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jeudi 26 juin 2025

LES "BASQUES ESPAGNOLS" EN SEPTEMBRE 1893 (deuxième et dernière partie)

 

LES "BASQUES ESPAGNOLS" EN 1893.


Jusqu'en 1841, les provinces du Pays Basque Sud bénéficiaient de liberté commerciale et la barrière douanière du royaume d'Espagne s'arrêtait à l'Ebre.




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LES FUEROS DU PAYS BASQUE ET DE LA NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet La Revue Hebdomadaire, le 16 septembre 1893, sous la plume de 

Gustave Guiches :



"Les Basques espagnols.


Fontarabie, septembre.



... Une musique joue la marche royale, alternant avec une fanfare de fifres qui exécute l'hymne de Fontarabie. Et voici l'artillerie, deux pièces de montagne flanquées de diligents canonniers et traînées par des attelages de mules à clochettes sonnantes et à pompons éclatants. Ces deux coulevrines démodées, cadeau de la reine régente, répandent, grâce aux échos des vallées, un fracas de tonnerre, et c'est précédé de ces salves et de ces fusillades, que le Saint Sacrement s'avance, porté par un prêtre en manteau pluvial et abrité sous un dais de soie blanche, lamé d'or et d'argent.



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SALVES DE CANON A GUADALUPE FONTARRABIE 
8 SEPTEMBRE



Au sortir de la ville, le cortège se disloque. Sapeurs, fantassins, cavaliers, artilleurs se lancent à l'assaut de la montagne, tandis que la cloche du sanctuaire, vivant comme une roue de moulin, ne cesse de moudre ses carillons de bienvenue. Les dévotions consistent à entendre une messe, à communier et à porter pieusement à ses lèvres les plis d'une rigide et solennelle robe d'infante qui pare une miraculeuse vierge de bois noir.



Ce devoir accompli, les fidèles se dispersent sur l'esplanade encombrée par les marchands de médailles, les vendeurs de fruits et des mendiants superbes qui exigent la charité. Au son des fifres et des tambours, les jotas s'organisent et, à la rage du soleil, les danses durent jusqu'à l'heure de la rentrée en ville où, dans des arènes improvisées, toujours en l'honneur de la très sainte Vierge, l'on doit égorger une demi-douzaine de taureaux.



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ARENES DE FONTARABIE GIPUZKOA




— Voyez, monsieur, comme ils sont sobres ! La danse, c'est leur seul plaisir ! remarque le cocher qui m'a conduit de Saint-Jean-de-Luz à Fontarabie, un ancien carliste tout prêt à recommencer le coup de feu. J'observe que ses compatriotes, de même que les Polonais sont l'objet d'injustes et désobligeantes comparaisons, et que l'on dit assez fréquemment : "Soûl comme un Basque", mais le cocher proteste : "Les Basques français, ça se peut. Les Espagnols, jamais !" Et, de fait, ceux que je vois ne pourraient se griser que de soleil. Ils boivent de l'eau claire, de la limonade ou une mixture douceâtre composée de sucre et de blancs d'oeufs. Ni bière, ni vins, ni alcools sur les tables dressées en plein air. Rien que l'agua fresca dans les énormes pots de grès.



Les olives, l'omelette, les oignons crus, le fromage, les fruits composent presque tous les repas. Néanmoins, les hommes restent longtemps à table, roulant des cigarettes, jouant aux cartes ou poussant ces cris atrocement aigus qu'ils appellent les irrincina. Il y a, dans ces démonstrations bellico-religieuses, assez d'espagnolisme pour faire sourire l'ombre de Stendhal.



A l'écart de la foule, le cocher me raconte les péripéties de la guerre carliste, il parle franchement en toute sincérité, sans cette vantardise qui rend à peu près insupportable la conversation des vieux soldats et qui fait que tout en vénérant les héros, il est sage d'éviter leur société.



Celui-ci révèle de beaux faits, en indiquant des points stratégiques : "Nous occupions ce fort que vous voyez là-bas. Nous étions embusqués dans ce bois. Nous tenions ces hauteurs".


Et son geste escalade les montagnes, dégringole au fond des vallons, se glisse dans les défilés, se hisse à la pointe des rocs, fouille d'invisibles replis de terrain. D'un accent fait de basque, d'espagnol et de gascon qui se fanatise dans l'ardeur du récit, le montagnard m'évoque ses glorieux souvenirs.


"Nous n'abions pas d'armes, monsieur ! Nous abions vien quelques fousils, mais ils ne partaient pas ! Ah ! Diou biban ! s'ils étaient partis ! Eh vien, nous nous sommes roudement vattus, allez, malgré ce manque de mounitions ! Nous nous sommes vattus abec nos couteaux, abec nos vâtons, les makhila, comme nous disons, abec des cailloux, oui, monsieur, abec les pierres des chemins ! Tenez, près de la frontière, à deux ou trois kilomètres de Sarre, il y a eu une vataille terrrrivle !


Nous n'étions pas trois cents contre plus de deux mille ! Il n'y en avait pas cinquante des nôtres abec des fousils ! Eh vien, nous attaquâmes abec des cailloux ! Nous répondîmes à la grêle de plomb par la grêle de pierre, Diou biban ! Et ça dura plus de deux heures, ça dura tant que parmi nous, il y en eut un devout ! J'ai attrapé une valle dans la cuisse. On m'a laissé comme mort. J'ai été saubé, je ne sais pas comment..."



Le ridicule de ce langage s'effaçait à mes oreilles. Il me semblait entendre une page de l'Iliade, si vivante quand se faisait cette évocation d'un héroïsme disparu. Je voyais le champ de bataille, les frondes tournoyant, la fusillade des troupes régulières, les jonchées sanglantes de ces combattants qui eussent pu se sauver dans la montagne, et qui préféraient rester là, grattant furieusement, de leurs ongles, la terre, pour en déraciner les pierres, faisant face à la mort et gardant l'espoir admirablement fou de pouvoir être vainqueurs !



Quelle histoire écrirait un spectateur de ces guerres de montagnes ! Que d'événements inconnus, horribles ou magnifique mériteraient de posséder leur poète ou tout au moins leur chroniqueur ! Le perfectionnement des armes modernes, la puissance des engins de destruction amoindrit l'initiative du courage individuel. Le temps des assauts, des attaques à la baïonnette, des charges irrésistibles paraît terminé. Comment se rapprocher les uns des autres lorsque des projectiles foudroyant à des portées si lointaines rendent infranchissable la distance qui sépare les armées ? La légende militaire est donc destinée à devenir une légende scientifique. Elle n'en sera pas moins l'expression du sentiment patriotique, mais une expression moins spontanée, plus réfléchie et plus savante qu'autrefois.



La guerre d'aventures, de plus en plus difficile aujourd'hui, pourrait seule garder les traditions héroïques, et la campagne carliste fournirait sans doute à de telles annales d'amples et curieux documents.



Il n'y a, du reste, pas eu que du drame au cours de cette longue insurrection. les incidents tragi-comique y ont, comme partout, trouvé leur place, et le montagnard employait à me les conter autant de bonne humeur qu'il mettait de passion en ses autres récits.



Aux premiers temps de l'insurrection, un aventurier qu'on disait chassé de l'armée carliste pour actes d'indélicatesse, — qu'avait-il donc pu faire ! — installa un jeu de roulette dans une maison isolée, sur l'extrême limite de la frontière française. Il prit à sa solde une douzaine de vagabonds et les instruisit soigneusement du rôle qu'ils devaient jouer. Les touristes qu'attirait l'espoir de se donner, en lieu sûr, le spectacle d'une bataille affluaient dans ce repaire qui leur offrait l'élégante illusion d'un casino. On y jouait ferme, et l'on y dévalisait le voyageur de la plus correcte façon. Dès que l'aventurier jugeait que les bénéfices atteignaient un chiffre suffisant et qu'il ne fallait dépasser, sous peine d'éveiller la méfiance, il envoyait à ses complices un messager qui leur transmettait l'ordre d'accourir.



Tout à coup, un vacarme se produisait. Les crosses des fusils ébranlaient les portes de la maison. Le "directeur" criait : "Les carlistes ! les carlistes ! Aux fenêtres ! Sauvez-vous !" Les joueurs, épouvantés, s'enfuyaient par les issues restées libres, et lorsque les faux soldats de don Carlos, commandés par un faux padre à figure de bandit, faisaient irruption dans la salle, celle-ci ne contenait plus qu'une personne, l'aventurier qui, resté seul à son bord, ramassait les enjeux abandonnés et bouclait, au fond de ses valises, la cagnotte emportée, le lendemain même, vers des destinations inconnues.



pays basque autrefois guerres carlistes curé
CURE SANTA CRUZ ET SES GUERILLEROS



Quelques jours après, le casino affichait sa réouverture, et les touristes, rassurés par l'administration, envahissaient l'établissement. Une semaine ne s'était pas écoulée que les carlistes intervenaient et que mises et cagnotte disparaissaient, escamotées par le directeur. Or, les figurants de cette pantomime se plaignirent que leur salaire était insuffisant et réclamèrent une augmentation. L'imprésario refusa. Ils résolurent alors de jouer leur rôle au sérieux et se ruèrent à l'improviste dans les salons. Ils s'emparèrent de tout l'argent qu'ils purent découvrir et déclarèrent qu'ils occupaient le casino. Mais l'aventurier avait pu donner un ordre, et l'occupation carliste sévissait depuis une heure à peine que la gendarmerie, accourue en toute hâte, empoignait les vagabonds. Après une enquête sommaire, ils étaient livré aux plus proches autorités espagnoles et, malgré leurs protestations d'innocence, le padre et ses ouailles furent, comme rebelles, impitoyablement fusillés.



Tandis que le Basque parlait, intarissable d'anecdotes, les tambours et les fifres rythmaient les dernières jotas. Un coup de canon retentit annonçant l'heure du départ. Le retour des pèlerins vers la ville s'organisa. Les officiers sautèrent en selle ; les sapeurs se coiffèrent de leurs toisons ; le cuisinier chargea sa marmite ; les fantassins saisirent leurs fusils ; les artilleurs harnachèrent les mules ; les cantinières jetèrent en sautoir les régimes de gâteaux secs offerts par les danseurs, et sur le nombre desquels elles pouvaient évaluer le chiffre exact de leurs succès.



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PROCESSION GUADALUPE FONTARRABIE
8 SEPTEMBRE



La descente se fit sans ordre. Ce fut une dégringolade joyeuse, animée de rires et de cris, tandis que les bateliers de la Bidassoa transportaient, d'une rive à l'autre, les voyageurs arrivés par les derniers trains. Au bas de la montagne, le calme se rétablit. Les rangs se formèrent. Puis, tout à coup, les coulevrines tonnant, les fusils crépitant, les cuivres éclatant, les fifres sifflant, les fidèles chantant, les cloches carillonnant, le cortège, au pas cadencé de la procession, s'avança vers les vieux remparts."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)








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lundi 26 mai 2025

LES "BASQUES ESPAGNOLS" EN SEPTEMBRE 1893 (première partie)

LES "BASQUES ESPAGNOLS" EN 1893.


Jusqu'en 1841, les provinces du Pays Basque Sud bénéficiaient de liberté commerciale et la barrière douanière du royaume d'Espagne s'arrêtait à l'Ebre.




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LES FUEROS DU PAYS BASQUE ET DE LA NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet La Revue Hebdomadaire, le 16 septembre 1893, sous la plume de 

Gustave Guiches :



"Les Basques espagnols.


Fontarabie, septembre.



C'est au cri de "Vivent les fueros" que le peuple des provinces basques d'Espagne menace de se soulever comme il le fit en 1833 et en 1873, pour ne citer que les plus récentes insurrections. Ces fueros représentent un ensemble de coutumes, de privilèges et de franchises consacrés par la tradition et dont l'origine, — d'après les très savantes recherches de M. Julien Vinson, — remonte aux premières associations territoriales que les guerres contre les Maures imposèrent aux chrétiens.



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JULIEN VINSON


La liberté du commerce, l'administration par les juntes ou assemblées provinciales et par des fonctionnaires indigènes, le payement d'un impôt unique, l'exemption plus ou moins large du service militaire, tels étaient les principaux avantages qu'accordait cette législation de faveur. Ces exceptions s'harmonisent on ne peut mieux avec le caractère singulièrement indépendant du Basque espagnol et ce qui reste d'un ensemble de privilèges déjà fort réduits est défendu, à chaque menace, avec un désespoir héroïque, à l'égal de la dernière liberté.



Les juntes se réunissaient, tous les ans, dans des endroits spéciaux, sous le porche des églises ou sur les places publiques, et l'on observait pour la tenue de ces assemblées un cérémonial rigoureux. Le plus célèbre lieu de réunion fut, en Biscaye, le chêne de Guernica. C'est ce fameux arbre foral qui a inspiré l'hymne national des Basques "l'Arbola guernicaco" entonné, comme chant de guerre, par les insurgés d'aujourd'hui.



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CHANT "GUERNIKAKO ARBOLA"
PAYS BASQUE D'ANTAN


Les rois de Navarre, à leur avènement au trône, devaient prêter serment, sur les Evangiles, de maintenir les fueros, et don Carlos, pendant l'insurrection de 1873-1876, renouvela cette solennité. Ce fut, de la part du prétendant, un acte d'excellente politique, car il groupait ainsi, autour d'une cause définie, des éléments dispersés, et il donnait, en même temps, comme un drapeau de guerre sainte à des troupes sans discipline, mais toutes accessibles à l'enthousiasme religieux.



L'idée carliste s'est sensiblement affaiblie dans ces populations du nord de l'Espagne. Les Basques se montrèrent d'abord mécontents du rôle purement contemplatif que s'était attribué don Carlos. Ils avaient espéré le voir à leur tête, les conduisant, lui-même, à des combats dont ils ne savaient que trop le sort réglé d'avance, mais entraînant les volontés défaillantes, payant de sa personne, chevaleresque autant qu'ils s'imaginaient ce chef de partisans. Le prince préféra diriger les opérations à distance. Loin des montagnes peuplées de guérillas, il étudiait des plans de bataille, combinait des manoeuvres irréalisables et préparait d'illusoires armements. Il multipliait les proclamations et les ordres du jour. Il haranguait dans la plus noble langue militaire, ses "fidèles Basques" et ses "braves généraux". Mais les "fidèles Basques" trouvaient que les exhortations leur arrivaient de trop loin et que les paroles royales perdaient de leur accent à n'être plus que des échos.



Cette inaction du chef provoqua dans les troupes carlistes des divisions que l'insuffisance des armements, l'incapacité des généraux, le goût du pillage et l'impression produite par les premiers échecs ne tardèrent pas à propager. Aussi la plupart des provinces se rallièrent-elles au gouvernement libéral, et si le mouvement actuel parvenait à se généraliser, il est certain que le sentiment républicain dominerait et que la révolution se ferait uniquement pour le maintien des fueros.



Le carliste conserve néanmoins des partisans nombreux, surtout dans le Guipuzcoa où, à l'intérieur de la plupart des habitations, le portrait du prince est épinglé au mur, comme une sainte image, au-dessus du fusil toujours prêt à le servir. C'est que l'influence du prêtre est toute-puissante dans cette contrée, et le prêtre du pays basque espagnol reste dévoué à don Carlos en qui se place tout son espoir d'une restauration complète de l'esprit religieux.



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OFFICIER CARLISTE 1874
PAYS BASQUE D'ANTAN


Il aime le peuple, dont, le plus souvent, il est issu. Il s'associe à sa vie intime, prend part à ses souffrances et se mêle à ses plaisirs en joyeux compagnon. Il n'est guère de repas de mariage auquel le curé de la paroisse ne préside avec une large gaieté. S'il est jeune, il fraternise avec ses fidèles. S'il est âgé, il exerce sur eux une sorte de paternité mystique. Il est le padre très vénéré qui peut commander et à qui l'on obéit toujours. C'est de ce réciproque abandon que le prêtre recueille son autorité. La religion qu'il prêche est l'interprétation même de l'idéal populaire. Elle est merveilleuse, guerrière, et maintient les âmes dans un perpétuel état d'exaltation. Il faut, pour comprendre toute l'intensité de l'influence ecclésiastique sur ces milieux, avoir assisté à la célébration d'une messe paroissiale dans une église du pays guipuzcoan.



Sur une plate-forme élevée, l'autel resplendit comme un buisson ardent d'orfèvreries, au milieu duquel, dans le foyer le plus incandescent et parmi des colonnes de flammes, apparaît un Christ barbare, grotesquement affublé d'un jupon descendant à mi-cuisses, une silhouette de guérillero attaché à un arbre de justice et, si l'on grandit l'apparition, un rédempteur révolté contre l'horreur du supplice, sachant que cette atroce rédemption ne suffira pas au monde dont il emporte les péchés.



Les femmes sont prosternées sur le parquet de la nef, le visage disparu dans l'ombre de leurs mantilles, et ce parquet s'étoffe d'une multitude de lueurs qui sont les flammes de menus cierges brûlés ainsi, à ras de terre, en commémoration des trépassés. Les hommes occupent les gradins superposés en tribunes, des deux côtés.



A l'heure du prône, les rideaux des fenêtres sont tirés. L'obscurité s'épaissit. Le prêtre prend la parole et, tout de suite, éclat, dans ces ténèbres recueillies, une éloquence fulminante, emportant, en un galop de torrent, fureur, prières, reproches, menaces, anathèmes et bénédictions. C'est la prédication de la croisade, c'est l'appel aux armes. A voir ces hommes agenouillés, serrant à deux mains la bordure de leurs bérets, le cou tendu, humant ce souffle de guerre, on sent qu'un mot les dresserait, tout à coup, criant le "Dieu le veut !" et, de même, l'on sent, qu'au sortir de l'église, le padre, soutane retroussée et revolver à la ceinture, prendrait le commandement des guérillas.



Je ne crois pas que ce caractère militant du culte catholique, chez les Basques espagnols, se manifeste avec plus de vigueur et d'éclat qu'en cet anniversaire de la Nativité de la Vierge célébré, chaque 8 septembre, par les habitants de Fontarrabie. Cette fête est d'ailleurs la commémoration d'une date précieuse au patriotisme des Basques, celle de l'évacuation de leur territoire par les troupes françaises qui, de juillet 1794 au 31 août 1813, occupèrent cette entière région.



La ville entière se rend, ce jour-là, en pèlerinage au sanctuaire de Notre-Dame de la Guadeloupe juche au sommet d'une montagne d'où la vue d'emplit d'un admirable paysage, du chaos noir des Pyrénées espagnoles, des plaines vertes de la Bidassoa et des bleues étendues de la mer. Le cortège se forme aux alentours de l'église, près du château de Charles-Quint. Tout ce qu'il y a de comique et de touchant dans la démonstration d'un peuple pauvre et vaniteux se donne là rendez-vous. C'est la fantasmagorie grotesque, naïve, émouvante pourtant, confine l'enthousiasme d'une foi délirante, la parade presque primitive d'une sorte de carnaval militaire et religieux.



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PROCESSION ND GUADALUPE HUIT SEPTEMBRE FONTARRABIE
PAYS BASQUE D'ANTAN


L'imagination locale s'est efforcée de reconstituer le spectacle historique d'un régiment de l'occupation. Il y a les sapeurs coiffés, en guise de bonnets à poil, de la toison de brebis qui ombrage le joug des boeufs, une barbe en poils de bouc collée au menton, le tablier de cuir des tonneliers, noué autour des reins et, sur l'épaule droite, une hache de charpentier. Le cuisinier se signale par une vaste gamelle resplendissant comme le disque d'un bouclier qui serait, ainsi que pour protéger la retraite, porté sur le dos. Les fantassins en bérets rouges, foulards multicolores, vestes sombres, pantalons de toile blanche et les alpargates attachées aux chevilles, sont armés de carabines, de fusils à baguettes, de mousquets, d'escopettes et de tromblons.



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HACHEROS HUIT SEPTEMBRE FONTARRABIE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Les officiers à cheval caracolent sur les flancs des troupes, brandissant des cimeterres et criant des ordres, tandis que le galop de leurs montures fait un large battement d'ailes avec les basques de leurs redingotes galonnées. Les cantinières marchent entre les rangs. Elles sont choisies parmi les plus jolies filles de la ville, gracieuses et du charme le plus vif sous le loquet de velours, le corset pris dans le boléro brodé d'or, la taille serrée par le cotillon de chaperon rouge découvrant les nerveux mollets espagnols aux fines attaches et les pieds de haute cambrure chaussés de minuscules brodequins."



hondarribia lehen festak gipuzkoa euskal herria
HUIT SEPTEMBRE FONTARRABIE
PAYS BASQUE D'ANTAN

A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)








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samedi 25 mai 2024

LES PROVINCES DU GUIPUSCOA ET DE BISCAYE AU PAYS BASQUE EN SEPTEMBRE 1839

LE GUIPUSCOA ET LA BISCAYE EN 1839.


La Convention d'Ognate, signée à Ognate, en Guipuscoa, le 29 août 1839 entre le général libéral Baldomero Espartero et les représentants du général carliste Rafael Maroto, a mis fin dans le Nord de l'Espagne à la première guerre carliste, commencée en 1833.



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COSTUME BASQUE
ALBUM 2 FRONTIERES B. HENNEBUTTE 1852



Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien Le Siècle, le 15 septembre 1839 :



"La Biscaye et le Guipuzcoa



Les Byscayens ont dû se rassembler le 8 de ce mois sous l'arbre de Guernica pour délibérer sur le maintien ou la modification de leurs fueros. Cette coutume de se réunir sous un arbre à Guernica remonte à l'année 1250. Elle s'est établie, selon toute apparence, sous Diego Lopez, douzième seigneur de Biscaye, que ses vassaux contraignirent les armés à la main, de rétablir et d'observer leurs privilèges qu'il avait violés. Les rois d'Espagne, jusqu'à Ferdinand VII inclusivement, ont tous reconnu et respecté ces fueros. 




pays basque autrefois fors biscaye guipuscoa
ISABELLE LA CATHOLIQUE 
FORS DE BISCAYE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Le code qui régit maintenant la Biscaye date de 1526. Il contient tous les fueros, les libertés, les privilèges et les coutumes du pays. Ce code fut approuvé et confirmé par l'empereur Charles-Quint. Voici quel est le gouvernement qui porte le nom de seigneurie de Biscaye. 



Le pays est représenté par une junte générale qui s'assemble chaque année sur la convocation du corrégidor. Tous les pueblos ont une voix dans cette junte. Le mode électoral est fort simple et fort démocratique : pour être admis à voter il suffit d'être de pur sang biscayen, d'être majeur et d'avoir un domicile connu. La députation ainsi nommée se rend au jour indiqué sous l'arbre de Guernica, où les députés siègent sur un banc de pierre dans un ordre réglé d'avance, et prêtent serment après la vérification de leurs pouvoirs. La junte, quand elle est constituée, tient ses séances dans la salle des archives réunie à l'ermitage de Mora. Il n'est pas besoin de dire que les séances sont publiques. La junte générale traite de toutes affaires de la seigneurie et nomme à tous les emplois du gouvernement, suivant un mode antique et bizarre. 



On divise les députés en deux bandes, qui prennent le nom d'Onezimo et Gambozno, en souvenir de deux anciennes factions qui ont partagé le pays. Chacune de ces bandes tire au sort trois électeurs qui proposent pour chaque office un certain nombre de personnes parmi lesquelles le sort désigne les titulaires des emplois. Comme il importe qu'aucune des deux bandes n'ait à se plaindre, les fonctionnaires sont doublés : il y a deux alcades, deux députés, deux secrétaires et six régidors, trois pour chaque bande. Ces douze magistrats composent, ainsi que nous l'avons dit plus haut, la seigneurie de Biscaye. Il faut y ajouter un corrégidor nommé par le roi. Ce corrégidor, qui a trois lieutenans, dont l'un siège à Guernica, avec le titre de lieutenant-général, doit être lettré et de pur sang Biscayen. Le pouvoir exécutif porte le nom de députation ; il est composé du corrégidor et de deux membres élus qui siègent à Bilbao. Les mêmes magistrats administrent et jugent au civil et au criminel. Ce qu'on appelle la division des pouvoirs est inconnu ou mal défini en Biscaye, et c'est sur ce point qu'il convient, ce nous semble, consister pour apporter dans les fueros des modifications qui permettent au pouvoir royal de faire sentir son action. 




pais vasco antes fueros vizcaya guipuzcoa
LES FUEROS DU PAYS BASQUE ET DE LA NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Parmi les privilèges dont jouissent les Biscayens, il en est quelques-uns qui n'ont plus de signification, tel, par exemple, que celui de jouir en Espagne des privilèges de la noblesse, et d'autres qu'ils abandonneront sans doute avec peu de regrets. Le droit de ne payer au roi que l'impôt payé à l'ancien seigneur, sauf les dons gratuits, sera facilement échangé contre un impôt modéré sur les terres et sur les maisons. Il en sera de même du privilège de ne fournir aucune recrue à l'armée. La Biscaye consentira (tout du moins le fait présumer) à tenir sur pied un certain nombre de bataillons dont la couronne nommera les officiers. Restera, il est vrai, à décider si en temps de paix les bataillons pourront être envoyés dans des garnisons espagnoles ; mais si l'on stipule qu'à cet effet le consentement de la junte sera nécessaire, il est probable que la junte ne le refusera pas. Quant à la défense d'introduire des troupes étrangères, c'est-à-dire espagnoles, en Biscaye, elle peut être levée comme elle l'est pour le Guipuzcoa, dont nous allons nous occuper. 



Le Guipuzcoa a, comme la Biscaye, la prétention de s'être donné volontairement et à des conditions stipulées d'avance à la couronne de Castille. Cette prétention qui eût pu être victorieusement combattue par des documens historiques, a été, au contraire, formellement reconnue en 1752 par Ferdinand IV, qui, dans une cédule royale, a déclaré que cette province s'était livrée de son plein gré, sous la garantie de ses antiques fueros. Le code qui régit aujourd'hui le Guipuzcoa a été approuvé par Charles II dans les dernières années du dix-septième siècle. Ce code, fort démocratique, l'est pourtant moins que celui de Biscaye. 



Il existe aussi en Guipuzcoa une junte générale ; elle est composée de 57 procuradores nommés, non point par tous les citoyens majeurs et domiciliés, mais par les principaux propriétaires et les municipalités. Cette junte générale s'assemble fixement le 2 juillet. Elle élit quatre députés généraux, qui doivent être choisis dans les quatre villes suivantes : Saint-Sébastien, Tolosa, Aspeitia et Ascoytia. Cette députation siège pendant trois ans dans chacune de ces villes, qui acquièrent par là tour à tour une prépondérance décisive. Le député de la ville où siège la députation est, à vrai dire le seul député ; c'est lui qui, assisté d'un adjoint et de deux alcades, expédie toutes les affaires courantes. Celles qui résultent de cas imprévus sont seules soumises à la députation extraordinaire, composée des quatre députés avec leurs adjoints, et qui se réunit en juillet et en décembre de chaque année. Il y a en outre des juntes locales qui correspondent à nos conseils d'arrondissement. La municipalité en Guipuzcoa, comme en Biscaye, a des pouvoirs fort étendus et fort complexes. L'alcade principal (le maire) est juge en première instance au civil et au correctionnel. Quelques-uns de ces alcades, qualifiés mayors, ont une juridiction plus étendue. Le corrégidor est le juge d'appel, le juge suprême de la province. Ce magistrat, nommé par le roi, réside tour à tour dans les quatre villes où siège la députation ordinaire. Il préside les juntes, mais il n'a ni droit de suffrage ni droit de veto. C'est le gouvernement constitutionnel dans sa barbarie native.  



pays basque autrefois fors biscaye guipuscoa
AZCOITIA
ALBUM DES 2 FRONTIERES B. HENNEBUTTE 1852





Les privilèges du Guipuzcoa sont les mêmes que ceux de la Biscaye ; point d'impôt au roi, point de droit d'entrée, point de milice, etc. Seulement la couronne a le droit de faire entrer des troupes dans la province pour former les garnisons de Saint-Sébastien et d'Irun. On sait combien ce droit a été favorable à la couronne pendant la dernière insurrection. Si don Carlos eût pu se saisir de Saint-Sébastien, il n'eût pas triomphé sans doute, mais il eût pu recevoir régulièrement les secours des puissances du Nord, et sa position eût été bien plus avantageuse. Nous pensons que le Guipuzcoa ne fera pas plus de difficulté que la Biscaye d'entretenir une force armée régulière et de payer un impôt modéré sur les terres et sur les maisons. La grande question est celle des douanes. 




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IRUN
ALBUM 2 FRONTIERES B. HENNEBUTTE 1852




Un journal propose de la résoudre par une association douanière entre l'Espagne et France. Nous souhaitons sincèrement la réalisation de cette idée ; mais un tel problème demande du temps, ne fût-ce que pour régler les moyens d'exécution. Nous pensons donc que le plus sage parti serait d'ajourner la question de douanes à un terme fixe de deux ou trois ans. D'ici là on aurait pu détruire bien des préjugés commerciaux en France, en Espagne, en Belgique. La question politique entre l'Espagne et les provinces n'admet au contraire aucun retard ; avant tout il faut qu'elle soit résolue."


(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)


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lundi 29 mai 2023

WENTWORTH WEBSTER UN ANGLAIS AMOUREUX DU PAYS BASQUE AU DÉBUT DU VINGTIÈME SIÈCLE (cinquième et dernière partie)

WENTWORTH WEBSTER AU PAYS BASQUE.


Wentworth Webster, né le 16 juin 1828 à Uxbridge, en Angleterre et mort le 2 avril 1907 à Sare, en Labourd, est un prêtre anglican, collecteur des contes traditionnels du Pays Basque, érudit de langue anglaise, française et basque.




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WENTWORTH WEBSTER
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet l'hebdomadaire La Côte basque : revue illustrée de 

l'Euzkalerrria, le 15 février 1925 :



"Basques. Extraits de l’ouvrage du Révérend Wentworth Webster.


Les Loisirs d’un Etranger au Pays Basque.



Le Basque était un homme libre de fait et de loi, impossible de lui appliquer une autre qualification. Mais le seul homme ainsi libre, c’était le baron, le noble ; donc le Basque était baron, il était noble, avec des privilèges, plus grands, plus dignes que les privilèges égoïstes de la caste supérieure du temps de la féodalité, car ils lui conféraient des devoirs politiques, administratifs, municipaux. La noblesse universelle des Basques n’était nullement un apanage de famille, c’était une noblesse nationale et de race. Pour en faire les preuves, pour constater ses droits, il n’était pas besoin de généalogie remontant à tel ou tel ancêtre à demi fabuleux ; on ne demandait ni charte ni parchemin portant le scel du roi quelconque. Le Basque pouvait ne pas posséder un pouce de terrain ; à lui seulement de montrer que, Basque, il était né sur le sol basque de deux générations de parents basques. Par ce fait et devant la loi espagnole, il était hidalgo. Au milieu de ces concitoyens, simple Basque, libre comme eux tous, il devait se tenir prêt à faire son devoir avec ses frères, à donner sa vie pour la constitution de son pays, pour ces fueros par lesquels il était homme libre.



Comment est-il arrivé que les partisans les plus outrés de l’absolutisme pur, les défenseurs de la politique la plus retardataire, se soient recrutés au milieu d’un peuple possédant des institutions si hautement libérales ? Il est difficile de répondre, en quelques lignes ; mais ce phénomène nous paraît provenir de deux causes : l’une, lente et inévitable en rapport avec les progrès de la liberté dans le reste de la Péninsule, l’autre qui est l’histoire d’une série de déceptions et de mécomptes.



Jamais peuple n’a si vaillamment lutté pour un but plus misérablement illusoire. Après mûr examen de leurs institutions et de la question en jeu, un homme distingué, correspondant d’un journal de l’Amérique du Nord, les appelait "des Républicains combattant pour le droit divin". Ces hommes qui possédaient les libertés les plus larges qui furent jamais, formaient l’entourage de Don Carlos ; ils servaient de soutien au plus tyrannique des absolutismes, à la plus violente des réactions.



Tout basque était noble, homme libre devant la loi, Aussi longtemps qu’ailleurs en Espagne, il y eut des classes privilégiées, ce privilège des Basques pouvait et devait subsister. Le Basque avait raison de combattre jusqu’à la mort pour le maintien de ce magnifique droit de naissance. Mais lorsque, dans la Péninsule entière, il n’y eut plus de classes asservies, quand tout Espagnol fut déclaré libre et que les impôts cotés par les représentants de la Nation furent répartis entre tous les citoyens, ces privilèges et ces droits n’avaient plus de raison d'être ; ils devaient prendre fin chez les Basques des trois provinces, comme ils avaient déjà fait de ce côté des Pyrénées. A partir de ce moment, les Vascongades ne pouvaient plus jouer que le rôle, non plus d’hommes libres, mais des membres d’une caste favorisée ; ils devenaient les adversaires communs de la liberté, une exception blessante aux lois de la patrie.



Les Basques ont eu, ils ont encore raison d’exiger toutes les garanties possibles contre la violation de leurs anciennes libertés, d'agir avec toute réserve, de prendre toutes leurs précautions pour que le caractère probe, économe, essentiellement pratique de leur administration intérieure, ne soit pas noyé dans le système corrompu, négligent, coûteux du gouvernement espagnol. Malheureusement, on a greffé sur cette question celle de la religion et celle de la dynastie. A tort ou à raison, la plupart des Basques se sont laissé persuader que l’existence des fueros est liée au maintien de la couronne dans la descendance masculine, à la suprématie du dogme catholique romain et de l’unité du culte en Espagne. Le Basque est un catholique fervent ; les libéraux, on le lui dit, ont pillé l’Eglise, chassé les moines, vendu les couvents, persécuté le clergé... Ennemis des croyances religieuses des Basques, ils ne sauraient être qu’hostiles à leurs institutions politiques et communales !



Une des plus grandes fautes, et ils en ont commis beaucoup, des libéraux constitutionnels en Espagne, fut de ne pas garantir les fueros basques immédiatement après la mort de Ferdinand VII. A cette époque, comme dans la première période la Révolution française, la plupart des villes industrielles des provinces basques, ainsi que la majorité des hautes classes, auraient facilement accepté les idées nouvelles ; mais les libéraux hésitèrent et Charles V, peut-être pour la seule fois dans sa vie, sut montrer de l’énergie et de la prévoyance ; il se prononça hautement pour la conservation des fueros. Le clergé, inutile de le dire, prenait parti pour la monarchie absolue ; c’en fut assez pour déterminer un soulèvement des Basques contre un gouvernement qui semblait vouloir saper des institutions si chères. Et pourtant les grandes villes, des provinces, Bilbao, Vittoria, San Sébastian, Pampelune, ne se sont jamais entièrement dévouées aux souteneurs du droit divin ; "Fueristes", elles le sont toutes, carlistes non. Leurs habitants sont aussi attachés que les autres Basques à leurs anciens privilèges, mais ils ne veulent pas se déclarer les alliés des adversaires du droit commun en Espagne ; ils ne veulent pas imposer le despotisme qu’ils rejettent eux-mêmes.


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GUERRES CARLISTES
PAYS BASQUE D'ANTAN


Les "Fueros" s’en vont. Si, au point de vue théorique, la chose ne peut être fort regrettée, elle nous paraît en tout point déplorable et dans la pratique, et dans l’état actuel de la vie civile espagnole. L’administration provinciale et municipale des Basques a été excellente ; même au temps où l’Espagne accélérait le plus sa propre décadence, les provinces vascongades faisaient exception au reste de la Péninsule. Il n’y avait pas de brigands, le pays était sûr, le peuple satisfait. L’administration espagnole, une des plus négligentes et des plus dispendieuses de l’Europe, va tout recouvrir de sa boue, et personne ne peut voir sans douleur s’y engloutir la probité, la sagesse pratique des Euskariens. Quelle réglementation, si bien rédigée qu’elle soit, suppléerait à l’éducation administrative, fruit de tant de siècles de prudence et d’honnêteté !



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PROVINCES VASCONGADES ILLUSTREES
PAYS BASQUE D'ANTAN


Il y a toute la différence du monde entre les plumitifs mal payés qui ne songent qu’au moyen d’augmenter leur maigre salaire et d’intriguer pour leur avancement, et des municipalités librement élues, qui rendent compte aux hommes libres leurs frères, de ce qu’elles ont fait pour le bien commun, suivant la tradition des ancêtres ! Le gouvernement actuel désire la prospérité des provinces, il a même nommé une commission pour étudier les institutions basques et voir ce qui pourrait en passer dans celles du reste de l’Espagne.



Notre souhait serait qu’on allât de l’avant dans cette voie, et qu’au lieu d’introduire chez les Basques les errements de la bureaucratie castillane, l’administration de la Péninsule s’inspirât désormais de la sagesse, de la probité, de l’économie pratiquées si longtemps par un des plus petits peuples du beau pays des Espagnes."


(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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lundi 12 avril 2021

LA CONVENTION D'OGNATE EN GUIPUSCOA AU PAYS BASQUE EN 1839

 LA CONVENTION D'OGNATE EN 1839.


La Convention d'Ognate, signée à Ognate, en Guipuscoa, le 29 août 1839 entre le général libéral Baldomero Espartero et les représentants du général carliste Rafael Maroto, a mis fin dans le Nord de l'Espagne à la première guerre carliste, commencée en 1833.




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CONVENTION D'OGNATE 1839
PAYS BASQUE D'ANTAN

Voici ce que rapporta le journal Le Temps, le 8 octobre 1839 :



"Affaires d'Espagne. 


L’Amnistie. — Les Fueros



Le gouvernement espagnol poursuit l'œuvre de conciliation commencée par la convention de Bergara, tandis que la chambre des députés est saisie du projet de loi relatif à la conservation des fueros, et en attendant les discussions qui vont s’ouvrir sur le rapport de la commission, il vient de présenter au sénat un projet d'amnistie générale, dont le bienfait ne peut manquer de lui rattacher les populations des provinces naguère insurgées, en ramenant au milieu d’elles la sécurité et la confiance. Tout pouvoir se fortifie à mesure qu’il lui est donné de pardonner. Ce projet d’amnistie a cela de remarquable qu’il donne à la mesure un effet rétroactif, en stipulant l’annulation de tous les jugements rendus en matière de délits politiques. Quant aux procédures actuellement pendantes, il va sans dire qu’elles n’auront pas de suite. Une générosité aussi large est d’une saine politique et contribuera plus que les menaces et l’intimidation à faire rentrer dans la soumission les chefs caristes qui tiennent encore la campagne, et semblent fonder un vague espoir sur l’entretien de quelques misérables guérillas.



La question des fueros sera vivement controversée, si la chambre met en discussion, comme cela a déjà eu lieu dans d’autres circonstances, le double projet de la commission divisée en majorité et en minorité. Le projet primitif du gouvernement ayant aussi ses partisans, il y aura trois systèmes différons en concurrence. Il faut avouer que cela peut avoir ses dangers. Aussi un journal de Madrid annonce-t-il que la discussion ne saurait être établie sur de pareilles bases. S’il faut l’en croire, le projet de la majorité de la commission est mal accueilli dans le public, et des députés ont reçu de leurs provinces des lettres qui les engagent à appuyer uniquement la ratification du traité de Bergara, et à rejeter les restrictions que propose le projet en question.



Il est de fait que le projet part d’un principe assez inquiétant pour les partisans exclusifs de la conservation des fueros. Le traité de Bergara, dit le rapport, a laissé aux cortès la faculté pleine et entière d'accorder ou de modifier les fueros des provinces basques et navarraises. Rien ne prouve qu’il y ait eu de la part du duc de la Victoire, consentement à aucune clause ou réserve secrète capable d’atténuer cette latitude indéfinie. En conséquence c’est la modification des fueros que la majorité de la commission propose. La minorité se borne à amender le projet du gouvernement, en stipulant plus catégoriquement en faveur de la reconnaissance de la constitution par les provinces ralliées, et en ajoutant quelques dispositions relatives à la transition entre le régime actuel et le régime des fueros confirmés.


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LES FUEROS DU PAYS BASQUE ET DE LA NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN

Toutes ces divergences, et la crainte d’en voir surgir d’autres dans les débats qui vont s’ouvrir, ont fait naître un quatrième projet dont la simplicité et l’application prompte et facile séduira peut-être beaucoup d’esprits. C’est le Corresponsal, organe du parti modéré, qui en est le révélateur et le promoteur tout à la fois. Il consiste à sanctionner purement et simplement le statu quo des provinces basques et navarraises, sous la seule réserve de la nationalité, c’est-à-dire de leur soumission au gouvernement monarchique central, et de remettre à l’avenir la question de la modification des fueros. Les partisans de ce tiers-parti se flattent que, sous l'influence de l’expérience et de la réflexion, et pour peu que le progrès et la prospérité se fissent bientôt sentir dans l’Espagne constitutionnelle, les provinces privilégiées ne tarderaient pas à faire l’abandon partiel ou total des immunités qu'elles réclament aujourd’hui, plutôt pour la satisfaction de leur amour-propre que pour la garantie de leurs intérêts. Par ce moyen, ajoute le même journal, la question serait tranchée immédiatement, le gouvernement donnerait à ses ennemis d’hier une preuve éclatante de sa loyauté et de sa générosité, et il acquerrait des droits à la soumission entière, et peut-être prochaine, des provinces qui stipulent encore des conditions.



pais vasco antes fueros
LIVRE L'ABOLITION DES FORS BASCO-NAVARRAIS


Cette version nouvelle peut être discutée comme ressource dernière, mais il est trop tard, ce nous semble, pour la substituer aux systèmes actuellement soumis aux délibérations de la chambre ; et puis, il faudrait encore qu’elle surgît des rangs des députés. Il est vrai que c’est ce qu’indique le Corresponsal, en disant qu’il sera proposé une nouvelle rédaction qui permettra aux cortès de ratifier solennellement, et sans autre restriction que la réserve de la nationalité, les lois, privilèges, ou fueros des provinces du Nord.



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LIVRE LES BASQUES LEURS FORS DE J GAZTELU 


En définitive, quelle que soit l’issue de cette question ardue, qui a pour objet de concilier un régime exceptionnel avec le gouvernement unitaire, et de faire entrer une sorte de fédération dans une monarchie constitutionnelle, on ne doit pas s’attendre à la voir résolue fermement et à toujours. Le temps amènera certainement un nouveau changement qui naîtra des difficultés mêmes et des tiraillements inhérents à une situation contraire à toutes les règles de la logique. En attendant, il faut affermir la paix, soulager le pays des charges de guerre, et réparer ses forces épuisées pour le pousser ensuite plus hardiment dans la carrière du progrès. On peut, on doit se soumettre à quelques sacrifices en vue d’un tel résultat ; c’est là la tâche qui est dévolue aux chambres espagnoles. Nous verrons bientôt comment elles la rempliront."




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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