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lundi 1 juillet 2024

DANSES SUR LA GRAND'PLACE À HENDAYE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN AOÛT 1929

DANSES À HENDAYE EN AOÛT 1929.


Dans les années 1920, les danses en plein air sont des activités très importantes.




labourd autrefois pays basque 1929
COUCHER DE SOLEIL HENDAYE 1929
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien L'Intransigeant, le 1er septembre 1929, sous la plume 

d'Henry Musnik :



"Réjouissances au pays basque.

Hendayeaoût 1929 (de notre envoyé spécial). 



— Il y a eu une petite pause de quelques minutes après le Toro de Fuego. Le temps de se remettre de ses émotions. Mais voici déjà que l’orchestre entame quelques notes vives : 

"— Fandango !... Fandango !..." 



Ce n’est qu’un cri sur toute la place. Des cercles se forment. Les spectateurs accompagnent la cadence de leurs claquements de mains. Les danseuses et danseurs claquent des doigts, le pouce contre le majeur. Et des castagnettes ont surgi aux mains de deux musiciens. 


Comme c’est entraînant !... 



pays basque autrefois labourd musique kiosque
KIOSQUE A MUSIQUE HENDAYE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Ces hommes qui, tout à l’heure encore, déambulaient de-ci, de-là, démarche spéciale de montagnards, jambe demi-pliée, sont devenus d’un seul coup des miracles de légèreté et de grâce. 



Vous ne pouvez imaginer — non, vous ne pouvez pas... — ce que cette vision sur une place basque, au milieu de la foule enfiévrée, de gars et de filles qui tournent, sautent, agitent les pieds chaussés d’espargates blanches, comme d’ailes, en des bonds de parfois 50 centimètres de haut, sans perdre le rythme, un seul instant, est prenante. 





labourd autrefois pays basque 1929 danse
DANSE DU FANDANGO
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voir danser le fandango sur la place par le peuple, voir les jeunes filles offrir avec une suprême volupté qui n’appartient qu’aux reines, leurs épaules, leur poitrine, leurs hanches, tout en restant chastes, voir les grands diables en blouse noire et à la boina (béret) rejeté sur la nuque, agiter leurs bras, tourbillonner, se jeter de côté, s’incliner de biais en des poses défiant tout équilibre et reprendre la mesure à la seconde même où ils l’ont quittée... 



Ne me parlez plus des acrobaties du charleston et autres block-bottom ! Tenez... Dans un coin de la place, j’ai vu deux couples — des Parisiens sans doute — qui dansaient une sorte de fox-blue, sur l’air du fandango. Ils croyaient "épater" les populations. Mais personne ne les regardait, les pôvres !... Et si j’ai haussé les épaules, c’est parce que je vous jure, je voulais dissimuler le soupir de pitié qui les aurait encore plus froissés s’ils l’avaient surpris. 



labourd autrefois pays basque place marché
PLACE DU MARCHE ET EGLISE HENDAYE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Le fandango dura un bon quart d’heure... Infatigables, ces Basques !... Quand on croyait que la mesure allait finir, hop ! une nouvelle phase surgissait et les danseurs tournoyaient de plus belle. Ce furent les musiciens qui, en fin de compte, demandèrent grâce les premiers. Et quand tout s’arrêta, quelle salve d’applaudissements !... Nourris... Sincères... Chaleureux... Les spectateurs remerciaient les danseurs de leur avoir procuré ce merveilleux spectacle. Les danseurs remerciaient les musiciens. Les musiciens remerciaient la foule. Chaîne sans fin qui, dans ce pays, attache les cœurs les uns aux autres. 



Le temps d’empoigner une gourde de peau de bouc, de jeter la tête en arrière et de faire jaillir un filet d’eau qui s’enfonce dans la gorge avec un joyeux glou glou, les danseurs étalent de nouveau sollicités. Une rafale d’instruments... Les groupes sont formés. 



labourd autrefois pays basque 1929 danse
BUVEUR AU CHAHAKOA
ILLUSTRATEUR F HUYGENS



Mais ce n’est plus la même danse. Celle-ci tient presque du sport. Son nom, je vous l’ai dit, signifie "Léger-Léger". Des pointes, comme les danseuses d’Opéra, des sauts comme les Russes, des... mais je suis en train de profaner l’arin-arin. Non. Ce n’est pas tout cela. Ce n’est qu’une seule chose. C'est l'arin-arin, inimitable et inégalé. La musique joue le même air, revenant sans cesse, mais de plus vite en plus vite. Les danseuses et danseurs s’encouragent mutuellement des yeux, du sourire, de la voix, du geste. Les respirations deviennent haletantes. La musique est affolée. Les pieds s’agitent si vite qu’on ne les reconnaît plus. Parole !... On ne peut plus les suivre des yeux. On croit toujours voir ceux du précédent ou du suivant. Les danseurs passent comme des chevreaux. Les danseuses sont des cabrettes. 



Dans la foule, ce sont des réflexions sans fin. Les vieux, dont le menton, qui fut jadis en pointe et qui, aujourd’hui, se relève comme un sabot, approuvent de leur bouche édentée et se tournent vers la petite vieille à la coiffe noire qui sourit, accrochée à leur bras :



labourd autrefois pays basque 1929 danse
VIEUX BASQUE
ILLUSTRATEUR G GOBO


 "— Te rappelles-tu ?..." 



Mystère de la langue basque dont les origines se perdent dans la nuit des temps... Mots faits de sonorités voilées... 



Un dernier sursaut du cornet à piston a évité le couac imminent. La foule pousse un cri vibrant. L’arin-arin est terminé. 



Les couples se quittent. Pas un seul moment, ils n’ont été enlacés. Les danses basques sont individuelles. La jeune fille remercie son danseur qui incline la tête. Je reste frappé devant cette courtoisie atavique, millénaire, qui a toujours subsisté dans les provinces et que l'on rechercherait vainement, à Paris, au dancing, chez les jeunes gens qui se proclament modernes... 



Peu à peu, la place se vide... Les seuls tête-à-tête qui se préparent sont ceux des promis et des fiancés. Ils descendent lentement vers le vieux port et là, sur la place ronde, face à Fontarabie, dont on voit quelques lumières piqueter l’es pace et se refléter en tremblotant dans la Bidassoa, ils iront s’asseoir, offrant leur visage à la brise du large pendant que, tout au bout de la pointe des rochers, en Espagne, tourne lentement le feu du phare du Cap Figuier..."






(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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mardi 13 février 2024

UNE ORIGINE DU MOT "FANDANGO" PROPOSÉE EN 1947

LE MOT "FANDANGO" EN 1947.


Le fandango est un style musical et une danse traditionnelle espagnole de couple, d'origine andalouse, sur un rythme 3/4 ou 6/8 accompagnée de castagnettes et de guitare qui peut être chantée.



pays basque danse fandango
FANDANGO
PAYS BASQUE D'ANTAN




Voici ce que rapporta à ce sujet le trimestriel Les Langues néo-latines, le 1er avril 1947 :



"A propos de "Fandango".



On ne trouve nulle part d’indications précises sur l’origine du mot fandango. On suggère des origines latine, africaine ou américaine ! On verra ci-dessous qu’il faut peut-être penser à une explication tout à fait différente. 


pays basque autrefois danse
FANDANGO
PAYS BASQUE D'ANTAN


1. Les étymologies proposées.


a) Selon le Diccionario de Autoridades (1732), le fandango est un "baile introducido por los que han estado en los Reinos de las Indias, que se hace al son de un tañido muy alegre y festivo". Cela laisse donc supposer une origine américaine.


b) Le dictionnaire de Ortiz donne : "africano". 


c) Faisant la synthèse de ces deux suppositions, Cuesta donne le mot comme provenant des nègres de Guinée, puis, passé en Amérique, il serait revenu dans la Péninsule.


d) Le Dictionnaire de la Real Academia propose à présent le latin "fidicinare ?". Heureusement qu’il y a les points d'interrogation ; ce n’est d’ailleurs pas la seule des étymologies fantaisistes de cette digne Assemblée.


e) Contre ces hypothèses d’un mot venu d'Amérique, l’encyclopédie Espasa parle d'un "baile muy antiguo y comun en España". Cette épithète ne convient pas au XVIe siècle. C’est pourquoi nous avons pensé que l’on peut chercher du côté des langues du vieux-monde. 



2. Le sémitique.


L’arabe connaît les formes pandura, avec variante fandura, désignant un "instrument de musique à cordes", et en marocain pendir, bendir, "tambour de basque". Ceci nous a mis sur la voie. 




pais vasco antes pandereta musica instrumento
PANDERETA
PAYS BASQUE D'ANTAN


3. L’origine non-indo-européenne de pandura.


a) Le grec pandoura est précédé dans les dictionnaires du signe indiquant un mot archaïque ou dialectal. Ce mot ne fait pas partie de la langue classique ; il manque en effet dans le dictionnaire étymologique de Boisacq.


b) Dérivé du précédent, le latin pandura ne se trouve que très rarement (Varron) ; il a des variantes postérieures : pandoriuam, pandurium, pandorius, (Isidore) ; il désigne, comme le grec, le "luth à trois cordes".


c) On peut conclure de ces données que ce mot ne fait pas partie du vocabulaire indo-européen ; il est absent de Boisacq et du dictionnaire latin de Ernout-Meillès. L’arabe possédant le mot pandura avec le même sens, on peut supposer que ce mot est passé dans le vocabulaire grec. Ceci est fortement appuyé par l'objet désigné lui-même : de nombreux instruments de musique sont originaires de l'Orient ; par exemple el laud, et pour le Moyen Age cf. La Musique au Moyen Age. Il est remarquable que le mot grec cithara soit passé par l’arabe pour rentrer en Espagne sous la forme guitarra



4. Le pandero.



pays basque autrefois pandero
PANDERO ET ZAMBOMBA


Le pandero (panderete, pandereta, ptg. pandeiro) a évidemment la même origine. Le mot a été doté du suffixe roman -ariu. On a vu plus haut, qu'en marocain, pendir signifiait justement "tambour de basque". 



5. La pandora et la mandora.


Selon Meyer-Lübke (HEW, 6192), le latin pandura a donné l’italien pandura, pandora. C’est cette dernière forme qui a donné l’espagnol pandora (savant), et le français pandore (datant de 1842).


De la variante italienne mandola (mandore) sont venues les formes mandora, mandolina (esp., cat.), mandole, mandoline (fr.). Au Moyen Age, mandora ou mandola désignait un "petit luth à quatre cordes doubles".


La bandola (et dérivés espagnols et portugais) doit être le résultat d’un croisement entre les formes précédentes et les suivantes en b-



6. La bandurria.



pays basque autrefois instrument musique
BANDURRIA



Le suffixe de ce mot fait penser aussitôt à une origine basque. Cette hypothèse est appuyée par le consonantisme initial.


On pourrait objecter que l’arabe possédant une forme en b-, il n’est pas besoin de recourir au basque ; mais la présence du suffixe -urri- (auquel s’ajoute l’article a) et l’emploi fréquent de l’objet désigne dans les régions des "provinces" et pays contigus nous permet de proposer une explication phonétique régionale.


En effet, les mots latins avec p- sont souvent devenus b-, (cf. : paxe : bake...) dans les mots anciennement empruntés (H. Gavel, Gram., p. 33). Nous pensons que le mot pandura ou pandora, pénétrant au pays basque, est devenu band- auquel s’est ajouté le suffixe basque le plus proche de la terminaison romane : -urri ou -urre ; le mot se serait donc "basquizé" phonétiquement et morphologiquement.


A côté de bandurria existait en vieil espagnol mandurria : il peut s’agir, soit d'un passage en basque de b- à m-, soit d’un croisement avec mandora.


La forme pandurria (vx.) est le résultat d’un croisement avec pandora ou avec pandero.


D’après Espasa, la bandurria est une petite guitare, dont l’emploi s’est développé au XVIe siècle, passant de trois à cinq, puis à six cordes.


Les formes portugaises bandurra, bandorrilha, sont empruntées à l’espagnol.



7. Le fandango.



culture danse basque autrefois pays
FANDANGO
PAYS BASQUE D'ANTAN


Il est temps à présent d’en revenir au mot qui est l’objet de cette note, mais qui s’explique par tout ce qui précède.



Le fandango étant une danse accompagnée à la guitare (en arabe fandura) nous pensons à une parenté entre les mots étudiés ci-dessus et le terme qui nous occupe. Le fandango est la danse au son de la fandura et a pu pénétrer en Espagne à partir du VIIIe siècle, au même moment que le pandero.



La région originaire du mot fandango en Espagne semble donc être l’Andalousie ; si le terme s’applique aujourd’hui à une danse du pays basque, il doit s'agir d’un emprunt lexicologique, assez tardif, puisque le f- ne se trouve en basque que dans des emprunts relativement récents."




(Source : Wikipédia et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




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lundi 27 novembre 2023

UNE NOUVELLE CHANSON : "FANDANGO DU PAYS BASQUE" EN 1948

"FANDANGO DU PAYS BASQUE" EN 1948.


Cette chanson a été composée, en 1948, par Francis Lopez, pour le film Fandango, réalisé par Emil-Edwin Reinert, film sorti en 1949.




pays basque autrefois disque mariano fandango
CHANSON FANDANGO DU PAYS BASQUE



Voici ce que rapporta à ce sujet l'hebdomadaire A la page, le 1er avril 1950 :



Paroles et Musique.



Fandango du pays basque, paroles de A. Tabet et G. Carlier, musique de Francis Lopez. Editions Musicales internationales. 


Fandango du Pays basque

Fandango simple et fantasque

Pour te danser dans les bras d'un garçon

Une fille ne dit jamais non


Tout le village est en fête

Et tout le monde est poète

Chacun ce soir ne songe qu'à l'amour

La montagne flirte avec l'Adour


Fandango, fandango, rythme tous les bravos

Et répète l'écho, de Sare à Bilbao

C'est le chant des oiseaux, c'est le chant du ruisseau

C'est le chant de l'amour, fandango


Fandango du Pays basque

Fandango simple et fantasque

C'est grâce à toi que l'on fait des folies

Qui sont bien le meilleur de la vie


Et combien de mariages

On a vu dans le village

Sur tes accents si joyeux, si vibrants

Et ton rythme qu'on a dans le sang


Fandango, fandango, rythme tous les bravos

Et répète l'écho, de Sare à Bilbao

C'est le chant des oiseaux, c'est le chant du ruisseau

C'est le chant de l'amour, fandango


(Fandango du Pays basque

Fandango simple et fantasque)


(Tout le village est en fête

Et tout le monde est poète)


(Fandango, fandango, rythme tous les bravos

Et répète l'écho, de Sare à Bilbao

C'est le chant des oiseaux, c'est le chant du ruisseau

C'est le chant de l'amour )

Fandango !


pays basque autrefois disque mariano fandango
DISQUE VINYLE DE LUIS MARIANO
LA BERCEUSE BASQUE ET FANDANGO DU PAYS BASQUE



Les paroliers auraient dû se renseigner : le Croque-Notes, Basque authentique, a bien ri quand il a lu ces deux vers :  "Pour te danser dans les bras d'un garçon. Une fille ne dit jamais non..." 

En effet, dans le fandango, les partenaires sont éloignés l'un de l'autre d'environ 1 m. 50... Il est vrai que les poètes, surtout ceux qui écrivent des chansons comme on scie une bûche ou tricote un pull-over, n'ont jamais eu un respect exagéré pour la vérité. 



A ce propos, A. Tabet et G. Carlier doivent une fière chandelle à Luis Mariano ! Grâce à l'accent coloré de ce brillant ténor, personne n'a jamais compris le sens de leurs paroles... 5 sur 10.



Ce n'est pas si souvent que l'on en a l'occasion, il faut en profiter. Ce "fandango" est vraiment très bon. Peut-être pour la raison bien simple qu'il est un vrai fandango. Pas de recherche dans la mélodie : elle coule d'elle-même, créée, semble-t-il, par le rythme. Les passages, entre autres, où la mesure commence par une "syncope" (note empruntée à la mesure précédente non répétée) sont très bien venus à partir de la trente et unième mesure jusqu'à la fin. 



pays basque autrefois film mariano fandango
AFFICHE FILM FANDANGO 1949
AVEC LUIS MARIANO



L'harmonisation est des plus simples : accords de tonique et de dominante alternés. Les danses populaires basques ne sont pas plus savantes. En résumé, ce fandango ne se serait distingué en rien de ceux que j'écoutais jadis à Hasparren les jours de fête, après le toro de fuego. Je ne crois pas qu'on puisse faire un meilleur compliment. 



toro de fuego pays basque autrefois
TORO DE FUEGO
PAYS BASQUE D'ANTAN


Le Croque-Notes donne 9 sur 10."






(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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vendredi 10 mars 2023

LE PAYS BASQUE EN OCTOBRE 1922 (deuxième et dernière partie)

 

LE PAYS BASQUE EN 1922.


Le Pays Basque, depuis très longtemps, est une terre de voyages pour touristes et/ou journalistes.




pays basque autrefois casino labourd
CASINO MUNICIPAL BIARRITZ 1922
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet l'hebdomadaire La Revue Politique et Littéraire, le 8 octobre 

1922, sous la plume d'André Rousseaux : 



"Le Pays Basque (suite).



... Au plus bel endroit du village, entre deux rangs de platanes s’étend une longue place sablée, que surplombe, à un bout, un grand mur au faîte arrondi. C’est le fronton. C’est là que se joue le jeu national basque, la pelote.


pays basque autrefois pelote fronton chistera chiquito cambo aguilera
AFFICHE PARTIE PELOTE FRONTON AGUILERA BIARRITZ
PAYS BASQUE D'ANTAN


Le jeu a plusieurs variétés. Le vieux jeu traditionnel, aux règles difficiles, le jeu de rebot est tombé en désuétude. Mais les Basques le regrettent, et il suffirait, sans doute, que quelques grands joueurs le remissent en honneur pour qu'ils retrouvât sa vogue passée. Aujourd’hui, on ne joue guère que la pelote à main nue et la pelote à chistera, où les joueurs s'arment la main droite d’un long gant d’osier.



Tous les Basques jouent à main nue. A la fin de l’après-midi, quelques partenaires sont vite trouvés pour former devant le fronton deux équipes de deux ou trois hommes. Et la petite balle de peau de chien, dure comme du bois, va bondir des paumes endurcies sur le grand mur blanc. C’est un jeu d'athlètes, où le corps donne toute sa puissance contre la petite balle pour la faire rebondir bien loin. C'est un jeu long aussi, aux coups interminables, où le plus endurant finit par l’emporter, la main tuméfiée, la paume craquelée parfois. Tout le village, le dimanche, assiste à ces parties. Un triple gradin de pierre, usé par l’âge, court sous les platanes jusqu'au bout de la longue place. Il se garnit vite de spectateurs : des jeunes gens, qui brûlent de jouer en public à leur tour, des vieillards, surtout, qui viennent se rappeler leurs prouesses de jadis. Leur face, sous le béret, est halée et tannée, la lèvre mince, le nez coupant. Mais leurs yeux vifs ne quittent pas la balle, et leurs voix rudes ne rompent le silence qu’aux coups de grande adresse ou de grande force. Ils font penser aux vieillards d'Homère qui se contentaient de regarder de loin les combats.


pays basque autrefois pelote chistera
JOUEURS DE PELOTE A CHISTERA :
GOGORSA LANDA GONI


Aux parties de chistera, les vieux connaisseurs et les Basques sont noyés dans la foule. D'aucuns même n’y viennent pas, méprisant ce jeu comme une déformation facile des vieux principes. Et pourtant quelle vogue il a. A Biarritz, à Saint-Jean-de-Luz, il fait courir les baigneurs. Il s’est répandu dans tout le Sud-Ouest. Il a gagné Paris, qui possède deux frontons, Londres même où l’on en construit un. Et dans tout le pays où l’on porte le béret, on connaît mieux que Carpentier ou Mlle Lenglen, les grands champions, émules du célèbre Chiquito de Cambo, les Harispe et les Prévost, les Doyhénart et les Amijorena.



La partie se joue vers cinq heures, quand le soleil commence à décliner. Le public s’écrase sut les gradins. La place et le fronton sont inondés d’une lumière crue. Voici les pelotaris. Ils sont six. trois dans chaque camp. Chemise et pantalon blancs, béret noir, sandales blanches. A la main droite, la chistera ; c’est comme une gouttière d’osier recourbée, qui double la longueur du bras ; un gant de cuir y est cousu, où s’enfile la main ; un lacet de cuir sert à l'attacher plus solidement encore. Car cette main d'osier va recevoir la pelote à toute volée, puis, la faisant rouler le long de sa gorge jusqu’au bout, la relancera vers le fronton sur une immense trajectoire.



La partie sera belle aujourd'hui. Elle oppose deux grands joueurs : Pierre Prévost, un athlète, et le petit Harispe, un jeune Basque fluet qui ne connaît pas la défaite. Prévost est le "buteur" de son camp. C’est lui qui, du pied du mur, lance le premier la balle dans le jeu. Il la lance avec une force effroyable. La pelote cingle le mur et file dans le ciel comme un projectile. On la perd de vue. Elle va retomber là-bas, tout au bout de l’emplacement, à quatre-vingts mètres peut-être du fronton. Mais elle est attendue. Un petit arrière trapu la guette, l’aperçoit, court et la reçoit dans son gant d’osier. Un arrêt bref sur les jarrets tendus, un demi-moulinet qui fend l’air, et la pelote est déjà repartie vers le fronton qu’elle claque avec un bruit sec. Ce claquement alterné avec le bruit plus sourd de la balle dans l’osier, c’est le rythme de la partie. Il se précipite peu à peu, par les coups de volée rapides, qui se jouent plus près du mur. Les deux champions sont aux prises. Harispe, déjà célèbre au pays basque, comme un matador en Espagne, fait des bonds de chat. D’un saut il arrête la pelote à deux mètres au-dessus de lui. Tac, tac, la balle ne touche plus terre, les chisteras, comme des épées, coupent son élan, la relancent toujours plus vite. On ne la voit plus, on n’entend plus que le claquement au mur, de plus en plus serré, jusqu’à ce qu’elfe échappe enfin à l’un des joueurs pour aller rouler au loin dans un sillage de poussière. Alors retentit l’acclamation sur les gradins, l’applaudissement sans fin, mêlé de cris et de bravos. Une voix domine le tumulte, celle du chanteur-compteur, chargé d’annoncer les points. Il ne se contente pas de les crier ; quand les joueurs s’égalisent, il module son annonce sur un vieil air traditionnel ; et tout le public de protester s’il l’exécute mal ou s’il l’oublie.



Jusqu’à la fin de la partie, l’animation grandit. On parie sur les gradins, et souvent de grosses sommes. Les joueurs donnent leurs derniers efforts. Il ne faut plus que quelques points pour gagner. Enfin la pelote part du mur une dernière fois pour décider de la victoire. A peine le point est-il marqué, que les gradins se vident ; la foule envahit la place, enveloppe les pelotaris. Ils doivent être à bout de force. Allons donc ! On les retrouvera ce soir ici-même pour danser le fandango.



pays basque autrefois danse fandango
DANSE DU FANDANGO SAINT-JEAN-DE-LUZ 1922
PAYS BASQUE D'ANTAN



Dix heures. La nuit est sans lune. Le fronton disparaît dans l’ombre. Mais au milieu de la place sablée, sur un fil de fer tendu, une rangée de lanternes de papier répand une lueur diffuse et multicolore. Une petite estrade se cache sous des feuillages. Un flageolet et un piston vont s’y installer. Déjà des groupes de jeunes gens attendent leur arrivée. Les figures s’esquissent. Voici la musique. Le fandango va commencer.



Sur un air léger et bien rythmé, c’est une de ces jolies danses anciennes que l’on dansait à plusieurs, et qui étaient ainsi un plaisir de société. Depuis plus d’un siècle, l’individualisme romantique a isolé les couples pour des danses plus passionnées, de la valse jusqu’à ces pas équivoques, que nous empruntons maintenant aux étrangers. Le fandango, c’est un peu comme un menuet ou un quadrille, mais avec la chaude vivacité d’une danse méridionale. Filles et garçons se tiennent face à face, la tête droite, les yeux dans les yeux, les coudes écartés du corps et les mains à la hauteur de la tête pour claquer les doigts comme des castagnettes. Cependant les pieds chaussés de sandales blanches sautent et s’agitent suivant le rythme des figures rapides. Les meilleurs danseurs gardent le corps immobile, depuis la tête toujours fixe jusqu’aux jambes. Il n’y a que les pieds et les genoux qui dansent ; mais avec quelle agilité, quelle légèreté ! Les figures sont nombreuses et compliquées. Aussi les bons danseurs de fandango sont-ils rares. Et chaque année des concours les distinguent, aux fêtes patronales, des concours pour lesquels on se prépare longtemps, les belles après-midi de dimanche, sous les platanes, les tilleuls ou les figuiers, auprès des maisons blanches.



La fidélité des Basques à leurs traditions, que ce soit la danse ou le jeu, la langue ou la foi religieuse, est remarquée par tous les étrangers qui parcourent le pays. Leur expansion, pour être moins apparente, vaut aussi d’être notée. Les Basques ont beaucoup d’enfants. On en cite un qui en a eu trente-six de trois mariages successifs. Et ce n’est pas un cas exceptionnel. Aussi y a-t-il beaucoup d’émigrants. C’est le voyage "aux Amériques". Non pas que les Basques aillent coloniser les deux Amériques. Ils ne s’embarquent à Bordeaux que pour le sud ou le centre du nouveau continent. Et le plus souvent ils reviendront mourir, après fortune faite, dans la terre natale. Mais, durant leur vie, ils auront travaillé à la prospérité de ces colonies basques qui croissent et se multiplient de l’autre côté de l’Océan.




histoire emigration amérique nord sud
EMIGRATION BASQUE




Les Basques, par contre, ne se répandent pas en France. Ils se contentent de tenir ferme dans leur pays, contre l’envahissement des étrangers. Ces gens-là ne se laissent pas prendre au mirage de la grande ville lointaine. Le Basque est l’homme qui ne quitte pas le béret peur mettre un chapeau mou ; c’est même le baigneur parisien qui achète un béret en arrivant à Saint-Jean-de-Luz. Si bien que maintenant, le petit béret noir, qu’on tire sur la tête jusqu'au bas du front, triomphe dans tout le Sud-Ouest, de Bayonne à Bordeaux et à Pau.


pays basque autrefois beret
BERET EL RAMUNTCHO
PAYS BASQUE D'ANTAN


C’est peu de chose, il est vrai, que le béret. Hé non ! c’est beaucoup. L’homme qui a honte de son costume a honte de son pays. C'est un exemple pour trop de provinces, hélas ! que cet attachement tout naturel, tout simple, dont ils ne se doutent même pas, des Basques à leurs moindres coutumes. Les petites lâchetés amènent les grandes. C’est peu à peu que les vieilles races se perdent et se noient dans les populations amorphes. On commence par jeter une coiffure ou un fichu, on finit par abandonner les principes d'une vie indépendante et forte. Si jamais — non, jamais ! — les Basques quittaient le béret, ils cesseraient d’être Basques."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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mercredi 13 mai 2020

LES DANSES BASQUES AU PAYS BASQUE EN 1919 (deuxième et dernière partie)


LES DANSES BASQUES EN 1919.


Les danses Basques constituent une partie très importante de la culture Basque et la base de son folklore.

lundi 13 avril 2020

LES DANSES BASQUES AU PAYS BASQUE EN 1919 (première partie)


LES DANSES BASQUES EN 1919.


Les danses Basques constituent une partie très importante de la culture Basque et la base de son folklore.

jeudi 20 juin 2019

LA DANSE DU FANDANGO AU PAYS BASQUE AUTREFOIS


LE FANDANGO.


S'il est une danse emblématique associée au Pays Basque, c'est le fandango.