CARTES POSTALES , PHOTOS ET VIDEOS ANCIENNES DU PAYS BASQUE. Entre 1800 et 1980 environ.
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mercredi 30 juillet 2025
UNE CHASSE ORIGINALE ET UNE HISTOIRE DE SORCIERS AU PAYS BASQUE EN 1899
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lundi 3 juin 2024
VERA DE BIDASOA-BERA EN NAVARRE AU PAYS BASQUE EN 1899
VERA DE BIDASOA EN 1899.
En 1899, la commune de Vera de Bidasoa, en Navarre, comporte environ 2 600 habitants.
Voici ce que rapporta à ce sujet le mensuel La Grande revue, le 1er mai 1899, sous la plume de
Louis de Robert :
"VII Véra.
Je me serais reproché d’avoir quitté le pays basque sans avoir vu Véra. C’est un petit village espagnol perdu dans la chaîne des Pyrénées. Comme un objet précieux jeté au fond d’une coupe il repose dans le creux naturel que forment à leur base des monts entrecroisés. Pour s’y rendre c'est assez compliqué, car nombreuses sont les formalisés qu’entraîne le passage d’une voiture sur la route espagnole. De loin en loin, un carabinier, fusil au poing, vous intime l’ordre de vous arrêter. Il faut acquitter un droit de péage. Et, à la porte de Véra, vous devez descendre chez le receveur qui, derrière son bureau, vous interroge comme un juge. Il est grand, très barbu, avec des yeux d'Oriental. Si vous ne parlez pas espagnol et si vous avez l’esprit enclin à la gaîté, la scène ne vous apparaît pas dénuée de comique. Cela peut devenir même du vaudeville par les malentendus qui naissent et la pantomime à laquelle on doit se livrer des deux côtés pour se faire comprendre. Le receveur inscrit sur un registre des indications interminables : vos nom, prénoms, qualités, les nom et adresse du cocher, le nom des chevaux, leur âge, leur taille, leur sexe. Après quoi il vous délivre un laissez-passer que vous payez sept pesetas. Et vous pouvez enfin franchir le seuil de Véra.
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| ROUTE DE BEHOBIE A VERA NAVARRE D'ANTAN |
Il faut renoncer à décrire ce vieux village. Les lignes qu’on en pourrait retracer ne feraient pas naître chez le lecteur le sentiment grave et en même temps rêveur qu’il inspire. Il est apaisant. Il vous pénètre l’âme par un charme qui semble venir de loin, de très loin, au delà des objets visibles. Il ouvre en vous comme une multitude de petites portes, et des choses qui dormaient dans l’ombre y sont par la lumière tirées de leur sommeil. Le pas se fait léger sur ses dalles. Il semble qu’insensiblement une force élastique et sûre vous caresse et vous transporte. Et ce que l’on éprouve, à la fois doux et complet, ne se saurait traduire.
Ce n’est pourtant qu’un ensemble de vieilles maisons très simples. Or, à vouloir faire tenir cela dans des mots je sens que toute la grâce s’en échappe. Elle fuit sous la plume comme fuit entre les doigts l’air qu'on voudrait étreindre, l’eau qu’on voudrait saisir. C'est fluide et imprenable. Les formes apparentes ne sont rien. C’est leur expression qui les transfigure. Comment dire, par exemple, l’adorable poésie de deux petits saules qui pleurent sur une vieille fontaine, tout contre un mur d’où tombe une marge d’ombre ? La tristesse de ces deux petits arbres sur cette fontaine, l’atmosphère qui les baigne, le soleil, le mur, la marge d’ombre : autant d’inexprimables choses !...
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| FAUBOURG ILLECUETA VERA DE BIDASOA NAVARRE D'ANTAN |
Aussi n’essaierai-je pas de peindre la beauté de ce coin du monde où vivent des êtres qui sont nés là, y mourront, qui n’ont rien vu d’autre et qu’aucun rêve ne tourmente, de même que je me résigne à ne rendre ici ni la paix, ni le silence, ni la merveilleuse mélancolie de ce lieu où, dans l'ardeur de midi, les maisons semblent mortes, les vieilles maisons toutes ridées, aux fenêtres closes, derrière lesquelles pourtant s’agitent des existences. Avec cela, la couleur des pierres est chose que seuls les villages méridionaux offrent aux yeux du voyageur, nuance si particulière qui tient de la rouille, ton à la fois éteint et chaud et qui, dirait-on, rayonne tout alentour.
Il y a là des murs qu’on regarde avec recueillement, et qu'on écoute aussi, comme on écoule certains vieillards quand ils se racontent. Véra est plein d’ouvertures subites, imprévues, couloirs de ruelles, fuites vers l’horizon, échappées vers de l’espace. De tous côtés à la fois, entre chaque maison, par cette baie, par ce vide, par cette fente, la nature magnifique reparaît, vous sourit, atteste quelle elle est là, s'impose à l'attention. Et il y a surtout un plateau devant l'église, un carré d'herbe, une sorte de terrasse qui domine la place et où l'on découvre le panorama des montagnes, tout un paysage prodigieux de reliefs et d’accidents. Cette terrasse est bordée d’un parapet où l’on s’accoude. Et l’on songe. Les vieilles choses, les vieilles demeures, tout ce qui longtemps enfermé de la vie, tout ce qui en a reçu le contact, jette dans l’âme de l’homme le même sentiment de rêverie. Flacons vides encore imprégnés de l’odeur qu’ils continrent ! On y respire le passé ; on y évoque ce qui n’est plus. Ici, ailleurs, partout, l'impression est la même. Grandes salles du château de Jeanne-la-Folle ! Voitures paralysées d’Hendaye ! Murs de Véra ! Les gens qui se sont assis sur ce parapet, les jambes pendantes, je les vois. Des pères, des fils, des amoureux, des fiancés. Que de promesses s'y sont faites ! Que d'allégresses, que de résignations s’y sont penchées ! Et combien d’étrangers, de curieux ont eu à cette même place cette même songerie ! De tous les gens qui, depuis des siècles, se sont appuyés sur elles, ces pierres ont gardé comme une chaleur vivante. Alors, d’où vient que loin de constater mon passage éphémère dans ce décor durable de la nature, j’aie conscience d’être très vieux, comme ces montagnes, vieux comme les pierres de ce village. Je songe que j’étais en germe dans mon premier ancêtre, que j’ai vécu dans tous les êtres de ma race, que j’en suis le prolongement pour une destinée que j’ignore et qui, peut-être, ira de moi à d’autres êtres en qui je revivrai. A ce moment, comme je me suis retourné machinalement, des lézards qui dormaient près de moi, sur les marches ensoleillées d’un escalier, s’enfuient en frétillant. Quelle indication de paix, de silence et de solitude donne au passant la sécurité d’un lézard ! Une ombre suffit à troubler cet animal timide et fier. A présent, à chaque fissure une petite tête fine apparaît qui m’interroge d’un œil prudent et malicieux. Ainsi les marches de l’escalier semblent tressaillir de vie.
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| PLACE VERA DE BIDASOA NAVARRE D'ANTAN |
La porte de l’église est close. Mais, par une partie ajourée, mon regard plonge à l'intérieur. Eclat éteint de l’autel doré, galerie de bois, pénombre et mystère. C’est dans ces vieilles églises que se manifeste la force des religions, et l’incroyant n’a pas envie de sourire devant la trace muette laissée sur ces bancs par des siècles de foi. En ce pays basque surtout, si fidèle à ses traditions, l’église est l’âme du village et sa note dominante. C’est là qu’il faut chercher le secret du caractère d’immutabilité dont on est frappé sur ce sol et la clé des impressions profondes qu'il vous donne. Aussi ne comptais-je pas quitter Véra sans entrer dans ce lieu. Porte close. Prestige des choses entrevues et devinées ! Il me faut bien dire que cela avait son charme. Le bedeau ne devait pas être bien loin. Pour quelques sous il m’eût ouvert. J’avoue que j’ai préféré ne pas me mettre en quête de lui et que la réalité, par suite, n'a pu déranger ni réduire ce que j’ai imaginé au seuil de cette église.
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| GRAND AUTEL VERA DE BIDASOA NAVARRE D'ANTAN |
Et voici que j’arrive au bout de ces trop courtes notes, peut-être trop longues au gré du lecteur. Quelques heures de chemin de fer ont mis des distances entre moi et ce pays au charme singulier. La Bidassoa, la rive espagnole, Fontarabie, Hendaye et la ligne des montagnes bleues, tout cela est loin. Je n'ai plus comme horizon que de blanches façades et des toits. Eteints les bruits qui complétaient le paysage, chansons d’insectes, heurts de feuilles, rumeur de la mer, assaut des vagues sous ma fenêtre, vent qui passe. Comme bruit, je n’ai que celui des voilures qui cahotent sur le pavé de la rue. Et je regarde ma page où j’aurais voulu faire revivre tant de rêveries et tant d’émotions. Comment rendre par des mots assez subtils et ingénieusement assemblés tout ce qui me transporta d’allégresse ? Comment verser en des paroles froides tout ce qui me faisait chaud à l’âme ? Les mots m’apparaissent inertes. Je voudrais les rendre palpitants. Je voudrais dire la magie de certaines heures où il ne s’est rien passé, l’enchantement de certains éclairages, le langage du silence et la griserie de l’espace. Je voudrais être clair, être profond, être compris. Je voudrais trouver des nuances fuyantes par lesquelles la mobilité de mes sensations serait traduite ici. Mais elles sont comme ces ailes de papillons qui chatoient dans l’air et ne nous laissent aux doigts quand on les saisit qu'une sorte de cendre incolore. Éveils d’oiseaux, vallées au brouillard lumineux, gaze brillante des matins, tournants de routes, petites mares pensives, attelages lents des bœufs, avec le geste auguste du conducteur, dos courbés de laboureurs, comment restituer cela, comment dire ?...
Je dois me résigner. Et je le fais en songeant que d’autres, meilleurs peintres, sans doute, passeront par là et fixeront en des images définitives ce que je n’ai fait ici qu’indiquer."
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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mercredi 19 avril 2023
L'ÉCRIVAIN PIO BAROJA À VERA DE BIDASOA - BERA EN NAVARRE AU PAYS BASQUE EN MARS 1930
PIO BAROJA À VERA DE BIDASOA EN 1930.
Pio Baroja y Nessi, né le 28 décembre 1872 à Saint-Sébastien (Donostia) et mort à Madrid le 30 octobre 1956, est un écrivain espagnol de la génération de 98.
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| ECRIVAIN PIO BAROJA |
Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien Comoedia, le 6 mars 1930, sous la plume de Georges
Pillement :
"Les écrivains d'Espagne.
Une visite à Pio Baroja au Pays basque.
Ne convient-il pas, au moment où paraît la traduction de l'œuvre la plus célèbre du grand romancier espagnol, Pio Baroja, La Busca (en français : A l'Aventure), cette peinture si émouvante des bas-fonds de Madrid, de faire mieux connaître aux lecteurs français cet écrivain si curieux et si personnel qu'on a souvent appelé le "Dostoïewski espagnol".
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| LIVRE A L'AVENTURE PIO BAROJA |
Il habite généralement une vieille maison basque, à Vera, tout près de la frontière française, sur les limites de la Navarre et des Pays basques. Cette situation de borne frontière de sa demeure doit plaire particulièrement à Baroja, l'homme le plus indépendant de la terre, celui qui tient le plus à son indépendance.
Allons lui rendre visite. Douze heures de train. Nous descendons à Irun.
Pio Baroja est venu nous attendre à la gare. Nous reconnaissons sa moustache et sa barbiche grisonnantes, son air à la fois bourru et bon enfant. Il porte le béret basque. Le chauffeur à son volant porte lui aussi la "boina", la coiffure traditionnelle des Basques.
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| ECRIVAIN PIO BAROJA COMOEDIA 6 MARS 1930 |
Nous remontons la vallée de la Bidassoa, verdoyante, resserrée entre deux chaînes de montagnes, l'une française, l'autre espagnole. On passe auprès de l'île des Faisans, île historique où eurent lieu toutes sortes de conférences et de traités.
L'auto file. Tous les dix mètres, un carabinier. Baroja m'explique que les roseaux sur le bord de la rivière sont des roseaux stratégiques, la Providence des contrebandiers. Il me montre, à côté de la caserne des carabiniers, la maison d'un "gitano" qui a, paraît-il, commis plusieurs assassinats, mais qui a su, chaque fois, se procurer un alibi ! Comme il habite porte à porte avec les gendarmes !...
Un pont sur la Bidassoa et, au pied d'une montagne, une croix. Là se rejoignent les frontières de France, de Navarre et des Pays basques.
Cette croix marque aussi l'endroit où furent fusillés des carabiniers faits prisonniers par le curé de Santa-Cruz pendant la guerre carliste. Le curé de Santa-Cruz est ce féroce chef de bande que Pio Baroja a évoqué dans son roman Zalacaïn l'aventurier, ce délicieux roman d'aventures au pays basque.
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| LIVRE ZALACAIN L'AVENTURIER DE PIO BAROJA |
Mais un pneu crève. Nous nous asseyons sur le mur de pierres qui surplombe la petite rivière, bordée sur cette berge par un fouillis d'arbres et d'arbustes, et de l'autre par la montagne à pic dans laquelle s'ouvre le tunnel du petit chemin de fer à voie étroite qui conduit à Vera.
Baroja me montre, au fond, des montagnes qu'on s'est mis en tête de boiser. D'ici peu, tout l'aspect du pays basque changera si cette pratique se généralise.
Enfin, nous repartons. Nous traversons le petit village de Vera, pittoresquement étendu dans cette vallée maintenant élargie et entourée d'un cercle harmonieux de collines et de montagnes, et nous arrivons à la maison de Baroja, à l'autre bout du village, près d'un ruisseau, à peu de distance de la frontière française.
C'est une vieille maison basque toute tapissée de plantes grimpantes. Au-dessus de la grosse porte cloutée, un écusson, celui des ancêtres des Baroja. Un large escalier de pierre conduit aux pièces du premier étage, toutes remplies de vieux meubles basques, des arcas sculptées, des barguenos, d'immenses tables aux pieds torses. Aux murs, des gravures, des tableaux anciens, des primitifs. Dans la salle à manger, de vieux plats, de vieilles faïences. Le cadre est ravissant, d'un goût exquis, le type même de la vieille demeure basque.
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| MAISON DE PIO BAROJA VERA DE BIDASOA - BERA NAVARRE |
Après le déjeuner, nous montons dans la bibliothèque, une pièce immense avec d'interminables rayons de livres. Pio Baroja a la passion des livres anciens et il nous en montre de très curieux en français et en espagnol, notamment sur la sorcellerie et la magie qui l'ont toujours fort attiré. Plusieurs de ses œuvres traitent de la magie au pays basque, notamment La Dame d'Urtubie.
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| LIVRE LA DAME D'URTUBIE DE PIO BAROJA |
Nous parlons du livre que je viens de traduire. Baroja prend un air pensif, évoque ses souvenirs.
— Lorsque je l'écrivis, j'étais jeune encore, c'était à la fin du siècle dernier. J'avais fait de multiples expériences de la vie, j'avais été médecin de village, journaliste, associé dans une fabrique de pain, avant de me consacrer à la littérature. J'avais vécu avec des ouvriers et appris à connaître les bas-fonds de Madrid.
— Madrid a-t-il beaucoup changé depuis ?
— Certes, Madrid a été une des villes européennes qui ont le plus changé, la capitale ne s'est pas seulement étendue, mais le centre de la ville s'est modifié et à la modification physique a succédé la modification spirituelle. Madrid, alors, n'avait pas d'industrie, avait un petit commerce et une vie picaresque traditionnelle.
Son centre et son symbole étaient concentrés dans la place centrale, la Puerta del Sol, entourée de ruelles pleines de tavernes, maisons de jeu, de prêt, de rendez-vous. Cette Puerta del Sol était le lieu préféré des flâneurs et des désœuvrés. Blasco Ibanez s'est inspiré d'A l'Aventure pour écrire La Horde qui a peut-être plus d'unité, mais je crois que mon œuvre est plus directe, plus en contact avec la vie. Les types d'aventuriers, de vauriens et de femmes perdues que j'ai décrits, je les ai pris sur le vif, ils ont peut-être moins de condiment littéraire, mais ils ont plus de vigueur.
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| PUERTA DEL SOL MADRID 1930 |
En effet, c'est un livre d'un réalisme systématique, sombre, désespéré, écrit dans un style clair, précis, dépouillé de toute littérature. Je le lui dis. Baroja sourit amèrement :
— Oui, j'ai toujours cherché l'expression rapide et sans ornements et pratiqué une économie de moyens qui va jusqu'à la pauvreté. Cela m'a valu toutes sortes de reproches, j'ai la réputation de mal écrire. Comme vous avez tenu à garder scrupuleusement l'allure de mon style, ou de mon manque de style, on vous accusera de m'avoir mal traduit, d'écrire aussi mal le français que moi l'espagnol.
Et notre dialogue continue, oscillant de l'optimisme au pessimisme.
La conversation de Pio Baroja est toujours pleine d'humour, de sel, il parle de la littérature espagnole, égratigne l'un, n'épargne pas l'autre, mais sans méchanceté, sans aigreur. Il ne cherche qu'à montrer son indépendance. Il n'y a jamais en lui la moindre trace de calcul, de dissimulation, d'hypocrisie, ni, en général, à quelque degré que ce soit, aucune de ces aimables qualités — si souvent des défauts camouflés — qu'acquiert l'homme qui vit en société. Baroja, c'est Alceste dans sa maison de Vera. Et Alceste n'est-ce pas encore un des types d'hommes les plus nobles et les plus dignes d'être admirés ?
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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mercredi 20 juillet 2022
UNE BALADE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN JANVIER 1917 (première partie)
UNE BALADE AU PAYS BASQUE EN 1917.
Le Pays Basque, au début des années 1900, est une terre d'excursions.
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| QUAI DES BASQUES BAYONNE 1917 PAYS BASQUE D'ANTAN |
Voici ce que rapporta à ce sujet la revue hebdomadaire illustrée En Route, le 4 janvier 1917, sous
la plume de Robert Scheffer :
"Le Pays Basque.
Au pays basque, Bayonne fait un pittoresque et, en quelque sorte, historique portail. Non pas que Bayonne, ancienne capitale du Labourd, soit resté, à proprement parler, une cité basque. L’élément indigène a été refoulé peu à peu plus vers l’intérieur, et le véritable pays basque commence à quelques kilomètres plus bas, à Bidart, petite station située au sud de Biarritz, qui lui-même est intermédiaire et de population panachée. Néanmoins, les caractéristiques bérets bleus des Basques y sont nombreux, et l’idiome euskarien y résonne, fréquent.
La ville qui, par endroits, évoque déjà l'Espagne, apparaît, avec ses clochers, ceinte de verdure ; l’Adour, limpide et large, augmenté de la Nive qui l’y rejoint, l’embellit de sa courbe lumineuse. Elle est petite et charmante avec ses fortifications plantées d’arbres magnifiques, sa haute cathédrale la dominant de son antiquité, le pont des sept arches sur l’Adour, les petits ponts sur la Nive, sa place d’armes spacieuse et ensoleillée, les arcades de la rue principale, et confortable par ses cafés dorés où glaces et chocolats sont savoureux. Dans le lointain se profilent les Pyrénées, aboutissant à la Rhune dont les deux cornes pointent vers le ciel. L’Adour ondule au long de belles collines pour se déverser droitement dans l’Atlantique, dans lequel s’avance, noire, l’estacade qui protège la barre. La promenade, douce au cycliste, est plaisante sur la route qui festonne les bords du fleuve. Et le touriste qui, de la barre mourant sur la falaise, en côtoiera le bord escarpé et désert pour rejoindre Biarritz, ne regrettera pas la légère fatigue, distrait qu’il en sera par le spectacle de la mer illimitée d’une part, et, de l’autre, par la lande qui se creuse et remonte vers la montagne.
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| ADOUR RADE BAYONNE 1917 PAYS BASQUE D'ANTAN |
Sans doute il est plus simple de se rendre à Biarritz par les différents chemins de fer et tramways qui s’y relient, où l’impression de surprise sera plus grande, au sortir de la gare, après avoir traversé une rue banale, de déboucher devant la mer glauque et toujours en mouvement, hérissée de récifs brunâtres, déferlant sur une merveilleuse plage dorée qui s’accote au nord au promontoire où se dresse le phare, vigie des marins et paisible contemplateur des joueurs de golf sur le plateau qu’il surmonte. Traversé un tunnel sous le rocher de l’Atalaye, c’est un autre paysage qui se révèle. Delà la crique du Port-Vieux, ce sont les hautes falaises argentées de la côte basque qui se déroulent, jadis arides, maintenant couronnées de parfois intempestives villas. Car Biarritz est devenu un lieu de luxe occupé par des hôtels somptueux, de riches constructions, rendez-vous de l'étranger opulent en toute saison, ce qui s’explique entre autres par un climat d’une rare égalité, commun d’ailleurs à tout le pays basque du littoral, d’où les nuits d’hiver sont plus tièdes qu’en Provence, si les journées y sont chaudes. (On prétend qu’il y a quatre saisons à Biarritz : celle des Anglais, l’hiver ; celle des Russes, le printemps ; l’été, celle des Espagnols ; l’automne, celle des Français. A part la saison espagnole, cela est fort arbitraire.) Devant l’Atalaye, et relié à elle par un pont suspendu, surgit l’îlot de la Vierge, sur lequel la grande houle vient se briser dans un superbe tumulte, et, dans les fortes tempêtes, submergeant même le sommet de l’îlot. On peut s’isoler de la mer en descendant le versant opposé, où se dessine un parc, appelé "Bois de Boulogne", autour d’un étang ovale et noir qui porte bien son nom de "Lac de la Négresse". L’endroit est recueilli, du rêve que ne disloque point le vent du large y réside.
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| LAC DU BOIS DE BOULOGNE BIARRITZ PAYS BASQUE D'ANTAN |
Mais voici la petite église de Bidart, ses maisonnettes blanches et déjà le claquement sec des pelotes contre les murs. Un chant se fait entendre : Ene maitea, barda non zinen. Nik borthanoa yoiteau ? (Ma bien-aimée, où étiez-vous hier soir, quand je frappais à la porte ?) Est-ce ce chant, en est-ce un autre? Les impressions se déplacent. Après Biarritz fastueux et cosmopolite, le cadre est autre soudain, et national dans son exiguïté. La mélopée avertit d’un changement. Il semble que l’atmosphère vibre plus pure, le paysage est plus rustique, se soulève en molles ondulations d’un vert bleuâtre, où les lointains hameaux scintillent, cependant que la falaise abrupte s’abaisse vers une mer irritée. C’est peut-être le soir ; il y a de la volupté dans l’air, conviant à la danse les gars robustes à bérets plats, les jeunes filles au chignon enserré dans les foulards de couleur. Bienveillant, le curé regarde. Il sait bien qu’il n’a guère à blâmer, puisque, le moment venu, il sera toujours appelé pour bénir. Or, Bidart est peu fréquenté, mais a un hôte auguste, la reine Nathalie de Serbie, qui s’y fit construire un château dans un site isolé, en surplomb de l’Océan, pendant à l’ancien palais à Biarritz, devenu hôtel de l’impératrice Eugénie...
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| CHÂTEAU REINE NATHALIE DE SERBIE BIDART PAYS BASQUE D'ANTAN |
Guéthary, jouxte Bidart, il n’y a pas si longtemps petit village pour villégiature de tout repos, a beaucoup gagné en importance, et de nombreuses et belles maisons se sont édifiées sur ses collines, sans trop altérer sa physionomie originelle. Il s’étend sur un espace assez considérable, montant de la mer vers une hauteur où culmine l'église, par groupes séparés d’habitations émergeant de bouquets d’arbres, entourées de champs de maïs et de pâturages, Les collines sont basses et faciles, coupées d’étroits vallons où fleurit l’aubépine.
La falaise s’y ouvre et, dans l’intervalle, s’offre une petite plage où la houle arrive apaisée, à défaut de port. Les pêcheurs hissent leurs barques sur un plan incliné pavé de dalles.
| PORT DE GUETHARY PAYS BASQUE D'ANTAN |
La vue sur l’Océan, moins éblouissante, moins grandiose qu’à l’Atalaye de Biarritz, est vaste néanmoins et c’est une belle excursion que de se rendre par la falaise bordée d’ajoncs, de tamaris aussi, dont les pentes embaument, tapissées de thym, semées d’œillets, d’immortelles, de courtes gentianes roses, jusqu’à Saint-Jeau-de-Luz. On aura plaisir à visiter le petit village d’Ahetz, situé à 5 ou 6 kilomètres dans l’intérieur, par un sentier sinueux qui, passant entre des bois de chênes, se perd parfois dans des prairies qui bordent des coteaux boisés, avec au-dessus, lointaines, les dentelures violettes des Pyrénées d’un velours si doux à l’œil qu’on serait tenté de les caresser. C’est un séjour champêtre et paisible que Guéthary, mais animé quotidiennement par les parties de pelote qui se livrent devant le grand fronton.
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| PLAGE DE GUETHARY 1917 PAYS BASQUE D'ANTAN |
De là, il est facile d’atteindre, par les montagnes russes de la grand’route, Saint-Jean-de-Luz, dont, au dernier ressaut, on aperçoit la conque étincelante, spacieuse, au dessin noble, jumelle de celle de Saint-Sébastien, avec son musoir tutélaire et que la tempête fissura pourtant, les voiliers au repos dans un azur marin d’une humeur changeante, les pinces des rochers de Sainte-Barbe et de Socoa, entre lesquelles l’océan bombé monte vers l’horizon ; la Rhune, la Haya, la longue croupe du Yaizquibel se sont rapprochées, et, plus nettes, les montagnes de la Guipuzcoa délimitent au sud l’angle du golfe de Biscaye.
Saint-Jean-de-Luz est une ville ancienne où se sont conservés différents monuments de style. Le plus connu est le château de Louis XIV dont les tourelles en encorbellement retiennent immédiatement la vue. Là, de fait, habita en 1660 le grand roi, dont le mariage avec l’infante Marie-Thérèse fut célébré en grande pompe. Mlle de Montpensier nous a laissé dans ses mémoires une relation des plus curieuses de ce séjour et de la cérémonie. "On partit pour aller à la messe. Il y avait un pont dans la rue, tout tapissé par en bas du logis de la reine à l'église. La reine avait un manteau royal de velours violet semé de fleurs de lys, un habit blanc, des sacs de brocart, force pierreries et une couronne sur la tête. Pour le roi, j’avoue que je ne me souviens pas précisément comme il était habillé ; je crois qu’il était fort brodé d’or, et Monsieur aussi ; qu’ils avaient des cordons de chapeau de diamants." Voilà qui éblouit... et qui contraste avec la tenue des touristes actuels...
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| CHÂTEAU LOHOBIAGUE SAINT-JEAN-DE-LUZ 1917 PAYS BASQUE D'ANTAN |
Saint-Jean-de-Luz est séparé de Ciboure par la Nivelle ; à vrai dire, les deux petites villes n’en forment qu’une, mais tandis que la première garde un caractère aristocratique, Ciboure est d'aspect plus primitif et de cachet entièrement basque. Ses habitants sont marins. Il s’y trouve aussi une population croisée de Basques et de Gitanes, qu’on désigne sous le nom de cascarots ; et les cascarotes ne laissent pas d’être une des parures du lieu, d'une beauté étrange et fort capiteuse. En longeant la rade on arrive aux falaises de Socoa, feuillets de schiste miroitants sur lesquels la mer, par gros temps, se brise et rejaillit en prodigieuses fusées.
| CASCAROTES PAYS BASQUE D'ANTAN |
Un des grands charmes de Saint-Jean-de-Luz, c’est la campagne verdoyante qui l’entoure, la vallée de la Nivelle dont il occupe le débouché. C’est également un excellent centre d’excursions ; et précisément, cette vallée de la Nivelle nous engagera dans les régions montagneuses, et tout de suite nous mènera à Ascain, d’où se fait l’ascension de la Rhune, ce Righi du pays basque, et de ce chef un peu banalisée.
Ascain même est un clair et propre village, situé à la base de la montagne, qui s’élève fièrement au-dessus de lui, à 90 mètres de hauteur. L’ascension en est facile par des bosquets de châtaigniers et de chênes d’abord, puis par des pentes dénudées, plus raides, semées de roches. Le sommet est allongé, se redresse en deux cornes ; du côté espagnol descend abruptement vers une forêt de hêtres dont le tapis s’étale sur les flancs arrondis de la montagne. Le panorama est immense, apparaît la lumineuse plaine de France, bien au delà de l’Adour, l’océan que frange d’or et d’argent la plage à perte de vue, aux étages successifs des Pyrénées dont les pics noirs se dressent parmi des neiges. En face, c’est la Haya, déchiquetée, farouche, et l’ouverture sur l'Ibérie.
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| DEPART DES TOURISTES ASCAIN PAYS BASQUE D'ANTAN |
Le piéton bien avisé descendra sur Vera, en Espagne. Il rejoindra sans peine une route excellente qui, par de beaux sites boisés, le conduira jusqu’à cette pittoresque cité que domine de sa masse une église trapue. L’arche mauresque d’un pont enjambe la Bidassoa, modeste encore et qui ne prévoit pas l’ampleur de son embouchure. Ici, cela est basque, mais cela est aussi espagnol ; en quelques heures de marche, on se sent transporté fort loin. Et l’on pourra descendre le cours de la Bidassoa jusqu’à Irun, agréablement, d’où le chemin de fer vous ramène à Saint-Jean-de-Luz.
D’Ascain, pénétrant plus avant, on arrivera, en franchissant un col entre la Rhune et un de ses contreforts, à Sare, agreste station d’été. Les excursions y sont diverses ; il en est deux d’un intérêt particulier ; celles de la grotte de Lesia et les Palombières."
| GROTTE DE SARE PAYS BASQUE D'ANTAN |
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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