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dimanche 3 août 2025

"L'ENTREVUE D'ARNÉGUY" EN BASSE-NAVARRE AU PAYS BASQUE EN JUIN 1946

"L'ENTREVUE D'ARNÉGUY" EN 1946.


Le 29 avril 1946, est votée par le Conseil de Sécurité de l'ONU, la résolution 4, qui décide de procéder à des enquêtes complémentaires dans le but de définir si la situation en Espagne (sous le régime franquiste) conduit à un désaccord entre nations et menace la paix mondiale.



pays basque autrefois républicains franquistes basse-navarre
VUE AERIENNE D'ARNEGUY EN 1947
PAYS BASQUE D'ANTAN





Voici ce que rapporta au sujet d'une rencontre entre Républicains Espagnols et Franquistes, à 

Arnéguy, en juin 1946, la presse locale et nationale, dans plusieurs éditions :



  • Le Journal de Biarritz et de la Côte Basque, le 6 juin 1946, sous la plume de Paul Cazeaux :

"A Arnéguy, sur la frontière espagnole, des ministres du gouvernement Franco ont rencontré un délégué du cabinet Giral.




pays basque autrefois républicains franquistes basse-navarre
JOSE GIRAL EN 1946



Ecoeurés par la répression antirépublicaine ils veulent "lâcher" le Caudillo.

(De notre envoyé spécial).



Arnéguy est un tout petit village du Pays Basque, situé très exactement sur la frontière franco-espagnole. C'est là que deux ministres du gouvernement du général Franco viennent d'avoir une entrevue avec un représentant du cabinet Giral.

Entrevue sensationnelle, puisqu'il s'agit en fait, d'une manoeuvre politique destinée à renverser le Caudillo et d'éviter à l'Espagne une nouvelle révolution.



C'est tout à fait par hasard que nous avions eu vent de cette entrevue ; elle avait, du reste, été retardée jusqu'après les élections françaises.



Ce n'est certainement pas sans mal que nous avons pu joindre les deux ministres franquistes, mais l'un d'eux a bien voulu nous donner une interview.



"A l'heure actuelle, nous a-t-il déclaré notamment, le Conseil de Sécurité va prendre une décision vis-à-vis de l'Espagne franquiste. Nous serons probablement placés à l'index du monde jusqu'au jour où, exsangue, nous serons forcés de capituler. A ce moment-là, moi qui vous parle, je serai probablement considéré par mes compatriotes de la même façon que vous, Français, jugez vos ministres vichyssois depuis la Libération. Et pourtant, nous voulons tout faire pour éviter à l'Espagne une nouvelle révolution. Nous attendions le résultat des élections françaises pour agir, car nous savions que notre pays pouvait tout craindre, jusques y compris la guerre en cas de victoire communiste. 


Nous avons l'impression aujourd'hui, et ce sentiment est généralement partagé dans notre pays, que le risque de guerre est écarté. Et nous sommes là pour résoudre pacifiquement la question espagnole. Mon ami et moi-même avons tenu à entamer des pourparlers officieux pour l'instant, et sans mandat du général Franco, avec nos compatriotes républicains exilés en France.


Ce que nous voulons avant tout, c'est éviter à l'Espagne le risque d'une guerre civile ou internationale.



— Croyez-vous arriver à un accord ?


J'en suis personnellement persuadé, convaincu que nos camarades exilés tiendront compte de l'aide que nous leur aurons apportée et que je peux qualifier de décisive.



— Combien de temps pourra-t-il s'écouler entre la chute de Franco et l'instauration du nouveau régime ? Des troubles se produiront-ils à l'intérieur du pays ?


 Nous avons tout envisagé. Je pourrais vous tracer un parallèle historique, mais je n'y tiens guère. Sachez seulement que Franco n'en a plus maintenant pour bien longtemps. Les Anglo-Américains sont prêts à le lâcher s'ils savent que l'instauration du nouveau régime peut se faire sans effusion de sang. Seuls des Espagnols n'ayant jamais quitté l'Espagne peuvent réussir cette tâche, d'autant plus que le peuple espagnol tout entier ne tient guère à prendre prétexte de sa "libération" pour semer la panique et les troubles dont il serait le premier victime. Les mesures nécessaires sont prises.


— Et les prisonniers politiques ?


Nous avons tout préparé pour que leur vie soit sauvegardée et que, libérés, leur joie ne devienne pas un élément de trouble.

En un mot, vous pouvez assurer le peuple de France et nos voisins Basques que l'Espagne "retardataire" a évolué et qu'elle saura se joindre au concert des nations démocratiques sans verser le sang ou inquiéter qui que ce soit. Essentiellement catholique, mais aimant comme vous-mêmes Français, la liberté, elle prendra toutes ses précautions pour éviter ce que l'on appelle "le péril rouge", tout en rétablissant en Espagne un régime républicain qui lui permettra de concilier et ses conceptions morales et l'avenir économique et social du pays.



Après ces déclarations, les deux ministres espagnols, dont nous nous sommes engagés à respecter l'anonymat, ont regagné l'Espagne, non sans nous assurer une dernière fois de la sympathie qu'ils portent au peuple de France et de l'espoir qu'ils nourrissent de le voir redevenir le grand ami du peuple espagnol."



pays basque autrefois républicains franquistes basse-navarre
ARNEGUY
PAYS BASQUE D'ANTAN



  • le journal Combat, le 7 juin 1946 :



"Deux ministres de Franco seraient venus en France pour y rencontrer un représentant du gouvernement Giral.


Biarritz, 6 Juin. — Le "Journal de Biarritz" annonce ce soir que deux membres du gouvernement Franco ont rencontré à Arnéguy, en territoire français, un représentant du gouvernement Giral.

Un collaborateur de ce Journal, M. Paul Cazeaux déclare avoir interviewé un des ministres espagnols, dont il s'est engagé à respecter l'incognito.



"Du fait de la décision du Conseil de Sécurité, aurait dit le ministre à M. Cazeaux, nous serons sans doute mis à l'index du monde, puis contraints de capituler.


Je serai probablement jugé par mes compatriotes de la façon dont vous, Français, jugez vos ministres vichyssois depuis votre libération. Pourtant, je désire tout faire pour éviter à l'Espagne une nouvelle révolution.


Nous attendions, aurait ajouté le ministre espagnol, le résultat des élections françaises pour agir, car nous savions que notre pays pouvait tout craindre, jusques et y compris la guerre, en cas de victoire communiste.


Nous avons l'impression, aujourd'hui, que ce sentiment est généralement partagé, que le risque de guerre est écarté, et nous sommes là pour résoudre pacifiquement la question espagnole.


En un mot, vous pouvez assurer le peuple de France que l'Espagne retardataire a évolué et qu'elle saura se joindre au concert des nations démocratiques sans verser de sang ou inquiéter qui que ce soit."



(La délégation du gouvernement d'Euzkadi à Bayonne déclare tout ignorer de l'entrevue qui aurait eu lieu à Arnéguy et ne pouvoir, par conséquent, ni démentir ni confirmer l'information du "Journal de Biarritz". Dans les milieux républicains espagnols de Paris, on estime que cette information est dénuée de fondement, tous les ministres du gouvernement Giral se trouvant actuellement, soit à Paris, soit au Mexique.)



"Voulez-vous que je reste au pouvoir ?" demanderait Franco par référendum.



Une haute personnalité espagnole de droite, qui vient d'arriver en France, a déclaré : 

"Il semble bien établi que si, sous la pression de l'opinion mondiale, Franco se sentait enfin dans l'obligation d'abandonner le pouvoir, il ne prendrait pas cette décision avant d'en appeler au peuple espagnol par la voix d'un référendum.


Mais, contrairement à l'opinion généralement répandue dans le monde, ce n'est pas sur sa préférence pour le régime républicain ou monarchiste que serait consultée la nation espagnole, mais plus simplement sur cette question que poserait Franco : "Voulez-vous, oui ou non, que je reste au pouvoir ?"



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)







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lundi 1 mai 2023

GRÈVE À BILBAO EN BISCAYE AU PAYS BASQUE EN MAI 1947

GRÈVE À BILBAO EN MAI 1947.


A partir du 1er mai 1947, des milliers d'ouvriers se mettent en grève, à Bilbao.


1er mayo españa 1947
1ER MAI 1947 ESPAGNE
JOURNAL RENOVACION





La tradition du premier mai  revendicatif des travailleurs remonte au Premier Mai 1886.


Cette année-là, les syndicalistes américains organisent des actions collectives le premier mai en 

faveur de la journée de huit heures.



Certains travailleurs obtiennent satisfaction mais 340 000 d'entre eux doivent faire grève 

pour avoir eux aussi gain de cause.



Le 3 mai 1856, une manifestation est violemment réprimée par la police et il y a trois morts 

parmi les grévistes.



Une marche de protestation a lieu le lendemain et au moment de la dispersion, une bombe 

explose.



Il y a une quinzaine de morts parmi les policiers.



Trois syndicalistes anarchistes sont jugés et condamnés à la prison à perpétuité.

Cinq autres sont pendus le 11 novembre 1886 malgré des preuves incertaines. 

Ils seront réhabilités plusieurs années après.




En souvenir de ce drame va être instauré chaque année une "journée internationale des 

travailleurs" ou "Fête des travailleurs", appelée plus communément "Fête du Travail".



Voici ce que rapporta la presse nationale au sujet de ces grèves en Pays Basque Sud, en mai 1947 :


  • Combat, le 4 mai 1947 :

"Franco accentue la répression contre les Républicains.


Madrid, 3 mai. — Poursuivant sa lutte contre l’agitation républicaine qui se manifeste par "des explosions, des naufrages, des déraillements, des vols et des meurtres", le général Franco a signé un décret ordonnant la peine de mort pour tous les individus coupables d’atteintes à la sécurité publique. Ceux qui ont aidé le maquis républicain, soit par le recel d’armes et de tracts, soit par la séquestration de militants franquistes, passeront en cour martiale,


Dans de nombreuses entreprises de Bilbao, les ouvriers ont fait grève le 1er mai, pour protester contre la suppression de la Fête du Travail. A la suite de cet événement, tous les grévistes ont été renvoyés. Ils devront signer une demande de réintégration et perdront leurs droits d’ancienneté."



  • L'Humanité, le 6 mai 1947 :

"La lutte du peuple espagnol.

A Bilbao, 80 % des ouvriers ont fait grève pour la Fête du Travail. 


Bilbao, 5 mai. — Pour le 1er mai, le Conseil de la Résistance a lancé un appel aux travailleurs, leur demandant de cesser le travail. De nombreux tracts avaient été distribués, rédigés avec l’accord des organisations syndicales.


Le gouverneur franquiste de la ville avait donné l’ordre aux Industriels de licencier tous les ouvriers qui ne viendraient pas à leur travail. Malgré cette menace, 70 à 80 p. 100 des travailleurs de la ville ont fait grève. La radio officielle a dû le reconnaître et des mesures vont être prises contre les ouvriers "coupables" d’avoir voulu fêter le 1er mai. Deux industriels qui avaient donné l’autorisation à leurs ouvriers de ne pas travailler ont été emprisonnés.


Nouvelles grèves.

Bilbao, 5 mai. 

— Vingt mille ouvriers, représentant environ 35 % du personnel des usines de Bilbao et de sa banlieue, se sont mis en grève aujourd’hui à midi. 



  • L'Humanité, le 7 mai 1947 :

"25 000 grévistes à Bilbao.

Madrid, 6 mai. 


— Malgré les arrestations, malgré les menaces, la grève des travailleurs de Bilbao, en Biscaye, se poursuit et s’étend. Le nombre des grévistes, qui était, hier, de 20 000, a augmenté de 5 000 aujourd’hui.


Le 30 avril dernier, déjà, en prévision de la grève du lendemain, des manifestations de masse avaient eu lieu dans la ville. Plusieurs milliers de personnes s’étaient rassemblées, en particulier, dans la rue San Francisco.


Malgré l’ordre donné par le gouverneur franquiste Genaro Riestra, de licencier tous les ouvriers qui feraient grève, 50 000 ouvriers ne se sont pas rendus à leur travail, le 1er mai.


La grève a été totale dans les entreprises suivantes : Euzkalduna, Constructora Naval (constructions navales), La Delta (métallurgie). Dans les entreprises Babcock Wilcox (constructions navales) et Altos Hornos (sidérurgie), 50 % des ouvriers ont fait grève. De nombreuses autres entreprises plus petites avaient cessé complètement le travail.


La manifestation ayant été organisée par les trois organisations syndicales : C.N.T., U.G.T., syndicats chrétiens, elle revêt le caractère d’unité ouvrière pour la lutte contre le franquisme.



Quelques patrons ont autorisé leurs ouvriers à ne pas travailler le 1er Mai. Ils ont été emprisonnés.


D’autre part le gouverneur a ordonné le licenciement de 14 000 travailleurs à la suite de la grève "illégale". De leur côté, les patrons en ont licencié 15 000. Ces ouvriers doivent solliciter leur remploi. Au cas où celui-ci serait accepté le salaire des "bénéficiaires" serait diminué.


C’est pour protester contre ces nouvelles sanctions que la grève a été déclenchée hier. Plusieurs centaines de personnes ont déjà été arrêtées.


Ces actes d’hostilité à l’égard du régime franquiste sont d’autant plus difficiles à accepter par les autorités qu’une manifestation phalangiste doit avoir lieu le 15 mai à Bilbao, pour manifester "l’adhésion des ouvriers basques au franquisme" !




  • L'Humanité, le 8 mai 1947 :

"Le nombre des grévistes de Bilbao a doublé en 24 heures.

Ni les représailles, ni les violences ne nous font peur" déclarent les Résistants basques.


Bilbao, 7 mai. — Le nombre des grévistes, qui s’élève à 50 000, a doublé en vingt-quatre heures à Bilbao. Aux métallo et ouvriers des chantiers navals se sont joints les boulangers, les ouvriers du bâtiment et des transports. Les plus importantes entreprises de la ville et de la banlieue sont atteintes par le mouvement, qui paralyse entièrement les trois quarts de l’industrie lourde du pays basque.


Le bruit court, d’ailleurs, que des grèves de solidarité pourraient être déclenchées sous peu dans d’autres centres industriels, notamment à Madrid et Barcelone.


Devant cette situation, les autorités franquistes font preuve d’une certaine nervosité. D’une part, l’intransigeance du gouverneur a diminué à l’égard dès ouvriers qui ne s’étaient pas rendus au travail le 1er mai : ces ouvriers, dont 15 000 ont été licenciés, pourront être réembauchés sans perdre leurs droits d’ancienneté et sans diminution de leurs salaires.


Mais, d’autre part, les mesures de répression ont été intensifiées. Bilbao et les villes de la banlieue sont en état de siège. Des centaines de travailleurs ont été emprisonnés, ainsi d’ailleurs que plusieurs patrons qui avaient autorisé leurs ouvriers à faire grève le 1er mai. La garnison de Bilbao a été renforcée et de nouveaux renforts convergent vers la ville, venant de Madrid, Saragosse et Pampelune... 



Le message de la Résistance basque.



Commentant la situation à Bilbao, M. Aguirre, président du gouvernement basque en exil, a déclaré, hier, à Paris, au cours d’une conférence de presse :


pays basque autrefois euzkadi president gouvernement
JOSE ANTONIO AGUIRRE Y LESCUBE PRESIDENT GOUVERNEMENT BASQUE 1936


"Le peuple basque vient de manifester son patriotisme en protestant contre le régime de Franco. En dépit des mesures coercitives et des incarcérations, les Basques ont célébré le 1er mai. Non seulement les travailleurs, mais le peuple entier s’est associé à cette démonstration de protestation dirigée par le Conseil de la Résistance."



Et le président du gouvernement d’Euskadi a lu un message qui lui a été adressé par le Conseil de la Résistance et qui déclare :


"Il y a dans notre soulèvement populaire des bases positives d’un véritable mouvement pour la liberté.


Nous avons pris une décision inébranlable que, seul, le rétablissement de la justice et de la liberté pourrait empêcher. Ni les représailles, ni les violences ne nous font peur.


La Résistance basque salue tous les démocrates du monde par l'intermédiaire de notre gouvernement légitime en exil."



Un appel du P.C. d'Espagne à la solidarité internationale.



partido communista españa logo
LOGO PARTI COMMUNISTE D'ESPAGNE



Communiqué du Bureau Politique du Parti Communiste d’Espagne : 


Le Bureau Politique s’est réuni pour examiner les informations qui lui sont parvenues au sujet de la cessation presque générale du travail par les ouvriers de Biscaye, le 1er Mai, commémoration de cette journée de solidarité et de lutte du prolétariat international.


Le Bureau Politique a décidé d'envoyer son salut fraternel aux héroïques ouvriers de Biscaye, qui ont donné un si magnifique exemple d’unité et de combat antifranquiste et de claire et profonde conviction républicaine. Il les encourage à se maintenir fermes dans la lutte et à la continuer, étroitement unis, pour pouvoir faire face victorieusement aux représailles que le franquisme commence à prendre, jusqu’à qu’ils obtiennent la libération de tous les détenus et la réadmissions au travail des ouvriers révoqués.


Le Bureau Politique s’adresse aux ouvriers et aux antifranquistes du reste de l’Espagne et de l’émigration — en premier lieu aux communistes — afin que, par une action solidaire, ils soutiennent par tous les moyens dont ils disposent les ouvriers basques dans leur lutte exemplaire et empêchent que le franquisme, par des mesures terroristes, s’acharne contre la courageuse classe ouvrière d’Euskadi.


Le Bureau Politique s’adresse également à toutes les forces de la classe ouvrière et de la démocratie mondiale, leur demandant une action énergique pour appuyer les ouvriers de Bilbao, en même temps qu’ils redoublent leur exigence pour l’application d’un boycott effectif contre le régime franquiste, qui, à cette occasion, a mis une fois de plus crûment au découvert son caractère terroriste, en réprimant sauvagement la célébration pacifique du 1er Mal.

Paris, le 7 mai 1947.

Le B. P. 

du P. C. D’Espagne."


(Source : Renouveau (Mexico) : Organe de la Fédération de la Jeunesse Socialiste d’Espagne. Année IV, no 32, 1er mai 1947 | Bibliothèque virtuelle Miguel de Cervantes (cervantesvirtual.com) et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)








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jeudi 4 août 2022

LA "GUERRE" DE LA PÊCHE AU PAYS BASQUE EN 1946

LA "GUERRE" DE LA PÊCHE AU PAYS BASQUE EN 1946.


Au cours de l'Histoire, de nombreux conflits de pêche ont opposé les pêcheurs Basques des deux côtés de la frontière.




pais vasco antes pesca justicia
BIDASSOA ET FONTARRABIE 1946
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta le journal Combat, le 2 mars 1946, sous la plume de Paul Bodin :



"Trente-six pêcheurs espagnols venus chercher des sardines dans les eaux françaises attendent à Bayonne leur comparution en Correctionnelle.



De notre envoyé spécial Paul Bodin.



Bayonne, 1er mars (par téléphone).



— La petite ville d’Hendaye, où souffle un vent violent, semble morte. A la gare, tout trafic est suspendu avec l’Espagne voisine, Mais il en va autrement du trafic maritime comme nous avons pu le constater à Bayonne même, où le train m’a amené.



Voici le vaste estuaire de l’Adour. Des nuées de mouettes volent dans l’air clair, au-dessus des barques bleues. Leur troupe criarde tourne autour de la cheminée d’un beau navire où flotte le pavillon rouge-jaune-rouge de l’Espagne franquiste.



Malgré l’ordre formel de la Fédération des Syndicats maritimes, les dockers, à ma grande surprise, sont en train de décharger un bateau espagnol. J’arrive juste à temps pour assister, sur le quai, à une vive discussion entre un représentant du syndicat et les dockers. Les 1 300 tonnes d’huile, de vin, de conserves et de denrées diverses sont destinées à la Suisse. Mais la fermeture vise également le transit, et l’ordre de la Fédération est formel sur ce point.



Renseignements pris auprès de la direction du port, c'est le commandant du port qui a pris la décision de faire décharger le bateau espagnol, le "Duero Cadiz", qui vient, dit-il, de Lisbonne. Les dockers chargent en hâte les wagons, qui vont prendre la direction de Genève.



Durant le dernier mois, le trafic du port de Bayonne s’est presque uniquement effectué en faveur de la Suisse. Sur seize navires de 400 à 1 300 tonnes arrivés en février, six apportaient des marchandises pour la Suisse. Trois bateaux de minerai de zinc seulement sont arrivés d’Espagne pour la France. Les autres venaient d’Angleterre. Un dernier navire espagnol, venant de Santander, est attendu, et le commandant du port assure que les dockers le déchargeront.



La responsabilité de la sardine.



Bien que les dockers m’assurent que des marchandises diverses destinées à la France étaient déchargées à Bayonne, le commandant du port déclare que nous n’y recevions presque rien et que rien non plus n’en était expédié. Avant 1936, le trafic d’Espagne en France par le port de Bayonne n’atteignait d’ailleurs que 600 à 800 tonnes par an.



Non loin du bateau espagnol, dix-huit barques de pêche espagnoles sont amarrées, retenues prisonnières. La marine militaire les a capturées alors qu’elles naviguaient dans les eaux territoriales françaises. Car, explique le commandant du port, la sardine est un poisson migrateur, et les pêcheurs suivent le poisson...



Trente-six hommes d’équipage placés sous la protection du consul d'Espagne attendent, depuis dix-huit jours, qu’on les libère, mais ils doivent d'abord passer en correctionnelle, et cette affaire risque de provoquer de nouveaux incidents, car on accuse ces pêcheurs d’être des franquistes. Les délinquants ripostent en déclarant qu'ils sont nationalistes basques, mais ils restent muets quand on les presse de s’exprimer sur Franco. Ils consentent seulement à dire qu’on trouve de tout en Espagne, mais que la vie y est trop chère pour les ouvriers. Presque tous s'accordent à souligner le renforcement des mesures policières."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)





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lundi 28 décembre 2020

28 DÉCEMBRE 1937 : MORT DE MAURICE RAVEL UN MUSICIEN BASQUE

LA MORT DE MAURICE RAVEL.


Joseph Maurice Ravel est un compositeur Basque né à Ciboure (Basses-Pyrénées) le 7 mars 1875 et mort à Paris le 28 décembre 1937.



pays basque autrefois musicien boléro
MAURICE RAVEL



Voici ce que rapporta à ce sujet le journal Combat, le 10 mars 1938, sous la plume de Jacques 

Armand :



"Dans les premières œuvres de Ravel, l'influence de Debussy est évidente. Mais dès la "Pavane" et les "jeux d'eau" son style se fait plus personnel. Il renonce notamment à l'impressionnisme. Sa musique ne se présente plus comme un ensemble de notations précises, qui, en s’ajoutant les unes aux autres, finissent par produire l’effet désiré. Elle marque au contraire un retour très net vers les constructions classiques.



pays basque autrefois musicien boléro
PORTRAIT DE MAURICE RAVEL



L'épithète "classique" appliqué à Ravel étonne. Le classicisme est une vertu sévère qui prescrit à l'artiste de retrancher dans ses richesses intérieures tout ce qui n'est pas essentiel, de s’efforcer vers cette simplicité qui, par un curieux paradoxe, exprime plus que l'abondance même. L’apparence prodigieusement diverse des œuvres de Ravel ne doit pas tromper, et nous ne nierons pas qu’il y ait chez lui un amour du son comme tel, une complaisance pour certains accords que seul justifie le plaisir qu’ils lui font éprouver, qu’un génie plus rigoureux n’eut pas manqué de sacrifier aux exigences de son plan. Mais cette multiplicité est le plus souvent commandée par une construction solide qui l’ordonne et la discipline.



La mélodie avec lui reprend son ancienne importance. Elle est à nouveau l'âme de l’œuvre. Ce sont ses ressources qu’on exploite, sa logique qu’on développe, ses aventures qu’on raconte. Dans le Boléro, le thème tout de suite parvenu à sa plus haute perfection, se répété avec complaisance jusqu’à ce que l’esprit en ait pris une entière possession. Dans l’admirable concerto pour la main gauche, il se transforme sans cesse, s’enrichit, atteint une maturité éblouissante et finalement se dépasse. Mais c’est dans la "Forlane" du Tombeau de Couperin que Ravel laisse surprendre la perfection de son art. Il nous intéresse dès le début aux efforts d’un thème modeste, qui se cherche avec patience et rigueur ; nous pressentons que sa réussite sera éclatante ; et au moment où notre désir, exaspéré par l’attente, atteint sa plus haute exigence, nous aboutissons à une phrase furtive, vite disparue, mais dont l’agrément et la pureté passent notre espérance.



pays basque autrefois musicien boléro
MAURICE RAVEL



Ce classique ne pouvait se désintéresser de la question du rythme. Comme Mozart et Bach, comme Chopin plus tard, il a cherché à le renouveler en puisant dans le répertoire populaire. La danse surtout lui a offert d’utiles secours. Le Boléro, la Pavane, la Valse en sont les meilleurs exemples. Mais pour être plus cachée, l’influence de la danse est encore sensible dans des œuvres d'un caractère tout différent comme l’allègre conclusion du "lever du jour" de Daphnis et Chloé, ou certains moments de "Gaspard de la Nuit". Ravel ne s’en est pas tenu là, et s'est livré à des innovations qui ont souvent déconcerté ses auditeurs, sans qu’on puisse s’expliquer pourquoi. Ils n’ont pas été moins étonnés par l’introduction d’un rythme militaire dans le final du concerto, que les gens du grand siècle quand ils entendirent prononcer distinctement le mot "pisser" dans les "Plaideurs". Alors que leurs doigts de pied ont déjà compris et s’agitent dans leurs souliers, ils se raidissent intérieurement et cherchent dans le répertoire honorable quelque précédent qui leur permette d’accorder leur plaisir et leur dignité. On est tenté de leur dire, comme un des personnages de l’Impromptu de Paris "laissez-vous aller ; ne cherchez pas à comprendre : vous jugerez demain" ; mais un conseil aussi simple a peu de chances d’être apprécié par ceux qui n’ont pas été capables de le trouver eux-mêmes. Il nous faudrait maintenant parler de toute une classe de procédés, beaucoup plus étranges et encore plus mal compris. Certains semblent exprimer un mouvement de pudeur, un réflexe de défense de l’auteur contre l’émotion naissante ; certains autres ont trait à cet humour qui est un des grands charmes de Ravel.



La réussite sonore d’une œuvre n’est pas tout. Elle est au contraire peu de choses, si elle ne crée pas dans l'âme un retentissement fécond, si elle ne réussit, par quelques voies secrètes, à intéresser les facultés silencieuses. Or c’est par là que la musique de Ravel vaut, c’est par là qu’elle acquiert pour nous un prix inestimable.



En sortant d’un concert où l’on donnait du Ravel, nous éprouvons un sentiment qui ressemble beaucoup au bonheur. Mais il y a dans ce bonheur une confiance et une sûreté auxquelles ne nous ont pas habitués ces bonheurs humains, empoisonnée par la crainte de voir se dénouer un jour le concours de circonstances qui les a produits. C'est que Ravel a attiré notre attention sur les richesses du monde contre lesquelles le hasard ne peut rien, sans cet inépuisable réservoir de satisfactions que ce goût pour le malheur qu’il faut bien supposer à l’homme, nous conduit seul à méconnaître.



pays basque autrefois musicien boléro
MAURICE RAVEL



Il a dit la joie des sens, l’enchantement d’habiter un monde coloré, un monde où les choses et les bêtes mêlent harmonieusement leurs mouvements et leurs formes. Dans le "lever de jour" de Daphnis il nous montre comment l’ordre puissant, monumental des objets inanimés, seule réalité de la nuit, se complique à mesurer que se composent les mouvements de la vie, sans se départir jamais de cette harmonie profonde qui est pour celui qui le constate un sujet d’étonnement et de confiance.



Il a exprimé tout le charme de l’imagination, du rêve, de l’absence humaine. Il s’est efforcé de retrouver l'inspiration de ces conteurs orientaux qui par la seule vertu de leur parole avaient fait exister un monde qui fut longtemps le refuge de populations que la vie traitait durement.



Dans Gaspard de la Nuit, Ma mère l’Oye et Shéhérazade, Ravel essaye son pouvoir magique et nous conduit dans des régions fabuleuses, où notre dépaysement est complet, puisqu’il ne saurait y être question de nous, où les sentiments les plus redoutés, étant sans conséquences de maladies ou de mort réelles, se révèlent subitement agréables.



Mais c’est la création artistique et l’incomparable joie oui l’accompagne, qui ont donné à Ravel l’occasion d’écrire ses pages les plus fortes. Il a consacré le meilleur de son talent à célébrer Cet étonnant pouvoir qu’a l’homme de dépasser sans cesse les limites que semble lui imposer la nature. C’est l’inspiration qui est le sujet du Boléro et de la Valse. La matière qu’elle doit transformer est peu de choses, un simple rythme au début de la valse. Mais dès que passe le souffle créateur les inventions s’accumulent, luttent entre elles, et enfin s’accordent. Il se dégage de la réussite finale une émotion effrayante, un enthousiasme qui dépasse de beaucoup en intensité tous les autres sentiments humains. Il arrive même que le poète s’affole devant le nombre et la valeur des richesses découvertes : il perd alors le contrôle de ses créations et tout finit dans un désordre diabolique.



pays basque autrefois musicien boléro
MAURICE RAVEL



Cependant Ravel n’a pas exprimé que la joie. Je ne pense pas ici à la mélancolique "Pavane" (la mélancolie étant le luxe suprême des gens heureux), mais au Concerto dont certains moments sont poignants. C’est un cas à peu près unique dans son œuvre, et l’admirable beauté du second mouvement nous fait vivement regretter que Ravel eût emporté dans la tombe le secret musical de sa tristesse.



Ceci nous amène à penser que la joie que nous avons trouvée partout dans son œuvre n’est peut-être pas tout à fait l’image de son âme. Au lieu de chercher comme la génération précédente un soulagement à ses tourments dans la confidence, il a préféré peut-être exalter, par un effort de sa volonté, les raisons impérissables qu’a l’homme d’être heureux. Si c’est la joie que cette musique paraît tout d’abord nous communiquer, c’est au fond son courage qu’elle nous laisse, en secret."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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mardi 23 juin 2020

UN PORTIER BASQUE DE LA GESTAPO À PARIS EN 1944


UN PORTIER BASQUE À LA GESTAPO.


Pendant l'occupation allemande, il n'y a pas eu que des héros parmi les Basques.


samedi 13 juin 2020

RÉOUVERTURE DE LA FRONTIÈRE AU PAYS BASQUE EN 1947 ?


RÉOUVERTURE DE  LA FRONTIÈRE EN 1947 ?


La frontière entre l'Espagne et la France s'étend sur 623 kilomètres le long des Pyrénées et a connu, dans son histoire, de nombreuses fermetures.