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vendredi 20 février 2026

LA BASTIDE-CLAIRENCE EN BASSE-NAVARRE AU PAYS BASQUE EN FÉVRIER 1883

LABASTIDE-CLAIRENCE EN 1883.


La Bastide-Clairence, en Basse-Navarre, en 1883, comprend environ 1 400 habitants.



basse-navarre  pays basque autrefois
LABASTIDE CLAIRENCE - BASTIDA
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet l'hebdomadaire Le Journal de Saint-Jean-de-Luz, le 4 février 1883 

:



"Labastide-Clairence.


Voyez-vous cette petite demi-sang qui arrive tout de suite après les grandes écuries, dans le steeple-chase engagé entre les localités qui veulent avoir un article dans ce journal à la mode ? Voilà ce qu'est que d'être montée, dans ce sport d'un nouveau genre, par un gentleman dont la hardiesse et l'habileté se rient des obstacles. Sans même prendre le temps d'ajuster ses étriers, sans s'occuper de la surcharge d'un office public qui devait gêner singulièrement la liberté de son allure, il est parti comme une flèche au premier signal, et, prenant résolument la corde, ne l'a plus quittée jusqu'au poteau. Ustaritz, Espelette, nos plus proches voisins, se recueillent sans doute et prendront leur revanche en m'adressant des notices qui me permettent de les immortaliser ; mais, en attendant, Labastide-Clairence arrive première et aura les honneurs de cette journée. J'étais loin de m'y attendre, comme je ne soupçonnais guère, je le dis à ma grande confusion, tout ce que le passé de ce joli chef-lieu de canton a de romanesque et d'intéressant. Je suppose bien que ses habitants connaissent tout cela sur le bout de leur doigt ; mais je serais bien surpris s'il en était de même de la grande majorité de mes lecteurs et si, malgré tout le respect que je leur dois, mon ignorance ne se trouvait pas au contraire en nombreuse compagnie parmi eux.



Labastide-Clairence est à 46 kilom. de St-Jean-de-Luz, et à 25 de Bayonne par la route départementale n°3, qui, par parenthèse, est actuellement dans un état déplorable, au grand détriment de tout le pays qu'elle traverse, notamment des importantes salines de Briscous, dont cet état de choses enraye l'exploitation au moment même où la découverte de nouvelles mines de sel gemme allait lui donner une plus grande extension, et aussi au sérieux préjudice de l'Etat, qui ne tire pas de cette source abondante de revenus tout ce qu'elle pourrait lui donner. Mais nous avons promis de ne pas insister sur les critiques, quelque fondées qu'elles puissent être : passons ! Si vous êtes étranger, cher lecteur, et que vous partiez de Bayonne pour aller à Labastide-Clairence, vous ferez bien de prendre par Mousserole et de vous arrêter, en passant, à la croix de Mouguerre ; il y a là un magnifique panorama dont j'ai déjà eu l'occasion de vous parler, et qui vaut la peine qu'on fasse un petit détour. Et puis vous aurez le plaisir de voir, au bout du plateau, le bourg de Mouguerre, si fièrement campé autour de sa vieille église et coulant ses maisons blanches et coquettes jusqu'au bord de la route que vous devez rejoindre. Au retour vous reviendrez naturellement par Saint-Pierre-d'Irube, car ce serait dommage de ne pas suivre dans toute sa longueur ce délicieux village, propre, gai, aéré, élégant même, dont la succession de fraîches demeures, de maisons de campagne et de villas vous ramène, sans que vous y songiez, jusqu'aux portes de Bayonne.



Mais si je continue, nous n'arriverons jamais à Labastide, et nous n'aurons pas le temps de remonter doucement, pour gagner cette petite ville, le joli vallon où la Joyeuse, descendant gaiment comme le veut son nom, des hauteurs de Bonloc et d'Ayherre, promène ses eaux limpides pour aller les porter à l'Adour entre Guiche et Urt.



C'est sur l'un des coteaux de la rive droite de cette mignonne rivière que Labastide-Clairence fut construite tout d'une pièce en 1314 et 1315. Il y avait à ce sujet une légende qui courait autrefois dans le pays et, qui, de tous points invraisemblable, n'avait guère que le mérite contestable de donner une apparence de réalité à certain droit odieux prêté par la tradition aux seigneurs féodaux. Je préfère de beaucoup la version suivante, extraite par notre obligeant correspondant d'un petit manuscrit fort ancien qu'il a entre les mains et dont il veut bien nous offrir la primeur. Ce manuscrit raconte que, vers l'an 1300, environ 800 habitants de Rabastens-en-Bigorre (autrement Labastide-de-Bigorre) quittèrent leur pays par suite d'une guerre civile qui avait éclaté, à propos de la succession de la principauté dudit Rabastens, entre les enfants du dernier seigneur. Sa fille Claire, l'aînée, entendait succéder à son père en vertu de son droit de primogéniture, qui conservait toute sa force dans les pays du royaume de Navarre, la loi salique n'y étant pas en vigueur ; mais son frère cadet prétendait l'exclure, et avait levé des troupes pour appuyer ses prétentions par la force. La population se divisa en deux camps, et chacun des prétendants eut ses partisans qui prirent part à la lutte engagée entre eux. Le sort des armes ne fut pas favorable à Claire, qui se vit forcée, après plusieurs combats malheureux, de se réfugier dans le château de Rabastens, accompagnée d'un petit nombre de fidèles. Elle parvint à s'en échapper avec eux, à la faveur d'une nuit sombre suivie d'un épais brouillard, et à gagner les terres de Navarre pour se mettre sous la protection de son parent Louis-le-Hutin. Le roi voulut d'abord l'établir, avec ceux de ses partisans qui avaient quitté Rabastens pour la rejoindre, au midi de la Basse-Navarre et au pied de la montagne de Baïgoura, vers Irissarry et Ossès ; mais les habitants de cette contrée parlant basque, tandis que la langue des fugitifs étant le gascon, ne voulurent pas les souffrir dans leur voisinage. Alors le roi les fit passer dans la forêt de Mixe, dépendant de la Basse-Navarre, et leur y bâtit une ville qu'on nomma Labastide-Clairence, pour rappeler à la fois le nom de leur pays d'origine, Labastide-de-Bigorre, et celle de Claire, la fondatrice. Cette ville, où l'on parle encore gascon bien qu'elle soit au milieu de localités où la langue basque est restée en usage, est située à l'extrême limite de la Basse-Navarre : Hasparren, Urt, Briscous et Bardos, qui l'entourent, appartiennent au Labourd.




basse-navarre pays basque autrefois roi hutin
PORTRAIT DU ROI LOUIS X DIT "LE HUTIN"



Le roi Louis-le-Hutin fit bâtir la ville sur un plan régulier et en forme de croix, avec deux grandes rues, six carrefours, et au milieu de la rue principale une place carrée dont toutes les maisons sont à arceaux. Il fit construire à ses frais l'église, qui était la plus belle de la Basse-Navarre, et anoblit cent maisons ; il avantagea aussi la nouvelle ville d'un port à bateaux sur la Joyeuse, qui donna son nom au pont du Port, mais devint plus tard impraticable par suite de la construction de moulins. Indépendamment de ce port, le roi favorisa Labastide d'un marché par quinzaine et de deux foires de quinze jours chacune, l'une en mai et l'autre à la Saint-Martin. Ces foires et marchés furent des plus florissants jusqu'au commencement du XVIIIe siècle, et conservèrent plus tard une certaine activité ; on y venait de Bayonne, d'Oloron, d'Orthez, de Pau, et même de plus loin. Toutes les maisons étaient percées à boutique, et les arceaux se louaient fort cher aux marchands étrangers. Attirée par l'important trafic qui se faisait à Labastide, une colonie de juifs portugais s'y était établie dans des conditions de stabilité telles, qu'elle avait un médecin et un apothicaire Israélites, une synagogue qui était, croit-on, dans la maison Abraham, à côté du couvent des Soeurs de la Croix, et un cimetière particulier qui existe toujours à côté du cimetière actuel. En outre de la maison Abraham, il y a aussi à Labastide les maisons de Jacob, de David, de Juda, etc., qui sont des témoins encore debout de cette période de l'histoire de la ville. Beaucoup des familles israélites de Bayonne, presque toutes peut-être, ont eu des ancêtres à Labastide.



Le commerce important qui se faisait dans cette ville et y attirait, comme nous venons de le voir, de nombreux étrangers, et sans doute le souvenir traditionnel des circonstances dans lesquelles elle avait été fondée, avaient animé les habitants primitifs d'un grand esprit de tolérance. Aussi vécurent-ils en bonne intelligence, non seulement avec les israélites, mais encore avec les protestants de Sauveterre, d'Orthez, etc., qui vinrent s'y fixer pour leur négoce. Cette localité put donc traverser paisiblement la douloureuse époque des guerres de religion qui accumula tant de désastres et de ruines dans le Midi de la France. Cet esprit de tolérance réciproque chez les habitants de croyances différentes était poussé si loin, que les catholiques et les protestants célébraient alternativement leur culte dans l'église de la ville, comme cela se voit d'ailleurs encore de nos jours en d'autres lieux, notamment en Allemagne et même en Alsace. Jean de Lissarrague, natif de Briscous et curé de Labastide-Clairence, alla même un peut trop loin dans cette voie conciliante, en faisant une traduction basque du Nouveau-Testament à l'usage des protestans, ouvrage aujourd'hui fort rare, imprimé à La Rochelle en 1591. La date, le lieu d'impression et la dédicace à Jeanne d'Albret donnent déjà à penser sur l'orthodoxie de cette publication ; mais la préface d'un manuscrit de 1740 de Jean Haraneder, curé de Saint-Jean-de-Luz, qui traduisit le Nouveau-Testament pour les catholiques par ordre de l'évêque de Bayonne, traduction publiée en partie seulement de nos jours, accuse formellement Jean Leiçarraga, prêtre ou curé de Briscous, d'avoir abandonné la religion catholique pour embrasser celle de Calvin.



Quoi qu'il en soit des véritables doctrines de Lissarrague, on peut dire que son livre est, après celui de Bernard d'Etchepare, curé de Saint-Michel-le-Vieux, imprimé à Bordeaux en 1545, le plus ancien monument de la langue basque, et c'est à ce titre que j'en ai parlé ici un peu longuement.



pais vasco antes libro antiguo
LIVRE LINGUAE VASCONUM PRIMITIAE
DE BERNARD D'ETCHEPARE


Labastide-Clairence était le siège d'un archiprêtré de l'ordre observé entre les membres du clergé du diocèse de Bayonne dans le synode tenu en 1577. Cette ville a d'ailleurs sonné naissance à deux évêques du nom de Diharce, l'oncle et le neveu, qui ont successivement occupé le siège de Tarbes de 1577 à 1648, et dont le dernier surtout joua un rôle important : il fut notamment conseiller d'Etat et député aux Etats-Généraux en 1614.



Quel dommage de ne pouvoir donner qu'en courant un aperçu de tout ce que contiennent d'intéressant les notes qui m'ont été fournies ! Il y aurait encore beaucoup à dire, en effet, sur Labastide, si je n'étais pas condamné à perpétuité à brusquer la fin de mes articles. il faut bien pourtant que j'exprime, avant de terminer, un regret qui sera certainement partagé par tous les enfants de Labastide-Clairence. Cette ville avait autrefois deux très importantes industries, la bonneterie et la clouterie : la première occupait plus de mille ouvriers quand les filatures mécaniques ne l'avaient pas détrônée. Si les habitants, s'inspirant de leurs véritables intérêts et des avantages que lui donnait une nombreuse population ouvrière formée de longue main à ce genre de travail, étaient résolument entrés dans la voie que leur ouvrait ce nouveau mode de fabrication, ils auraient non seulement conservé mais même considérablement développé leur clientèle, au grand profit de la ville et de toute la contrée. Malheureusement il n'en a pas été ainsi, et Labastide-Clairence, qui comptait, il n'y a pas bien longtemps, près de trois mille âmes, est descendue aujourd'hui au dessous de quinze cents. Je souhaite de tout mon coeur à cette petite ville, si intéressante à plus d'un titre, quelque heureuse circonstance qui vienne lui rendre bientôt son ancienne prospérité."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)








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dimanche 18 janvier 2026

LA GROTTE D'ISTURITZ EN BASSE-NAVARRE AU PAYS BASQUE EN SEPTEMBRE 1883

LA GROTTE D'ISTURITZ EN 1883.


Les grottes d'Isturitz et d'Otsozelhaia forment une série de grottes naturelles avec habitat préhistorique situées sur le site naturel de la colline de Gaztelu, dans la vallée de l'Arberoue, en Basse-Navarre.




grottes basse-navarre pays basque préhistoire
VISION ORIENTALE GROTTES D'ISTURITZ
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet Jean-Baptiste Dasconaguerre dans l'hebdomadaire Le Journal de 

Saint-Jean-de-Luz, le 3 septembre 1883 :



"Le Golfe de Gascogne.


La Grotte d'Isturitz.



Sur les premiers gradins de la montagne Casteloumendia, au pied de laquelle s'étend la fertile vallée d'Arberoue, à quelques pas du village d'Isturitz, se dresse, menaçante, une vieille tour romaine, noir géant de pierre que le temps a laissé debout.



Au-dessous de la sombre ruine s'ouvre, couronnée d'une guirlande de fleurs et de lierre, l'entrée d'une grotte. On y descend par dix marches humides, à la lueur vacillante de torches qui laissent entrevoir des têtes grimaçantes sculptées dans le roc par le ciseau capricieux de la nature. Le visiteur qui s'engage dans le ténébreux labyrinthe est saisi d'une émotion profonde. L'eau, en s'infiltrant pendant des siècles à travers la voûte supérieure, a cristallisé de gigantesques colonnes, ornées de draperies étranges et estonnées de bizarres arabesques. On y voit, couché dans un repos éternel, des blocs cyclopéens pareils aux sphinx de la Haute-Egypte et sur lesquels semblent avoir été gravées les mystérieuses figures des hiéroglyphes antiques.



Il faudrait le pinceau de Rembrandt pour retracer les effroyables beautés de ce palais souterrain, dont une triple rangée de nains et de géants de pierre garde les longues galeries. Les oiseaux de nuit ont suspendu leurs nids aux parois de cette noire caverne, et l'on entend parfois dans le silence le battement monotone de leurs ailes et leur cri aigu et sinistre.



On est souvent obligé de ramper pour parcourir les innombrables détours de la grotte immense et pour mieux voir les stalactites suspendues à la voûte. Le son y est répercuté par les mille échos de la montagne ; on dirait que les génies de la terre y répondent de leurs voix railleuses ; puis, le silence se fait, et le palais fantastique apparaît dans sa solennelle majesté, éclairé par la flamme rougeâtre des torches de paille que le guide tient allumées. Alors, pendant un instant, le regard embrasse l'ensemble du plus bizarre des musées : en présence de ces merveilles, auxquelles la main de l'homme est étrangère, le visiteur reste muet, saisi, tant son admiration est grande.



Lorsqu'on sort de la grotte, le ciel semble plus pur, l'air plus tiède. Un souffle léger agite à peine les feuilles des noyers qui croissent au pied du souterrain. La vallée apparaît alors comme encadrée par deux collines parsemées de bosquets.



La grotte d'Isturitz, comme les gorges du Pas-de-Roland, est un but d'excursion pour l'étranger venu à Biarritz ou à Cambo. Aucun touriste ne quitte cette partie de nos Pyrénées sans avoir visité ce site sauvage et pittoresque.



grottes basse-navarre pays basque préhistoire
TEMPLE DE BOUDDHA GROTTES D'ISTURITZ
PAYS BASQUE D 'ANTAN


Après avoir salué une dernière fois la vieille tour en ruine, le visiteur descend dans la plaine par un sentier creusé dans le roc, au milieu d'ajoncs tout en fleurs. La blanche église du village se présente bientôt à son regard, dans sa simplicité rustique, avec son modeste clocher en forme de pyramide, au centre duquel la cloche se détache dans une niche à jour.



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L'EGLISE ET LA PLACE D'ISTURITS BASSE-NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Elle a ce cachet de style composite que l'on chercherait, vainement dans les églises des autres contrées. L'art moderne s'y allie à l'architecture du passé ; et lorsqu'on entre dans le sanctuaire, le calme religieux que l'on y trouve transporté bien vite l'âme loin des sphères tourmentées d'ici-bas.



Autour de la maison de Dieu s'étend le champ des morts ; la verdure et les fleurs y voilent les tristes nudités du tombeau : tout y respire un parfum de suave piété ; les croix de bois inclinées sur les tombes comme pour les bénir ; les grands saules qui semblent pleurer ceux qui dorment sous leur tranquille ombrage ; les touffes de roses et d'immortelles qui s'entrelacent aux bras de la croix ou qui, effeuillées, diaprent ces pierres tumulaires, tout dit bien hautement que les Basques savent garder pieusement le souvenir de ceux qui ne sont plus.



bayonne autrefois musee mort grottes basse-navarre pays basque préhistoire
LA TOMBE BASQUE MUSEE BASQUE BAYONNE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Le dimanche, au sortir de la grand messe, la veuve vient prier sur la tombe de son époux, l'enfant sur celle de sa mère, la mère sur la croix qui protège la dépouille mortelle de son enfant. Dans le Pays Basque, quand la mort est venue faire un vide dans une maison, un des membres de la famille accomplit chaque jour, durant la première année, un pèlerinage pieux à l'église de la paroisse, où une messe est célébrée pour le repos de l'âme du parent regretté.



grottes basse-navarre pays basque préhistoire
MANTEAU DE DEUIL
PAYS BASQUE D'ANTAN



Le jour des funérailles, le premier voisin porte la croix en signe de deuil ; un silence religieux règne dans tous les rangs pendant cette marche lente et recueillie. On y voit les hommes drapés dans un manteau de couleur sombre ; les femmes s'enveloppent dans les vastes replis de leur cape noire. A l'église brûlent dans des petites corbeilles d'osier des cierges de cire jaune ; les vapeurs de l'encens remplissent le temple, et chaque assistant, à un moment donné, va déposer entre les mains du prêtre le don d'une messe qui sera dite pour l'âme envolée.



Touchant et pieux usage qui n'existe plus que dans notre vieille Ibérie, dernière larme, dernière prière de l'âme qui reste pour l'âme qui s'en va !..."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)





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lundi 5 janvier 2026

L'ÉMIGRATION DES BASQUES EN SEPTEMBRE 1883

L'ÉMIGRATION BASQUE EN 1883.


Des centaines de milliers de Basques, du Nord et du Sud, ont émigré, partout dans le monde, et en particulier de l'autre côté de l'Atlantique, pendant des décennies, depuis 1830 environ.



emigracion vasca barco
BATEAU DE L'EMIGRATION
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet Jean-Baptiste Dasconaguerre dans l'hebdomadaire Le Journal de 

Saint-Jean-de-Luz, le 16 septembre 1883 :



"L'émigration des Basques.



Le Pays Basque est depuis longtemps victime du fléau de l'émigration. Celle-ci, semblable à une terrible épidémie, vide les maisons, décime les villages, et dépeuplant les campagnes, leur enlève une population sainte et forte, intelligente et généreuse ; elle y promène ses ravages incessants. Avec la perspective d'horizons merveilleux, elle pousse impitoyablement devant elle, en Amérique, la fleur de la jeunesse basquaise des deux sexes ; elle entraîne même souvent des familles entières, enfants et vieillards. On dirait parfois, à certaines époques, un exode des temps antiques.



Cependant la contrée que les émigrants illusionnés abandonnent est privilégiée de Dieu ; sa main, toujours bienfaisante, y a répandu avec les charmes d'une belle nature et d'un doux climat la richesse et la fécondité : plaines et montagnes, collines et vallons, fleuves et ruisseaux, grottes et cascades s'y donnent la main, et l'habitant y trouve, par un travail facile, les moyens de subvenir aux besoins d'une vie modeste mais heureuse : l'aurea mediocritas tant désirée du poète s'y réalise même bien souvent pour lui. Sous le ciel de son pays, jouissant des douceurs de la famille, au foyer de ses pères, le Basque peut vivre heureux. Il semble donc que tous ces avantages du sol natal devraient l'y retenir ; mais il a l'âme ardente, la tête exaltée, le coeur ambitieux. De loin en loin, il voit revenir d'Amérique dans son village quelques-uns de ses anciens amis d'enfance : partis pauvres, ils lui apparaissent après quelques années d'exil possesseurs de brillantes fortunes. Il les voit se bâtissant de belles demeures sur le lieu même où paraissait à peine avant leur départ le toit de chaume de leurs pères, et entourant leur existence de tout le confortable et quelquefois de tout le luxe de la vie moderne.



Ce spectacle l'enflamme, son imagination s'exalte, son coeur se remplit de désirs insatiables, et, comparant sa modeste existence à celle que mène à ses côtés son ancien camarade, dont il était l'égal, il veut, lui aussi, aller tenter fortune. Il ne sait pas le nombre considérable des malheureux imprudents qui sont morts à la peine ou restés sur la brèche dans ces pays lointains objets de ses désirs. Il croit en lui, il espère ; il part. Son exemple est contagieux, beaucoup émigrent avec lui ; mais de tous ces partants combien peu, hélas ! qui reviennent !



Sur les terres lointaines d'Amérique il y a 50 000 Basques, les uns riches, les autres dans la misère, mais tous français de coeur et pleins du désir de revoir leur patrie. Un empêchement indépendant de leur volonté leur en ferme les portes : partis jeunes de leur pas, ils n'ont pas satisfait aux lois de la conscription, et les peines qui les attendent en touchant le sol natal les retiennent à l'étranger. Souvent, à certaines époques, le gouvernement a levé cet obstacle, s'est montré bienveillant envers ces émigrants plus à craindre qu'à blâmer. Le moment ne serait-il pas venu de rendre à leur patrie tant de malheureux exilés ? Ils reviendraient avec joie, les uns y apportant leurs richesses, les autres leurs bras ; et tous nous serviraient d'auxiliaires pour combattre le fléau de l'émigration. Nous désirons vivement que cette mesure utile soit adoptée ; bien des familles basquaises, nous en sommes sûr, en béniraient les auteurs, et cela se comprend.



Interrogez, en effet, ce malheureux vieillard oublié sur la terre, accablé, et gémissant au souvenir de toutes les affections auxquelles il a survécu. Dieu lui avait donné cependant des rejetons par ses enfants : heureux au milieu d'eux, les berçant sur ses genoux, malgré ses malheurs il se sentait encore revivre. Sa vieillesse, au milieu de ses ronces et de ses épines, avait encore ses fleurs et ses parfums ; sa fin, il la voyait venir avec calme : les caresses dont on l'entourait berçaient son imagination comme une mère berce son enfant. On chantait, on gazouillait, on priait autour de lui, et sa vie devait s'éteindre douce, calme, sans crise ; mais tout-à-coup, tous ces oiseaux qui faisaient son charme s'envolent, disparaissent, sans lui laisser comme l'hirondelle l'espoir d'un prompt retour. Le Mexique a fait miroiter à leurs yeux son or, sa richesse ; et le pauvre vieillard est resté seul, seul dans sa maison vide, avec cette cruelle pensée au coeur : ils s'en vont, tu ne les reverras plus. Pauvre vieillard !



Voyez cette pauvre mère, au teint hâlé par la fatigue ou pâle comme un suaire. Elle avait un fils aîné, une fille chérie ; eux aussi entraînés par un rêve ambitieux, abusés par des promesses chimériques sont partis pour Buenos-Ayres et Montevideo : un an est passé depuis leur départ à bord de la Leopoldina-Rosa, et plus de nouvelles. La douleur torture cette pauvre mère ; s'il lui restait au moins une tombe où elle pourrait chaque jour venir prier, pleurer et répandre des fleurs ! Cette consolation ne lui est pas réservée.




emigracion vasca barco
CARTE NAUFRAGE LEOPOLDINA ROSA
URUGUAY 9 JUIN 1842



L'Amérique est le pays de l'or, j'y vais et j'en reviendrai bien vite, dit le basque. A mon retour, j'achèterai cette ferme, cette jolie maison que j'ai tant de fois souhaitée, rêvée pour ma fiancée ; à mon retour, notre bon curé bénira notre union. Le fiancé part. La fiancée n'est pas oubliée, car le Basque est constant et fidèle : mais la guerre éclate, des révolutions mettent tout à feu et à sang ; le choléra, la fièvre jaune, font des ravages incessants ; le jeune homme ne reparaît pas, nul ne sait où il est. Est-il vivant ? est-il mort ? Il vit toujours dans le coeur de sa fiancée ; mais celle-ci, semblable à la mère éplorée, cherche en vain une tombe pour y prier, pleurer et porter des fleurs et des bouquets.



Le Basque a du courage et de la fierté. Voyez-le au moment où la cloche annonce un incendie ou un fleuve débordé ; il est le premier sur la toiture en flammes, le premier à braver les flots. Mais habitué au grand air, à l'indépendance, à la liberté des montagnes, le joug et l'obéissance en dehors de celle qu'il doit au père et à la mère, à l'autorité locale ecclésiastique ou civile, lui pèsent : c'est comme un lion en cage qui brise ses barreaux.



Le Basque a un autre beau sentiment : c'est le sentiment religieux dont sa mère l'a imbu au berceau ; il porte sur sa poitrine le scapulaire et le chapelet dans sa poche. Mais il a u malheur : c'est qu'admirateur de sa belle langue, il se soucie fort peu des autres. Aussi qu'arrive-t-il ? Au régiment ses camarades le tournent en ridicule sur son chapelet, sur son scapulaire et sur son jargon ; les chefs l'ignorent, car, s'ils le savaient, ils y mettraient bon ordre. Au commandement des chefs, il répond constamment au rebours : "Tête droite !" les conscrits basques font tête gauche ; "En avant, marche !" ; ils reculent. Comprend-on après cela que tant de Basques fuient le service militaire au lieu de devancer l'appel ? Ils l'évitent au lieu de servir, et cependant, quand ils s'habituent à la vie des casernes, ils deviennent de bons soldats. Interrogez l'histoire. Ils font mal en fuyant les obligations du service militaire, et je suis le premier à les condamner ; mais ils partent, non point par lâcheté, mais entraînés par leur esprit d'indépendance et le désir de faire fortune en pays étranger.



Je l'ai déjà dit, le nombre des émigrés basques en Amérique est considérable. Quelques-uns sont riches, opulents même ; les autres, et c'est le grand nombre, sont pauvres et réduits à la plus profonde misère. Mais pour comble de malheur la plupart sont insoumis, ce qui pour eux veut dire flétris et déshonorés s'ils rentrent en France. Cependant tous sont Français et tous aiment leur pays ; ils ont tous gémi sur les malheurs qui l'ont frappé, et pendant qu'il était à se débattre sous l'étreinte de l'ennemi beaucoup de nos compatriotes sont accourus pour venir le défendre. Ceux qui n'ont pas pu suivre alors l'élan de leur patriotisme, en ont été empêchés par l'âge, les infirmités, les affaires, et surtout par l'état de gène où ils se trouvaient. Des souscriptions atteignant des chiffres considérables nous ont prouvé qu'ils n'avaient pas oublié le France, et que, malgré ses revers, ils étaient toujours Français et fiers de l'être.



pais vasco antes emigracion vasca barco
EMIGRATION BASQUE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Nous venons vous supplier, nous disent-ils constamment dans leurs lettres : rendez-nous à nos vieux parents, qui, avant de mourir, veulent nous revoir ! Rendez-nous à notre patrie, que l'exil nous fait apprécier et aimer davantage ! Pour punir notre insoumission, imposez-nous toutes sortes de sacrifices, moins la prison, qui pour nous est une flétrissure, et dont la seule pensée nous retient en pays étranger. Nous subventionnerons vos voies de communication, nous doterons vos bureaux de bienfaisance et vos hospices, et si jamais la France a besoin de nos enfants et de nos richesses, nous les mettrons volontiers à sa disposition : nous tâcherons de réparer ainsi la faute que nous avons inconsciemment commise. Et puis, nous retrouvant au milieu de ces bonnes populations basques que nous n'avons jamais cessé d'aimer, nous leur dirons : N'imitez pas notre exemple : quelques-uns d'entre nous sont devenus riches, il est vrai ; mais au prix de quelles privations et de quels sacrifices ! Leur santé même a disparu sous l'influence des climats torrides qu'ils ont habités. Quant au plus grand nombre, ils sont pauvres et malheureux ; et vous en voyez certains qui, après avoir perdu leurs plus belles années en pays étranger, sont obligés pour vivre de travailler dans leur propre pays. Restez donc dans notre belle France, et désormais ayez pour unique devise : Dieu, patrie, famille.



Tels sont les sentiments de nos compatriotes éloignés ; dont je me permets d'être ici l'interprète. Je m'empresse de déposer leurs voeux aux pieds de ceux qui savent si généreusement disposer des faveurs et des grâces."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)


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