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mercredi 14 août 2024

LA MORT DU PELOTARI OTHARRE D'ASCAIN EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN OCTOBRE 1922

LA MORT DU PELOTARI OTHARRE EN 1922.


Jean-Pierre Borda, dit Otharré, né le 21 mars 1866 à Ascain (Basses-Pyrénées) et mort à Ascain le 16 octobre 1922, est un des plus grands joueurs de pelote Basque de la fin du 19ème siècle et du début du vingtième siècle.




pays basque autrefois ascain pelotari
JEAN-PIERRE BORDA DIT OTHARRE
Copyright : Musées-municipaux Rochefort 17


Voici ce que rapporta à son sujet, André Geiger, dans le quotidien Comoedia, le 25 octobre 1922 :



"Au Pays de Ramuntcho.

Sur la mort d'un pelotari.



Un pelotari vient de mourir !...



Voici l'automne, basque avec ses grandes immobilités apaisantes de silence et de lumière... Dans les ciels d'un bleu léger ou dans les grisailles dorées du vent du Sud, il y a je ne sais quelles mélancolies traversées de mystérieuses espérances... Le soir, au village d'Ascain, quand les ténèbres des jours devenus plus courts enveloppent les maisons blanches et la noire église, massive au milieu des tombes du cimetière écuries des dernières roses, la cloche appelle les fidèles pour l'office du mois du Rosaire... Aujourd'hui, elle sonne le glas...



Quels Parisiens, quelles Parisiennes, surtout dans le monde, des lettres, des arts, du théâtre, dans "le monde" tout court aussi, ignorent encore ce village d'Ascain, isolé à deux lieues de Saint-Jean-de-Luz, au pied de sa grande montagne, la Rhune, qui domine tout le pays basque, la frontière d'Espagne et l'Océan sans limites, du haut de son millier de mètres ?




pays basque autrefois ascain pelotari
ASCAIN DEPART DES TOURISTES POUR LA RHUNE
PAYS BASQUE D'ANTAN





Ascain est en deuil, parce que Jean-Pierre Borda vient de mourir, à peine au seuil de la maturité, Jean-Pierre Borda qui fut célèbre, et qui l'était resté, sous le surnom sportif d'"Otharré". Avant l'époque de Chiquito, aucun nom ne dépassa celui-là. Et jusqu'à ces dernières années, si "Otharré" s'était retiré des frontons, laissant la place à de plus jeunes, il maintenait la tradition des Anciens, au trinquet (jeu de paume couvert), avec le vieux gant de cuir, ou, au dehors, dans les parties de "rebot", remplacées, hélas ! peu à peu, par les parties de "blaid" à "chistéra" (gant d'osier).



D'innombrables amis, tous les fervents de la pelote basque, viennent d'accompagner le pelotari vaincu par la mort au cimetière d'Ascain, où il reposera, dans la paix éternelle, à quelques pas de sa demeure — que nous connaissons tous.



Car la maison d'"Otharré", le jardin tout au moins, est mitoyenne à l'enceinte de la vieille église et à celle du vieux cimetière. Un simple mur, orné de chèvrefeuilles et de roses, sépare les vivants des morts.



Ici, sous les platanes, les tables rustiques de l'hôtellerie (quel visiteur du pays basque ignore que Jean-Pierre Borda, sa gracieuse femme, sa charmante famille, tiennent "l'hôtel de la Rhune", ce type achevé des bonnes auberges basques ?) ; là, sous les cyprès, les tombes de l'asile suprême. Des chambres, l'on entend les cantiques et les orgues. Ce mélange de profane et de sacré, de familial et de poétique, n'est pas le moindre attrait de ce coin privilégié. Et une quantité d'artistes adoptèrent, pour leurs villégiatures, l'hospitalière maison qui conservait l'ambiance du passé.



pays basque autrefois ascain pelotari
HÔTEL DE LA RHUNE ASCAIN
PAYS BASQUE D'ANTAN


Qui donc l'avait surnommée "le Barbizon basque" ? Maintes photographies dédicacées ornent çà et là les murs. Brieux y vint, quand il se documentait pour la Robe rouge. J'ai souvenir d'avoir travaillé à la Reine amoureuse (dont un livret de Pierre Maudru va faire un drame lyrique) et à Maï la Basquaise, dans une petite pièce blanchie à la chaux, sous le vieux toit de tuiles, où les heures bruyantes de l'horloge — juste à ma hauteur, dans le clocher — venaient frapper rudement.



Mais surtout — et je tenais à évoquer ce fait d'histoire littéraire qui donnera un pelotari "Otharré", une survie que ne lui eût peut-être pas donnée son renom de joueur — Loti a fréquenté, chez ses amis Borda, quand il commandait, à Hendaye, le stationnalre Javelot. Souvent, s'échappant de ce petit navire qui n'existe plus ou de son ermitage "Bakhar-Etchea" (pour la première fois, il n'y est pas venu cet été), Loti venait rêver, s'émouvoir, écrire dans la maison accueillante qui s'ouvre sur la montagne, sur le village, sur le fronton de pelote. Les plus belles pages de Ramuntcho furent créées ici...



pays basque autrefois ascain pelotari écrivain
PIERRE LOTI
HÔTEL DE LA RHUNE ASCAIN
PAYS BASQUE D'ANTAN



Des passages fréquents de Loti, devenu l'ami glorieux de la maison — et qui, aujourd'hui, avec nous tous, et plus que nous ; tous, regarde avec douleur la tombe qui s'est refermée... — des séjours de l'écrivain très illustre, il s'est déjà formé, ici, une légende. Qu'y a-t-il de véridique, de suppose, dans les personnages, les péripéties de Ramuntcho. Je ne le rechercherai pas. Je ne le sais pas.



Dans la chambre où il venait se recueillir, entendre les chants des jeunes filles au mois de Marie ou les chants plus mélancoliques, dans l'automne, du mois du Rosaire, de nombreuses photographies le représentent dans les divers costumes et les divers uniformes de son existence aventureuse. Par la présence de ces effigies, l'"hostellerie" basque a des allures de petit musée littéraire. C'est, avec les demeures de la Bidassoa et de Rochefort, une "maison de Loti", un peu.



pays basque autrefois ascain pelotari
JEAN-PIERRE BORDA DIT OTHARRE



Le deuil que nous portons d'un enfant de la terre basque, d'un athlète renommé, reçoit comme un rayon de la Gloire ! Ainsi, dans l'après-midi lourd d'octobre où le vent du Sud traîne lentement ses nuées, entre la mer et les montagnes, un soleil plus pâle, mais plus beau que celui de l'été, transparaît et resplendit tout à coup."



(Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France) 









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samedi 27 août 2022

LES "MIRAGES BASQUES" EN 1931

LES "MIRAGES BASQUES" EN 1931.


En 1931, le Pays Basque, grâce à son authenticité est à la mode.



pays basque autrefois film cinéma
FILM AU PAYS DES BASQUES 1932
DE MAURICE CHAMPREUX



Voici ce que rapporta à ce sujet le journal L'Intransigeant, le 28 février 1931, sous la plume 

d'André Geiger :



"Les mirages basques.



Le pays basque a conquis même le cinéma. Mais cette sorte de renouveau d’actualité inspire mal, à mon avis, certains commentateurs. 



pays basque autrefois film cinéma
FILM GACHUCHA 1923



Il ne faudrait pas travestir les Basques et, parce qu’ils ont inspiré un chef-d’œuvre du roman, en faire des espèces de personnages d’opéra-comique. Je lisais dans un article : "Les Basques ? tous contrebandiers, danseurs de fandango et pelotaris." Et voilà ! 



La contrebande existait, existe, certes (dans les arrondissements de Bayonne et de Mauléon, mais aux villages-frontière, qui n’en sont qu’une infime partie). Et cela n’est pas spécial à la région du Sud-Ouest. Les Basques sont d’honnêtes gens et non pas des fraudeurs. Cambo n’est pas Chicago.



Danseurs de la jolie danse où le cavalier et la cavalière se font face, se frôlent sans se toucher, haut les mains (c’est prudent peut-être en climat méridional...), et ces mains claquantes comme des castagnettes, oui, danseurs du fandango et de l'arin-arin, qui en précipite la cadence, mais ces danses-là, on les pratique surtout du côté de l’Espagne et de Saint-Jean-de-Luz. Les curés basques n’aiment pas beaucoup la danse. Et l’on ne danse, au pays basque, ni moins, ni plus qu’ailleurs. Les jours de fêtes locales surtout. 



pays basque autrefois danse fandango
DANSE FANDANGO ST-JEAN-DE-LUZ
PAYS BASQUE D'ANTAN



Pelotaris, joueurs de pelote. Ceci est plus vrai. Tout le monde sait que chaque village possède son haut mur, blanc, ocré ou rose, son "fronton", et, parfois, son "trinquet" (jeu de paume couvert, vitré), et qu’il n’y a pas un Basque qui ne sache lancer la balle "à main nue", "à chistera", à gant de cuir ou avec la palette de bois (ceci pour les vieux jeux archaïques). 



Mais les Basques — et cela vaut mieux pour la France et pour leurs sept provinces qui n’en font qu’une ("zazpiak bat", "sept un") — sont surtout des cultivateurs, des vignerons, des marins pêcheurs.


pays basque autrefois zapiak bat 7 provinces
ZAZPIAK BAT
PAYS BASQUE D'ANTAN

Cultivateurs ou plutôt "laboureurs", comme ils disent, ayant de beaux champs de froment et de maïs — le maïs dont on fait la mêture (mestoura), la lourde galette nourrissante, exquise avec du jambon ou du lait — ayant de belles prairies où les grands bœufs couleur d’épi et les petites vaches blanches et noires se reposent du joug ou de la traite, ayant des bois trop clairsemés, hélas ! où vagabondent les porcelets roses, et des landes où les "brebis" vont en bandes arrondies. 



Vignerons, car la vigne croît un peu partout sur cette terre accidentée, collineuse, ravinée, et le cru d’Irouléguy est célèbre, et les vins de Saint-Pée-sur-Nivelle, de Saint-Jean-le-Vieux ne lui cèdent pas de beaucoup. 



Enfin, de l’Adour à la Bidassoa, les pêcheurs basques (thon, maquereau, sardine) restent les héritiers de ces vaillants pêcheurs de baleines, dont on verra, à l’Exposition Coloniale, les archives historiques traditionnellement conservées à Saint-Jean-de-Luz, qui forme, avec Ciboure et Socoa, un grand centre de pêche, industriel, commercial.



Est-ce que, pour travailler, accomplir autre chose que de la contrebande, des danses, des jeux, le Basque et la Basquaise perdent leur poésie ? Ah ! pas du tout. Les thèmes de la vie y atteignent la suprême beauté. 



pays basque autrefois culture poème
POEME BASQUE



L'Eglise, blanche au milieu des cyprès du cimetière, où les "discoïdales", lourdes hosties de pierre, désignent les sépultures les plus anciennes, l’église où les cantiques, les prédications en basque s’éternisent et résonnent de l’autel, surchargé de dorures, aux galeries pleines d’hommes qui semblent soudain si bizarres... parce qu’ils ont retiré leur béret.



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AU CIMETIERE
PAR JACQUES LE TANNEUR


Le Marché ("de quinzaine", en général), au bourg, à la ville proche, avec son fouillis pittoresque, avec ses palabres, ses longues séances d’affaires ou de moasch (espèce de jeu de cartes aux allures de poker, fertile en ruses et en embûches), avec l’Auberge, un des pôles de la vie basque et qui mérite d’inspirer les dessinateurs avec ses clairs-obscurs. En Espagne, la "cidrerie" avec ses barriques. 


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A L'AUBERGE PAR PABLO TILLAC


La Maison, surtout. Elle est l’âme du pays basque. Elle est son amour, son "idéal", comme on chante. Elle règne sur ce peuple, elle cimente la famille, elle résiste à tout, même parfois — en dépit du Code napoléonien — aux partages et aux gens de loi, ce qui n’est pas peu dire. Elle lui donne même, souvent, son nom. Etche-a, la maison, se retrouve dans : Etcheverry, Goyenetche, etc. 



Toutes ces sources profondes de poésie demeurent intarissables."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




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