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samedi 20 août 2022

UNE BALADE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN JANVIER 1917 (deuxième et dernière partie)

 

UNE BALADE AU PAYS BASQUE EN 1917.


Le Pays Basque, au début des années 1900, est une terre d'excursions.







Voici ce que rapporta à ce sujet la revue hebdomadaire illustrée En Route, le 4 janvier 1917, sous 

la plume de Robert Scheffer :



"Le Pays Basque. 



... Actuellement l’entrée de la grotte est payante, et l’on en a facilité l’abord. J’avoue préférer me rappeler le temps où, peu visitée, elle était d’accès sauvage et libre. Haute arcade, elle s’étend assez loin en profondeur pour aboutir à un boyau qui est censé se terminer en Espagne. Du plafond pendent des grappes de chauves-souris qu’effarouche l’irruption des lumières qui volettent autour de vous, et s’abattent dans les petites mares formées dans les creux du sol. S’abattaient, devrais-je dire, car je crains que les chauves-souris n’aient fui devant les progrès de la civilisation. 



pays basque autrefois labourd grotte
GROTTE DE SARE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Les Palombières sont établies sur la frontière, et la course est assez longue. Du fond de la vallée qui y mène, un sentier s’engage au flanc d’une colline qu’il remonte doucement. Entre les fûts argentés des hêtres un paysage bleuâtre miroite. Aux éclaircies, les vallées moelleuses se déroulent, les bruyères rousses lèchent la croupe des monts, des bancs de rochers cendrés divisent l’envahissante forêt . un pic nu fend l’azur. On monte, on monte longtemps. Puis, la crête atteinte, on redescend. Et soudain, la limite de la forêt franchie, une pelouse spacieuse apparaît dans une gloire de lumière ; elle est posée comme un tapis magnifique sur l’échancrure large de la montagne. Saturée de rayons, sa verdure humide reflète le bleu du ciel. Le pays de France, riant, s’abaisse par ondulations successives jusqu’à l’océan qui pâlit à l’horizon. En une fuite éperdue, des sommets pelés s’en vont de droite et de gauche ; de la neige drape les plus éloignés. 



pays basque autrefois chasse palombes
PALOMBIERES SARE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Sur la pelouse s’érigent deux hampes de belle hauteur qui soutiennent l’énorme filet destiné à ramasser les palombes. Isolé, en surplomb du talus, un hêtre culminant supporte entre ses hautes branches une sorte de nid gigantesque et carré. Là se blottit le guetteur chargé d’annoncer l’approche des palombes et de les rabattre vers le filet par des cris terribles et en lançant contre elles la patelle de bois qui simule en tournoyant le vol de l’épervier. Par l’échelle fixée au tronc lisse du hêtre on arrive à l’enfourchure d’où une seconde échelle, mince et flexible, s’élève vers la guérite, où l’on pénètre par une étroite ouverture. Le logis aérien est petit, mais confortable : une cage à ciel ouvert, une épaisse couche de fougères sèches la tapisse ; à l’encoignure, une gargoulette remplie d'eau est fixée. De là-haut, l’amateur qui n’a pas craint le vertige verra s’étendre la vallée boisée joignant des collines qui se déroulent vers la plaine bleue où scintillent des blancheurs de maison, et, le vent inclinant et soulevant tour à tour la cime du hêtre, il aura la sensation d’être en ballon captif. S’il a le cœur sensible, il s’apitoiera sur le sort des malheureuses palombes prises dans les mailles, y palpitant, et ne comprenant rien à l’aventure, jusqu’au moment où, le filet s’abattant sur le sol, elles comprendront trop bien. Mais, il aura occasion de se réjouir, car, tout étant motif de fête pour le Basque, voici que, sur la pelouse, le claquement des castagnettes retentit et une guitare malhabilement pincée égrène à leur rythme des sons grêles. Les gamins dansent dans l’herbe, infatigablement, les reins ceints d’écharpes voyantes, le béret bleu sur la tête, martelant le sol de leurs talons durs, virevoltant avec légèreté, la taille cambrée et les yeux extatiques, l’allure souple et lascive. 


pays basque autrefois palombes filets
FILET PALOMBIERES SARE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Sachant que le grand air aiguise l’appétit, il se sera muni de provisions et ne manquera de faire réchauffer, dans la maison du garde-chasse, la garbure, la soupe nationale, épaisse et assaisonnée. Et ainsi la volupté de se nourrir l’attirera au plaisir plus esthétique de dominer l’immensité d’un paysage suave...



Il est, au sommet d’une colline, une chapelle blanche, posée là comme une colombe, que l’on aperçoit d’extrêmement loin et qui attire. C’est de la chapelle d’Aïnhoa que je veux parler. Cette chapelle qui signale Aïnhoa est un lieu de pèlerinage consacré par un antique Chemin de la Croix. Mais Aïnhoa même vaut le voyage. De Sare, sous des bois de petits chênes, par des vallons jolis, un cycliste y arrivera en deux heures environ. Et, dans une solitude qui charme, il traversera le plus authentique village basque, longue rue aux bords de laquelle s’alignent les maisons aux poutrelles rouges, strictement séparées par des couloirs couverts, fleuries, précédées de platanes ébranchés, formant voûte. D’une de ces demeures, je notai jadis l’inscription que voici : 1655 (1655). Cette maison appelée Gorritia a esté racheptée par Mer cédés (D) Ejouité, mère de feu Jean d’Ochasaray, des sommes par lui envoyées des Indes, laquelle maison ne pourra vandre n’y engaiger. Fait en l’an 1662.




pays basque autrefois labourd
RUE PRINCIPALE AINHOA LABOURD
PAYS BASQUE D'ANTAN



Car le Basque émigre, mais n’oublie jamais son pays natal, et, s’il n’y peut revenir lui-même, souvent son argent y retourne. Une église à la nef ovale, percée de meurtrières qui en sont les fenêtres, au toit plat que surmonte une tour carrée terminée en pyramide, commande un de ces cimetières où tout est fleurs et douceur. A l’entour, des croix noires et des dalles historiées d’inscriptions héraldiques. Des écussons saillent des linteaux, car tout Basque est noble. Mais c’est le Chemin de la Croix, aux frustes stations, qu’il convient de gravir pieusement, jusqu’à la chapelle déserte en dehors des jours rituels de pèlerinage, lieu saint d’où le Labourd déploie son charme inégalable. Tout proche, de l’autre côté de la Nivelle, c’est l’Espagne et la route de Pampelune qu’on voit monter indéfiniment le long des hêtres que rousit l’automne. 




pays basque autrefois aubepines procession
PROCESSION AINHOA LABOURD
PAYS BASQUE D'ANTAN



D’Aïnhoa, par bois et collines, la route mène à Cambo, par Espelette, bourgade riante et blanche. De Cambo, station thermale, il est difficile de parler comme d’un site essentiellement basque, depuis que les Rostand en illustrèrent le domaine. Pourtant, la Nive déroule toujours son écharpe verte à la base des escarpements qui supportent la terrasse où les villas se fleurissent de roses et de camélias. Son jeu de paume est toujours un des plus beaux du pays ; et puis, c’est la patrie de Chiquito, non moins illustre dans la contrée qu’Edmond Rostand, et dont un Liszt ou un Sarasate eussent jalousé la célébrité de virtuose... de la pelote



pays basque autrefois rostand arnaga
ARNAGA
CAMBO-LES-BAINS



Saint-Jean-Pied-de-Port, terminus de la voie ferrée qui, partant de Bayonne, passe par Cambo, est pittoresquement à cheval sur la Nive. Situé en pleine contrée montagneuse, c’est un centre de grandes excursions dans le haut pays basque. Egalement c’est un des endroits où maintes traditions indigènes se sont conservées intactes. Naguère encore le chemin de fer s’arrêtait à Ossir, et c’est en diligence qu’on achevait le parcours. Cela était moins commode et plus plaisant.



pays basque autrefois gare basse-navarre
GARE DE SAINT-JEAN-PIED-DE-PORT
PAYS BASQUE D'ANTAN



Où la locomotive fait irruption, les traditions se travestissent ou s’enfuient. Mais le décor subsiste, la race résiste, et toutes les coutumes ne se sont pas abolies. Saint-Jean-Pied-de-Port a toujours ses pastorales qui attirent l’étranger légèrement narquois, rassemblent les Basques convaincus, et sont des fêtes pour le poète et le peintre. 



Si de Saint-Jean-de-Luz on se dirige vers le sud, en empruntant non le chemin de fer, mais la route, on saluera en passant le château d’Urtubie, sis dans un frais vallon, entouré d’un parc séculaire, flanqué de deux grosses tours rondes, terminé par une jolie tourelle. 



pays basque autrefois urtubie château
CHÂTEAU URTUBIE URRUGNE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Urrugne propose au passant l’inscription célèbre de son horloge : Vulnerant omnes, ultima necat. De la Croix des Bouquets l’on découvre la vallée de la Bidassoa, l’estuaire face à Hendaye, la tache sombre de Fontarabie, et, descendant sur Béhobie, on arrive en Espagne. C’est de Béhobie qu’on peut visiter l’île des Faisans qui n’offre d’intérêt que par les souvenirs historiques. De Béhobie à Irun, première station espagnole, le chemin est court : une barque mènera à Fontarabie, où l’on se rendra d’ailleurs plus aisément d'Hendaye. J’ai dit, dans le précédent article, quelques mots de Fontarabie, et de cette curieuse cité, si visitée du touriste, je ne tenterai point la description, car elle ne rentre plus dans ce cadre. 



pais vasco antes fuenterrabia bidassoa
LE PASSEUR DE FONTARRABIE GUIPUSCOA
PAYS BASQUE D'ANTAN



Néanmoins, je voudrais recommander une excursion que l’on fait trop rarement. C’est d’aller, par le Yaizquibel, de Fontarabie à Passages. Il faut compter de cinq à six heures de marche, facile d’ailleurs, car la montée n’est jamais dure, et s’accomplit en majeure partie par des pâturages, puis sur des rochers où le pied a bonne prise et dans des bouquets d’arbres. 



La première étape est constituée par Notre-Dame-de-Guadalupe, lieu de pèlerinage que généralement le touriste ne dépasse pas. Or, les flancs nus et de douce inclinaison de la montagne invitent à l’ascension. 



guadalupe pais vasco antes fuenterrabia
NOTRE-DAME DE GUADALOUPE FONTARRABIE
PAYS BASQUE D'ANTAN



En suivant le rebord opposé à la mer, on atteint successivement deux fortins en ruines dont le dernier occupe, à peu près à mi-chemin, le sommet du pic. Et, de là, la vue est aussi belle sur les Pyrénées que de la Rhune ; la pente précipiteuse sur la vallée accentue l’impression de hauteur. De l’autre côté, c’est l’océan immédiat, dont la glauque immensité, plus que le reste du paysage, absorbe le regard. Puis, sur la haute crête, on continue de cheminer ; tout un système de petits vallons qu’on souhaiterait d’explorer s’enchevêtre, descend vers la mer. La sensation de solitude est parfaite. A peine rencontrera-t-on quelque douanier, ou un bouvier conduisant fièrement son troupeau. 



Soudain, le sol semble se dérober, abrupt et rocailleux, la montagne plonge dans le fiord de Passages, dont tout en bas les maisons de pierre se confondent avec elle. Par l’ouverture étroite du sombre fiord, la mer, plus bleue d’apparaître plus resserrée, prolonge l’horizon. Après une descente un peu tourmentée, c’est le calme de la petite ville de Passages, accrochée au-dessus de l’eau à la haute paroi, Passages où règne un grand souvenir, celui de Victor Hugo, qui, de l’endroit, nous a laissé une forte description. 



Dans cet aperçu, je n’ai tenté de montrer que le pays basque le plus accessible, le plus proche de nous, celui qu’on désigne sous le nom de "Labourd". A l’orient, dans ce qu’on appelle "la Soule", le pays diffère, est plus sauvage, magnifique, par endroits mal exploré, et dont les montagnes abritent des gorges étranges, recèlent de puissantes forêts. Mais ceci serait l’objet d’une autre étude, dont le détail exigerait une autre compétence que la mienne. 



Il y a aussi le pays basque espagnol, plus étendu que celui de France, peut-être plus inattendu... 



Je terminerai sur un conseil : la plus belle saison pour visiter le pays basque, c’est l’automne. L’air s’y maintient d’une douceur exceptionnelle et est d’une transparence sans égale. Qui n’a eu la vision du pays basque en automne ne l’a pas vu."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




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mercredi 20 juillet 2022

UNE BALADE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN JANVIER 1917 (première partie)

UNE BALADE AU PAYS BASQUE EN 1917.


Le Pays Basque, au début des années 1900, est une terre d'excursions.





pays basque autrefois labourd quai
QUAI DES BASQUES BAYONNE 1917
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet la revue hebdomadaire illustrée En Route, le 4 janvier 1917, sous 

la plume de Robert Scheffer :



"Le Pays Basque.


Au pays basque, Bayonne fait un pittoresque et, en quelque sorte, historique portail. Non pas que Bayonne, ancienne capitale du Labourd, soit resté, à proprement parler, une cité basque. L’élément indigène a été refoulé peu à peu plus vers l’intérieur, et le véritable pays basque commence à quelques kilomètres plus bas, à Bidart, petite station située au sud de Biarritz, qui lui-même est intermédiaire et de population panachée. Néanmoins, les caractéristiques bérets bleus des Basques y sont nombreux, et l’idiome euskarien y résonne, fréquent. 



La ville qui, par endroits, évoque déjà l'Espagne, apparaît, avec ses clochers, ceinte de verdure ; l’Adour, limpide et large, augmenté de la Nive qui l’y rejoint, l’embellit de sa courbe lumineuse. Elle est petite et charmante avec ses fortifications plantées d’arbres magnifiques, sa haute cathédrale la dominant de son antiquité, le pont des sept arches sur l’Adour, les petits ponts sur la Nive, sa place d’armes spacieuse et ensoleillée, les arcades de la rue principale, et confortable par ses cafés dorés où glaces et chocolats sont savoureux. Dans le lointain se profilent les Pyrénées, aboutissant à la Rhune dont les deux cornes pointent vers le ciel. L’Adour ondule au long de belles collines pour se déverser droitement dans l’Atlantique, dans lequel s’avance, noire, l’estacade qui protège la barre. La promenade, douce au cycliste, est plaisante sur la route qui festonne les bords du fleuve. Et le touriste qui, de la barre mourant sur la falaise, en côtoiera le bord escarpé et désert pour rejoindre Biarritz, ne regrettera pas la légère fatigue, distrait qu’il en sera par le spectacle de la mer illimitée d’une part, et, de l’autre, par la lande qui se creuse et remonte vers la montagne.

 



pays basque autrefois labourd adour fleuve
ADOUR RADE BAYONNE 1917
PAYS BASQUE D'ANTAN



Sans doute il est plus simple de se rendre à Biarritz par les différents chemins de fer et tramways qui s’y relient, où l’impression de surprise sera plus grande, au sortir de la gare, après avoir traversé une rue banale, de déboucher devant la mer glauque et toujours en mouvement, hérissée de récifs brunâtres, déferlant sur une merveilleuse plage dorée qui s’accote au nord au promontoire où se dresse le phare, vigie des marins et paisible contemplateur des joueurs de golf sur le plateau qu’il surmonte. Traversé un tunnel sous le rocher de l’Atalaye, c’est un autre paysage qui se révèle. Delà la crique du Port-Vieux, ce sont les hautes falaises argentées de la côte basque qui se déroulent, jadis arides, maintenant couronnées de parfois intempestives villas. Car Biarritz est devenu un lieu de luxe occupé par des hôtels somptueux, de riches constructions, rendez-vous de l'étranger opulent en toute saison, ce qui s’explique entre autres par un climat d’une rare égalité, commun d’ailleurs à tout le pays basque du littoral, d’où les nuits d’hiver sont plus tièdes qu’en Provence, si les journées y sont chaudes. (On prétend qu’il y a quatre saisons à Biarritz : celle des Anglais, l’hiver ; celle des Russes, le printemps ; l’été, celle des Espagnols ; l’automne, celle des Français. A part la saison espagnole, cela est fort arbitraire.) Devant l’Atalaye, et relié à elle par un pont suspendu, surgit l’îlot de la Vierge, sur lequel la grande houle vient se briser dans un superbe tumulte, et, dans les fortes tempêtes, submergeant même le sommet de l’îlot. On peut s’isoler de la mer en descendant le versant opposé, où se dessine un parc, appelé "Bois de Boulogne", autour d’un étang ovale et noir qui porte bien son nom de "Lac de la Négresse". L’endroit est recueilli, du rêve que ne disloque point le vent du large y réside. 



pays basque autrefois labourd lac
LAC DU BOIS DE BOULOGNE BIARRITZ
PAYS BASQUE D'ANTAN



Mais voici la petite église de Bidart, ses maisonnettes blanches et déjà le claquement sec des pelotes contre les murs. Un chant se fait entendre : Ene maitea, barda non zinen. Nik borthanoa yoiteau ? (Ma bien-aimée, où étiez-vous hier soir, quand je frappais à la porte ?) Est-ce ce chant, en est-ce un autre? Les impressions se déplacent. Après Biarritz fastueux et cosmopolite, le cadre est autre soudain, et national dans son exiguïté. La mélopée avertit d’un changement. Il semble que l’atmosphère vibre plus pure, le paysage est plus rustique, se soulève en molles ondulations d’un vert bleuâtre, où les lointains hameaux scintillent, cependant que la falaise abrupte s’abaisse vers une mer irritée. C’est peut-être le soir ; il y a de la volupté dans l’air, conviant à la danse les gars robustes à bérets plats, les jeunes filles au chignon enserré dans les foulards de couleur. Bienveillant, le curé regarde. Il sait bien qu’il n’a guère à blâmer, puisque, le moment venu, il sera toujours appelé pour bénir. Or, Bidart est peu fréquenté, mais a un hôte auguste, la reine Nathalie de Serbie, qui s’y fit construire un château dans un site isolé, en surplomb de l’Océan, pendant à l’ancien palais à Biarritz, devenu hôtel de l’impératrice Eugénie... 


pays basque autrefois château reine
CHÂTEAU REINE NATHALIE DE SERBIE BIDART
PAYS BASQUE D'ANTAN


Guéthary, jouxte Bidart, il n’y a pas si longtemps petit village pour villégiature de tout repos, a beaucoup gagné en importance, et de nombreuses et belles maisons se sont édifiées sur ses collines, sans trop altérer sa physionomie originelle. Il s’étend sur un espace assez considérable, montant de la mer vers une hauteur où culmine l'église, par groupes séparés d’habitations émergeant de bouquets d’arbres, entourées de champs de maïs et de pâturages, Les collines sont basses et faciles, coupées d’étroits vallons où fleurit l’aubépine. 



La falaise s’y ouvre et, dans l’intervalle, s’offre une petite plage où la houle arrive apaisée, à défaut de port. Les pêcheurs hissent leurs barques sur un plan incliné pavé de dalles. 



pays basque autrefois port labourd
PORT DE GUETHARY
PAYS BASQUE D'ANTAN



La vue sur l’Océan, moins éblouissante, moins grandiose qu’à l’Atalaye de Biarritz, est vaste néanmoins et c’est une belle excursion que de se rendre par la falaise bordée d’ajoncs, de tamaris aussi, dont les pentes embaument, tapissées de thym, semées d’œillets, d’immortelles, de courtes gentianes roses, jusqu’à Saint-Jeau-de-Luz. On aura plaisir à visiter le petit village d’Ahetz, situé à 5 ou 6 kilomètres dans l’intérieur, par un sentier sinueux qui, passant entre des bois de chênes, se perd parfois dans des prairies qui bordent des coteaux boisés, avec au-dessus, lointaines, les dentelures violettes des Pyrénées d’un velours si doux à l’œil qu’on serait tenté de les caresser. C’est un séjour champêtre et paisible que Guéthary, mais animé quotidiennement par les parties de pelote qui se livrent devant le grand fronton. 





pays basque autrefois plage labourd
PLAGE DE GUETHARY 1917
PAYS BASQUE D'ANTAN



De là, il est facile d’atteindre, par les montagnes russes de la grand’route, Saint-Jean-de-Luz, dont, au dernier ressaut, on aperçoit la conque étincelante, spacieuse, au dessin noble, jumelle de celle de Saint-Sébastien, avec son musoir tutélaire et que la tempête fissura pourtant, les voiliers au repos dans un azur marin d’une humeur changeante, les pinces des rochers de Sainte-Barbe et de Socoa, entre lesquelles l’océan bombé monte vers l’horizon ; la Rhune, la Haya, la longue croupe du Yaizquibel se sont rapprochées, et, plus nettes, les montagnes de la Guipuzcoa délimitent au sud l’angle du golfe de Biscaye



Saint-Jean-de-Luz est une ville ancienne où se sont conservés différents monuments de style. Le plus connu est le château de Louis XIV dont les tourelles en encorbellement retiennent immédiatement la vue. Là, de fait, habita en 1660 le grand roi, dont le mariage avec l’infante Marie-Thérèse fut célébré en grande pompe. Mlle de Montpensier nous a laissé dans ses mémoires une relation des plus curieuses de ce séjour et de la cérémonie. "On partit pour aller à la messe. Il y avait un pont dans la rue, tout tapissé par en bas du logis de la reine à l'église. La reine avait un manteau royal de velours violet semé de fleurs de lys, un habit blanc, des sacs de brocart, force pierreries et une couronne sur la tête. Pour le roi, j’avoue que je ne me souviens pas précisément comme il était habillé ; je crois qu’il était fort brodé d’or, et Monsieur aussi ; qu’ils avaient des cordons de chapeau de diamants." Voilà qui éblouit... et qui contraste avec la tenue des touristes actuels... 



pays basque autrefois château mariage louis XIV
CHÂTEAU LOHOBIAGUE SAINT-JEAN-DE-LUZ 1917
PAYS BASQUE D'ANTAN



Saint-Jean-de-Luz est séparé de Ciboure par la Nivelle ; à vrai dire, les deux petites villes n’en forment qu’une, mais tandis que la première garde un caractère aristocratique, Ciboure est d'aspect plus primitif et de cachet entièrement basque. Ses habitants sont marins. Il s’y trouve aussi une population croisée de Basques et de Gitanes, qu’on désigne sous le nom de cascarots ; et les cascarotes ne laissent pas d’être une des parures du lieu, d'une beauté étrange et fort capiteuse. En longeant la rade on arrive aux falaises de Socoa, feuillets de schiste miroitants sur lesquels la mer, par gros temps, se brise et rejaillit en prodigieuses fusées. 



pays basque autrefois kascarots
CASCAROTES
PAYS BASQUE D'ANTAN



Un des grands charmes de Saint-Jean-de-Luz, c’est la campagne verdoyante qui l’entoure, la vallée de la Nivelle dont il occupe le débouché. C’est également un excellent centre d’excursions ; et précisément, cette vallée de la Nivelle nous engagera dans les régions montagneuses, et tout de suite nous mènera à Ascain, d’où se fait l’ascension de la Rhune, ce Righi du pays basque, et de ce chef un peu banalisée. 



Ascain même est un clair et propre village, situé à la base de la montagne, qui s’élève fièrement au-dessus de lui, à 90 mètres de hauteur. L’ascension en est facile par des bosquets de châtaigniers et de chênes d’abord, puis par des pentes dénudées, plus raides, semées de roches. Le sommet est allongé, se redresse en deux cornes ; du côté espagnol descend abruptement vers une forêt de hêtres dont le tapis s’étale sur les flancs arrondis de la montagne. Le panorama est immense, apparaît la lumineuse plaine de France, bien au delà de l’Adour, l’océan que frange d’or et d’argent la plage à perte de vue, aux étages successifs des Pyrénées dont les pics noirs se dressent parmi des neiges. En face, c’est la Haya, déchiquetée, farouche, et l’ouverture sur l'Ibérie. 



pays basque autrefois touristes rhune
DEPART DES TOURISTES ASCAIN
PAYS BASQUE D'ANTAN



Le piéton bien avisé descendra sur Vera, en Espagne. Il rejoindra sans peine une route excellente qui, par de beaux sites boisés, le conduira jusqu’à cette pittoresque cité que domine de sa masse une église trapue. L’arche mauresque d’un pont enjambe la Bidassoa, modeste encore et qui ne prévoit pas l’ampleur de son embouchure. Ici, cela est basque, mais cela est aussi espagnol ; en quelques heures de marche, on se sent transporté fort loin. Et l’on pourra descendre le cours de la Bidassoa jusqu’à Irun, agréablement, d’où le chemin de fer vous ramène à Saint-Jean-de-Luz.



D’Ascain, pénétrant plus avant, on arrivera, en franchissant un col entre la Rhune et un de ses contreforts, à Sare, agreste station d’été. Les excursions y sont diverses ; il en est deux d’un intérêt particulier ; celles de la grotte de Lesia et les Palombières."



pays basque autrefois labourd grotte
GROTTE DE SARE
PAYS BASQUE D'ANTAN



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




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dimanche 3 juillet 2022

LA MAISON BASQUE EN 1916

LA MAISON BASQUE EN 1916.


Dans la société basque des années 1900, la maison ce ne sont pas seulement des murs appartenant à une famille, c'est bien plus que cela. 




pays basque autrefois maison ferme
MAISON BASQUE OCTOBRE 1916





Voici ce que rapporta à ce sujet la revue hebdomadaire En Route, le 26 octobre 1916, sous la 

plume de Paul Martignon :



"Une vieille ferme Basque.

Les trois caractéristiques de la "maison type" basque sont : les bois apparents dans la structure, la couleur brun rougeâtre de ces bois, et la forme du toit aux pentes inégales.



Une renaissance d'architecture locale. La maison Basque.



Conserver du pays où l’on édifie le caractère propre à son architecture locale, voilà ce qui devrait être la règle inspiratrice pour l’architecte et le propriétaire. 



Et cependant !... Le temps n’est pas loin où, sur les côtes bretonnes, normandes et basques, pour ne parler que de ces régions-là, chaque construction nouvelle prenait les traits sans caractère, sans style ni inspiration de la construction moderne. Certes, dans nos villes, de telles villas, chalets, maisons, choquent déjà ; pourtant elles ne paraissent pas un défi jeté aux yeux comme ces chalets suisses badigeonnés de jaune et coiffés de rouge, ces maisons à tourelles ou à colonnades aperçues au sein des campagnes ou sur les bords de la mer. Leur laideur échappe aux regards dans la rue large et populeuse ; elle s’impose brutalement entre les verdures d’un parc où elle s’isole. 



Tout cela a été bien compris depuis quelques années, pour la côte normande en particulier. Au pays basque, un grand effort reste encore à faire ; cependant il y faut constater une sorte de renaissance ou plutôt de réaction. 



Tant que Biarritz, Guéthary, Saint-Jean-de-Luz, Hendaye, n’ont été que de petites stations où les nouvelles constructions étaient rares, les baigneurs se satisfaisant pour la saison des vieilles maisons du pays, elles ont ignoré la laideur de la maison moderne, étalée entre des murs pleins de passé. C’était encore le temps des pignons de bois, des longs toits inégaux penchés sur les rues étroites. 



Mais ce temps passa, la vogue vint et s’accentua ; l’étranger se mit à bâtir et de tous côtés s’élevèrent de ces villas amorphes qui sont aussi mal à l’aise en Picardie qu’en Gascogne, à Vichy qu’à Brest. 



Cependant, combien était tentante dans ce pays basque l’architecture locale ! L’amateur, l’architecte le plus difficile ne peuvent lui faire le moindre reproche. Élégance, originalité, recueillement du chez-soi, ne possède-t-elle pas tout cela à un haut degré ? 



C’est une chose curieuse que la "maison type" basque. Ses caractéristiques, qui frappent d’abord l’œil le moins averti, sont les bois apparents dans la structure, la couleur et la forme du toit. 



Ces bois apparents, réservés généralement à la façade, sont encastrés dans le mur où ils tiennent comme des rubans de couleur brun rougeâtre, ou brique. Ils tombent perpendiculairement, encadrant naturellement, les fenêtres entre deux montants. Horizontalement, ils marquent l’étage d’une ligne simple, ou double, unie ou ouvragée, continuée souvent par un balcon de bois. 



Le toit est large, eu pente douce et souvent inégale, prolongeant un côté. La tuile employée pour ce toit n’a pas ce vermillon aigu qui incendie uniformément le profil des villes et des cam pagnes. Il est d’un rose dégradé, divers, étoffé de brun et d’orangé, un rose comme déjà mangé par les lichens et les pluies, doux, sobre, harmonisé au paysage. 



Ici, le voisinage de l’Océan, qui n’a pas le bleu cru de la Méditerranée — compagne des couleurs vives, — le voisinage aussi de la montagne grise et de la plaine pâle demandent une couleur atténuée qui ne brutalise pas la verdure des tamaris, des bouleaux, des platanes. Cela fait de loin des tons neutres et doux où la lumière joue au lieu de s’écraser. 



Ce type de maison basque entre de plus en plus, depuis quelques années, dans la construction nouvelle de la côte. Depuis se sont élevées : à Guéthary, la villa des Sept-Frères, appartenant au vicomte d’Elbée, blanche et toute garnie de balcons de bois ; Ama Ttikia (Petite mère), type plus affirmé de la maison basque, avec des raffinements ingénieux, parfaitement mariés à l’ensemble : les bois bien apparents, le toit avançant, les volets pleins ; à la Croix d’Elizabal, la maison de M. Denburger ; à la Croix-Blanche, celle de M. Basterrecha ; à Cambo, le chalet de M. Roland Gosselin, si recueilli et sobre dans la verdure, et la magnifique Arnaga d’Edmond Rostand, souvent décrite et qui offre sur la colline sa silhouette blanche. 





pays basque autrefois villa guéthary d'elbée
VILLA SEPT-FRERES GUETHARY
PAYS BASQUE D'ANTAN


pays basque autrefois villa guéthary
VILLA AMA TTIKIA GUETHARY
PAYS BASQUE D'ANTAN


pays basque autrefois rostand villa cambo
VILLA ARNAGA CAMBO-LES-BAINS
PAYS BASQUE D'ANTAN



A Saint-Jean-de-Luz nous trouvons aussi, dans maintes nouvelles constructions, la recherche du style basque : villa Miragarria, etc. ; un des grands hôtels de la ville, l’hôtel du Golf, s’en est aussi inspiré ; à Ciboure, les villas Ixcilleta, etc. ; à Hendaye, qui se bâtit si vite, nombreux sont les chalets basques. L’hôtel Eskualduna, tout en suivant d’assez loin le style local, en dérive cependant. 



pays basque autrefois villas luz labourd
VILLAS MIRAGARRIA JAIZQUIBEL ERAUNSSIA 
SAINT-JEAN-DE-LUZ


pays basque autrefois hôtel hendaye
HÔTEL ESKUALDUNA HENDAYE 1913
PAYS BASQUE D'ANTAN



Si la maison basque est toujours coiffée d’ardoise rose, elle n’a pas obligatoirement les bois apparents. La villa des Sept-Frères, à Guéthary, citée plus haut, en est un exemple ; elle appartient à ce modèle : murs blancs unis, volets bruns, toit en auvent, balcons de bois, comme on en voit tant à Saint-Jean-Pied-de-Port, Ascain, Saint-Pée-sur-Nivelle, Sare, ou encore, tout à fait sur la côte, comme ce village de Bidart qui de loin est un aveuglant chapelet blanc. 



Nous voudrions citer ici, sur la renaissance de l’architecture basque, l’avis très autorisé de M. Étienne Decrept, l’auteur de Maïtena.




pays basque autrefois pièce théâtre
MAÏTENA D'ETIENNE DECREPT
PAYS BASQUE D'ANTAN


"Des propriétaires de fortune médiocre faisaient bâtir des constructions dont la prétention et l’inharmonie provoquaient des hurlements chez les hommes capables d’établir des rapports entre les diverses choses qui concourent à la formation d’un ensemble eurythmique. 


Or, je constate avec joie, depuis quelques années, que cet ensemble se crée, par-ci, par-là, de par la volonté de propriétaires instruits et d’architectes persévérants. Il faut espérer que ce mouvement s’étendra à tout le pays, au lieu de se localiser sur le littoral. Aussi bien, il a gagné le Guipuzcoa et même la Biscaye, où les maisons basques de style labourdin se multiplient. Je désire que cet engouement se généralise, atteigne la ville au lieu de se cantonner exclusivement dans la campagne, y fasse monter les maisons en façade sur le trottoir, les auberges pittoresques en encorbellement, les magasins réjouissants à l’œil par la variété des lignes, rappelant assez exactement ces délicieuses rues du moyen âge dont les dessins de Gustave Doré et Henri Pille nous donnent une idée si séduisante, et enfin les églises et édifices du culte. Tout cela, bien entendu, sans préjudice des ressources que nous procure le confort moderne. Le Passé a de l’excellent, et je suis d’accord sur ce point avec Taine, mais le Présent a du bon qu'il convient de ne pas négliger."



On voit par ce qui précède l’effort chaleureux qui semble vouloir porter à sa place l'architecture locale basque. Aussi ne désespérons nous pas de voir un jour Guéthary, Bidart, Saint-Jean-de-Luz, Hendaye, toutes nos plages en vogue, harmonisées au paysage et ne l’éclaboussant plus. Pourquoi tout cela ne viendrait-il pas vite ? Pourquoi n’aurions-nous pas encore cette surprise que j’eus, un matin de septembre peu lointain, à Ciboure



Je montais, pour la centième fois peut-être en quelques années, un chemin que j’aime, qui regarde la mer, tourne entre les ronces et les troènes, passe devant la vieille église de Bordagin et redescend ensuite vers la vue de terre : plaine bleue, Rhune violette. Depuis des années, j’avais remarqué là, une ferme basque précédée de deux platanes, une vraie maison type avec ses bois bruns encadrant ses fenêtres. 



pays basque autrefois tour bordagain
BORDAGAIN CIBOURE 1913
PAYS BASQUE D'ANTAN



Mais ce matin-là, comme je m’apprêtais à la revoir après une année d’absence, la surprise me cloua sur place. La ferme était toujours là, mais si claire, si propre, si blanche, qu’on l’eût dit touchée par la baguette d’une fée. 



Rien absolument n’avait été changé à l’extérieur : les balcons regardaient toujours la Nivelle et les bois soulignaient vigoureusement l’étage d’une ligne double. C’était maintenant une maison riche achetée par une famille étrangère et "accommodée". 



J’en ai vu d’autres depuis, ainsi transformées, car la trouvaille est déjà exploitée. On ne peut que les souhaiter de plus en plus nombreuses. Elles seront là, dressées, attendant que s’élèvent autour d’elles d’autres sœurs à même visage, pareillement recueillies, accueillantes et si coquettes ! D’une coquetterie qui ne dit pas bruyamment : "Voyez, je suis belle, admirez-moi !" mais : "Je suis finie et belle pour mon maître ; je suis faite pour le bonheur paisible. La couleur de mes bois, sur ma façade, est celle du tronc brun de tamaris balançant son feuillage de fenouil délicat sur le ciel blanc des journées chaudes. Regardez-moi et dites si vous n’avez pas déjà envié de m’avoir."


(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)


   





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