CARTES POSTALES , PHOTOS ET VIDEOS ANCIENNES DU PAYS BASQUE. Entre 1800 et 1980 environ.
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vendredi 17 juillet 2026
LA CHASSE À LA PALOMBE À ETCHALAR EN NAVARRE AU PAYS BASQUE EN 1919 (troisième et dernière partie)
mercredi 17 juin 2026
LA CHASSE À LA PALOMBE À ETCHALAR EN NAVARRE AU PAYS BASQUE EN 1919 (deuxième partie)
LA CHASSE À LA PALOMBE À ETXALAR EN 1919.
Les villages d'Etchalar, en Navarre et de Sare, en Labourd, peuvent s'enorgueillir depuis une époque immémorable de posséder une des plus belles, sinon la plus fameuse chasse aux pantières (filets verticaux) des cols Pyrénéens.
Voici ce que rapporta à ce sujet Jacques de Saint-Pastou, dans le Bulletin mensuel de la Société
Centrale des Chasseurs du 15 août 1919 :
"Les postes.
Chaque point culminant a son poste, chaque poste son utilité et chaque gardien de poste son rôle.
Mais, s'il est vrai que le plus court croquis en dise plus long qu'un long rapport, n'hésitons pas à placer sous les yeux de nos lecteurs un plan schématique montrant la situation des divers postes et l'emplacement des filets.
A Etchalar, on compte neuf postes : les uns sont al suelo (sur le sol) — et ce sont les plus éloignés — les autres sont situés sur les arbres et sur les tours.
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| PANNEAU : PALOMBIERES D'ETCHALAR NAVARRE PAYS BASQUE D'ANTAN |
Les postes "al suelo" : guetteurs et rabatteurs.
Les postes "al suelo" — littéralement au sol — sont dans l'ordre, à gauche et à droite de la vallée, celui d'Iroeikoa — de la montagne d'Iroeic — et celui d'Amarikoa — de la montagne d'Amaric. Voilà les guetteurs.
Les rabatteurs "al suelo" tiennent, à gauche, le poste de Larrekoa — poste dit "de la colline" — et celui plus élevé de Gaikoa — poste d'"en haut" — ; à droite, enfin le poste de Domikoa — de la montagne de Domic.
Le gardien des premiers est une véritable sentinelle avancée. Son rôle se borne à annoncer l'arrivée du vol, ce dont il s'acquitte en soufflant dans un cornet à bouquin appelé Manjureta, plus communément, corneta ou turruta.
Le signal varie selon l'importance des passages ; voici, d'ailleurs, la gamme des conventions.
Dès que le guetteur aperçoit le vol, il tire de sa corneta une série de sons brefs. Cinq ou six coups de langue rapides, suivis de trois appels longs signifient qu'un grand vol est en vue : deux appels prolongés signalent un vol d'importance moyenne (regular) ; enfin, l'annonce d'un petit vol se traduit par un seul appel prolongé ou, plus souvent par un cri guttural.
Deux notes longues et une brève indiquent que les palombes volent "haut" ; une suite de notes brèves qu'elles volent "bas".
Si deux vols nombreux se suivent, les guetteurs avertissent deux fois de suite. Il peut fort bien se faire qu'un vol signalé change subitement de direction, qu'il ne s'engage pas dans la passe d'Etchalar ; dans ce cas, il n'y a pas d'avertissement particulier. C'est, seulement, une forte déception pour les chasseurs qui attendent sans voir venir... ainsi que soeur Anne.
Durant la chasse, on conseille aux guetteurs de ne point révéler leur présence. Ils se tapissent dans la bruyère ou entre deux rochers et ils observent.
Cependant, pour parer à toute éventualité, on les munit, comme leurs camarades, des postes intermédiaires, d'une sorte de drapeau, dont nous allons voir l'utilité aux mains des rabatteurs "al suelo".
Les rabatteurs "al suelo", les chatars, ont une mission différente et très définie : ils agitent au bout d'un bâton un linge blanc, afin d'effrayer les palombes qui s'écarteraient de la bonne voie, soit qu'elles aient des velléités de piquer dans la direction de la montagne, soit qu'elles veuillent rétrograder vers la plaine.
Les chatars, tout en faisant claquer au vent leur drapeau poussent des cris aigus : "Hù! Hù! Hù!..."
Les rabatteurs des arbres et des tours.
Des chênes, des frênes et des hêtres montent à l'assaut du col : cependant, tout là-haut, on a déboisé pour laisser le passage libre, ne conservant à droite et à gauche que quelques bouquets d'arbres d'où émerge la plate-forme des tours. A gauche, à une centaine de mètres de la ligne des filets, se trouve un arbre dont la cime dépasse toutes les autres ; sur cet arbre, une cabane occupée par un rabatteur ; un panier, à proximité de l'homme, le fournit abondamment de cet accessoire indispensable : la pala, palette de bois peinte au lait de chaux, qui servira, lancée à plat, à faire baisser le vol ou, verticalement, à le faire s'éloigner.
Ce rabatteur s'appelle par son nom ou par son sobriquet. Celui que l'on désigne par le sobriquet de Thuitha (prononcez Touitia) a plusieurs rôles importants, dont il s'acquitte au commandement de la chasse.
Si le vol oblique dans sa direction, Thuitha a pour mission de l'éloigner, soit en frappant deux palettes l'une contre l'autre, avec un bruit de battoir, soit en se servant d'une palette ainsi que d'un projectile. La palette remplit alors l'office d'une pierre lancée de haut en bas. Mais il arrive, parfois, que le vol s'élève : s'il continue à monter, il survolera les filets : Thuitha doit alors le rabattre ; il jette sa palette horizontalement sous le vol qui plonge, redoutant d'être aux prises avec un épervier.
C'est le directeur qui indique à son collègue la tactique à employer et le moment où il faut l'employer par ces injonctions brèves :
— Thuita! bota! bota! (ou tira! tira! sous-entendu pala)... aphalecoa!
— Thuitha ! jette ! jette la palette par en dessous !
Lorsque le directeur crie :
"Bota! bota goïtic! (jette ! jette la palette en haut !) c'est que le vol se présente à lui comme étant très haut.
Si le vol est à hauteur moyenne, le directeur crie seulement :
"Bota! bota!" (jette ! jette !)
Si le vol passe "bas", le directeur ajoute : "Petic", "en bas".
Thuitha possède dans le rabatteur de la tour d'Arricoa (la tour de pierre) un vis-à-vis qui remplit les mêmes fonctions.
La Tour de la Mort, occupée par le second chef, se situe à environ quinze mètres en avant et à gauche des filets.
| LA TOUR PALOMBIERES SARE PAYS BASQUE D'ANTAN |
Du haut de cette tour part l'ultime palette, la palette de la mort (pala de la muerte) qui fait plonger le vol et le fait capturer.
Ce poste, on s'en rend compte, a une importance capitale ; il est confié à l'illustre Ramon, l'homme le plus habile dans l'art de poursuivre les palombes par un jet soutenu de palette, un jet à tour de bras, et il est unique, paraît-il, pour affoler le vol par ses clameurs. Son adresse, ses ruses sont proverbiales ; son expérience date de l'enfance, car sa charge se transmet de père en fils.
Le directeur de la chasse.
Tous obéissent au directeur dont le poste de commandement est situé sur un pylône aux assises de pierre, voisin des filets, du haut duquel la vue embrasse la chasse entière.
"El director" Cathon (prononcez Catione) est un vieux Navarrais, au profil sévère et sombre de moine espagnol. Sa responsabilité est énorme : de son à-propos, de son sang-froid, de sa décision, de sa science dépend la capture de centaines de palombes.
C'est lui et lui seul qui conduit la chasse ; il conseille les rabatteurs "al suelo" et ceux des tours ; il réfrène leur ardeur ou l'encourage ; il déclenche le jet de "la pala de la muerte" et, par un autoritaire "guardia!" il prévient les Saretakoak (les hommes de filets) d'avoir à rabattre les filets."
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France et Pigeons etxalaires : c’est ainsi qu’ils capturent les nuages de pigeons avec un filet depuis 1300 en Navarre)
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dimanche 17 mai 2026
LA CHASSE À LA PALOMBE À ETCHALAR EN NAVARRE AU PAYS BASQUE EN 1919 (première partie)
LA CHASSE À LA PALOMBE À ETXALAR EN 1919.
Les villages d'Etchalar, en Navarre et de Sare, en Labourd, peuvent s'enorgueillir depuis une époque immémorable de posséder une des plus belles, sinon la plus fameuse chasse aux pantières (filets verticaux) des cols Pyrénéens
Voici ce que rapporta à ce sujet Jacques de Saint-Pastou, dans le Bulletin mensuel de la Société
Centrale des Chasseurs, du 15 août 1919 :
"Dans les Landes et dans les Pyrénées, dès les premiers jours d'octobre jusqu'à la mi-novembre, les hommes industrieux et sournois tendent des pièges aux palombes craintives qui émigrent vers les pays de soleil.
Ici, on les attire par des appeaux, puis on les tue à coup de fusil.
Là, on les oblige à s'engager dans des cols tenus de filets gigantesques, où elles tombent par centaines.
Telles sont les deux méthodes : l'une, la chasse à l'appeau ; l'autre, la chasse aux filets.
La chasse du guet-apens.
La chasse à l'appeau est une embuscade dont on use dans le département des Landes, en Armagnac surtout, pays de plaines et de bois, et, ailleurs, dans les chasses de moyenne importance.
Les chasseurs, l'arme au pied, se dissimulent dans des cabanes construites de branchages construites de branchages entrelacés et camouflés de fougères. Une double haie en bruyères, formant couloir, réunit les cabanes.
En avant de nos chasseurs, sur un arbre judicieusement choisi, on place un appeau — un ramier à qui l'on a cousu les yeux.
L'appeau est fixé par les pattes sur une raquette à charnière reliée par un montant à un châssis mobile qui vient coller contre une potence clouée à l'arbre. Et, alors, voici le mécanisme : lorsque la raquette bascule, l'appeau, pour reprendre son équilibre, bat des ailes comme s'il allait se poser : ce que voyant, les palombes qui tournoient suivent l'invitation qui leur est faite et viennent s'abattre sur les arbres alentour. Le vol étant posé à bonne portée, les chasseurs postés dans les couloirs et juchés jusque dans les arbres tirent au commandement.
Un bon appeau se paie relativement cher : le succès dépend de lui et aussi de l'habileté du rusé paysan qui, en tirant sur la corde, fait jouer la raquette. L'appeau doit battre de l'aile comme s'il se posait et non comme s'il devait s'envoler, sous peine de produire un effet contraire à celui que l'on cherche.
Un ramier, pour devenir appeau, ne doit pas avoir été blessé, car son coup d'ailes serait gêné et anormal ; n'oublions pas que les palombes, nées méfiantes, ont un regard perçant qui voit et juge de loin.
La Chasse au pays de Ramuntcho.
Au pays de Ramuntcho, la chasse en faveur est celle "aux filets", plus productive que la chasse "à l'appeau", plus originale aussi, mais peut-être moins passionnante, sportivement parlant. Elle est une véritable industrie des paysans et des grands propriétaires du pays basque.
Dans cette région privilégiée, les palombières abondent. En Basse-Navarre, l'une des trois provinces basco-françaises, on cite la chasse de Behorleguy, qui appartient à M. Jean Ybarnegaray, le député de Mauléon et celle de Lecumberry, dont le propriétaire est Mlle Duthey, une petite-nièce du maréchal Harispe.
Mais les deux plus connues, parce que les plus importantes et les mieux organisées, sont les palombières de Sare, en Labourd, et leurs voisines et rivales d'Etchalar, en Guipuzcoa : l'une et l'autre chevauchent, pour ainsi dire, la frontière.
Une palombière modèle : Etchalar.
"A l'automne, prends ton fusil, Ramon, dit un dicton basque, et observe d'où vient le vent ; s'il souffle du Sud ou de l'Ouest, raccroche ton fusil ; s'il souffle de l'Est, dirige-toi vers les palombières de Sare ; s'il souffle du Nord, monte un peu plus haut, au col voisin d'Etchalar : les passages y seront plus nombreux et plus fournis."
Le vent du Nord nous étant favorable, montons au col d'Etchalar.
Le sentier court entre les fougères couleur de rouille : sentier de contrebandiers, qui fausse notre direction, nous perd délicieusement en des sous-bois charmants de chênes et de hêtres et nous oblige à traverser des torrents sur des arbres abattus.
Le matin est exquis, léger, caressant. Une échappée sur la plaine nous fait dire : "Comme nous sommes loin !" et le calme de ce paysage nous fait penser : "Comme c'est bon et comme c'est beau !"
Baletecogaha! l'Atchuria!... Ils sonnent étrangement les terres lointaines, ces deux pics qui limitent le col d'Etchalar. Et, cependant, de leur sommet qui se défend à peine, on aperçoit Biarritz et les flèches hardies de la cathédrale de Bayonne, le Boucau et ses usines, sur qui plane toujours un tourbillon de fumées noires, la côte basque, l'océan et la ligne bleue des pignadas.
Plus près de nous, la vallée se resserre et le paysage basque si classique en ses lignes, si harmonieux, si profondément humain, se ferme, se replie, lutte contre l'envahissement des étrangers. Le col d'Etchalar réalise ce paradoxe d'être le bout du monde à notre porte.
Les palombières d'Etchalar.
Pour nous permettre d'expliquer cette chasse aux filets, longue, minutieuse, patiente, dont les moindres incidents sont prévus, il est nécessaire de se rendre un compte exact de la topographie des lieux.
A partir du village de Sare, à mesure que l'on s'élève, la vallée va en s'étranglant : elle emprunte la forme d'un couloir aux côtés souvent abrupts.
A gauche, ce sont les pentes de l'Atchuria et de la montagne d'Abataric ; à droite, les contreforts des pics d'Ibantelly — 698 mètres — et de Baletecogaha : merveilleuse route de l'air des oiseaux migrateurs, jalonnée de distance en distance et à des hauteurs différentes par des postes d'observation et des postes de commandement.
Au fond de ce couloir et au centre : la passe déboisée du col d'Etchalar que barrent cinq filets (cinco redes).
Toute la chasse consiste à diriger les palombes sur le col, puis à rabattre les filets au moment psychologique."
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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mercredi 30 juillet 2025
UNE CHASSE ORIGINALE ET UNE HISTOIRE DE SORCIERS AU PAYS BASQUE EN 1899
UNE CHASSE ORIGINALE ET UNE HISTOIRE DE SORCIERS EN 1899.
Les villages d'Etchalar et de Sare, des deux côtés de la frontière, possèdent, depuis très longtemps, une des plus belles, sinon la plus fameuse chasse aux pantières (filets verticaux) des cols Pyrénéens.
Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien La Gironde, le 31 octobre 1899 :
"Lettres d'Espagne.
(De notre correspondant particulier).
Une chasse originale — Histoire de sorciers.
De la frontière. 27 octobre.
Lorsque le vent souffle du sud, à cette époque de l'année, et, raréfiant l'air, accourcit la distance des choses en augmentant l'apparence de leur volume, les habitants de Véra et d'Etchalar abandonnent subitement leurs demeures ou le champ qu'ils travaillent, munis de grands filets, de cordages, de trompes sonores et d'appareils innommés. Ils vont, remontant les vallées, vers les trouées et les cols de la montagne, organiser les fameuses chasses aux palombes, si étranges dans leur installation, et si extraordinaires dans leurs résultats.
Les palombières d'Etchalar sont situées à une courte distance de la ligne de démarcation imaginaire qui sépare la France de l'Espagne, au pied du Sayberry, dont les assises rocheuses sont sinueusement contournées par les eaux rapides de l'Ibarra. Quelques cahutes délabrées, vite réparées, servent d'abri traditionnel aux chasseurs, non loin d'une venta abondamment pourvue, refuge de tous les soirs, aimablement hospitalière et d'un confort relatif.
La chasse est des plus curieuses. Elle a lieu dans la trouée, garnie de chaque côté d'arbres disposés pour cet objet. Entre deux de ces arbres est suspendu un immense filet, à l'aide de poulies facilitant sa chute et son relèvement. En avant, aux aspérités de la vallée, des chasseurs sont apostés dans des espèces de cabanes. Ce sont les guetteurs chargés d'annoncer de loin l'approche des palombes, d'agiter des banderoles sur les flancs de leur vol afin de les guider plus sûrement vers le fatal engin.
La nuée s'avance avec une rapidité vertigineuse, venant du nord ; effarée, elle se resserre, se presse, au bruit assourdissant des guetteurs sonnant dans leurs conques. Alors, du sommet d'un des arbres voisins du filet, une raquette ayant la forme d'un oiseau de proie est lancée vigoureusement au-dessus du vol, qui s'abaisse effrayé et va donner en masse dans les mailles du piège, dont les cordes sont aussitôt lâchées et qui s'abat lourdement sur les captives. Très peu en réchappent. De bons fusils arrêtent les fuyardes.
Quelquefois les vols sont considérables ; le plus souvent on n'en prend que deux ou trois douzaines à la fois ; mais il y eut des journées mémorables où cent douzaines furent facilement capturées.
Il existe plusieurs postes dans la contrée. La palombière de Sare, qui précède celle d'Etchalar, est célèbre parmi les chasseurs. Elle donne, dans les bonnes années, de beaux revenus à ses propriétaires et son installation est parfaite.
Les veillées de la venta sont des plus intéressantes. A la suite du repas copieux, dans le menu duquel ont figuré les savoureuses truites du Sari-Erreca et le lièvre parfumé pris sur la lisière de l'Ohian-Beltza (Forêt Noire), largement arrosé d'excellents vins de Caparosso et de Puente la Reyna, les chasseurs se rapprochent de l'âtre où flambent en pétillant, de gros rondins de hêtre, supportés par d'énormes landiers à la forme bizarre, entaillés de capricieuses arabesques. On parle des émotions de la journée des prévisions pour le lendemain et surtout l'on évoque les souvenirs du passé : la guerre, la chasse, la contrebande et le jeu de paume fournissent d'intarissables sujets de causerie.
Parfois aussi d'autres sujets sont abordés avec une extrême prudence. Les sièges se rapprochent pour raconter certaines rencontres nocturnes, des visions troublantes, des transformations incroyables de tels et tels, que l'on soupçonne d'être inféodés dans la pratique du surnaturel, par des complicités diaboliques.
On les a vus, la nuit, passer rapides dans l'ombre noire, se heurtent à la cime des grands arbres, dans de folles chevauchées.
Il y a des siècles que l'herbe ne pousse plus sur le plateau de la petite Rhune, où, assure-t-on, se réunissent dans les plus effrayant conciliabules tous les sorciers et les sorcières du Labourd, les gnomes et les farfadets du Baztan, les gyromanciens de Roncal, les agotac d'Espelette et les cascarotac de Ciboure.
Aujourd'hui on les fuit en se signant, lorsqu'on les rencontre, afin de combattre leurs maléfices. Autrefois on les envoyait aux bûchers, après d'horribles tortures dans lesquelles on leur arrachait par la douleur, tous les aveux dont on avait besoin pour légitimer leur supplice. Le Parlement de Bordeaux eut à s'occuper en 1576 d'un célèbre procès de sorcellerie qui occasionna les plus tristes désordres. Un millier de malheureux, dont sept prêtres du pays, furent déférés à la justice, sous l'impulsion du grand-inquisiteur de Pampelune et du prieur de Urdax, qui avaient pu exercer leur influence sur le faible Henri III, par l'intermédiaire des jésuites. Tous furent livrés aux bûchers, et voici un des fragments de l'accusation portée contre ces infortunés par Pierre de Lancre, conseiller au Parlement de Bordeaux, qui s'occupa particulièrement des sorcières, le président d'Espaignet s'étant réservé l'instruction contre les sorciers (Archives de la Gironde) :
"Enfin, dit P. de Lancre, ces personnes sont légères et mouvantes de corps et d'esprit, promptes et hastées en toutes leurs actions, ayant tousiours un pied en l'air, et comme on dist, la teste près du bonnet.
Et vont volontiers la nuict comme les chahuans, ayment les veillées et la dance, aussy bien de nuict que de jour et non la dance reposée et grave, ains découpée et turbulente. Celle qui plus leur tourmente le corps et la plus pénible, leur semble la plus noble et la plus séante. Et dancent avec le même tambourin que accoutument dancer au sabbat, témoin l'aveugle de Siboro (Ciboure) que plusieur nous ont dict avoir vue au sabbat.
C'est un païs de pommes ; elles ne mangent que pommes, ne boivent, que jus de pommes qui est occasion qu'elles mordent si souvent à ceste pomme de transgression qui fist outrepasser le commandement de Dieu et franchir la prohibition à nostre premier père...
Les paysans du Labourd et leurs voisins du Baztan ont toujours conservé un fonds de crédulité à l'endroit de la sorcellerie. Ils en parlent volontiers, ainsi que je l'ai dit, dans leurs veillées ; mais c'est toujours avec une sorte de crainte, en tenant le plus souvent dans la main un fétiche religieux quelconque, de Bétharan ou de Lourdes."
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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dimanche 17 mars 2024
PAR LA ROUTE DE SARE EN LABOURD À ETCHALAR EN NAVARRE AU PAYS BASQUE EN FÉVRIER 1928
DE SARE À ETCHALAR EN 1928.
Les relations transfrontalières existent depuis toujours au Pays Basque, en particulier entre Sare en Labourd et Etchalar en Navarre.
Voici ce que rapporta à ce sujet la Gazette de Bayonne, de Biarritz et du Pays basque, le 27 février
1928 :
"De France en Espagne.
Par la route de Sare à Echalar.
C’est d’Echalar, en Pyrénées espagnoles, je crois, qu'il est question au premier acte de "Carmen". Bien que nous trouvions citée cette petite ville au cours du célèbre opéra-comique de Bizet, nous n’en avons pas moins affaire à un nom supposé, comme par exemple : Etchezar, dans le "Ramuntcho" de Loti, qui n’est d’ailleurs autre que le charmant et pittoresque Sare, qui touche la frontière. Or, voici que Sare et Echalar unis dans l’art musical et la littérature, unis aussi, depuis longtemps à travers la montagne, par des sentiers que connaissent bien les contrebandiers, vont l’être plus étroitement encore administrativement et grâce à la belle route qui va maintenant de l’une à l’autre de ces agglomérations, à travers la forêt.
On vient, en effet, pour couronner cette œuvre à Echalar, d’installer, dans cette ville, l’administrateur des Douanes espagnoles. C’est la Municipalité qui a procédé à cette installation et l’a fait avec une certaine solennité, afin de bien marquer l’importance qu’elle attache à cet événement. Ainsi d’un versant à l’autre des Pyrénées, du côté de la France et du côté de l’Espagne, des communications rapides, commodes, on peut même dire confortables — et le Tourisme français y gagnera tout autant que le Tourisme espagnol — sont désormais établies. Les vallées de la Nivelle et de la Bidassoa ibérique verront maintenant se pratiquer entre elle de faciles transactions, voilà pour le côté commercial. Les voyageurs, ceux qui nous viennent de l'étranger, ceux qui nous viennent des autres provinces françaises et même ceux qui sont purement et simplement du Pays Basque, y trouveront prétexte et occasion à des excursions magnifiques. Nous avions jusqu’ici pour nous rendre à Saint-Sébastien la route directe et si bien faite pour la circulation automobile qui va de Bayonne à la grande station espagnole par Biarritz, Guéthary, Saint-Jean-de-Luz et Hendaye. Mais ceux qui flânent volontiers, ceux qui aiment le chemin des écoliers, ceux qui, sans souci du temps, préfèrent aller "pedibus cum jambis" ou sur une bicyclette — car Dieu merci ! elle n’est pas morte encore, en dépit des progrès de l'automobile — ceux-là pourront aller, de nos stations de la Côte Basque française à la Côte Basque espagnole, au milieu d’un décor prestigieux, sans en éprouver de gêne et de fatigue. "Montagnes Pyrénées..." c’est ce refrain, dont la célébrité a dépassé notre région, c’est ce refrain aux lèvres qu’on franchira les cols, tout en reconnaissant que rien n’est exagéré de ce qu’il promet et de ce qu’il assure.
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| MAISON ETCHALAR NAVARRE 1952 PAYS BASQUE D'ANTAN |
Donc, il y eut cérémonie d’installation et la municipalité d’Echelar, par une courtoise et très amicale pensée, y a convié la municipalité de Sare. L’alcade, M. Villareal, avait invité son collègue de Sare à se joindre aux délégations des communes espagnoles de Vera, Lesaca, Yanci et Aranaz, qui assistaient à cette installation. Et lorsque les Français, répondant à sa courtoise invitation se présentèrent à la frontière, conduits par le sympathique adjoint au maire de Sare, M. Goyetche, remplaçant M. le Maire encore indisponible, et M. Leremboure, conseiller municipal, le praticien réputé de Saint-Sébastien, si favorablement connu dans toute la région, ils furent accueillis par des figures radieuses, des mains tendues, des cœurs ouverts qui leur firent comprendre que l’amitié est une bien belle et douce chose ! Tout ce monde-là, — car on était fort nombreux, — ne faisait au bout de quelques instants qu’une famille ; des frères s’étaient retrouvés.
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| ETCHALAR NAVARRE PAYS BASQUE D'ANTAN |
Puis, sous un soleil déjà vif, dans un cadre merveilleux, les Français laissant leur vue s’étendre au loin sur les flots immobiles des monts des Pays Basques espagnols à la beauté fière et sauvage qui venaient mourir à leurs pieds, les Espagnols contemplant un panorama d’une grâce riante — vert des vallées piqueté des taches blanches des coquettes maisons du Labourd, collines gracieusement arrondies où fleurit le genêt, — pendant que les fusées aux triples détonations filaient droit vers le ciel d’azur et éclataient là-haut pour faire connaître aux populations voisines qu’une date s’inscrivait dans leur histoire locale, qu’un chaînon s’ajoutait au lien séculaire qui les unissait, la cérémonie se déroula. M. le Curé d’Echalar, assisté de ses deux vicaires, prononça les paroles rituelles et bénit la nouvelle route. Ensuite, en termes élevés, en un langage parti du cœur, il dit la signification de la manifestation et, nous rappelant les heures d’angoisse communes que nous vécûmes aux temps de Verdun, les heures d’allégresse commune qui marquèrent la fin de la terrible guerre, il termina en nous assurant encore une fois de l’attachement constant, de l’affection de ses concitoyens.
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| ETCHALAR NAVARRE PAYS BASQUE D'ANTAN |
Aussitôt après cette improvisation qui nous émut profondément, M. le Maire d’Echalar coupa le ruban symbolique qui, reliant les deux piliers d’un arc de triomphe, barrait jusque-là la route nouvelle, et vint en donner une moitié à M. Goyetche, scellant par ce geste les paroles précédemment dites au nom de tous ses administrés.
Un repas suivit, animé du plus vif entrain et d’une grande cordialité. Mais il ne devait pas marquer la fin de la journée. Nous pourrions presque écrire : bras dessus, bras dessous, en tout cas, très amicalement groupés, tous les délégués passèrent la frontière pour se rendre à Sare. On s’était félicité, on avait trinqué à Echalar à l’amitié des communes voisines, françaises et espagnoles, ainsi qu’à la France et à l’Espagne, il était juste et raisonnable qu’on renouvelât à Sare ce geste symbolique. Et voilà comment, dans Sare, où des excursionnistes étaient venus, arrivèrent une trentaine d’amis espagnols, vers cinq heures de l’après-midi. Ils eurent immédiatement un geste dont les habitants furent très touchés. Ils allèrent se recueillir devant le monument aux morts de la guerre, puis, après avoir visité l’église, ils allèrent s’incliner devant la tombe du regretté M. Henry Dutournier, ancien maire de Sare, ami personnel de M. Villareal, fervent protagoniste dans sa sphère, de l’amitié franco-espagnole. Basque et ami de tous les Basques par-dessus tout.
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| MONUMENT AUX MORTS SARE PAYS BASQUE D'ANTAN |
Dans la salle de la mairie, M. Hiriart, maire, à qui son état de santé n’avait pas permis le déplacement d’Echalar, fut heureux à son tour de lever le verre à l’amitié des communes frontières, et la fête se termina aux cris de "Vive l’Espagne ! Viva Francia !"
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| MAIRIE SARE LABOURD PAYS BASQUE D'ANTAN |
Voilà une de ces manifestations d’amitié, comme on en voudrait voir se renouveler fréquemment de l’un et de l’autre côté des Pyrénées !"
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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