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mercredi 19 août 2026

L'ÉLECTION DE MAULÉON EN SOULE EN PAYS BASQUE DE SEPTEMBRE 1889 (quatrième partie)

 

L'ÉLECTION DE MAULÉON DE SEPTEMBRE 1889.


En 1889, les 22 septembre et 6 octobre, ont lieu, en France, des élections législatives, et au Pays Basque, la lutte est acharnée entre les Républicains et les Conservateurs.



pays basque autrefois elections soule justice
LA RAGE DES ELECTIONS
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet le Journal Officiel, le 22 décembre 1889 :



"Chambre des Députés.

Extrait du Journal Officiel du 22 Décembre 1889.

Rapport par M. Goirand au nom du 8e Bureau sur l'élection de l'Arrondissement de Mauléon (Basses-Pyrénées).

Séance du 21 Décembre 1889.



pays basque autrefois elections politique soule 19ème siècle
LEOPOLD GOIRAND
SENATEUR DE JANVIER 1906 A JANVIER 1920



... M. Etcheverry-Aïnchart proteste énergiquement contre les actes de pression qui lui sont reprochés à Baïgorry. Les quatre électeurs sur lesquels il aurait agi ont également signé une protestation. 



Le desservant Agorreca (celui même qui a été condamné en police correctionnelle) n’a pas critiqué le Gouvernement dans ses sermons ; jamais il n’a parlé du Gouvernement ni en bien ni en mal ; il est faux qu’il ait attaqué les lois sur les écoles, sur le service militaire, le divorce (commune d’Ossès). 



Il est faux que le clergé ait combattu le Gouvernement (commune de Bidarrey). 



M. le curé d’Irouleguy n’a point, du haut de la chaire, lancé d'attaques directes ni indirectes contre les hommes du Gouvernement. 



Le sieur Garat proteste qu’il ait jamais été l’objet de l'acte d'intimidation attribué à l’abbé Eyherabide. — 8 signataires des protestations affirment n'avoir pas connu le sens de la protestation qu’ils avaient signée et n’avoir agi que sur la demande de l'instituteur. 



Enfin des électeurs d’Urepel dénoncent l’acte du sieur Refel qui aurait fait publier à son de caisse, à l'issue des deux messes, la suppression possible des crédits alloués à la commune en compensation des montagnes cédées à l'Espagne si le candidat réactionnaire était nommé. 



Il est à remarquer que dans cette commune d’Urepel le candidat républicain a perdu 64 voix sur l’élection de 1887 et que le conservateur en a gagné 71. 



Dans tout le canton de Baïgorry, sur la même élection la perte du candidat républicain est de 333 voix et le gain du conservateur de 542. 



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EGLISE ET CHÂTEAU ELISABELLAR IHOLDY
PAYS BASQUE D'ANTAN


Canton d'Iholdy



Dans le canton d’Iholdy de nombreuses protestations ayant le même caractère que celles citées ci-dessus ont été signées dans diverses communes. 



5 électeurs (signatures légalisées) de la commune de Hosta affirment que le desservant de leur paroisse a fait distribuer à chaque électeur deux brochures, tissu l’une et l'autre de mensonges et de calomnies contre le gouvernement républicain. 



Il a été lui-même de maison en maison pour indisposer les électeurs contre le candidat républicain, en répandant sur son compte les plus vilains propos, les plus honteuses calomnies. 



Le jour des élections, il a fait aux deux messes un sermon qui a terrifié toute la population. Jamais à Hosta on n'a entendu rien de pareil. Il nous est impossible de rappeler tout ce qui est sorti de sa bouche pendant plus d'une heure. Tenant une liasse de paperasses entre ses mains, il a lu et commenté des passages de certains évêques, disait-il, et recommandant à ses ouailles de voter, sous peine de péché mortel, pour l'homme qui aime et pratique la religion, qui ne veut pas de service militaire pour les prêtres, qui veut le rétablissement du catéchisme dans les écoles, etc., etc.



Les protestataires de la commune d’Iholdy résument ainsi le sermon et les faits et gestes du desservant Berho : 


"Le desservant d'Iholdy a traité à plusieurs reprises les membres du Gouvernement de juifs, de francs-maçons, de voleurs . 


Le dimanche 1er septembre, il a dit en chaire que s’il ne parlait pas des élections, il ressemblerait à un chien chargé de garder une maison et qui n’aboierait pas à l'approche des voleurs. Il ne saurait mieux comparer les élections qu’au jugement dernier : Le 22 septembre, comme dans ce jugement, les uns se placeront à droite, les autres à gauche. Que tous se préparent à passer le dimanche 22, jour dangereux, entre la confession et la communion, de manière à ne pas être tentés de commettre un sacrilège en votant pour le candidat hostile à la religion." 



Dans la commune d'Ibarolle, 5 électeurs (signatures non légalisées) affirment par leurs protestations que : 


"La brochure en basque Aphezac soldado, "Curés soldats", qui a été distribuée à profusion dans la commune, est sortie du presbytère. 


Les bulletins de vote que le père du desservant distribuait étaient pliés en triangle. 


Il donnait aux électeurs, à la porte de la mairie, une tasse de café et les accompagnait jusqu'à l'urne nantis du billet qu’il leur avait donné. 


Un pèlerinage à N.-D. de Lourdes a été organisé pour le 16 septembre, huit jours avant l'élection, pour les gens de la commune, par les soins du curé desservant. 


Le desservant a menacé un métayer d'être renvoyé s’il votait pour le républicain, lui disant qu’il se chargeait de lui faire donner congé par son propriétaire, et le congé a été signifié. 


"6 électeurs ( signatures non légalisées) de la commune de Lantabat dénoncent les paroles prononcées en chaire par le desservant de la paroisse, le matin des élections. 


Il a fait un sermon exhortant les électeurs à voter contre les francs-maçons (par francs-maçons il voulait désigner les partisans du Gouvernement). "Je suis payé, a-t-il dit, pour défendre les intérêts de la religion, et, quoi qu'il advienne, je ne faillira pas à mon devoir. 


"Que peut-on me faire ? ajoutait-il ; me mettre en prison ?... Cela m'est égal... Me guillotiner peut-être ?... Mon Dieu, peu m'importe.... Je suis payé pour défendre les intérêts de la religion. Je le ferai coûte que coûte." A la suite de ce sermon, tous les électeurs étaient terrorisés. Plusieurs personnes se sont retirées dans les larmes. 


pays basque autrefois basse-navarre
ST JUST IBARRE BASSE-NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN


L'action du desservant de Saint-Just-Ibarre se serait traduite, aussi par des paroles non moins violentes, ainsi que l'affirment 12 électeurs de cette commune (signatures non légalisées). 


"Il a profité surtout du confessionnal pour menacer, intimider les électeurs, leurs femmes et leurs enfants : pêché mortel, peines éternelles de l’enfer, refus des sacrements pour ceux qui voteraient pour M. Berdoly, et refus de première communion pour leurs enfants. Une de ses comparaisons entre tant d'autres : Prenez un poignard d'une main, un pistolet de l'autre ; eh bien, tuer ou faire tuer votre mère avec l’une de ces armes, ou voter pour Berdoly, c’est également criminel. On me donnerait dix mille francs que je ne voterais pas pour un pareil homme. 



pays basque autrefois élections soule 19ème siècle
MARTIAL BERDOLY REPUBLICAIN
PAYS BASQUE D'ANTAN

Le jour des élections, à la grand’messe, il recommande de prier chaudement pour la France et l’Église, sérieusement menacées (sic). Ne voulant pas attaquer trop ouvertement la République dans ses sermons, il se sert d’allégories, en veux-tu, en voilà. 



"Depuis le dernier pèlerinage de Lourdes, une mère de famille de Saint-Just est devenue complètement folle ; son esprit a été au dernier degré effrayé d'une foule de statues paraissant vivantes et de cadavres et fosses qu’on lui a montrés là-bas dans un souterrain. 


Une autre mère de famille, également au retour de Lourdes, a tenu toute sa famille dans la désolation, pendant une semaine ; sur les conseils pervers du curé, elle voulait amener son père et son mari à voter pour M. Etcheverry. Le mari, affligé de voir sa pauvre femme en cet état, à genoux, le jour, devant les siens, et le soir, en prières, au milieu de la chambre, tout en sanglotant, aurait été sur le point de saisir la justice."



Tous ces faits résultent non seulement des protestations ci-dessus analysées, mais encore de l'ensemble des 10 protestations de ce canton, revêtues de 82 signatures, dont 19 légalisées. 



A ces imputations, M. Etcheverry oppose 7 contre-protestations revêtues de 229 signatures, toutes légalisées. 



pays basque autrefois elections politique soule 19ème siècle
LOUIS ETCHEVERRY
DEPUTE BASSES-PYRENEES 1890


Ces contre-protestations affirment que les curés et desservants n’ont, dans leurs sermons, fait aucune allusion aux élections, que leur attitude a été irréprochable (commune de Hosta), leur réserve absolue, que l’intimidation et la corruption est venue du côté des républicains, déjeuners et dîners chez l’instituteur, auxquels assistait M. Berdoly (commune d'Iholdy), que les curés ont même parlé du maintien de la forme républicaine. 



Le curé de Bunus a eu une attitude irréprochable. Jamais la moindre allusion politique n’est sortie de sa bouche. 



Dans ce canton d'Iholdy le candidat républicain a perdu 133 voix sur l’élection de 1887 et le conservateur en a gagné 293."



A suivre...






(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)









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dimanche 19 juillet 2026

L'ÉLECTION DE MAULÉON EN SOULE EN PAYS BASQUE DE SEPTEMBRE 1889 (troisième partie)

 

L'ÉLECTION DE MAULÉON DE SEPTEMBRE 1889.


En 1889, les 22 septembre et 6 octobre, ont lieu, en France, des élections législatives, et au Pays Basque, la lutte est acharnée entre les Républicains et les Conservateurs.



pays basque autrefois elections politique
LA RAGE DES ELECTIONS
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet le Journal Officiel, le 22 décembre 1889 :



"Chambre des Députés.

Extrait du Journal Officiel du 22 Décembre 1889.

Rapport par M. Goirand au nom du 8e Bureau sur l'élection de l'Arrondissement de Mauléon (Basses-Pyrénées).

Séance du 21 Décembre 1889.



pays basque autrefois elections politique soule 19ème siècle
LEOPOLD GOIRAND
SENATEUR DE JANVIER 1906 A JANVIER 1920


"... Canton de Saint-Jean-Pied-de-Port (suite)



Dans la commune d’Ascarat, 6 électeurs, signatures légalisées, affirment que : 


"M. Eyhérabide, étudiant en prêtrise, a visité la plupart des électeurs de la commune d’Ascarat pour les engager à voter pour le candidat réactionnaire. Il disait à tous que la religion était menacée et le clergé persécuté par les républicains. 


C’est par crainte de la mort, comme il l’a dit lui-même, que le sieur Garat s’est décidé, après la visite de M. Eyhérabide, à voter pour M. Etcheverry."



pays basque autrefois elections politique soule 19ème siècle
LOUIS ETCHEVERRY
DEPUTE BASSES-PYRENEES 1890


10 électeurs de la commune de Lasse (signatures non légalisées) signalent l'ingérence du curé Mériatéguy dans l’élection. 


"Dans le cours de la période électorale, l’abbé Mériatéguy a appelé son frère missionnaire à Hasparren, pour catéchiser ses ouailles. Il a travaillé (le missionnaire) à Lasse une quinzaine de jours. Il a fait deux sermons, l'un plus violent que l’autre. Il a commencé par dire avec véhémence qu’il était de son devoir le plus sacré de parler "élections" et d’éclairer là-dessus les fidèles. 


Après avoir fait des allusions très blessantes pour le Gouvernement, il s’est écrié, dans la chaleur de son discours : Mes chers frères, lorsque vous avez chez vous une bête de prix à laquelle vous tenez beaucoup, enfin, bête que vous aimez beaucoup, vous ne la confierez pas à des voleurs, à des malfaiteurs qui veulent sa perte. Il faut donc, par les tristes temps que nous avons, mettre nos intérêts en de bonnes mains, dans des mains d'hommes qui soutiennent la religion et qui, par conséquent, ont notre confiance. Nous ne savons plus où nous allons. Des sociétés secrètes (la franc-maçonnerie) travaillent sourdement à détruire la religion. Le diable est en lutte ouverte contre l'Eglise, notre mère." 


"Le curé Mériatéguy lui-même, le matin des élections, a effleuré un peu tout ce qu’avait dit son frère, et il a terminé en recommandant de voter pour les hommes qui aiment la religion. 


II a appelé les électeurs à la sacristie en leur disant que c'était là qu’il leur donnerait leur bulletin. C’est ce qui est arrivé en effet. Les électeurs prenaient leurs bulletins à la sacristie, et ils étaient conduits, un par un, deux par deux, par le curé au scrutin. 



Il insultait les agents républicains et injuriait les fonctionnaires en public. 



Il s’est attardé, deux heures environ, sur la place publique à faire la propagande, alors que c’était l’heure des offices, tandis que son enfant de chœur, revêtu d'une robe rouge et d'un surplis blanc, faisait de l’espionnage à l’auberge."



Dans la commune d’Ossès, le desservant Agorreça, ayant attaqué violemment en chaire le Gouvernement républicain et représenté l’anniversaire de 1889 comme une apologie des massacres de septembre, a été poursuivi et condamné correctionnellement par le tribunal de Saint-Palais à 100 fr. d’amende. 



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MANUEL PETIT CATHECHISME ELECTORAL 1848


L’action de ce desservant sur les électeurs est dénoncée par une protestation de onze signatures non légalisées ; il aurait menacé de l'enfer ceux qui ne voteraient pas pour la religion et les accusait de trahir l’Eglise. 



Dix électeurs de la commune de Baïgorry (signatures non légalisées) affirment dans leur protestation que :


"Le 22 septembre dernier, à la messe basse du matin qui a précédé l'ouverture du scrutin, M. le doyen de Baïgorry a dit en chaire que voter mal, voter contre la religion, c’était un grand péché. 


Le même jour, vers les quatre heures de l’après-midi, ayant reçu avis qu'un sieur Etchechury, dit Marrusquet, pauvre, bien malade, âgé de 66 ans, n’était pas allé encore voter, M. le doyen, accompagné de son vicaire, M. Mocoçain, se rendit immédiatement au domicile dudit Etchechury, distant du lieu de vote d’environ 2 kilomètres. Cet homme, malgré son état de santé, et bien que ne s’étant pas levé de toute la journée, n’osa pas refuser ce service aux deux ecclésiastiques ; il se leva comme il put et fut immédiatement voter. 


Un sieur Martin Iputcha, âgé d’environ 80 ans, a été recueilli par charité, il y a quelques mois, au couvent d’Ustaritz. Quelque jours avant l’élection, il fut prévenu qu’il devait se rendre le 22 septembre à Baïgorry, où il était inscrit comme électeur. Effectivement, il y arriva vers les quatre heures de l’après-midi, se rendit directement au presbytère et de là revint, sous la vigilance d'agents réactionnaires, déposer son bulletin à la mairie. Ledit Iputcha lui-même s'est vanté publiquement que le doyen et son vicaire l'avaient bien hébergé et que chacun d’eux lui avait donné 5 fr. pour sa peine et son déplacement, et, dans ces conditions, il est tout prêt à recommencer chaque fois qu'on le voudra. 



Dans la commune de Lasse, le dimanche 22 septembre, un banquet de 30 couverts, commandé par M. Etcheverry, réunissait le maire (les conseillers municipaux alternativement) et les électeurs les plus influents de la commune. 



Les pauvres paysans électeurs étaient saisis comme des malfaiteurs par les agents réactionnaires qui envahissaient toutes les routes, et menés de gré ou de force au scrutin. Ces malheureux ne revenaient de leur effroi qu'en buvant force liqueurs que les réactionnaires leur payaient pour prix de leur vote. D’autres, enfin, n’osaient voter que sur des bulletins Etcheverry rayés. Il faut dire en terminant que les menaces pour remboursement de dettes ont été les plus puissants arguments des réactionnaires. 



Dans la commune des Aldudes, M. Tihistu cite le fait suivant, pris au hasard : Dans la maison Oyhancellay se trouvent 4 électeurs qui allaient voter pour le candidat républicain. Dans la nuit du 21 au 22, M. Aïnchart aurait envoyé des agents avec l’ordre suivant, pour le maître de la maison. "Si vous ne votez pas pour M. Etcheverry, vous saurez que j'ai entre mes mains une procuration me donnant le droit de faire vendre votre maison." Et les 4 électeurs ont voté pour le candidat réactionnaire.



Dans la journée du 22 septembre, l’hôtel Marco donnait à boire et à manger gratis à tous les électeurs ayant voté pour M. Etcheverry. 



La pression des réactionnaires a été inouïe dans la commune d'Ossès. 40 agents se trouvaient sur la place, attendant, guettant l’électeur et l’amenant ensuite par le bras à la salle de vote. Des bulletins marqués à l'intérieur par un signe ont été distribués aux votants douteux, en leur disant que ce bulletin serait reconnu au dépouillement. Les créanciers ont obligé leurs débiteurs à voter pour le candidat réactionnaire, en les menaçant de leur faire rembourser les sommes. Le maire a gardé dans la salle du vote trois ou quatre agents qui avaient pour rôle d'aller dénoncer aux chefs réactionnaires les électeurs qui ne votaient pas pour eux. Ils suivaient le votant jusqu’au scrutin, regardaient le bulletin, sa couleur, son format. 



Tous ces faits sont dénoncés par 18 protestations comprenant 182 signatures dont 85 légalisées. A quoi M. Etcheverry oppose 16 contre-protestations revêtues de 233 signatures toutes légalisées. Dans ces contre-protestations, il est dit que les faits allégués sont un tissu de mensonges. Les curés n’ont point outragé le Gouvernement, ni parlé d’élection dans leurs sermons ; leur réserve a été absolue (commune de Lasse). Le vieillard de quatre-vingts ans qui s’est rendu au presbytère le jour du vote, n’y allait que pour remettre une lettre dont il était chargé ; il n’a reçu d’argent que le lendemain de l'élection. Il y aurait eu pression exercée par les fonctionnaires ; plusieurs faits précis sont cités."




A suivre...






(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)









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vendredi 19 juin 2026

L'ÉLECTION DE MAULÉON EN SOULE EN PAYS BASQUE DE SEPTEMBRE 1889 (deuxième partie)

 

L'ÉLECTION DE MAULÉON DE SEPTEMBRE 1889.


En 1889, les 22 septembre et 6 octobre, ont lieu, en France, des élections législatives, et au Pays Basque, la lutte est acharnée entre les Républicains et les Conservateurs.



pays basque autrefois elections politique
LA RAGE DES ELECTIONS
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet le Journal Officiel, le 22 décembre 1889 :



"Chambre des Députés.

Extrait du Journal Officiel du 22 Décembre 1889.

Rapport par M. Goirand au nom du 8e Bureau sur l'élection de l'Arrondissement de Mauléon (Basses-Pyrénées).

Séance du 21 Décembre 1889.


pays basque autrefois elections politique soule 19ème siècle
LEOPOLD GOIRAND
SENATEUR DE JANVIER 1906 A JANVIER 1920


... Canton de Saint-Jean-Pied-de-Port (suite)



Dans la commune de Mendive, l'abbé Gracy, vicaire à Saint-Jean-Pied-de-Port, a prononcé le 1er septembre 1889 un sermon que sept électeurs, dont les signatures sont légalisées, résument ainsi dans leur protestation :


"Le moment est venu d'être blanc ou rouge, de montrer qu'on est pour le diable ou le bon Dieu. Un chrétien doit voter pour un blanc ; en votant pour un rouge, il commet un péché mortel. N'entendez-vous pas la voix de votre saint patron qui vous crie : Soyez courageux et fermes, imitez les premiers chrétiens, montrez que les Basques n'ont pas dégénéré et ne craignez pas la guerre que nous déclarent les méchants. Les gens d'église ont su, en bien des circonstances, soutenir et revendiquer leurs droits ; ils ont toujours triomphé de leurs ennemis et il en triompheront avec l'aide de Dieu jusqu'à la fin des siècles.


Le 8 septembre un nouveau prêtre basque qui, en ce moment, est professeur à Paris a appelé Harguindeguy conseiller municipal et lui a dit à la sortie de la messe :


"J'ai appris que vous êtes promis aux républicains ; ne craignez-vous pas de pécher en votant pour le rouge ? — Il me semble que je serais plus coupable si je manquais à la parole donnée, a répondu Harguindeguy.


Le 14 juillet 1889, M. Inda, notre desservant, annonçait déjà la chute de la République à la suite des élections législatives, à la brigade des douanes de notre commune."



Corruption. — Les mêmes protestations signalent les faits suivants :



Commune de Ahaxe— Dans la commune de Ahaxe, pendant la période électorale, le curé Oyhenart a donné de si nombreux dîners et soupers, que sa maison pouvait être considérée comme un hôtel à l'usage des réactionnaires.



Commune d'Esterençuby. — Dans la commune d'Esterençuby, des offres importantes d'argent ont été faites par les agents de M. Etcheverry, pour obtenir des voix, et les électeurs ont été brutalement violentés par eux. De gros propriétaires ont menacé leurs métayers de les mettre à la porte s'ils ne votaient pas pour le candidat réactionnaire. Ils les ont contraints à voter en présence de deux témoins.



Vient ensuite la grande question des débiteurs. Les mêmes agents, parlant au nom d'une grande maison de commerce qui embrasse toutes les communes, menacent en son nom les débiteurs d'avoir à voter pour M. Etcheverry sous peine d'être obligés de régler leurs comptes dans le délai de trois jours. Pour donner plus de poids à leur mission, ils annoncent que le notaire sera là pour voir ce que fait chaque électeur.

pays basque autrefois elections politique soule 19ème siècle
LOUIS ETCHEVERRY
DEPUTE BASSES-PYRENEES 1890


En effet, le jour de l'élection, le notaire arrive sur les lieux dès la première heure, à l'ouverture du scrutin. On voit alors le triste spectacle des électeurs terrifiés qui n'osent pas avancer et qui se tiennent par groupes à distance. Mais les agents qui ont ainsi préparé le terrain et qui entourent le notaire se détachent comme à un mot d'ordre et vont signifier aux débiteurs d'aller au scrutin déposer le bulletin portant le nom de M. Louis Etcheverry, qu'ils leur remettent à l'heure même, et ces agents ne les quittent plus jusqu'à l'urne.



Les signataires de ces protestations, ainsi que de celles d'un caractère général que nous n'avons pas cru devoir analyser, sont au nombre de 127.



A ces protestations, M. Etcheverry oppose 12 contre-protestations revêtues de 115 signatures.



Dans ce canton, le candidat républicain a perdu 154 voix sur l'élection de 1887, tandis que le conservateur en a gagné 264.



Canton de Mauléon.



Dans le canton de Mauléon, l'ingérence du clergé paraît avoir été moins vive.



Cependant, dans la commune d'Aussurucq, une protestation signée de sept électeurs (signatures légalisées) affirme le fait suivant :


Le desservant de la commune d'Aussurucq, dans deux sermons des 23 juin et 1er septembre, s'exprime ainsi :


"La religion est persécutée plus que jamais, et par qui ? Par les lois actuelles et par ceux qui font ces lois. Or bientôt arrive le moment de choisir ces hommes ; aussi je vous conseille, si vous n'avez pas assez de jugement vous-même pour faire un bon choix, de consulter les hommes qui aiment la religion et qui défendent ses intérêts."



Le nommé Elhory (Jean), meunier, exploitant un moulin appartenant au sieur Sagaspe, a été menacé par ce dernier d'être congédié s'il venait à voter pour M. Berdoly ; cette menace a été renouvelée le jour des élections, et le nommé Elhory ayant déclaré — ce qu'il a fait — voter pour M. Berdoly, Sagaspe a signifié le congé à Elhory par ministère d'huissier.



En outre, le nommé Gette (Jean) a formulé la même menace au sieur Lago (Pierre), également meunier à Aussurucq. Celui-ci, qui ne peut signer, affirmerait cependant le fait s'il le fallait. Il faut cependant ajouter que le sieur Lago n'a point voté pour ce fait, étant décidé réellement à voter pour M. Berdoly.



Ces faits ressortent de 6 protestations revêtues de 149 signatures dont la plupart non légalisées.



M. Etcheverry oppose à cette protestation une contre-protestation signée de 33 électeurs. M. le curé, y est-il dit, n'a jamais fait allusion aux élections qu'une fois pour recommander de voter en conscience. Le sieur Elhory, meunier, n'a été renvoyé que parce qu'il ne payait pas ses loyers et non pour cause politique. — Le sieur Lago n'a jamais été expulsé ; il occupe encore son moulin.



Dans ce canton le candidat républicain a perdu 105 voix sur l'élection de 1887, le conservateur en a gagné 391.



Canton de Baïgorry.



— Dans le canton de Baïgorry au contraire, sept protestations ont été signées dans sept communes différentes.



Trois électeurs des Aldudes, dont les signatures ne sont pas légalisées, témoignent des faits suivants :


"Dans la nuit du 21 au 22 septembre et les nuits précédentes les agents réactionnaires sont allés prendre le mot d'ordre au presbytère.


Voici les recommandations que les agents devaient faire :


1° Dire aux électeurs que tout ce que contient la brochure Aldude-Urepèle est faux ;

2° Lire ou donner connaissance de la note de l'Escualduna (Poursuites contre le sous-préfet) ;

3° Dire que le maire vote pour les blancs et qu'il est d'accord avec le curé.


L'un des vicaires aurait tenu le langage suivant : "Je sais que je serai suspendu ; mais cela m'est égal ; j'ai de quoi vivre chez moi."


Le même abbé a eu une scène des plus violentes, à la sacristie de l'église d'Emassou, avec un électeur de la commune.


Le 22 septembre, afin d'empêcher les électeurs de se retirer, le curé retarda d'une demi-heure la messe basse (7h. au lieu de 6 h. 1/2). De cette façon les électeurs n'avaient pas à attendre l'heure de l'ouverture du bureau.


C'est le curé qui, le matin et le soir, crie à tue-tête à la place : "Il est huit heures ! Il est six heures !..." pour annoncer l'ouverture et la fermeture du bureau.


C'est le curé qui a envoyé une voiture chercher un paralytique.


Pendant toute la journée du 22 septembre, le presbytère est transformé en cabaret. Les agents y sont continuellement.


Depuis longtemps le curé transformait ses sermons en attaques directes contre toutes les lois votées par les Chambres, attaques contre l'obligation scolaire, le service militaire, l'enseignement sans Dieu, etc., etc."




A suivre...






(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)









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mardi 19 mai 2026

L'ÉLECTION DE MAULÉON EN SOULE EN PAYS BASQUE DE SEPTEMBRE 1889 (première partie)

L'ÉLECTION DE MAULÉON DE SEPTEMBRE 1889.


En 1889, les 22 septembre et 6 octobre, ont lieu, en France, des élections législatives, et, au Pays Basque, la lutte est acharnée entre les Républicains et les Conservateurs.



pays basque autrefois elections politique soule 19ème siècle
LA RAGE DES ELECTIONS
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet le Journal Officiel, le 22 décembre 1889 :



"Chambre des Députés.

Extrait du Journal Officiel du 22 Décembre 1889.

Rapport par M. Goirand au nom du 8e Bureau sur l'élection de l'Arrondissement de Mauléon (Basses-Pyrénées).

Séance du 21 Décembre 1889.



pays basque autrefois elections politique soule 19ème siècle
LEOPOLD GOIRAND
SENATEUR DE JANVIER 1906 A JANVIER 1920



M. Goirand, rapporteur. Messieurs, l'élection du 22 septembre 1889 dans l'arrondissement de Mauléon a donné les résultats suivants :


Electeurs inscrits, 14 357, dont le quart est de 3 590.

Nombre des votants, 12 850.

Suffrages exprimés, 12 797, dont la majorité absolue est de 6 399.


Ont obtenu :

MM. Etcheverry : 6 906 voix, Berdoly : 5 891. 

Voix perdues, bulletins nuls : 53.

Total égal 12 850 voix.



pays basque autrefois élections soule 19ème siècle
MARTIAL BERDOLY REPUBLICAIN
PAYS BASQUE D'ANTAN


L'élection au scrutin de liste du 6 octobre 1885 a fait ressortir, pour l'arrondissement de Mauléon, une majorité de 2 683 suffrages hostile au gouvernement républicain ;


Mais dans une élection partielle qui eut lieu le 27 février 1887, M. Vignancour, candidat républicain, l'emportait sur son concurrent, dans ce même arrondissement, de 2 046 suffrages.


Bien que l'élection de 1887 ait été une élection partielle, nous devons cependant remarquer que la lutte a été presque aussi vive que pour une élection générale, le nombre des votants ayant été peu inférieur à celui que nous relevons pour les élections de 1885 : il avait été de 12 547 en 1885 ; il était de 11 568 en 1887.


Mais le scrutin du 22 septembre 1889 marque un recul considérable dans l'expression de l'opinion républicaine ; le candidat conservateur, M. Etcheverry, l'emporte avec une majorité de 1 015 voix, soit avec l'élection de 1887 une différence de 3 059 sur 12 850 votants.




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LOUIS ETCHEVERRY
DEPUTE BASSES-PYRENEES 1890


Ce brusque revirement dans les manifestations du suffrage universel paraît être dû à l'intervention violente du clergé et à des faits de pression et de corruption qui ressortent clairement des documents joints au dossier, notamment des enquêtes administratives et judiciaires auxquelles il a été procédé et de 77 protestations émanant de 1 270 électeurs appartenant à 58 communes, sur 107 qui composent l'arrondissement. — 614 signatures seulement sont légalisées.


Bien qu'il soit assez difficile de faire un choix parmi les faits signalés dans les protestations, tous ayant presque un égal caractère de gravité, nous avons cependant éliminé ceux qui n'ajoutaient rien au caractère de la lutte, afin de limiter les proportions de ce rapport.



Canton de Saint-Palais.


Commune de Béguios. — Ingérence du clergé. — Seize électeurs de la commune de Béguios dont les signatures sont légalisées affirment que le curé, dans ses sermons du premier dimanche de la période électorale et du dimanche précédant le jour du scrutin, a commenté en chaire les brochures répandues pour les besoins de la lutte électorale dans l'arrondissement, le Catéchisme électoral et les Curés soldats, représentant le Gouvernement et les candidats républicains comme ennemis de l'Eglise et persécuteurs de la religion.



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MANUEL PETIT CATHECHISME ELECTORAL 1848





Il faisait du vote de l'électeur un cas grave de conscience, d'où pouvait dépendre le salut ou la damnation.



Les mêmes électeur affirment encore que la distribution de ces brochures a été opérée à domicile par l'enfant de choeur et les membres de sa famille, toute dévoué au curé.


Corruption. — L'agent Barnèche fils a offert 10 fr., à la porte de la salle du vote, à l'électeur Lartigue pour acheter son suffrage en faveur du candidat monarchique.


Dans la commune d'Orsanco, cinq électeurs dont les signatures sont légalisées relatent les faits suivants :


L'abbé Diharce, curé d'Orsanco, à l'autel, le 15 et le 22 septembre dernier, a prononcé ces paroles :


"A qui faut-il donner sa voix ? — Au bon. Et si nous ne connaissons pas ce bon, il faut demander conseil aux personnes attachées à la religion et en même temps instruites ; elles nous le feront connaître.


Surtout, rappelons-nous que si nous votons pour l'ennemi de la religion, nous serons, auprès de Dieu, responsables de tous les actes mauvais qu'il pourra commettre pendant qu'il sera notre représentant.


J'ajoute que la religion me donne le droit, et j'en userai, de demander à un pénitent en confession pour qui il a voté et de lui refuser l'absolution si, le sachant tel, il a donné sa voix au candidat ennemi de la religion. J'ai encore le droit de demander aux femmes pour qui ont voté leurs maris ; celles-ci, quoique ne devant pas s'occuper de politique, ont le devoir de veiller à ce que leurs maris votent consciencieusement, c'est-à-dire pour ceux qui veulent soutenir la religion catholique."


Dans la commune d'Aïcirits, le curé desservant aurait observé une complète neutralité ; mais celui-ci d'Arbouet-Sussaute se serait, au contraire, lancé dans la lutte avec la plus grande violence.


Ce prêtre, dans plusieurs conversations avec bon nombre d'habitants d'Aïcirits, interprétant la loi militaire, n'a pas craint de dire, quelques jours avant l'élection, qu'envoyer les séminaristes à l'armée c'est comme si les pères et mères de famille envoyaient leurs filles dans une maison de prostitution.


Le fait est attesté par 19 électeurs de cette commune, dont les signatures sont légalisées.


Corruption. — Un dîner attendait à l'auberge tous ceux qui votaient pour M. Etcheverry ; 50 fr. ont été distribués entre trois électeurs ; les propriétaires accompagnaient les métayers jusqu'à l'urne. (19 signatures légalisées.)


Commune de Beyrie— Corruption. — Les métayers ont été accompagnés et surveillés jusqu'à l'urne, et ils ne recevaient leurs bulletins qu'au moment du vote.


D'autres électeurs ont été gagnés par une distribution d'argent, 5, 10, 15 et 20 fr. par voix, des victuailles, des boissons, des vêtements ; le jour même de l'élection, les réactionnaires avaient organisé un banquet de 80 à 90 couverts. (4 signatures légalisées.)


Il y a encore au dossier 13 protestations ayant le même caractère et revêtues de 186 signatures, la plupart légalisées.


A ces protestations M. Etcheverry oppose 12 contre-protestations revêtues de 284 signatures presque toutes légalisées.


Dans la plupart de ces contre-protestations les faits allégués sont énergiquement déniés. "M. le curé d'Orsanco, disent les contre-protestataires, s'est borné à dire que chacune devait voter selon sa conscience. M. le desservant de Garris a, du haut de la chaire, fidèlement rempli son devoir vis-à-vis de nous en nous instruisant de nos obligations d'électeurs, et nous a engagés à n'avoir en vue ans le choix d'un député que le bien de la religion et de la patrie. Les agents de M. Etcheverry n'ont distribué ni argent ni victuailles ; ce sont ceux de M. Berdoly qui ont tenu table ouverte dans l'auberge du sieur Arrazat.


Dans ce canton le candidat républicain, qui en est conseiller général, a perdu 52 voix sur l'élection de 1887, tandis que le candidat conservateur en a gagné 247 sur la même élection.



Canton de Saint-Jean-Pied-de-Port.


Commune d'Ahaxe— Dans la commune d'Ahaxe, une protestation signée de 12 électeurs, dont le maire a refusé de légaliser les signataires, signale les faits suivants :


Le curé a distribué pendant la période électorale des brochures cléricales : "Les curés soldats" et "le Catéchisme électoral".


La première communion, qui ordinairement avait lieu le 15 août, a été fixée au 6 octobre, dans un but électoral.


M. le curé, dans ses sermons, s'est toujours attaché à faire ressortir qu'il est impossible de servir deux maîtres à la fois, Dieu et le diable. "Vous ne pouvez pas donner la main aux ennemis de l'Eglise et être avec Jésus-Christ. Priez pour que les élections soient favorables à la religion ; quand l'Eglise est forte, la France est forte. Malheureusement, elle est horriblement persécutée de nos jours par des insensés, des renégats, qui ne songent même pas, dans leur état misérable d'aveuglement, qu'ils vont brûler en enfer pendant l'éternité".


Le curé a parcouru de jour et de nuit, la semaine avant les élections, plusieurs maisons de la commune qui ne veulent pas encore complètement accepter sa domination. Connaissant la crédulité de la famille Arostéguy, il s'est rendu chez elle. "Voulez-vous, a-t-il dit, aller en enfer ? Non, n'est-ce pas ? Eh bien, votez pour M. Etcheverry si vous ne voulez pas être damné ; je vous enverrai un bulletin demain matin."


Il s'est rendu aussi la veille de l'élection chez le sieur Arronagaray, connu par ses tendances républicaines. "Afin, a-t-il dit, que je puisse faire connaître votre vote à la famille Dutey, qui vous porte beaucoup d'intérêt, faites-vous accompagner par un agent réactionnaire, qui constatera que vous avez bien voté. Vous pouvez vous servir d'un bulletin Berdoly rayé et convenablement arrangé."


39 électeurs de la commune d'Estérençuby, dont les signatures sont légalisées, signalent dans leur protestation l'action exercée par M. Patient, desservant la paroisse, au cours de la période électorale.


Le traitement de ce curé avait été suspendu après les élections de 1885.


"Le 15 septembre, à la réception d'instructions sur la dévotion à Saint-Joseph, il s'exclame : "Baste ! nos vicaires généraux n'ont pas autre chose à faire maintenant que de nous adresser ces instructions. Ils feraient beaucoup mieux de s'occuper ces jours-ci d'élections plutôt que de nous embêter de la sorte. J'avais l'intention de m'absenter toute la semaine pour qu'on ne dise pas que je m'occupe de politique ; mais non, je veux rentrer jeudi même et faire de toutes mes forces la propagande les derniers jours, dussé-je voir mon traitement suspendu."


"Le 21 septembre, veille des élections, le desservant accompagnait un grand propriétaire qui menaçait ses fermiers de les mettre dehors s'ils ne votaient pas pour M. Etcheverry. Il substitue de sa main le nom d'Etcheverry à celui de Berdoly sur un grand nombre de bulletins de vote, puis il se présente au dépouillement avec une dizaine de ses amis qui violentent le bureau, enhardis qu'ils sont par sa présence.


Le lendemain du vote il crie d'une voix frénétique de la fenêtre de sa chambre : Vive M. Etcheverry ! Il a 2 500 voix de majorité ! Il monte sur son cheval, parcourt d'abord la commune en annonçant la bonne nouvelle, puis il s'en va au marché d'où il rentre de bonne heure, contrairement  à ses habitudes, en disant : Je m'en vais, car il ne fera pas bon ici tout à l'heure. En effet, quelques instants après, une bande d'individus avinés apparaissent à Saint-Jean-Pied-de-Port, pour manifester en faveur de M. Etcheverry, et la police a du verbaliser contre une cinquantaine d'entre eux."



A suivre...






(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)









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