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dimanche 10 août 2025

LES BASSES-PYRÉNÉES EN 1823 PAR LOUIS GARNERAY (troisième et dernière partie)

 

LES BASSES-PYRÉNÉES EN 1823.


En 1823, Louis Garneray, peintre officiel de la Marine, parcourt les côtes de la France entière, de 1823 à 1832, à la demande du duc d'Angoulême, qui lui commande des vues des grands ports de France.



pays basque labourd autrefois garneray port peintre
EMBOUCHURE DE L'ADOUR 
PAR LOUIS GARNERAY 1823




Voici ce que rapporta à ce sujet Louis Garneray, dans son ouvrage Voyage pittoresque et maritime 

sur les côtes de France :



"Département des Basses-Pyrénées.



L'embouchure de l'Adour et la Barre de Bayonne.



Vous êtes au pied de la tour du Boucau ; ici, l'Adour, rivière aussi douce que son nom, verse ses ondes pures dans une mer turbulente ; cette vague immense, cette montagne écumeuse, c'est la Barre de Bayonne ; les plus intrépides marins ne la passent pas sans crainte. 



tableau pays basque autrefois rade barre
LA BARRE DE BAYONNE VERS 1850
FONDS ANCELY


Voyez ce vaisseau prêt à la franchir : courbé sur l'abîme, l'écume des flots qui l'assaillent, couvre et blanchit son pont. Sa position n'est pas sans danger, car j'aperçois sur la tour du Boucau le pavillon dont l'inclinaison variée dirige le pilote dans les gros tems.



Sur la jetée, une jeune femme est à genoux ; elle prie, sans doute, pour un amant, pour un père, pour un époux qu'elle est au moment de revoir après une longue séparation, et qu'un cruel naufrage attend peut-être au port.



D'autres spectateurs, dans la pose desquels on remarque le degré d'intérêt qu'ils prennent à l'événement ; des soldats, des marins, un ouvrier qui a déposé ses outils, animent le rivage, pendant que deux chaloupes, placées à 70 toises l'une de l'autre, de chaque côté de la passe, attendent que le navire ait franchi la barre, et se préparent à lui porter secours.



Dans le beau tems, ces chaloupes s'avancent en pleine mer ; ce sont des pinasses bordées de six avirons, et munies d'une voile de misène, dont elles ne servent qu'avec le vent largue ou le vent arrière.



Il serait difficile de rien imaginer de plus beau, de plus terrible que le spectacle de cette barre redoutable, qui grossit, s'élève et tombe en mugissant dans un bassin paisible. A u delà de la passe, la vaste étendue des mers ; cette solitude, qui semble remplie du seul courroux des eaux, tout, jusqu'au contraste des nuages safranés, de l'azur noir du ciel et de la blanche écume des flots, inspire une sorte de terreur où l'âme et les yeux paraissent se complaire.



Pour éviter aux navigateurs un inutile trajet de six lieues, le fameux ingénieur Louis-de-Foix, sous le règne de Henry IV, creusa cette embouchure de l'Adour, après avoir fermé son lit naturel. Il crut avoir éternisé son travail en plaçant de fortes digues et en donnant aux jetées de la rivière, faites en pierre de Bidache, une épaisseur moyenne de huit pieds dans leurs parties supérieures ; mais de mobiles bancs de sable se sont formés dans cette nouvelle embouchure et l'ont semé d'écueils qui rendent chaque jour la passe plus dangereuse.



Arrêtons-nous un moment à contempler la Barre de Bayonne, et nous continuerons à parcourir ces côtes magnifiques de la France, dont la vue finira, sans doute, par révéler aux Français le secret d'une grandeur maritime à laquelle leur pays doit un jour parvenir.




pays basque labourd autrefois garneray port peintre
VUE DU PORT ET DES ARSENAUX DE BAYONNE
PAR LOUIS GARNERAY 1823



Vue du Port et des Arsenaux de Bayonne.



C'est sous les allées marines qui occupent la rive droite de l'Adour, qu'un peuple chez lequel les soins et les habitudes du commerce n'ont point éteint la gaieté native, vient lancer la balle et s'exercer à la course : en même temps que des joueurs de paume vous donnent une idée de ses plaisirs, des groupes d'étrangers, des Orientaux assis sur des ballots étiquetés, des barques et des navires en chargement vous rappellent les expéditions lointaines des Bayonnais : ainsi le peintre a réuni dans un petit espace les principales nuances des moeurs locales, et il a retracé au moyen de quelques personnages les traits divers qui caractérisent les habitants de Bayonne.



Au confluent de l'Adour et de la Nive, ce pont de bois, aux arches si légères, unit la vieille ville de Bayonne au bourg du Saint-Esprit : rempart de la France sur ce point méridional de la frontière, Bayonne avait été fortifiée, mais le temps a détruit l'ouvrage de Vauban ; cette ville est aujourd'hui sans autre défense que le courage de ses habitants et sa citadelle.



pays basque labourd autrefois garneray port peintre
BAYONNE 1835
PAYS BASQUE D'ANTAN



Vous la voyez s'élever devant vous, au sommet du coteau Saint-Etienne ; au bas se trouvent le port et les arsenaux, qui occupent un lieu nommé le Parc.



C'est de ce parc que sortent les énormes gabares qui vont jeter dans tous les ports de l'Océan les bois de construction que l'on tire du département des Basses-Pyrénées. Dans ces mêmes chantiers se construisent des corvettes renommées pour la légèreté de leur forme et la célérité de leur marche.



Sans la redoutable barre dont nous avons parlé, et qui oppose à la navigation, devant Bayonne, un obstacle presque insurmontable, cette ville, sous le rapport du commerce, ne tarderait pas à l'emporter sur Bilbao, située beaucoup moins avantageusement.



L'espace me manque pour esquisser une seconde fois les moeurs de cette ville, sur lesquelles je me suis suffisamment étendu dans le second volume de mon Ermite en Province. Je remarquerai seulement qu'à Bayonne les classes supérieures de la société sont généralement tristes, tandis que la gaieté la plus vive et la plus bruyante est le partage des artisans. Ici le peuple échappe à la pauvreté par le travail, et à la dégradation par un grand respect de lui-même. Il n'y a point à Bayonne ce qu'ailleurs on appelle de la populace.



De Bayonne jusqu'aux frontières immédiates d'Espagne, la beauté des femmes semble s'accroître progressivement de lieue en lieue : la taille devient plus svelte, la démarche a plus de grâce, l'oeil rayonne d'un feu plus doux : si l'on en excepte de belles dents, que la nature bizarre a refusées assez généralement aux femmes de cette contrée méridionale de la France, elle leur a prodigué tous ses autres dons.



Seconde vue de Bayonne.



C'est encore Bayonne que nous avons sous les yeux ; ce point de vue est celui qu'avait choisi le grand peintre des ports, des flots et des orages. En le reproduisant, on a eu soin de l'enrichir de plusieurs détails importants qui n'existaient pas au temps où Vernet exécuta ce tableau.



Avant de quitter cette ville, disons encore un mot de son commerce, tout à la fois de haute navigation et de cabotage. Baignée par les flots de la mer, et par les eaux réunies de deux rivières, Bayonne, pour devenir le premier port de la France sur l'Océan, n'aurait besoin que de ses faire disparaître, sous les efforts de l'art, la barrière orageuse que les flots opposent à l'entrée. Ce n'est pas à nous qu'il appartient d'indiquer au génie des grandes entreprises les moyens et les travaux qui pourraient amener un semblable résultat.



L'épithète nunquam polluta, que les Bayonnais donnent à leur ville, n'est pas tout à fait exacte : les Anglais s'en rendirent maîtres sous Edouard III ; mais reconquise presque aussitôt par ses propres habitants, elle a conservé des droits au titre de vierge dont elle continue à se prévaloir.



pays basque labourd autrefois garneray port peintre
NUNQUAM POLLUTA BAYONNE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Parmi ses souvenirs historiques elle compte l'invention terrible de la baïonnette, qui réunit, dans le fusil, les avantages destructeurs de l'arme blanche et de l'arme de jet."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)







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lundi 25 juillet 2022

LA BARRE DE BAYONNE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1863 (deuxième partie)

 

LA BARRE DE BAYONNE EN 1863.


Pendant des siècles, la barre de l'Adour a été très dangereuse pour les bateaux entrant ou sortant du port de Bayonne.



tableau pays basque autrefois rade barre
LA BARRE DE BAYONNE VERS 1850
FONDS ANCELY




Voici ce que rapporta à ce sujet Les Annales Hydrographiques, le 1er octobre 1863 :



"Barre de Bayonne.


Instructions sur la barre de Bayonne.



... Recommandations diverses.



Avis pour éviter les coups de mer en approchant de la barre



Le bourrelet de la barre étant lié avec les pointes de l'embouchure et faisant une saillie très prononcée vers le large, les navires doivent soigneusement éviter de ranger la côte dans le voisinage de la barre. Il faut toujours venir chercher l’ouvert de la rivière, sans s’approcher des coups de mer, tant qu’il y a risque de les prendre en travers. 



Avis pour le cas où le courant de flot ne se fait pas sentir. 



La rivière de Bayonne est sujette à des soubermes ou crues d’eau considérables, qui refoulent le flot et l'empêchent de se faire sentir à son entrée. Le courant, dans ces circonstances, porte toujours en dehors, ce qu’on peut reconnaître par les eaux de la rivière qui se font remarquer à 1 lieue au large et même au delà. On ne doit pas s’exposer alors à entrer dans la rivière, parce que le courant qui porte en dehors augmenterait la difficulté de franchir la barre. Cependant, si le vent est violent et que les signaux du mât d’approche n’interdisent pas l’entrée, on pourra s’y risquer ; mais il faut faire le plus de voile possible pour fuir les coups de mer de la barre qui sont alors très dangereux. Il est nécessaire, dans une pareille circonstance, de se tenir prêt à entrer au moins une heure et demie avant la pleine mer. 



Avis pour les navires qui entrent par un gros temps ou vent arrière. 



En général, lorsqu’on se trouve serré par un gros temps et que la mer est forte sur la côte, il faut franchir la barre avec toute la voile que le bâtiment peut porter. Si l’on entre vent arrière, on conservera les focs hauts et bordés à plat contre les étais. Cette précaution est indispensable, car, si la lame force le bâtiment à venir sur l’un des deux bords, il est nécessaire, dans un passage aussi resserré, que les focs puissent sur-le-champ l’aider à se remettre en roule.



Avis aux chasse-marées. 



Les chasse-marées doivent toujours avoir un hunier prêt a être hissé, quand le signal les appelle à la barre, afin d'acquérir pins de vitesse et de mieux franchir le bourrelet. Ils doivent, au contraire, se débarrasser à temps du tape-cul et du taille-vent, voiles qui, souvent, ont compromis ces navires sur la barre. Ils devront aussi frapper un faux-bras sur la misaine pour l'empêcher de battre le mât et de déventer dans le creux des lames.



tableau peintre france monet bateau
TABLEAU CHASSE-MAREE A L'ANCRE (ROUEN)
CLAUDE MONET



Avis de se munir d'une instruction et d’une longue-vue.



Les capitaines qui fréquentent le port de Bayonne, on qui sont dans le cas d'y relâcher, devront toujours être munis de la présente instruction. Une longue-vue leur sera aussi indispensable pour reconnaître les signaux détaillés ci-dessus. En outre des dangers qu’il y aurait à ne pas connaître ces signaux, ils doivent songer encore que les rapports de pilotage ne peuvent manquer de désigner ceux d'entre eux qui, à défaut de cette connaissance, manoeuvreraient de manière à compromettre leur bâtiment.



Mouillages et ports de relâche.



Port du Passage.


pais vasco antes guipuzcoa pasajes puerto
PASAJES GUIPUSCOA 1852
ALBUM DES 2 FRONTIERES FEILLET



Dans un gros temps, les bâtiments qui ne peuvent pas franchir la barre de Bayonne doivent, si le vent le permet, aller relâcher dans l'excellent port du Passage, en Espagne, où ils sont sûrs de trouver des pilotes et tous les secours nécessaires. Quand les capitaines le réclament, le pilote-major de la barre a soin d'envoyer au Passage des pilotes et des instructions pour conduire les navires à Bayonne. Avec cette précaution, on ne risque jamais de retourner au port de relâche après en être sorti.



Port du Socoa


pays basque autrefois socoa fort
SOCOA
GRAVURE DE FERDINAND CORREGES

Si la mer n’est pas trop grosse, les bâtiments qui n’auront pas pu donner dans l’Adour pourront aller relâcher au Socoa, petit port de marée, très sûr, en dedans de la pointe Ouest de la baie de Saint-Jean de Luz ; mais ils doivent auparavant consulter le chiffre de leur tirant d’eau, la force des marées et les instructions qui suivent.



Route pour se rendre au port du Socoa. 



La baie de Saint-Jean de Luz est signalée au loin par la tour du fanal, placée sur la pointe Ouest de celte baie. La tour est peinte en blanc avec une bande verticale noire. La baie a 6 encablures de profondeur et à peu près autant d’ouverture, depuis la pointe de Sainte-Barbe jusqu’au fort du Socoa. Presque au milieu de cette ligne est le banc de roches d’Arta, sur lequel la mer brise souvent, quoiqu’il y reste 6m 50 d’eau de basse mer. Ce banc se trouve dans l’alignement du clocher de Saint-Jean de Luz avec la montagne Eshaure, et de la tour du fort du Socoa avec la première maison qui se trouve près d’elle. Il y a passage entre ce danger et le fort du Socoa, au tiers de la largeur de la baie, à partir du Socoa ; on laisse ainsi la roche à bâbord, en entrant. Il faut, du reste, éviter, autant que possible, de se présenter à l’entrée avant moitié flot, bien que les chaloupes de pilotes puissent sortir au quart flot, et même tout à fait de basse mer dans les petites marées.




L’heure de la pleine mer est la même que sur la barre de Bayonne.



Brassiage de morte eau.



Dans les marées de quadrature, ou mortes eaux, il ne reste que 0m 50 d’eau dans le havre du Socoa ; si la mer est belle alors, un bâtiment tirant 2m 80 pourra entrer au plein de l’eau, et s’il y a grosse mer et forte brise de l'O. au N. O., on y logera des calaisons de 3m 20.



Brassiage de vive eau.



Dans les marées de syzygie ou vives eaux, le port assèche jusqu’en dehors de la jetée du N. ; avec belle mer, il pourra entrer un bâtiment calant 3m 80, et il en entrera de 4m 20 si la mer est forte et les vents violents entre l’O. et le N. O.



Signaux.



Un mât-pilote est placé sur la batterie Nord du Socoa. Les signaux qui y sont faits ont la même signification qu’à l’embouchure de l’Adour. Ce mât-pilote servira à conduire les bâtiments du large au mouillage de la baie et de la baie dans le port. On emploiera pour demander, envoyer ou refuser la chaloupe les mêmes signaux qu'à l’entrée de l’Adour, pour le remorqueur.



Il existe deux corps-morts de mouillage et un d'évitage dans la partie Ouest de la rade. Les bâtiments qui ne peuvent entrer dans le port ont avantage à saisir ces corps-morts. Un quatrième, dit d'appareillage, est placé entre les premiers et l'entrée du port ; il est très utile pour se haler ou appareiller.



Ordinairement, des embarcations vont à la rencontre des bâtiments pour les diriger vers le mouillage.



Dans le cas contraire, le mouillage serait indiqué par l’ailette au repos, comme il a été dit plus haut pour l'entrée de l’Adour


pays basque autrefois tout signaux
PLANCHE B
3EME CATEGORIE

Le brassiage, qui est de 14 mètres à l'entrée de la rade permet à tous les bâtiments de pouvoir y mouiller ; toutefois il est convenable d'attendre moitié flot pour pouvoir profiter du secours des embarcations.



Temps brumeux.



Une cloche, destinée à indiquer l'entrée en temps de brume, est installée à l'extrémité de la jetée intérieure.



Il n'existe point de mouillage au N. de la barre de Bayonne. 



Dans le N. de la barre, avec mauvais temps, il n’y a point de mouillage près de Bayonne, pas même dans la fosse du cap Breton. La plage qui borde cette fosse a pourtant cela de précieux, qu'elle offre, en cas de perdition, le point d'échouage où les hommes peuvent avoir le plus de chances de salut. Malheureusement, pour y parvenir dans un gros temps, il faut absolument pouvoir se mettre à l'ouvert de la fosse, à environ 6 milles des deux balises qui servent à l’indiquer et à chenaler dans son intérieur.



Au N. et au S. de cette fosse, règnent deux longs plateaux de sable, qui brisent alors horriblement et sont à peu près infranchissables.



Mouillage devant la barre. 



Il y aurait dans les gros temps moins de dangers à courir, en restant mouillé sur les fonds de sable et de sable vaseux, qui sont en avant de la barre de l'Adour, qu’en cherchant, soit à gagner la fosse du cap Breton, en suivant de très près la côte, soit à s’élever au large en louvoyant. Ce mouillage est à 1/2 lieue dans le N. O. (du compas) de l’ouvert de la rivière par 19 à 24 mètres. On y est à portée de profiter, pour entrer, du premier moment favorable, et l'on y a la ressource du jusant pour aider à l’appareillage, dès qu'une saute de vent donne l’espoir de s’élever de la côte.



Mouillage au S. de la barre.— Rade du Socoa.



Depuis Bayonne jusqu'au Socoa, il n’y a de mouillage que la rade même du Socoa, dont nous avons parlé à l’article de ce port de relâche. On y est mouillé par 6m 50, de basse mer, fond de sable et de rochers, et il faut y faire flotter les câbles.



Les jetées du port mettent à l'abri des vents du N. O., mais le mouillage devient très dangereux quand le vent souffle du N. au N. E.



Fontarabie.



La baie de Saint-Jean de Luz, dans laquelle est le refuge du Socoa, est quelquefois inaccessible dans les gros temps, parce que la mer brise avec une violence extrême sur les rochers du plateau de Saint-Jean de Luz. La baie de Fontarabie est alors le seul point de cette partie de la côte qui puisse offrir un abri un peu assuré aux bâtiments surpris par le mauvais temps, de manière à ne pouvoir plus gagner un port ni prendre le large. Les petits bâtiments peuvent braver la grosse mer et les vents du large, en mouillant dans le S. (du compas) et très près du château du Figuier. C'est là que les pêcheurs de Saint Jean de Luz attendent, amarrés à terre, qu’il leur soit possible de rentrer chez eux. Les grands bâtiments sont mouillés à 2 ou 3 encablures dans le S. E. du fort, par 13 et 16 mètres d'eau, fond de sable vaseux ; ils y sont en sûreté par des vents du S. S. O. à l'O. N. O. ; mais dès que les vents passent au N., ils courent les plus grands dangers."



A suivre...




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)


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samedi 25 juin 2022

LA BARRE DE BAYONNE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1863 (première partie)

LA BARRE DE BAYONNE EN 1863.


Pendant des siècles, la barre de l'Adour a été très dangereuse pour les bateaux entrant ou sortant du port de Bayonne.




pays basque autrefois barre labourd
LA BARRE DE BAYONNE VERS 1850
FONDS ANCELY




Voici ce que rapporta à ce sujet Les Annales Hydrographiques, le 1er octobre 1863 :



"Barre de Bayonne.

Instructions sur la barre de Bayonne.



La barre de l’Adour ne peut être franchie, en général, que pendant le flot et de jour ; néanmoins, dans les quadratures, on peut le faire quelquefois au commencement du jusant et dans des circonstances de beau temps tout à fait exceptionnelles. Les bateaux à vapeur et les bâtiments remorqués par le remorqueur du port peuvent entrer la nuit. La difficulté de cette entrée doit engager les capitaines à calculer exactement le moment de la pleine mer sur la barre, pour s’y présenter à l’instant le plus favorable, le refus d’entrer devant être la règle presque générale pendant le jusant et surtout pendant la nuit.

L’établissement des marées sur la barre est 3 heures 30 minutes.



Motifs pour refuser l'entrée. 



Ce n'est pas toujours le manque de profondeur d’eau sur la barre de l’Adour qui détermine le pilote-major à faire signaler que l'entrée de la rivière est impraticable ou au moins dangereuse ; c’est, dans quelques circonstances, l’état de la mer sur cette barre, ou la trop grande vitesse et la durée du courant de jusant, qui lui font prendre ce sage parti. La mer est quelquefois belle au large, tandis qu'elle est affreuse sur la barre de l'Adour, et il serait impossible de faire gouverner un bâtiment entre les lames qui s’élèvent sur ce danger, quand même le vent serait favorable pour le franchir.



pays basque autrefois barre tour signaux
ENTREE DE LA BARRE BOUCAU
TOUR DES SIGNAUX
PAYS BASQUE D'ANTAN


Les pilotes peuvent se tromper quelquefois dans l’appréciation qu’ils sont appelés à faire de l’état de la barre de l’Adour ; mais, quoiqu’il en soit, un navigateur, qui n’a pas à craindre de périr en tenant la mer, serait inexcusable de tenter l’entrée de la rivière, quand des marins, aussi expérimentés que le sont ordinairement les chefs de ces pilotes, se décident à lui faire le signal de s’en éloigner. La réussite d’une telle tentative suffit à peine pour la justifier.



Route pour aller chercher la barre



On doit, lorsqu’on vient prendre connaissance de la barre de Bayonne, avoir la plus grande attention de se tenir dans le N. de cette barre, toutes les fois que les vents ont régné pendant plusieurs jours depuis le N. N. O. jusqu’à l'E., et de s’en tenir au contraire dans le S. lorsque les vents ont soufflé pendant cinq ou six jours depuis le S. jusqu’à l’O. N. O.


1° Vents du N. N. O. à l'E.

L'expérience a prouvé que, dans le premier cas, les courants portent au S. O. et qu'ils ont entraîné sur les côtes d’Espagne des bâtiments qui étaient venus chercher Bayonne sans prendre cette précaution.


2° Vents du S. à l’O. N. O. 

Dans le cas des vents du S. à l'’O. N. O., les courants portent au N. E. Les bâtiments sont alors exposés à être entraînés dans le N. de la barre, où, ne trouvant pas d’abri et ne pouvant s'éloigner de terre par un gros temps, ils sont obligés de faire côte entre Bayonne et le Vieux-Boucau.


3° Vents du N. N. O. au N. O. (Atterrage sur le phare de Biarritz.) 

Lorsque les vents sont du N. N. O. au N. ,on peut venir directement à l'ouverture de la rivière et dans ce cas, comme dans les précédents, on devra toujours se souvenir que le phare de Biarritz est à une petite lieue dans le S. O. de la barre.



Avis aux bâtiments qui viennent en longeant la côte d'Espagne.



Lorsqu'un bâtiment destiné pour Bayonne se trouve, par des vents de l’O. S. O. à l'O. N.O., près de la côte d’Espagne et à une distance qui lui ôte l’espoir d’entrer dans la rivière le même jour, il doit louvoyer avec beaucoup de voile pour se maintenir contre l’effet des courants, qui filent jusqu'à 4 et 5 nœuds au N. E., toutes les fois que les vents ont soufflé pendant quelques jours depuis l’O. N. O. jusqu’au S. ; il doit faire aussi ses efforts pour se conserver un port de relâche sous le vent, afin de pouvoir s’y réfugier le lendemain, dans le cas où le vent viendrait à forcer. Si l’on s’est assuré que les courants portent au N. E., comme on vient de le dire, on doit courir pendant deux heures la bordée du N. ou du large, et pendant trois celle du S. ou de terre ; la pratique des navigateurs les plus expérimentés a confirmé ce fait important à connaître.



Signaux faits à l'embouchure de l'Adour. 



Les signaux pour l’entrée de jour sont de quatre sortes et se font à la tour des signaux placée sur la rive gauche du fleuve près de la jetée Sud.



pays basque autrefois labourd tour signaux
TOUR DES SIGNAUX BOUCAU
PAYS BASQUE D'ANTAN


1re Catégorie. (Planche A1.)

Signaux d'approche.

Les signaux d’approche se font sur le mât placé au sommet de la tour. Ils indiquent le maximum de tirant d’eau des navires admissibles, à cette marée, au moment de la pleine mer. Ils se font an commencement du flot avec des ballons noirs, d’après la convention adoptée pour tous les ports de France. (Voyez la planche A annexée à l'instruction.)

Ces signaux appellent devant la barre les navires dont le tirant d’eau est égal ou inférieur à celui qui est signalé au sommet de la tour.

Les navires doivent, d’ailleurs, se tenir à 1 mille au moins de distance de la barre, pour pouvoir être toujours à même de pende le large, si les circonstances ne permettaient pas ultérieurement leur entrée.



pays basque autrefois tour signaux
PLANCHE A



2e Catégorie. (Planche A)

Signaux d'entrée. 

Ces signaux appellent les navires à franchir la barre. Ils sont faits, en suivant le même système, à gauche de la tour vue du large et indiquent le tirant d’eau des bâtiments admissibles sur la barre au moment où ils sont hissés. Les pavillons ou flammes, qui peuvent être hissés en tète du signal, indiquent le flot, le jusant ou la pleine mer, conformément au tableau. Ces pavillons ne sont en aucun cas hissés au mât placé sur le sommet de la tour.

Les navires appelés par les signaux faits à gauche de la tour doivent s'approcher de la barre en forçant de voiles et conserver entre eux une instance suffisante pour qu’aucun ne soit engagé dans les brisants ayant que celui qui le précède ne soit hors des dangers. En approchant de la barre, ils se tiendront prêts à obéir aux signaux de pilotage.



3e Catégorie. (Planche B.)

Signaux de pilotage.

Ces signaux se font au moyen d'un mât-Fenoux placé sur la partie supérieure de la tour, qui regarde le large.


pays basque autrefois tour signaux fenoux
MAT FENOUX



Les signaux employés sont :

1 Ailette en l'air : Aperçu : le pilote voit le navire, et va le diriger.



pays basque autrefois tour signaux
SIGNAL : LE PILOTE VOIT LE NAVIRER, ET VA LE DIRIGER


2° Ailette inclinée à droite : Le navire doit venir sur tribord.



pays basque autrefois tour signaux
SIGNAL : LE NAVIRE DOIT VENIR SUR TRIBORD



3° Ailette inclinée à gauche : Le navire doit venir sur bâbord.


pays basque autrefois tour signaux
SIGNAL : LE BÂTIMENT DOIT VENIR SUR BÂBORD



4° Ailette inférieure ou au repos : Le navire n'est plus en danger.



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SIGNAL : ON VA S'OCCUPER DU BÂTIMENT SUIVANT 


L’ailette, relevée après ce quatrième signal, indiquerait à un deuxième bâtiment qu’on va s’occuper de lui et le diriger à son tour.


Dans le cas où deux, ou plusieurs bâtiments, se présenteraient ensemble devant la barre, venant, l'un du N. et l’autre du S., si les signaux faits pour l'un pouvaient être une cause de dangers pour l’autre, le pilote-major n’en ferait aucun ; les navires serreraient alors le vent, et l’ailette serait relevée lorsque aucune confusion ne serait plus possible.


Le pilote-major pourrait également, dans ce cas ou dans tout autre où il jugerait qu’un bâtiment doit s’éloigner de la côte momentanément, faire le signal suivant :



pays basque autrefois tour signaux
SIGNAL : IL N'Y A PAS ASSEZ D'EAU. ELOIGNEZ-VOUS

5° Il n'y a pas assez d’eau. Éloignez-vous.


En frappant une boule à l’extrémité de l’ailette. 


Si le pilote-major juge que la seule chance de salut qui reste à un navire est de venir à la côte, il frappera un pavillon rouge à l'extrémité opposée à l'ailette, et la manoeuvrera de façon à le diriger sur le point le plus favorable à l’échouage.



pays basque autrefois tour signaux
SIGNAL : LE BÂTIMENT EST PREVENU QU'ON LE CONDUIT A LA CÔTE



6° Le bâtiment est prévenu qu'on le conduit à la côte.

Le capitaine, prévenu, prendra toutes les précautions nécessaires pour sauver la vie à son équipage.



pays basque autrefois tout signaux
PLANCHE B
3EME CATEGORIE



4e Catégorie.

Signaux divers.


Si, après avoir appelé les navires, le pilote-major juge qu'il faille repousser les bâtiments de 50 tonneaux et au-dessous, il fera hisser une croix noire contre la partie de la tour qui regarde le large, les signaux d’approche et d’entrée étant conservés. Si le refus d’entrer s'applique à tous les navires à voiles indistinctement, deux croix noires seront hissées contre la même partie de la tour ; on conservera encore les signaux d’approche et d’entrée. Les navires à vapeur et les bâtiments remorqués pourront seuls alors franchir la barre.


Si le pilote-major juge enfin qu’aucun bâtiment ne peut entrer, il amènera les signaux d'approche et d'entrée, et fera hisser en tête du mât du sommet de la tour un pavillon rouge. Il conservera en même temps en permanence le signal horizontal indiquant qu’il n’y a pas assez d’eau. Les navires feront alors tous leurs efforts pour gagner le large ou se réfugier dans les ports du S.



pays basque autrefois tour signaux
SIGNAL : AUCUN BÂTIMENT NE PEUT ENTRER


Un remorqueur étant toujours mouillé en rade du Boucau, les capitaines qui, étant au large, désireront être remorqués par lui, hisseront deux pavillons au grand mât. Pour prévenir toute erreur, tout bâtiment qui aura demandé le remorqueur amènera momentanément ses pavillons, dès qu’on lui aura répondu.


Si le pilote-major juge que le remorqueur peut sortir, il répondra qu'il va sortir, en hissant en tête du mât du sommet de la tour le pavillon blanc à trèfles bleus, (ce signal donnera en même temps au remorqueur l’ordre de chauffer). Si le remorqueur ne peut sortir, pour quelque cause que ce soit, ce même pavillon sera hissé à mi-mât.





pays basque autrefois tour signaux pilote
PLANCHE C
4EME CATEGORIE



Sortie de jour. 


Pour la sortie de jour des navires à voiles, les capitaines, ayant leurs navires toujours au Boucau, prennent l’avis des pilotes, qui en ont conféré avec le pilote-major.


Une croix, hissée du côté de la tour qui regarde la rivière, indiquera au remorqueur qu’il ne peut prendre de bâtiments à la sortie. Deux croix indiqueront que les navires à vapeur ne peuvent même pas sortir seuls.




pays basque autrefois barre signaux tour
ENTREE DE LA BARRE BOUCAU
TOUR DES SIGNAUX



Entrée de nuit. 


L'entrée de nuit est expressément interdite, sauf dans les cas de force majeure, aux navires à voiles non remorqués par le remorqueur du port.


Pour les bateaux a vapeur, elle peut être pratiquée dans des circonstances exceptionnelles. Le feu de port, placé sur la partie antérieure de la tour des signaux, qui est rouge lorsque cette entrée est impraticable, redevient alors blanc, et un alignement de deux fanaux verts donne la direction de la passe.


On comprend, du reste, que des navires à vapeur étrangers, ignorant combien il y a d'eau sur la barre et ne pouvant en elle informés, n'usent de cette faculté que le moins possible ; un capitaine prudent devra toujours s’abstenir de tenter ce passage. Le remorqueur du port traînant à sa suite des bâtiments, et retardé quelquefois en mer, peut être plus à même d'en profiter par la connaissance qu’il a de leur tirant d’eau et de l'état dans lequel il a vu la barre dans le jour.



Sortie nuit. 


Les mêmes alignements servent aussi pour la sortie de nuit ; les capitaines doivent d'ailleurs toujours en conférer d'avance avec le pilote-major."



A suivre ...


(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)





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jeudi 25 juillet 2019

LA BARRE DE L'ADOUR AU PAYS BASQUE EN NOVEMBRE 1842


LE PAYS BASQUE EN 1842.


Dans les années 1840, la barre de l'Adour est très dangereuse pour les bateaux entrant ou sortant de Bayonne.

vendredi 11 janvier 2019

LA BARRE ET LE PORT DE BAYONNE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN AVRIL 1915


LA BARRE ET LE PORT DE BAYONNE EN 1915.


En 1578, l'embouchure de l'Adour est détournée de Capbreton vers Bayonne.