommée par les cortès des trois états. Les députés ont à veiller sur les intérêts du pays ; ils peuvent imposer ou rappeler certaines taxes, permettre ou défendre l'exportation des céréales, accorder des lettres de naturalisation, etc. En prenant possession de sa charge, le vice-roi jure devant eux de respecter les privilèges du royaume. Le consejo real, ou cour suprême de justice, réside à Pampelune ; les membres qui la composent sont nommés par le roi ; mais les alcades ordinarios, ou magistrats particuliers de chaque ville ou village, sont nommés par les ayuntamientos ou conseils communs. Dans le droit constitutionnel de l'Espagne, un Navarrais ne peut pas être jugé hors de son pays.
La Navarre paie les rentes générales ou impôts des douanes, du timbre, de la poste-aux-lettres, et est sujette aux monopoles royaux du sel, du tabac et de la poudre à fusil. Elle est exemple des taxes provinciales qui sont le plus onéreuses de toutes : cet impôt est commué pour elle en une contribution annuelle invariable. Les fueros, ou lois de la Navarre, sont à peu près les mêmes que celles de la Biscaye. Sa population s'élève à 290 000 âmes. Dans la guerre actuelle, tous les districts septentrionaux compris dans les vallées des montagnes ou autour de leurs ramifications, se sont rangés sous le même drapeau que leurs voisins de la Biscaye.
Pour ce qui est de l'administration municipale des villes et villages de l'Espagne en général, on doit remarquer que le régime libre et électif que nous venons de décrire régnait partout autrefois. Dans chaque ville, tout chef de famille prenait part à l'élection de l'alcalde et des autres officiers municipaux, qui tous ensemble formaient l'ayuntamiento ou conseil de la commune. Tous les membres de l'ayuntamiento étaient renouvelés à diverses époques, selon les usages particuliers de chaque lieu. L'alcalde était le chef politique et le premier juge. A lui étaient adressés les ordres du gouvernement, et c'est lui qui, avec les autres membres de l'ayuntamiento, faisait la répartition des taxes entre les contribuables, et réglait la quotité des services réclamés de chacun par l'état. L'ayuntamiento administrait les propriétés et les revenus de la commune, réglait les dépenses, maintenait la police, gouvernait les établissements de charité, etc.
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| MAIRE SALACENCO OCHAGAVIA NAVARRE PAYS BASQUE D'ANTAN |
La charge d'alcalde était une vieille institution respectée par les rois eux-mêmes. Mais avec le temps, les querelles occasionnées au sein des communes par l'élection des officiers municipaux, appelèrent l'intervention royale. Le roi nomma d'abord l'alcalde et peu à peu tous les autres membres de l'ayuntamiento. Sous Philippe IV, lorsque le duc d'Olivarès vendit les dignités et offices de l'état au plus offrant, les fonctions municipales, ayant été comprises dans cette vente, devinrent héréditaires. Une seconde innovation établit dans chaque chef-lieu un corrégidor tiré de la profession de légiste et étranger à la province, pour administrer la justice, à l'exclusion des alcaldes du pays. Ces changemens, qui eurent lieu dans la première moitié du 17ème siècle, altérèrent totalement l'organisation municipale de l'Espagne, la suppression des Cortès d'Aragon, de Catalogne et de Valence, au commencement du 18ème siècle, servit à compléter ce système de despotisme sous lequel nous voyons croupir l'Espagne, mais qui est, après tout, moins vieux qu'on ne le pense généralement.
Les cortès de Castille, après que Charles-Quint eut réduit ce corps à n'être plus que l'ombre de lui-même, ne reparurent qu'à de rares intervalles. On les convoquait à l'avènement d'un nouveau roi pour le reconnaître, et on les renvoyait immédiatement après. Il y avait néanmoins à Madrid une députation permanente, appelée deputacion de los reynos, et composée des représentans des différentes provinces et des principales villes, élus et salariés par leurs ayuntamientos respectifs.
Le roi consultait ce corps avant de rendre une nouvelle ordonnance ou d'imposer une nouvelle taxe ; mais on comprend aisément que ce rouage n'exerçait aucun contrôle sur son gouvernement; si on ne le supprimait pas tout à fait, c'était pour se conformer, au moins en apparence, aux lois fondamentales de l'Espagne, qui interdisent au roi d'imposer une taxe quelconque sans le consentement des cortès. Mais sous Charles IV, le ministère du temps voulant faire tirer une nouvelle colition de la recompilacion ou collection des lois, arracha de l'original la disposition malencontreuse qui dès lors a disparu des codes officiels.
Feu Ferdinand avait quelque envie de rendre leurs droits aux ayuntamientos, si on en peut juger sur un acte de son gouvernement. Peu de temps avant sa mort, il doubla le nombre des membres de ces conseils, ordonnant que les membres actuels garderaient leur charge à vie, mais qu'on leur adjoindrait un nombre égal de collègues élus et réélus aux époques et dans les formes désignées par les anciennes loin du pays.
Toutefois, les usurpations dont nous avons parlé, sur l'indépendance municipale, n'ont eu lieu que dans les villes, là où la dignité d'alcalde présentait quelque appât à l'ambition. Dans les villages et dans les districts ruraux, cette charge est restée élective. Ainsi l'indépendance des basses classes est intacte et entière comme autrefois. Un paysan espagnol ne rêve ni de rois, ni de ministres . Il sait peu de chose du capitaine-général de sa province, et ne voit d'autre autorité au-dessus de lui que celle de l'alcalde qu'il a élu lui-même, et qui laboure le champ voisin.
(The Companion to the Newspaper)"
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jeudi 26 juin 2025
LES "BASQUES ESPAGNOLS" EN SEPTEMBRE 1893 (deuxième et dernière partie)
LES "BASQUES ESPAGNOLS" EN 1893.
Jusqu'en 1841, les provinces du Pays Basque Sud bénéficiaient de liberté commerciale et la barrière douanière du royaume d'Espagne s'arrêtait à l'Ebre.
Voici ce que rapporta à ce sujet La Revue Hebdomadaire, le 16 septembre 1893, sous la plume de
Gustave Guiches :
"Les Basques espagnols.
Fontarabie, septembre.
... Une musique joue la marche royale, alternant avec une fanfare de fifres qui exécute l'hymne de Fontarabie. Et voici l'artillerie, deux pièces de montagne flanquées de diligents canonniers et traînées par des attelages de mules à clochettes sonnantes et à pompons éclatants. Ces deux coulevrines démodées, cadeau de la reine régente, répandent, grâce aux échos des vallées, un fracas de tonnerre, et c'est précédé de ces salves et de ces fusillades, que le Saint Sacrement s'avance, porté par un prêtre en manteau pluvial et abrité sous un dais de soie blanche, lamé d'or et d'argent.
Au sortir de la ville, le cortège se disloque. Sapeurs, fantassins, cavaliers, artilleurs se lancent à l'assaut de la montagne, tandis que la cloche du sanctuaire, vivant comme une roue de moulin, ne cesse de moudre ses carillons de bienvenue. Les dévotions consistent à entendre une messe, à communier et à porter pieusement à ses lèvres les plis d'une rigide et solennelle robe d'infante qui pare une miraculeuse vierge de bois noir.
Ce devoir accompli, les fidèles se dispersent sur l'esplanade encombrée par les marchands de médailles, les vendeurs de fruits et des mendiants superbes qui exigent la charité. Au son des fifres et des tambours, les jotas s'organisent et, à la rage du soleil, les danses durent jusqu'à l'heure de la rentrée en ville où, dans des arènes improvisées, toujours en l'honneur de la très sainte Vierge, l'on doit égorger une demi-douzaine de taureaux.
— Voyez, monsieur, comme ils sont sobres ! La danse, c'est leur seul plaisir ! remarque le cocher qui m'a conduit de Saint-Jean-de-Luz à Fontarabie, un ancien carliste tout prêt à recommencer le coup de feu. J'observe que ses compatriotes, de même que les Polonais sont l'objet d'injustes et désobligeantes comparaisons, et que l'on dit assez fréquemment : "Soûl comme un Basque", mais le cocher proteste : "Les Basques français, ça se peut. Les Espagnols, jamais !" Et, de fait, ceux que je vois ne pourraient se griser que de soleil. Ils boivent de l'eau claire, de la limonade ou une mixture douceâtre composée de sucre et de blancs d'oeufs. Ni bière, ni vins, ni alcools sur les tables dressées en plein air. Rien que l'agua fresca dans les énormes pots de grès.
Les olives, l'omelette, les oignons crus, le fromage, les fruits composent presque tous les repas. Néanmoins, les hommes restent longtemps à table, roulant des cigarettes, jouant aux cartes ou poussant ces cris atrocement aigus qu'ils appellent les irrincina. Il y a, dans ces démonstrations bellico-religieuses, assez d'espagnolisme pour faire sourire l'ombre de Stendhal.
A l'écart de la foule, le cocher me raconte les péripéties de la guerre carliste, il parle franchement en toute sincérité, sans cette vantardise qui rend à peu près insupportable la conversation des vieux soldats et qui fait que tout en vénérant les héros, il est sage d'éviter leur société.
Celui-ci révèle de beaux faits, en indiquant des points stratégiques : "Nous occupions ce fort que vous voyez là-bas. Nous étions embusqués dans ce bois. Nous tenions ces hauteurs".
Et son geste escalade les montagnes, dégringole au fond des vallons, se glisse dans les défilés, se hisse à la pointe des rocs, fouille d'invisibles replis de terrain. D'un accent fait de basque, d'espagnol et de gascon qui se fanatise dans l'ardeur du récit, le montagnard m'évoque ses glorieux souvenirs.
"Nous n'abions pas d'armes, monsieur ! Nous abions vien quelques fousils, mais ils ne partaient pas ! Ah ! Diou biban ! s'ils étaient partis ! Eh vien, nous nous sommes roudement vattus, allez, malgré ce manque de mounitions ! Nous nous sommes vattus abec nos couteaux, abec nos vâtons, les makhila, comme nous disons, abec des cailloux, oui, monsieur, abec les pierres des chemins ! Tenez, près de la frontière, à deux ou trois kilomètres de Sarre, il y a eu une vataille terrrrivle !
Nous n'étions pas trois cents contre plus de deux mille ! Il n'y en avait pas cinquante des nôtres abec des fousils ! Eh vien, nous attaquâmes abec des cailloux ! Nous répondîmes à la grêle de plomb par la grêle de pierre, Diou biban ! Et ça dura plus de deux heures, ça dura tant que parmi nous, il y en eut un devout ! J'ai attrapé une valle dans la cuisse. On m'a laissé comme mort. J'ai été saubé, je ne sais pas comment..."
Le ridicule de ce langage s'effaçait à mes oreilles. Il me semblait entendre une page de l'Iliade, si vivante quand se faisait cette évocation d'un héroïsme disparu. Je voyais le champ de bataille, les frondes tournoyant, la fusillade des troupes régulières, les jonchées sanglantes de ces combattants qui eussent pu se sauver dans la montagne, et qui préféraient rester là, grattant furieusement, de leurs ongles, la terre, pour en déraciner les pierres, faisant face à la mort et gardant l'espoir admirablement fou de pouvoir être vainqueurs !
Quelle histoire écrirait un spectateur de ces guerres de montagnes ! Que d'événements inconnus, horribles ou magnifique mériteraient de posséder leur poète ou tout au moins leur chroniqueur ! Le perfectionnement des armes modernes, la puissance des engins de destruction amoindrit l'initiative du courage individuel. Le temps des assauts, des attaques à la baïonnette, des charges irrésistibles paraît terminé. Comment se rapprocher les uns des autres lorsque des projectiles foudroyant à des portées si lointaines rendent infranchissable la distance qui sépare les armées ? La légende militaire est donc destinée à devenir une légende scientifique. Elle n'en sera pas moins l'expression du sentiment patriotique, mais une expression moins spontanée, plus réfléchie et plus savante qu'autrefois.
La guerre d'aventures, de plus en plus difficile aujourd'hui, pourrait seule garder les traditions héroïques, et la campagne carliste fournirait sans doute à de telles annales d'amples et curieux documents.
Il n'y a, du reste, pas eu que du drame au cours de cette longue insurrection. les incidents tragi-comique y ont, comme partout, trouvé leur place, et le montagnard employait à me les conter autant de bonne humeur qu'il mettait de passion en ses autres récits.
Aux premiers temps de l'insurrection, un aventurier qu'on disait chassé de l'armée carliste pour actes d'indélicatesse, — qu'avait-il donc pu faire ! — installa un jeu de roulette dans une maison isolée, sur l'extrême limite de la frontière française. Il prit à sa solde une douzaine de vagabonds et les instruisit soigneusement du rôle qu'ils devaient jouer. Les touristes qu'attirait l'espoir de se donner, en lieu sûr, le spectacle d'une bataille affluaient dans ce repaire qui leur offrait l'élégante illusion d'un casino. On y jouait ferme, et l'on y dévalisait le voyageur de la plus correcte façon. Dès que l'aventurier jugeait que les bénéfices atteignaient un chiffre suffisant et qu'il ne fallait dépasser, sous peine d'éveiller la méfiance, il envoyait à ses complices un messager qui leur transmettait l'ordre d'accourir.
Tout à coup, un vacarme se produisait. Les crosses des fusils ébranlaient les portes de la maison. Le "directeur" criait : "Les carlistes ! les carlistes ! Aux fenêtres ! Sauvez-vous !" Les joueurs, épouvantés, s'enfuyaient par les issues restées libres, et lorsque les faux soldats de don Carlos, commandés par un faux padre à figure de bandit, faisaient irruption dans la salle, celle-ci ne contenait plus qu'une personne, l'aventurier qui, resté seul à son bord, ramassait les enjeux abandonnés et bouclait, au fond de ses valises, la cagnotte emportée, le lendemain même, vers des destinations inconnues.
Quelques jours après, le casino affichait sa réouverture, et les touristes, rassurés par l'administration, envahissaient l'établissement. Une semaine ne s'était pas écoulée que les carlistes intervenaient et que mises et cagnotte disparaissaient, escamotées par le directeur. Or, les figurants de cette pantomime se plaignirent que leur salaire était insuffisant et réclamèrent une augmentation. L'imprésario refusa. Ils résolurent alors de jouer leur rôle au sérieux et se ruèrent à l'improviste dans les salons. Ils s'emparèrent de tout l'argent qu'ils purent découvrir et déclarèrent qu'ils occupaient le casino. Mais l'aventurier avait pu donner un ordre, et l'occupation carliste sévissait depuis une heure à peine que la gendarmerie, accourue en toute hâte, empoignait les vagabonds. Après une enquête sommaire, ils étaient livré aux plus proches autorités espagnoles et, malgré leurs protestations d'innocence, le padre et ses ouailles furent, comme rebelles, impitoyablement fusillés.
Tandis que le Basque parlait, intarissable d'anecdotes, les tambours et les fifres rythmaient les dernières jotas. Un coup de canon retentit annonçant l'heure du départ. Le retour des pèlerins vers la ville s'organisa. Les officiers sautèrent en selle ; les sapeurs se coiffèrent de leurs toisons ; le cuisinier chargea sa marmite ; les fantassins saisirent leurs fusils ; les artilleurs harnachèrent les mules ; les cantinières jetèrent en sautoir les régimes de gâteaux secs offerts par les danseurs, et sur le nombre desquels elles pouvaient évaluer le chiffre exact de leurs succès.
La descente se fit sans ordre. Ce fut une dégringolade joyeuse, animée de rires et de cris, tandis que les bateliers de la Bidassoa transportaient, d'une rive à l'autre, les voyageurs arrivés par les derniers trains. Au bas de la montagne, le calme se rétablit. Les rangs se formèrent. Puis, tout à coup, les coulevrines tonnant, les fusils crépitant, les cuivres éclatant, les fifres sifflant, les fidèles chantant, les cloches carillonnant, le cortège, au pas cadencé de la procession, s'avança vers les vieux remparts."
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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lundi 23 juin 2025
ORGANISATION MUNICIPALE ET PROVINCIALE DE L'ESPAGNE EN 1834 (troisième partie)
LE GUIPUSCOA ET L'ALAVA EN 1834.
En 1834, la population de la province du Guipuscoa est d'environ 135 000 habitants.
Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien Le Réformateur, dans plusieurs éditions :
- le 30 novembre 1834 :
"Organisation Municipale et Provinciale de l'Espagne (Suite).
Les deux provinces de Guipuzcoa et d'Alava jouissent des mêmes libertés que la Biscaye. Elles ont chacune leurs juntes séparées et tout à fait indépendantes. Les différences qu'il y a entre elles sont sans importance. Ainsi les deux premières portent le titre de provincias tandis que la Biscaye est un Señorio. Du reste la population, les moeurs, le langage des trois sont les mêmes. La province de Guipuzcoa est sur la frontière de France, dont elle n'est séparée que par la Bidassoa. Elle renferme deux villes, Saint-Sébastien et Tolosa, soixante-cinq villes plus petites et villages, environ deux cents paroisses et cent trente-cinq mille habitants. Elle possède quelques ports commodes ; celui du Passage est un des plus beaux de l'Espagne. Les Guipuzcoans ont été de tous temps d'excellents marins ; ils monopolisèrent la pêche de la morue jusqu'au traité d'Utrecht qui leur enleva cette grande branche de commerce. On leur doit la découverte des Canaries, des Philippines et des Marianes. Le pays est montagneux ; il y a des mines de fer dont quelques unes sont exploitées.
Il fut un temps où la province de Guipuzcoa reconnaissait les rois de Navarre pour suzerains : mais Alonzo VIII de Castille ayant conquis la province d'Alava, dans ses guerres contre les rois de Navarre, celle de Guipuzcoa se soumit volontairement à son pouvoir. Alonzo confirma ses anciennes libertés, ses fueros et ses coutumes, dont les textes furent recueillis plus tard en un volume, qui fut présenté à Henri II de Navarre et sanctionné par lui.
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| ALPHONSE VIII DE CASTILLE ET ALIENOR D'ANGLETERRE |
Guipuzcoa se divise en cités et villages appelés universidades et alcadias : chacune de ces divisions envoie un procurador à la junta, qui s'assemble une fois chaque année. La junta nomme quatre députés généraux, dont l'un exerce le pouvoir exécutif ; mais ils se réunissent tous les quatre deux fois par an, afin de délibérer ensemble sur les affaires publiques. Le corrégidor ou chef suprême de la justice est nommé par le roi, il s'entremet entre lui et les autorités locales ; il préside la junta ; mais il n'y vote point ; sa nomination n'est valable que pour trois ans. le corrégidor et les quatre députés résident alternativement à Saint-Sébastien et à Tolosa. Les alcades, qui jugent les affaires en première instance, sont élus par les Ayuntamientos ou conseil commun de chaque ville ou village : les appels sont portés de leur tribunal à celui du corrégidor. Les chemins y sont bien entretenus de même qu'en Biscaye. La grande route de Bayonne à Madrid traverse la province. La police y est bien faite et crimes rares.
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| BLASON DU GUIPUSCOA |
La province d'Alava est enclose entre celles de Guipuzcoa, de la Navarre et la Vieille Castille : ses limites presque tout entières sont formées par plusieurs ramifications des Pyrénées. Alava contient un chef-lieu, Vittoria, 72 petites villes ou villages, 434 communes, et 93 habitants. La belle vallée qu'on nomme Concha de Alava, qui a 7 lieues de long sur 3 et 1/2 de large, en est la partie la plus fertile. La province entière se divise en six quadrillas, qui contiennent en tout 53 hermandades ou communautés. Chacune d'elles envoie ses apoderados, ou représentants à la junta, qui s'assemble deux fois l'année. La junta nomme un député général, qui réside à Vittoria et sort de charge après 3 années ; il exécute les ordres de la junta ; il est le chef suprême de la justice et de la force armée ; c'est à lui que les messages du gouvernement de Madrid sont adressés ; il préside la junta, mais il n'y vote point. Chaque hermandad ou commune élit son propre alcalde ou magistrat pour l'année. Les habitants d'Alava sont aussi indépendants que ceux de Guipuzcoa et les Biscayens, du fisc royal : la couronne n'a pas le droit de les taxer ; ils paient à titre de subside une somme annuelle d'environ 30 000 francs.
- le 6 décembre 1834 :
"Organisation Municipale et Provinciale de l'Espagne (Fin).
Au temps jadis, les juntas d'Alava portaient le titre de Confradia del campo de Arriaga ; elles se composaient des nobles, des ricos hombres ou tiers-état et du clergé ; les dames elles-mêmes avaient droit de présence et de vote. La junta ou hounta, d'après la prononciation espagnole, nommait chaque année quatre alcades généraux ; l'un d'eux était le grand-juge de la province ; on y choisissait aussi pour chef militaire quelque comte ou señor, ou bien le seigneur de Biscaye, quelquefois un infant de Castille. Alonzo VIII ayant conquis Alava, donna le comte d'Alava à don Louis de Faro et à ses descendants à perpétuité. En 1332, la province renonça formellement au droit d'élire son señor, et reconnut pour tel à perpétuité le titulaire de la couronne de Castille depuis le temps d'Alonzo XI. Renonçant aussi à leurs hountas d'Arriaga, ils se déclarèrent realengos ou sujets royaux pour signifier qu'ils remplaçaient désormais par la juridiction du roi, l'autorité baroniale et ecclésiastique qui les avait régis jusqu'alors. Alonzo leur octroya une charte où il les reconnaissait, eux et leur propriétés, libres de tout impôt à jamais. C'est probablement de cette époque que date la division actuelle du pays en hermandades, ainsi que la nouvelle forme de leurs hountas.
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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lundi 26 mai 2025
LES "BASQUES ESPAGNOLS" EN SEPTEMBRE 1893 (première partie)
LES "BASQUES ESPAGNOLS" EN 1893.
Jusqu'en 1841, les provinces du Pays Basque Sud bénéficiaient de liberté commerciale et la barrière douanière du royaume d'Espagne s'arrêtait à l'Ebre.
Voici ce que rapporta à ce sujet La Revue Hebdomadaire, le 16 septembre 1893, sous la plume de
Gustave Guiches :
"Les Basques espagnols.
Fontarabie, septembre.
C'est au cri de "Vivent les fueros" que le peuple des provinces basques d'Espagne menace de se soulever comme il le fit en 1833 et en 1873, pour ne citer que les plus récentes insurrections. Ces fueros représentent un ensemble de coutumes, de privilèges et de franchises consacrés par la tradition et dont l'origine, — d'après les très savantes recherches de M. Julien Vinson, — remonte aux premières associations territoriales que les guerres contre les Maures imposèrent aux chrétiens.
La liberté du commerce, l'administration par les juntes ou assemblées provinciales et par des fonctionnaires indigènes, le payement d'un impôt unique, l'exemption plus ou moins large du service militaire, tels étaient les principaux avantages qu'accordait cette législation de faveur. Ces exceptions s'harmonisent on ne peut mieux avec le caractère singulièrement indépendant du Basque espagnol et ce qui reste d'un ensemble de privilèges déjà fort réduits est défendu, à chaque menace, avec un désespoir héroïque, à l'égal de la dernière liberté.
Les juntes se réunissaient, tous les ans, dans des endroits spéciaux, sous le porche des églises ou sur les places publiques, et l'on observait pour la tenue de ces assemblées un cérémonial rigoureux. Le plus célèbre lieu de réunion fut, en Biscaye, le chêne de Guernica. C'est ce fameux arbre foral qui a inspiré l'hymne national des Basques "l'Arbola guernicaco" entonné, comme chant de guerre, par les insurgés d'aujourd'hui.
Les rois de Navarre, à leur avènement au trône, devaient prêter serment, sur les Evangiles, de maintenir les fueros, et don Carlos, pendant l'insurrection de 1873-1876, renouvela cette solennité. Ce fut, de la part du prétendant, un acte d'excellente politique, car il groupait ainsi, autour d'une cause définie, des éléments dispersés, et il donnait, en même temps, comme un drapeau de guerre sainte à des troupes sans discipline, mais toutes accessibles à l'enthousiasme religieux.
L'idée carliste s'est sensiblement affaiblie dans ces populations du nord de l'Espagne. Les Basques se montrèrent d'abord mécontents du rôle purement contemplatif que s'était attribué don Carlos. Ils avaient espéré le voir à leur tête, les conduisant, lui-même, à des combats dont ils ne savaient que trop le sort réglé d'avance, mais entraînant les volontés défaillantes, payant de sa personne, chevaleresque autant qu'ils s'imaginaient ce chef de partisans. Le prince préféra diriger les opérations à distance. Loin des montagnes peuplées de guérillas, il étudiait des plans de bataille, combinait des manoeuvres irréalisables et préparait d'illusoires armements. Il multipliait les proclamations et les ordres du jour. Il haranguait dans la plus noble langue militaire, ses "fidèles Basques" et ses "braves généraux". Mais les "fidèles Basques" trouvaient que les exhortations leur arrivaient de trop loin et que les paroles royales perdaient de leur accent à n'être plus que des échos.
Cette inaction du chef provoqua dans les troupes carlistes des divisions que l'insuffisance des armements, l'incapacité des généraux, le goût du pillage et l'impression produite par les premiers échecs ne tardèrent pas à propager. Aussi la plupart des provinces se rallièrent-elles au gouvernement libéral, et si le mouvement actuel parvenait à se généraliser, il est certain que le sentiment républicain dominerait et que la révolution se ferait uniquement pour le maintien des fueros.
Le carliste conserve néanmoins des partisans nombreux, surtout dans le Guipuzcoa où, à l'intérieur de la plupart des habitations, le portrait du prince est épinglé au mur, comme une sainte image, au-dessus du fusil toujours prêt à le servir. C'est que l'influence du prêtre est toute-puissante dans cette contrée, et le prêtre du pays basque espagnol reste dévoué à don Carlos en qui se place tout son espoir d'une restauration complète de l'esprit religieux.
Il aime le peuple, dont, le plus souvent, il est issu. Il s'associe à sa vie intime, prend part à ses souffrances et se mêle à ses plaisirs en joyeux compagnon. Il n'est guère de repas de mariage auquel le curé de la paroisse ne préside avec une large gaieté. S'il est jeune, il fraternise avec ses fidèles. S'il est âgé, il exerce sur eux une sorte de paternité mystique. Il est le padre très vénéré qui peut commander et à qui l'on obéit toujours. C'est de ce réciproque abandon que le prêtre recueille son autorité. La religion qu'il prêche est l'interprétation même de l'idéal populaire. Elle est merveilleuse, guerrière, et maintient les âmes dans un perpétuel état d'exaltation. Il faut, pour comprendre toute l'intensité de l'influence ecclésiastique sur ces milieux, avoir assisté à la célébration d'une messe paroissiale dans une église du pays guipuzcoan.
Sur une plate-forme élevée, l'autel resplendit comme un buisson ardent d'orfèvreries, au milieu duquel, dans le foyer le plus incandescent et parmi des colonnes de flammes, apparaît un Christ barbare, grotesquement affublé d'un jupon descendant à mi-cuisses, une silhouette de guérillero attaché à un arbre de justice et, si l'on grandit l'apparition, un rédempteur révolté contre l'horreur du supplice, sachant que cette atroce rédemption ne suffira pas au monde dont il emporte les péchés.
Les femmes sont prosternées sur le parquet de la nef, le visage disparu dans l'ombre de leurs mantilles, et ce parquet s'étoffe d'une multitude de lueurs qui sont les flammes de menus cierges brûlés ainsi, à ras de terre, en commémoration des trépassés. Les hommes occupent les gradins superposés en tribunes, des deux côtés.
A l'heure du prône, les rideaux des fenêtres sont tirés. L'obscurité s'épaissit. Le prêtre prend la parole et, tout de suite, éclat, dans ces ténèbres recueillies, une éloquence fulminante, emportant, en un galop de torrent, fureur, prières, reproches, menaces, anathèmes et bénédictions. C'est la prédication de la croisade, c'est l'appel aux armes. A voir ces hommes agenouillés, serrant à deux mains la bordure de leurs bérets, le cou tendu, humant ce souffle de guerre, on sent qu'un mot les dresserait, tout à coup, criant le "Dieu le veut !" et, de même, l'on sent, qu'au sortir de l'église, le padre, soutane retroussée et revolver à la ceinture, prendrait le commandement des guérillas.
Je ne crois pas que ce caractère militant du culte catholique, chez les Basques espagnols, se manifeste avec plus de vigueur et d'éclat qu'en cet anniversaire de la Nativité de la Vierge célébré, chaque 8 septembre, par les habitants de Fontarrabie. Cette fête est d'ailleurs la commémoration d'une date précieuse au patriotisme des Basques, celle de l'évacuation de leur territoire par les troupes françaises qui, de juillet 1794 au 31 août 1813, occupèrent cette entière région.
La ville entière se rend, ce jour-là, en pèlerinage au sanctuaire de Notre-Dame de la Guadeloupe juche au sommet d'une montagne d'où la vue d'emplit d'un admirable paysage, du chaos noir des Pyrénées espagnoles, des plaines vertes de la Bidassoa et des bleues étendues de la mer. Le cortège se forme aux alentours de l'église, près du château de Charles-Quint. Tout ce qu'il y a de comique et de touchant dans la démonstration d'un peuple pauvre et vaniteux se donne là rendez-vous. C'est la fantasmagorie grotesque, naïve, émouvante pourtant, confine l'enthousiasme d'une foi délirante, la parade presque primitive d'une sorte de carnaval militaire et religieux.
L'imagination locale s'est efforcée de reconstituer le spectacle historique d'un régiment de l'occupation. Il y a les sapeurs coiffés, en guise de bonnets à poil, de la toison de brebis qui ombrage le joug des boeufs, une barbe en poils de bouc collée au menton, le tablier de cuir des tonneliers, noué autour des reins et, sur l'épaule droite, une hache de charpentier. Le cuisinier se signale par une vaste gamelle resplendissant comme le disque d'un bouclier qui serait, ainsi que pour protéger la retraite, porté sur le dos. Les fantassins en bérets rouges, foulards multicolores, vestes sombres, pantalons de toile blanche et les alpargates attachées aux chevilles, sont armés de carabines, de fusils à baguettes, de mousquets, d'escopettes et de tromblons.
Les officiers à cheval caracolent sur les flancs des troupes, brandissant des cimeterres et criant des ordres, tandis que le galop de leurs montures fait un large battement d'ailes avec les basques de leurs redingotes galonnées. Les cantinières marchent entre les rangs. Elles sont choisies parmi les plus jolies filles de la ville, gracieuses et du charme le plus vif sous le loquet de velours, le corset pris dans le boléro brodé d'or, la taille serrée par le cotillon de chaperon rouge découvrant les nerveux mollets espagnols aux fines attaches et les pieds de haute cambrure chaussés de minuscules brodequins."
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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