mercredi 6 mars 2019

PENDANT 3 SIÈCLES BAYONNE EN LABOURD AU PAYS BASQUE FUT VILLE ANGLAISE


BAYONNE VILLE ANGLAISE.


La ville passe sous domination anglaise en 1152 par le mariage d'Aliénor d'Aquitaine et le reste jusqu'en 1451, où au terme de la guerre de Cent Ans, la Couronne de France la reprend.





blason ville bayonne
ARMOIRIE VILLE DE BAYONNE
PAYS BASQUE D'ANTAN

Voici ce que rapporta, à ce sujet, la Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-Luz, dans son 

édition du 7 août 1928 :


"Quand Bayonne était ville anglaise.


Elle le fut durant trois siècles.


M. Louis Colas, au Musée Basque, nous a refait l’histoire de cette domination. 



Que c'est donc agréable d’écouter M. Colas ! Sa conférence, établie sur une documentation nombreuse, dite sur le ton de la causerie élégante, "vivante", instruisit en amusant ; le temps passa sans qu'on s'en aperçût, et l’on eut la tentation de dire, comme les enfants après le récit d'un beau conte : "Encore !"... 




En ce dernier samedi, il nous a montré Bayonne sous trois siècles de domination anglaise. 




Bayonne, cependant, s'administrant à sa guise avec ses magistrats élus : les Cent Pairs, la ville était forte de l'appui de ses corporations riches et militantes dont les revues sur la "place bourgeoise" étaient vraiment sensationnelles. 



Bayonne, toute remuante, commerçait avec ses maîtres ; les nombreux bateaux allaient et venaient apportant et emmenant des marchandises ; les Anglais prisaient fort la "Pomade" bayonnaise, rivale du cidre de Normandie et les beaux fers ouvrés par les bras robustes des compagnons de la rue des Faures. 



pays basque autrefois
PORTE DES FAURES BAYONNE
PAYS BASQUE D'ANTAN

De Saint-Esprit, on ne parle guère à ce moment-là, il n'y avait sur la rive droite, reliée à la cité par un pont de bateaux, que l'hôpital de la Congrégation des Frères du Saint-Esprit qui accueillait les pèlerins malades, les pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle. Savez-vous qu'en ces temps anciens les habitants du quartier Pannecau jouissaient d'une bien mauvaise réputation ? Ils étaient qualifiés "malandrins" et "voleurs de choux". 




D'ailleurs rien n'était "à la douceur" en ces rudes années ; les couvents de Dominicains et de Bénédictins du quartier Bourgneuf ne se livraient-ils pas de vrais combats pour se disputer la possession de la fontaine de la rue Bourgneuf que s'adjugea le duc de Lancastre qui lui donna d'ailleurs son nom ? 




L'ardeur batailleuse n'enflammait pas seulement les moines ; la population fournit aux rois d'Angleterre des milices qui luttèrent contre les armées du roi de France pendant toute la guerre de Cent Ans et le roi Richard Cœur de Lion trouva à Bayonne une flotte et un amiral pour l'accompagner à la troisième croisade. La flotte, fournie par la cité, comptait vingt navires, et avait pour amiral son évêque Bernard de Lacarre qui établit un règlement de discipline extrêmement sévère. 




De cet évêque, on retrouva en 1860, en réparant la cathédrale, le cercueil où les ossements demeuraient enveloppés dans une belle étoffe brodée en caractères arabes (premier verset du Coran). Etoffe, mitre, crosse et anneau sont au musée de Cluny. Si le Musée Basque avait existé plus tôt, nous aurions gardé à Bayonne la belle soie verte brodée des noms d'Allah et de Mahomet, étrange et magnifique soutane d'un évêque guerrier. 




religion catholique eveque bayonne
TUNIQUE EVEQUE BERNARD DE LACARRE




religion catholique eveque bayonne
TUNIQUE EVEQUE BERNARD DE LACARRE

Il serait aventureux de vouloir tracer un plan des rues de ce vieux Bayonne. On peut dire qu'une rue principale occupait ce qui est aujourd’hui la rue d'Espagne, la rue Victor-Hugo, le pont Mayou ; c'était la Via major, la plus large et la plus propre. Les autres rues étaient étroites, sales, puantes ; des immondices innombrables s'y entassaient qu'on recouvrait quelquefois de "jonchées" pour recommencer à "entasser" sur cette couche de verdure éphémère de nouvelles ordures. 




Aussi, la réputation de Bayonne était-elle établie en Europe comme celle d’une ville malpropre où les épidémies de peste furent nombreuses au treizième et au quatorzième siècle. 




Ceci ne donne pas une bonne idée des ménagères de ce temps-là. Et cependant déjà les dames bayonnaises passaient-elles pour fort coquettes ; à tel point que le corps de ville dut établir une réglementation sévère pour le port du "paget", pour l’exhibition des joyaux à la veille des épousailles, pour l’autorisation des jonchées nuptiales, tradition gracieuse qui s’est perpétuée jusqu’à nos jours. 




De même dut-on veiller aux occasions de "ripailles" qui engendraient rixes, tumultes et batailles. 




Mais, si on s'amusait à Bayonne, on y travaillait aussi ; le corps de ville retenait les fortifications, veillait aux relations avec Londres, à l'armement des bateaux de pêche et de commerce, à la réglementation des questions maritimes et du fret. 




Alors tout était prospère et par suite l’allégresse régnait ; Bayonne traitait de pair à compagnon avec les villes et même avec les gouvernements. 



carte geographique france angleterre
CARTE 1360 FRANCE ET  ANGLETERRE



Pour authentifier tous ses actes elle apposait sur les parchemins le magnifique sceau communal dont le musée basque possède un très beau moulage. On y voit d'un côté l'église cathédrale "Sancta Maria" avec ses tours romanes, au revers le chêne de Bayonne et le léopard. 




Les léopards d’or sur champ de gueule appartenaient aux armes de Guillaume le Conquérant, ils devinrent armoiries anglaises ; on les trouve en cinq ou six endroits dans notre cathédrale. 




C’est à Bayonne qu’on trouve un singulier écu armorié aux couleurs de la France et de l'Angleterre, unique témoin héraldique d'un moment tragique de notre histoire. En novembre 1422, alors que venait d’expirer Charles VI le Fou et que son fils Charles VII n’était que le dérisoire roi de Bourges, Henri VI se déclarait "roi de France et d'Angleterre" et faisait faire cet écusson. 



roi de france
ROI HENRI VI



Sait-on que ce n’est qu’en 1827, lors de l’avènement de la reine Victoria que fut supprimée la première partie de cette phrase consacrant les rois d’outre-Manche ? 




Les cinquante dernières années de la domination anglaise virent décliner la prospérité de Bayonne




L’embouchure de la rivière s'était déplacée, les pilotes inexpérimentés devaient suivre le chenal pendant près de 40 kilomètres entre les dunes et perdaient beaucoup de navires ; les baleines disparaissaient, et l'émigration de la population devint singulièrement active. 




La vie de la cité semblait se "recroqueviller". 




Aussi quand, le 6 août 1451, l'armée française, commandée par Gaston de Foix, par le beau Dunois, par le sire d’Albret vint investir la ville avec plus de 20 000 lances et arbalétriers, quand on annonça l’arrivée de la fameuse artillerie française commandée par les frères Bureau, Bayonne, qui n’attendait aucun service de l’Angleterre atrocement divisée alors par la guerre des deux Roses : York et Lancastre, ne mit pas une grande ardeur à sa défense. Après les sorties malheureuses du 16 au 20 août, elle demanda à parlementer ; le 22 août 1451, elle redevint française ; la forte somme de quarante mille écus d’or exigée par le roi de France vainqueur fut réduite de moitié après des pourparlers. On construisit alors le Château-Neuf avec la grosse tour de "Qui qu’en grogne" pour tenir en respect une population dont on redoutait les écarts possibles. 



bayonne autrefois
LE MIRACLE DE LA CROIX BLANCHE BAYONNE 20 AOÛT 1451



Et Bayonne vivota, assez péniblement, pendant plus d'un siècle, elle eut de dures années à vivre et ne retrouva activité et prospérité qu'à la fin du XVIe siècle. 




Voilà, lecteurs, un résumé fidèle de la belle causerie de M. Colas ; je regrette de n’avoir pu saisir sa couleur, sa gaieté, sa verve. Laissez-moi, en terminant, vous conseiller une visite au Musée Basque où vous pourrez voir, parmi mille souvenirs intéressants, un boulet trouvé dans l'Adour, boulet envoyé sans aucun doute par une bombarde de l’artillerie des frères Bureau en 1451, ancêtre respectable et combien inoffensif, en regard de ses descendants, les obus de la grande guerre."





Merci ami lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans ce 1730ème article.


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