CARTES POSTALES , PHOTOS ET VIDEOS ANCIENNES DU PAYS BASQUE. Entre 1800 et 1980 environ.
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vendredi 17 juillet 2026
LA CHASSE À LA PALOMBE À ETCHALAR EN NAVARRE AU PAYS BASQUE EN 1919 (troisième et dernière partie)
mercredi 17 juin 2026
LA CHASSE À LA PALOMBE À ETCHALAR EN NAVARRE AU PAYS BASQUE EN 1919 (deuxième partie)
LA CHASSE À LA PALOMBE À ETXALAR EN 1919.
Les villages d'Etchalar, en Navarre et de Sare, en Labourd, peuvent s'enorgueillir depuis une époque immémorable de posséder une des plus belles, sinon la plus fameuse chasse aux pantières (filets verticaux) des cols Pyrénéens.
Voici ce que rapporta à ce sujet Jacques de Saint-Pastou, dans le Bulletin mensuel de la Société
Centrale des Chasseurs du 15 août 1919 :
"Les postes.
Chaque point culminant a son poste, chaque poste son utilité et chaque gardien de poste son rôle.
Mais, s'il est vrai que le plus court croquis en dise plus long qu'un long rapport, n'hésitons pas à placer sous les yeux de nos lecteurs un plan schématique montrant la situation des divers postes et l'emplacement des filets.
A Etchalar, on compte neuf postes : les uns sont al suelo (sur le sol) — et ce sont les plus éloignés — les autres sont situés sur les arbres et sur les tours.
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| PANNEAU : PALOMBIERES D'ETCHALAR NAVARRE PAYS BASQUE D'ANTAN |
Les postes "al suelo" : guetteurs et rabatteurs.
Les postes "al suelo" — littéralement au sol — sont dans l'ordre, à gauche et à droite de la vallée, celui d'Iroeikoa — de la montagne d'Iroeic — et celui d'Amarikoa — de la montagne d'Amaric. Voilà les guetteurs.
Les rabatteurs "al suelo" tiennent, à gauche, le poste de Larrekoa — poste dit "de la colline" — et celui plus élevé de Gaikoa — poste d'"en haut" — ; à droite, enfin le poste de Domikoa — de la montagne de Domic.
Le gardien des premiers est une véritable sentinelle avancée. Son rôle se borne à annoncer l'arrivée du vol, ce dont il s'acquitte en soufflant dans un cornet à bouquin appelé Manjureta, plus communément, corneta ou turruta.
Le signal varie selon l'importance des passages ; voici, d'ailleurs, la gamme des conventions.
Dès que le guetteur aperçoit le vol, il tire de sa corneta une série de sons brefs. Cinq ou six coups de langue rapides, suivis de trois appels longs signifient qu'un grand vol est en vue : deux appels prolongés signalent un vol d'importance moyenne (regular) ; enfin, l'annonce d'un petit vol se traduit par un seul appel prolongé ou, plus souvent par un cri guttural.
Deux notes longues et une brève indiquent que les palombes volent "haut" ; une suite de notes brèves qu'elles volent "bas".
Si deux vols nombreux se suivent, les guetteurs avertissent deux fois de suite. Il peut fort bien se faire qu'un vol signalé change subitement de direction, qu'il ne s'engage pas dans la passe d'Etchalar ; dans ce cas, il n'y a pas d'avertissement particulier. C'est, seulement, une forte déception pour les chasseurs qui attendent sans voir venir... ainsi que soeur Anne.
Durant la chasse, on conseille aux guetteurs de ne point révéler leur présence. Ils se tapissent dans la bruyère ou entre deux rochers et ils observent.
Cependant, pour parer à toute éventualité, on les munit, comme leurs camarades, des postes intermédiaires, d'une sorte de drapeau, dont nous allons voir l'utilité aux mains des rabatteurs "al suelo".
Les rabatteurs "al suelo", les chatars, ont une mission différente et très définie : ils agitent au bout d'un bâton un linge blanc, afin d'effrayer les palombes qui s'écarteraient de la bonne voie, soit qu'elles aient des velléités de piquer dans la direction de la montagne, soit qu'elles veuillent rétrograder vers la plaine.
Les chatars, tout en faisant claquer au vent leur drapeau poussent des cris aigus : "Hù! Hù! Hù!..."
Les rabatteurs des arbres et des tours.
Des chênes, des frênes et des hêtres montent à l'assaut du col : cependant, tout là-haut, on a déboisé pour laisser le passage libre, ne conservant à droite et à gauche que quelques bouquets d'arbres d'où émerge la plate-forme des tours. A gauche, à une centaine de mètres de la ligne des filets, se trouve un arbre dont la cime dépasse toutes les autres ; sur cet arbre, une cabane occupée par un rabatteur ; un panier, à proximité de l'homme, le fournit abondamment de cet accessoire indispensable : la pala, palette de bois peinte au lait de chaux, qui servira, lancée à plat, à faire baisser le vol ou, verticalement, à le faire s'éloigner.
Ce rabatteur s'appelle par son nom ou par son sobriquet. Celui que l'on désigne par le sobriquet de Thuitha (prononcez Touitia) a plusieurs rôles importants, dont il s'acquitte au commandement de la chasse.
Si le vol oblique dans sa direction, Thuitha a pour mission de l'éloigner, soit en frappant deux palettes l'une contre l'autre, avec un bruit de battoir, soit en se servant d'une palette ainsi que d'un projectile. La palette remplit alors l'office d'une pierre lancée de haut en bas. Mais il arrive, parfois, que le vol s'élève : s'il continue à monter, il survolera les filets : Thuitha doit alors le rabattre ; il jette sa palette horizontalement sous le vol qui plonge, redoutant d'être aux prises avec un épervier.
C'est le directeur qui indique à son collègue la tactique à employer et le moment où il faut l'employer par ces injonctions brèves :
— Thuita! bota! bota! (ou tira! tira! sous-entendu pala)... aphalecoa!
— Thuitha ! jette ! jette la palette par en dessous !
Lorsque le directeur crie :
"Bota! bota goïtic! (jette ! jette la palette en haut !) c'est que le vol se présente à lui comme étant très haut.
Si le vol est à hauteur moyenne, le directeur crie seulement :
"Bota! bota!" (jette ! jette !)
Si le vol passe "bas", le directeur ajoute : "Petic", "en bas".
Thuitha possède dans le rabatteur de la tour d'Arricoa (la tour de pierre) un vis-à-vis qui remplit les mêmes fonctions.
La Tour de la Mort, occupée par le second chef, se situe à environ quinze mètres en avant et à gauche des filets.
| LA TOUR PALOMBIERES SARE PAYS BASQUE D'ANTAN |
Du haut de cette tour part l'ultime palette, la palette de la mort (pala de la muerte) qui fait plonger le vol et le fait capturer.
Ce poste, on s'en rend compte, a une importance capitale ; il est confié à l'illustre Ramon, l'homme le plus habile dans l'art de poursuivre les palombes par un jet soutenu de palette, un jet à tour de bras, et il est unique, paraît-il, pour affoler le vol par ses clameurs. Son adresse, ses ruses sont proverbiales ; son expérience date de l'enfance, car sa charge se transmet de père en fils.
Le directeur de la chasse.
Tous obéissent au directeur dont le poste de commandement est situé sur un pylône aux assises de pierre, voisin des filets, du haut duquel la vue embrasse la chasse entière.
"El director" Cathon (prononcez Catione) est un vieux Navarrais, au profil sévère et sombre de moine espagnol. Sa responsabilité est énorme : de son à-propos, de son sang-froid, de sa décision, de sa science dépend la capture de centaines de palombes.
C'est lui et lui seul qui conduit la chasse ; il conseille les rabatteurs "al suelo" et ceux des tours ; il réfrène leur ardeur ou l'encourage ; il déclenche le jet de "la pala de la muerte" et, par un autoritaire "guardia!" il prévient les Saretakoak (les hommes de filets) d'avoir à rabattre les filets."
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France et Pigeons etxalaires : c’est ainsi qu’ils capturent les nuages de pigeons avec un filet depuis 1300 en Navarre)
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dimanche 17 mai 2026
LA CHASSE À LA PALOMBE À ETCHALAR EN NAVARRE AU PAYS BASQUE EN 1919 (première partie)
LA CHASSE À LA PALOMBE À ETXALAR EN 1919.
Les villages d'Etchalar, en Navarre et de Sare, en Labourd, peuvent s'enorgueillir depuis une époque immémorable de posséder une des plus belles, sinon la plus fameuse chasse aux pantières (filets verticaux) des cols Pyrénéens
Voici ce que rapporta à ce sujet Jacques de Saint-Pastou, dans le Bulletin mensuel de la Société
Centrale des Chasseurs, du 15 août 1919 :
"Dans les Landes et dans les Pyrénées, dès les premiers jours d'octobre jusqu'à la mi-novembre, les hommes industrieux et sournois tendent des pièges aux palombes craintives qui émigrent vers les pays de soleil.
Ici, on les attire par des appeaux, puis on les tue à coup de fusil.
Là, on les oblige à s'engager dans des cols tenus de filets gigantesques, où elles tombent par centaines.
Telles sont les deux méthodes : l'une, la chasse à l'appeau ; l'autre, la chasse aux filets.
La chasse du guet-apens.
La chasse à l'appeau est une embuscade dont on use dans le département des Landes, en Armagnac surtout, pays de plaines et de bois, et, ailleurs, dans les chasses de moyenne importance.
Les chasseurs, l'arme au pied, se dissimulent dans des cabanes construites de branchages construites de branchages entrelacés et camouflés de fougères. Une double haie en bruyères, formant couloir, réunit les cabanes.
En avant de nos chasseurs, sur un arbre judicieusement choisi, on place un appeau — un ramier à qui l'on a cousu les yeux.
L'appeau est fixé par les pattes sur une raquette à charnière reliée par un montant à un châssis mobile qui vient coller contre une potence clouée à l'arbre. Et, alors, voici le mécanisme : lorsque la raquette bascule, l'appeau, pour reprendre son équilibre, bat des ailes comme s'il allait se poser : ce que voyant, les palombes qui tournoient suivent l'invitation qui leur est faite et viennent s'abattre sur les arbres alentour. Le vol étant posé à bonne portée, les chasseurs postés dans les couloirs et juchés jusque dans les arbres tirent au commandement.
Un bon appeau se paie relativement cher : le succès dépend de lui et aussi de l'habileté du rusé paysan qui, en tirant sur la corde, fait jouer la raquette. L'appeau doit battre de l'aile comme s'il se posait et non comme s'il devait s'envoler, sous peine de produire un effet contraire à celui que l'on cherche.
Un ramier, pour devenir appeau, ne doit pas avoir été blessé, car son coup d'ailes serait gêné et anormal ; n'oublions pas que les palombes, nées méfiantes, ont un regard perçant qui voit et juge de loin.
La Chasse au pays de Ramuntcho.
Au pays de Ramuntcho, la chasse en faveur est celle "aux filets", plus productive que la chasse "à l'appeau", plus originale aussi, mais peut-être moins passionnante, sportivement parlant. Elle est une véritable industrie des paysans et des grands propriétaires du pays basque.
Dans cette région privilégiée, les palombières abondent. En Basse-Navarre, l'une des trois provinces basco-françaises, on cite la chasse de Behorleguy, qui appartient à M. Jean Ybarnegaray, le député de Mauléon et celle de Lecumberry, dont le propriétaire est Mlle Duthey, une petite-nièce du maréchal Harispe.
Mais les deux plus connues, parce que les plus importantes et les mieux organisées, sont les palombières de Sare, en Labourd, et leurs voisines et rivales d'Etchalar, en Guipuzcoa : l'une et l'autre chevauchent, pour ainsi dire, la frontière.
Une palombière modèle : Etchalar.
"A l'automne, prends ton fusil, Ramon, dit un dicton basque, et observe d'où vient le vent ; s'il souffle du Sud ou de l'Ouest, raccroche ton fusil ; s'il souffle de l'Est, dirige-toi vers les palombières de Sare ; s'il souffle du Nord, monte un peu plus haut, au col voisin d'Etchalar : les passages y seront plus nombreux et plus fournis."
Le vent du Nord nous étant favorable, montons au col d'Etchalar.
Le sentier court entre les fougères couleur de rouille : sentier de contrebandiers, qui fausse notre direction, nous perd délicieusement en des sous-bois charmants de chênes et de hêtres et nous oblige à traverser des torrents sur des arbres abattus.
Le matin est exquis, léger, caressant. Une échappée sur la plaine nous fait dire : "Comme nous sommes loin !" et le calme de ce paysage nous fait penser : "Comme c'est bon et comme c'est beau !"
Baletecogaha! l'Atchuria!... Ils sonnent étrangement les terres lointaines, ces deux pics qui limitent le col d'Etchalar. Et, cependant, de leur sommet qui se défend à peine, on aperçoit Biarritz et les flèches hardies de la cathédrale de Bayonne, le Boucau et ses usines, sur qui plane toujours un tourbillon de fumées noires, la côte basque, l'océan et la ligne bleue des pignadas.
Plus près de nous, la vallée se resserre et le paysage basque si classique en ses lignes, si harmonieux, si profondément humain, se ferme, se replie, lutte contre l'envahissement des étrangers. Le col d'Etchalar réalise ce paradoxe d'être le bout du monde à notre porte.
Les palombières d'Etchalar.
Pour nous permettre d'expliquer cette chasse aux filets, longue, minutieuse, patiente, dont les moindres incidents sont prévus, il est nécessaire de se rendre un compte exact de la topographie des lieux.
A partir du village de Sare, à mesure que l'on s'élève, la vallée va en s'étranglant : elle emprunte la forme d'un couloir aux côtés souvent abrupts.
A gauche, ce sont les pentes de l'Atchuria et de la montagne d'Abataric ; à droite, les contreforts des pics d'Ibantelly — 698 mètres — et de Baletecogaha : merveilleuse route de l'air des oiseaux migrateurs, jalonnée de distance en distance et à des hauteurs différentes par des postes d'observation et des postes de commandement.
Au fond de ce couloir et au centre : la passe déboisée du col d'Etchalar que barrent cinq filets (cinco redes).
Toute la chasse consiste à diriger les palombes sur le col, puis à rabattre les filets au moment psychologique."
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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