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mardi 1 septembre 2026

UNE EXCURSION AUX EAUX D'AHUSQUY À AUSSURUCQ EN SOULE AU PAYS BASQUE EN 1853 (cinquième partie)

 

UNE EXCURSION À AHUSQUY EN 1853.


Depuis fort longtemps, on a attribué aux eaux minérales une action physiologique bénéfique, d'où l'utilisation séculaire de certaines d'entre elles.



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LA SOURCE D'AHUSQUY
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet, Ulysse Barberen, avocat :



"Une excursion aux eaux d'Ahunski (Pays Basque).



... Cependant notre ami l'Orientaliste avait repris avec cinq ou six Bohémiens moins avinés que les autres la conversation interrompue par la noce, et il était en train de leur faire subir l'éternel interrogatoire qu'il colportait dans les cinq parties du monde.


L'Orientaliste.  D'où venez-vous donc, mes amis, quelle est votre origine ?


Les Bohémiens de se regarder bouche béante, en ouvrant de grands yeux.


L'Orientaliste. — "Je veux dire si vous savez d'où sont venus vos aïeux, s'ils n'étaient point étrangers à ce pays ?"


Un Bohémien.  "Le français a raison ! Notre race est venue du pays où se lève le soleil.  — Je l'ai ouï dire à mon grand père qui était le plus ancien de la tribu.  Depuis le commencement du monde, il y a inimitié entre nous et les autres hommes. — Les gens de la plaine disent que nous sommes maudits, et d'après leurs prêtres, le premier Bohémien s'appelait Caïn."


L'Orientaliste. — "Toujours et partout la même réponse. Toujours et partout cette version gothique de quelque moine répandue dans le moyen âge et que ces Bohémiens ont acceptée des peuples chrétiens, avec lesquels ils se sont trouvés en contact ! — Voulez vous que je vous dise votre véritable histoire?  Vous n'êtes ni des maudits ni les fils de Cain ; mais c'est en effet de l'Inde, du pays où se lève le soleil que vos pères sont vernis."



Il se mit, alors, à leur raconter la légende trouvée dans les auteurs Persans, sur les Lury, livres Indiens.



Le lecteur, probablement, n'y trouvera pas une explication très satisfaisante de l'origine des Bohémiens, et j'avoue que les Bohémiens du bois d'Iraty lui préféraient Caïn, l'homme maudit, qui parle davantage à leur imagination.



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GITANS REMPAILLEURS A HENDAYE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Quoiqu'il en soit, personne plus que notre ami n'avait contribué à la répandre parmi le monde savant, et peut-être y fera-t-elle fortune, en raison même de son étrangeté. Il commença en ces termes : 

"Le roi de Perse, Bahram-Gur, le plus grand prince de l'Orient, grand amateur de musique, voulut en étendre le goût et les jouissances à tout son peuple.



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ROI DE PERSE VAHRAM V
Par [1] — Classical Numismatic Group, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1890329


Il s'adressa donc à un roi de l'Inde pays où abondaient les musiciens ambulans, sous le nom de Djatt ou Lury. Ce roi lui en envoya dix mille qu'il répartit dans son royaume, après leur avoir donné des terres et mille charges de blé, pour qu'ils pussent vivre et ensemencer, plus de vaches et des ânes pour labourer. — Mais, accoutumés à la vie errante des chanteurs ambulans, les Lury vendirent leurs vaches, consommèrent leur blé, sans songer aux semailles, et ne gardèrent que leurs ânes, pour transporter leur tente vagabonde.


Renvoyés de la Perse, en punition de leur faute, ils se dirigèrent vers l'occident où leurs fils, en se propageant, continuèrent la même vie aventureuse.



Comme l'orientaliste en était là de son récit, nous entendîmes la voix de Péthiry qui nous cherchait, pour nous mettre en route vers le pic d'Orhi. — Ses fils seuls devaient nous servir de guides ; mais il voulut nous accompagner lui-même à quelque distance du camp, ajoutant d'un air mystérieux que s'il n'arrivait pas quelque chose d'extraordinaire, il aurait bien le temps de dormir le lendemain.


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PIC D'ORHY SOULE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Chaque fois qu'un détour de la route nous ramenait en vue du camp Bohémien, Péthiry s'arrêtait de l'air d'un homme qui attend, "autrefois, disait-il, en grommelant entre ses dents, les bohémiens savaient mordre leur ennemi ; aujourd'hui, ils ne savent que fuir." Evidemment, la disparition de Johanné le préoccupait.



Tout à coup, les feux du camp, que l'on voyait s'éteindre dans la nuit et la distance, furent remplacés par une immense clarté suivie de sourdes rumeurs.



L'incendie s'attaquait pour la seconde fois, aux vieux murs du château d'Iraty.


"Bravo Johanné ! s'écria Pethiry, ce sont les feux de joie de la noce de Boulharhandi !" 



Et ses fils, aussitôt, de nous planter là, courant vers camp s'enquérir de l'événement et du sort de leurs femmes et de leurs enfants.  Il fallut faire halte.



Attristés et confondus de ce drame terrible qui nous donnait dans leur crudité locale, le spectacle saisissant des mœurs Bohémiennes, nous admirions, non sans une secrète horreur, la réverbération des flammes à travers les ténèbres, et les grands arbres autour de nous, découpant leurs rameaux et leurs dentelles de feuillage, sur le fonds lumineux de l'incendie.



Péthiry, prenant notre silence pour une sorte d'acquiescement à cette vengeance si naturelle pour lui, depuis longtemps ennemi de Boulharhandi, ne cherchait pas à dissimuler sa joie.



Enfin, se tournant vers nous : "Ceci n'est qu'un jeu d'enfants, dit-il, auprès du grand incendie, qui dévora le Château d'Iraty, voilà plus de cinquante ans."



Vous l'avez vu ? lui demandais-je. — Si je l'ai vu !" — Mais tout à coup, s'interrompant il tomba dans un profond silence.


"Au fait, pourquoi ne parlerai je pas ? dit-il brusquement je suis trop vieux pour que vos gens de justice veuillent encore de moi. Vous me demandez si j'ai vu le premier incendie ? 

A la djinkoua ! mes mains sécheront et tomberont en poussière, avant que je n'oublie cette nuit et le feu qu'elles attisèrent.

Jobanné, ce soir, n'a fait que se souvenir de moi."


(Evidemment l'amour-propre et l'orgueil, de ce qu'il prenait pour un exploit, ouvrait la bouche au Bohémien.) 


"Il y avait eu, comme ce soir, de grandes fêtes au Château d'Iraty. — Mais à l'époque dont je vous parle, au lieu des ruines que la flamme est en train d'acheter, le Château s'élevait fièrement, flanqué de quatre tourelles, moitié palais, moitié forteresse, avec un large escalier de pierre devant la porte principale, un grand vestibule orné de colonnes, et tout à l'entour, un mur d'enceinte épais comme un rempart."



A l'intérieur, on avait, dit-on, prodigué l'or, les glaces, les tentures et la soie dans les appartements exclusivement réservés à l'usage des maîtres.



Les écuries vastes et bien aérées auraient fait envie à l'habitation du paysan Basque le plus riche, et l'on y avait réuni les derniers produits de choix de la pure race Navarrine. — Je n'ai rien vu depuis qui pût leur être comparé. — Cet édifice tel que je vous le décris, datait déjà de quelques années avant ma naissance.  Le maître, grand Seigneur proscrit dans son pays, devait la vie, disait-on, au bon accueil de nos tribus, souveraines alors, sur les deux versants des Pyrénées. 

— Il y avait attiré toute une colonie de bûcherons et de mineurs ; et bientôt, tandis qu'on entendait les arbres de la forêt tomber sous la hache ou grincer sous la scie, les entrailles de la terre amenées au grand jour par le travail obstiné des mineurs venaient y livrer sous l'action du feu, les métaux précieux qu'elles recèlent.  Il me souvient aussi que non loin de la forge, d'autres fourneaux toujours incandescents s'emplissaient d'un sable blanchâtre, et cette substance liquéfiée par le feu servait à faire les vitres qui protègent vos maisons contre la bise, sans intercepter la lumière du jour. — Des deux côtés des Pyrénées, des caravanes de cent mulets sillonnaient nuit et jour, les sentiers qui conduisent à la plaine."



A suivre...




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)


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samedi 1 août 2026

UNE EXCURSION AUX EAUX D'AHUSQUY À AUSSURUCQ EN SOULE AU PAYS BASQUE EN 1853 (quatrième partie)

UNE EXCURSION À AHUSQUY EN 1853.


Depuis fort longtemps, on a attribué aux eaux minérales une action physiologique bénéfique, d'où l'utilisation séculaire de certaines d'entre elles.



pays basque autrefois soule source
LA SOURCE D'AHUSQUY
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet, Ulysse Barberen, avocat :



"Une excursion aux eaux d'Ahunski (Pays Basque).



... Déjà les indiscrétions de Péthiry nous avaient mis au courant de tous les détails de ce mariage. C'est la même histoire, hélas ! que dans beaucoup des nôtres. Un cœur aimant et jeune que l'on prétend acheter pour une bourse d'or. Le lecteur ne s'attendrait pas à trouver parmi les Bohémiens, le mariage de raison, dans toute sa crudité bourgeoise. J'en suis fâché pour l'intérêt de mon récit, mais la sincérité n'est elle pas le premier devoir de l'historien ?



D'ailleurs, il n'est pas impossible que ces Bohémiens ne se soient déjà corrompus au contact de notre civilisation ; je veux dire, que les mauvaises graines poussant plus vite que les bonnes, de nos usages sociaux les abus sont la première chose à fructifier sur le sol vierge du bois d'Iraty.



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CARTE D'IRATY VERS 1750


"Boulharhandi, nous avait déjà dit le vieux ménétrier, est le plus riche tondeur de mulets de toutes les provinces Basques. Aussi, quoiqu'il soit laid et brutal, qu'il ait dépassé la cinquantaine, et qu'on le soupçonne de s'être débarrassé de ses deux premières femmes, dans un accès de jalousie, c'est un grand honneur qu'il fait au vieil Aillande, de lui demander sa fille Guéréchina.


"Mon Dieu ! que va devenir le pauvre Johanné ?" observa l'une des femmes. — Johanné était un beau garçon de la tribu, danseur favori de Guéréchina.


"Je sais bien ce que je ferais à sa place," répondit le plus jeune des Bohémiens et son couteau à demi tiré de sa poche achevait sa pensée par un geste significatif.


"Taisez-vous, Asto Sarak, s'écria brusquement Péthiry... pourquoi Johanné n'a-t-il pas su gagner à sa contrebande, des colliers d'or et des mantilles de soie, comme son rival ? Il n'y a pas de jeune fille qui résiste à ces colifichets."



L'approche de Boulharhandi mit fin à ce dialogue. Il nous fit meilleur accueil que ne le promettait sa mine farouche, enchanté qu'il était de nous devoir le retour de son ménétrier, et par ses ordres, un des Bohémiens courut prévenir Aillandé et le reste de la tribu, de l'approche d'hôtes étrangers. — Puis, d'un air d'importance, il prit la tête de la caravane, fièrement campé sur un mulet harnaché de houpes et de plumets aux couleurs éclatantes.



Les Bohémiens avaient établi leur campement, au milieu des ruines d'un vieux château célèbre dans les légendes Basques.



Quoique d'origine assez récente, il ne manque pas d'un certain caractère sous les ronces et la mousse qui recouvrent ses toits effondrés.



Des souvenirs mystérieux et sanglans pèsent sur ses murs assombris par les noirs sillons de l'incendie qui les a dévorés. C'est surtout à l'heure tardive où nous arrivâmes, que le crépuscule, l'ombre projetée des arbres voisins, le reflet ardent des brasiers et des torches leur donnaient une apparence fantastique, en harmonie avec les récits terribles dont ils sont les théâtres, dans les veillées des paysans Basques.



Le pinceau d'un peintre habile pourrait seul rendre l'aspect étrange de ce campement, digne des compositions les plus piccaresques de Jacques Callot.



Autour de nous grouillait une population en guenille, les regards empreints à la fois, de convoitise et de curiosité. — C'est un pêle-mêle, d'enfants, d'ânes, de cochons, de volailles errant en liberté.



Des chaudrons et des ustensiles de cuisine jetés à terre à côté des guitares et des tambours de Basque ; en manière de tente et d'abri, des piquets fichés en terre et couverts de vieilles couvertures de cheval.



Au bout du camp, près d'une immense chaudière, où l'on voit bouillir je ne sais quel brouet infect et noir, se querellent une douzaine de vieilles femmes plus hideuses que les trois sorcières de Macbeth : celles-là font rôtir sur des charbons ardens des quartiers saignants de chevreau ; d'autres, de leurs mains sales et crochues pétrissent en forme de galette, des boules de farine de maïs appelées pastetch et destinées à tenir lieu de pain.



Les apprêts de la noce se poursuivent ainsi, au milieu des cris et du désordre ; tandis que deux ou trois Bohémiens achèvent la toilette d'une demi douzaine d'infortunés chevaux volés dans les environs, et qu'ils conduisent à la foire de Pampelune ; l'un entr'autres, assez jolie jument gris pommelée, vit changer, par un procédé de teinture fort habile, la nuance argentée de sa robe, contre la noire couleur de l'ébène. — Qui sera bien surpris ? L'acheteur, j'imagine.



Enfin, la nuit étant venue, la mariée parut et fut assise entre deux vieilles matrones, sur une espèce d'autel de verdure.



Elle était à peine âgée de 16 ans ; très brune comme les jeunes filles de sa race, mais sur ses joues, en dépit d'une émotion visible brillait le vermillon de la fleur du pêcher. Ses cheveux plus noirs que l'aile du corbeau se relevaient en deux larges bandeaux découvrant bien les tempes et le front et se ramenaient derrière la tête par une aiguille d'or.



L'expression un peu sauvage que des pommettes assez saillantes et l'arc prononcé de ses noirs sourcils donnaient à sa physionomie était heureusement tempérée par l'éclat velouté de ses grands yeux et les contours gracieux d'une bouche petite et souriante comme un vrai bouton de rose.



Son nez légèrement relevé lui donnait l'air mutin que devait avoir la Esméralda ; la ressemblance était complétée par un corset en velours noir serré autour d'une taille flexible, et par une basquine formée d'oripeaux en soie de couleur éclatante.



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ESMERALDA DE VICTOR HUGO
STEUBEN


Sous un bas gris semé de paillettes d'argent se dessinait une jambe fine et nerveuse, et ses petits pieds étaient chaussés de sandales attachées par des rubans rouges autour de la cheville. Ajoutez à ce costume, une chemise aux manches bouffantes et tailladées, une collerette droite et plissée comme elles étaient de mode en France, au temps de Catherine de Médicis, de grosses boucles d'oreille en forme de poires ciselées et un lourd collier d'or, cadeaux de noce de son fiancé.



L'assemblée fit un grand cercle et trois jeunes filles, dans un costume à peu près semblable à celui de Guéréchina, mais beaucoup moins riche, s'élancèrent, un tambour de Basque à la main.



Leur danse était un mélange de pas Espagnols bizarrement modifiés par les bonds fougueux de ces bayadères sauvages, aux jarrets d'acier ; l'œil en feu, les cheveux au vent, la bouche écumante, elles finirent à force de trémoussements, par tomber dans les bras des matrones qui les emportèrent.



C'est alors que commença la véritable cérémonie : La musique cessa son tapage et les deux futurs époux s'avancèrent, seuls, au milieu du plus grand silence. — Quatre vieilles femmes placées aux quatre points cardinaux de l'assemblée, agitaient des branches d'arbre pour conjurer les mauvais esprits et psalmodiaient lentement des paroles inintelligibles. — Les torches et toutes les lumières furent éteintes ; la lune éclaira seule, de sa lueur mystérieuse, cette nouvelle scène digne du Sabbath.



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TABLEAU SABBATH DES SORCIERES
PAR FRANCISCO GOYA



Les deux futurs époux furent placés en face de l'astre nocturne, de manière à leur faire de ses rayons une sorte d'auréole.



Aussitôt, le vieil Aillandé, montant sur le tertre que Guéréchina venait de quitter, prit un pot de terre et le lança en l'air... les éclats du vase précieusement recueillis furent immédiatement comptés à haute voix par lui et enfouis à l'instant même, dans un trou creusé de sa main.


"Vous l'avez tous vu, dit-il, ensuite, en élevant la voix ; j'ai compté sept morceaux ; pendant sept ans, cette femme t'appartiendra, Boulharbandi, tu seras son maître et tu nourriras ses enfans.


Et toi, continua-t-il en se tournant vers Guéréchina, plus tremblante qu'une feuille, pendant sept ans tu ne seras qu'à cet homme, tu seras sa servante et tu allaiteras ses enfants."



A ces mots la musique de recommencer son tapage et le vin de circuler à la ronde dans des outres de peau de bouc.



L'orgie, dès lors, régna seule dans le camp. Nous mêmes, fort embarrassés de la contenance à garder en présence de ce festin de Cannibales auquel nous étions conviés, nous prétextâmes les préparatifs de notre départ pour le pic d'Orhi, du haut duquel nous voulions assister au lever du soleil."




A suivre...




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)


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mercredi 1 juillet 2026

UNE EXCURSION AUX EAUX D'AHUSQUY À AUSSURUCQ EN SOULE AU PAYS BASQUE EN 1853 (troisième partie)

 

UNE EXCURSION À AHUSQUY EN 1853.


Depuis fort longtemps, on a attribué aux eaux minérales une action physiologique bénéfique, d'où l'utilisation séculaire de certaines d'entre elles.



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LA SOURCE D'AHUSQUY
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet, Ulysse Barberen, avocat :


"Une excursion aux eaux d'Ahunski (Pays Basque).



... V.


Cependant la foule s'est écoulée vers la place d'Ahunski, joyeux rendez-vous de divers chalets, où s'abrite la population des buveurs. — L'orchestre dressé sur des barriques est conduit par le ménétrier Chobat, le Musard du pays  aux sons des violons et des tambourins, danseurs et danseuses de faire cercle et les sauts basques de commencer, avec des entrechats et des pirouettes à désespérer Auriol.

Sautez fillettes 

et garçons ; 

unissez vos joyeux sons, 

musettes

et chansons.


Entre deux haies de curieux, voici le jeu national Basque ; la balle, lancée par des bras vigoureux, armés d'un gant recourbé. — En face l'un de l'autre, se placent, à une certaine distance, les deux principaux joueurs, se renvoyant la balle qui, tantôt, décrit en l'air une gracieuse parabole, tantôt, passe, en sifflant, aux oreilles des joueurs intermédiaires courant pour l'arrêter. — Le rebut et le trinquet, ces monuments indispensables de tout village Basque, ne sauraient tarder plus longtemps à s'élever aux eaux d'Ahunski. — Quoique moins indispensables peut-être, que des embellissements bien dirigés aux abords de la fontaine. — Les lecteurs étrangers au pays doivent savoir qu'on entend par rebut, un mur en pierre de taille de 20 pieds de haut, contre lequel la balle est jetée, pour être saisie au moment où elle rebondit et lancée dans la direction des joueurs opposés. — On voit souvent des joueurs, lancer ainsi la balle à des distances incroyables et d'une telle violence, qu'elle renverserait un homme. — Le Trinquet est une salle couverte. L'adresse y domine plus que la force, on y produit les mêmes effets qu'au billard, les murs servant de bande et le tambour de blouse.



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TRINQUET DE SAINT-PALAIS
PAYS BASQUE D'ANTAN



Non loin de la place d'Ahunski, les pasteurs vous montrent un gouffre béant comme un cratère, et d'une profondeur incommensurable. — Les naturalistes n'y sauraient trop admirer une stalactite, en forme de colonne, qui s'élève, des profondeurs de l'abîme jusqu'au niveau du sol, à une hauteur prodigieuse. D'après une légende locale, c'est là que la terre s'entr'ouvrit sous les pas du chevalier d'Uurruty, d'Aussurucq, coupable d'avoir quitté les offices, un jour de dimanche, pour lancer sa meute, après un chevreuil. — Lorsque l'orage gronde sur la montagne, on entend encore , disent les pasteurs, la meute aboyer dans les entrailles de la terre, et le chasseur damné sonner du cor, emporté par cette chasse infernale qui ne doit finir qu'a la fin du monde.



VI. Les Bohémiens.



Ahunski est une conquête assez récente de la civilisation sur les tribus Bohémiennes, réfugiées aujourd'hui dans le bois d'Iraty. — On les y rencontre encore, en petit nombre. — Mais l'approche de la foire de Pampelune multipliait leur passage depuis quelques jours. — C'était une bonne fortune pour notre orientaliste.



pays basque autrefois soule source eaux thermales
CARTE D'IRATY VERS 1750



Des Bohémiens, beaucoup ne connaissent que la Esméralda, cette ravissante création de Victor Hugo, d'autres la chanson de Béranger : 



pays basque autrefois soule source eaux thermales
ESMERALDA DE VICTOR HUGO
STEUBEN


Sorciers, bateleurs et filous, 

reste immonde 

d'un ancien monde, 

Sorciers, bateleurs et filous, 

Gais Bohémiens d'où venez-vous ?


LES CHANSONS DE BERANGER



La question que pose le chansonnier, voilà longtemps qu'elle s'agite parmi les érudits, et longtemps encore il sera vrai de dire avec la joyeuse chanson : 


D'où nous venons, l'on n'en sait rien.

L'hirondelle 

D'où nous vient-elle ?




Pour sa part, notre ami, dévoué à la solution de cette énigme vivante, comme d'autres à l'histoire d'un mollusque ou d'un coléoptère, la cherchait depuis quinze ans, du nord au midi, de l'est à l'ouest ; parmi les Gitanos Espagnols, les Zingari Italiens, les Gypsies Anglais, les Tallern Norwégiens, les Salasch Slaves, les Siguanes Turcs, jusqu'aux Loury Persans. Passant en revue toutes ces tribus cosmopolites dont la parenté de mœurs et de figure prouve l'origine commune, sans éclaircir le mystère.



On ne tarda pas à venir nous signaler l'arrivée d'une de leurs caravanes. — Elle se composait d'un vieillard nommé Péthiry, chef de la bande et ménétrier de profession, de ses trois fils, de leurs femmes et de 4 ou 5 enfants, plus un petit âne destiné à porter leur fortune ambulante.



Péthiry était impatiemment attendu pour une noce que sa tribu célébrait le soir même dans la forêt d'Iraty, excellente aubaine que le malheureux était menacé de perdre, car les pieds enflés d'une longue marche, il lui paraissait impossible de pouvoir continuer sa route, jusqu'au lendemain.



Nous lui proposâmes de lui fournir un mulet s'il voulait nous introduire auprès de ses frères, et nous servir de guide et d'interprète, car il parlait quelque peu l'espagnol, ainsi que ses enfants.



La proposition fut acceptée avec empressement, et nous nous mîmes en route, aussitôt nos préparatifs terminés.



La forêt d'Iraty est le quartier général des Bohémiens. Elle s'étend sur une longueur d'environ dix lieues, à travers les gorges et les étroites vallées qui circulent entre les dernières cimes des Pyrénées, profonde et mystérieuse, comme une forêt vierge, d'un accès difficile, d'une surveillance impossible à notre administration forestière, par suite de son état d'indivision entre la France et l'Espagne ; aucun lieu ne saurait offrir un asile plus propice aux tribus Bohémiennes, rebelles à nos lois et à notre civilisation.



D'Ahunski, à la forêt d'Iraty la roule traverse le pas de l'Escalier, célèbre dans le pays, par les dangers du passage. — Que l'on se figure un immense rocher formant saillie sur les flancs de la montagne Zorhomendy, et surplombant à une hauteur de plus de quinze cents pieds, des précipices épouvantables, connus sous le nom de Bassak (en basque, l'abîme sauvage, le chaos). 



A mesure que l'on monte, l'abîme se creuse à droite et à gauche, le sentier n'est bientôt plus qu'une étroite arête de six pieds de large, isolée et comme suspendue dans le vide. — Au fond de l'espace que le regard épouvanté se refuse à mesurer, les Bassak ouvrent leurs gouffres de mort.



Mais si le passage n'est pas sans émotion, quel admirable dédommagement dans la beauté grandiose du point de vue que l'on y découvre !



Par delà, les mamelons et les vallées du pays Basque, la vue s'étend jusqu'à la ligne bleuâtre de l'Océan dans l'infini d'un horizon sans limite.



Derrière le spectateur, les Pyrénées décrivent un cercle gigantesque où depuis le Pic d'Ossau, jusqu'à la mer, les monts Aspé, Anie, Ansabe, Orhi, Bosmendic, Belçu, Auza, Ertehubia, le mont de la Rhune, détachent successivement leurs tètes colossales ; et l'âme confondue ne sait laquelle des deux immensités est la plus admirable de celle des montagnes ou de celle de l'Océan !



Sur le versant opposé du Zorhomendy commence la forêt d'Iraty.



A peine en avions nous franchi le faîte, que Pethiry nous montra sur la lisière du bois, cinq ou six Bohémiens conduisant des mulets.



"Debrien bizaia! mais c'est Boularhandi s'écria-t-il." Voyez-vous cet amoureux en cheveux gris, mon absence menace de retarder le signal de la noce, et le voilà dans son impatience qui vient à ma rencontre.



"Cet amour, qui lui rajeunit le cœur, devrait bien aussi lui rajeunir la figure et en faire un époux assorti à sa fiancée la plus belle fille de la tribu."




A suivre...




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)


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vendredi 13 février 2026

LES AGOTHS AU PAYS BASQUE EN 1877 (quatrième et dernière partie)

  

LES AGOTHS EN 1877.


Un(e) cagot(e), dans le Sud-Ouest de la France, était aussi appelé agote, sur le versant Sud des Pyrénées, en Espagne. Il s'agissait de termes dépréciatifs qui désignaient des groupes d'habitants, exerçant des métiers du bois, ou du fer, frappés d'exclusion et de répulsion dans leurs villages, surtout au Pays Basque.



pais vasco antes navarra agotes
BENITIER DES CAGOTS
65 ST SAVIN


Voici ce que rapporta à ce sujet le Bulletin de la Société Ramond, en janvier 1877, sous la plume de 

M. Guilbeau :



"Les Agoths.




Origine des Agoths.

— Pendant que quelques auteurs donnent aux Agoths une origine Celtique, d'autres les font descendre des Goths, des Lépreux, des Sarrasins, des Bohémiens, des Albigeois.



L'origine Albigeoise trouverait un semblant d'appui et de raison dans la pétition adressé au Pape au commencement du XVIe siècle par les Agoths qui réclamaient "qu'on les admit comme les autres chrétiens aux cérémonies religieuses quoiqu'on prétendit que leurs ancêtres eussent pris part à la révolte du Comte Raymond de Toulouse contre l'Eglise Romaine." L'époque à laquelle les Agoths ont paru coïncidé assez avec l'hérésie des Albigeois, qui fut si forte dans tout le Midi de la France. Mais nous ne dirons rien de ces hérésiarques, ni de l'Inquisition qui les traqua, en extermina un grand nombre et en fit beaucoup d'autres serfs d'Eglise.



L'origine Lépreuse est une assertion gratuite du tribunal ecclésiastiques de Pampelune. Vivant à côté des Lépreux et dans la misère, il n'est pas étonnant que les Agoths aient été accusés d'être affectés de la lèpre. Mais si les Agoths descendent des Lépreux, nous avons vu que déjà en 1460, Gaston de Navarre s'était refusé à accéder aux exigences des Etats de Navarre qui réclamaient : "Qu'il fût interdit aux Agoths de marcher nu-pieds de peur d'infection." Plus tard, en 1600, nous voyons également les médecins en renom de l'époque, accorder aux Agoths patente nette et les déclarer sains, fort, robustes et non atteints de lèpre.



Mais si les Agoths ont été Lépreux jusqu'en 1460 ou même jusqu'en 1600, il est difficile d'admettre que pendant trois ou quatre cents ans, ils aient été soumis aux mêmes rigueurs que par le passé et aux mêmes prescriptions honteuses.



Ablatâ causâ tollitur effectus, ne serait donc point vrai chez les Basques ? Et les générations des Basques qui se sont succédées pendant les quatre siècles qui ont précédé la Révolution, étaient des générations de bourreaux et des gens sans coeur, pour tenir des compatriotes et des Basques dans ce honteux esclavage.



Nous connaissons trop les Basques, et nous croirions faire injure à leurs sentiments d'humanité, en admettant que les descendants des Cantabres aient soumis des semblables, nous dirons plus des frères, à cet état d'abjection, et cela parce qu'ils étaient soupçonnés d'être affectés d'une maladie contagieuse.



L'origine Maure n'est pas plus soutenable, quoique des auteurs estimables leur donnaient pour ancêtres les Sarrasins qui, compromis pour les Francs, lors des guerres de Charlemagne, en Espagne, auraient quitté leur patrie à la suite du grand conquérant.



Nous en avons dit un mot au commencement de notre travail, à propos des Bohémiens ou Gitanos, pour qu'on nous dispense d'y revenir.



Enfin, d'autres, et c'est le plus grand nombre, leur donnent une origine Gothique et les font venir des débris de la bataille de Vouillé qui eut lieu en 507. Après leur défaite, l'histoire nous apprend que les Visigoths se reportèrent vers les Pyrénées. Rappelons ici que les Goths partageaient l'erreur d'Arius.



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BATAILLE 87 VOUILLE EN 507



Serait-ce là quelques descendants des paria du moyen-âge qui ont été voués au mépris public, pour avoir refusé quelques croyances religieuses, ou même superstitieuses, qui étaient si communes dans ce temps de fanatisme ?



De toutes les opinions émises sur les Agoths et sur leur origine, que conclure ?



Il est difficile de trouver la vérité dans ce chaos impénétrable et nous craignons bien qu'il ne reste longtemps encore un desideratum sur l'origine des Agoths.



Nous croyons avoir fait un triage sévère sur l'origine des Agoths et pour des raisons que nous avons fait connaître. Mais nous nous trouvons à notre tout arrêté : 1° par l'origine gothique ; 2° l'origine hérésiarque.



Qu'ils descendent des Visigoths ou qu'ils aient eu pour pères tels Hérésiarques, Albigeois ou autres, ce qui frappe surtout l'observateur, ce sont les types qui sont encore confiés à notre examen.



Comme nous l'avons déjà dit ailleurs, on ne trouve chez les Agoths aucun caractère qui puisse les faire séparer ni distinguer du reste de la population : même type à Bozate que dans le reste du Baztan, à Chibutua que dans toute la Basse-Navarre.



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BOZATE ARIZCUN NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Quant au lobule de l'oreille, ce signe distinctif de l'Agoth, tant de fois évoqué par la légende, nous avons remarqué son absence aussi souvent chez les Pelutac que chez eux. Du reste, ce qu'on appelle des oreilles courtes, on en trouve des spécimens nombreux dans toute la France.



Mais si les Agoths descendent des Visigoths, il est assez surprenant, tenant compte de l'isolement dans lequel ils ont vécu pendant tant de siècles, qu'il aient perdu jusqu'au vestige et au souvenir de leur langue primitive.



Ce qui nous a frappé, et nous l'avons déjà noté, soit pour Bozate, soit pour Chibutua, deux foyers où les Agoths ont vécu complètement isolés et loin du contact des indigènes, c'est la pureté du Basque qu'ils parlent et cela plus correctement que les Pelutac. Une autre raison nous fit aussi rejeter cette origine : le peuple Basque n'a attaché de tout temps que des idées de grandeur et de noblesse au nom de Visigoth ; tandis que le pauvre Agoth a été rejeté et frappé d'ostracisme par ce même peuple Basque auquel l'indépendance est trop chère pour réduire à l'esclavage un peuple avec lequel il a vécu en bonne intelligence.



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BOHEMIENS 19EME SIECLE


On voit par ce qui précède que pour nous, les Agoths du pays Basque sont Basques. Nous croyons l'avoir suffisamment prouvé. Notre opinion, si nous devions en formuler une, sur l'origine des Agoths, mais nous ne la hasardons toutefois qu'avec timidité, c'est que les Agoths pourraient bien être des débris de quelques hérésiarques.



Tout le monde connaît encore de nos jours, la toute puissance du clergé et le fanatisme de nos paysans, malgré les idées libérales qui tendent à se faire jour dans nos montagnes.



Dans un pays si éminemment catholique, comme l'a été la Navarre où le clergé était tout, il n'est pas étonnant qu'il se soit trouvé un souffle d'inquisition, pour réduire de pauvres hérésiarques à cet état d'ignominie et d'abêtissement.



On n'a pas oublié que le plus grand ennemi de la réhabilitation de l'Agoth a été le clergé. En effet, malgré les ordonnances royales et les décrets qui se sont succédés, l'officialité de Pampelune s'est refusée à l'affranchissement des Agoths. Ce n'est que vaincu par l'évidence et surtout devant le tollé général qu'elle s'est résignée en 1842, à l'émancipation religieuse des Agoths de Bozate. C'est à peu près à la même époque, il y a 25 à 50 ans, que les Agoths de Chibutua en Basse-Navarre ont été assimilés dans l'église aux autres chrétiens. La Révolution en avait fait des citoyens Français, mais l'Eglise ne les avait point admis avant cette époque à l'offrande du pain béni, au marguillerat et aux places communes.




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BENITIER DE CAGOTS
65 SAINT-SAVIN


Les Basques ont une horreur et une répugnance particulière pour tous ceux qui ne pratiquent pas la religion catholique. L'intolérance religieuse les a poussés quelquefois à des excès très répréhensibles. N'a-t-on point vu en 1619 une pauvre femme Portugaise, soupçonnée d'appartenir  à quelque secte hérésiarque, être brûlée toute vive sur la place de Saint-Jean-de-Luz par la populace irritée ?"




(Source : Wikipédia et gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France et https://www.galerie-napoleon.com/)


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mardi 13 janvier 2026

LES AGOTHS AU PAYS BASQUE EN 1877 (troisième partie)

  

LES AGOTHS EN 1877.


Un(e) cagot(e), dans le Sud-Ouest de la France, était aussi appelé agote, sur le versant Sud des Pyrénées, en Espagne. Il s'agissait de termes dépréciatifs qui désignaient des groupes d'habitants, exerçant des métiers du bois, ou du fer, frappés d'exclusion et de répulsion dans leurs villages, surtout au Pays Basque.



pais vasco antes navarra agotes
BENITIER DES CAGOTS
65 ST SAVIN


Voici ce que rapporta à ce sujet le Bulletin de la Société Ramond, en janvier 1877, sous la plume de 

M. Guilbeau :



"Les Agoths.



Dispersion des Agoths.

— De Bozate, où la colonie des Agoths s'était fixée, plusieurs familles se répandirent dans les villages de la vallée de Baztan. A Irurita notamment, village situé à quelques kilomètres d'Elissondo, il en existe un certain nombre ; mais la séparation n'y est pas aussi grande entre eux et les Perlutac qu'à Bozate. Il est vrai qu'à Arizcun l'atmosphère est imprégnée d'un air de vieille aristocratie, et que les blasons qui ornent le devant de chaque porte, rappellent encore un peu les beaux jours de l'ancienne noblesse Navarraise, deux choses complètement ignorées par les vecinos (habitants) d'Irurita.



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BOZATE ARIZCUN NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN


La présence des Agoths dans cette dernière commune n'a été marquée que par une rixe qui eut lieu, il y a environ trente ans, à l'occasion d'une fête. Les jeunes gens de Bozate réunis à leurs frères d'Irurita dansaient mêlés aux Perlutac, lorsque à la suite de quelques horions lancés à l'adresse des Agoths, il y eut des coups de poignards et de bâtons, qui occasionnèrent des blessures assez graves pour que l'autorité crût devoir supprimer aussitôt la fête.



Aucune différence n'existe, comme nous l'avons déjà dit, à Irurita entre les Agoths et les indigènes, ni à l'église ni ailleurs.



Le hasard nous ayant conduit chez un vieillard octogénaire Agoth, et lui ayant demandé s'il connaissait quelques détails sur l'origine ou l'histoire des Agoths, le vieillard d'Irurita nous répondit tenir de son grand-père "que dans une guerre de Catalogne, les ancêtres des Agoths, commandés par un certain chef du nom de Hautsia, furent vaincus et réduits à l'esclavage." Nous ne citons la réponse de l'octogénaire d'Irurita qu'à titre de simple renseignement.



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VUE GENERALE IRURETA NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN



A Gaztelu, petit village près de Sans-Estéban, on montre encore à l'église, la tribune, dont l'usage n'a point été aboli par l'arrêt de l'Officialité de Pampelune.



A Iturin, près de Salinas d'Elgorriaga, l'on trouve aussi des Agoths disséminés dans le village. Ils vivent en bonne intelligence avec les Perlutac, jouissent des mêmes prérogatives qu'eux, mais ne contractent point encore avec eux le mariage.



Nous ne citons que quelques villages pris au hasard parmi ceux que nous avons visités. On peut dire, sans crainte de se tromper, qu'il n'y a pas un seul village dans la vallée du Baztan et la vallée de la Bidassoa, où il n'existe pas quelques familles d'Agoths. Mais dans la plupart on ne les connaît souvent que par la légende.



Retour en Basse-Navarre.

— Comme l'exilé qui soupire après le sol natal, plusieurs familles d'Agoths qui s'étaient réfugiées dans le Baztan au quatorzième siècle, attendirent le moment propice pour revenir à leur première patri et se fixer à Chibutua, Ascarat, à Saint-Jean-Pied-de-Port, et au quartier Harritalde à Saint-Jean-le-Vieux. C'est là que la Révolution vint les affranchir, en leur accordant tous les droits civils et civiques.



De ce centre, quelques-uns durent passer en Soule, comme sans doute du Baztan en Guipuzcoa et surtout dans le Labourd, car l'on trouve dans toutes ces contrées disséminées çà et là des familles d'Agoths, qui ne conservent aujourd'hui qu'un souvenir lointain de la réprobation imméritée que la Société a infligée à leurs ancêtres.



Jusqu'en 1789, les Agoths ont vécu en Basse-Navarre comme une tribu distincte, séparés de la population ambiante par l'ostracisme traditionnel et les prescriptions séculaires employées à leur égard.



Ils établirent leur quartier général à Chibutua, commune d'Anhaux, près de St-Jean-Pied-de-Port. C'est là que nous sommes allé les étudier, en sortant du Baztan, pour compléter nos recherches.



Nous avons dit que jusqu'à la Révolution ils ont vécu comme une tribu distincte. Et de même que les Bohémiens ont un chef de tribu qu'il appelaient naguère dans leur langue primitive Natria, de même les Agoths jusqu'à leur affranchissement avaient un Roi qui portait le nom de Canthu. On montre encore à St-Jean-Pied-de-Port le descendant de cette race royale déchue ; mais il ne paraît pas revendiquer ni regretter sa couronne perdue. Elle lui rappelle trop le passé, c'est-à-dire le souvenir de l'esclavage dans lequel ses ancêtres ont vécu pendant tant de siècles.



De nos jours, les débris disséminés se sont confondues avec le reste de la population.



La porte de l'Agoth est mûrée dans les églises. Le bénitier creusé dans le mur, et où le Pelluta ne pouvait point prendre de l'eau bénite sous peine d'hérésie, a complètement disparu, et on montre à peine en Basse-Navarre, dans quelques villages, le coin séparé du cimetière communal où les Agoths étaient ensevelis loin des sépultures des Pelutac.



Les Agoths ont fourni des hommes intelligents et remarquables dans toutes les branches industrielles et professionnelles. La population de Chibutua est assez robuste. On y voit quelques rares scrofuleux. La phtisie, ce terrible fléau des sociétés civilisées, n'y est point connue. Bacchus et Vénus paraissent être plus en honneur chez les Agoths que chez les Pelutac.



Rien dans le langage n'indique à Chibutua l'existence d'une langue autre que l'idiome Basque. Et ici comme à Bozate, les Agoths le parlent avec pureté et sans les néologismes nombreux que les indigènes emploient sans parcimonie.



Laborieux, actifs, intelligents, presque tous les tisserands, menuisiers, charpentiers de plusieurs villages avoisinant St-Jean-Pied-de-Port, sont issus des Agoths. Plusieurs d'entr'eux sont devenus propriétaires, et même riches, et sont de nos jours estimés à l'instar des Pelutac, avec lesquels du reste ils sont aujourd'hui complètement confondus.



Nous avons trouvé en Basse-Navarre comme dans le Baztan, et dans d'autres villages du Labourd, de la Soule, et même de Guipuzcoa quelques noms de familles Agothes identiques ; ce qui prouverait peut-être qu'ils ont vécu primitivement en communauté. Ces noms sont essentiellement basques, ce sont : Amorena, Jaurena, Oyetenea, Legarreta, Sponda, Tchipirena, Recarte, Ampelaïtz, Ustaritz, Sanchotenea, Migueligorena, Samacoïtz, etc."




A suivre...



(Source : Wikipédia et gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)


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