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mardi 1 septembre 2026

UNE EXCURSION AUX EAUX D'AHUSQUY À AUSSURUCQ EN SOULE AU PAYS BASQUE EN 1853 (cinquième partie)

 

UNE EXCURSION À AHUSQUY EN 1853.


Depuis fort longtemps, on a attribué aux eaux minérales une action physiologique bénéfique, d'où l'utilisation séculaire de certaines d'entre elles.



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LA SOURCE D'AHUSQUY
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet, Ulysse Barberen, avocat :



"Une excursion aux eaux d'Ahunski (Pays Basque).



... Cependant notre ami l'Orientaliste avait repris avec cinq ou six Bohémiens moins avinés que les autres la conversation interrompue par la noce, et il était en train de leur faire subir l'éternel interrogatoire qu'il colportait dans les cinq parties du monde.


L'Orientaliste.  D'où venez-vous donc, mes amis, quelle est votre origine ?


Les Bohémiens de se regarder bouche béante, en ouvrant de grands yeux.


L'Orientaliste. — "Je veux dire si vous savez d'où sont venus vos aïeux, s'ils n'étaient point étrangers à ce pays ?"


Un Bohémien.  "Le français a raison ! Notre race est venue du pays où se lève le soleil.  — Je l'ai ouï dire à mon grand père qui était le plus ancien de la tribu.  Depuis le commencement du monde, il y a inimitié entre nous et les autres hommes. — Les gens de la plaine disent que nous sommes maudits, et d'après leurs prêtres, le premier Bohémien s'appelait Caïn."


L'Orientaliste. — "Toujours et partout la même réponse. Toujours et partout cette version gothique de quelque moine répandue dans le moyen âge et que ces Bohémiens ont acceptée des peuples chrétiens, avec lesquels ils se sont trouvés en contact ! — Voulez vous que je vous dise votre véritable histoire?  Vous n'êtes ni des maudits ni les fils de Cain ; mais c'est en effet de l'Inde, du pays où se lève le soleil que vos pères sont vernis."



Il se mit, alors, à leur raconter la légende trouvée dans les auteurs Persans, sur les Lury, livres Indiens.



Le lecteur, probablement, n'y trouvera pas une explication très satisfaisante de l'origine des Bohémiens, et j'avoue que les Bohémiens du bois d'Iraty lui préféraient Caïn, l'homme maudit, qui parle davantage à leur imagination.



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GITANS REMPAILLEURS A HENDAYE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Quoiqu'il en soit, personne plus que notre ami n'avait contribué à la répandre parmi le monde savant, et peut-être y fera-t-elle fortune, en raison même de son étrangeté. Il commença en ces termes : 

"Le roi de Perse, Bahram-Gur, le plus grand prince de l'Orient, grand amateur de musique, voulut en étendre le goût et les jouissances à tout son peuple.



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ROI DE PERSE VAHRAM V
Par [1] — Classical Numismatic Group, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1890329


Il s'adressa donc à un roi de l'Inde pays où abondaient les musiciens ambulans, sous le nom de Djatt ou Lury. Ce roi lui en envoya dix mille qu'il répartit dans son royaume, après leur avoir donné des terres et mille charges de blé, pour qu'ils pussent vivre et ensemencer, plus de vaches et des ânes pour labourer. — Mais, accoutumés à la vie errante des chanteurs ambulans, les Lury vendirent leurs vaches, consommèrent leur blé, sans songer aux semailles, et ne gardèrent que leurs ânes, pour transporter leur tente vagabonde.


Renvoyés de la Perse, en punition de leur faute, ils se dirigèrent vers l'occident où leurs fils, en se propageant, continuèrent la même vie aventureuse.



Comme l'orientaliste en était là de son récit, nous entendîmes la voix de Péthiry qui nous cherchait, pour nous mettre en route vers le pic d'Orhi. — Ses fils seuls devaient nous servir de guides ; mais il voulut nous accompagner lui-même à quelque distance du camp, ajoutant d'un air mystérieux que s'il n'arrivait pas quelque chose d'extraordinaire, il aurait bien le temps de dormir le lendemain.


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PIC D'ORHY SOULE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Chaque fois qu'un détour de la route nous ramenait en vue du camp Bohémien, Péthiry s'arrêtait de l'air d'un homme qui attend, "autrefois, disait-il, en grommelant entre ses dents, les bohémiens savaient mordre leur ennemi ; aujourd'hui, ils ne savent que fuir." Evidemment, la disparition de Johanné le préoccupait.



Tout à coup, les feux du camp, que l'on voyait s'éteindre dans la nuit et la distance, furent remplacés par une immense clarté suivie de sourdes rumeurs.



L'incendie s'attaquait pour la seconde fois, aux vieux murs du château d'Iraty.


"Bravo Johanné ! s'écria Pethiry, ce sont les feux de joie de la noce de Boulharhandi !" 



Et ses fils, aussitôt, de nous planter là, courant vers camp s'enquérir de l'événement et du sort de leurs femmes et de leurs enfants.  Il fallut faire halte.



Attristés et confondus de ce drame terrible qui nous donnait dans leur crudité locale, le spectacle saisissant des mœurs Bohémiennes, nous admirions, non sans une secrète horreur, la réverbération des flammes à travers les ténèbres, et les grands arbres autour de nous, découpant leurs rameaux et leurs dentelles de feuillage, sur le fonds lumineux de l'incendie.



Péthiry, prenant notre silence pour une sorte d'acquiescement à cette vengeance si naturelle pour lui, depuis longtemps ennemi de Boulharhandi, ne cherchait pas à dissimuler sa joie.



Enfin, se tournant vers nous : "Ceci n'est qu'un jeu d'enfants, dit-il, auprès du grand incendie, qui dévora le Château d'Iraty, voilà plus de cinquante ans."



Vous l'avez vu ? lui demandais-je. — Si je l'ai vu !" — Mais tout à coup, s'interrompant il tomba dans un profond silence.


"Au fait, pourquoi ne parlerai je pas ? dit-il brusquement je suis trop vieux pour que vos gens de justice veuillent encore de moi. Vous me demandez si j'ai vu le premier incendie ? 

A la djinkoua ! mes mains sécheront et tomberont en poussière, avant que je n'oublie cette nuit et le feu qu'elles attisèrent.

Jobanné, ce soir, n'a fait que se souvenir de moi."


(Evidemment l'amour-propre et l'orgueil, de ce qu'il prenait pour un exploit, ouvrait la bouche au Bohémien.) 


"Il y avait eu, comme ce soir, de grandes fêtes au Château d'Iraty. — Mais à l'époque dont je vous parle, au lieu des ruines que la flamme est en train d'acheter, le Château s'élevait fièrement, flanqué de quatre tourelles, moitié palais, moitié forteresse, avec un large escalier de pierre devant la porte principale, un grand vestibule orné de colonnes, et tout à l'entour, un mur d'enceinte épais comme un rempart."



A l'intérieur, on avait, dit-on, prodigué l'or, les glaces, les tentures et la soie dans les appartements exclusivement réservés à l'usage des maîtres.



Les écuries vastes et bien aérées auraient fait envie à l'habitation du paysan Basque le plus riche, et l'on y avait réuni les derniers produits de choix de la pure race Navarrine. — Je n'ai rien vu depuis qui pût leur être comparé. — Cet édifice tel que je vous le décris, datait déjà de quelques années avant ma naissance.  Le maître, grand Seigneur proscrit dans son pays, devait la vie, disait-on, au bon accueil de nos tribus, souveraines alors, sur les deux versants des Pyrénées. 

— Il y avait attiré toute une colonie de bûcherons et de mineurs ; et bientôt, tandis qu'on entendait les arbres de la forêt tomber sous la hache ou grincer sous la scie, les entrailles de la terre amenées au grand jour par le travail obstiné des mineurs venaient y livrer sous l'action du feu, les métaux précieux qu'elles recèlent.  Il me souvient aussi que non loin de la forge, d'autres fourneaux toujours incandescents s'emplissaient d'un sable blanchâtre, et cette substance liquéfiée par le feu servait à faire les vitres qui protègent vos maisons contre la bise, sans intercepter la lumière du jour. — Des deux côtés des Pyrénées, des caravanes de cent mulets sillonnaient nuit et jour, les sentiers qui conduisent à la plaine."



A suivre...




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)


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samedi 1 août 2026

UNE EXCURSION AUX EAUX D'AHUSQUY À AUSSURUCQ EN SOULE AU PAYS BASQUE EN 1853 (quatrième partie)

UNE EXCURSION À AHUSQUY EN 1853.


Depuis fort longtemps, on a attribué aux eaux minérales une action physiologique bénéfique, d'où l'utilisation séculaire de certaines d'entre elles.



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LA SOURCE D'AHUSQUY
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet, Ulysse Barberen, avocat :



"Une excursion aux eaux d'Ahunski (Pays Basque).



... Déjà les indiscrétions de Péthiry nous avaient mis au courant de tous les détails de ce mariage. C'est la même histoire, hélas ! que dans beaucoup des nôtres. Un cœur aimant et jeune que l'on prétend acheter pour une bourse d'or. Le lecteur ne s'attendrait pas à trouver parmi les Bohémiens, le mariage de raison, dans toute sa crudité bourgeoise. J'en suis fâché pour l'intérêt de mon récit, mais la sincérité n'est elle pas le premier devoir de l'historien ?



D'ailleurs, il n'est pas impossible que ces Bohémiens ne se soient déjà corrompus au contact de notre civilisation ; je veux dire, que les mauvaises graines poussant plus vite que les bonnes, de nos usages sociaux les abus sont la première chose à fructifier sur le sol vierge du bois d'Iraty.



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CARTE D'IRATY VERS 1750


"Boulharhandi, nous avait déjà dit le vieux ménétrier, est le plus riche tondeur de mulets de toutes les provinces Basques. Aussi, quoiqu'il soit laid et brutal, qu'il ait dépassé la cinquantaine, et qu'on le soupçonne de s'être débarrassé de ses deux premières femmes, dans un accès de jalousie, c'est un grand honneur qu'il fait au vieil Aillande, de lui demander sa fille Guéréchina.


"Mon Dieu ! que va devenir le pauvre Johanné ?" observa l'une des femmes. — Johanné était un beau garçon de la tribu, danseur favori de Guéréchina.


"Je sais bien ce que je ferais à sa place," répondit le plus jeune des Bohémiens et son couteau à demi tiré de sa poche achevait sa pensée par un geste significatif.


"Taisez-vous, Asto Sarak, s'écria brusquement Péthiry... pourquoi Johanné n'a-t-il pas su gagner à sa contrebande, des colliers d'or et des mantilles de soie, comme son rival ? Il n'y a pas de jeune fille qui résiste à ces colifichets."



L'approche de Boulharhandi mit fin à ce dialogue. Il nous fit meilleur accueil que ne le promettait sa mine farouche, enchanté qu'il était de nous devoir le retour de son ménétrier, et par ses ordres, un des Bohémiens courut prévenir Aillandé et le reste de la tribu, de l'approche d'hôtes étrangers. — Puis, d'un air d'importance, il prit la tête de la caravane, fièrement campé sur un mulet harnaché de houpes et de plumets aux couleurs éclatantes.



Les Bohémiens avaient établi leur campement, au milieu des ruines d'un vieux château célèbre dans les légendes Basques.



Quoique d'origine assez récente, il ne manque pas d'un certain caractère sous les ronces et la mousse qui recouvrent ses toits effondrés.



Des souvenirs mystérieux et sanglans pèsent sur ses murs assombris par les noirs sillons de l'incendie qui les a dévorés. C'est surtout à l'heure tardive où nous arrivâmes, que le crépuscule, l'ombre projetée des arbres voisins, le reflet ardent des brasiers et des torches leur donnaient une apparence fantastique, en harmonie avec les récits terribles dont ils sont les théâtres, dans les veillées des paysans Basques.



Le pinceau d'un peintre habile pourrait seul rendre l'aspect étrange de ce campement, digne des compositions les plus piccaresques de Jacques Callot.



Autour de nous grouillait une population en guenille, les regards empreints à la fois, de convoitise et de curiosité. — C'est un pêle-mêle, d'enfants, d'ânes, de cochons, de volailles errant en liberté.



Des chaudrons et des ustensiles de cuisine jetés à terre à côté des guitares et des tambours de Basque ; en manière de tente et d'abri, des piquets fichés en terre et couverts de vieilles couvertures de cheval.



Au bout du camp, près d'une immense chaudière, où l'on voit bouillir je ne sais quel brouet infect et noir, se querellent une douzaine de vieilles femmes plus hideuses que les trois sorcières de Macbeth : celles-là font rôtir sur des charbons ardens des quartiers saignants de chevreau ; d'autres, de leurs mains sales et crochues pétrissent en forme de galette, des boules de farine de maïs appelées pastetch et destinées à tenir lieu de pain.



Les apprêts de la noce se poursuivent ainsi, au milieu des cris et du désordre ; tandis que deux ou trois Bohémiens achèvent la toilette d'une demi douzaine d'infortunés chevaux volés dans les environs, et qu'ils conduisent à la foire de Pampelune ; l'un entr'autres, assez jolie jument gris pommelée, vit changer, par un procédé de teinture fort habile, la nuance argentée de sa robe, contre la noire couleur de l'ébène. — Qui sera bien surpris ? L'acheteur, j'imagine.



Enfin, la nuit étant venue, la mariée parut et fut assise entre deux vieilles matrones, sur une espèce d'autel de verdure.



Elle était à peine âgée de 16 ans ; très brune comme les jeunes filles de sa race, mais sur ses joues, en dépit d'une émotion visible brillait le vermillon de la fleur du pêcher. Ses cheveux plus noirs que l'aile du corbeau se relevaient en deux larges bandeaux découvrant bien les tempes et le front et se ramenaient derrière la tête par une aiguille d'or.



L'expression un peu sauvage que des pommettes assez saillantes et l'arc prononcé de ses noirs sourcils donnaient à sa physionomie était heureusement tempérée par l'éclat velouté de ses grands yeux et les contours gracieux d'une bouche petite et souriante comme un vrai bouton de rose.



Son nez légèrement relevé lui donnait l'air mutin que devait avoir la Esméralda ; la ressemblance était complétée par un corset en velours noir serré autour d'une taille flexible, et par une basquine formée d'oripeaux en soie de couleur éclatante.



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ESMERALDA DE VICTOR HUGO
STEUBEN


Sous un bas gris semé de paillettes d'argent se dessinait une jambe fine et nerveuse, et ses petits pieds étaient chaussés de sandales attachées par des rubans rouges autour de la cheville. Ajoutez à ce costume, une chemise aux manches bouffantes et tailladées, une collerette droite et plissée comme elles étaient de mode en France, au temps de Catherine de Médicis, de grosses boucles d'oreille en forme de poires ciselées et un lourd collier d'or, cadeaux de noce de son fiancé.



L'assemblée fit un grand cercle et trois jeunes filles, dans un costume à peu près semblable à celui de Guéréchina, mais beaucoup moins riche, s'élancèrent, un tambour de Basque à la main.



Leur danse était un mélange de pas Espagnols bizarrement modifiés par les bonds fougueux de ces bayadères sauvages, aux jarrets d'acier ; l'œil en feu, les cheveux au vent, la bouche écumante, elles finirent à force de trémoussements, par tomber dans les bras des matrones qui les emportèrent.



C'est alors que commença la véritable cérémonie : La musique cessa son tapage et les deux futurs époux s'avancèrent, seuls, au milieu du plus grand silence. — Quatre vieilles femmes placées aux quatre points cardinaux de l'assemblée, agitaient des branches d'arbre pour conjurer les mauvais esprits et psalmodiaient lentement des paroles inintelligibles. — Les torches et toutes les lumières furent éteintes ; la lune éclaira seule, de sa lueur mystérieuse, cette nouvelle scène digne du Sabbath.



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TABLEAU SABBATH DES SORCIERES
PAR FRANCISCO GOYA



Les deux futurs époux furent placés en face de l'astre nocturne, de manière à leur faire de ses rayons une sorte d'auréole.



Aussitôt, le vieil Aillandé, montant sur le tertre que Guéréchina venait de quitter, prit un pot de terre et le lança en l'air... les éclats du vase précieusement recueillis furent immédiatement comptés à haute voix par lui et enfouis à l'instant même, dans un trou creusé de sa main.


"Vous l'avez tous vu, dit-il, ensuite, en élevant la voix ; j'ai compté sept morceaux ; pendant sept ans, cette femme t'appartiendra, Boulharbandi, tu seras son maître et tu nourriras ses enfans.


Et toi, continua-t-il en se tournant vers Guéréchina, plus tremblante qu'une feuille, pendant sept ans tu ne seras qu'à cet homme, tu seras sa servante et tu allaiteras ses enfants."



A ces mots la musique de recommencer son tapage et le vin de circuler à la ronde dans des outres de peau de bouc.



L'orgie, dès lors, régna seule dans le camp. Nous mêmes, fort embarrassés de la contenance à garder en présence de ce festin de Cannibales auquel nous étions conviés, nous prétextâmes les préparatifs de notre départ pour le pic d'Orhi, du haut duquel nous voulions assister au lever du soleil."




A suivre...




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)


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mardi 20 janvier 2026

LE MARIAGE AU PAYS BASQUE AVANT 1789

LE MARIAGE AU PAYS BASQUE AVANT 1789.


Etienne Anselme Ritou-Deyeralde est un avocat et homme politique, de tendance radical socialiste né à Hasparren, le 9 novembre 1872 et mort le 17 juillet 1923 à Bayonne.

Il est l'auteur, en 1897, d'une thèse de doctorat soutenue à la Faculté de Droit de Paris, intitulée De la condition des personnes chez les Basques français jusqu'en 1789, publiée par l'imprimerie bayonnaise A. Lamaignère.




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CORBEILLE DE NOCE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta Etienne Ritou, dans son livre :


Chapitre II.

Moyen Âge.

Conditions des personnes en Droit Privé.


I. — Remarques Générales.



C'est dans le texte des coutumes rédigées de Labourd, Soule et Basse-Navarre, qu'on trouve les dispositions législatives concernant la condition privée des Basques au moyen âge. En dehors de ce recueil, les documents relatifs à la question sont rares. Aussi nous en inspirons-nous presque uniquement.



Mais il est impossible de suivre dans cette étude le plan des rédacteurs des coutumes, car la réglementation du droit des personnes y fait l'objet de dispositions éparses qu'il a fallu réunir dans les différentes parties de ce chapitre. Alors, il eût été plus logique de suivre l'ordre naturel des choses et de traiter en premier lieu du mariage, qui est l'institution fondamentale du droit des personnes ; à la suite viendrait l'étude de l'autorité maritale et de la puissance paternelle, auxquelles le mariage donne naissance ; et en dernier lieu se placerait l'étude du droit d'aînesse, qui ne s'exerce qu'au décès des parents.



Dans l'intérêt de la clarté et à cause de la conception particulière de la condition des personnes par le droit coutumier basque, il a fallu intervertir l'ordre logique de cette étude et classer les matières dans l'ordre suivant : le mariage, le droit d'aînesse, la puissance paternelle, l'autorité maritale. La tutelle viendra en dernier lieu et fera l'objet d'une courte étude en raison de l'intérêt relativement restreint qu'elle présente.



... En droit privé, comme en droit public, la législation basque du moyen âge forme un corps de lois complètement original. Nous tâcherons, dans le cours de ce travail, de la dégager des influences étrangères qui peuvent l'obscurcir dans certaines de ses parties, afin de mieux en faire ressortir les caractères propres qui en font une législation nettement différente des autres législations contemporaines.



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LE MARIAGE AU PAYS BASQUE
MAGAZINE L'ILLUSTRATION



... II. — Le Mariage.



Les coutumes basques nous fournissent très peu d'indications concernant le mariage.



Si l'on considère que le mariage est en même temps un contrat et un état civil, distinction que faisaient déjà les juristes du moyen âge quand ils parlaient du mariage in fieri et du mariage in esse, on peut dire que le droit basque s'est plutôt préoccupé de réglementer le mariage à ce second point de vue. La situation respective des époux après le mariage et leur situation vis-à-vis de leurs enfants, leur rôle dans la société et principalement le règlement de leurs conventions pécuniaires, sont prévus par les coutumes basques. Elles semblent négliger, au contraire, de s'occuper du mariage sous son premier aspect, c'est-à-dire in fieri, ce qui d'ailleurs s'explique très bien. Car le mariage n'est pas seulement un contrat civil, c'est aussi un acte religieux, et, à ce titre, il entre dans les prévisions du droit canonique. Dans les pays chrétiens, tout fait juridique qui touchait en même temps à la religion était abandonné par le droit civil au droit canonique, qui s'occupait de le réglementer. Or, l'Eglise considère le mariage comme un acte essentiellement religieux, comme un sacrement. C'est donc dans le droit canonique qu'il faudrait chercher des indications concernant l'âge requis pour se marier, l'échange des consentements, les empêchements soit dirimants, soit prohibitifs, etc. Toutes ces théories n'offrant rien de spécial au droit basque, ce serait sortir des bornes de ce travail que d'en faire l'étude.



Toutefois, avant de passer outre, il n'est peut-être pas inutile de préciser un point : c'est que, même d'après le droit canonique, qui considérait le mariage comme un sacrement, le seul consentement des parties suffisait à nouer le lien religieux du mariage, en dehors de toute intervention du prêtre.



C'est dans l'échange des consentements que réside le sacrement de mariage et nullement dans la cérémonie religieuse qui l'accompagne. Si la comparution devant le prêtre est aujourd'hui exigée, à peine de nullité, par l'Eglise, elle n'est en somme qu'une formalité externe rendue nécessaire par le Concile de Trente, en 1563, pour la validité de l'acte religieux. Avant cette époque, la validité du sacrement était absolument indépendante de la présence du prêtre. C'est là un fait dont on ne se rend pas toujours compte : on lit notamment dans un auteur qui retrace la législation primitive des Basques, la phrase suivante : "Le for n'exige aucune intervention du prêtre dans la célébration du mariage qu'il considère comme un contrat civil". C'est tout simplement la question de la sécularisation du mariage que l'auteur précité reporte à une époque si lointaine et qu'il nous montre tranchée par le for de Navarre au détriment de l'Eglise. Le fait mériterait qu'on s'en occupe s'il avait en réalité l'importance qu'on lui attribue ; mais affirmer de la sorte que le for de Navarre n'exigeait pas l'intervention du prêtre pour la validité du mariage, c'est-à-dire une chose qui n'en vaut guère la peine, quand on songe qu'à cette époque l'Eglise elle-même n'exigeait pas la comparution devant le prêtre pour la validité de l'acte religieux. On ne peut donc pas accuser le for d'avoir voulu faire du mariage un contrat purement civil. Précédant l'Eglise, qui devait plus tard réglementer elle-même la célébration du mariage, le for primitif ne faisait qu'édicter des formalités qui devaient aux yeux du public marquer d'une façon plus nette le nouvel état des époux dans la société.



Il suffirait donc de consulter le droit canonique du moyen âge pour connaître la réglementation du mariage chez les Basques. Il est un point cependant qui est prévu par leur droit coutumier : c'est la fixation d'une majorité matrimoniale pour les futurs époux. Parvenues à l'âge de puberté, deux personnes de sexe différent sont aptes, suivant le droit naturel, à contracter mariage ensemble. Mais le droit civil prévoit d'habitude le cas où l'une ou l'autre de ces personnes, ou toutes les deux, sont encore sous la puissance de leurs ascendants. Dans ce cas, le consentement de ces derniers est requis par la coutume pour la formation du lien conjugal, et la coutume fixe en même temps une majorité matrimoniale, c'est-à-dire un âge passé lequel les époux peuvent impunément se marier sans le consentement de leurs parents. La coutume du Labourd fixe la majorité matrimoniale à 28 ans pour les garçons, 20 ans pour les filles (Labourd, XII, 10) ; les âges correspondants sont de 25 et 18 ans dans la Soule (Soule, XXVII,26), 25 et 20 ans dans la Basse-Navarre (Basse-Navarre, XXIV, 6). Jusqu'à cet âge, la coutume exige que les fiancés soient munis de l'autorisation de leurs parents, et si cette autorisation leur manque, la coutume édicte une pénalité contre les enfants désobéissants. La sanction n'est cependant pas la même dans les trois provinces, car si le for de Basse-Navarre considère l'absence du consentement des parents comme un empêchement dirimant au mariage des enfants, c'est-à-dire entraînant de droit la nullité de ce mariage, les coutumes de la Soule et du Labourd ne voient pas dans cette absence qu'un empêchement simplement prohibitif. En cela, les deux coutumes de Soule et Labourd concordaient davantage avec le droit canonique qui ne considère pas l'absence du consentement des parents comme un empêchement dirimant. Nous verrons dans la suite que les coutumes basques édictaient une sanction plus efficace au cas où les enfants se mariaient, contre le gré de leurs parents sans avoir atteint la majorité matrimoniale. La question se représentera sous le titre de la Puissance paternelle, où elle fera l'objet d'un examen plus sérieux.

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LIVRE DE LA CONDITION DES PERSONNES
CHEZ LES BASQUES FRANCAIS JUSQU'EN 1789


Il nous suffit pour le moment de savoir que c'est l'un des rares points sur lesquels se prononce le droit coutumier basque concernant le mariage. Il donne en revanche plus de détails sur les autres institutions du droit des personnes auxquelles le mariage donne naissance, telle que le droit d'aînesse, la puissance paternelle, etc."



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)


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jeudi 20 novembre 2025

LE MATRIARCAT AU PAYS BASQUE AVANT 1789

LE MATRIARCAT AU PAYS BASQUE AVANT 1789.


Etienne Anselme Ritou-Deyeralde est un avocat et homme politique, de tendance radical socialiste né à Hasparren, le 9 novembre 1872 et mort le 17 juillet 1923 à Bayonne.

Il est l'auteur, en 1897, d'une thèse de doctorat soutenue à la Faculté de Droit de Paris, intitulée De la condition des personnes chez les Basques français jusqu'en 1789, publiée par l'imprimerie bayonnaise A. Lamaignère.




pays basque matriarcat lois origines droit aînesse
LIVRE DE LA CONDITION DES PERSONNES
CHEZ LES BASQUES FRANCAIS JUSQU'EN 1789





Voici ce que rapporta Etienne Ritou, dans son livre :



"Chapitre premier.


Droit antique.


Le matriarcat — La couvade.



Les Basques n'ayant rien écrit eux-mêmes jusqu'à une époque relativement récente, on ne connaît de leur droit antique que certaines dispositions relatées par les historiens latins.



C'est ainsi que, sur la foi d'un passage de Strabon, les Basques peuvent être soupçonnés d'avoir pratiqué le matriarcat ; sur le témoignage du même auteur, on attribue aux anciens Basques une institution bizarre, celle de la couvade, que l'on retrouve également chez différents peuples sauvages.



pays basque matriarcat lois origines droit aînesse
STRABON D'AMASEE
GRAVURE DU XVIe SIECLE



I. Le Matriarcat. — Et d'abord, qu'est-ce que le matriarcat ?



C'est une sorte de droit de famille qui consiste à ne reconnaître, dans les relations juridiques des divers membres du groupe domestique, que la parenté par les femmes. Chez les peuples qui pratiquent le matriarcat, le chef de famille est une femme ; c'est elle qui est investie des pouvoirs domestiques, de sorte qu'il y a puissance maternelle au lieu de puissance paternelle et qu'à l'autorité maritale se trouve substituée celle de la femme ; l'enfant porte le nom de sa mère, n'hérite que dans la famille maternelle, etc. L'institution du matriarcat se rencontre chez un certain nombre de peuples. On peut citer entr'autres : en Australasie, les indigènes de la nouvelle Guinée ; en Asie, quelques tribus hindoues ; on la retrouve aussi dans la Géorgie, province russe, et en Afrique, dans le Soudan français.



Un passage de Strabon nous fait supposer que les Cantabres pratiquaient le matriarcat, en nous disant que chez eux "ce sont les maris qui apportent une dot à leurs femmes, que ce sont les filles, qui héritent de leurs parents et se chargent du soin d'établir leurs frères". (Strabon, liv. III).



Il s'est trouvé des interprètes, Eugène Cordier notamment, pour taxer Strabon d'exagération : "Des auteurs qui tracent, en deux lignes, la législation d'un peuple, dit Cordier, peuvent bien ne pas la représenter exactement ; ils citent un trait sillant, un fait original, sans en marquer la place, sans s'inquiéter de l'expliquer ; ils nous laissent incertains sur l'ensemble du droit.... Quant au droit cantabre, nous sommes fixés : les coutumes d'origine basque en sont, à nos yeux, le commentaire assuré".



L'explication de Cordier est très ingénieuse ; elle a pour elle le mérite de la simplicité, quand elle rattache directement le droit coutumier basque au droit contemporain de Strabon. Mais le passage de cet auteur, qui semble dénoncer clairement un droit de famille basé sur le matriarcat, nous suggère des doutes sur l'interprétation donnée par Cordier. A quoi bon d'ailleurs expliquer la prétendue exagération de Strabon par le désir qu'aurait eu ce auteur de tracer brièvement la législation des Cantabres ? Au lieu de nous dire que chez eux "ce sont les filles qui héritent de leurs parents et se chargent du soin d'établir leurs frères", Strabon n'aurait-il pas aussi vite fait de nous dire que les Cantabres appliquaient le droit d'aînesse, sans distinction de sexe. Cette dernière disposition, que l'on trouve exprimée dans les coutumes basques du moyen âge, aurait été plus vraisemblablement introduite dans le droit basque à une époque ultérieure à celle où écrivait Strabon et ne serait que la conséquence probable d'une transformation survenue, ainsi que nous pourrons le constater, dans l'état social des Basques.



L'histoire et la linguistique, loin de contredire cette solution, nous sont au contraire d'un puissant secours à cette occasion, quand elles nous représentent les Basques vivant dans un état social singulièrement favorable au fonctionnement du matriarcat :


L'histoire nous montre d'abord les anciens Basques, toujours les armes à la main, occupés à repousser les attaques successives des Celtes, des Carthaginois, des Romains. Cet état de guerre continuel, outre les nombreux décès qu'il devait entraîner, retenait les hommes valides loin du foyer domestique où il ne restait, pour ainsi dire, que des vieillards inertes, des femmes et des enfants. La guerre cesse-t-elle un moment ? Le Basque quitte l'épée pour la houlette, car il n'est pas seulement guerrier, il est aussi pasteur, comme le prouve l'étude de sa langue, et l'état pastoral, coexistant avec l'état de guerre, ou même indépendant de ce dernier, n'est pas fait pour permettre au Basque de résider habituellement au foyer conjugal.



Ce qui nous fait croire que les anciens Basques étaient un peuple essentiellement pasteur, c'est la richesse et la pureté de leur idiome dans les expressions relatives à la vie pastorale. Ainsi, un peuple pasteur surveillera de près la reproduction des animaux de son troupeau, qui offre une importance très grande à son point de vue. Pour désigner la femelle en chaleur, la langue basque possède un mot spécial à chaque espèce d'animaux ; il dira : arkhara, pour la brebis ; azkara, pour la chèvre ; susara, pour la vache ; ogara, pour la chienne ; giri, pour la jument ; ihausi, pour la truie. Le loup, pour les pasteurs, est un objet constant de préoccupation. Un mois de l'hiver, celui de février, s'appelle, en basque, le mois des loups, otsaila (otso-ila). La brebis change de nom suivant les diverses étapes de sa vie ; le petit agneau s'appelle achuria ; on l'appellera bildotsa une fois sevré ; anchua, dans la première année ; arlancha, dans la deuxième ; quand la brebis est en pleine puissance de reproduction, elle prend le nom d'ardia ; enfin, on l'appelle artsarra, quand on l'engraisse pour la consommation.



Le bétail constitue la principale et quelquefois l'unique richesse du pasteur ; du mot basque abere, qui signifie bétail, les indigènes ont fait aberatsa, riche, et aberastasuna, richesse. Des exemples du même genre se retrouvent dans la langue des Romains qui, de pecus, troupeau, avaient formé pecunia, richesse. On a dit parfois que abere vient du latin habere ; nous jugeons la chose peu probable, car le basque, dans les mots empruntés, n'a pas l'habitude de retrancher les aspirations initiales ; d'ailleurs, l'argument conserverait sa force, puisque de habere, posséder, on aurait fait abere, bétail et, de là, aberetsu ou aberatsa, riche.



Cette abondance et cette pureté du langage relatif à la vie pastorale contraste fort avec la pauvreté des termes, concernant la vie agricole. Parmi ceux-ci nous en avons qui sont empruntés à des langues étrangères, tel le mot arrastelua, qui n'est qu'une copie mal déguisée du mot français râteau, ayant la même signification. Même les mots essentiels concernant l'agriculture ne sont pas basques d'origine ; c'est ainsi que laborantcha, agriculture, et laboraria, agriculteur, viennent directement du latin laborare. Cela nous suggère l'idée que les Basques, avant de connaître les Romains, pratiquaient peu l'agriculture. On ne peut pourtant affirmer qu'elle leur ait été entièrement inconnue jusqu'alors sans se heurter à l'argument tiré du mot haitzurra, pioche (harri, pierre ; urra, déchirer), qui laisse soupçonner qu'à l'Âge de pierre les Basques se servaient déjà de la pioche. Mais cet instrument ne peut pas être considéré comme exclusivement aratoire, car il peut servir, par exemple, à préparer les bases d'une construction ou à creuser des cavernes où les Basques primitifs devaient habiter.



Toutes ces considérations nous portent à croire que les anciens basques vivaient surtout de la vie pastorale et qu'ils ne se familiariseront avec l'agriculture que par le contact des Romains installés dans leur voisinage. Au moyen âge encore, des pâturages devaient recouvrir la plus grande partie du sol basque, comme le démontra l'étude des Coutumes, où les difficultés relatives à ce genre d'exploitation sont largement prévues. Même de nos jours, le peuple basque manifeste un goût très prononcé pour la vie pastorale dans les régions où elle est possible. Il ne faut voir en cela que la persistance à travers les siècles, des anciennes traditions qui faisaient des Basques, un peuple essentiellement et peut-être exclusivement pasteur.



La plupart du temps, l'état pastoral et l'état de guerre, s'il faut en juger par l'histoire, devaient être simultanés chez les Basques et leur lissaient peu de loisirs pour gérer les intérêts du groupe domestique. A l'époque de Strabon, le mari basque, partagé entre la vie des camps, qui l'absorbe en entier à certains moments de son existence, et la garde des troupeaux, qui le mène dans les lointains pâturages de la montagne, ne peut pas être très assidu au foyer conjugal. On reconnaîtra dès lors qu'un pareil état social offre bien des incompatibilités avec le régime patriarcal : car la direction du groupe domestique et la gestion des affaires souffriraient beaucoup de l'absence presque continuelle du chef de famille. Pourquoi donc s'étonner si le droit basque antique appelait la femme à la direction du foyer domestique ? Le mari basque lui apportait une dot comme nous dit Strabon, et le mariage effectué, commençait à mener cette existence à la fois guerrière et pastorale qui ne lui permettait qu'à intervalles espacés de retourner au sein de la famille. Là, son rôle étant terminé dès la conception de l'enfant, il va aussitôt retrouver son troupeau ou ses compagnons d'armes. L'enfant n'a plus désormais de rapports qu'avec sa mère, et il paraît naturel, après cela, que les coutumes locales le rattachent plutôt à cette dernière qu'à son père. Au décès des parents, quel sera l'héritier ? Ayant à choisir entre la postérité mâle et femelle, la coutume éliminera les mâles que leurs occupations professionnelles appelleront de bonne heure à quitter le groupe de la famille. Ayant au contraire leur place définitivement fixée au foyer domestique, les filles hériteront de leurs parents, et, en qualité d'héritières, seront chargées du soin d'établir leurs frères.



C'est à ce résultat que nous mène une interprétation littérale du texte de Strabon qui nous montre les Cantabres pratiquant régulièrement le matriarcat. L'idée d'ailleurs n'est pas nouvelle et nous la trouvons exprimée dans les Institutions coutumières de Loysel, qui nous dit que chez les Cantabres + femelles succédaient seules, à l'exclusion des mâles (Inst. coût. n° 638).



Il est probable que l'usage du matriarcat ne fut pas de longue durée après les invasions romaines. Car, au moyen âge, le droit de famille basque s'est déjà totalement transformé. S'il est vrai que la législation de chaque peuple porte l'empreinte des divers états par lesquels ce peuple a successivement passé, c'est dans les changements subis par l'état social des Basques qu'il faut chercher la cause de cette évolution juridique. On a vu, en effet, que les relations guerrières ou pacifiques entretenues avec les Romains par les Basques mirent ces derniers au courant des procédés de l'agriculture qui, s'il faut en juger par l'état actuel de leur langue, leur étaient à peu près étrangers jusqu'à cette époque. Par ailleurs, une existence relativement pacifique succédant à l'état de guerre dans lequel ils avaient toujours vécu auparavant, la famille basque pouvait désormais rester groupée autour de son chef : les loisirs de la paix et les soins à donner à la culture du sol ne furent pas sans influence sur les transformations subies par l'esprit de leur législation. En d'autres termes, il était naturel que le matriarcat, issu d'un état social différent, ne survécut pas à ses causes. Aussi ne tarda-t-il pas à s'atténuer sous l'empire de l'évolution dont nous avons parlé. Les mâles, écartés sous l'ancien régime de la succession de leurs parents, furent désormais appelés à y prendre part concurremment avec les filles. Cette application du droit d'aînesse sans distinction de sexe, survivance frappante de l'ancien régime matriarcal, cadrait d'ailleurs admirablement avec le nouvel état social des Basques. Aussi n'est-il pas surprenant de voir le jurisconsulte Béla, lui-même, interpréter l'esprit du droit successoral basque d'après les moeurs de son époque, et nous dire que le droit d'aînesse absolu, tel que le concevait le droit coutumier basque, reposait sur la nécessité de voir prospérer sans interruption le domaine légué par les ancêtres.



Nous aurons occasion de retrouver à sa place cette conception du droit d'aînesse sans distinction de sexe. Retournons pour le moment dans le domaine du droit basque antique où nous appelle l'étude d'une curieuse institution rapportée aussi par Strabon, celle de la couvade."



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)


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lundi 27 janvier 2025

LA NOCE EN SOULE AU PAYS BASQUE EN 1930

LA NOCE EN SOULE EN 1930.


Dans le Pays Basque d'Antan, le mariage est un moment important pour la jeunesse Basque.




CORBEILLE DE NOCE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet Pierre Apheceix, dans le Bulletin du Musée Basque N°11 en 1930 :



"Au Pays de Soule.


La Noce.


Notre ami Pierre Apheceix, cultivateur à Barcus, a bien voulu nous adresser la note suivante que nous reproduisons très volontiers. Ces travaux de première main, présentés sans prétention littéraire, par les observateurs les mieux placés puisqu'ils deviennent acteurs à l'occasion, sont d'un incontestable intérêt.

Nous les accueillerons toujours avec plaisir.

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La date de la noce étant fixée, on procède quelques jours avant, généralement l'avant-veille, à ce qu'on appelle Hatüka : le père de la mariée conduit le trousseau sur une charrette attelée de deux bœufs garnis de gaies sonnailles, habillés de drap rayé bleu ou rouge ; le trousseau, bien arrangé, est recouvert d'une couverture de lit avec le coussin par dessus. Sur une chaise attachée derrière la charrette sont placés les sabots garnis de clous à tête jaune, disposés en cœur ou en as de pique, le bord du cuir piqué en fine dentelle, le bois bien ciré ; sont aussi fixés derrière la charrette un balai, une pioche et un râteau. Autrefois on mettait bien en vue une quenouille garnie de lin, avec les fuseaux pour faire le fil, mais c'était au temps où chacun fabriquait la toile chez soi. Le parrain suit la charrette, avec une dizaine de brebis portant sonnailles et au milieu un mouton engraissé qui fournira la viande pour la noce ; suivent aussi la couturière qui a fait le trousseau et son aide, le menuisier qui a fait les meubles. Les couturières feront la chambre des époux et disposeront le linge dans l'armoire aussitôt que le menuisier aura monté ce meuble.



Après ces travaux tous prendront place autour de la table familiale avec les parents des invités qui seront venus porter leur présent (presenzka) généralement une paire de poules ou poulets, une douzaine d'œufs et quelques litres de vin. (Depuis quelque temps cet usage a disparu, les invités donnent aux époux leur présent le jour même du mariage, soit actuellement trente francs par tête d'invité). Tout ce monde se retire gaiement après ce premier repas qui a commencé les noces.



Enfin arrive la date tant souhaitée. Le matin de bonne heure l'époux envoie son frère et un de ses proches parents chez la mariée (espuza-tcherkha) ; ils déjeuneront avec les invités de la mariée et ensuite la conduiront à la mairie ; de leur côté les invités du marié se rendront à son domicile où il leur sera servi un déjeuner vers huit heures du matin, enfin, ils se rendront à leur tour à la mairie, gaiement, en chantant de vieux couplets de circonstance, avec zinkha ou irrintzina. Voici quelques couplets de circonstance :


Ezkuntü nintzan galanki

Herrian neskatcha bateki

Bothetako ukhen nin

Urde bat bere cherri ekin

Ollo koroka bat bere tchitchekin

Batchuri khordabat haiekin.


Urdia zeitan otsunac jan

Ollo koroka kaukuak eraman

Batchuri khorda sagiek jan

Ene dothia debriak eraman.


dont voici la traduction en français :


Je m'étais marié galamment

Avec une jeune fille du village.

Pour dot j'avais reçu :

Une truie avec ses petits,

Une poule clouque avec ses poussins,

Un paquet d'ail avec sa corde.


Le loup m'avait mangé la truie,

Le milan avait emporté la couvée,

Les souris avaient mangé l'ail,

Ma dot s'est trouvée emportée par le diable.



A la sortie de la Mairie chacun prend sa cavalière et l'on s'en va à l'église pour la cérémonie religieuse. A la sortie de l'église on se rend deux par deux sur la place du jeu de pelote où les danses commenceront par les sauts basques (jauziak).



SAUTS BASQUES
PAYS BASQUE D'ANTAN



Si l'un des nouveaux mariés est étranger au village, on leur tendra khaparra : une guirlande de papier tenue par deux personnes est placée en travers de la route ; une jeune fille présente des bouquets et des cigarettes sur un plateau et un garçon donne à boire au fur et à mesure que tous passent sous la guirlande, non sans avoir jeté quelques pièces sur le plateau de la jeune fille. Ce manège recommencera à plusieurs reprises, renouvelé par de nouveaux figurants, suivant l'importance de la noce.



La noce visitera toutes les auberges du village buvant et dansant partout au son d'une tchirula ou d'une clarinette. Enfin elle prendra le chemin du retour et s'en ira chez le marié où sera servi le repas de noce ; la salle est des plus rustiques, des planches ajustées sur des échelles sont placées sur des tréteaux dans l'étable bien propre ; chacun, avec sa cavalière, prendra place sur des bancs rustiques après que le groupe sera photographié et on goûtera le repas de noce, préparé par une cuisinière, une aubergiste du village qui aura fourni aussi toute la batterie de cuisine ainsi que la vaisselle ; le service est assuré par des jeunes filles en tablier blanc qui seront pour un jour serveuses ; le gardien du chai sera le charpentier qui aura fait les réparations de la maison et préparé le matin même tables et bancs. Aussitôt après le repas, aidé des serveuses, il devra défaire ces tables improvisées, après quoi les invités danseront toute la nuit devant les yeux étonnés des bœufs attachés dans l'étable.



Pendant ce temps la cuisinière aura préparé le souper des tripeoz, jeunes gens invités par le marié à passer la nuit ; leur repas sera servi par la mariée, suivant la coutume ; ce sera son apprentissage à servir en famille. Après le souper, ces nouveaux invités vont s'amuser avec les autres ; ils se retireront vers le matin, tandis que les autres déjeuneront avant de se séparer.



A la pointe du jour après avoir dansé une fois les sauts basques et fait les souhaits aux mariés, les invités se retirent sauf les proches parents qui, après avoir visité la propriété, dîneront en famille avant de quitter les nouveaux mariés.



Autrefois les noces duraient deux jours c'est-à-dire que tous les invités restaient à dîner comme les proches parents, mais cela ne se fait plus sauf aux environs de Mauléon, à Ordiarp, où un troisième repas est servi la seconde journée à dix heures, après quoi ce sont les adieux."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)





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